:Paradigm Lost:
La communication, fin: Ceux qui s'en volent
Auteur : Rain
Disclaim' : Shaman King appartient à Hiroyuki Takei. Je ne gagne rien si ce n'est sous forme de reviews et je rembourse sous la forme de gros câlins.
Soundtrack: Sinners (Lauren Aquilina).
Bonus Track: Still Alive (Lisa Mishovsky)
Note :
Dun dun duuuun, this is the end! Nan, je rigole, il doit y avoir un épilogue après. C'est un des chapitres les plus courts de cette fic, je crois, mais il me plaît bien! Je rigole, il me plaît énormément.
Titre étrangement approprié aujourd'hui... Hmm. Joue sur l'expression, sur les sonorités, toussa, blargh. Bon, le concours commence lundi en huit! Donc mon activité va... ralentir... normalement. Je crois. Mais les dernières updates de Paradigm vont arriver à l'heure.
C'est aussi le chapitre (et la partie) où je me rapproche le plus (même si j'en reste très, très loin, senpai je suis incapable d'en faire un vrai) du challenge que m'avait lancé Koba et qui a plus ou moins mis cette fic en germe: écrire un MarcoJ. Explorer les limites de l'amour filial que j'y vois (apparemment, à chaque fois que je vois famille, mes senpais voient des couples... moi jdis, les perverses sont pas celles qu'on croit *fuit*).
SINNERS EST CHANSON LA PLUS MARCO/JJ/X-LAWS QUE JE CONNAISSE XD
Avertissements: fluff, fluff, fluff. Deux morts douces qui ne font pas mal du tout. Comme précisé plus haut, sentiments un peu incestueux sous-entendus, mais c'tout.
J'ai changé, j'ai changé
Tout comme toi, tout comme toi...
Ton coeur de béton ne bat pas
Alors tu as tenté de le faire vivre
Maintenant je suis là pour te sauver...
Tout est silencieux, tout est calme
Mais dans ma tête
Tu es en train de crier, tu crie
Déguisé d'un sourire que j'ai appris à craindre
Still alive, Lisa Miskovsky
Et, comme elle l'avait promis à Hao, ils se revirent vite.
Nos vies sont des histoires qui attendent d'être écrites
Alors qu'ils avaient pris tout leur temps pour organiser les journées de matchs, les Paches semblaient très pressés de mettre en route la dernière manche. Cela avait peut-être trait au manque à gagner qu'il y avait à distraire le public sans spectacle à leur montrer pour plusieurs jours; quoi qu'il en soit, le lendemain de cette journée chargée, ils recevaient déjà une convocation pour la Finale. Celle-ci se déroulerait, selon l'avis, dans un lieu secret vers lequel seuls les Paches pourraient les guider. Il ne fallait donc en aucun cas manquer l'embarquement dans le véhicule qui les y amènerait. Quant à la Finale en elle-même... les équipes étaient défaites, il s'agirait d'un tournoi à un contre un entre chacun des qualifiés. Celui qui aurait le plus de victoires à son actif, ou qui n'aurait plus d'adversaire à affronter, remporterait la victoire.
Plus d'adversaire à affronter... Jeanne ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Donc, il s'agirait à nouveau d'un combat à mort, s'ils suivaient les règles. En sortant sa Cloche de ses poches, elle pianota pour retrouver la liste des participants et de leur énergie. Elle finit même par trouver comment les ordonner par puissance...
Asakura Hao... 1 250 000.
"Iron Maiden" Jeanne... 648 000.
Lasso Rackist... 480 000.
Maxwell Marco... 430 000.
McDonnel Chocolove... 192 500.
Diethel Lyserg... 170 000.
Usui "Horo-Horo"... 120 000.
Asakura Yoh... 108 000.
Tao Ren... 100 001.
"Bokuto no Ryu"... 85 000.
Faust Johannes... 12 500.
Asakura Opachô... 800.
En cherchant l'argent dans les nuages noirs
... Oui, bon, le 1 VS 1 serait quand même assez compliqué. Si elle avait eu l'occasion de mourir dans des conditions contrôlées - sans que ce soit sous l'impulsion d'Hao, et avec un allié sûr pour la ressusciter - elle aurait peut-être obtenu assez de pouvoir pour lui tenir tête seule, mais là... Yoh et Sâti lui avaient expliqué leur plan en détail, à l'abri derrière les murs épais de la demeure des Gandhara. Et d'ailleurs, elle n'était pas spécialement fâchée, comme elle l'avait expliqué à Marco; laisser le rôle principal aux autres lui apparaissait comme quelque chose de très reposant, et si son orgueil devait en pâtir, tant pis pour lui.
Ce fut donc de très bonne humeur que Jeanne se laissa emmener, une dernière fois, par son cher Commandant jusqu'à l'embarcation des Paches. En fait de véhicule, il s'agissait d'un sous-marin, et lorsque Marco l'installa près d'un hublot, Jeanne ouvrit son masque pour observer le paysage. Elle entendit bien les moqueries d'Hao, assis pour le moment sur le dos de son siège, son petit garçon sur les genoux, mais elle n'y réagit pas. Visiblement, s'il ne l'ignorait plus, il n'avait pas décidé de laisser tomber ses blagues faciles. Alors que Lyserg quittait leur petit groupe pour aller discuter avec Yoh, elle lui lança un regard dubitatif; Hao se contenta de sourire d'un air archangélique, et elle détourna les yeux avant que Marco ne comprenne et ne s'énerve.
Le plus intéressant, dans tout ça, c'était qu'Hao... cherchait à les déstabiliser. Il parlait fort, se moquait ouvertement, pavanait comme un paon enflammé. Oh, il avait toujours ce genre d'attitude dans l'expérience de l'albinos, mais... jamais poussée à ce point. C'était comme s'il cherchait à tout prix à les déstabiliser, à les énerver. Pourtant, s'il était sûr de vaincre, il n'aurait pas dû avoir besoin de tout ça.
Ergo, il n'était pas sûr de vaincre.
A cette pensée, Jeanne renvoya un sourire moqueur au Shaman de Feu de l'autre côté de la cabine. Elle reçut ce même sourire lisse en échange, et décida de ne pas tirer trop sur la ficelle non plus. Crier victoire trop tôt serait une erreur.
Nous avons découvert de l'or
Bientôt, ils s'amarraient à une espèce de plateforme sous-marine, et les Paches les escortèrent jusqu'à une nouvelle arène. Jeanne se désintéressa des événements, de la lecture des règles des combats, l'annonce de l'abandon par Yoh, Marco et Ren qui confirmaient, Hao qui ricanait dans son coin, Goldova qui grondait à l'idée qu'ils préféraient se battre contre les Paches plutôt que contre Hao.
Elle ne reprit vraiment pied dans la réalité que lorsque le bruit d'uné sécurité qu'on relevait retentit dans l'arène vide. La voix de Rackist le suivit, calme, froide: "Je ne vous laisserai pas passer." Simple, clair, fatal pour son idée à elle. Parce qu'elle se doutait bien de qui se présenterait pour retirer Rackist de leur chemin...
"Je serai ton adversaire," dit Marco, et elle soupira presque. Evidemment. Cela ne lui laissait pas trop de choix.
"Laissez-moi faire," fit-elle alors. Elle sentit presque physiquement que le blond se figeait, inquiet, et se retournait, "Seigneur Maiden? Vous-"
Mais Jeanne ne se laisserait pas convaincre, et ne leur laissa pas non plus l'opportunité d'essayer. Elle connaissait suffisamment leurs arguments, et elle savait aussi qu'ils n'avaient pas de véritable solution pour ne perdre personne à cause du prêtre. Rackist, elle l'avait revérifié, était le plus fort après elle; envoyer quelqu'un contre lui dans un combat loyal revenait à le sacrifier, sauf à la vider elle de son énergie, et donc perdre un de leurs moyens de résurrection. Il fallait donc qu'elle fournisse quelque chose d'autre, de nouveau.
Avec un bruit grinçant, la jeune albinos se libéra de sa prison de fer et sauta au sol, dans sa meilleure attitude de blanche princesse maculée de rouge. Sans jeter un regard à quiconque, et sans chercher à se débarrasser du sang qui la couvrait, elle marcha jusqu'à toucher quasiment Rackist et leva la tête. "Bonsoir, mon Père."
Et la loi juge que nos cœurs ont tord
Rackist lui-même semblait surpris, et il ne fut pas capable de répondre. Ses yeux gris ne l'évitaient pas, mais ils ne quittaient pas son visage, et son arme était toujours bien placée dans sa main. Jeanne était trop près pour que quiconque se risque, même ceux qui étaient bons au tir, à tenter de l'éliminer: elle aurait pu être atteinte. Pour quelques instants, Rackist pouvait donc relâcher son attention.
"Vous avez essayé de me tuer il y a quelques temps, mon Père. A ce moment-là, vous considériez cette action comme un geste de pitié. N'est-ce pas?"
Il avala sa salive. Ça, il ne le nierait pas. Elle n'était qu'une arme, une victime du délire de Marco. Plus vite elle était tuée, plus vite elle pourrait renaître comme un véritable être humain. Hao serait clément, il le savait, et elle pourrait enfin avoir une vie normale. De tout ça, il avait été convaincu dès qu'il avait rejoint les rangs du Maître du Feu. Mais ces derniers jours, et maintenant surtout...
Ces derniers jours, elle avait surpris Hao. Ces derniers jours, elle - pas Marco, pas Yoh, non, elle - avait déjoué leurs plans si précis. Elle n'agissait plus, ne parlait plus comme l'arme qu'ils avaient construite. Et même en cet instant, la fille qui se tenait si effrontément devant lui ne correspondait pas à la personne qu'il imaginait. Elle allait contre leur stratégie supposément secrète, et elle allait contre sa programmation de petite poupée au cœur plein et à la tête vide.
Mais, en même temps... s'avancer ainsi, s'exposer, prendre le temps de tenter de vouloir le convaincre, elle le faisait toujours pour le bien de leur cher Marco. Ou avait-elle un autre motif? Jeanne devait bien savoir que leur Italien si fier, si rigide ne se pardonnerait jamais de la laisser mourir à sa place.
Ainsi plongé dans ses calculs, il manqua presque ce qu'elle ajouta ensuite. Alors, sans s'énerver ni s'impatienter, elle se répéta: "Serait-ce pour vous la même chose aujourd'hui?" Sa voix était presque caressante, comme si elle parlait à une bête sauvage. Mais il n'était pas une bête sauvage. Il avait la raison et la justice avec lui, et elle n'était qu'une marionnette qu'il aurait dû rembarrer d'une remarque sèche. Mais lorsque la marionnette bougeait d'elle-même, il semblait que sa raison fût court-circuitée.
Il ne répondait toujours pas. Son regard froid glissa vers Marco, qui avait son arme pointée sur lui, puis sur Opachô qui les regardait avec son éternelle curiosité, comme pour se raccrocher à ce qu'il connaissait, ce qui ne changeait pas.
Mais c'est bien eux que nous regarderons de haut
Jeanne sourit soudain, sans cesser de le fixer. Et sans qu'il sache bien comment, il lui sembla voir dans ce sourire les rictus énervants de Sâti. Il avait perdu le contrôle de la situation, il s'en rendait compte soudain.
"Avancez, mes amis, je vous rejoins," dit-elle alors, comme si elle avait attendu qu'il en prenne conscience avant d'utiliser son avantage. Sa voix, tout en étant douce et ténue, avait l'autorité d'un cri de guerre. Tout le monde perçut cela, et en les évitant le reste du groupe rejoignit les portes de la Plantation avant de disparaître, sans que Rackist ne bouge.
Le prêtre exhala, comme s'il avait été en apnée depuis le début. Et maintenant? Jeanne n'avait pas l'air d'avoir peur. Elle devrait, pourtant; il saurait se défendre, même contre elle, et lui vendre chèrement sa peau de traître, d'Archange déchu, de mauvais père. Qu'elle l'attaque, pour voir.
Mais elle n'avait pas peur. Elle n'avait pas peur, et elle n'essaya pas de l'attaquer. Pendant un moment, ils se regardèrent. Rackist sentait que des choses auraient dû passer dans ce silence, qu'il aurait dû comprendre des phrases qu'elle ne voulait pas exprimer par des mots, mais tout lui restait désespérément opaque. Elle souriait, immobile, altière...
A la fin des fins, il n'y tint plus. Comptait-elle passer devant lui comme ça? Sans combat? Elle ne pouvait croire qu'il laisserait une telle chose se produire... Il n'était pas hypnotisé à ce point.
"Si tu veux passer, il va falloir me tuer."
Ses mots sonnaient faux, et elle ne s'y trompa pas.
"Non, je ne crois pas."
Il s'entêta. La boule de pensées qui bloquait sa gorge semblait soudain s'être dénouée, et s'organisait en une longue corde d'acier qu'il pouvait enrouler autour d'elle pour l'étouffer, faire cesser la présence de l'anomalie: "Tu ne peux pas sauver tout le monde, Jeanne. Si tu veux changer Hao, créer un nouveau monde, tu dois détruire l'ancien. Si tu veux qu'Hao brise la chaîne de la vengeance, tu ne peux pas - tu ne peux pas laisser un fragment de cet ancien monde. Que ce soit moi... Ou Marco. Marco qui ne fonctionne qu'à la haine et à la punition, tu ne peux pas le laisser en vie. De même que tu ne peux pas me laisser en vie si tu ne veux pas mourir."
Les règles disent que nos émotions ne sont pas correctes
Jeanne sourit. C'était... un étrange sourire. Rackist se trouva incapable de l'analyser.
"Je ne peux pas?"
Surpris, il ne sut d'abord que répondre. Loin d'être étouffée, voilà qu'elle jouait avec sa corde!
"Arrogante petite Jeanne," il gronda alors, cherchant à la ramener dans leur relation d'avant, où il parlait et elle écoutait, où il dominait et elle se soumettait. "Oui, tu es bien trop arrogante. Tu veux tout, n'est ce pas? Tu veux que tout le monde vive, qu'Hao change, que Marco change... Et de Marco, tu veux tout aussi. Sa chaleur, sa rudesse, ses lois et son amour... Pécheresse."
Il s'attendait a ce qu'elle nie. Il allait trop loin, ils le savaient tous deux, il sous-entendait des choses qu'elle ne pouvait tolérer, parce qu'elles n'étaient pas tolérables. Elle était obligée de nier. Mais elle n'en fit rien, un sourire doux toujours sur ses lèvres. Comme s'il ne pouvait plus l'atteindre.
"Oui. Je veux tout. Où est le mal?
- Tu..."
Elle reprit, plus fort. "Où est le mal? J'en ai assez de m'entendre dire que je devrais vouloir moins. De m'entendre dire que je devrais me restreindre a la petitesse. Apprendre ma place, pas parmi les soldats mais sur le côté, avec un peu de chance l'un d'eux me remarquera et décidera de me prendre en selle - de m'entendre dire que je devrais apprendre que je ne peux être la clef de la réussite. Je n'ai pas aimé cette leçon."
Rackist baissa les yeux, comme coupable. "J'ai essayé de t'éviter cela.
- Je sais bien," elle fit doucement. "Venir m'attaquer comme ca. En traître." Le mot est jeté légèrement. Comme si elle n'y prenait pas garde. "Comme si j'étais vraiment importante, comme si me tuer changerait les cours des choses."
Il ne dit rien. Il n'avait pas vraiment d'excuse pour expliquer son échec. Elle lui signifia d'un sourire que ce n'était pas grave. "Parce que voilà," elle dit, "en fait, cette leçon m'a libérée. Le cours des choses n'a pas besoin de moi, c'est vrai. Je n'ai pas de place prédéfinie dans le sauvetage du monde, et ma vie ne s'y arrêtera pas. Mais - et c'est le mais qui est important, Rackist - si le monde peut être sauvé sans moi, je peux aussi décider d'aider à le sauver. Le vouloir, moi, pour moi et par moi. Je veux tout, tu as raison. Je veux sauver Marco, et le monde, et moi même, et parce que je le veux, j'en suis capable."
Mais nous défierons les règles jusqu'à la mort
Il fronça les sourcils. Tant d'arrogance... Tant de confiance en elle-même... Elle lui rappelait quelqu'un d'autre que Sâti, soudain, quelqu'un qui imposait sa volonté et sa justice au monde, sans concessions.
"Si tu veux convaincre Hao, il faudra faire des sacrifices," il murmura, incertain. Elle ne pouvait pas croire...
Elle s'échauffa. "Assez de sacrifices. Assez de sang et assez de peine et assez de perte! Comment persuader un homme de ne plus faire couler le sang si pour l'atteindre m'en suis recouverte de la tête aux pieds?"
Une pause. Elle considéra le monde autour d'eux, puis continua.
"Pendant très longtemps, j'ai aussi pensé que mon problème était la dispersion de ma volonté, comme toi. Mes aspirations sont diverses, je veux tout: l'amour de ma famille, le respect de Yoh, le respect d'Hao aussi... Tout et n'importe quoi, tu pourrais dire, si tu étais méchant," elle sourit. Parce qu'il n'était pas méchant, il n'acquiesça pas, et la laissa continuer. "Mais au fond, ce n'est pas un problème! Il ne s'agit pas de ne vouloir qu'une chose, d'en être obsédée comme ton Hao est obsédé par son trône. Il faut le vouloir vraiment, Rackist, c'est là le secret," et sa voix n'était plus qu'un murmure malicieux, comme si elle révélait vraiment un secret. "Il s'agit d'intensité. Se laisser porter, être ballottée en tous sens par les autres - c'est fini. Désormais je vais vouloir, et vraiment vouloir, chacun de mes mouvements et de mes décisions, et j'en assumerai toutes les conséquences."
Elle s'arrêta encore pour le regarder mieux. Rackist avait presque l'impression qu'il se noyait dans ces grands yeux rouges dénués d'hésitation. Un feu nouveau semblait y brûler, l'éclairer de l'intérieur comme un filament d'ampoule.
"Je... ne comprends pas," admit-il doucement.
L'albinos se contenta de lui tapoter l'estomac. C'était un geste familier, tranquille, à mille lieues de ce qu'il attendait; mais, avant qu'il n'aie pu réagir, elle se détourna, et pénétra le couloir des Plantations. "Au revoir, père," il entendit encore, et avec stupeur il se rendit compte qu'elle n'avait pas apposé de majuscule à ce titre.
Alors soyons pécheurs pour être saints
Pendant quelques secondes, il ne put pas bouger. Puis, comme par réflexe, il se retourna et vida son arme sur elle, cherchant à protéger son roi, éliminer cette personne qu'il ne connaissait pas, retrouver ses certitudes -
Mais au lieu de la détonation attendue, le pistolet ne produisit qu'un faible clic. La chambre était vide? Comment ça vide?
Un étrange son redirigea son attention vers Jeanne. Dans sa main droite à demi levée, l'albinos faisait sauter les quelques balles qui auraient dû se trouver dans son arme. "Vous êtes trop vieux pour ces jeux, père." Tel fut le jugement de Jeanne alors qu'elle franchissait la première porte, le laissant derrière elle. Et Rackist sembla considérer la réponse acceptable, puisqu'il ne chercha ni à l'arrêter ni à recharger son arme, même lorsqu'elle eut disparu dans le noir.
Soyons vainqueurs par notre erreur
Le monde peut désapprouver mais tu es mon monde entier
Et si nous sommes des pécheurs alors ce sera mon paradis personnel
Jeanne marcha de longues secondes dans la pénombre, retenant son souffle. Rien n'empêchait Rackist de courir derrière elle, de lui tordre le cou, d'en finir de cette façon-là. Oh, elle se défendrait, elle le tuerait probablement... mais quelque chose en elle se briserait. S'il bougeait, s'il parvenait à ignorer son discours, alors celui-ci ne valait rien, et sa volonté n'était pas absolue. Mais elle osait espérer, avec une autre part d'elle-même, qu'il ne la suivrait pas, qu'elle l'avait mieux compris que lui-même, et elle s'accrocha à cette conviction pour ne pas se mettre à courir. Montrer de la peur le précipiterait après elle. Alors elle marcha lentement, un pas après l'autre, droite, grande, royale.
Ce ne fut que lorsqu'elle eut passé un premier coude dans le tunnel qu'elle se permit de souffler longuement. Soudain fatiguée, l'albinos s'assit dans la poussière. Son cerveau lui semblait vide tout d'un coup, comme si elle en avait pressé toutes les ressources pour vaincre l'ancien prêtre. Ah, elle avait besoin d'un instant de repos. Que feraient quelques minutes de plus? Le groupe devait être loin devant. Elle mettrait beaucoup de temps à les rattraper. Peut-être trop. Peut-être étaient-ils tous morts...
Peut-être était-ce la fatigue, les nerfs, mais elle avait presque envie de se recroqueviller contre le mur rocheux. Les lumières accrochées le long de la paroi semblaient très faibles, plus que lorsque les autres avaient pénétré dans le tunnel. C'était comme si le lieu était mourant. Était-ce parce que le Pache de la Plantation au bout du tunnel était mort? En tout cas, cela lui donnait une étrange envie de dormir, ou en tout cas de ne pas se relever.
Une prière se matérialisa dans son esprit. Dieu, faites qu'ils restent tous sains et saufs... Sans elle - elle, la plus rapide, la plus puissante au niveau des points - elle ne pouvait s'empêcher d'avoir un peu peur pour eux. Malgré ses beaux discours à Rackist, elle n'était pas totalement confiante dans leurs capacités, dans ses capacités -
"Seigneur Maiden, tout va bien?"
Elle se figea, leva les yeux. Marco était là, à quelques pas d'elle, point de lumière dans le noir. Il l'avait attendue!
"Marco!" Prise d'empressement, elle se remit debout et courut à lui, le prenant dans ses bras. Il était là, en bonne santé, solide et chaud; les autres ne pouvaient pas être dans un autre état.
Tu m'as offert des sentiments que je n'avais jamais ressenti
Comme surpris, il lui posa une main sur le crâne. Elle ne lui arrivait qu'au nombril encore, ils formaient un couple risible... "Je suis là, je suis là. Les autres sont partis devant pour prendre de l'avance, mais je me devais de vous attendre pour vous accompagner."
Elle releva des yeux ébahis, puis se mit à acquiescer, un peu mécaniquement. Eh bien oui, oui, il se devait de l'accompagner, évidemment qu'il voulait l'accompagner, évidemment qu'ils feraient ce chemin ensemble. Se détachant gentiment, elle acquiesça encore, et ils se mirent en marche.
Nous nous faisons des ennemis en frappant à la porte du diable
Mais comment peux-tu me demander de ne pas croquer
Quand le fruit interdit est si doux?
Ils franchirent une Plantation après l'autre. Loin du fouillis de vie que Jeanne attendait, tout ce qui faisait ces univers semblait racorni, petit, puant, et un chemin de pierre ralliait les portes de ces mondes en miniature. Marco semblait un peu mal à l'aise; lorsqu'elle l'interrogea, il avoua que le monde qu'il avait entraperçu avant de revenir sur ses pas pour l'attendre semblait bien plus beau, bien plus riche. Le malaise plana quelques temps, puis l'albinos décida qu'ils devaient simplement aller plus vite, ne pas s'attarder trop longtemps dans ces mondes qui s'affalaient sur eux-mêmes.
Au bout d'un moment cependant, Jeanne se rappela pourquoi elle ne voyageait que dans l'Iron Maiden. Son armure rutilante faisait monter son furyoku très vite, oui; mais ce n'était pas exactement le meilleur attirail pour une randonnée. Les pointes qui tapissaient les chaussures sanglantes lui faisaient terriblement mal. Comme toujours, d'ailleurs; mais d'habitude elle ne les gardait pas si longtemps, ou ne cherchait du moins pas à marcher vite avec. Sans trouver de solution satisfaisante, la jeune fille se mit alors à porter son poids principalement sur sa jambe droite, cherchant à reposer son autre pied. Cette marche la faisait boiter quelque peu, mais c'était mieux que rien -
"Seigneur Maiden? Vous êtes blessée?"
Jeanne cligna des yeux, s'arrêta. Marco avait remarqué. Evidemment, il remarquait tout, maintenant. Forçant un sourire léger sur son visage, elle secoua la tête. Elle se voulait rassurante: ils n'avaient pas de temps à perdre. "Tout va bien! Vraiment! Je n'ai pas mal!" Pour le prouver, elle reprit une marche normale, plus hâtive encore qu'auparavant. Mais son pied, d'avis contraire, prit assez mal l'idée et, dans un cri, elle tomba à genoux.
"Seigneur Maiden!" Marco se précipita à son côté, cherchant à localiser le problème. En tombant la peau de ses genoux avait cédé contre les cailloux coupants, et elle se retenait de toutes ses forces pour ne pas hurler. Par instinct elle leva les bras, et par instinct il l'aida à se relever, mais alors qu'il la lâchait doucement il la sentit retomber. Ses bras la rattrapèrent à la taille, maladroitement. "Seigneur, vos pieds...
- A-assis," parvint-elle à haleter, et immédiatement il l'aida à s'asseoir, gêné par les éléments métalliques de l'armure. Mal à l'aise, Jeanne rangea ses jambes sur un côté, les yeux sur le sol. Son cerveau fonctionnait à cent à l'heure pour tenter de trouver une solution. Elle ne pouvait pas se relever, mais elle ne pouvait pas relâcher son Over-Soul non plus...
"Que se passe-t-il, Seigneur Maiden?"
Alors soyons pécheurs pour être saints
Jeanne haussa les épaules. "J-je fatigue..." Il fronça les sourcils. Elle s'expliqua, "je ne dois pas me soigner maintenant. Chaque goutte de furyoku que je gagne est importante; Mais... je ne suis pas censée porter l'armure si longtemps, et de cette façon..." Le regard bleu de son compagnon quitta son visage, et se déporta sur ses pieds écarlates. Ils saignaient beaucoup. Dans la pénombre des couloirs, il ne l'avait pas vu avant; mais là, dans cette Plantation aux sols couverts de cendres, le contraste était frappant. Nauséeux.
"Seigneur Maiden," parvint-il enfin à dire. "Vous - je - vous deviez retirer cette armure. Ce n'est pas grave - il n'est pas nécessaire que...
- S-si!" Jeanne avait crié. Il ne comprenait pas? En tenant à 'convaincre' Rackist sans laisser couler le sang, elle avait fait perdre du temps à tout le monde. Ils ne pouvaient pas se permettre de perdre du temps, ou de l'énergie. Si elle retirait les chaussures... Brusquement, elle lui présenta ses mains, déjà écrasées par les pinces qui complétaient son armure. "Resserre-les. S-s'il te plaît. Il faut que je tienne..."
Les écraseurs étaient contrôlés par deux larges clefs qu'elle ne pouvait manier seule. Jeanne avait baissé la tête. Ses pieds, dans la cendre, semblaient s'y enfoncer, presque y prendre racine. Elle soupira, ferma les yeux. Il devait comprendre...
Puis Marco attrapa les doigts tremblants de Jeanne. Ils étaient presque bleus sous la pression de l'instrument. "Si j'ôte mes chaussures, il faut - il faut compenser... Resserres-les. Marco, fais-le!" Le visage rouge de honte et de douleur, Jeanne rouvrit les yeux, le supplia du regard. C'était pour lui qu'elle avançait. C'était lui qui l'avait posée dans cette voie. Il devait l'aider à y progresser, encore maintenant...
"Non."
Jeanne ne comprit pas. Ils n'avaient pas le choix. Que faisait-il...?
"Marco...?
- J'ai dit non, Seigneur." Ou peut-être voulait-il dire j'ai dit non, oh seigneur? Pour une raison quelconque, elle n'avait pas perçu la nuance avec son fort accent. Mais déjà Marco avait levé ses mains brisées jusqu'à ses lèvres, et les embrassait doucement.
Soyons vainqueurs par erreur
"N'aviez-vous pas dit que nous nous dirions tout, désormais? Que vous ne me cacheriez plus rien? Vous en avez déjà fait tellement, Seigneur. Je comprends que vous ne vouliez pas abandonner nos alliés, mais ne portez plus ce fardeau toute seule. D'accord? Je vais vous aider. Je vais..." Il l'observa un moment, comme cherchant une issue à cette situation. Puis il sembla la trouver; son visage s'illumina, et il lâcha ses mains.
"Je vais vous porter," expliqua-t-il avec un sourire, en passant les bras frêles de sa protégée autour de son cou. "Il faudra vous tenir, d'accord?" Et, glissant ses bras sous les genoux de Jeanne, il la souleva.
L'albinos avait été trop surprise pour réagir. Puis, une fois dans les airs, elle l'entendit grogner; sentant son armure plaquée contre lui, elle se rappela les aspérités brillantes qui devaient s'enfoncer dans son dos. "M-marco, non!" Un instant elle tenta de se débattre; mais il ne la lâchait pas.
"A-arrêtez de bouger! Je - je vais bien. Ce n'est rien par rapport à vous et je tiens à le faire.
- Mais...
- Pas de mais. Je vous l'ai dit: vous n'êtes plus toute seule. Je suis avec vous, et je serai toujours avec vous. Vous n'avez plus à porter tout ça toute seule. Et ne bougez plus, vous me faites mal au dos."
Et Jeanne ne sut pas répondre.
"Marco..." Elle était au bord des larmes, tout se mélangeait dans sa tête. Elle avait tellement de choses à lui dire, à lui demander, elle ne savait pas par quoi commencer. C'était elle qui avait voulu ça; mais elle avait sous-estimé l'importance, la portée de sa demande nocturne. Ce n'était pas juste une question de vérité, de confiance, c'était... ce sentiment d'être "ensemble." Elle enfouit sa tête dans le cou du blond. Il ne s'arrêta pas, mais elle le sentit bouger. "Oui, Seigneur Maiden?"
Elle sut ce qu'elle voulait demander, tout d'un coup. "Marco. Ne m'appelles plus comme ça, s'il te plaît. S'il te plaît, appelle-moi par mon prénom, tutoie-moi... Si nous portons le poids à deux, nous sommes égaux non?" Elle s'étouffait presque avec ces mots, elle avait du mal à ne pas pleurer. Son visage devint rouge de honte d'avoir demandé ça. Pourquoi avait-t-elle honte? Elle ne savait pas bien. Mais son cœur était comme tout gonflé de larmes. La tension, l'énervement, probablement.
Le monde peut désapprouver mais tu es mon monde entier
Marco s'était arrêté maintenant, et il semblait réfléchir. Pourquoi...? Refusait-t-il cette supplique? La honte confuse qui la prenait soudain, avait-t-elle un fondement?
Quelques moments s'écoulèrent. Jeanne eut l'impression qu'ils duraient une éternité. Elle ne bougeait pas, ne parlait plus, cachée qu'elle était contre le cou de Marco. Puis elle sentit qu'il relevait la tête.
"T-très bien... Jeanne. Je risque de... faire des erreurs et de me méprendre parfois... veuillez - accepte de me pardonner," il déclara enfin, et Jeanne se sentit comme électrifiée, du bout des orteils jusque dans ses oreilles. Il acceptait. Il comprenait.
"Merci... Continuons," et sa voix fut soudain un peu plus forte, un peu plus assurée. Ils étaient ensemble.
Et si nous sommes des pécheurs alors ce sera mon paradis personnel
Nos cœurs sont trop sauvages pour se briser
Lançons des feux pour le bien du paradis
Marco s'arrêta, et Jeanne rouvrit les yeux. Traverser les Plantations derrière les Soldats était presque calme. Marco avait marché à travers des lieux sombres et sinistres; il semblait à Jeanne que les Plantations se racornissaient et s'éteignaient sans leur gardien, et risquaient de se refermer sur eux. Cette impression lui faisait froid dans le dos, et elle avait pressé Marco de ne pas rester trop longtemps à observer les corps sans vie. Pourquoi s'était-il arrêté, alors?
Le blond la fit glisser au sol. La douleur revint, mais ses pieds avaient eu le temps de se reposer, et elle put observer avec lui le corps du médecin des Soldats. Faust, si elle se souvenait bien. Quelqu'un avait réussi à éliminer l'agent de résurrection...? Cela ne présageait pas bien pour la suite.
Marco se pencha près du grand blond. Un mot était posé sur sa poitrine. "Ne pas le ressusciter," lut le X-Law. C'était l'écriture de Lyserg.
Donc... ils savaient que Marco et Jeanne étaient derrière eux, mais ne voulaient pas qu'ils sauvent ce pauvre homme? C'était étrange... Elle se força à trouver un sens à cette nouvelle excentricité. Il n'y avait aucun esprit autour d'eux... Par contre, le sentiment de peur qu'elle avait déjà eu revenait: il lui semblait voir des tentacules sombres avancer lentement vers eux, leurs pieds s'enfonçaient... Quelque chose criait à son esprit, de l'énergie, du furyoku, donne-moi...
"Jeanne!"
Marco attrapa son bras, et Jeanne revint à elle-même. Elle frissonna. "Ils- ils l'ont probablement pris avec eux... Peut-être qu'il avait trouvé une fin qui lui convenait? Nous devons partir."
Marco acquiesça. Il semblait totalement insensible aux appels du lieu, et Jeanne décida que c'était pour le mieux. Il se pencha devant elle. "Remontez," ordonna-t-il.
Elle aurait protesté, mais la peur n'avait pas quitté son ventre, alors elle grimpa sur son dos, et ils quittèrent cet endroit maudit.
Nos cœurs sont trop sauvages pour se briser
Lançons des feux pour le bien du paradis
Nos cœurs sont trop sauvages pour se briser
Ils arrivaient dans le dernier couloir, celui qui menait à la Plantation de l'Espace, quand l'onde les frappa de plein fouet. Elle les cueillit distraits, presque assoupis - ils marchaient depuis longtemps, et toute discussion semblait superflue entre eux - et l'instant d'après, Marco tombait à genoux. Ses bras, coincés sous les cuisses de sa charge, se détendirent, et Jeanne tomba à son côté, roulant à quelques pas de lui. Respirer était presque impossible tout d'un coup, Marco se tenait la poitrine, elle-même sentait ses yeux se voiler. Doucement, comme s'il s'endormait, Marco tomba sur le ventre, haletant faiblement. Son bras se tendit vers elle; péniblement elle étendit le sien, jusqu'à ce que leurs doigts se touchent.
"Hao..." Il commença, puis se perdit en une quinte de toux qui ne voulut pas s'arrêter. Jeanne acquiesça faiblement, une excuse à la bouche. Il fronça les sourcils, ce qui l'arrêta net, puis lui offrit un beau sourire. "Ce n'est pas... Ce n'est pas grave. Nous ne perdrons pas..."
Sa voix s'essouffla, se perdit. Les oreilles de Jeanne tintaient, l'empêchaient de l'entendre ou de répondre. Autour d'eux, une sorte de marée sombre semblait se lever, des murs d'ardoise se tendaient devant ses yeux, percés de lumignons rouges qui dansaient, se moquaient d'elle... Elle retourna son regard vers Marco. Son corps, plus faible, aurait dû lâcher avant celui du grand blond; et pourtant elle le voyait déjà fermer les yeux, s'immobiliser... L'obscurité l'avala brusquement, la laissant seule dans la mer noire.
Puis elle aussi sombra. Il ne resta alors plus, dans la pièce, que deux corps éteints, un sourire aux lèvres.
Nos cœurs sont trop sauvages pour se briser
Alors soyons pécheurs pour être saints
Soyons vainqueurs par erreur
Jeanne rouvrit des yeux lourds de fatigue. Au dessus-d'elle, Marco regardait par la fenêtre, perdu dans ses pensées. Un instant, elle continua à le regarder, détaillant son menton rasé, son visage débarrassé de ses larges lunettes, les mèches blondes qui tombaient dans son cou... Il ne faisait pas ses trente ans. La jeune femme qui avait contrôlé leurs billets semblait de son avis, d'ailleurs: Jeanne se remémora avec un sourire ses joues roses, son air embarrassé, sa gêne quand elle s'était entendu dire que la jeune demoiselle de quatorze ans était la fille de l'objet de son intérêt. Un vrai bourreau des coeurs, son Marco... Elle aurait pu rester des heures à le regarder, mais, comme averti par un sixième sens, le blond baissa les yeux, et lui sourit. "Tout va bien?
Ensommeillée, l'albinos acquiesça doucement. Il avait mis entre ses genoux et la tête de la jeune fille un coussin douillet, ce qui ne l'aidait pas à rester éveillée. Elle se redressa difficilement, cherchant par la fenêtre des informations quant à leur situation. Les vallées jaunes et vertes, balayées par un soleil d'hiver, ne lui rappelaient rien. "Où... sommes nous?
- Nous venons de quitter Paris, Jeanne," répondit Marco, et ses yeux pétillaient. "Tu as tout le temps de dormir avant que nous n'arrivions à Cluses, ne t'inquiètes pas. Je viens de vérifier, d'ailleurs: il y a un bon mètre de neige rien que dans la gare, et c'est très en-dessous de notre destination."
Le monde peut désapprouver mais tu es mon monde entier
Jeanne sourit. C'est lui qui l'avait persuadée de faire ce voyage; sans les trésors de persuasion qu'il avait su déployer, elle n'aurait jamais accepté de retourner dans un endroit aussi froid. L'hiver ne lui convenait pas; il lui rappelait trop de soirées venteuses où, seule dans les rues glacées de son village, elle cherchait un endroit où se calfeutrer. Mais il était tellement sûr qu'elle adorerait la neige et les paysages des montagnes qu'elle avait fini par être contaminée par son enthousiasme. Lui ne connaissait que la face italienne des Alpes; c'était aussi pour lui une aventure, une découverte. C'était aussi en partie pour ça qu'elle avait accepté. Ce qu'il connaissait déjà, ce sur quoi il avait formé des certitudes - elle n'en voulait pas. Elle avait souvent côtoyé le Marco des certitudes, et il n'était pas un agréable compagnon de voyage. Le Marco qui ne savait pas encore, par contre...
C'était aussi pour ça qu'ils n'allaient pas apprendre à faire du ski, mais du "surf des neiges". Horokeu - qui les attendait dans l'un de ces villages perchés entre les doigts glacés des massifs - l'avait convaincue qu'il saurait leur apprendre, et que ce serait très amusant et intéressant pour eux deux. En plus, qu'est ce qu'un poignet cassé pour quelqu'un qui peut le réparer d'un geste de la main?
"Je suis contente de découvrir quelque chose avec toi," elle fit, perdue dans ses pensées et sans bien sentir qu'elle parlait à voix haute. Cela le surprit, elle le sentit se raidir un peu, puis il sourit, juste au moment où un rayon de soleil tombait sur ses joues pâles.
Il était magnifique, comme ça. Le soleil de son enfance, le prince de ses rêves, qu'elle avait perdu de vue durant le tournoi, semblait renaître en cet instant. Libéré de la mélancolie, de l'absence, de la haine... Libéré d'Hao, du sang, des autres, ils n'étaient plus qu'à l'un et l'autre, probablement pour toute leur vie.
Les mots de Rackist revinrent un instant à l'esprit de Jeanne. Rien qu'un instant; mais ils revinrent tout de même, avec leur clarté première. Pécheresse, vile pécheresse remplie de sentiments impropres pour cet homme qui n'en savait rien...
Et si nous sommes des pécheurs alors ce sera mon paradis personnel
Et si nous sommes des pécheurs alors ce sera mon paradis personnel
... Et alors?
C'était lui qui mettait des mots qu'il voulait sales sur cette union des âmes, cette harmonie qui existait entre eux. C'était lui qui avait des problèmes. C'était probablement lui, le pécheur, mais Jeanne ne s'inquiétait plus assez de ce père perdu pour aller le lui dire. Elle avait obtenu sa fin heureuse, et elle ne le laisserait pas la salir.
Le soleil était en train de chasser les nuages derrière la fenêtre au-dessus d'eux. Elle sourit elle aussi, et referma les yeux. Heureuse.
Il n'y a que la lumière du soleil
Et le ciel bleu
Est-ce tout ce qu'on gagne en vivant ici?
Vient le feu, vient le feu
Brûle tout et l'amour fuse autour de nous
J'ai appris à perdre
J'ai appris à gagner
J'ai tourné le visage face au vent
J'irai vite
J'irai lentement
Emmène-moi là où je dois aller
Oh, je suis encore en vie
Encore en vie
Et je ne m'en excuserai pas, jamais!
Still alive, Lisa Miskovsky
