:Paradigm Lost:

L'absence, début: Un silence

Auteur : Rain

Disclaim' : Shaman King appartient à Hiroyuki Takei. Je ne gagne rien si ce n'est sous forme de reviews et je rembourse sous la forme de gros câlins.

Soundtrack: Forest Fires (Lauren Aquilina).

Bonus Track = Demons (Imagine Dragons)

Note :

Seconde possibilité! Après la "mélancolie," l'emprisonnement dans le passé, figuré et littéral, voilà "l'absence". (Je ne suis pas sûre que ça se voie avant la fin, mais j'ai eu beaucoup plus de mal à "nommer" ces deux premières voies que les deux dernières, probablement parce que, contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce sont les moins "extrêmes" des quatre. Les deux dernières sont plus "logiques"/"simples" et ont donc naturellement trouvé leur nom. Mais la première au départ était "l'indécision," la deuxième "le manque" puis ça c'était inversé, puis finalement ni l'une ni l'autre ne s'appellent ainsi. Nuhu, ça doit avoir aucun sens pour les lecteurs, me dit ma gentille béta. Tant pis.)

Avertissements pour: langage abléiste (parfois auto-imposé), quelques jurons dans la bouche de certains, mort de certains personnages pas trèèès décrite mais quand même.


Quand les jours sont froids et les cartes sont toutes piquées

Et les saints que l'on voit sont tous faits d'or

Quand tous tes rêves se brisent et que nos modèles

Sont les pires de tous, et quand le sang pourrit

Je veux cacher la vérité, je veux te protéger

Mais avec la bête en nous il n'y a nulle part où se cacher

Quand tu sens ma chaleur regarde mes yeux

C'est là que mes démons se cachent, se cachent

Ne t'approches pas trop, il fait sombre ici

C'est là que mes démons se cachent, se cachent

Demons, Imagine Dragons


Ou alors, elle fait:

Jeanne prit une grande inspiration. Qu'elle était bête, aussi! Ce qu'elle devait faire n'était pas compliqué: il lui suffisait d'ouvrir cette porte, allumer la lumière, marcher jusqu'à Marco, s'assurer qu'il allait bien. C'était simple!

Je n'ai pas grand chose à dire

... Mais elle était incapable de le faire. Quelque chose en elle se rebellait à cette idée, comme si elle dépassait quelque limite imposée, quelque interdit instinctif. Mais... c'était idiot! Marco lui faisait confiance et il n'avait jamais levé la main sur elle, jamais dit quoi que ce soit de négatif. Il l'adorait! Elle n'était pas en danger dans cette chambre, loin de là. Au contraire - elle n'était nulle part autant en sécurité.

Avalant sa salive, elle posa la main sur la poignée, hésita un instant. Le bruit que fit la poignée en tournant la fit presque sursauter, et elle la lâcha. Le battant s'ouvrit lentement, lui montrant une salle plongée dans la pénombre.

Un nouveau gémissement s'éleva de ces profondeurs. Ils étaient beaucoup plus fort maintenant que la porte était ouverte. On eût dit le grognement d'un dragon à demi assoupi, et l'albinos se sentit paralysée, bloquée sur ce seuil.

Fronçant les sourcils, Jeanne regarda ses pieds. Pourquoi ne parvenait-elle pas à passer la petite barre de zinc du seuil? Avait-elle peur? C'était ça, elle avait peur de lui? Ridicule. Elle n'avait peur de rien, et encore moins de la personne à qui elle tenait le plus. Ou... si, peut-être? Elle avait peur - de sa réaction? De ce qu'il pourrait dire?

... Mais elle n'avait pas vraiment peur, au fond. Il ne lui ferait rien, pas à elle. Alors pourquoi ne pas avancer, et... et quoi?

Il n'y a rien dans ce nom

La jeune fille prit conscience que ce n'était pas par peur qu'elle était bloquée.

Elle n'avait tout simplement pas les mots. Que lui dire, à cet homme-là? Comment l'appeler? Les noms qui lui venaient à l'esprit ne correspondaient pas vraiment. Commandant? C'en serait ridicule. Elle ne pouvait s'assoir à côté de l'homme en sueur, le rafraîchir, le consoler, et l'appeler Commandant Maxwell. Il y avait une froideur, un éloignement - non - ce n'était pas concevable. Le Commandant était un homme du jour, un homme froid et fort, qui avançait leurs pions avec un calcul réfléchi.

Père? ... Elle n'oserait jamais. Et il ne réagirait peut-être pas bien. D'abord il n'était pas son père biologique. Puis l'appellation, quelque soit la langue utilisée, lui rappellerait forcément Rackist, Père Rackist elle babillait dans toutes les langues plus jeune, Marco n'aimerait pas. Papa était beaucoup trop familier et enfantin. Ce n'était pas lui.

Non, seulement "Marco" lui allait. Mais "Marco" n'avait pas de cauchemars. Il était têtu et inconscient et n'avait peur de rien - un vrai soleil qui illuminait leur chemin, qui l'assurait qu'ils n'étaient pas perdus. L'homme étendu là-bas, dans le noir et la terreur, elle ne savait pas qui c'était, et ne pouvait rien pour lui.

Cette simple pensée - elle était impuissante - brisa quelque chose au fond d'elle. Voilà la vérité qui la pétrifiait ainsi. Il n'y avait rien qui puisse sauver Marco de ses remords, de ses démons; elle n'avait plus qu'à s'en aller, à le laisser en paix, ignorer ce nouveau secret qui pesait sur ses épaules. Mais s'éloigner et le laisser là lui arracherait le cœur, elle devait -

Elle devait -

Elle devait tout; mais elle ne pouvait rien. Se mordant la lèvre, elle se pencha, tira la porte pour la refermer. Le bruit que fit le loquet en se replaçant la secoua profondément, et soudain elle sentit quelque chose de chaud et mouillé couler sur ses joues. Non... elle ne pouvait pas pleurer. Elle était plus forte que ça! Elle était...

Rien à faire. Les larmes coulaient rondes et lourdes sur sa peau, se perdaient dans sa bouche entrouvertes, gouttaient le long de son menton alors qu'elle cherchait rageusement à les effacer. Bientôt ses mains tremblaient trop, elle les laissa retomber le long de son corps avant de s'appuyer contre la porte et de glisser lentement vers le sol.

"Je suis désolée, tellement désolée," murmura-t-elle contre le métal alors qu'il continuait de se déchirer à l'intérieur. Il hurlait maintenant, à intervalles quasi régulières. Ou imaginait-elle seulement ces cris? Peut-être tout cela n'était-il qu'un rêve. Un bruit strident commençait à remplir ses oreilles, couvrant la voix du dragon.

"Oh Marco..." Sa voix la lâcha. Elle ne savait pas trop pourquoi elle s'effondrait ainsi, pourquoi maintenant. Peut-être que c'était juste parce que c'en était trop, qu'elle n'en pouvait plus. Tout revenait en même temps - le regard vide de Meene morte, le crachat du Tao à ses pieds, l'arrogance de Rackist qui venait la tuer sans hésitation, la neige du Mont - elle n'arrivait pas à surnager, à s'extraire du kaléidoscope mémoriel qui jouait devant ses yeux. C'était beaucoup trop pour elle...

Les larmes lui brouillèrent la vue, et le monde se perdit en paillettes ternes.


Désolée de te décevoir encore

Personne ne s'attache à celle qui écoute


"Seigneur Maiden...?"

Jeanne ouvrit les yeux. Elle... s'était endormie? Ses joues la piquaient un peu. Encore un peu hébétée, l'albinos fixa l'homme au-dessus d'elle. Il était agenouillé, une main chaude sur son cou, l'air inquiet.

"J-John," elle bégaya, cherchant à se redresser. "Je- je suis désolée -
- Tout va bien," il la coupa, un sourire rassurant aux lèvres. "Il est quatre heures, j'ai été relevé et je vous ai vue alors je me suis inquiété. Insomnie?"

Elle le regarda un instant, un peu perdue. Regardant autour d'elle, elle vit la porte close, le couloir vide. Plus aucun bruit ne sortait de la chambre.

"O-oui." Avec l'aide de l'Américain, elle se redressa sur ses pieds. Il avait les mains chaudes, John, il avait toujours été chaleureux avec elle. Après la venue de Rackist et ses révélations, il était devenu froid... Distant. Il était tellement amoureux de Meene, le pauvre. Jeanne s'en voulait de ne pas s'en être rendue compte plus tôt. Elle aurait pu... faire quelque chose. Empêcher la tragédie, peut-être.

Mais en cet instant, il était aussi gentil et serviable qu'avant. Elle voulut le remercier, leva son visage vers lui; il remarqua ses yeux embués et lui attrapa le menton. Dans la lumière froide du couloir, les joues de Jeanne semblaient très rouges. Elle tenta de se dégager, mais il la tenait bien. Elle se trouva à rougir, honteuse devant l'éclat dur dans les yeux clairs du jeune capitaine. Pendant un long moment, il l'observa, sans rien dire, avant de soupirer.

Un sensationnel que je ne peux offrir

"Vous ne devriez pas pleurer pour lui," fit-il avec amertume. "Il n'en vaut pas la peine."

Son regard tomba vers le sol alors qu'elle joignait les mains, coupable. Après un nouveau grognement, il fouilla dans sa poche, et y attrapa un mouchoir blanc. Doucement, il passa le tissu sur les joues de l'albinos, séchant la peau humide et rouge, et continua: "Au départ, je vous ai crue, vous savez. Quand vous disiez que vous saviez, pour la Maiden et pour l'histoire de Marco, et tout le bazar. Je dois dire que j'étais en colère. Mais maintenant, je sais que vous mentez."

Jeanne se raidit et prit une grande inspiration. Elle jeta un rapide coup d'œil derrière elle, mais la porte était toujours fermée. Marco dormait encore, il n'aurait rien entendu... Mal à l'aise, elle leva une main pour attraper la sienne, arrêtée sur sa joue. "John...
- Je suis pas idiot," fit-il avec une certaine sécheresse. "Enfin pas plus que lui. Si vous saviez - vous auriez pas tué les Niles. Vous auriez pas laissé Meene et les autres se faire tuer. Vous êtes pas comme ça, mademoiselle Jeanne. Vous êtes bonne, trop même, surtout avec lui."

Incapable de le contredire, Jeanne resta là, nerveuse. Il pensait que la responsabilité de ces choses... de ces crimes affreux était celle de Marco, seulement lui, puisqu'elle avait été "trompée" aussi. C'était gentil... mais tellement faux. Au contraire - au contraire, c'était elle la responsable de tout.

Et pendant que j'observe en silence

"Ne dis pas ça. Le sang des Niles, le sang des nôtres - c'est moi qui...
- Chut," fit John, agité. Il venait de lui attraper la main et la lui serrer, fort, comme pour l'obliger à se taire. "Marchons un peu." C'était dit un peu brutalement, rapidement, déjà il l'entraînait loin de la chambre du Commandant, vers les escaliers, vers sa chambre à elle. Il marchait vite, l'obligeait presque à courir, pieds nus sur le sol immaculé.

"J-John, tu vas -
- Je vous emmène loin de lui," grogna-t-il, "et après je vais ralentir."

Pendant un moment, elle ne comprit pas. Ils descendirent l'étage quatre à quatre, et bientôt il l'avait ramenée juste devant la porte de sa chambre. Jeanne était presque à bout de souffle. "Pourquoi...
- Depuis toujours, vous faites tout pour le protéger, cet imbécile. Il faut vous sortir de là, mademoiselle Jeanne," martela l'Américain. L'albinos le fixa, hébétée. Que... voulait-il vraiment dire? Il la fixait avec une colère bouillante, et il attendait une réponse. Avalant sa salive, elle chercha à lui expliquer:

"Je... ne peux pas, John..."

Le visage du blond s'assombrit. Il leva une main, se cacha la bouche avec alors qu'il se détournait d'elle. Il marmonnait dans sa barbe; en s'approchant Jeanne entendit quelques bribes. "Tout comme Meene... Je l'avais pas compris au début, mais elle savait, putain. Elle savait pertinemment qu'il nous mentait et elle a rien dit." Il se retourna soudain, les yeux rouges. "Vous êtes toutes les deux à le protéger comme s'il le méritait!"

Ce fut comme une gifle pour Jeanne. Elle n'aurait pas dû être si surprise, mais entendre tout ça la pétrifiait. Cette colère, cette furie... Le choc dut se lire sur son visage, parce que John se calma, sembla se rétrécir soudain alors qu'il revenait poser ses mains sur les épaules de la jeune fille, cherchant son regard. "Ecoutez, mademoiselle... Elle m'a demandé... ce qu'elle m'a demandé avant de partir, c'est de vous protéger vous. Alors je vais faire ça. D'accord?"

La bouche sèche, Jeanne se trouva à acquiescer. Oui, tout ce qu'il voulait, tout ce qu'il voulait tant qu'il restait sur le navire et près d'elle, tant qu'elle ne le perdait pas comme elle l'avait craint quelques heures auparavant. Il sourit, et la serra dans ses bras. Surprise, Jeanne ne put que rougir et se figer. "John...?
- Maintenant, c'est à nous de vous protéger. Lui le fera pas, ou mal. Mais vous - vous êtes très précieuse," il murmura contre ses cheveux. Quelque chose se serra dans la gorge de Jeanne.

"Je t'en prie, John, ne fais rien de fou," supplia-t-elle, enfoncée dans sa veste. Imperméable et doublée, cette veste était froide, vraiment froide. Comme pour le retenir, elle l'encercla de ses bras, tenta elle aussi de le réchauffer, de le ramener à elle.

Mais il était déjà décidé. "Je vais vous protéger," entendit-elle encore avant qu'il ne la lâche et s'éloigne à grands pas.

Tu démarres des feux de forêt

Un instant, l'albinos resta là, les mains jointes. Se mordillant nerveusement la lèvre inférieure, elle hésita à le suivre, puis se rappela dans quel état était son visage. Si quelqu'un d'autre la voyait, comprenait...

Elle laissa John partir et rentra dans sa chambre pour se débarbouiller et se reposer un peu. Il lui sembla s'être assise sur son lit un très court instant, juste pour reposer ses yeux; mais quand elle les rouvrit, la lumière du jour coulait à travers son hublot, et le réveil indiquait sept heures quarante. Soit presque deux heures après le réveil réglementaire des hommes. Et ils devaient rencontrer Yoh et son groupe - et la petite Tamao qu'elle appréciait - dans presque deux heures. A peine deux heures!

Sautant sur ses pieds, la jeune fille se changea rapidement et sortit, espérant pouvoir petit-déjeuner discrètement et prétexter un entraînement plus long. Mais cet espoir fut rapidement détruit par les éclats de voix qu'elle entendait s'échapper de la cuisine.

Alors qu'elle rejoignait le couloir y menant directement, Jeanne croisa Larky. Le jeune homme se grattait la tête en écoutant les éclats de voix, comme pas trop sûr de ce qu'il devait faire - ou peut-être affligé de voir que rien ne changeait.

En effet, la voix qui grondait était sans aucun doute celle de Marco. Soucieuse, Jeanne interrogea le X-II du regard.

"Quelqu'un a piqué des gâteaux dans la nuit," fit celui-ci avec une grimace. On connaissait bien l'attachement du blond à sa cuisine et à ses productions. "Il pense que c'est le petit. Et ça l'est probablement; j'veux dire, nous on était tous ensemble et on a pas bougé du pont avant quatre heures alors que sa garde était relevée à deux, et en passant dans la cuisine pendant sa ronde John a vu les couverts abandonnés dans l'évier."

Tu les démarres simplement pour sentir la chaleur

Jeanne rosit, puis blanchit. Oh. Elle avait totalement oublié ça! Et Lyserg qui se faisait gronder à sa place! "C-cela dure depuis longtemps?"

Larky secoua la tête. "J'étais avec Lyserg quand Marco l'a embarqué, on partait pour la gym avant la réunion. Mais même, lui gueuler dessus pour ça... je sais bien qu'il est nerveux, mais il faut qu'il se calme, l'autre. Pardon pour le langage, mademoiselle, mais..."

Jeanne eut un faible sourire. Depuis la venue de Rackist, ce n'était plus "seigneur Maiden" dans leur bouche. Juste "mademoiselle Jeanne", ou "mademoiselle". Cela aurait fait moins mal s'ils ne la regardaient pas avec cette espèce de... de pitié ridicule.

"Je m'en occupe, Larky. Attends une seconde." Il acquiesça, et elle le dépassa pour entrer dans la cuisine. Prenant un air innocent, elle s'approcha de Marco et Lyserg, se glissa entre eux et leva une main. "Paix, Marco. Lyserg, tu peux partir," commença-t-elle avant de voir qu'il en avait les larmes au yeux. Après un regard désapprobateur au commandant, elle sortit un mouchoir d'une de ses poches et lui essuya les yeux. "Tout va bien. Je sais que ce n'est pas de ta faute, et je suis désolée que tu te sois fait gronder comme ça. File voir Larky."

Et alors que je reste muette

Trop content d'avoir un échappatoire, le jeune garçon fila sans demander son reste. Alors Jeanne se retourna pour faire face à un Marco mi-confus mi-ennuyé. "Seigneur Maiden, il...
- Il n'a rien fait. Je te croyais plus perspicace, Marco. C'est moi qui ai mangé ces gâteaux dans la nuit, il t'aurait suffit de me demander avant de faire quelque chose d'aussi violent. Quoi, tu ne dis plus rien? Je te dis que c'est moi, alors punis-moi," fit-elle aussi clairement et succinctement que possible - sans bafouiller, sans trembler. Elle était l'Iron Maiden. Elle pouvait faire face à ce qu'il lui enverrait, cet homme qu'elle ne comprenait plus. Et au moins ainsi Lyserg serait en sécurité.

Mais voilà qu'il bafouillait, fronçait des sourcils. "C-c'était vous?
- C'était moi," répliqua-t-elle avant de perdre son courage. Se raidissant instinctivement, elle imagina être de fer. Maintenant allait venir la colère, la tempête, mais elle saurait le -

"D-désolé," fit le grand blond avant de se retourner, et quitter la salle. Jeanne cligna des yeux, complètement perdue. Ses genoux raidis se mirent à trembler soudain, et elle ne put s'empêcher de laisser échapper un souffle inquiet. Que... venait-il de se passer?

La réponse était inquiétante. Elle n'en savait rien.


Tu cours avec les tigres

Tu cours simplement pour me fuir

Les hommes dans ce train ont déjà un avis sur moi


Le soleil du début d'après midi rebondissait sur le métal clair, et Jeanne était presque heureuse de quitter le navire car ses yeux la piquaient terriblement. D'habitude à cette heure là, elle était enfermée dans son armoire de fer au fond de l'eau, ou dans les entrailles du navire, au frais. S'activer en ce milieu de journée lui semblait assez mal pensé, en fait, et seule la présence d'une camarade de son âge la réconfortait un peu.

"Je suis contente que tu sois venue," fit-elle d'ailleurs en serrant la main de Tamao dans la sienne alors qu'elle regardait Marco préparer sa voiture pour le trajet. Elle avait été envoyée comme 'émissaire' de Yoh pour déjeuner avec les X, accompagnée de Manta et de ses esprits. La jeune fille et l'humain était assez timides - pourtant Marco s'était plutôt bien tenu, se contentant de les fixer pour savoir comment ils trouvaient leur plats - et Jeanne s'en accommodait assez bien. Attendre que Tamao finisse ses phrases ne l'embêtait pas, et elle savait remplir les silences timides de bavardage encourageant. D'ailleurs Porf avait remarqué qu'elle parlait plus avec Tamao qu'elle ne le faisait avec eux d'habitude. Devant ses joues rosies de honte, il avait eu un sourire et l'avait évidemment excusée, mais l'Iron Maiden s'était un peu plus surveillée après.

"M-moi aussi, mademoiselle," répondit Tamao avec un sourire lumineux qui ravit sa camarade. Jeanne n'avait pas été bien sûre - la Japonaise ne parlait pas tellement, et s'exprimait encore moins sur ses impressions et son confort. Elle avait tout fait pour l'accommoder, mais ne pouvait pas être sûre si sa camarade s'était sentie à l'aise.

"Alors je suis heureuse..."

Je peux déjà sentir leur haine

Jeanne s'interrompit en voyant Porf s'approcher, l'air mélancolique. De loin, Lyserg appela les filles, et Tamao s'éloigna pour le prévenir, laissant les deux X-Laws seuls. Jeanne regardait le jeune homme, un peu surprise qu'il veuille lui parler en privé. John parlait haut et fort, comme un Marco plus mesuré; Larky était gentil et chaleureux avec sa barbe râpeuse, mais Porf... avait des penchants discrets, presque secrets, et Jeanne ne s'attendait pas à ce qu'il s'approche après les révélations de Rackist.

"Prenez soin de vous, mademoiselle," disait-il pourtant, et elle dût bien l'accepter, un peu surprise de la formulation mais rassurée par cette douceur. Alors elle décida de jouer le jeu.

"Bien sûr, Porf. Et toi prends soin de John et Larky, d'accord? Ils sont toujours fâchés contre Marco...
- Non, non, rassurez vous," sourit-il avec chaleur. "Ils vous aiment énormément, mademoiselle. Faites-nous confiance, nous connaissons nos devoirs."

L'étranger, sa douleur doit être de ma faute

Sentiment d'inconfort confus, elle acquiesça, entendit un nouvel appel de Lyserg. "D'accord. Je... je dois y aller, mais nous ne serons pas longs, promis."

Il acquiesça, et elle descendit la passerelle. Marchant tranquillement, elle rejoignit la voiture juste au moment où Marco donnait ses dernières instructions.

"... et le Seigneur Maiden se mettra derrière moi, c'est une des positions les plus sécurisées - ah, vous êtes là.
- Oui Marco, je suis là," répéta-t-elle avec un léger sourire alors qu'elle regardait son petit monde s'engouffrer dans la voiture. Suivant le mouvement elle se glissa derrière Marco, les portes se fermèrent, et la voiture partit.

Ils firent quelques dizaines de mètres en silence, chacun s'installant à son aise dans la voiture, puis Marco appela: "Tout le monde est bien installé? Vous avez mis vos ceintures?"

Lyserg, juste à côté, acquiesça vigoureusement, pendant que Jeanne confirmait gentiment. Cependant, Tamao semblait embêtée, et hésitait à dire quelque chose alors qu'ils tournaient et s'enfonçaient dans la forêt. "Il y a un problème?"

Le regard de Marco dans le rétroviseur sembla pétrifier Tamao, mais Jeanne lui prit la main, rassurante, gentille. "Dis-moi, Tamao, tout va bien?"

Rouge de honte, celle-ci articula, ses grands yeux semblant appeler à l'aide: "J-j'ai oublié mon carnet..."

Jeanne cligna des yeux et tapota l'épaule de Marco. "Ne t'inquiètes pas, on est pas trop loin. Marco, arrêtes-toi sur le côté."

Et pendant que j'observe en silence

Celui-ci obéit sans poser de questions, bien qu'il fixât Tamao avec un certain énervement. "On est juste à côté, je vais aller le chercher," fit Jeanne en se glissant hors de la voiture. Par la fenêtre ouverte, elle demanda encore: "Où l'as-tu oublié?
- Hm... D-dans votre chambre, j-je crois...
- D'accord," acquiesça-t-elle. Marco, ne t'énerves pas et préviens Yoh. Je reviens dans une seconde," fit Jeanne à l'adresse de Marco pour le détendre. Se redressant, l'albinos se dirigea vers le navire. C'était Porf qui allait être surpris de la revoir si vite! Elle trottinait presque en grimpant sur la passerelle.

Le pont était désert. Mais elle n'y prêta pas attention: il suffisait de passer derrière les bâtiments pour devenir invisible depuis la passerelle, alors ils devaient faire leur ronde. Rapidement elle parvint jusqu'à l'entrée principale et tapa le code d'entrée avant de s'introduire dans le couloir. Toujours personne. Alors qu'elle passait devant le réfectoire dont la porte était entrebâillée, elle remarqua quelque chose sur une table.

Intriguée, elle pénétra dans la pièce. Le carnet de Tamao était juste là, ouvert sur la table sur le dessin qu'elle avait fait durant la réunion. Mais un carré blanc cachait le milieu du dessin. Cette fois-ci franchement perplexe, l'albinos se rapprocha et tira le carnet à elle. Il s'agissait d'une feuille de papier repliée, où les mots "Mademoiselle Jeanne" se lisaient nettement. Qui...?

Tu démarres des feux de forêt

Elle déplia la lettre, et sentit son cœur faire un bond en reconnaissant l'écriture.

Mademoiselle Jeanne, ne soyez pas triste. Je suis content d'avoir pu vous parler cette nuit, je m'en vais le cœur léger pour cette mission. Je vous l'ai dit: Marco est incapable de vous protéger. Nous on peut, et on va le faire bien.
A l'heure où vous lisez ce texte, nous avons vaincu ou nous sommes morts. Vraiment, ne soyez pas triste. Se battre, c'est tout ce qu'on sait faire, au fond, et ce qu'on fait le mieux.
Bye-bye,
John.

Dans les marges du bout de papier, les deux autres aussi avaient signé. Le Porf était tout rond, plus large que le texte de son capitaine; Larky était plus petit, et engoncé dans un coin, comme s'il avait peur de prendre trop de place.

Tu les démarres simplement pour sentir la chaleur

L'albinos resta un instant stupide de stupeur. Que - qu'est-ce que ces mots pouvait signifier? Cela n'avait aucun sens, ils n'avaient pas de match contre Hao, ils n'auraient jamais de raison de -

"Ils sont partis," prononça-t-elle à voix haute, "attaquer le bunker de Hao." Les idiots. Les idiots! Non, non, ils n'étaient pas idiots, elle le sentait dans la lettre. Ils savaient très bien où ils allaient, ce qu'ils faisaient: ils allaient se faire tuer. Volontairement.

Eh si, ils étaient idiots! Il fallait aller les chercher. Étouffant soudain, Jeanne saisit le carnet et se téléporta à la voiture.

Marco en était sorti pour fumer une cigarette. Manta montrait quelque chose sur son téléphone à Tamao, et Lyserg se réchauffait les doigts en soufflant dessus. Le craquement qui accompagna l'apparition de Jeanne les fit tous sursauter, d'autant plus qu'elle avait une expression paniquée sur le visage.

"Que se passe-t-il?"

Elle fourra la lettre dans les mains de Lyserg, avec le carnet. "John et les autres. Ils sont partis. Ils sont allés attaquer le bunker d'Hao et ils vont se faire tuer," résuma-t-elle à Marco, le fixant avec inquiétude. Elle était vaguement consciente que Lyserg avait pâli, que Tamao laissait passer une exclamation choquée. Mais c'était Marco qui comptait, Marco qui pouvait tout décider.

"Ils - ils ont expliqué leur plan?
- A peine. Ils vont l'attaquer chez lui et - tout donner pour qu'il n'en ressorte pas. Il faut aller les chercher, Marco," souffla-t-elle, pressante.

Il acquiesça sans réfléchir. "Tamao, Oyamada, vous allez rester là, et -
- Non," fit Tamao. En voyant que tout le monde la fixait, elle rosit. "V-vous allez avoir besoin d-d'aide l-là bas. H-Hao ne peut pas - il ne v-va pas nous tuer a-au risque de se f-fâcher avec son frère. Il - il n'y tient pas et... Plus - plus on sera, plus on aura de chances..."

Jeanne fronça les sourcils, ayant vaguement l'impression que Tamao ne disait pas tout. Mais -

"De toute façon, vous n'avez pas le choix," fit Manta, qui avait grimpé dans la voiture et s'était déjà sanglé. "On vient avec vous. Yoh ne voudrait pas qu'on vous laisse faire comme ça."

Jeanne le fixa, éberluée. Tamao lui avait confié qu'il s'était évanoui durant son premier match... Et voilà qu'il allait au-devant d'un massacre pour des gens qu'il connaissait à peine.

Clignement d'yeux. Ils perdaient du temps. "Allez, on y va," tempêta Marco en pressant Tamao et Jeanne de monter dans la voiture. Lyserg fila sur le siège passager, et bientôt ils étaient partis.


Et alors que je reste muette

Tu cours avec les tigres

Tu cours simplement pour me fuir

Et je ne t'en veux pas


Michael n'avait jamais volé si vite qu'en cet instant. Jeanne, assise à l'avant, regardait anxieusement par la fenêtre. Ils étaient pour l'instant cachés par les nuages, mais dès qu'ils descendraient ils deviendraient visibles. Que se passerait-il alors? Elle n'en savait rien. Elle savait juste qu'elle devait sortir ses lieutenants de là.

Derrière elle, Tamao et Manta se tenaient serrés l'un contre l'autre. Personne ne parlait. La tension était palpable.

Elle secoua la tête. Dans cette voiture, il n'y avait aucun militaire. Trois X-Laws, d'accord, mais aucun soldat de formation - Lyserg n'était qu'un enfant, Marco un ancien vendeur de voitures, et elle... Enfin. Sans savoir pourquoi, cette constatation la gênait. Les soldats du groupe avaient une sorte de - de calme qui lui aurait fait du bien.

"On arrive," fit Marco soudain, et elle se tourna vers lui. "Il y a de la brume. Je vais nous poser tout près. Une fois dehors nous serons en territoire ennemi. Tamao, Oyamada, vous restez près de Lyserg et vous vous faites discrets. On les récupère et on s'en va."

Jeanne acquiesça. "... Toi non plus tu n'as pas senti leur énergie sur le chemin, n'est-ce pas?"

Il secoua la tête. Ce n'était pas bon. Les X-II étaient déjà arrivés dans le domaine d'Hao... arrivaient-ils trop tard?

Honnêtement

Michael descendait vers la cime des arbres quand il apparut. Sariel. L'ange était criblé de grands trous, et clignotait entre le blanc et le vert. Si son maquillage "d'ange" s'écaillait, cela ne pouvait pas être bon.

Jeanne sauta de Michael avant qu'il n'aie touché le sol et rejoignit l'Archange. Celui-ci sembla exploser pour se transformer en sphère spirituelle toute faible, toute molle, qui lui tomba dans les mains. Inquiète, elle le leva jusqu'à ses yeux. "Sari..."

Un chuintement léger lui répondit, et il se redressa, flottant vers un espace dans les buissons. Marco lui attrapa le bras, mais Jeanne avança tout de même.

Une odeur âcre frappa sa narine alors qu'elle écartait les branchages. Grimaçant, et le cœur déjà serré à l'idée de ce qu'elle allait découvrir, elle leva une main. "N'approche pas, Tamao."

La jeune fille voulut protester. Comme Lyserg, lui aussi, s'était rapproché, elle put en faire de même - et crut se sentir mal.

Porf était allongé là, son fusil d'assaut serré entre les bras. Une partie de son visage, tournée vers le sol, était entièrement déchirée et saignait toujours, une mare de sang qui venait abreuver les jeunes pousses bordant sa position de sniper.

Manta s'évanouit. Jeanne retourna son attention aux deux non-X-Laws, et sentit son cœur se serrer d'autant plus. Ses yeux la piquaient, ses entrailles se révoltaient - mais elle ne pouvait pas s'effondrer devant eux. Et pourtant, elle en aurait eu envie!

Mais elle avait beau regarder, il n'y avait pas l'âme de Porf autour d'eux... Et l'énergie de Larky, elle aussi, était introuvable. Son cœur se serra. Mais elle sentait vaguement la force de John dans le bâtiment. Tout près, si près d'une bien plus grande force...

Elle attrapa la manche du jeune homme près d'elle. "Lyserg, je te confie Tamao et Manta. Je reviens vous chercher dans une seconde, d'accord? Restez ici et restez cachés parmi les buissons. Compris?"

Il écarquilla les yeux, commença à secouer la tête. Elle ne pouvait pas les laisser là! Il voulait se battre, et -

Marco posa sa main sur son épaule. "C'est une mission importante. Il faut protéger mademoiselle Tamao et Oyamada. Lyserg, je t'en prie. Je peux te faire confiance?"

Après une seconde d'hésitation, le garçon acquiesça, la bouche sèche, et attrapa le bras du commandant. "Vous allez revenir, hein? On va vous attendre là. Il faut revenir."

Marco acquiesça. Jeanne, elle était déjà partie à toutes jambes, et il dût se dépêcher pour la suivre.

L'albinos suivait son instinct. Elle avait couru sur la terre meuble, jusqu'à l'ouverture qui menait vers l'intérieur du bunker, et s'y était immobilisée. Tous sens en alerte, elle chercha des signatures énergétiques. N'en trouva aucune, si ce n'était celle de John, et l'autre. Mais s'il n'y avait que lui, et qu'elle parvenait à le surprendre, elle pourrait peut-être sauver son capitaine.

Je ne t'en veux pas

Marco la rejoignit alors qu'elle se glissait dans le couloir. Ils avancèrent ainsi au hasard un moment, se faisant discrets. Marco établissait sur son bras une carte des couloirs et des croisements qu'ils avaient pris, pendant que Jeanne cherchait le plus court chemin vers leur camarade. Il ne bougeait pas - plus? - comme s'il était caché. Hao, lui, avançait lentement par les couloirs, en une trajectoire que Jeanne devinait inverse à la leur. Mais lui connaissait les couloirs. S'il trouvait John avant eux- !

"Il faut accélérer, Marco," chuchota-t-elle en prenant un nouvel embranchement. Il acquiesça, mais au bout de quelques minutes les deux autres énergies s'étaient rejointes. Shamash se tenait tout près d'elle, prêt à réagir dès qu'elle pourrait toucher John. "On ne se bat pas," rappela-t-elle dans un murmure en saisissant la main du blond. "Je l'attrape et on sort.
- Compris," répondit Marco sur le même ton en sortant tout de même son arme. Elle ne lâcha pas son bras en arrivant au coin d'un couloir où les voix des deux hommes s'entendaient. Une inspiration. Hao semblait expliquer elle ne savait quoi à John.

Il leur fallait un plan... Ils n'auraient qu'une minuscule chance. L'attention d'Hao n'était pour l'instant pas sur eux -

Jeanne inspira profondément et lança Sariel devant elle. L'esprit jeta une vague de lumière qui avala ami et ennemi, les aveuglant un instant. Jeanne, une main serrée autour du poignet de Marco, rejoignit John en courant, bousculant ce qui ne pouvait être qu'Hao avant de trouver le bras de son capitaine -

Craquement. Ils n'étaient plus là.

Craquement. Le trio se retrouva devant les buissons où étaient cachés Lyserg et les autres. Jeanne commanda à Sariel de se transformer - mais quelque chose - quelqu'un - fit exploser son Over-Soul. Zeruel se matérialisa à la place, agrippant les Shamans en grappe alors qu'il se précipitait vers les cieux. Mais immédiatement des tirs fusèrent au-dessus d'eux, tout près, trop près. Zeruel piqua vers les arbres, tenant avec précaution le groupe de Shamans dans sa main. Lyserg seul se tenait sur son épaule, cherchant à leur trouver un chemin de sortie.

Jeanne, plaquée tout contre John qui saignait dans la poigne de Zeruel, lui envoya une décharge d'énergie pour soigner ses plaies. "Tout va bien, tout va bien," murmura-t-elle contre lui alors qu'il la fixait, la bouche ouverte. "On te sort de là. On va tous s'en sortir."

Une nouvelle secousse faillit faire tomber Manta, dont le hurlement vrilla les oreilles de l'albinos. John balbutiait. "M-mais pourquoi - pourquoi vous êtes venue - je veux dire, on voulait -
- Je sais," fit-elle pour le calmer.

"Mais on allait - je t'aurais pas laissé en arrière.
- Porf et Larky..."

Qui voudrait être à mes côtés?

Elle secoua la tête, lui prenant les mains. Une colère incompréhensible la prit, et elle secoua ses mains moites de sueur. "Idiot, idiot, idiot! Tu crois vraiment que Meene aurait voulu ça? Tu crois que c'est ça qui la rendrait heureuse, hein?"

Mais soudain ils débouchèrent sur une grande clairière, et le calme momentané de la forêt laissa place au chaos. La brume était retenue par les arbres, et ils n'avaient plus nulle part ou se cacher. Marco convoqua Michael, et John le suivit sur le grand Archange, sans un mot pour expliquer où son esprit à lui se trouvait. Jeanne invoqua Sariel pour avoir la même liberté de mouvement. Ils pouvaient s'en sortir.

S'ils allaient assez vite - Hao ne pourrait pas les suivre au bout du monde, si? Elle y crut.

Puis quelque chose toucha Lyserg au pied, le faisant tomber de Zeruel. L'ange s'effaça dans le vent, laissant tomber Tamao et Manta. Immédiatement Jeanne s'arrêta, invoqua Shamash et dressa autour de chacun des siens un bouclier d'énergie. Se laissant tomber de son esprit, l'albinos courut au petit groupe qui se relevait. Lyserg n'avait rien, mais maintenant ils allaient devoir se battre.

Jeanne regarda ses "troupes" nerveusement. Tamao et Manta, terrorisés, se serraient l'un contre l'autre. Lyserg se relevait à peine, et péniblement. John n'avait pas son esprit... Il ne restait pratiquement que Marco et elle pour soutenir l'assaut, dans une plaine inconnue, avec un nombre d'attaquants inconnu, loin de leurs bases et de leurs alliés. Comment avait-elle pu les entraîner dans cette horrible situation? Mauvaise stratège, mauvaise chef, mauvaise protectrice.

Qui voudrait être à mes côtés?

Un silence.

Puis elle perçut le bruit de ses pas entre les arbres. Jeanne cilla, et tout d'un coup Hao était là, appuyé contre un arbre, nonchalant. Il avait les bras croisés, et les yeux posés sur elle. Uh. Il ne devait pas avoir bien pris le coup de la bousculade. Shamash la rejoignit immédiatement, l'enveloppant un instant pour faire apparaître son armure. Cela ne sembla que le faire sourire.

"Tu as une âme qui m'appartient, petite princesse. Me la donneras-tu?" Son regard se posa sur John, auquel Jeanne venait d'envoyer Sariel pour le combat. Un instant, Jeanne ne sut quoi répondre.

Puis elle leva le menton, comprenant enfin. "Venez la chercher."

Ricanement. "Puisque tu me le demandes."

Puis il claqua des doigts, et la plaine sombra dans le chaos. Un fantôme gigantesque apparut entre les arbres, et un bruit effroyable lui déchira les tympans. Quelque chose heurta ses boucliers, une fois, deux fois, manquant à chaque coup de le briser entièrement. D'autres ombres sortirent de la ligne des arbres. Rackist, Kanna, Mathilda, bien d'autres sûrement, elle n'avait pas le temps de tous les dénombrer; il fallait qu'elle les sorte de là. Mais pour téléporter autant de gens elle devrait laisser tomber le bouclier, et cela n'était pas possible pour le moment.

"John, prends les enfants," ordonna-t-elle dans un cri alors qu'elle élevait un bouclier entre Hao et eux. Un torrent de feu heurta la protection à peine élevée, et Jeanne sentit ses pieds glisser. D'un coup d'œil elle voulut s'assurer que John obéissait - mais lui et Marco étaient chacun pris à parti par les sbires d'Hao, et repoussaient des attaques trop importantes pour se dégager. "Tamao, je ne peux pas protéger tout le monde," lança-t-elle ensuite, fouillant ses poches pour plus de clous. "Mets Manta à l'abri!
- Je ne veux qu'une âme, petite Maiden," résonna encore la voix d'Hao, tranquille. "Vas-tu vraiment sacrifier tout ton monde pour que j'épargne celui qui s'est introduit chez moi avec des intentions meurtrières?"

Jeanne retourna la tête vers lui, les yeux plissés - mais il n'était plus à l'orée de la forêt.

"Je te l'ai dit, petite Maiden: je ne veux qu'une âme. Mais ça peut aussi bien être la tienne."

Et soudain Hao fut à quelques pas d'elle.

Qui voudrait être à mes côtés?


Quand le rideau tombe - tous les pécheurs rampent

Alors ils ont creusé ta tombe, et la mascarade

Va venir pointer du doigt les erreurs que tu as faites

Je ne veux pas te laisser tomber mais je suis destiné à l'enfer

Et comme j'agis ainsi pour toi, je ne veux pas cacher la vérité -

On dit que c'est notre faute, je dis que c'est le destin

C'est tissé dans mon âme, je dois te laisser partir

Tes yeux ils brillent si fort, je veux sauver cette lumière

Je ne pourrai pas m'échapper maintenant, à moins que tu me montres un moyen

Demons, Imagine Dragons