Hueco Mundo, Las Noches
Kurotsuchi Mayuri avait fini de retirer les divers défenses des lieux lorsque Nemu vint le prévenir de l'arrivée des autres Shinigamis. Bien évidemment, même en plein travail, il avait parfaitement senti leur reiatsu à peine avaient-il posé un pied dans Las Noches.
- Mon dieu, voilà tout ce que notre bon vieux commandant a décidé de m'envoyer comme renfort ? Le babouin surexcité, la gamine éplorée et… une illustre inconnue ? Bah ! commenta-t-il en voyant s'approcher les 3 capitaines.
Seule Yachiru les suivait parmi les lieutenants, car il était connu que l'organisation des troupes de la 11ème Division était du ressort de Madarame Ikkaku plutôt que d'elle.
- Kurotsuchi-taichou, un peu de politesse, je vous prie, gronda Soi Fon en avançant d'un pas autoritaire. Nous avons été envoyés selon les ordres de la Chambre Centrale des 46 afin de vous transmettre vos prochaines directives et procéder à la volonté du Gotei 13.
- Soit, soit, balaya le scientifique d'un geste de la main insolent. Je vous en prie, quels sont mes ordres ?
Soi Fon soupira et croisa les bras. Peu de Shinigamis arrivaient à supporter les commentaires de Mayuri et s'il n'était pas indéniablement d'un grand recours et d'une loyauté suffisante, il y a fort à parier que cela ferait longtemps que certains capitaines auraient pris la décision de la rayer de la carte… Kenpachi en premier, d'ailleurs. D'où l'accord tacite de laisser Soi Fon discuter avec lui.
Toutefois, Haruka fit un pas en avant à son tour, se présentant à Mayuri en s'inclinant respectueusement.
- C'est un honneur pour moi de vous rencontrer, Kurotsuchi-Taichou. Je suis Kiritsugu Haruka, nouvellement nommée à la tête de la 3ème Division.
- Kiritsugu ? Votre nom ne met pas inconnu, où l'ai-je donc déjà… Ha ! Oui, oui. Le fameux projet de l'ancienne Chambre, commencé sitôt après la défection de mon prédécesseur.
Le regard qu'il adressa à Haruka se transforma vite en celui d'un scientifique observant son futur projet de vivisection et Soi Fon s'empressa d'avancer un pas de plus afin d'éviter toute mésentente.
- Kurotsuchi-Taichou, vos ordres sont de procéder à toutes vos recherches au plus vite. Le déménagement du site est-il possible sans pour autant perdre des données ?
- Vous plaisantez ? Certes certains éléments peuvent être déplacés mais la majeure partie ne pourra pas quitter les lieux sans être irrévocablement détruit !
- Autant pour cette possibilité, maugréa Kenpachi. Dommage.
- Puisque le laboratoire ne peut être déplacé, vous avez l'autorisation de mener vos recherches ici même, mais qu'elles soient faite au plus vite. Sitôt que notre présence à tous dans ces murs ne sera plus nécessaire, nous devrons retourner à la Soul Society.
- Excellent. Maintenant dégagez, j'ai du travail sur les bras !
Il se retourna vivement et se précipita vers l'ordinateur d'Aizen.
- Une dernière chose, Kurotsuchi-Taichou ! l'interpella Soi Fon sans quitter sa posture.
- Quoi donc ? demanda-t-il après s'être arrêter et en la regardant par-dessus son épaule.
- La Chambre Centrale des 46 a aussi ordonné que Las Noches soit rasé. Rien ne doit rester d'autres que des ruines. Cette destruction peut déjà commencer, concernant les quartiers les plus inutiles. Afin que cela ne perturbe pas vos recherches, veillez nous signaler par où nous pourrons commencer.
- Hummm… Nul part.
- Pardon ?
- J'ai envoyé le message il y a deux heures. Pensiez-vous vraiment que je resterai là les bras croisés en regardant le joyau de la couronne sans commencer à l'apprécier à sa juste valeur ? Je vous rassure de suite, non je n'ai pas commencé mes recherches… Mais je suis loin d'être un crétin, contrairement à certains autres. Aizen n'allait certainement pas laisser libre ses travaux à la merci du premier fouinard venu, les lieux tout entier étaient piégés. Pendant que la Chambre Centrale prenait ses décisions, je me suis donc permis de désamorcer les diverses sécurités du palais et de ses pièces primordiales. Et, bien évidemment, j'ai trouvé parmi les protocoles l'un d'eux permettant de "raser Las Noches" dans le cas échéant. Une seule commande de ma part et tout ce palais redeviendra poussière… et ses occupants du moment avec.
- Excellent. Cela va considérablement simplifié notre travail alors, commenta Haruka. Puisque nos Division n'auront rien à faire le temps de vos recherches, verriez-vous une objection à ce que nous inspectons les lieux en détails ?
- Faites comme bon vous semblera… mais veillez à ne pas me déranger. Nemu vous préviendra si je découvre quoi que ce soit de pertinent. Maintenant dehors, l'heure est venue pour moi d'apprécier les recherches du traître à leur juste valeur.
***.***
Hueco Mundo, Las Noches
Malgré leur comportement général de brutes épaisses, Haruka devait bien avoué une chose concernant les Shinigamis de la 11ème Division. Lorsqu'il s'agissait d'investir les lieux et de faire leur campement, ils étaient d'une efficacité redoutable. Elle n'avait pas fait deux pas dans les quartiers qu'ils s'étaient alloués que deux soldats lui barraient déjà la route et un troisième courait déjà chercher des renforts. Bien évidemment, lorsqu'elle fut reconnue, les deux soldats s'écartèrent de son chemin et lui proposèrent de l'escorter jusqu'à leur capitaine, ce qu'elle accepta de bonne grâce. Loin d'être paresseux, chaque membre de la 11ème Division semblait avoir une tâche précise à accomplir, remarqua-t-elle en traversant le campement. Certains entreposaient la nourriture, d'autres vérifiait les râteliers. Une zone d'entrainement avait même déjà été organisée et plusieurs Shinigamis s'y entrainaient déjà. Tout le campement vibrait de vie. Elle nota également qu'un bonne partie des membres de la Division n'était pas présent, donc très probablement en train de patrouiller dans Las Noches.
Dès leur arrivée au palais, Kenpachi avait décrété que sa Division surveillerait la zone nord, Haruka s'attribua donc le Sud. Les troupes de Soi Fon avaient disparu sur un simple geste de leur capitaine et elle leur avait simplement signalé qu'elles resteraient dans les prémices du palais central.
Alors qu'il s'approchait du milieu du campement, deux Shinigamis vinrent à leur rencontre et prirent le relais de son escorte. Le premier avait le crâne rasé et luisant comme une boule de billard poli, le second – bien qu'indéniablement masculin – exultait d'un sens esthétique très particulier.
- Kiritsugu-Taichou, bienvenue dans le campement de la 11ème Division. Nous allons vous escorter vers notre capitaine. Je suis Madarame Ikkaku, 3ème siège, et voici Ayasegawa Yumichika, 5ème siège.
Haruka les salua poliment ainsi que sa précédente escorte lorsqu'ils prirent congé pour retourner à leur poste.
Durant le reste du trajet, Haruka posa quelques questions sur l'organisation de la 11ème Division, ayant déjà noté qu'Ikkaku et Yumichika étaient chargés de responsabilités inhabituelles en comparaison à sa Division, et mesura les reiatsus des deux hommes. Indéniablement, chacun était déjà bien plus fort que leur rang le signalait, notamment Ikkaku qui semblait même presque de leur niveau. Hélas, avant qu'elle ne puisse tenter d'entrée dans les détails, ils arrivèrent à destination.
En position surélevée sur une sorte d'estrade au fond d'une salle ayant apparemment appartenue à l'un des Espadas d'Aizen, assis les jambes écartées à même le sol et pieds nus, son sabre appuyé négligemment le long du mur et sirotant une coupelle de sake, Zaraki Kenpachi avait indéniablement pris ses aises. Yachiru était pour le moment hors de vue mais un grand auvent en bois stylisé trônait dans un coin de la pièce et elle sentait sa présence derrière, probablement en train de se changer d'après les bruits de tissus.
- Hoo, voici donc notre nouvelle capitaine de la 3ème Division. Que nous vaut l'honneur de votre visite, Kiritsugu-Taichou ?
- Disons que je souhaite simplement faire plus ample connaissance, Zaraki-Taichou. Kurotsuchi-Taichou est plongé dans ses recherches et Soi Fon-Taichou a virtuellement disparu, de même que sa Division, bien que je sente encore sa présence.
- Ha ! Rien d'anormal, les gars de la 2nde ne se sentent pas à l'aise en plein jour. Si vous pouviez les voir aussi facilement, Soi Fon les massacrerait pour cause de laxisme. Oomaeda étant la seule exception. Ce gugusse aurait plus sa place dans la 8ème, et certainement pas en tant que Lieutenant.
Haruka allait rajouter quelque chose lorsque Yachiru émergea de derrière l'auvent, vêtue d'un tenue blanche moulante.
- Ken-chan, que penses-tu de celui-là ?
La capitaine écarquilla les yeux en constatant ce que portait l'adolescente : un uniforme féminin des Arrancars.
- Hmm. Pas trop mal, mais ça reste trop moulant pour toi, estima Kenpachi.
- Pas faux. Il me serre un peu trop au niveau de la taille, confirma-t-elle avant de se tourner vers Haruka. Et vous, vous en pensez quoi ?
Légèrement surprise par la familiarité du ton de l'adolescente, elle ne sut pas trop quoi répondre.
- Heu… Désolé, je ne suis pas trop portée sur la mode… mais je confirme que c'est un peu trop moulant à mon goût.
Derrière elle, Yumichika fit un signe d'appréciation avec un pouce levé et Ikkaku balaya l'air devant son visage, démontrant clairement son désintéressement total.
- Okay, suivant ! Fit la jeune lieutenant en retournant derrière l'auvent.
- Désolé, nous sommes passés par les quartiers de la 3ème Espada dans la journée. A croire que cette division était gérée par des femmes, Fit Kenpachi d'un ton moqueur.
- Nous y avons trouvé de nombreux uniformes féminins et Kusajishi-Fukutaichou a immédiatement insisté pour vider leur garde-robe, précisa Yumichika.
- Cela fait un an que je cherche une tenue qui soit plus cool tout en restant présentable, lança Yachiru par-dessus l'auvent. Quelque chose me dit qu'un mélange entre ses uniformes et le shiakusho sera parfait. Alors je les essaie d'abord.
Définitivement originale, cette Division, songea Haruka, perplexe.
- Quoi qu'il en soit, vous tombez bien, Kiritsugu-Taichou. J'avais justement envie de m'échauffer un peu, fit Kenpachi en posant sa coupelle vide et en récupérant son sabre.
- Ara, et moi qui espérait pouvoir tenir avec vous une simple conversation.
- Ho, ne vous inquiétez pas, nous allons longuement discuter, je l'espère… mais avec nos sabres en premier lieu. Suivez-moi.
Si Haruka avait eu une objection à formuler, elle n'en eut pas vraiment le temps car il se leva, traversa la salle rapidement et sortit sans rien dire d'autre.
- Hoo, un duel entre Zaraki-Taichou et Kiritsugu-Taichou, ça a l'air TRES intéressant, s'exclama Ikkaku en suivant son capitaine sans hésitation.
- Attendez-moi, je veux voir ça, fit la voix de Yachiru tandis qu'elle se démenait pour se changer au plus vite.
- Je n'ai jamais dit que…
- Pardon de vous interrompre, Kiritsugu-Taichou, mais je me permets de vous prévenir que c'est ainsi que cela se passe, à la 11ème Division. Quiconque ayant un Reiryoku assez élevé et se présentant devant notre capitaine doit se préparer à être défié en duel au moins une fois.
- N'y a-t-il jamais eu la moindre exception ?
- Une seule et unique, à ma connaissance, et c'était avant que je rentre dans la Division.
- Laissez-moi deviner, Yamamoto-Soutaichou ?
- Ie. Unohana-Taichou. Elle refusa catégoriquement de tirer son sabre devant Zaraki-Taichou. Je ne connais pas toute l'histoire mais toujours est-il que cette femme est la seule personne qu'il ne défia plus, pour son amusement personnel. Mais lorsque vous découvrirez quelle personne est Unohana-Taichou, je pense que vous comprendrez pourquoi. Ho, et il y a aussi le fait que notre Division est dans une position assez spéciale vis-à-vis de la sienne. D'une certaine manière, nous les détestons et nous avons à la fois une incroyable dette à leur égard.
- Je crois comprendre pourquoi, vu que la 4ème Division est chargée des soins au Seireitei.
Yachiru émergea en courant de derrière l'auvent, ajustant correctement son Shiakusho habituel. Haruka nota toutefois qu'elle avait gardé au pied les chaussures de sa précédente tenue d'Arrancar.
Ils sortirent ensemble et découvrir un Madarame enthousiaste qui ordonnait à droite et à gauche de libérer de la place pour le duel à venir. La plupart des Shinigamis avaient arrêté leurs activités pour observer l'évènement à venir. Zaraki se tenait déjà au beau milieu de la place, les bras croisés, son sabre glissé à sa ceinture.
- J'espère que je n'aurais pas à vous convaincre de…
- N'ayez aucune inquiétude, Zaraki-Taichou, je me fais une joie de pouvoir vous convaincre qu'une femme est tout à fait à même de diriger une Division de combat du Gotei 13.
La foule assemblée autour d'eux rugit de joie devant cette provocation à peine déguisée.
- Hé, je vois que malgré moi, mon opinion semble vous avoir atteint.
- Ne seriez-vous pas un peu sexiste, Zaraki-Taichou ? Pourtant, je ne suis pas la première femme capitaine du Seireitei.
- Ie. Je me moque que vous soyez une femme, un homme, un enfant ou un vieillard. Tout ce qui compte, c'est votre force.
- Ara, donc si je vous comprends bien, votre léger ricanement à mon égard lorsque Yamamoto-Soutaichou m'a présenté était votre manière d'attirer mon attention et de m'énerver afin que je dispose d'une raison pour tirer mon sabre contre vous, afin que vous puissiez "mesurer ma force" ?
- Naa, ce ricanement ne vous était pas adressé personnellement. En fait, s'il avait dû être adressé à quelqu'un, c'aurait été au vieil homme. Je me disais juste qu'avec vous, il venait de se faire un véritable bouclier de femmes, entre la 2nde et la 5ème Division. Presque un harem personnel, dressé juste entre lui et nous autres, les hommes.
- Ha, je vois. Peut-être le savez-vous déjà mais je n'ai guère eu le choix de ma Division lorsque j'ai été nommé à mon poste.
- Aucun intérêt. Même si vous essayez de faire un parallèle avec mon propre cas.
- Effectivement, je n'ai pas eu à tuer mon prédécesseur, la place était vide.
- Simple question de point de vue. Bon, cessons ces formalités, je vous ai déjà dit que tout ce qui compte à mes yeux, c'est si vous êtes forte ou non. Je me ferai une joie d'écouter toutes vos autres questions lorsque j'aurai déterminé si vous valez la peine que je prenne le temps d'y répondre.
Le rugissement de la foule derrière cette provocation de Zaraki démontra qu'elle était bien échauffée.
- Nous sommes en mission, Zaraki-Taichou. Je vous serai donc gré de limiter notre engagement à un simple duel d'entrainement, et non un duel à mort.
- Peuh.
- Je vous prierai donc de ne pas m'énerver d'avantage… Je serais désolée de devoir forcer Yamamoto-Soutaichou à vous trouver un remplaçant.
Là, la foule se tut carrément, à l'exception de quelques ricanements. Haruka venait de menacer Kenpachi de mort en public, chose assez fréquente chez ses opposants qui le défiait pour la première fois… mais l'opposant était rarement un capitaine. Loin de s'en offusquer, le géant se contenta de répondre par un sourire encore plus grand et des deux mains il écarta les pans de sa veste.
- Allez-y, je vous laisse l'honneur de frapper la première.
La foule autour d'eux reprit son volume habituel mais se tut instantanément lorsque l'air devint incroyablement dense et qu'une intense pression se fit sentir sur leurs épaules. Haruka n'avait pas cessé de sourire durant toute leur joute verbale mais maintenant, son sourire était devenu froid comme la glace en même temps qu'elle concentra son Reiatsu.
- Rien que pour cette dernière parole, Zaraki-Taichou, je vais faire de sorte à devenir la seconde personne que vous ne provoquerez plus jamais en duel.
Se baissant lentement, elle tendit sa main droite vers le sol et plongea ses doigts dedans, creusant sans le moindre effort la pierre et en arrachant une bonne poignée. Sans cesser de regarder Kenpachi, elle fit rouler le morceau de pierre entre ses doigts, y arrachant des morceaux ici et là jusqu'à ce que le morceau devienne parfaitement rond et lisse, de la taille d'une grosse boule de billard.
Soudainement, elle disparut de sa place et seuls ceux habitués à suivre les Shunpos de haut niveau la virent filer droit vers Kenpachi. Celui-ci la regarda arriver sans le moindre problème, un peu déçu même par sa vitesse qui n'avait somme toute rien d'extraordinaire. Haruka s'arrêta juste en face de lui, le bras gauche levé, et l'abaissa comme le tranchant d'une épée. Ayant vu le coup venir, il concentra son reiatsu là où elle allait frapper et laissa le tranchant de sa main percuter son épaule droite.
L'instant suivant il gisait par terre dix mètres derrière sa position d'origine, l'épaule droite déboitée et la bouche en sang.
Il avait deviné que le tranchant de la main était une diversion. Il ne s'était pas trompé, mais jamais il n'aurait cru que son coup soit aussi LOURD. L'impact sur son épaule avait eu presque la même force que les coups de Nnoitora, l'Espada N°5. Mais asséné avec une grande précision, juste dans le bon angle, il sentit très distinctement l'articulation de son épaule se déloger de son emplacement dans un claquement sonore.
Il croyait que la véritable attaque allait venir de la main armée de la boule de pierre, en se demandant quel usage elle allait bien pouvoir en faire, surtout lorsque la main droite d'Haruka fila vers son visage, mais elle s'arrêta avant l'impact, ne servant qu'à lui bloquer la vue pour ce qu'il prit alors pour la première véritable attaque. Le genoux d'Haruka ne rencontra pas la moindre résistance lorsqu'il fila entre les jambes de Zaraki et s'écrasa en remontant dans ses parties sensibles. Tout ceux qui virent l'action eurent un soupir de douleur partagée mais Zaraki ne broncha pratiquement pas d'un poil. Après tout, ce n'était pas la première fois qu'un adversaire avait tenté cette méthode après son habituelle provocation. De plus, son instinct l'avait prévenu au dernier moment et ce fut largement suffisant pour lui. Somme toute, il était déçu pour le moment, il n'avait même pas reçu une blessure importante.
Il ouvrit alors la bouche pour manifester son mécontentement et ce n'est qu'à ce moment-là qu'il comprit que le coup de genoux n'était même pas la vraie première attaque.
Profitant de ses dents desserrée, Haruka poussa sa main droite en avant en écartant les doigts, forçant la boule de pierre dans la bouche de Zaraki avec une force impressionnante, endommageant ses dents de devant. Puis, comme ses deux mains étaient au niveau de sa tête, elle les regroupa en lui attrapant la nuque et engagea alors la vraie première attaque : un coup de genou en plein menton. Les dents de Zaraki pouvaient broyer de la pierre sans difficulté mais dans la situation actuelle, l'impact explosa la mâchoire du colosse et la boule de pierre se brisa en morceaux tranchants qui lui déchirèrent l'intérieur de la bouche sans difficulté.
Alors qu'il se relevait péniblement d'un bras, la gueule en sang et crachant des morceaux de dents, Haruka se frotta les mains tranquillement d'un geste satisfait.
- J'espère que vous ne recommencerez jamais ce petit jeu avec moi, Zaraki-Taichou.
Kenpachi se redressa finalement et se remit l'épaule droite en place sans difficulté. Puis il lui adressa un énorme sourire que ses dents cassées rendirent encore plus impressionnant.
- Bien ! Très bien ! J'avoue avoir été déçu l'espace d'un instant mais je vous accorde un bon point pour l'originalité ! … Et pour votre force physique, termina-t-il en faisant rouler son épaule droite. Mais pour le moment, je n'ai encore rien vu qui pourrait me faire hésiter à vous défier de temps à autre, au contraire même. Laissons nos sabres parler maintenant.
- Soit, éloignons-nous un peu alors.
Zaraki marqua son accord en exécutant un rapide shunpo, s'écartant d'une centaine de mètres environ du campement de la 11ème Division. Las Noches était tellement grand qu'il y avait carrément un désert à l'intérieur du palais. L'endroit idéal pour un combat sans faire de victime parmi les spectateurs. Haruka le suivit aisément et se plaça en face de lui, sa main droite sur la garde de son zanpakuto. Elle allait le tirer lorsqu'elle nota l'arrivée de Kira et, venant d'une autre direction, Soi Fon.
- Kiritsugu-Taichou ! appela-t-il en la voyant faire face à Kenpachi.
Il allait dégainer son propre sabre mais Soi Fon se matérialisa brusquement devant lui et l'en empêcha, une main autoritaire sur sa poignée.
- Izuru-Fukutaichou. Ceci n'est qu'un duel d'entrainement entre deux capitaines. Veuillez à ne pas les interrompre, ordonna-t-elle d'une voix ferme avant de rajouter plus bas, ne vous inquiétez pas, je m'interposerai si la situation l'exige.
Kira dévisagea Soi Fon un instant et recula d'un pas, s'inclinant pour s'excuser. Soi Fon accepta son excuse et se tourna pour observer le duel qui allait commencer. Ayant tout suivi depuis le début, elle s'avança entre les deux adversaires d'un souple shunpo et les regarda tour à tour.
- Je servirai d'arbitre entre vous deux, j'espère que vous n'y voyez pas d'inconvénient ?
Zaraki se contenta de faire craquer sa nuque mais Haruka approuva en hochant poliment la tête vers elle.
- Vu qu'il s'agit d'un simple duel d'entrainement, pas de Bankai ou équivalent, est-ce clair ?
Les deux adversaires approuvèrent d'un hochement de tête. Soi Fon fit alors un bon en arrière et leva le bras. A peine l'eut-elle abaissé que les deux autres capitaines disparurent.
Les premiers instants du combat furent plutôt calmes, car les deux adversaires se jaugèrent plus qu'autre chose. Leurs sabres s'entrechoquèrent et elle fut dans un premier temps légèrement décontenancée par le tranchant complètement élimée du sabre de Zaraki. Néanmoins, Haruka comprit vraiment dès la troisième passe d'arme pourquoi le nom de Zaraki Kenpachi inspirait tellement de crainte chez la plupart des Shinigamis. L'homme était un monstre, dans tous les sens du terme, une véritable bête. Tantôt calme, tantôt surexcité, il ne se battait qu'avec sa main droite mais sa dextérité et sa force étaient sans pareille. Sa précision aussi. Très vite, elle comprit aussi le pourquoi des clochettes sur ces cheveux et le fait qu'il gardait son bras gauche en retrait. Au bout de la cinquième passe, elle savait qu'elle était au-dessus de lui sur le plan technique. Pire encore, l'homme n'avait aucune connaissance en Kidou, contrairement à elle, mais elle se limita à l'usage de son sabre instinctivement. Après l'avoir blessé à plusieurs reprises – de simples égratignures seulement mais parce qu'elle avait retenu ses propres coups, Haruka sentit que le combat commençait à perdre de l'intérêt pour lui. Ils se séparèrent rapidement après une dernière passe, durant laquelle elle infligea une nouvelle blessure en plantant la pointe de son sabre dans sa jambe mais elle ne l'enfonça pas et préféra se retirer.
Une fois à distance, elle jeta un coup d'œil vers Soi Fon mais celle-ci ne broncha pas, pas plus qu'elle ne déclara quoi que ce soit.
- Quoi ? fit brusquement Kenpachi. C'est tout ? Juste quelques égratignures et c'est fini ?
- Je pourrais dire la même chose, Zaraki-Taichou, protesta Haruka. J'ai pu constater durant notre bref échange à quel point votre reiatsu est dense, ainsi que votre incroyable capacité à encaisser les coups. A voir la manière dont les dommages de ma première attaque se sont déjà soignés sans que vous ayez reçu de soin ou utilisez le moindre Kidou – dont quelque chose me dit que vous êtes incapable d'utiliser au vu de la véritable sauvagerie qu'est votre reiryoku –, il est évident que vous disposez également d'une certaine forme de régénération naturelle surdéveloppée, probablement boosté par ce même reiatsu. Pardi, vous avez même déjà fait repoussé vos dents perdues ! En revanche, j'ai noté que votre technique de combat restait dans le domaine du primaire, vous n'utilisez même qu'un seul bras. Et ces clochettes trahissent votre présence au moindre de vos mouvements ! Par pitié, me prenez-vous pour le premier cadet venant à peine d'entrer à l'académie ?
Elle s'attendait à le voir s'empourprer de rage mais au lieu de ça il éclata d'un rire franc et excité.
- Bien ! Bien ! Très bien même ! Vous cumulez les bons points, Kiritsugu-Taichou ! Haa, ça faisait longtemps que je n'avais pas été rebiffé de cette manière. Allons, il est évident que nous avons tous les deux retenu notre reiatsu et nos capacités réelles afin de nous jauger alors passons maintenant aux choses sérieuses. Allez ! Utilisez donc votre Shikai et montrez-moi un peu ce que vous savez vraiment faire.
- En règle générale, sauf cas de force majeure, je préfère éviter d'avoir à recourir aux pouvoirs de mon zanpakuto. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, je me suis limitée, comme vous, à n'utiliser que mon sabre. Libre à vous de libérer les pouvoirs du vôtre mais même dans un tel cas, je me contenterai d'utiliser le Kidou en plus. Pour le moment, cela sera bien suffisant.
Là, Zaraki ne rigolait plus. Son regard devint dur et sa main se crispa légèrement sur la poignée de son arme.
- Je vais mettre cette erreur de jugement sur le fait de votre inexpérience, Kiritsugu-Taichou. Vous semblez être assez douée pour mesurer l'étendue des pouvoirs d'un individu en fonction de vos perceptions et après quelques passes… Il est temps que compreniez que vous pouvez aussi vous tromper.
Haruka se remit en garde et concentra son reiatsu. Quelque chose dans l'aura de Kenpachi venait de changer.
- Je vous dois néanmoins des excuses, Kiritsugu-Taichou. Il semblerait que je vous ai induite en erreur avec mon comportement et mes manières un peu rustres. Je ne fais pas ce genre de choses en général, c'est probablement parce que votre caractère me plait… Mais il est temps que je te démontre pourquoi je suis Zaraki Kenpachi, gamine !
Avec une vitesse incroyable, il bondit vers elle et asséna un brutal coup de sabre de bas en haut. Plutôt que de parer, Haruka esquiva souplement le coup et le sol à ses pieds explosa sous la violence de l'impact. Plus vite qu'elle ne le crut possible, la lame de Kenpachi fendit le nuage de poussière avec une précision mortelle, filant vers sa nuque. Elle eut à peine le temps de lever son sabre pour bloquer le coup et elle se retrouva malgré elle projetée en arrière.
Nom de Dieu, quelle force !
Elle effectua un rapide salto en plein vol et se servit de la distance gagnée pour braquer sa main gauche dans sa direction.
- Hadou 31 : Shakkahou !
Kenpachi bondit vers elle sans même faire attention au sort. La boule d'énergie explosa à son contact mais il en émergea sans la moindre égratignure et sans même avoir été ralenti. Haruka dérapa dans le sable et bondit à sa rencontre dès qu'elle retrouva un appui ferme. Les deux adversaires se stoppèrent mutuellement en plein vol lorsque leurs sabres se croisèrent et Haruka fut une nouvelle fois repoussée en arrière. Toutefois, avant qu'elle ne puisse retrouver son équilibre cette fois, le bras gauche de Kenpachi fila comme la foudre et agrippa son haori. L'instant suivant, elle se retrouva projetée à terre sur le dos, le souffle coupé et le sabre édenté de son adversaire s'abaissant vers elle. Relevant les deux bras, elle para le coup à la hâte des deux mains, l'une sur la garde et l'autre en soutien sur la lame… mais cela ne suffit pas pour amortir l'impact. Le choc fut si violent qu'elle crut que ses bras allaient être arrachés et son torse s'enfonça dans le sable. De la poussière vola dans tous les sens et lorsque celle-ci se dissipa, tous virent que les deux adversaires se tenaient maintenant au centre d'un cratère.
Les dents serrées à se les écraser, les muscles bandés comme des ressorts, Haruka avait réussi à maintenir sa défense, tout en se faisant asperger d'étincelles provoquées par la rencontre des deux lames.
- Va falloir faire mieux que ça, gamine, fit Kenpachi au-dessus d'elle. Je suis même pas à 50%, là.
- Ha ouais ? BAKUDÔ N°4 : HAINAWA !
A son cri, elle braqua son index de la main gauche vers la gorge de Kenpachi et un fin filet d'énergie fusa pour l'encercler et se mit à l'étrangler. Surpris, Kenpachi relâcha la pression de son sabre et Haruka roula hors de portée. Elle n'avait même pas fini de se relever que déjà elle enchainait le prochain sort.
- BAKUDÔ N°30 : SHITOTSU SANSEN !
Kenpachi arracha la corde d'énergie autour de son coup et fut alors percuté par les trois becs de lumière qui le projetèrent en arrière. En tant normal, ce sort était sensé immobilisé sa cible contre une paroi quelconque mais, en absence de support, Zaraki se retrouva projeté en arrière par les bras et la taille.
- Allons, ne vous éloignez pas ainsi, Zaraki-Taichou ! Fit Haruka d'une voix sombre tandis qu'un éclair d'énergie se condensa dans sa main, signe d'un nouveau Kidou. BAKUDÔ N°63 : SAJO SABAKU !
Le sol qui défilait sous Kenpachi sembla s'animer d'une vie propre et une longue corde de sable fila s'enrouler autour de son torse et se tendit d'un coup sec. Il se retrouva figé en plein air, les bras repoussé en arrière par deux des becs de lumière et retenu par la corde de sable.
- Haa, c'est mieux, commenta-t-il avant de concentrer d'avantage de reiatsu, mais ça suffira à peine pour me ralentir.
Et effectivement il commençait déjà à briser les deux sorts rien que par sa force.
- Rassurez-vous, c'est plus que suffisant pour ce que j'ai en tête, rétorqua Haruka en plantant son sabre dans le sable devant elle. "Ô souverains… Ô masques de chairs et de sang… Ô univers entier… Ô battement d'ailes… Ô toi qui porte le nom d'humain ! Sur le mur de flammes indigo, grave un lotus double… Attends dans le ciel l'abysse de l'incendie…"
Une orbe bleue de pouvoir se chargea dans chacune de ses mains et elle les braqua toute deux vers Kenpachi.
- HADOU N°73 : SÔREN SÔKATSUI !
Les deux boules de feu fusèrent vers leur cible à toute vitesse et explosèrent juste avant qu'il ne parvienne à se libérer des deux précédents sorts. Toutefois, lorsque la fumée se dissipa, Kenpachi en émergea indemne et avança tranquillement vers elle, un immense sourire aux lèvres.
- Mieux, bien mieux, mais toujours pas suffisant. J'ai déjà dévié le Cero d'un Espada avec une seule main alors, sans vouloir être ironique, ce genre de petites boules de feu, c'est du pipi de chat pour moi.
- Décidément, votre résistance et votre force sont très impressionnantes, Zaraki-Taichou, fit Haruka d'un ton à la fois surpris et fataliste. Je suppose que je n'ai pas le choix. Après tout, il était probablement trop arrogant pour moi d'espérer vous forcer à libérer votre sabre avant que je ne le fasse moi-même.
- Si c'est ça que tu attendais, tu risquais en effet d'attendre longtemps, gamine, déclara-t-il en s'arrêtant à une vingtaine de mètres d'elle et en levant son sabre vers elle. Parce que je n'ai rien à libérer du tout. Le sabre que je tiens est mon sabre dans sa forme finale. Je suis le seul officier Shinigami de tout le Seireitei à ne même pas connaître le nom de mon sabre.
Haruka écarquilla les yeux à cette révélation.
- Ho, inutile de faire cette tête. Je sais ce que je rate. J'ai vu à de maintes reprises combien les autres Shinigamis peuvent devenir forts grâce aux pouvoirs de leur zanpakuto. Avant que je ne rencontre Ichigo, je m'en moquais éperdument. Je continuais seul en suivant ma philosophie. Maintenant, quelque chose me dit qu'il est trop tard et quels que soient les efforts que je fais, je ne parviens pas à entendre sa voix. Certains disent que c'est à cause de mon Reiyoku, qui est trop sauvage et puissant, à un tel point qu'il l'étouffe. Mais qu'importe, je me suis toujours battu avec les moyens que je possède et ce n'est pas aujourd'hui ni demain que ça va changer. Et puis je suis quelqu'un de patient, je sais qu'un jour j'entendrais sa voix.
- Vous m'avez convaincu, Zaraki-Taichou. Préparez-vous maintenant à connaître la défaite.
Haruka leva son zanpakuto devant elle et le retourna, pointe vers le bas avant de s'agenouiller en enfonçant sans effort apparent la lame dans le sol jusqu'à ce que seule la garde reste apparente. Aussitôt le reiatsu d'Haruka sembla exploser autour d'elle et elle se redressa en tirant la lame maintenant transformée hors du sol.
- Allège mon fardeau, Kurodame.
Zaraki observa l'épée dans les mains d'Haruka et nota sa nouvelle apparence. Ce n'était plus un sabre japonais, mais une lame droite à double tranchant, presque aussi longue que sa propre épée et bien plus large à la base du pommeau. Plus lourde également, vu la manière dont Haruka la mania avant de se mettre en garde, dans une posture différente d'avant.
- Désolé, Zaraki-Taichou, mais je ne vous ferais pas l'honneur de vous dévoiler mon Bankai, aujourd'hui du moins.
- Bah, je n'en demande pas tant.
- Je ne vais vous porter qu'un seul coup, Zaraki-Taichou. Si vous l'esquivez, je ne ferai que le répéter, jusqu'à ce que je le réussisse. Ce coup sera une frappe de haut en bas et il mettra à coup sûr un terme à notre duel.
- Ha, voilà maintenant que tu abois bien fort, gamine. Approche, que je te remette à ta place. Voyons voir si tu mords autant que tu le prétends.
Brusquement, avec une vitesse impressionnante au vu de la taille de son arme, Haruka se jeta en avant en rugissant un cri de guerre, les yeux enflammés de reiatsu. Son épée décrivit une longue trajectoire circulaire et elle abaissa sa lame de toutes ses forces sur Kenpachi. Celui-ci, répondant au défi qu'elle lui avait lancé, resta sur place et para le coup en levant son sabre au dessus de sa tête… et il se retrouva à terre, les yeux écarquillés, écrasé au sol sous le poids du zanpakuto d'Haruka, sa propre arme coincée à plat entre les deux. Il avait pourtant mis une bonne dose de reiatsu dans sa défense, bien plus qu'Haruka dans son attaque.
- Mais qu'est-ce que…
Il tenta de se dégager mais en vain, il ne parvenait pas à déloger l'épée à deux mains qui le clouait au sol par son propre poids.
- Toutes mes excuses, Zaraki-Taichou, mais c'était la seule manière pour moi de gagner de manière définitive sans avoir à vous blesser lourdement. Après mes explications, vous comprendrez pourquoi je vous ai attiré dans ce piège, et aussi pourquoi vous ne me provoquerez plus jamais en duel.
- Huh ?
Haruka fit signe à Soi Fon et aux autres spectateurs d'approcher. La capitaine de la 2nde division effectua un rapide shunpo et regarda perplexe son collègue cloué au sol. Celui-ci tentait désespérément de se dégager de l'épée à deux mains apparemment poser sur sa poitrine, coinçant son épée contre lui par la même occasion. Il avait même du mal à respirer sous le poids qui écrasait sa poitrine.
- Zaraki-Taichou, Kurodame pèse actuellement environ 2,5 tonnes… et je peux la rendre encore plus lourde si vous le voulez.
Brusquement, le sable sous Zaraki craqua tandis que le géant s'enfonça un peu plus.
- Woah ! Stop !
- Si je comprends bien… murmura Soi Fon.
- Mon zanpakuto est curieusement très similaire avec celui de mon lieutenant… tout en étant son anti-thèse parfaite. Son pouvoir est basé sur la gravité. Mais en tant que Shikai, il ne peut affecter que sa propre masse et rien d'autre. C'est un pouvoir à la fois inutile à distance mais total au corps-à-corps, je peux le rendre aussi léger qu'une plume ou aussi lourd que ce palais tout entier.
- Ok, j'ai compris. J'peux me relever maintenant ? demanda Kenpachi.
- Pas encore, Zaraki-taichou, fit Haruka avec un petit sourire satisfait. Je tiens à ce que cette image reste dans votre esprit à l'avenir. Désormais, à chaque fois que vous me provoquerez en duel, je vous clouerai au sol de la même manière qu'aujourd'hui, devant toute votre Division. Et si des envies de vengeance vous viennent en tête actuellement, imaginez seulement de quoi je peux donc être capable en utilisant Kurodame sous sa forme de Bankai. Je pourrais, par exemple, rendre votre propre sabre tellement lourd que vous vous retrouveriez incapable de le soulever et encore moins vous battre avec. Ou bien vous rendre vous-même tellement lourd que vous ne pourriez même plus vous lever. Peu importe votre niveau de reiatsu, une fois que votre corps pèsera 100 tonnes, je peux vous assurer que vous ne représenterez plus la moindre menace pour personne… à part pour les verts en dessous de vos fessiers.
Quelque part dans l'esprit de Zaraki, l'image d'Unohana se superposa avec celle d'Haruka et il hocha la tête.
- Je retiens.
***.***
Hueco Mundo, Las Sombras Perdidos (Les Ombres Perdues)
A des dizaines de milliers de kilomètres de Las Noches, profondément enfoncé au cœur du Hueco Mundo, un autre palais se dressait, inaccessible à presque tous.
Cette zone était loin de tout, trop loin même pour pouvoir ouvrir un portail menant au monde des humains, et encore moins vers la Soul Society. Pour parvenir à ce palais de ténèbres, il fallait voyager sans relâche vers la lune, traverser des déserts différents, des océans sans vie, des montagnes escarpées et survivre à des dangers plus terribles encore que les autres Hollows.
Très vite, lorsque des groupes d'Hollows entreprenaient ce voyage, le désert sous eux devenait plat et aride et les rares formes de vie ou de non-vie disparaissaient complètement. Sans aucune forme de nourriture, la quasi-totalité des Hollows voyageant dans cette direction perdait rapidement tout sens de la réalité. Les Hollows finissaient par se dévorer entre eux, puis par mourir de faim ou par faire marche arrière.
Pour les plus résistants et persistants de ces Hollows – et indéniablement aussi parmi les plus forts –, le désert finissait par s'enfoncer et un nouveau "désert" s'offrait alors à leur vue : un océan à perte de vue. Il n'existait qu'une seule communauté de Hollows dans cette zone, réunie dans le squelette de l'un des plus titanesques Hollows qui soit et qui mourut en pensant s'abreuver de l'océan. Car l'eau n'était que poison, aucune âme ne supportait d'ingérer ce liquide. Si vous trouviez cette communauté, vous deviez alors vous battre à mort. Les places étaient rares, les voyageurs encore plus, et chacun de ces Hollows étaient affamés. Généralement, elle ne regroupait pas plus d'une dizaine d'individus, et tous étaient immanquablement des Vastrodes.
Pour continuer le voyage, il fallait traverser cet océan de poison. Parfois calme, parfois déchainé, cet océan semblait régis par les mêmes lois que ceux de la terre mais il était infiniment plus vaste, et dépourvu de toute vie. Nombreux furent les Hollows à vouloir le traverser – par les airs, par la nage ou par bateau conçu d'une manière ou d'une autre – succombaient au poison, soit étaient vaincus par la tentation de la soif, oubliant le danger, soit par fatalisme, et d'autres même simplement en étant trop longtemps exposés aux embruns empoisonnés.
Ceux qui parvenait à y survivre à environ deux tiers de la traversée finissaient par voir disparaître la lune soudainement. Dès lors plongés dans les ténèbres sans fin, les voyageurs perdaient rapidement toute notion du temps. Jamais le moindre Hollow ayant vu cette chape d'ombre tombée sur eux et n'ayant pas fait demi-tour dans la foulée n'était revenu vivant. Là s'arrêtait les récits de tous les rares survivants à ce voyage ayant finalement décidé de rebrousser chemin.
Les recherches d'Aizen sur Hueco Mundo ne dépassèrent jamais cet océan. Aucun Privaron Espada ne tenta jamais la traversée. Pour tous, il n'y avait rien au-delà, si ce n'était le néant, puisque jamais rien n'en était jamais revenu.
Même pour ceux qui était les plus persistants, le voyage à partir de ce moment devenait un coup de chance, car à un seul endroit, à environ 4 kilomètres de la côte, se dressait la colonne vertébrale d'un autre Hollow titanesque mort en ayant essayé de faire demi-tour, car c'était sa tête qui était plantée dans l'océan de poison. Quant à la côte, il ne s'agissait en fait que d'une muraille de roche incroyablement dure se dressant vers le ciel à perte de vue. La quasi-totalité des Hollows arrivant à cet endroit s'écrasait contre cette muraille et entamait alors l'ascension. Hélas pour eux, cette muraille étaient l'habitat naturelle d'une race d'insectes carnivores particulièrement virulente. Bien avant d'avoir atteint le sommet de la muraille, les voyageurs étaient dévorés vivants. Par temps calme, ces insectes n'hésitaient pas à s'envoler et à survoler l'océan, à la recherche de proie. Très bien organisés, lorsque des "repas" étaient repérés, ils se regroupaient alors pour la curée. La colonne vertébrale était le seul endroit où les insectes n'attaquaient pas. Et donc le seul endroit où pouvoir commencer sans trop de risque une longue et périlleuse ascension.
Car dès lors commençait un voyage à la verticale sur plus d'une dizaine de milliers de kilomètres. Les conditions climatiques étaient extrêmes, les voyageurs étaient balayés par les vents et le froid et les embruns empoisonnés de l'océan. Quiconque perdant prise se retrouvait en chute libre. Les encore plus rares survivants à cette ascension avaient le bonheur de retrouvé la lumière de la lune… et de contempler un désert familier car en tout point identique à celui qu'ils connaissaient à leur entrée au Hueco Mundo… mais totalement dépourvu de vie.
Ceux qui persévéraient dans leur voyage alors arrivait, après avoir traversé près d'un millier de kilomètre de désert, en vue d'une longue rangée de monolithes, certains détruits, d'autres encore debout, derniers symboles d'une civilisation éteinte depuis des lustres. Sur quelques-uns d'entre eux, les rares ayant résisté à l'érosion du temps, des caractères étaient écris, signalant qu'à partir de cet instant il entrait dans la Barrière. Un seul pas derrière cette rangée et les voyageurs se retrouvaient écrasés par leur propre poids devenu titanesque. Les survivants désirant continuer leur voyage au delà des monolithes devaient traverser une plaine à perte de vue presque en rampant contre le sol, alors que le moindre mouvement devenait un effort titanesque. La Barrière n'avait pas de limite en hauteur. Tous les Hollows sachant voler et ayant entrepris ce voyage par les airs, s'ils avaient déjà survécu aux tempêtes de l'Océan et aux vents chargés d'embruns empoisonnés, périrent en s'écrasant à terre en entrant dans la zone de la barrière.
Finalement arrivait la dernière épreuve de ce voyage, un précipice de plus de 10 kilomètres à la limite de la barrière, littéralement infranchissable avec l'incroyable poids en guise de fardeau. La quasi-totalité des derniers voyageurs survivants jusque là gisaient désormais morts au fond de ce précipice.
Et de l'autre côté, une fois sorti de la Barrière, s'étendait une grande plaine de vie végétale et animale née par la lueur éclatante de la Lune, ici presque aussi intense que le soleil… Et à ce fameux palais dans les ténèbres.
***.***
- Bienvenue au Palais du Cœur du Hueco Mundo, voyageurs. Bienvenue à Las Sombras Perdidos, domaine de la Garde Noire, résonna une voix mâle lorsqu'il fit un pas dans l'entrée vide et grande ouverte du luxueux palais.
Il était bien loin d'égaler Las Noches question taille mais il en imposait tout autant si ce n'est même plus encore par son luxe apparent. Les murs étaient couverts de tableaux, des rideaux de soies ocres pendaient des colonnes de marbres, le tapis à l'entrée était moelleux sous ses pieds et des chandelles illuminaient les lieux. Regardant à droite et à gauche tout en se concentrant sur son Pesquisa pour tenter de trouver son interlocuteur, il avança aussi silencieusement et précautionneusement que possible, évitant de trop bouger son fardeau dans son dos.
- Et bien, qu'avons-nous là ? Voilà bien longtemps que nous n'avions pas vu un voyageur… Un Arrancar qui plus est… Non, deux Arrancars. Mais des aberrations ! Créés par la main de ce mégalomane d'Aizen ! Rugit une autre voix, elle aussi masculine.
- Vous avez un problème avec ça ? rugit-il en se préparant au combat malgré sa fatigue et son paquetage.
- Nullement, fit une femme en apparaissant d'un seul coup à moins de 5 mètres devant lui. Vu que je suis moi-même l'un des fruits de ses recherches.
Elle était grande, de longs cheveux noires, vêtue d'une combinaison de cuir et d'os à mi-chemin d'une armure lourde. Un fouet pendait à sa ceinture à sa droite et une longue rapière à sa gauche. Une main sur les hanches, l'autre sur l'extrémité de la poignée de son arme, elle le toisa d'un air supérieur tandis que sa cape, accrochée à ses épaulières larges, reprenait silencieusement sa place. Il nota les fragments de son masque qui encadraient son visage de manière élégante, retenant naturellement sa longue chevelure hors de son visage. Et il écarquilla les yeux en se rendant compte à quel point elle était belle. Une déesse parmi des Hollows.
- En revanche, j'ai quelque chose contre Aizen personnellement… et, par voie de conséquence, contre tous ceux qui travaillent sous ses ordres.
Le regard de la femme s'embrasa et il sentit ses pieds céder sous lui.
Quel… Quel incroyable reiatsu ! Il est presque aussi fort que le mien sous ma forme libérée et elle l'a déchainé sans même battre un cil !
- Je… Je ne… travaille plus… pour Aizen ! balbutia-t-il en faisant de son mieux pour résister à la pression.
- Hooo ? Mais encore ? En quoi nous vaut l'honneur de la visite de l'un de ces… ex-nouveaux Espadas ?
- Il est mort ! Aizen est mort !
D'un seul coup la pression du reiatsu cessa mais, avant qu'il ne puisse respirer librement, elle avait franchi les quelques mètres les séparant et l'avait agrippé à la gorge, le soulevant dans les airs comme un pantin. Instinctivement, il voulut se défendre mais se rappela au dernier moment que ses mains n'étaient pas libres et il la laissa faire, bien qu'elle l'étranglait à moitié.
De toute manière, vu son reiatsu, si elle décide de me tuer, je ne pourrais rien y faire… avant peut-être mais certainement pas dans mon état actuel.
- En es-tu sûr ? As-tu vu son cadavre de tes propres yeux ? As-tu senti la vie quitter sa chair putride ?
Il fut impressionnée par la haine qui coulait de chacun de ces mots à l'égard d'Aizen.
- N-Non, mais il… a échoué ! Il a… tenté d'attaquer la Soul Society… et ils l'ont arrêté !
Elle le rabaissa jusqu'au sol et le lâcha avec une étonnante délicatesse.
- … Je ne sais pas comment, mais Aizen n'est pas revenu à Las Noches, et les Shinigamis se sont emparés des lieux, continua-t-il sur sa lancée, désireux de montrer patte blanche. Je me suis enfui avant qu'ils ne me capturent mais j'étais blessé et j'ai dû me cacher pour me reposer. Plus tard, lorsque je suis retourné au palais, les Hollows le saccageaient de toute part et il ne restait plus rien des troupes d'Aizen. On n'avait plus de raison de rester et, comme on portait sa marque de fabrique, comme tous les Arrancars artificiels, on est devenu des cibles. Nous n'avions plus nulle part où aller alors… On a –
- Vous êtes venus jusqu'ici, en espérant y trouver un refuge, termina-t-elle d'une voix plus douce. Et vous avez eu raison.
Elle se retourna et s'éloigna tranquillement.
- Suis-moi, Espada. Pour le moment, il sera mon invité, lança-t-elle vers le palais, mais aucune réponse ne vint.
- A-Attendez… Mon-Mon amie est blessée, je ne sais pas comment la –
- Laisse-la. Si elle ne peut pas tenir seule sur ses jambes, alors elle ne vaut rien.
- Quoi ? Non ! Elle ne mérite pas ce –
La femme s'arrêta et braqua vers lui un regard flamboyant et impitoyable.
- Est-elle forte ?
- Que…
- Répond à ma question. Est-elle forte ?
Il songea aux dernières images qu'il avait vu avant de perdre conscience après sa défaite.
- Oui… Plus forte que moi même, je pense.
Un sourire satisfait et intéressé naquit sur les lèvres de la déesse.
- Alors suivez-moi tous les deux, fit-elle en reprenant sa marche. Quel est ton nom, Espada ?
- Grimmjow. Grimmjow Jaggerjack. Et elle s'appelle Nel… Neliel Tu Oderschvank.
- Zelda Catrilona, mais tu peux m'appeler comme tout le monde ici le fait… Lilith.
