:Paradigm Lost:

Epilogue: Le roi du crépuscule

Auteur : Rain

Disclaim' : Shaman King appartient à Hiroyuki Takei. Je ne gagne rien si ce n'est sous forme de reviews et je rembourse sous la forme de gros câlins.

Soundtrack: Fools (Lauren Aquilina) (ça marche moins bien que pour les autres chapitres, mais tant pis)

Note :

Hello... *grand vide répond* Comment ça j'ai oublié de poster l'épilogue? Moi, oublier? Non... (si si. J'ai une mémoire de cacahuète sauf pour les détails inutiles). En fait, non, ce n'était pas vraiment un oubli. J'avais une idée dans cet épilogue, et puis quand il a fallu le poster... j'ai douté. Ce chapitre éclaircit certaines choses sur le fonctionnement de la fic, tout en coupant certaines interprétations... ce qui est dommage. En même temps, je trouve qu'il fallait relier de façon plus solide ces quatre mondes imaginés. Ca permet de prendre du recul. Pitêtre. Je sais pas. Vous me direz!

Pour la dernière fois donc, allons-y.

Et voilà, on referme l'épisode Paradigm! Enfin non. Je suis en train de le traduire en anglais (je crois qu'il me manque une partie de l'épilogue et le chapitre 3B... je suis allée plutôt vite! Je compte la publier pour le Shaman King Big Bang, en plus de Loose Thorns (une autre fic que vous allez découvrir...) ce qui me permet de partager ce texte avec plus de gens! (L'autre option est de faire confiance à Google Trad... vous vous doutez du résultat). C'est aussi l'occasion de remanier le texte, alors je voudrais remercier Corporal Queen pour son aide précieuse au travers de ses reviews! Elle est géniale, allez reviewer ses fics!


Ceux qui sont les moins aimables ont le plus besoin d'amour
J'ai vu nos corps devenir poussière
Nous étions si bons amis, cela devait bien finir un jour, comme toujours
C'est la vie - prenons-nous ce risque?

Fools, Lauren Aquilina


Jeanne flottait dans des méandres pastel. Elle ne se souvenait pas bien comment elle était arrivée là: elle ne savait pas quand et où elle s'était endormie, ni qui l'avait déposée dans ce flot étrange, rosé, nuageux. Elle n'éprouvait pour autant aucune panique, et n'essaya pas de se redresser, d'empêcher cette marée d'argent de l'entraîner toujours plus loin dans cette mer nuageuse. Tout ce qu'elle ressentait, c'était une sorte de paix lasse.

Son heure était donc venue, finit-elle par se dire en dépassant un nuage particulièrement gracieux. Bah, il était bien temps. Marco l'avait quittée le jour d'avant, ça elle se souvenait aussi, finalement victime de son âge et heureux d'arriver au terme de son existence. Après, il était assez logique qu'elle le suive...

Alors qu'elle dérivait, les nuages la caressaient de mains brumeuses pour lui retirer ses rides, les fils d'argent s'accrochaient à son crâne pour épaissir sa chevelure de vieille femme. Roulée entre des doigts veloutés, elle se prit à rire en se sentant rapetisser. Le fil de ses souvenirs, un peu lâche, redevint tendu et coupant, et soudain au-delà de ses souvenirs normaux elle entrevit d'autres mondes, d'autres vies bien plus sombres, bien plus sanglantes. Etaient-ce de simples rêves? Etaient-ce de vraies vies...? Elle était perdue soudain.

C'était bien différent des sensations qu'elle avait eu lorsqu'elle était morte, si longtemps auparavant, sur le sol de cette Plantation éteinte; était-ce parce qu'elle était plus âgée? Parce qu'il y avait un Shaman King pour l'accueillir?

Comme s'il avait attendu qu'elle l'appelle, des bras puissants l'attrapèrent et la soulevèrent, l'entraînant vers une rive herbue. Hao l'étendit sans rudesse particulière dans une herbe orangée, puis s'assit près d'elle. Elle ne se sentait pas surprise, ni même en danger. Il était logique qu'elle en finisse là, par où elle avait commencé: dans le Great Spirits, avec la raison de son existence.

Au début, ils ne parlèrent pas. Jeanne avait du mal à ordonner ses pensées. Ses souvenirs les plus vifs, ceux qui lui semblaient appartenir à sa « vie » étaient ceux où elle parlait avec Marco, où ils se réconciliaient, où ils vivaient leur vie ensemble. Mais en surimpression, comme des rêves qu'elle aurait fait, elle devinait d'autres vies, d'autres possibilités où elle mourait, où Marco mourrait, où Hao gardait ses idées folles en prenant le trône. Mais ces choses ne pouvaient être arrivées, sinon l'homme à son côté serait différent, elle serait différente... Incompréhension. Ou alors... Ou alors ces choses étaient vraiment arrivées. Et à chacune de ses mauvaises décisions, un monde avait été détruit. C'était comme si... comme si après quelques essais ratés, un sculpteur avait enfin réussi à créer quelque chose de satisfaisant.

Finalement, ce fut lui qui brisa le silence.

« Es-tu satisfaite de la vie que tu viens de mener? »

Elle s'assit, cherchant son regard. « C'est-à-dire? La vie où tu ne détruis pas le monde? »

Il leva un sourcil. « Celle-là même. »

« Evidemment. » Pause, elle réfléchit. Puis, lentement: « Mais je ne comprends pas. Est-ce que c'est le fait que je sois satisfaite qui met un terme à l'histoire? Ou est-ce que c'est toi qui es finalement satisfait, et qui peut donc arrêter de relancer les dés comme tu sembles l'avoir fait? »

Hao ne releva pas l'accusation, ne commenta même pas. « Je ne vois pas en quoi je n'étais pas satisfait dans les autres possibilités que tu as entrevues. »

Mais Jeanne ne le laisserait pas filer comme ça. C'était la seule explication qui tienne. Cette rencontre... ces souvenirs qui la possédaient ne prenaient du sens que si à chacun de ses "échecs" quelqu'un avait retourné les pendules. Elle ne se souvenait même pas de la fin de certaines de ces « existences »... Et Hao était le seul à avoir ce genre de pouvoir. « C'est même ce qui m'a permis de recommencer, je pense. Ces mondes t'ont déçu, Hao. en tant que maître absolu, tu t'ennuies, tu te déranges. Ces mondes étaient à l'agonie. Le dernier était meilleur. Vraiment meilleur.

- Ce n'est pas la question, petite fille. Quant à ton raisonnement... Pour le premier des mondes dont tu te souviens, tu ne peux pas savoir si le monde me dérangeait. Tu étais prisonnière de toi-même, et Marco d'une geôle... »

Rire presque méprisant. Jeanne y répondit d'un sourire gelé. « Tu passais ton temps à me regarder. Tu ne devais pas t'amuser beaucoup. »

Silence.

"Certes."

Autre silence; Jeanne n'était pas du genre à profiter de ses victoires, surtout celles qui étaient aussi faciles. Dans un autre lieu, et un autre monde, peut-être l'aurait-elle fait. Après un temps, cependant, elle reprit: "Tu n'as pas répondu. Est-ce que le fait que je sois satisfaite arrête l'engrenage? Est-ce que ce que je dois comprendre de ces souvenirs étranges, c'est que j'ai vécu quatre vies différentes et que ça s'arrête maintenant?"

Hao lui sourit mystérieusement. "Qu'est-ce que tu en penses?"

Elle fronça le sourcil. Il continuait d'éviter de répondre. "Je ne sais pas quoi en penser. Cela ressemble à un rêve... Mais était-ce une sorte d'évolution linéaire? Ou est-ce que moi, la Jeanne de ce monde-là, je m'en suis tirée là où elles ont toutes été condamnées? Est-ce que d'autres « Jeanne » sont en train de souffrir dans d'autres mondes?"

Une certaine urgence se sentait désormais dans sa voix. Cela ne fit qu'amuser le roi de plus belle, et il attrapa une mèche brune pour jouer avec. « Je ne sais pas, qu'est ce qui te plaît le plus, comme explication?
- Ce n'est pas ce qui importe.
- Tu crois? » Il n'était qu'une espèce de couleuvre glissante. Il ne pouvait pas lui refuser des réponses! Enfin si, il le pouvait, mais il n'en avait pas le droit. Un moment, elle se contenta de le fixer, les yeux agités. Puis, comme elle était venue, sa colère retomba. Elle n'avait pas vraiment besoin de savoir, après tout.

Il ricana. « Je suis surpris quand même.
- Surpris par quoi? » Ton égal, parce qu'elle était son égale, et elle ne lui laisserait pas la conduire à sa guise.

Hao revint se rassoir, la regardant bien avant de s'expliquer: « Ce que tu décides d'interpréter comme une « bonne » fin. Elle est assez médiocre, tu ne trouves pas? » De moqueur, il se faisait odieux. Elle ne rentrerait pas dans son jeu.

« C'est-à-dire?
- Eh bien... On pourrait s'attendre à ce que tu cherches à me vaincre, à ce que tu montes sur le trône, que tu crées ton monde juste... mais non. » Il s'arrêta là, comme pour ne pas poser la question lui-même. Il n'aimait pas poser des questions, montrer qu'il ne savait pas tout. L'idée fit sourire l'albinos, qui décida de jouer aussi.

« Peut-être que j'aurais pu te vaincre, en effet. »

Sourire condescendant. « Tu crois? »

Elle leva un doigt, comme pour rappeler quelque chose. « Après tout, j'ai vaincu Rackist.
- Et tu crois que ça suffit? » Comme s'il croyait qu'elle se moquait de lui. Et peut-être se moquait-elle, oui. Mais elle avait saisi une pensée, une logique qui l'avait toujours habitée dans cette vie, et elle voulait la suivre jusqu'au bout.

« Pas mathématiquement. Mais au fond, ce n'est pas une question de chiffres. De la même façon qu'Usui a vaincu tes hommes tout en étant beaucoup plus faible, j'aurais peut-être bien pu te vaincre. »

Il n'aimait pas sa façon d'en parler, et elle le sentait bien. Mais il était trop bon joueur pour se mettre en colère. A la place, il reprit son idée de départ: « Mais tu n'as pas essayé. »

Elle acquiesça. « Parce que je ne tiens pas à gagner. Qu'aurais-je fait du trône? Ce serait un embarras, et je n'aurais pas pu vivre tranquillement ce que j'avais à vivre avec Marco. Le trône est un fardeau que je te laisse bien volontiers. » Et voilà tout ce qu'elle avait à dire sur le sujet.

L'albinos laissa échapper un petit soupir en se laissant retomber sur l'herbe orangée. Leur discussion arrivait à son terme; si Hao ne voulait pas lui expliquer ce qui, exactement, s'était passé, elle n'avait plus rien à faire là. « Combien de temps faut-il attendre pour se réincarner? »

Cela sembla surprendre le roi. Il l'observa un moment, comme s'il flairait un piège, puis accepta de prendre le risque: « Et Marco, tu ne me poses aucune question sur lui? Tu ne veux pas savoir où il est? Le rejoindre ? »

Silence. Jeanne avait levé une main au-dessus d'elle. Le plafond de cet endroit semblait bardé de nuages éblouissants; faire bouger sa main rajeunie semblait capter toute son attention. « ... Pas vraiment. Il doit être en paix, quelque part dans le Great Spirits. Mais je ne dois pas le rejoindre. Pas que je n'en ai pas envie… Nos âmes se plaisent l'une à l'autre, au point qu'il nous est difficile de nous séparer. Je pense que c'est ça, les âmes sœurs? »

Cela fit rire son compagnon, et pour l'agréer elle sourit, puis secoua sa main pour le faire arrêter. « Tu te moques de moi, Hao, mais c'est vrai. Pas dans un sens romantique, mais... »

Hao riait encore; entre deux hoquets, il répondit, l'œil brillant: « Je suis toute ouïe. »

Elle fit mine d'ignorer ses moqueries, tenta de rassembler ses pensées. « Que ces mondes rêvés existent ou non, ils montrent une chose: Marco et moi n'avons pas... de mesure. Soit nous nous détruisons, soit nous ne pouvons rien faire que d'être ensemble. C'est merveilleux... mais fatigant. Ces aventures nous ont permis de tout ressentir de l'autre, de nous vivre ensemble de toutes les manières. Recommencer, ce serait refaire la même chose. Il est temps de passer à autre chose, d'affronter d'autres âmes. »

Elle sentait encore l'incompréhension du brun, mais décida de s'arrêter là. Cela ne le satisfit pas, évidemment. « Tu es heureuse avec lui. Ça ne te suffit pas?
- Non. C'est bien de se reposer pour un temps, mais ça ne suffit pas. Il faut aller de l'avant. Vivre de nouvelles aventures. »

Il rit encore. Elle haussa les épaules, et monta au créneau. Pas de raison qu'il fut le seul à se moquer, alors elle lui envoya un sourire narquois: « Je ne fais que rappeler les paroles de Yoh… je croyais que tu l'avais déjà compris lors de la Finale, mais... au moins, je t'aurai appris quelque chose. »

La tête qu'il fit dût lui plaire, parce qu'elle aussi se mit à ricaner.

« Bonne nuit, princesse, » il finit par faire, parce que se moquer de lui cinq minutes, il pouvait permettre, mais pas plus. Jeanne acquiesça, mais sans avoir l'air de bouger, toujours absorbée par sa main qu'elle tordait en tous sens au-dessus de sa tête. « Tu n'as plus qu'à rejoindre la rivière et recommencer un nouveau parcours. Je m'assurerai qu'il soit plus calme. » Il se redressa sur ses pieds, comme pour s'en aller.

« Au revoir, Hao, » entendit-il encore, et sans bien savoir pourquoi il se permit de sourire.


Et si nous cassons tout en s'aimant comme des idiots?
Et si nous perdons tout ce qui est à nous
Je ne veux pas te perdre mais je te veux alors
Dis-moi, quel est notre choix?

Fools, Lauren Aquilina