Hueco Mundo, Las Noches
- Humm, voilà qui est très intéressant, commenta Mayuri en relisant un paragraphe sur l'ordinateur d'Aizen… et potentiellement dangereux. Je ferais mieux de prévenir les autres capitaines. NEMU !
- Hai, Mayuri-sama, répondit sa fille et lieutenante en apparaissant immédiatement derrière.
- Va me chercher les autres capitaines, séance tenante.
- Compris, Mayuri-sama.
Et elle disparut aussi vite qu'elle était arrivée.
Moins de 5 minutes après, Soi Fon arriva la première, rapidement suivie d'Haruka et de Kenpachi. Exceptionnellement, Yachiru ne l'accompagnait pas, nota-t-il en passant.
- Je viens de découvrir quelques notes concernant nos anciens ennemis, les Arrancars, lança-t-il en guise de préliminaires, sans même les saluer. Apparemment, Aizen avait vu les choses en grand et menait bien, comme je le pensais, des recherches actives sur les Hollows ici même, bien avant qu'il ne dévoile sa traîtrise.
- Il n'y a rien de neuf à cela, Kurotsuchi-Taichou, signala Soi Fon. Il avait créé les Privarons Espadas bien avant qu'il ne mette la main sur l'Hougyoku.
- L'époque dont je parle est bien antérieure encore à cela, trancha Mayuri en balayant le commentaire de la main. Si l'on reprend la chronologie connue des actes d'Aizen, nous savons qu'il avait commencé ses expériences sur l'Hollowfication environ vers la même époque où le bureau de la recherche scientifique fut créé par mon prédécesseur avec mon aide, à quelques années près. Nous pensions tous qu'il avait continué ses recherches en secret au Rukongai mais il apparaît très clairement dans les notes que je viens de lire qu'Aizen avait déjà abandonné l'idée de créer des alliés à partir des Shinigamis quelques années seulement après la défection d'Urahara Kisuke.
Il jeta un bref coup d'œil vers Haruka, se demandant brièvement si la jeune capitaine parvenait à suivre son histoire. Ce devait être apparemment le cas car elle ne demanda aucune précision ni ne l'interrompit dans ses explications, aussi continua-t-il sur sa lancée.
- Apparemment, Aizen se serait rendu ici même environ à cette époque, soit plus de trente à quarante ans AVANT qu'il ne crée les Privarons Espadas. Il se serait alors tout de suite penché sur l'autre méthode pour créer des hybrides, la Shinigamisation des Hollows. En fait, il a même commencé avec des sujets déjà avancés car il découvrit en ces lieux même où il construisit Las Noches trois Arrancars naturels, qui lui servirent de base pour ses recherches.
Il s'arrêta un bref instant pour dévisager ces interlocuteurs. Constatant qu'il avait toujours leur pleine attention – chose rare dans le cas de Kenpachi –, il reprit ses explications.
- Aizen passa plusieurs années à échouer dans ses recherches. Cela n'avait rien d'étonnant, après tout, personne ne réussit du premier coup à faire ce qu'on veut à la perfection, et surtout pas en science expérimental. Néanmoins, il mit le doigt sur un schéma particulier qui le mit sur le chemin de la réussite, en incluant l'esprit d'un concept lors de la création des Arrancars artificiels.
- L'esprit d'un concept ? Demanda Haruka, perplexe.
- Humm, les fameuses Voies de la Mort..
Mayuri adressa un regard surpris vers Soi Fon.
- Comment êtes-vous au courant ? demanda-t-il d'un ton suspicieux.
- Durant la guerre contre Aizen, je me suis retrouvée face à face avec Barragan Luisenbarn, l'Espada N°2. Celui-ci me fit un petit speech sur les membres de l'Espada et les 10 voies que chacun était sensé représenter.
- Ho. Quelle chance d'être tombé sur un adversaire aussi bavard. Bon, toujours est-il qu'Aizen n'expérimenta pas avec ces concepts pour ces premiers essais mais dès qu'il les inclut, les résultats furent au-delà de ses espérances, bien au-delà même.
Mayuri appuya sur une série de touches et fit apparaître à l'écran 7 photos de visages.
- Humm ? Tiens, il me dit quelque chose celui-là… Là, le 6ème.
- Yammy Rialgo, Avatar de la Colère. Effectivement, il devint par la suite l'Espada N°0. Sur les 7 premières réussites d'Aizen, 2 seulement faisait partie de l'Espada que nous avons affronté. L'autre était l'Espada N°9, Aaroniero Alulieri, Avatar de la Cupidité. Selon nos rapport, Kuchiki Rukia se vainquit en duel lors de leur tentative de sauvetage.
- Avatar de la Colère et de la Cupidité, 7 Arrancars… Kurotsuchi-Taichou, les concepts qu'Aizen expérimenta en premiers était donc les 7 pêchers capitaux issus du Christianisme, si je comprends bien ?
- Excellente déduction, Kiritsugu-Taichou. Oui, la Colère, la Cupidité, la Fierté, la Gourmandise, la Paresse, l'Envie et la Luxure. Les fameux 7 pêchers capitaux présents en chacun d'entre nous, mais pour chacun de ces Arrancars, l'un de ces pêchers se retrouvait considérablement accru, sublimé au maximum, à tel point qu'ils devinrent chacun de véritables avatars de ces concepts. Et c'est là que le problème vient, comme le constata Aizen. Chacun de ces Arrancars, une fois devenu Avatar, disposait d'un potentiel d'évolution quasiment illimité. Sur les 7 Avatars créés, deux seulement restèrent au service d'Aizen, les autres prirent tous le large et Aizen mobilisa pendant longtemps ses forces, notamment les Privarons Espada, pour les traquer et les éliminer avant qu'ils ne deviennent une trop grande menace.
- Et ils ne les trouvèrent jamais, c'est bien ça ? Ces Avatars courent toujours ?
- Pas tous. Ils trouvèrent l'Avatar de la Paresse, mais celui-ci était déjà mort, probablement tué par ces semblables. L'Avatar de la Fierté attaqua Aizen lorsque celui-ci revint au Hueco Mundo avec le Hougyoku. Mauvais timing, pourrait-on dire. L'Avatar de la Gourmandise élimina à lui seul 5 des Privarons Espada, en les dévorant, s'appropriant leur pouvoir par la même occasion. Il cessa après cela de se cacher et domina un secteur entier du Hueco Mundo, dévorant impitoyablement tous les Arrancars qu'Aizen lui envoyait. Une semaine après le retour de celui-ci avec le Hougyoku, Aizen modifia trois Arrancars pour que ceux-ci deviennent d'incroyables poisons à la digestion. L'Avatar les dévora et mourut en l'espace de quelques jours. Il ne reste à ce jour que deux Avatars encore en vie, l'Envie et la Luxure. Et, hélas, il apparaît clairement que ces deux-là sont les plus dangereuses du lot… Principalement parce quelles agissent toutes les deux toujours ensemble.
Mayuri sélectionna les photos des deux Arrancars et les afficha en grand.
- L'Envie et la Luxure sont deux pêchers assez proches l'un de l'autre, de même que la Gourmandise et la Cupidité. Dans le cas présent, il apparaît que nos deux Arrancars étaient des sœurs jumelles à la base. Il est trop tôt pour savoir de quoi elles sont vraiment capables, toutefois le simple fait qu'Aizen ait toujours mobilisé une partie de ses forces pour les débusquer et tenter de les éliminer, même une fois le Hougyoku entre ses mains, est suffisamment inquiétant en soi.
- Effectivement, murmura Haruka.
- Quels sont leurs pouvoirs ? Demande Soi Fon.
- Les données les concernant remontent à plus de 60 ans, et vu qu'Aizen qualifie le potentiel d'évolution de ces Avatars comme illimité, elles peuvent avoir évoluées de manières inimaginables. Néanmoins, en terme de puissance de combat, je dirais que ces Avatars sont comme des Vastrodes et que l'Espada toute entière n'était composée que de Gillians.
- Ils sont vraiment si fort que ça, ces Avatars ? Demanda Kenpachi, suspicieux.
- Nous ne parlons là que de potentiel d'évolution. Aizen signale néanmoins dans sa plus récente entrée, concernant l'Avatar de la Fierté, que s'il n'avait pas eu le Hougyoku lorsque celui-ci a attaqué, il n'y aurait alors jamais eu de guerre contre lui… Et nous ne serions pas là à discuter car il ne resterait déjà rien que des ruines de Las Noches.
Un lourd silence se posa, les trois capitaines essayant d'imaginé la force d'un seul Avatar, capable à lui seul de balayer l'armée d'Aizen.
- Bien entendu, le Hougyoku a changé toute la donne, car les Espadas étaient bien plus puissants que les Privarons Espadas. Toutefois, si je devais lui donner une estimation de puissance e l'Avatar de la Fierté, je pense qu'il équivalait celle de ce Yammy Rialgo, sans le bridage qu'Aizen lui avait apposé.
- Bridage ? Demanda Kenpachi. Aizen avait bridé cet Espada ?
- Oui, un bridage à la fois très simple et efficace, et donc très dur à déceler et encore plus à défaire. Vous vous souvenez, j'imagine, que ce colosse n'arrêtait pas de grandir et de gagner en puissance au fur et à mesure qu'il augmentait sa colère ?
- Ouais, c'était cool de le voir se relever de plus en plus fort, se rappela avec joie le capitaine de la 11ème Division. Mais il a atteint sa limite avant que ça devienne vraiment fun.
Kurotsuchi soupira devant l'attitude quasi-suicidaire – à ses yeux – de son collègue.
- Avant qu'il ne soit en possession du Hougyoku, Aizen avait fait enfermé Yammy dans ses quartiers et ceux-ci n'était rien d'autre qu'une prison scellée à l'aide de Kidous pour cet Avatar. Des Kidous imposant un état de calme et de tranquillité, identiques à ceux du Maggot's Nest. S'il vous semblait avoir atteint sa limite, c'est parce qu'Aizen avait, avec le Hougyoku, imposé une domination totale de sa conscience sur son inconscience. C'était ça, le bridage. En regardant votre combat, j'ai tout de suite repéré cette anomalie dans son comportement. Il se mettait en colère et il augmentait sa force en conséquence, mais jamais il ne devenait "fou de colère". Sa conscience avait toujours le dessus. Si Aizen ne lui avait pas imposé ce bridage, cet espada se serait mis de plus en plus en colère sans interruption, jusqu'à n'être plus qu'un berserker sans conscience. Inutile de dire que, dans un tel cas, ni vous ni Kuchiki n'en seriez sortis vivants. Vous n'auriez fait que rajouter de l'huile sur le feu. Simple supposition de ma part mais je pense que c'est aussi la raison pour laquelle Aizen n'a pas ordonné à Yammy de le suivre à Karakura Town. Il était certain de trouver une opposition et il ne voulait pas courir le risque de voir cet Avatar se déchainer sur la ville dont il avait tant besoin des âmes pour façonner l'Ouken.
Kenpachi se retourna et croisa les bras.
- Ok, en clair, il reste deux Arrancars qui se baladent dans la nature dans le Hueco Mundo. La belle affaire. Qu'elles viennent, ça me permettra un peu de me dégourdir vraiment.
- Je vais prévenir Yamamoto-Soutaichou de cette nouvelle, déclara Soi Fon avec un ton de finalité.
***.***
Hueco Mundo, Las Noches
Il n'y avait pas de nuit dans Las Noches, le toit du palais étant comme un jour sans fin. Néanmoins, l'intérieur des bâtiments, tous dépourvus de fenêtres, offrait l'obscurité nécessaire et suffisante pour les Shinigamis désirant se reposer. Assis sur son estrade, Kenpachi sirotait son sake en se remémorant sa défaite contre Haruka. Il était seul dans la pièce, Yachiru était allée se coucher, de même que la plupart de ses hommes, hormis ceux chargés de la surveillance. Cela faisait un mois depuis le combat et il continuait à chercher un moyen de vaincre les pouvoirs du zanpakuto de cette femme.
- Che ! A croire que je ne pense plus qu'à elle ces derniers jours.
Il fallait bien avouer que les distractions manquaient cruellement à Las Noches. En un mois, il n'y eu en tout et pour tout que 3 attaques d'Hollows, dont une seule qui en méritait vraiment le nom, selon son point de vue. Apparemment, même désert, Las Noches continuait à imposer un sentiment de crainte chez les Hollows de la région.
Résultat, à part s'entrainer et écouter les discussions de ses subalternes, il n'avait pas grand-chose à faire. Il essayait encore, comme chaque jour depuis sa défaite contre Ichigo, d'entendre la voix de son sabre, en vain. Et il était trop orgueilleux pour demander de l'aide.
Sa défaite envers Haruka ne le perturbait pas tant que ça, au final. Juste un rappel de son but de devenir plus fort encore. "Ce ne sont pas les victoires qui forgent un homme mais les défaites", avait dit quelqu'un, un maître du maniement du sabre il croyait, et il était bien forcé d'avouer qu'il était d'accord avec lui. La défaite aiguisait sa détermination. Haruka avait tort, il la re-défierait un jour, lorsqu'il sera prêt… Avant ou après avoir défié Unohana, il ne savait pas encore dans quel ordre.
Ses pensées furent perturbées par des bruits de pas légers s'approchant et la silhouette d'Haruka se dessina dans la porte.
- Vous n'arrivez pas à dormir non plus ? demanda-t-il d'un ton léger.
- A vrai dire, j'avais quelques questions à vous poser et je pensais que le moment était bien choisi… J'ai été très occupée ces derniers temps à réorganiser ma Division et j'ai du mal à trouver un peu de temps libre.
- Haa, j'ai entendu quelques rumeurs de mes gars à ce propos. N'hésitez pas à me demander quelques conseils, bien qu'il est fort probable que je vous dirige vers Madarame pour ce genre de chose.
Ils échangèrent des sourires entendus et Kenpachi leva sa jarre de saké par le goulot.
- Je vous offre un verre ?
- Volontiers.
Il prit sur le plateau à côté de lui une coupelle à saké de plus et en versa une petite dose qu'il lui présenta avant de se resservir.
- Merci, Zaraki-Taichou.
- Kenpachi. Nous ne sommes plus en service pour le moment… et je me moque des convenances la plupart du temps.
- Je l'avais bien compris. Vous pouvez m'appeler Haruka-san, si vous le voulez.
Les deux capitaines savourèrent le saké en silence et Kenpachi les resservit lorsque leurs coupelles furent vides.
- Kenpachi, j'ai beaucoup entendu parler des ryôkas depuis mon entrée au Gotei 13 et je me demandais si vous pouviez éclairer d'avantage ma lanterne les concernant… notamment le jeune Shinigami remplaçant.
- Haa, Ichigo. Ichigo est… le premier à m'avoir vaincu en combat singulier depuis plus de trente ans. Désolé, vous n'êtes que la seconde. En fait, pour parler d'Ichigo, Madarame le connaît mieux que moi, et une fois de retour au Seireitei, allez voir Kuchiki Rukia, Hitsugaya ou Ukitake, ils le connaissent encore mieux, surtout Kuchiki.
Haruka hocha la tête mais persista.
- J'ai déjà lu quelques rapports mais je souhaiterais connaître votre version de l'histoire.
- Hummm… Par où commencer ?
Kenpachi lui raconta ce qu'il savait sur Ichigo, comment il avait reçu des pouvoirs de Shinigami par Rukia et que cela avait fini par réveiller apparemment des pouvoirs dormant en lui. Il détailla d'avantage les événements durant le sauvetage de Rukia, notamment son propre combat contre lui et comment il se retrouva de son côté par la suite jusqu'à son combat contre Komamura et Tousen Kaname, qui se révéla être un complice d'Aizen. Puis il raconta la trahison d'Aizen et l'enlèvement d'Inoue Orihime. Enfin, il relata son intervention à Las Noches, son combat contre Nnoitora Jurga puis celui contre Yammy. Ensuite, il ne put lui raconter que ce qu'il savait de la bouche d'autrui, comment Ichigo avait finalement réussi à vaincre Aizen et la perte de ses pouvoirs de Shinigami.
- Cet… enfant… est un véritable héro à vos yeux, apparemment.
- Un héro ? Na, pas à mes yeux, dénia-t-il en ricanant et en les réservant en saké en même temps. Je suppose que pour certains il en est un, surtout pour Kuchiki. En tout cas, une chose est certaine pour moi : Ichigo est un bon gars… et il est fort ! Enfin, était, avant qu'il ne perde ses pouvoirs… Je peux comprendre que, pour un humain et à 15 ans seulement, il a vécu des trucs et fait des choses qu'il n'aurait jamais dû avoir à faire. En gros, il a fait notre job à notre place quand on avait la tête trop enfoncée dans notre propre cul pour nous rendre compte que notre contrôle de la situation se barrait en couilles. Désolé du langage mais c'est la vérité pure et simple. Et rien que pour ça, en tant que Shinigami et membre du Gotei 13… Bah, disons que nous avons tous une dette envers lui. Le genre de dette que nous pourrons jamais totalement remboursée, si vous voyez ce que je veux dire.
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Karakura Town
Chaud. Mouillé. Electrisé. A bout de souffle. Déconnecté du reste du monde. Et totalement vaincu. Vaincu par celle qui se trouvait au-dessus de lui… non, plus précisément sur lui. Ses mains étaient clouées par les siennes, sa bouche lui volait impitoyablement le moindre de ses souffles, son poids l'écrasait contre le sol, et sa féminité lui dévorait littéralement son essence. Il sentait parfaitement le cœur de cette femme battre contre sa poitrine, au travers de ses seins nu qui se frottaient contre lui et jamais il n'avait eu un contact physique aussi intense avec quelqu'un.
Brusquement, elle arracha sa bouche à la sienne et il avala de longues bouffées d'air, inspirant son odeur et son parfum naturel. La femme sur lui se redressa un peu plus et le regarda droit dans les yeux. Il sentit sa main l'attraper à la mâchoire et le forcer à la regarder mais son regard était flou – de fatigue ? – et il ne pouvait que deviner sa silhouette. Elle lui murmura quelque chose mais il ne parvint pas à l'entendre ni à la comprendre. Elle sembla répéter son message une fois, puis encore une autre en semblant parler plus fort encore, mais il ne parvenait toujours pas à l'entendre.
Et d'un seul coup…
- REVEILLE- TOI ! IIIIIII… ! CHIIIIIII… ! GOOOO… !
D'un mouvement instinctif, né d'années de pratique et d'expérience, Kurosaki Ichigo se redressa sur son séant, ouvrit la fenêtre à côté de son lit de sa main droite et se rabaissa vivement en faisant rouler sa jambe. Son pied connecta avec le bassin de son agresseur et le propulsa sans le moindre effort par-dessus lui et son lit, droit vers l'extérieur.
- WOAH ! Malade ? Tu es devenu fou ? s'écria Kurosaki Isshin en tentant de remonter, se raccrochant au bord de la fenêtre. Et si j'étais tombé ? Et si je m'étais blessé ? Et si j'étais mort ?
- Pourquoi m'en ferais-je ? Tu serais juste retourné à la Soul Society, non ? Fit Ichigo en s'habillant, ne semblant pas porter plus d'intérêt à la situation de son paternel qu'à une mouche.
- Oho… Alors c'est ainsi que tu oses parler à ton propre père ?
- De toute manière, ce n'est pas comme si tu allais mourir en tombant du premier étage, signala-t-il avec logique avant de se mettre à déloger les doigts de son père du rebord de la fenêtre. De plus, tu m'as gâché la fin de mon rêve bizarre alors vas-y, tombe, tu le mérites.
- Wah ! Wah ! Stop ! Je vais vraiment tomber !
Brusquement la dernière phrase d'Ichigo attira son attention et il demanda d'une voix plus sérieuse et un peu inquiète :
- … ? Un rêve bizarre ? Quel sorte de rêve s'agissait-il ? Encore un cauchemar ?
- ça ne te regarde pas, paternel dégénéré ! s'écria-t-il en se souvenant de la fin de son rêve, y puisant même une sorte de colère supplémentaire qu'il manifesta en écrasant son poing sur le nez d'Isshin, l'envoyant bien cette fois-ci s'écraser au rez-de-chaussée.
***.***
Plus tard dans la journée, assis sous un arbre de la cour du lycée Ichigo mangeait tranquillement un sandwich acheté à la cafétéria en compagnie de Tatsuki.
Comme ils avaient un test de prévu cet après-midi, ils avait décidé de profiter de la pause-déjeuner pour réviser un peu, mais le rêve de ce matin n'arrêtait pas de revenir le hanter. Incapable de dépasser le premier paragraphe qu'il venait déjà de lire à plus de 4 reprises, il fera son livre de frustration et constata qu'il avait à peine entamer son repas, mais qu'il n'avait plus faim non plus.
- Ichigo, un problème ? lui demanda son amie d'enfance, sentant son trouble inhabituel.
- N-Non, tout va bien, c'est juste que je n'ai pas faim et que j'ai un peu de mal à me concentrer aujourd'hui.
Tatsuki referma son propre livre à son tour et se leva. Ayant déjà fini de manger depuis longtemps, elle s'installa d'autorité sur les jambes d'Ichigo. Avant qu'il ne puisse protester, elle l'attira vers elle par sa nuque et l'embrassa sur la bouche. Leur baiser dura plus d'une minute et lorsqu'elle consentit à le laisser de nouveau respirer, il se sentit bizarrement beaucoup mieux… et un peu gêné à le fois.
- Encore un de ces cauchemars la nuit dernière ? demanda-t-elle d'une voix un peu inquiète.
- Heu… Pas vraiment, en fait. Plutôt un rêve étrange… pas effrayant ou dramatique comme les précédents, mais il y avait quand même un point commun. Je ne pouvais absolument rien faire. Ni bouger, ni me défendre, ni parler, rien. Et cela avait l'air si réel que…
Il ne termina pas sa phrase, ne sachant pas lui-même comment expliquer ses propres rêves. Cela faisait un mois maintenant qu'Ichigo était régulièrement assailli la nuit par des cauchemars. Parfois des visions d'horreur, parfois des images du passé qui se répétaient inlassablement dans sa tête. Finalement, son père avait fini par lui donner des somnifères afin qu'il retrouve son énergie et puisse se reposer en paix. Le traitement semblait bien marcher, il n'avait eu qu'un seul cauchemar depuis. Bien entendu, Tatsuki était au courant. Normal puisque la jeune femme avait réussi à arraché un baiser à Ichigo durant une sorte de soirée de révision chez Ichigo, et que depuis lors, sans même avoir échanger la moindre parole, les deux amis d'enfance avaient décidé d'un commun accord tacite de passer à l'étape suivante de leur relation. Jusqu'à ce jour, ils n'étaient pas allé plus loin que s'embrasser. Parfois de simples bisous affectueux, parfois plus profondément et plus intensément, comme à l'instant.
- Merci Tatsuki, je me sens déjà mieux.
- Si mes baisers sont ta panacée, peut-être devrai-je rester avec toi ce soir ? taquina-t-elle à moitié.
- Haha, ouais, et nous serions après obligés de nous retenir mutuellement de ne pas tuer mon père avec extrême préjudice.
- Ho, si ce n'est que ça, on peut le tuer avant. Comme ça, aucun risque qu'il vienne nous déranger.
Ichigo ricana, admettant que l'idée n'était pas mauvaise, mais une image du rêve lui revint en tête et il secoua la tête, essayant de la chasser.
- Ichigo ?
Le jeune homme sentit sans même la regarder le poids de son inquiétude dans son regard.
- Tatsuki, je ne veux pas te mentir. Le rêve de cette nuit… et bien… c'était plutôt un rêve… osé… balbutia-t-il, ne sachant pas trop comment aborder le sujet.
- Tu veux dire un rêve érotique ? le taquina-t-elle encore à moitié.
- Peut-être même encore un peu plus que ça, admit-il en devenant un peu rouge et en détournant le regard pour cacher sa timidité du sujet.
- Hooo… Je me demandais quand tu allais aborder ce sujet à vrai dire. La plupart des mecs ne pense qu'à ça quand ils ont une petite amie, d'après la rumeur.
- Ouais, hé bien je suis pas la plupart des mecs. Le problème, c'est que la… la fille, ou la femme, qui était là… Hé bien, je ne sais pas qui c'était.
Tatsuki recula de quelques centimètres en fronçant les sourcils.
- Ce rêve, comme je te l'ai dit, c'était le même type de rêve que les autres, où j'étais incapable de bouger ou de faire quoi que ce soit, mais où je ressentais parfaitement tout ce qui m'entourait. Mais la femme qui était sur moi, je ne sais vraiment pas de qui il s'agissait… Je veux dire que je n'ai même pas vu correctement son visage, tout était flou quand je tentais de regarder vers elle. J'ai essayé d'imaginer qu'il s'agissait de toi, mais la silhouette ne correspondait pas vraiment… Alors j'ai essayé d'imaginer d'autres personnes… Mais en vain, aucune des filles ou des femmes que je connais ne correspond à l'image que j'ai eu de cette femme… et ça me fait peur.
Tatsuki ressentait un pointe de colère et de jalousie lorsqu'Ichigo avoua avoir essayé d'imaginer d'autres femmes qu'elle mais cela ne dura pas longtemps car au final le rêve avait vraiment plus perturbé Ichigo que l'excité.
- J'ai l'impression que quelque chose va arriver bientôt, Tatsuki, et je… je ne sais pas… J'ai peur de ne pas pouvoir te protéger…
- Chuuuut, fit-elle alors en posant son doigt sur sa bouche. Ichigo, je ne voulais pas te le dire au départ mais j'ai parlé à Ishida-san de tes cauchemars, pensant qu'il pouvait s'agir d'une sorte de ruse ou d'attaque mentale venant d'un Hollow. Ishida-san a surveillé ta maison la nuit pendant toute la semaine dernière ou presque et jamais il n'a relevé quoi que ce soit d'anormal ni autour de chez toi ni chez toi, même lorsque tu as un cauchemar.
- Ho.
- Ensuite, il m'a dit que tes cauchemars… Hé bien, ils pourraient bien être une sorte de suite logique de ton passé en tant que Shinigami. Un syndrome post-traumatique. Le temps est le seul remède, selon lui. C'est une sorte de…
- … Une maladie mentale qui frappe les personnes ayant été exposées à des événements particulièrement terribles, angoissants et terrifiants, généralement les victimes de guerre ou d'attentat terroriste… ce qui est tout à fait mon cas, si on réfléchit bien.
- Moi aussi j'ai fait des cauchemars, Ichigo… surtout à propos de cet être qui a tenté de nous tuer, cet homme en blanc…
- Aizen.
- Ouais, cet enfoiré. Encore une fois, on est dans la même galère tous les deux. En fait, d'après moi, ce n'est qu'aujourd'hui que tu commences à "évacuer" le stress de toute cette guerre, comme si…
Elle n'osa pas finir sa phrase mais Ichigo avait compris où elle voulait en venir et la termina pour elle.
- Comme si mon esprit avait enfin vraiment décidé de tourner la page sur le passé, et qu'une partie de moi essaye encore de s'y raccrocher. Tu devrais faire philosophie plutôt qu'économie, Tatsuki.
- Non merci, je préfère rester sur mon choix actuel.
Ichigo se tut quelques instants et elle devina qu'il analysait leur conversation.
- Stress post-traumatique, cela pourra fortement être le cas. En tout cas, cela en a tous les symptômes… sauf en ce qui concerne mon dernier rêve.
- Pour ça aussi, j'ai une théorie.
- Huh ?
- Ton imagination, Ichigo, juste ton imagination. Cette femme devait probablement être ton "image parfaite de l'idéal féminin". Décris-moi comment elle était et ce qu'elle faisait.
- Heu… balbutia Ichigo en devenant soudainement rouge comme un pivoine, chose rare le concernant. Non… En tout cas, certainement pas ici, en… Trop public.
- Tu crois que ça me dérange ? Ce n'est pas comme si nous allions faire la chose là, maintenant.
Un grand sourire sadique sur les lèvres, Tatsuki lui prit les deux bras par les poignets et le força à s'écarter du troc d'arbre à lequel il était adossé. Ichigo et elle luttèrent quelques instants mais Tatsuki était beaucoup plus technique dans ce domaine que lui et parvint à ses fins, d'autant plus que sa position de départ lui conférait l'avantage. Finalement, Ichigo bascula sur le dos et Tatsuki le chevaucha, retenant ses bras par les poignets qu'elle lui cloua de part et d'autre de son visage.
Brusquement l'image lui revint à l'esprit mais avec une meilleure clarté et il se figea. Avec le reflet du soleil filtrant au travers des feuilles de l'arbre au dessus d'eux et dissimulant partiellement le visage de Tatsuki dans son ombre, elle était devenue une sorte de réplique presque exacte de la femme dans son rêve, le dominant sauvagement dans cette position. Bon, les seins ne correspondaient pas encore et les cheveux non plus mais en imaginant Tatsuki nue et les cheveux en bataille… "Clic".
- Tiens, tiens, Monsieur est excité à ce que je sens, taquina-t-elle au-dessus de lui.
- Je crois que tu avais raison, Tatsuki.
- Hmm ?
- A propos de l'idéal féminin. Et… juste là, à l'instant, tu… Hé bien…
Tatsuki se pencha vers lui en l'écrasant un peu plus.
- Je lui ressemble un peu ? demanda-t-elle d'une voix à la fois pleine d'espoir et de certitude.
- Plutôt à 80-85% environ.
- Comment ça ? fit-elle en se redressant, imitant sans le savoir le même mouvement que la femme de son rêve.
Ichigo était pratiquement sûr que s'il tournait la tête elle lui aurait attrapé la mâchoire pour le forcer à la regarder.
- Hé bien… elle était… nue…
Rouge comme une pivoine à son tour, Tatsuki se redressa brusquement sur son séant et lui écrasa son poing dans le ventre, mettant un terme aux ressemblances avec son rêve, ce qui le soulagea un peu.
- Aouf… Hé, ça fait mal ! protesta-t-il alors qu'elle se relevait précipitamment. A quoi tu joues au juste ? D'abord tu…
- Ichigo ! l'interrompit-elle sans le regarder, tout en récupérant ses affaires de cours. Ce soir, après les cours… Je rentre avec toi.
Elle le regarda d'un œil par-dessus son épaule et il y vit une lueur étrange qu'il n'y avait encore jamais vu. Tatsuki n'était pas en colère comme il le pensait, mais plutôt à la fois surexcitée et timide. Et avant qu'il puisse répondre, elle s'éloigna vers l'entrée du bâtiment.
- Hé, attends, pourquoi tu t'en vas là ?
La réponse lui vint lorsque la cloche du lycée sonna 13 heures pile.
- Merde, j'vais être en retard !
Il n'avait pas vu le temps passer.
