:Pile ou Face:
La haine, fin: La fille du feu
Auteur : Rain
Disclaim' : Shaman King appartient à Hiroyuki Takei. Je ne gagne rien si ce n'est sous forme de reviews et je rembourse sous la forme de gros câlins.
Soundtrack: Lilo (Lauren Aquilina).
Bonus Track = Perséphone (Daria)
Note : Le titre a un sens et le chapitre en est aurélien. Pari risqué s'il en est, mais bon. "La haine" aurait pu s'appeler "la folie" aussi, mais ça rappelait trop "la mélancolie".
Cette vision du futur est un peu beaucoup celle de Fighter, ce qui permet d'expliquer un peu cette vieille fic que je garde avec moi (circonstances différentes, uh.)
J'ai eu du mal à écrire ce chapitre! J'arrivais pas à trouver le bon temps pour le récit de Marco, même là je suis pas satisfaite. J'espère que ça fonctionne comme ça. Moi en tout cas, zou.
La dernière scène est écrite depuis longtemps. C'est aussi Jeanne qui se réinvente dans ces hypothèses poussées à l'extrême, et celle là, visiblement, des gens ont envie de la voir. Quand Marco se fait trop insupportable...
J'ai trouvé une citation (sans auteur) qui me plaît bien pour ce chapitre: "Avant d'être ta fille, ta sœur, ta tante, ta nièce ou ta cousine, je suis ma propre personne, et je ne m'immolerai pas pour te garder au chaud."
Warnings: scénario apocalyptique donc morts un peu violentes mais pas trop décrites.
Elle cache ses mensonges dans ses yeux de cristal et un sourire peint
Frissonnant sur son lit d'or, parmi les émeraudes et la soie rose
Ils disent "n'est-elle pas belle?" "Un diamant à tailler"
Elle remplit son verre de leurs compliments mais ce n'est pas assez
"N'est-elle pas merveilleuse?" "Une vision de rêve"
Mais personne ne peut l'entendre hurler
Mon tout beau méfie-toi de la fille qui respire l'air des rois
Perséphone, Daria
Entre eux, après cela, le fossé s'était creusé.
Est ce que je t'énerves?
Jeanne apprit en arrivant chez Yoh, alors qu'ils ramenaient Tamao après un repas de conciliation, que les X-II avaient été tués par Hao. Marco, probablement parce qu'ils n'avaient pas le temps de les pleurer - Sâti et Yoh étaient morts, il fallait aller les ressusciter - ne sembla pas réagir. Jeanne, elle, n'en avait pas le droit; elle devait être forte, et faire son devoir.
Chose qu'elle fit merveilleusement, d'ailleurs. Sâti, une fois ressuscitée, fit la réflexion qu'il était étrange que personne n'aie été envoyé la tuer, si son but avait été d'empêcher la résurrection des soldats. Mais l'attaque des X-II avait dû le distraire.
Comme prévu par les Gandhara, les quatre équipes sélectionnée pour la dernière manche furent Hoshigumi, X-I, The Ren et Funbari Onsen. La princesse indienne leur avait minutieusement expliqué son plan: ne pas attaquer Hao de front, mais vaincre les Paches et le tuer dans son sommeil. Alors que Marco s'étranglait sur son chocolat belge, Jeanne avait considéré la chose, puis acquiescé. Que faire d'autre? Elle-même ne pouvait prétendre à vaincre Hao en face à face, même avec les connaissances qu'elle avait acquis dernièrement.
Et voilà qu'ils sortaient du sous-marin. Les deux équipes de Yoh se précipitèrent dehors les premières, se perdant dans les "oooh" et les "aaaah" devant le paysage qui s'ouvrait à leurs yeux. Opachô les suivit en sautillant, filant entre les jambes de Jeanne et Lyserg; puis ce fut Hao qui s'inclina, un sourire ironique sur le visage, pour laisser passer les deux adolescents des X-I. Là encore, Marco dut se retenir de l'étrangler à mains nues, là où Jeanne restait indifférente.
Est ce que tu te sens offensé par mes mots?
Puis vint l'abandon. Ils regardèrent tous le brun franchir les portes de la première Plantation, encadré par les deux jumelles Paches. Il y eut un petit blanc.
Puis Horo-Horo frappa dans ses mains. "Allons-y!"
Lyserg renchérit, "Il ne faut pas perdre une minute. Tout le monde est prêt?
- Bien sûr," acquiesça Yoh. "Opachô, tu n'as pas envie de voir Hao?"
Le petit, apparemment un peu confus, regard autour de lui d'un air inquiet, puis gonfla les joues. "... Opachô veut!"
Mais Rackist s'était déjà placé entre eux et la porte. "Désolé, je ne vous laisserai pas passer.
- Rackist..." La voix fluette d'Opachô semblait indécise, comme s'il avait quelque chose à dire. Mais le prêtre n'était visiblement pas prêt à l'entendre, et il plongea son regard gris dans les yeux larmoyants de l'enfant. "Il faut laisser le Seigneur Hao tranquille. Opachô, il ne serait pas content que tu essaies de le voir en ce moment."
Nouveau blanc. Rackist n'était pas à sous-estimer; Yoh ne l'avait vaincu que par ruse, chose quasiment impossible dans cet environnement contrôlé et fermé, pour des gens qu'il avait étudié de manière précise et dont il connaissait les limites. Ils allaient perdre du temps, et peut-être des leurs...
Alors Marco s'avança. "Je vais m'en occuper. Les enfants, allez-y, c'est entre lui et moi!
- Non," souffla une nouvelle voix, silencieuse jusqu'à lors.
Et c'est là que l'engrenage s'enroua.
"Non, je ne crois pas," répéta-t-elle, plus fort. Sa propriétaire leva une main et attrapa la poignée d'ouverture d'urgence de l'Iron Maiden, s'extirpant de sa prison de fer. Elle semblait radieuse en cet instant, comme grandie alors qu'elle s'avançait, délaissant sa tenue pour l'armure qu'on lui connaissait. Mais elle ne regardait personne.
Marco, un peu perdu, balbutia: "S-seigneur Maiden?"
Elle ne se retourna pas vers lui, ne sembla même pas l'entendre. "Ca n'est plus simplement entre Rackist et toi, Marco..." Sans prendre garde aux autres Shamans autour d'elle, l'albinos marcha jusqu'au vieux prêtre. Son armure scintillait autour d'elle, comme si elle se préparait à attaquer, ce qui paniqua un peu les hommes derrière elle. Marco tenta de protester: "Seigneur Maiden, laissez-le moi!"
Est-ce que je t'ennuie?
Une autre voix - celle de Yoh - renchérit ensuite, "Jeanne! Il faut conserver le furyoku!"
Pauvres idiots. Le sourire de Rackist en disait long sur ce qu'il en pensait, et Jeanne ne pouvait lui en vouloir. Calmement, sans se presser, elle le rejoignit. S'arrêtant en face de lui, elle posa sa main, à plat, sur le manteau du prêtre. Le temps d'un battement de cœur, elle resta immobile. Puis elle se retourna, un sourire mauvais aux lèvres. "Vous ne comprenez pas. Ce n'est pas contre lui que vous allez vous battre, mais contre moi."
Il lui sembla qu'une onde de choc traversait tout le groupe. Même Yoh - si calme d'habitude - la fixait avec une surprise hilarante. Mais il ne fut pas le premier à réagir. Non, le premier à réagir... "S-seigneur Maiden!"
Lyserg avait les mains devant sa bouche et les joues très pâles, comme s'il croyait vomir, ou s'en voulait de l'avoir appelée. Jeanne fronça les sourcils; il pleurait, et sans savoir pourquoi la jeune fille sentit sa gorge se serrer. Ce n'était pas vraiment ce qu'elle avait imaginé, elle devait bien l'admettre. "Lyserg..."
N'y tenant plus, il courut à elle. Rackist fit un geste pour le bloquer, mais Jeanne l'arrêta d'un geste, et elle reçut l'adolescent contre son cœur. Il la serra contre lui, fort, essayant presque physiquement de la ramener dans leurs lignes.
N'y parvenant pas, il leva son visage vers elle, pleurant de plus belle. "J-je vous en prie, Seigneur Maiden, vous ne pouvez pas faire ça! Nous sommes si près du but, il faut - il faut l'arrêter -
- Chut, Lyserg, ça va aller," l'interrompit-elle doucement. Puis, comme après réflexion, "dors un peu."
Comme pour lui obéir, le jeune garçon ferma les yeux, et son corps se détendit dans les bras de l'albinos. Cela sembla déclencher la réaction des autres, qui étaient toujours figés. Ryu la montra du doigt, complètement hystérique. "Elle l'a tué! Elle l'a vraiment -"
Rackist le coupa. "Du calme. Il ne fait que dormir."
Sans les regarder, Jeanne asseyait son ancien camarade contre le mur, faisant attention à ce qu'il soit dans une position confortable. Horo-Horo, sans plus attendre, se précipita. Elle avait tué Lyserg et elle allait tout mettre par terre, il fallait l'arrêter maintenant. "Je vais me charger d'elle alors!"
Il y eut un claquement, et l'Aïnu s'écrasa contre les barreaux d'une cage dorée. Un coup de feu retentit, et une balle de pistolet rebondit à quelques centimètres de son visage avant de retomber au sol. Rackist s'attira un regard noir de Jeanne, mais il souffla quand même, froidement: "L'attaquer dans le dos, ce n'est pas bien loyal, Usui.
- Laisse, Rackist," fit Jeanne, "je t'ai dit que je m'en chargeais."
Tout d'un coup, un grand rire éclata, surprenant tout le monde. C'était Ren, qui entre deux éclats planta son arme dans le sol.
Ryû bégaya, sans comprendre: "R-ren?"
Celui-ci croisa les bras, semblant réfléchir, avant de soudain diriger son regard droit sur Jeanne et d'expliquer: "Si elle est de son côté, on a aucune chance. A vous deux vous avez presque autant d'énergie qu'Hao, et vous êtes les plus rapides."
L'adulte à son côté l'attrapa par le bras. "Q-qu'est-ce que tu dis? On ne peut pas abandonner!
- Tu crois? Lyserg est déjà K.O., et regarde l'autre, là. Il pourra jamais se battre."
Suis-je la pire chose que tu aies jamais entendue?
D'un geste, il désigna Marco, qui n'avait pas bougé d'un cil depuis que Jeanne avait rejoint Rackist. Ses poings blancs semblaient trembler un peu, serrés qu'ils étaient contre son uniforme; son visage était devenu gris, comme du papier mouillé, et il fixait l'albinos sans vraiment sembler la voir. Michael vibrait près de lui, sans parvenir à communiquer avec son Shaman.
"Je compte pas mourir ici," conclut le Chinois en levant ses mains vides. "Si on veut continuer le combat, il faudra le faire ailleurs. Remonter à la surface et disperser les nôtres, par exemple. Tenter de convaincre Hao quand il sera roi. Je ne sais quelle bêtise encore à inventer. Pour l'instant, on ne perd rien à dormir un peu, prendre encore des forces." Jeanne le fixa un instant. Rackist posa sa main sur l'épaule de l'adolescente. "Le Seigneur Hao veut de lui. Tu peux le laisser approcher."
D'un geste ferme mais fluide, l'albinos se dégagea, sans un mot, et indiqua à Ren de s'approcher, ce que celui-ci s'empressa de faire.
"Ah ah," explosa Horo-Horo de sa cage. Il saignait du nez après être rentré dans les barreaux de fer la tête la première, mais il s'était relevé. "T'es complètement conne, ma pauvre! Ren va te dégommer! Vas-y, Ren!"
Jeanne leva les sourcils, le dévisageant d'un regard aérien. Elle ne semblait pas inquiète, et une nouvelle voix en révéla la raison.
"Il ne va pas le faire," chantonna Opachô, assis en tailleur contre le mur. Complètement désintéressé de la question du combat, le jeune garçon jouait avec un tas de sable. Il ne leva pas les yeux sur Ren lorsque celui-ci le dépassa, ni vers Horo-Horo qui s'égosillait, complètement hors de lui. Lui qui pouvait entendre leur pensées pouvait déceler les mensonges et les faux-semblants; il n'avait pas prévenu Rackist que Ren poserait un danger, donc il n'en poserait pas.
Jeanne le regarda s'asseoir contre le mur, visiblement prêt à dormir. Puis, alors que Ryû se précipitait vers elle, elle l'emprisonna sans une seconde pensée dans une cage similaire à celle de Ryû, avant d'enfermer le reste de ses adversaires. Un autre geste, et ils tombaient tous dans le même état que Lyserg. "Dormir me semble une bonne idée," fit-elle enfin; "après tout, demain sera une longue journée."
Laisse ta marque
Et elle n'eut pas tord. La première chose qu'ils entendirent à leur réveil fut la voix d'Hao, qui souriait d'un air carnassier: "Je vous donne deux heures. Après, je me mettrai en chasse."
Les marques bleues et jaunes de tes coups
Et les cicatrices rouge sang
Tu es celui qui a fait ce choix
Ce qui avait suivi, Marco s'en souvenait comme d'un cauchemar sans queue ni tête.
Avec les autres - tout les autres - il fut téléporté, probablement par Hao, à la surface, sur le navire où les autres attendaient. Lui avait reçu Lyserg - le seul à ne s'être pas réveillé - des bras de Rackist, et s'employa à trouver Sâti. Il y parvint, mais alors qu'il attendait qu'elle le réveille, la nouvelle des deux heures se répandit, et le navire se perdit bientôt dans un chaos indescriptible. Tous ceux qui possédaient des médiums capables de flotter ou de voler se dirigèrent vers les sorties, les autres les suivant en suppliant d'être emmenés aussi. Emporté par le flot humain, Marco fut séparé de la princesse rousse et de l'enfant qu'elle soignait, et perdit leur trace; anxieux, il passa de longues minutes à remonter le courant de la foule, heurté de toutes parts par les spectateurs et les vaincus du tournoi. Mais il ne trouvait pas la tête familière de Lyserg. Au bout d'un moment, quelqu'un le reconnut, et des bras le tirèrent vers l'extérieur.
Avant d'avoir vraiment compris ce qui se passait - son esprit ne fonctionnait plus que par à-coups, en mode automatique - il se trouva assis au creux du poing de Michael, entouré d'un groupe bariolé de gens qu'il connaissait à peine. Il y avait une fille fil de fer et pâle, qui ne cessait pas de sangloter, dans les bras d'un géant nordique; celui-ci la berçait en chantonnant dans une langue incompréhensible, supportant ses insultes et ses cris sans jamais la lâcher. Marco se rappela au bout d'un moment qu'ils avaient été des adversaires de Yoh. Le troisième - leur chef - n'était pas là. Il y avait aussi une enfant recroquevillée contre le fantôme, dont la crinière blanche lui en rappela immédiatement une autre. Elle portait la tenue des Gandhara, mais il ne saurait jamais son nom; elle ne parla plus, à personne. En face d'eux, il restait deux personnes, dont une adolescente aux cheveux clairs, qui lui rappelait Jeanne à chaque fois qu'elle parlait, par cette assurance et cette douceur qui les caractérisaient toutes deux. Elle avait pris dans ses bras la seule personne que Marco connaissait réellement de tout le groupe: Tamao. La fille aux cheveux roses était choquée; elle tenait encore dans ses mains un morceau de tissu rouge, qui s'était déchiré lorsque Marco l'avait arrachée, avec l'assentiment et l'aide de Yoh, à Anna. Le couple était décidé à rester jusqu'à ce que tous les autres soient partis, et s'ils n'en avaient pas le temps à convaincre Hao de tous les épargner; mais ils n'avaient pas voulu que Tamao reste avec eux.
Nous ne serons jamais ensemble
Avec ce premier groupe, il vola jusqu'aux montagnes d'Europe. Au coeur de l'hiver, ils dédaignèrent les montagnes domestiquées et grouillantes d'humains inconscients pour un refuge isolé, inaccessible en hiver, localisable uniquement par GPS. Là, ils se terrèrent toute la saison, entièrement coupés du monde. La petite brune - Nyôrai, apprit l'ancien X-Law - devint, contre toutes attentes, celle qui organisait leur vie. Tamao et la petite aux cheveux blancs - rapidement surnommée la Blanche, nom auquel elle répondait d'un regard vide - étaient effondrées; la première ne parlait plus qu'à Nyôrai et insista souvent pour dormir juste à côté de Marco, et la seconde n'agissait plus que sur ordre, passant le reste de son temps à fixer les murs et la neige. L'étrange couple nordique était aussi extrêmement utile: Zoria constitua leurs réserves d'eau et faisait fondre la neige autour de la maison lorsqu'elle devenait trop dangereuse, tandis que Cadimahide faisait des kilomètres pour leur rapporter du bois, de la viande pour aller avec les conserves empilées dans la cuisine. Pour autant, ils restaient sans énergie, sans désirs. Nyôrai les dirigea, qui mit en place l'heure des contes et celle de l'apprentissage, jusqu'à ce que chacun comprenne un minimum des langues des autres. C'était elle aussi qui s'arrangea pour que chaque jour soit nouveau, lumineux, surprenant.
Puis le printemps vint, et, sans presque s'être concertés, ils remontèrent tous sur Michael. Il fallait qu'ils voient. Il fallait qu'ils sachent. Yoh avait-il réussi? Yoh avait-il convaincu Hao de changer...?
Cet espoir éclata comme une bulle de savon dès qu'ils eurent atteint la première vallée habitée. Les villages étaient froids. Certains bâtiments étaient réduits en cendres; l'appareillage de la station de ski avait disparu, comme s'il n'avait jamais existé.
Alors Cadimahide sembla perdre la tête. Quittant le groupe, il se précipita dans les rues froides, appelant à tue-tête, défonçant les portes pour fouiller les habitations. Zoria se lança à sa suite, cherchant à l'arrêter, à se calmer.
Marco et les autres finirent par assister à leur dispute. Des mots furent prononcés, des réalités apparurent alors pour la première fois.
"Tu piges pas, Zoria? Tu comprends pas? Ils sont tous morts! Y a plus personne, y aura jamais plus personne! Il a tué tout le monde et il nous aura aussi!
- T'en sais rien! Tu sais rien, Toma, il faut que tu te calmes! On doit persister, chercher plus loin, ils ont pu se cacher quelque part!
- Mais ma pauvre, comment voudrais-tu te cacher d'un dieu? Ils sont tous morts, je te dis! Pino est mort! Ton amoureux a brûlé et tu le reverras jamais!"
Ils s'étaient agrippés et se poussaient l'un l'autre, sans voir qu'ils se tenaient tout au bord du chemin, qui était bordé par une rivière. Et alors que Zoria repoussait encore l'homme qui perdait la tête, il dérapa et, comme il tenait toujours la tête de la jeune femme, l'entraîna avec lui vers les flots tumultueux.
Personne n'eut le temps de faire quoi que ce soit. Lorsque Marco reprit ses esprits, Nyôrai lui fourrait Tamao et la Blanche dans les bras, et il les garda tout contre lui alors que la brune courrait voir ce qu'ils étaient devenus.
Elle mit ce qui parut une éternité au blond avant de revenir, seule. D'un signe de tête, elle fit comprendre qu'il ne fallait pas espérer les revoir. Devant son absence de réaction, elle souffla, "je les ai enterrés ensemble. On ne peut rien pour eux."
Un temps. "Il va bientôt faire nuit. Il faut repartir."
Sans un mot, le groupe partit vers l'entrée de la vallée. La possibilité de retourner au refuge sembla incongrue; il fallait avancer.
Pardonne-moi, je suis juste mal foutue dans ma tête
Embrasse-moi pendant que je mets le feu au lit
Leurs voyages d'alors, Marco ne s'en souvenait que mal.
Les jours se mêlèrent, et il oublia comment distinguer ce qui se passait vraiment de ses mauvais rêves. Ce dont il était sûr, cependant, c'est qu'en traversant les plaines, laissant derrière eux des maisons en ruine, des villages où toute technologie - les fils électriques, les voitures, tout - avait disparu, ils n'avaient croisé personne. On eût dit que cinquante ans s'étaient déjà écoulés: le lierre avait recouvert les murs, des fleurs étonnantes et détonnantes poussaient entre des morceaux de bitume craquelé, des lièvres et des chevreuils nichaient dans les enceintes écroulées.
Nyôrai resta celle qui les portait vers l'avant, même à ce moment là. La nuit, elle veillait sur leurs rêves; la journée, elle parvenait à garder Tamao calme, et avec Marco, elle empêchait les deux enfants de "trop en voir" selon ses propres mots.
Est-ce que je t'embarrasse au-delà de l'imaginable?
Marco se souvenait à avoir cherché à tout prix à ne pas réfléchir. Il bloquait hors de son esprit les événements qui l'avaient conduit là et s'occupait tout le jour durant pour ne pas avoir le temps de penser. Mais la nuit, il ne pouvait pas se protéger. Il se souvenait de nombreux réveils aux petites heures du jour, accompagnés de grands cris. Il se souvenait aussi d'avoir dû expliquer à Tamao, un matin, ce qu'"Eurydice" signifiait. Pourquoi ce nom-là, et pas le vrai? Il n'aurait sû le dire. Mais cette figure floue hantait ses nuits.
Si habitués à ne voir personne, à ne fuir personne, ils ne surent pas réagir lorsque le ciel s'obscurcit et que deux esprits gigantesques se posèrent près d'eux. La Blanche, qui les avait vus, ne sut pas prévenir les autres, et lorsqu'ils comprirent qu'ils s'agissaient d'agents d'Hao, il n'y avait plus rien à faire à part courir.
Lorsqu'ils purent enfin s'arrêter et, avec mille précautions, tenter de se retrouver, Tamao manquait à l'appel. Ils cherchèrent longtemps, dans toutes les directions; mais si elle s'était éloignée, elle aurait tenté de les retrouver; si elle s'était blessée, ou même tuée, ses esprits les auraient aiguillés vers elle. Le fait qu'ils ne trouvent ni l'un ni l'autre finit par leur faire penser qu'elle avait été attrapée, et emmenée ils ne savaient où.
Les cauchemars du blond empirèrent. Son Eurydice lumineuse et aveuglante coulait dans sa vie éveillée, au point qu'il se mit à tenir de longues conversations avec cette personne qui n'existait pas. Nyôrai, la Blanche dans ses bras, dût s'éclipser durant l'une de ces crises, le laissant seul dans sa nuit.
A partir de là suivait un trou noir. Il avait beau réfléchir, il lui était impossible de savoir combien de temps il avait passé dans cet état, ni ce qu'il avait fait, ou dit, ou vu. Tout ce qui lui en restait, c'était un sentiment vague de douceur chaotique, des souvenirs étoilés de jardins murmurant "ne m'oublie pas..."
Puis il fut retrouvé. Alors qu'il hésitait, debout aux portes de l'enfer, une main jaillit et l'avait tiré en arrière, et il avait repris contact avec la réalité. Cette main prit progressivement une forme, un nom: Sâti.
La princesse avait pris des rides, d'innombrables rides que Marco eut du mal à comprendre. Ses cheveux avaient blanchis, sa peau avait foncé. Avec patience et dévouement, elle le soigna, le ramena au réel; mais dans ses yeux battait une hargne, une rage contre lui. Incompréhensible princesse dont il se désintéressa presque.
Mais, alors qu'il allait lui préférer ses vagabondages d'esprit, elle commença à parler, à lui raconter. Elle détenait les clefs du monde qu'il ne comprenait plus, et elle les lui donna, sans qu'il sache bien si c'était pour le libérer ou l'empoisonner.
Me perdre serait-il un si grand soulagement?
La première nuit, elle lui apprit ce qui s'était passé, durant le premier hiver. Une onde de cauchemar invisible avait parcouru le monde. Elle décrivit ses effets à voix basse: chaque fois qu'elle touchait une machine, celle-ci disparaissait. Les maisons avaient été envahies de plantes qu'il fallait arracher tous les jours. Tout le pétrole avait été renvoyé dans les entrailles de la terre, les ressources nucléaires s'étaient évanouies.
Et le pire, c'était les humains. Tous ceux qui ne Voyaient pas, eux aussi, avaient disparu, laissant derrière eux des maisons vides. Une famille entière, qui abritait Sâti et les siens, s'était effacée de la trame du réel. Seulement, ce qu'Hao ne semblait pas avoir prévu, c'était la génétique. Dans les couples de Shamans survivants - que ce soit dans sa Ville ou en dehors - certains avaient des enfants Shamans. D'autres n'étaient que Voyants, sans le pouvoir ou la force d'utiliser leurs compagnons spirituels. D'autres, enfin, donnaient naissance à des humains. Alors il avait fallu reconstruire, avec ces exilés, un monde hors du monde de ce roi de cauchemar.
La nuit prenait fin. Sâti finit son récit avec les mots, "et ça, c'est de votre faute."
Un coup de fouet n'aurait pas fait plus mal, et n'aurait pas été plus compréhensible. Marco sombra dans le sommeil; lorsqu'il se réveilla, il y eut une deuxième nuit.
Sâti lui parla de la Ville, cette nuit-là. Alors que les participants du tournoi s'éparpillaient comme des moineaux, le nouveau Shaman King ébranlait Mû. Et, durant ce premier jour, il avait levé la cité engloutie jusqu'au bord des flots, pour y installer sa capitale. Désormais, Hao et les siens - c'est-à-dire les Shamans forts qu'il avait séduit, dompté, élevé - y vivaient; personne n'était censé en sortir. C'était la solution qu'il avait trouvé pour permettre au monde de se régénérer: les autres espèces devaient reprendre possession de leur territoire, et les Shamans trouver une nouvelle place, plus réduite, dans ce nouveau monde. S'ils s'y refusaient, ou tentaient de fuir, alors ils avaient à faire à la Justice d'Hao.
Nous ne serons jamais ensemble
Marco voulut la questionner sur ce dernier mot, qu'il trouvait sinistre; mais déjà le matin était venu, et elle s'évanouit dans la lumière.
La troisième nuit, Marco ne dormit pas. Lorsqu'il vit la princesse s'asseoir près de lui, il était prêt, et posa sa question, sa seule question. "Où est Lyserg?" Elle l'avait emmené, elle l'avait soigné. Il devait être avec elle. Il devait...
Mais c'était cette question qui mit finalement feu aux charbons de haine qui brûlaient dans les yeux de Sâti. Froidement, elle répondit: "il est mort. Et c'est de votre faute." Puis, avant qu'il n'ait pu répliquer, elle embraya sur la Justice d'Hao. Vivre en dehors de la Ville était techniquement criminel. D'où la surveillance, les chasses - comme celle qui avait pris Tamao, réfléchit le blond avec douleur. Les criminels étaient ramenés à la Ville, ou emmenés devant la Justice. Car, précisa Sâti avec une joie perverse, il ne s'agissait pas là d'un simple concept, d'une façon de le désigner; plusieurs fuyards parlaient - comme d'un rêve, d'un mythe, mais ils en parlaient - de la personne qui condamnait les contrevenants aux lois de ce monde. Voguant à son gré sur un immense navire, cette personne était quasiment indépendante d'Hao - qui, lui, avait de la justice une conception rapide et douloureuse - mais elle était aussi froide, et mortelle, et c'était un monstre, et -
Elle s'agitait tellement que Marco avait presque peur. Dans ces yeux si doux habituellement, il voyait un éclat si dur! Il cherchait à se relever, à la calmer lorsque le vieil homme apparut à la porte. Immédiatement, elle fuit.
Il y eut un silence. Le vieil homme vint s'asseoir près de lui. "Tu te souviens de Jackson," souffla-t-il sans le regarder, "le grand roux de notre groupe."
Marco se souvenait mal, mais il acquiesça tout de même.
"Il a donné sa vie pour ton petit." Pause. "Ils n'ont pas pu être sauvés. Nous les pleurons.
- Mais pourquoi dit-elle que c'est de ma faute?"
Soupir. "Tu le sais."
Sans un mot de plus, le vieil homme le leva, l'habilla, le lava, comme un enfant. Puis il l'accompagna jusqu'à la sortie de leur cachette, une sorte de campement établi dans une vallée encaissée. "Tu dois partir. Il n'est pas bon pour elle que tu sois ici."
Que répondre? Il avait obéi, retrouvant le sillon de ses vagabondages cauchemardesques.
Alors pousses-moi au large sur un nénuphar
Regarde-moi m'éloigner sur les flots pour la dernière fois
Tu te trompes de fille, de corps, d'esprit
C'est avec toute cette histoire dans la tête, et toute cette agonie dans le coeur, que Marco avait pris sa décision. Il s'agissait d'en avoir le coeur net, d'écraser en lui ses doutes. Dans un sens ou dans l'autre, il saurait ce qu'il en était de la Justice d'Hao, et de ce qui avait provoqué ce cauchemar, toutes ces années auparavant.
Voilà ce qu'il pensait, assis au creux des mains de Michael alors que celui-ci survolait les mers. C'était un geste risqué; il n'y avait nulle part où se cacher, et il était dangereusement proche de l'île de Mu, où se dressait la Ville; mais s'il voulait la trouver, il n'avait pas le choix.
Après de longues heures où il ne vit que du vide, un vide si étouffant qu'il menaçait d'y disparaître, Marco fut sorti de sa rêverie par un avertissement de Michael; il avait trouvé le navire.
Celui-ci ne semblait pas avoir vieilli d'un jour. Même de loin, il étincelait de mille feux, comme un joyau posé sur l'écrin liquide. Un joyau coupant, cependant, et taché d'un sang invisible, si Sâti et les siens avaient dit vrai.
Michael tomba en piqué, et rasa les flots pour approcher. Si quelqu'un surveillait, il fallait éviter d'être remarquée. Il voulait avoir le plus de temps possible avec elle, pour la raisonner, la comprendre, et, si ni l'un ni l'autre n'était possible...
Non, il ne devait pas penser comme ça. D'abord, il devait voir de lui-même.
Michael le déposa sur le pont dans un bruit feutré. C'était... propre, sans tache. La piscine était bâchée, mais vidée en dessous. On eut dit qu'il sortait de l'usine... Il s'approcha de la porte principale et de son clavier à code. Est-ce que le sien marcherait encore...?
"Marco Maxwell, pécheur entre les pécheurs. Que crois-tu faire, en venant ici?"
Monde capricieux, tu ne trouveras aucune constante
Il ne reconnut d'abord pas cette voix. Toute incertitude, fébrilité en avait disparu; mais c'était aussi toute la chaleur et la joie qu'il n'y retrouvait pas. Cette voix, elle sonnait creux, il pensa, sans comprendre pourquoi cette image lui venait. Elle était vide. Comme une cloche démantelée, se balançant dans le vide sans rien pour la faire sonner.
Lentement, il se retourna, et elle fut là. Plus grande. Ses cheveux étaient moins longs qu'avant; ils lui arrivaient à peine au bas du dos, mais elle avait laissé la frange et dévoilé son front pâle. Cela lui donnait un air plus adulte.
Ce qu'elle était, il comprit. Une adulte au regard dur et froid, aux lèvres serrées, aux bras croisés. Elle le dévisageait, comme à peine surprise, et surtout très méprisante.
Il comprit ensuite qu'elle attendait une réponse, qu'elle avait posé une question - et se trouva incapable de réagir. "P-pécheur," répéta-t-il enfin, sans comprendre.
Cela sembla l'irriter. "Tu ne vois pas ce que je veux dire?"
Levant ses mains en signe d'apaisement, Marco tenta de faire un pas vers elle. "J-je ne suis pas sûr. Mais Jeanne...
- Tais-toi." Elle était sèche, si sèche! "Je vais te rafraîchir la mémoire. Nous étions les X-Laws, n'est-ce pas? Tu ne tueras point. Je ne me rappelle pas tous les noms, je dois dire. Bill, déjà. Achille, aussi, même s'il va mieux, maintenant. Puis-je mettre la mort des X-III et celle des X-II sur ton compte? C'est à cause de toi qu'ils ont été tués, après tout. Quant à la petite orpheline que j'étais... elle rentre aussi, tu crois?"
Elle parlait plus qu'avant, il remarqua mécaniquement. "Ensuite... Tu ne mentiras point. On peut passer celui-là, je crois," et elle rit, sèchement, froidement. Marco ne parvint pas à répondre. "Un autre que tu aimerais... Tiens, je sais. Tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin. Je me demande parfois - est ce que tu avais séparé Meene et John exprès, Marco? Pour que même leur mort ne soit pas partagée? Si seulement j'avais vu plus clair dans ton jeu... Ils auraient peut-être eu une chance. Après tout, Hao ne leur voulait pas de mal, et j'aurai pu les convaincre d'être raisonnables. Mais tu étais là, à me convaincre que c'était logique de mettre John avec ses coéquipiers de toujours, que Meene s'entendait mieux avec les autres..."
C'était comme une succession de coups de poings au creux de son ventre. Marco restait la bouche ouverte, incapable de faire quoi que ce soit devant ce torrent de haine et de ressentiment qui la parcourait.
Lance la révolte pas de si pas de mais
Son immobilité ne fit qu'énerver de plus belle la jeune femme devant lui, et en deux pas elle le rejoignit, le poussant contre le mur. "J'ai passé tellement de jours, tellement de nuits à chercher à te comprendre! Toi! Alors que tu ne vaux pas la boue sur mes chaussures! Et toi tu viens après quinze ans, et tu te présentes la tête haute au lieu de ramper comme tu le devrais!" Sa voix enflait comme une vague, elle cherchait à blesser, et il pouvait le sentir. Mais ce qu'il pouvait aussi sentir, c'était le désespoir qui perçait, un désespoir pas si différent du sien. "Pour te comprendre, je suis même allée voir le Tao! Tu ne vaux pas mieux que lui, incapable de dire une parole vraie, incapable d'être honnête et sincère, incapable de te retenir d'abuser de-"
Elle s'arrêta. Les mots avaient quitté sa bouche sans qu'elle n'ait pu les retenir. Lui non plus ne comprenait pas, ne voulait pas comprendre ce qu'elle venait d'avouer, à demi-mot.
Pour la première fois depuis qu'il était arrivé, Marco vit l'émotion de Jeanne s'étaler sur son visage, une vague rosée qui partait de son nez et se perdait dans son cou. Il ne sut pas quoi dire. Il savait cependant qu'il aurait dû dire quelque chose.
Jeanne se retourna, attrapant la rambarde gelée entre ses mains. Elle serrait fort, il pouvait le deviner dans sa voix quand elle se remit à parler, faiblement: "... Tu vois. Tu as péché de toutes les manières dans l'ancien monde. Mais dans celui-ci... Tu es encore pur de tout crime, à part celui de vagabondage. Tu n'as rien à faire ici. Si Hao t'y trouvait, tu aurais des ennuis, alors..." Sa voix se perdit.
Marco n'était pas sûr de comprendre. Croyait-elle qu'il lui en voudrait pour... Ce genre de choses? C'était affreux et nauséabond, mais ce ne l'empêcherait pas de l'emmener... Il se mit à bredouiller.
"Jeanne. Jeanne non, écoute, on s'en fout d'Hao, et on s'en fout de Ren, et si tu viens avec moi tout ira mieux, et..." Il s'interrompit. Les épaules de Jeanne s'étaient mises à trembler, comme secouées par de lourds sanglots. D'abord, il crut à de la honte, et il voulut approcher une main pour la réconforter; mais une étincelle bleue l'empêcha de la toucher. Quand la voix de l'albinos retentit de nouveau, c'était chargée de rage.
J'aime ton esprit mais je hais ton culot
"Pourquoi - pourquoi ne te mets-tu pas en colère? J'ai tout détruit. A cause de moi, Lyserg, et-et Yoh, et tous les autres... J'ai... Je suis responsable de tellement de sang et de mort et de douleur... Alors... Pourquoi, hein? Pourquoi tu ne pars pas? Tu... Devrais... Mets-toi en colère, Marco! Je te déteste, je te déteste, je te hais tu le comprends, ça? Il faut que je hurle? JE TE HAIS! TU ES ODIEUX ET... ENERVES-TOI, BON SANG!" Et alors qu'elle perdait le contrôle de sa voix et de son âme, son furyoku explosa. Autour d'elle une aura sombre se mit à bouillonner, envoyant des décharges dans tous les sens. Un vent violent se leva, les portant vers le blond.
Marco assista, ébahi, à ce déferlement de rage. Quelques coupures apparurent sur ses joues, sur ses poings nus. Un trou apparut dans son pantalon, et un éclair de douleur remonta de son genou. Instinctivement, il leva les bras pour protéger son visage; mais c'était déjà fini. Le vent d'énergie cessa de hurler dans ses oreilles, et Jeanne perdit l'aura sombre qui nimbait sa peau pâle.
Marco comprit alors.
Elle avait besoin d'aide. Elle avait terriblement besoin d'aide. Hao et son humour n'allaient pas l'aider; il aimait sûrement, Marco pouvait le deviner, à la voir s'enferrer dans la voie qu'elle avait choisie. Rackist non plus ne pourrait la sortir de cet enfer, pas sans risquer sa propre peau, et Marco était sûr qu'elle valait bien trop aux yeux du traître.
Elle avait besoin que quelqu'un se mette en colère. Que quelqu'un la traite enfin en enfant, la dispute comme une enfant pour lui rappeler ce qui était juste et ce qui était beau et ce qui était bon. Elle pouvait encore être sauvée, il voyait le pourquoi et le comment. Il était le dernier à pouvoir le faire, ça aussi il le voyait.
Mais Marco n'avait jamais été très courageux ou très gentil, au fond. Son coeur n'avait jamais vraiment été ouvert, sinon au couteau, et il n'était pas assez grand ou bon pour faire ce geste dont elle avait tellement besoin. Alors quand il parla enfin, il fut froid, comme un iceberg:
"... Peut-être avez vous raison, Dame Justice."
Il ne s'inclina pas avant de se retourner. Il se contenta de lever le bras, et Michael vint le cueillir. En quelques minutes, ils avaient disparu à l'horizon, peut-être bien pour toujours. Jeanne ne se permit de souffler qu'à ce moment-là, s'appuyant sur la rambarde. Elle avait l'impression de sortir d'un combat de boxe: sa tête lui tournait, ses mains tremblaient. Il... Était vraiment parti...
Alors pousses-moi au large sur un nénuphar, regarde-moi m'éloigner sur les flots pour la dernière fois
"Glacée et glaçante," fit une voix derrière elle. "Une véritable Perséphone des temps nouveaux." Elle tourna la tête, juste à temps pour attraper le fruit que Rackist lui lançait. Intriguée, elle l'observa.
De la grenade. Évidemment. Cela le prenait parfois, de tomber dans la métaphore et la folie douce. Elle se demandait parfois si c'était là le résultat de ses regrets et de ses remords, si à la fin des fins il n'était pas plus tourmenté qu'elle par un passé révolu.
"Cela pose tout de même une question," fit encore Rackist de sa voix veloutée. "Si tu es Perséphone, qui est ton Hadès? Moi... Ou Hao?"
Débarasse-toi de tout ce que tu hais à présent
L'expression mélodramatique fit rire Jeanne, ce qui avait été en partie l'objectif du vieux prêtre. Elle se retourna franchement vers lui, les yeux doux. Challenge accepté.
"On dit qu'avant la stabilisation de la civilisation grecque, il n'y avait pas d'Hadès. Il est venu après, comme Démeter. Au début... Il n'y avait que Perséphone. Déesse de la vie et de la mort selon la période de l'année, reine terrifiante et cruelle punissant tous ceux qui osent l'invoquer... Mais tu le sais, Rackist.
- Je devrais m'inquiéter, alors," souffla une nouvelle voix, et Jeanne retourna son regard vers la mer alors qu'Hao apparaissait dans un frisson de tissus et de flammes. Rackist s'inclina avec révérence.
"Bien sûr que non," répondit l'albinos sans le regarder. "Je ne faisais qu'informer Rackist de la limite de ses schémas psychologiques." Sa voix était calme, unie. Entre elle et les deux hommes, il restait un vide, une distance infranchissable; mais cela ne leur était pas spécifique. Ce vide serait toujours autour d'elle, désormais.
Regarde le chaos auquel tu as échappé
"Au fait, félicitations pour vos récoltes, je crois savoir qu'elles soulageront l'effort du Village."
Et pourtant elle porte sa couronne, riant aux éclats alors que son royaume s'effondre
Il est temps - l'heure est arrivée - elle aura de la chance si elle s'en sort en vie
Mon tout beau méfie-toi de la fille qui a perdu le don des cieux
Elle n'est qu'un coeur douloureux, un ange qui a emprunté ses ailes
Rejetée par les cieux elle fermera les yeux maintenant pour chanter
Rien qu'un esprit qui se brise - un ange qui a emprunté ses ailes
Perséphone, Daria
