Karakura Town

48 heures après leur arrivée, Soi Fon avait encore du mal à s'adapter au style de maison et de bâtiment de la ville, se perdant souvent lorsqu'elle n'y faisait pas attention. Revenir à Urahara Shoten n'était pas un problème, il lui suffisait de repérer le reiatsu de ses occupants habituels, notamment Tessai. Mais aller faire une simple course dans le centre-ville et elle était complètement perdue. Les panneaux indicateurs n'avaient absolument rien de précis pour elle, donnant toujours une direction vague et au moindre tournant elle se retrouvait hors du chemin de sa destination. Pire encore, les gens qu'elle croisait, ces humains qu'elle était sensée protéger, ne répondait à aucune de ces questions, ou lui disait vulgairement d'aller voir ailleurs. Pour sûr, en l'espace d'une heure à demander sa route elle avait appris plus de vocabulaire grossier qu'autre chose.

D'un autre côté, elle ne comprenait pas trop pourquoi les gens l'évitaient. Certaines mères de famille faisaient même traverser la rue à leurs enfants en l'apercevant. Se regardant dans la glace, elle se demanda si cela avait à voir avec les vêtements qu'elle portait. Certes, ils ne ressemblaient pas vraiment aux autres mais pour ce qu'elle avait pu voir, tout le monde portait des vêtements différents de son voisin. Peut-être était-ce une question de clan ? Il y avait peut-être des signes distinctif sur ces vêtements que ces yeux ne parvenaient pas à reconnaître et qu'elle devait s'adresser à ceux qui portaient des vêtements semblables aux siens ?

S'inspectant plus précisément dans la glace, elle compara ses vêtements aux autres passants. Pantalons de jean bleu retenus par une large ceinture de cuir, baskets souples noires à ses pieds, un t-shirt bleu marine avec des inscriptions dessus et une veste de cuir noire que Tessai lui avait assuré qu'elle lui allait très bien. Elle devait bien l'avouer, ces vêtements étaient confortables et même si le pantalon la dérangeait un peu à cause du tissu plus épais et plus lourd, celui-ci restait suffisamment souple pour qu'elle bouge sans être entravée. Finalement comme seuls "accessoires", éléments indispensables pour être bien intégré selon Tessai, elle avait une courte chaîne métallique attaché à sa ceinture faisant une petite boucle, élément plus décoratif et bruyant à ses yeux qu'autre chose, et elle portait des gants de cuir sans doigts de la même couleur que la veste et avec des tête de mort dessus.

- Héhé, mais que vois-je ? T'es nouvelle dans le quartier, ma jolie ?

Soi Fon se tourna vers son interlocuteur et vit trois jeunes hommes, probablement entre 16 et 20 ans, habillés de manière similaire qu'elle.

Coup de chance. Ils ne semblent pas très portés sur la politesse non plus en revanche… Je vais faire comme eux, pour voir.

- Effectivement. Mon hôte m'a demandé d'aller lui faire quelques courses lorsque je suis sortie pour visiter la ville, mais j'avoue m'être un peu perdue. Pourriez-vous m'indiquer mon chemin ?

- Ho, mais pas de problème, ma poupée, fit le même qui s'était adressé à elle. Il te faut quoi ?

- Hé bien j'ai une liste, fit-elle en sortant de sa poche le bout de papier confié par Tessai.

Mais peu habitué aux poches serrées de son jean, elle sortit en même temps la liasse de billets qu'il lui avait donné pour acheter, précisant qu'il s'agissait de la monnaie du monde des vivants. Bien entendu, les 3 loubards repérèrent la liasse en un éclair et leurs sourire s'élargir d'autant. Vu sa carrure et sa posture, ils étaient tombés sur une proie facile qui s'était habillés en loup. Le chef prit la liste tendue et la lut rapidement. N'y voyant que des ingrédients pour un repas, il ricana sous cape et se la fourra dans la poche.

- Pas de problème, ma jolie, viens avec nous, on va t'emmener là où tu pourras acheter tout ça.

- Vraiment ? Merci beaucoup. Je vous suis.

Dix minutes plus tard, les trois loubards gisaient dans une allée, tous avec des dents en moins. Un seul était encore conscient et blotti contre le mur, se tenant les côtes douloureusement et regardait avec incrédulité la jeune chinoise.

Rien qu'à leur comportement, il est clair que je suis tombé sur l'équivalent des bandits de l'époque. Comme si je les avais pas senti venir… "ma jolie", franchement…

- Bon, vu que j'ai maintenant toute ton attention, contrairement aux billets dans ma poche, puis-je savoir vraiment où trouver ce qu'il y avait sur ma liste ? D'ailleurs, rends-la-moi.

Cinq minutes plus tard, elle se retrouva devant un magasin ouvert 24h/24 et vit au travers de la glace certains des éléments marqués sur la liste. Elle entra – après une petite hésitation –, prit un panier en imitant les autres clients, et marcha lentement parmi les rayons, clairement impressionné par les étalages lumineux et consciente que quelques regards se portaient sur elle. S'approchant du rayon "viande", elle recula d'un pas en constatant que la température était anormalement plus basse. Constatant qu'il s'agissait d'une machine à faire du froid, elle se pencha et toucha du bout du doigt le bord givré.

Impressionnant. Ils savent comment faire du froid avec des machines. Je me demande comment ça marche ? Il serait utile d'avoir ce genre de machine les jours où il fait très chaud.

Se rappelant sa liste de course, elle mit l'idée dans un coin de sa tête et parcourut du regard la liste et les produits présentés.

Il y avait encore cent ans, la viande était directement coupée sous vos yeux sur un étalage pas toujours propre, la viande ne sentait généralement pas très bon et le commerçant vous faisait payer dans la foulée. Elle savait qu'il en était toujours de même au Rukongai. Dans le cas du Seireitei, vu que les repas étaient préparés dans les cuisines, la situation était encore différente. Ici, la viande était correctement emballée dans une sorte de barquette blanche et entourée d'une toile transparente. Elle était bien rouge et appétissante, il n'y avait pas la moindre mouche qui gravitait autour, et des étiquettes nommaient chaque partie de la viande avec précision.

Elle trouva ce qu'elle cherchait et tendit la main pour la prendre lorsqu'une autre main, plus petite, s'abaissa en même temps. Surprise, Soi Fon se redressa en lâchant la barquette, voyant le regard étonné de l'autre cliente.

- Pardon. Allez-y, servez-vous, fit-elle.

- Non, non, je vous ai vu chercher avec intérêt, il est clair que vous n'avez pas l'habitude. Prenez-le, je peux acheter autre chose, lui répondit-elle avec un sourire franc.

- Yuzu, j'ai pris le riz comme tu me l'avais demandé, tu penses que tu en auras assez ?

Entendre cette voix la figea sur place et elle écarquilla les yeux de surprise, manquant même de laisser tomber son panier vide et la barquette de viande dans sa main. La jeune fille avec qui elle parlait se décala pour voir son grand frère arrivé en portant deux sacs d'un kilo chacun de riz.

- Parfait, Ichi-nii, répondit-elle avec un grand sourire, heureuse que son frère l'accompagne pour une fois faire les courses.

Mais elle vit alors Ichigo se figer lorsque son regard tomba sur la femme habillée en punk et que celle-ci se retourna lentement pour le regarder à son tour.

- Tu… Tu es une…

Soi Fon lui fit face complètement et se pencha naturellement en avant pour le saluer. Ichigo en fit de même et poussa un petit jappement de surprise en claquant des doigts.

- Soi Fon… Taichou, n'est-ce pas ?

- Hai. C'est un hasard de vous revoir, Kurosaki Ichigo.

- Ichi-nii, vous vous connaissez ? demanda sa sœur.

- Haa, oui, c'est… C'est une amie. Une amie que je n'avais pas revu depuis longtemps.

- Hooo, alors il faut fêter ça ! Les retrouvailles par hasard, c'est rare ! Je sais, ce soir, vous venez manger avec nous. Puisque papa est encore parti dieu sait où, ça nous changera de l'habitude.

- Yuzu, je ne crois pas…

- J'accepte l'invitation, fit Soi Fon sans même s'en rendre compte, avant d'écarquiller les yeux et de détourner son visage.

MAIS… ! MAIS… ! POURQUOI ?

- Alors c'est décidé, décréta Yuzu en prenant une part de viande de plus et en repartant vers les autres rayons pour continuer ses courses.

Soi Fon entendit Ichigo soupirer et s'approcher.

- Bon, bin… Je sais que ça va paraître un peu étrange mais Yuzu ne sait rien de mon passé de Shinigami donc je ne peux pas décemment vous appeler…

- Soi Fon-Taichou comme tout le monde, Kurosaki-san, trancha-t-elle en reprenant le contrôle de ses émotions.

Dans sa tête, Suzumebachi était en train de faire une véritable danse de la victoire.

- Si elle vient à te poser des questions, vous n'avez qu'à lui dire que je vous ai eu comme kôhai à un moment où vous avez voulu essayer le kendo… et que j'étais la capitaine de l'équipe du lycée. Si mes informations sont exactes, cela me met dans une position un peu similaire à l'une de vos amies.

Elle lui adressa un petite sourire hautain et lui indiqua d'un hochement de tête de suivre son plan et de reprendre les courses.

Lorsque Yuzu paya pour les provisions, Soi fon insista pour payer une partie de la note et sortit la liasse de billet que lui avait donné Tessai. Hélas pour elle, elle découvrit alors les deux bras croisés de la jeune fille devant elle avec un regard ferme et intransigeant.

- Faire payer une invité, pas question !

Le commerçant ricana légèrement et tendit les sacs vers elle.

- Abandonnez l'idée. Le jour où vous arriverez à la faire changer d'avis n'est pas prêt d'arriver.

Ichigo ramassa tous les sacs et sortit en premier, baissant la tête d'un air gêné. Yuzu le suivit mais Soi Fon la vit saluer tous les deux autres vendeurs avec un sourire et recevoir des réponses similaires. Apparemment, la jeune fille était connue et appréciée.

***.***

Alors qu'ils marchaient vers la demeure des Kurosaki, elle s'excusa une minute en sortant son téléphone portable et contacta Toshirou.

- Hitsugaya-Taichou à l'appareil.

- Soi Fon-Taichou. Je suis tombée sur un imprévu, ne m'attendez pas pour manger. Et faites mes excuses à Tessai pour les courses.

- Pas de problème, j'espère ?

- Nullement. Juste une rencontre imprévue… et une invitation qu'il m'aurait été difficile de refuser.

- Très bien. Je transmettrais le message.

- Merci.

Et elle raccrocha… sans savoir qu'à l'autre bout du fil, Toshirou regarda son téléphone avec surprise.

- Merci ? Un remerciement de la part de Soi Fon ?

- Toshirou ? demanda Ichigo lorsqu'elle revint à leur niveau.

Elle hocha la tête en signe d'acquiescement.

- J'ignorais que vous aviez de la famille… en fait, je ne sais pas grand-chose de vous…

- Nous sommes deux… J'ai deux sœurs, Yuzu et Karin, de fausses jumelles. Ma mère est morte quand j'étais plus jeune, il y a plus de 10 ans maintenant. Mon père… est un cas spécial. Et vous ?

- Hé bien… Je suis la dernière d'une famille nombreuse de la petite noblesse. Notre famille a toujours été au service de l'Onmitsukidou, et plus précisément de la famille Shihouin… D'une certaine manière, vous êtes vraiment mon kôhai, puisque nous avons eu le même maître, Yoruichi-sama.

- Ha, bien. Ok.

Il ne trouva rien d'autre à lui répondre. Puis elle se souvint de la question qui la taraudait depuis sa balade en ville.

- Kurosaki-san, répondez-moi franchement.

- Hum ?

- Je ressemble à quoi avec ces vêtements ?

- Heu… fit-il en s'écartant d'un pas. Ils vous vont très bien…

- La vérité, je vous prie, trancha-t-elle sans équivoque.

- Hé bien… à une punk. Soft, certes, mais punk.

- Je vois… et j'imagine qu'une "punk", comme vous semblez le dire, n'est pas une personne très…

- Non, en effet. En règle générale, la plupart des gens évite les punks.

Brusquement, Ichigo jura être capable de ressentir le reiatsu de Soi Fon… mais la sensation passa vite.

- Y… Y aurait-il un moyen… d'arranger…

Ichigo la regarda et fit un sourire en voyant son désarroi à lui poser la question.

- Virez la chaine et les gants.

Soi Fon s'exécuta dans la seconde.

- Tournez la ceinture sur le côté, pour en cacher la boucle. Et pour le t-shirt, vous le mettrez à l'envers plus tard, pour cacher les inscriptions. Même en vous connaissant si peu, je peux raisonnablement confirmer que vous auriez déjà massacré celui ou celle qui vous l'a donné si vous saviez ce qu'elles signifient.

- Vraiment ?

- Sans la moindre hésitation. Si je ne vous avais pas reconnu, ma première pensée en vous voyant aurait été que vous agressiez ma petite sœur. C'est généralement le comportement de ceux qui portent le genre de vêtements…

- Je comprends un peu mieux pourquoi tout le monde m'évitait en ville.

- Vous avez eu de la chance de ne pas vous faire arrêtez. Si votre chaîne avait été un peu plus grosse et longue que simplement décorative, je pense que vous auriez fini la nuit derrière des barreaux.

- J'ai bien compris.

- Je ne pense plus que vous risquez de vous faire arrêter maintenant, si ça peut vous rassurer. Et qui vous a donné ces…

- Tessai.

- Haaa. Je retiens. J'aurais une pensée pour lui ce soir. C'est bizarre, j'aurais juré que c'était plus du style d'Urahara-san, ce genre de blague.

- Rien ne dit qu'il ne soit pas derrière. Après tout, je l'ai fait enfermé pendant un mois entier dans une cellule de Kidou…

- Si la tor- je veux dire l'interrogatoire de Tessai vous le dévoile, n'hésitez pas à rajouter un coup de plus de ma part en guise de punition.

Soi Fon lui adressa un regard interrogateur auquel il répondit :

- Pour m'avoir fait croire qu'une punk allait agresser ma sœur dans le rayon boucherie d'un supermarché.

***.***

Karakura Town, Clinique Kurosaki

- Nous sommes de retour, Karin, et nous avons ramené une invité de plus !

Ichigo écarquilla les yeux, ne se souvenant que maintenant que Tatsuki était là ce soir !

- De plus ? Interrogea Soi Fon en retirant ses chaussures.

- Merde, je l'avais complètement oublié…

Avisant la porte de la clinique à côté de l'entrée, il l'ouvrit et poussa Soi Fon dedans.

- Hé ! Protesta-t-elle devant son attitude.

- Pardon, changez de sens votre t-shirt ici, le temps que j'explique la situation à ma…

Il ne put terminer la phrase et referma la porte, la laissant seule. Elle resta perplexe un moment puis haussa les épaules et commença à se changer.

De retour dans le hall, Ichigo refermait tout juste la porte lorsque Tatsuki sembla apparaître en face de lui par magie.

- Une autre invitée ? demanda-t-elle en levant un sourcil interrogateur.

- Je… Je crois que tu l'as vu il y a deux jours, lui murmura-t-il en s'approchant d'elle. A l'Urahara Shoten. C'est l'une des capitaines.

Comme elle n'avait vu qu'une seule femme parmi sur les 3 capitaines ce jour-là, le visage de Soi Fon lui revient vite en tête.

- Nous l'avons croisé par hasard au supermarché… Et je l'ai reconnu… et Yuzu l'a invité avant que je puisse dire non.

- Ok, inutile d'en dire plus. Attends… c'est une Shinigami, comment as-tu pu la… Ho, elle est dans un de ces fameux gigais, c'est ça ?

- Ouais. Hum… de mémoire, elle est assez stricte, appelle-la capitaine. Et pour Yuzu… l'histoire est qu'elle a été la capitaine de l'équipe de kendo du lycée, ok ?

- Ok, ça tiendra la route.

Soi Fon choisit ce moment pour sortir de la clinique, portant son manteau de cuir sous son bras. Son t-shirt inversé était uniforme et sans aucun caractère donc plus de problème de ce côté-là. La capitaine était maintenant présentable.

- Mieux, bien mieux, fit-il en la débarrassant de son manteau pour le mettre sur le portemanteau à l'entrée.

Ils se dirigèrent tous les trois vers le salon et Soi Fon vit enfin la seconde sœur d'Ichigo qui se leva en la voyant et fronça alors des sourcils.

- Ma seconde sœur, Karin, présenta Ichigo. Karin, voici Soi Fon-Taichou, une ancienne… collègue.

- Je l'avais bien senti, commenta simplement Karin en s'inclinant légèrement vers la nouvelle venue.

- Ichi-nii, emmène tes amies dans ta chambre, vous y serez plus à l'aise et je vous apporterai du thé.

- Bonne idée, merci, Yuzu. Glacé si possible, il fait chaud.

***.***

- Alors vous êtes une capitaine ? Demanda Tatsuki en entrant dans la chambre d'Ichigo et en prenant place sur le lit comme à son habitude. J'aurais quelques questions à vous poser à propos de… vous-savez-quoi.

Ichigo sortit de son armoire un coussin pour Soi Fon et s'installa sur sa chaise de bureau… avant de prendre à son tour un coussin et d'en tendre un à son amie d'enfance. Celle-ci le regarde avec un sourcil interrogateur et il désigna le sol avant de s'installer comme Soi Fon. Une fois les trois assis, la capitaine commença.

- J'ai accepté l'invitation de ce soir par la jeune sœur de Kurosaki-san car je souhaite en savoir d'avantage sur lui et sur le monde des vivants. Un échange d'informations est donc tout à fait acceptable. N'hésitez pas à poser vos questions et j'y répondrais de mon mieux.

- Ouah… Pardonnez ma franchise mais vous parlez toujours tous de cette manière ?

- Pardon ? Ma manière de parler ne serait pas correcte ?

- Ha, non, justement, elle est très correcte mais ça fait… très poli et… archaïque… surtout pour quelqu'un de si jeune…

Ichigo laissa échapper un ricanement et Soi Fon fronça des sourcils dans sa direction avant de détourner légèrement la tête.

- Quoi ? J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?

- Nullement, répondit Soi Fon, et vous avez totalement raison d'une certaine manière. Je suis jeune pour une Shinigami, certes, après tout, je n'ai que 142 ans.

Ichigo plaqua sa main sur la bouche de Tatsuki, ayant senti venir son cri d'incrédulité.

- Juste pour info, continua-t-il pour confirmer et préciser, Rukia a plus de 150 ans… et je sais que la plupart des Shinigamis sont plus vieux encore que ça. D'ailleurs, quel âge a le vieux ?

- Le vieux ? demanda Soi Fon en se demandant de qui il parlait.

- Le Commandant, précisa-t-il en retirant sa main de la bouche de Tatsuki.

- Yamamoto Genryûsai Shigekuni a plus de 2000 ans, il est sans conteste le plus vieux Shinigami que j'ai rencontré. Personne, à ma connaissance, ne connait son âge exact, sauf peut-être Kuchiki-Taichou. Il est le fondateur de l'Académie et c'est donc grâce à lui que les citoyens du Rukongai peuvent maintenant prétendre à devenir des Shinigamis, s'ils ont le reiatsu et les talents nécessaires. Avant l'Académie, cet enseignement n'était dispensé qu'aux nobles et aux riches marchands.

- Ho, c'est donc un grand homme… et un visionnaire, approuva Tatsuki.

- Mouais, et têtu comme une bourrique surtout, marmonna Ichigo.

Soi Fon se contenta de tousser pour lui signaler qu'elle avait entendu.

- Quant à leur façon de parler, c'est la norme, chez eux, reprit Ichigo, faisant semblant de n'avoir rien entendu. Rukia était comme ça aussi, si tu t'en rappelles. La Soul Society est un peu… arriérée niveau civilisation, si tu vois ce que je veux dire, continua-t-il en adressant un regard de défi vers la capitaine.

- Comment ça ?

- Je proteste, rétorqua Soi Fon.

- Allons, je parie qu'avant de venir ici vous aviez rarement vu des fenêtres en verre, pas vrai, Soi Fon-Taichou ? Demanda-t-il avec un petit air condescendant.

- Hé bien… C'est que nous n'en avons pas besoin au Seireitei.

- Pas besoin n'ont plus des climatiseurs quant il fait chaud ? Vous avez du bois à revendre, donc je peux comprendre pour vos feux pour faire la cuisine, mais sérieusement, avez-vous une seule maison dans le quartier qui soient faite avec les charpentes en bois ?

- C'est juste une question d'architecture… Et puis je n'étais même pas encore née que les murs du Seireitei étaient déjà dressés… On ne va pas forcément détruire nos bâtiments juste parce qu'ils sont vieux, non ?

Soi Fon se rendit compte qu'elle tentait de justifier quelque chose qui ne dépendait pas d'elle et ne savait donc pas trop comment réagir. Jamais personne ne l'avait confronté sur ce genre de question purement matérialiste.

- Vous inquiétez pas, Soi Fon-Taichou, je vous fais courir, tout comme je le faisais avec Rukia, rigola Ichigo.

Comprenant qu'il se moquait d'elle, Soi Fon se calma et fronça les sourcils en croisant les bras. Comprenant qu'il devait se rattraper, il continua :

- Mais même si les murs sont anciens, et la culture un peu rétro, ils sont remarquablement doués pour l'entretenir donc ça a un certain cachet.

- Hoo.

- Je dois avouer que technologiquement le monde des humains semble nous avoir rattrapé et même dépassé dans certains domaines, avoua Soi Fon. Mais gardez en tête que, pour ce que j'en sais, ce monde a connu une véritable évolution ce dernier siècle. De notre côté, la 12ème Division a été la plus à même de suivre cette évolution, mais cela entre dans ses attributions, après tout.

- Ha, voilà ce que je veux savoir, fit Tatsuki en se penchant en avant.

- Pardon ?

- Ichigo évite le sujet presque comme la peste, ce que je peux comprendre, vu ce qu'il a vécu, mais moi je meurs d'envie d'en savoir d'avantage. Comment sont organisés les Shinigamis ? Et cette Soul Society, a-t-elle un lien avec nos religions ? Y'a-t-il un Dieu, ou un chef, qui vous commande tous ? Vous avez parlé de Rukongai et de Seireitei et j'ai compris qu'il s'agissait de lieux, mais de quels lieux s'agit-il ?

- Cela fait beaucoup de questions… Si Kurosaki-san était réticent à y répondre… ?

- Na, c'est bon, vous pouvez y aller, fit Ichigo en se reculant un peu. Je ne suis pas douée pour expliquer tout ça, et vous en savez surement plus que moi.

- Très bien alors.

Tatsuki avait littéralement des étoiles dans les yeux, sa curiosité allait enfin être épanchée.

- Par où commencez… ?

Elle ne se lança pas de suite en fait car Yuzu tapa sur la porte et entra, apportant des verres de thé glacé. Lorsqu'elle fut partie, la capitaine goutta le thé et écarquilla des yeux.

- Mais c'est délicieux…

- C'est juste du thé glacé… Ho, c'est vrai, vous n'avez pas de glace chez vous donc…

- Décidément, les inventions des humains sont sidérantes…

- Demandez à la 12ème Division de vous faire des congélateurs, proposa Ichigo.

Soi Fon le regarda avec de grand yeux surpris.

- Je ne dis pas que vous êtes obligés de tout changer d'un seul coup mais quelques améliorations par-ci et par-là peuvent s'avérer utiles, non ? Si ça se trouve, les gars de la 12ème gardent plein de choses secrètes juste pour eux… Ce serait bien du genre de ce taré qu'ils ont comme capitaine, continua-t-il en songeant à Kurotsuchi Mayuri.

On frappa de nouveau à la porte et ce fut Karin cette fois qui entra.

- Pardon de m'immiscer mais je crois que vous allez parler de… Et le sujet m'intéresse également.

Soi Fon et Tatsuki regardèrent Ichigo et celui-ci poussa un soupir.

- Bah, cela devait bien arriver un jour ou l'autre.

Il se leva et ouvrit son placard pour prendre un coussin de plus. Karin s'installa à gauche de Tatsuki et les deux tournèrent leurs regards vers la Shinigami. Celle-ci ferma les yeux et se prépara mentalement à raconter son histoire.

Lorsque Yuzu annonça que le repas était prêt, Soi Fon fit une pause et confirma qu'elle continuerait après le repas. En une heure seulement, Tatsuki et Karin avaient déjà apprit bien plus de choses qu'Ichigo ne leur avait dit en deux ans – et lui-même en apprit aussi car il n'était pas autant au courant que Soi Fon de certains détails, même si la capitaine se garda bien de divulguer la moindre information sensible –, mais aucune des deux ne lui firent de reproche d'avoir garder son expérience pour lui, comprenant que cela lui était douloureux d'en parler. Ichigo remercia d'ailleurs Soi Fon de pouvoir le faire à sa place et la capitaine balaya ses remerciements d'un rare sourire en répondant que c'était tout à fait naturel et que cela ne la dérangeait pas le moins du monde.

***.***

Une fois le repas terminé, Ichigo se proposa de ramener les deux invités. Tatsuki accepta mais Soi Fon déclina une fois dehors, car l'Urahara Shoten était dans l'autre direction.

- Ce fut une soirée relativement intéressante, même si au final il me semble plus avoir parlé que vous avoir écouté, fit Soi Fon avant qu'ils ne se séparent.

- Venez demain au lycée, suggéra Tatsuki. Vous pouvez facilement passer pour une étudiante étrangère.

- Excellente idée, Arisawa-san. Je ferais faire le nécessaire pour être en cours avec vous demain et jusqu'à la fin de la semaine. Cela me permettra d'en apprendre d'avantage plus facilement.

- Un dernier point, fit Ichigo en désignant Tatsuki. L'uniforme que Tatsuki porte est celui des filles pour notre lycée. Si Tessai essaie vous refiler quelque chose qui n'y ressemble pas de près, vous saurez qu'il essaie encore de se moquer de vous.

- Merci pour cette précision, Kurosaki-san. Mais croyez-moi sur parole, il ne recommencera pas à se moquer de moi de cette manière… je peux vous le garantir.

***.***

Karakura Town, lycée

- Donc en quelque sorte, ce lycée est comme l'Académie, conclut Soi Fon avant de mordre dans un des sandwichs achetés à la cafétéria du lycée.

Fidèle à sa parole, Soi fon s'était présentée le matin même comme une étudiante étrangère venant de Hong Kong et participant à un programme d'échange. Suivant un scénario préparé par Urahara depuis plusieurs années, elle n'avait eu aucun mal à diffuser quelques fausses informations destinées aux communs des mortels afin de satisfaire leur curiosité et s'intégrer rapidement sans trop de difficulté. De toute manière, d'ici la fin de la semaine elle serait de retour au Seireitei et son existence même aurait disparu de leur mémoire à tous. Sauf au petit groupe d'humains avec lequel elle se trouvait actuellement.

- Mais pour tous les humains, précisa Ichigo. Il n'y a pas vraiment de condition pour entrer, tout le monde a le droit de recevoir une éducation dans notre monde.

- Du moins, c'est le cas dans notre pays et dans la plupart des autres pays dits civilisés, poursuivit Orihime.

- Sans le moindre examen de passage ? demanda la capitaine.

- Pas pour l'éducation de base, non. Néanmoins, à la fin de l'année scolaire, nous aurons tous des examens de passage. Et pour ceux qui souhaitent poursuivre leurs études, ils peuvent s'inscrire à des concours pour entrer dans des universités. Là-bas, ils y recevront un enseignement supérieur sur des domaines bien spécifiques, déclara Uryû.

- Tels que ?

- Tout est possible, médecine, technologie, commerce, politique, histoire, langue, éducation, mathématique, science, biologie, et bien d'autres encore, répondit le Quincy.

- C'est un peu comme une postulation pour une division bien précise du Gotei 13, aida Ichigo. Ceux qui semblent doué pour les soins iront à la 4ème Division, ceux pour le combat à l'épée à la 11ème, etc.

- Ceux qui ne souhaitent pas entrer dans ces universités n'ont pas d'autre choix que de trouver un travail, continua Orihime. Et certains souhaitent entrer dans des universités bien précises mais n'ont pas encore le niveau requis, ils deviennent alors ce qu'on appelle de Ronins, des étudiants sans universités. Ils étudient seuls ou en groupe, souvent avec l'aide de professeurs particuliers, et s'inscrivent dans des écoles préparatoires. Là-bas, ils passent régulièrement des examens pour confirmer leur niveau actuel et lorsqu'ils ont atteint leurs objectifs, ils retentent les concours d'université en fin d'année.

Soi Fon hocha la tête tout en mangeant délicatement, assimilant les informations apportées en même temps que la nourriture. De tout le groupe, Ichigo, Orihime, Tatsuki et Uryû étaient ceux dont elle était le plus à l'aise. Chad était incroyablement stoïque et silencieux, mais confirmait certains dire d'un hochement de tête. Keigo et Mizuiro étaient sans cesse en train de discuter de tout et de rien, surtout le premier, l'autre ne faisait qu'écouter et répondre par moment. Chizuru avait instinctivement senti en elle un prédateur de la catégorie supérieure et l'avait donc laissé tranquille. Kuneida Ryou était la seule du groupe à être un peu à part, présente par habitude autour de Keigo depuis quelque temps, et une bonne amie de Tatsuki et d'Orihime, mais sans plus.

- Je vois. Donc votre vie de tous les jours se résume à étudier ici pour votre futur, résuma Soi Fon.

- En grande partie, mais certains d'entre nous ont aussi déjà des petits boulots après les cours, histoire de se faire un peu d'argent de poche, ajouta Tatsuki.

La capitaine hocha la tête en signe de compréhension et prit la brique de jus d'orange qu'elle avait acheté, mais comme Rukia avant elle, elle ne trouva pas comment l'ouvrir. Habitué par le passé avec Rukia, Ichigo prit une autre brique et lui montra comment la percer avec la paille.

- Et quel genre de travail avez-vous ?

- Heu…joker, fit Ichigo en détournant la tête.

- Ichigo n'a pas vraiment de travail fixe, il aide la plupart des clubs de sport du lycée, ironisa Keigo. Chaque semaine, il transforme la salle de classe en une véritable salle d'enchère, où les différents clubs proposent un tarif pour ses services. Vous pourrez le voir en action cet après midi, vers 15h.

- Keigo…

Pendant qu'Ichigo infligeait une juste correction à son ami, Orihime reprit derrière lui.

- Moi, je travaille dans une boulangerie pâtisserie. J'ai souvent quelques restes que je distribue.

- Je suis des cours du soir pour devenir médecin, fit Uryû. Je souhaite devenir chirurgien.

- Chad est dans un groupe de musique, fit Tatsuki pour son ami peu causant, et moi je supervise le club de karaté du lycée.

- Karaté ? Ha, cette forme simplifiée du Hakuda… J'ai croisé hier trois individus qui se sont prétendus des praticiens de cette technique lorsque j'ai résisté à leur tentative d'agression… Je dois dire que j'ai été assez déçue par leurs performances. Cette technique n'a pas grand-chose d'extraordinaire.

Ichigo sentit instinctivement la moutarde montée au nez de sa petite amie, même si le visage de celle-ci ne laissait rien transparaître.

- Vraiment ? Fit-elle d'un ton mielleux. Et bien permettez-moi de vous convaincre du contraire, Soi Fon-Taichou. Je vous invite cet après-midi, après les cours, à venir participer à un de mes entrainements, si vous pensez pouvoir suivre mon rythme.

- Heu, Tatsuki, ce n'est pas…

- J'accepte votre proposition, Arisawa-san. J'ai hâte de voir à quoi ressemble vraiment ce "karaté".

Ichigo comprit au regard et au sourire de Soi Fon qu'elle avait volontairement cherché Tatsuki à l'inviter. Mais Tatsuki n'était pas dupe non plus.

- J'en profiterai pour vous montrer quelques trucs de Vale Tudo que je pratique également. En échange, vous me montrerez à quoi ressemble ce Hakuda dont vous parlez.

- Houya, souffla Keigo, sentant déjà le massacre à venir.

- En revanche, afin que les choses soit bien claires, vous ne devrez pas quitter votre gigai.

- Humm, donc pas de Shino ni de Kidou, bien évidement, j'en serais réduite aux techniques de base, songea Soi Fon. Cela me convient.

- Hum, Soi Fon-Taichou, vous savez qu'un gigai, aussi parfaits soit-il, n'est pas adapté pour le combat ? Demanda Ichigo. Sans vouloir vous vexer, je doute qu'un gigai puisse supporter quelques coups d'une experte comme Tatsuki en combat corps-à-corps.

- Nous verrons bien, Kurosaki-san, nous verrons bien.

***.***

Karakura Town, Club de karaté du lycée

Durant tout l'entrainement de karaté, Soi Fon resta simple spectatrice, observant attentivement les élèves s'entrainer. Depuis leur préparation physique jusqu'au duel d'entrainement. Tatsuki lui proposa de participer mais Soi Fon refusa et précisa que c'était inutile dans son cas. Cela vexa d'avantage la jeune fille mais Soi Fon la laissa s'énerver sans donner d'avantage d'explications. Car la vérité était qu'effectivement l'entrainement physique était inutile pour Soi Fon dans son gigai.

Pourquoi étant elle-même dans un gigai, ses propres capacités physiques ne pourraient pas être augmentées via un entrainement ? La réponse est simple : les gigais n'étaient pas conçus pour cela, leur but premier était de capter le reiatsu ambiant et de le concentrer pour le réinjecter dans l'âme dont il était l'hôte. Conçus à partir de muscles artificiels, les gigais étaient capables de reproduire la quasi-totalité des mouvements humains normaux mais aucune forme d'évolution n'était possible. Un gigai était une machine, pas un vrai corps naturel capable de mémoriser et d'évoluer. Plus encore, les gigais classiques comme le sien avaient tous un défaut : il fallait régulièrement avaler un produit nommé "Soul Fixer" servant à maintenir l'âme du Shinigami dans le gigai. Sans utiliser ce produit, le gigai finissait par se détériorer à cause des échanges de reiatsu avec le Shinigami et à ne plus pouvoir le contenir et jouer son rôle premier, à savoir, restaurer le reiatsu perdu au cours d'un combat. Et l'un des effets secondaires de ce produit était d'augmenter la synchronisation gigai-shinigami, rendant toute séparation entre les deux particulièrement douloureux. Dans le cas présent de Soi Fon, elle ne portait pas le gigai pour régénérer son reiatsu mais pour pouvoir interagir avec le monde des humains, il n'y avait donc presque pas d'échange d'énergie et Soi Fon n'avait donc pas besoin de prendre trop de Soul Fixer. Mais en conséquence, toute forme d'entrainement tant qu'elle restait dans ce faux corps était donc inutile et même contreproductif.

Bien entendu, Tatsuki ignorait cela et Soi Fon le savait parfaitement. Néanmoins, la capitaine ne voyait pas sa situation comme un handicap. En effet, après avoir observé les karatékas pendant quelques minutes seulement, elle repéra vite les défauts et les avantages de leur art martial et put se faire une idée générale de leur niveau. Ils étaient effectivement meilleurs que les trois voyous qu'elle avait rencontré le jour précédent, mais cela restait bien en dessous de ses propres capacités, avec ou sans gigai. Elle nota toutefois que Tatsuki se distinguait clairement du lot, aussi bien techniquement que physiquement. La jeune athlète était une excellente combattante… pour une humaine. Et point particulier en sa faveur, elle commençait à développer un certain reiatsu, même si elle était encore loin de savoir s'en servir.

Après environ une heure d'entrainement, la séance se tourna vers les combats et la mise en pratique de techniques plus avancées et Tatsuki en profita pour se rapprocher de Soi Fon. Ichigo était lui aussi venu en simple spectateur, de même qu'Orihime, Ishida et Chad. Tous étaient curieux de voir le niveau de Soi Fon.

- Il me semble que l'heure est venue, Soi Fon-Taichou.

- En effet.

Le capitaine se leva et avança sur le tatami, les pieds nus. Voyant que leur "star" avait une adversaire qu'ils n'avaient encore jamais vu, les autres membres du club dégagèrent la place et se mirent à genoux formellement et en ligne. Le manager du club se présenta et se proposa pour servir d'arbitre, les deux femmes acceptèrent.

- Avant que nous commencions, je tiens à préciser que mon adversaire a sa propre technique martiale, le Hakuda il me semble, fit Tatsuki à voix haute.

- Ha, fit l'arbitre en se tournant vers Soi Fon. Je ne connais pas cet art, les règles d'engagement sont-elles les mêmes que pour le Karaté ?

- Non. Le Hakuda est une technique plus… ancienne, et moins limité que la Karaté. Tous les coups sont permis.

Il y eut un léger murmure d'appréhension parmi les membres du club.

- Quand vous dites que tous les coups sont permis, vous voulez dire que…

- Les coups de coude, de genoux, de tête aussi, sont autorisés. Il n'y a pas de zone interdite de frappe. L'adversaire est un ennemi qui doit être neutralisé dans les délais les plus brefs avec un maximum d'efficacité et de rapidité. Ma technique est donc beaucoup plus… violente que l'art martial que vous pratiquez, j'en conviens.

L'arbitre sentit une goutte de sueur lui couler le long du dos et se tourna vers Tatsuki en désignant Soi Fon du doigt, une expression bizarre sur le visage, mélange d'inquiétude et de question.

- Je sais à quoi je m'expose, Arima-san, fit Tatsuki et faisant craquer ses doigts.

- Est-ce que tu…

- Pour ma part, les premiers rounds seront purement karaté. Mais je tiens à lui faire gouter un peu de Vale Tudo à un moment ou un autre.

Il sembla hésiter mais céda devant la détermination de la star du club.

- Ok, donc un combat libre. Toutefois, je ne souhaite pas voir ce tatami se transformer en une marre de sang, donc pas de coup aux yeux ni volontairement dangereux. Si cela dépasse ma tolérance, j'interviendrai pour vous séparer, est-ce clair ?

- Arisawa-san n'est pas mon ennemie, je ne me bats donc pas pour la tuer, fit Soi Fon en haussant les épaules, sans se rendre compte que son commentaire était quelque peu déplacé dans le monde des mortels.

Elle nota néanmoins le regard désapprobateur de leur arbitre et soupira.

- Pas de problème pour moi. Je me plierai à votre décision.

- De même, annonça Tatsuki.

Il regarda les deux adversaire d'un air un peu interdit mais recula finalement d'un pas et leur ordonna de se saluer. Tatsuki effectua un traditionnel salut de karaté, son poing droit dans sa paume gauche, Soi Fon quant à elle se contenta de se pencher en avant respectueusement. Puis l'arbitre leva le bras et l'abaissa en déclarant le début du combat.

Tatsuki ne perdit pas une seule seconde, bondissant vers Soi Fon et l'engageant d'un violent coup de pied droit à la taille. Celle-ci se décala tranquillement sur le côté tout en déviant toute la force du coup, et contrattaqua d'un simple fauchage du pied gauche de son adversaire. Mais Tatsuki sauta souplement sur un seul pied par-dessus la jambe de la capitaine et enchaina d'un fouetté de sa jambe droit vers le bas. Soi Fon le bloqua simplement en mettant son pied sur la trajectoire et se servit même de la force du coup pour sauter souplement d'un bon mètre en arrière. Légèrement impressionnée par cette manœuvre, Tatsuki ne la poursuivit pas et recula même légèrement.

- Cool, commenta-t-elle.

Elle leva la main et fit signe à son adversaire d'approcher avant de se remettre en garde. Soi Fon accepta le challenge et sembla glisser en avant. levant les deux mains, elle feinta une fois, deux fois, et porta la troisième fois un coup vers la mâchoire de Tatsuki. Celle-ci fit semblant de se laisser prendre au deux feintes mais bloqua parfaitement la vraie attaque, surprenant Soi Fon à son tour, car elle contrattaqua férocement d'un coup de poing en pleine poitrine. Mais sa main ne toucha rien du tout, Soi Fon ayant déjà reculé hors de sa portée.

- Plutôt rapide pour esquiver.

- Je ne suis pas une combattante de force brute. Technique, finesse et vitesse sont mes points forts.

- Je m'en étais déjà rendue compte.

Les deux adversaires se mesurèrent encore quelques secondes du regard et reprirent leur combat. Elles échangèrent encore quelques passes sous les regards attentifs des spectateurs et il devint très vite évident à leur yeux que Soi Fon dominait effectivement le match pour le moment, sur le plan technique en tout cas. Lorsqu'elles décidèrent de faire une pause, Tatsuki avait été touché trois fois, et Soi Fon une seule, mais ce seul coup avait été en partie amortie donc n'était pas vraiment comptabilisé.

- J'espère que tu n'y es pas allé à fond, pour le moment, demanda Tatsuki en tournant légèrement sur le côté sans la perdre du regard.

- A peine à 20%, répondit Soi Fon avec un regard amusé avant de poursuivre d'un ton plus bas, afin que seul Tatsuki puisse l'entendre correctement. Dans ma condition actuelle, bien entendu. En situation normale, cela ne représenterait… vraiment pas grand-chose. Je dois avouer que ne pas pouvoir me servir de la plupart de mes techniques me limite d'avantage que je ne l'aurais cru. Et toi, reprit-elle normalement avant de répondre elle-même, je pense que tu dois être à 50 % environ.

- A peu près, ouais, confirma Tatsuki sans honte. Mais je pense avoir au moins cerné en partie comment tu te bats.

- Ho ? A t'entendre, tu sembles prête à passer aux choses sérieuses.

- Pas encore, mais au moins, sur ce round-ci, je te forcerai à passer à 80%, minimum.

Soi Fon fronça légèrement les sourcils et fit un sourire carnassier. Tatsuki avança alors rapidement et se mit à enchainer une série de coup en y allant à fond selon Ichigo. Soi Fon passa effectivement à 80% : contrairement à avant où, à chaque round, elle ne s'était servie que d'un seul membre, elle dut se servir de tous ses membres pour parer, esquiver et contrattaquer sur l'assaut furieux. Le duel se termina par une Tatsuki à terre sur le dos, le ventre et l'épaule douloureux et Soi Fon se frottant légèrement le bras gauche qui lui avait servit à encaisser les assauts de la lycéenne qu'elle n'avait pas réussi à esquiver.

- 100% contre 80%, effectivement, commenta Soi Fon. Mais bon, ce n'est pas tout à fait exact puisqu'on ne peut pas vraiment comparer des bananes et des pommes.

- Ce n'était que 100% Karaté, Soi Fon-Taichou, répondit Tatsuki en se remettant debout d'une pirouette agile.

- Vous voulez continuer ? demanda l'arbitre en s'avançant entre les deux. Ce duel a déjà duré pas mal de temps.

- C'était que la première partie, Amari-san, rétorqua Tatsuki. Je passe au Vale Tudo.

Il regarda Soi Fon qui ne répondit même pas à son regard, les yeux toujours fixés sur Tatsuki.

- Ok, concéda-t-il. Première manche à Soi Fon-dono. Début de la seconde manche.

- Elle sera beaucoup plus courte, Amari-san, précisa la lycéenne.

- C'est toi qui le dit, trancha Soi Fon. Je peux m'arranger pour que tu ne te relèves pas, si tu veux.

- Ne te retiens pas, Soi-Fon-Taichou, mais juste avant que nous commencions, j'espère que tu n'as rien contre les prises au sol ?

- Si tu veux parler des immobilisations, des étranglements, des clés et de ces autres petites joyeusetés du même genre, vas-y, tu es la bienvenue pour essayer.

- Tu m'en vois rassurer, souffla Tatsuki en prenant une position plus basse.

Sans en dire d'avantage, Tatsuki bondit comme un serpent sur Soi Fon et balança sa jambe en un fouetté très différent de ses premiers coups. Bien qu'un peu surprise par la différence de posture, Soi Fon esquiva sans problème l'attaque et se prépara à contrattaquer plus vicieusement qu'elle ne l'avait fait depuis le début. Sa main fila comme un cobra vers l'intérieur de l'épaule, visant l'articulation. Mais Tatsuki referma l'ouverture volontaire tel un piège et agrippa le poignet de la Shinigami tout en se collant d'avantage à elle. L'instant suivant, Soi Fon se retrouva à terre, écrasée par le poids de la lycéenne et le souffle coupé par le bras musclé qui lui entourait la gorge par derrière. Sa main gauche était libre mais pas dans une position favorable pour l'aider à se dégager, et l'une de ses jambes était retenue par une clé des jambes de Tatsuki. Les coups aux yeux n'étant pas autorisés, elle chercha pendant 10 secondes un moyen de se libérer et n'en trouva aucun, autrement que par des techniques trop violentes. Le pire, c'est que Tatsuki utilisait sa main libre pour donner de petites tapes sans force sur ses côtes flottantes, signalant très clairement à tous que, si elle le voulait, elle pouvait littéralement lui exploser la poitrine sur le côté.

L'arbitre s'avança et tapa une main sur le sol, signalant la fin du round, et la victoire de Tatsuki. Celle-ci libéra sa proie et s'écarta souplement, reprenant sa place de départ. Soi Fon se releva lentement, le regard dur et sentant une sourde colère monter en elle.

- Qu'est-ce que c'était que cette technique ? Siffla-t-elle doucement.

- Vale Tudo. Littéralement "tous les coups sont permis". C'est une discipline martiale moderne, née vers la deuxième moitié du siècle dernier. On l'appelle aussi MMA, pour Mixed Martial Art. Tout comme votre Hakuda, cette technique n'a pas de limite de coups. Ho, je tiens aussi à préciser que cette technique laisse aussi une très grande part aux enchainements de lutte et de prises au sol… ce qui doit singulièrement manquer dans votre Hakuda.

- C'est une plaisanterie ? rugit Soi Fon, maintenant franchement en colère. Ce genre de technique n'est d'aucune utilité dans…

- Amari-san, je crois que Soi Fon veut que je continue ma démonstration, la coupa Tatsuki.

Furieuse, Soi Fon se mit pour la première fois en garde et écarta légèrement les pieds.

- Tu viens de gagner, mortelle, siffla-t-elle. Je vais te montrer la vraie terreur du Hakuda.

Trente minutes plus tard, Soi Fon gisait immobile au centre du tatami, incapable de bouger. Jamais elle n'aurait cru pouvoir être vaincue par une lycéenne de 18 ans seulement, et elle pesta intérieurement contre Urahara pour avoir créé des Gigais reproduisant si fidèlement les sensations physiques. Elle était même trempée de sueur. Tatsuki non plus n'était pas indemne, Soi Fon l'ayant plus d'une fois toucher à la poitrine et deux fois au visage, mais elle avait à chaque fois retournée la situation à son avantage et rayonnait debout à côté de son adversaire, heureuse d'avoir prouvé sa supériorité devant Ichigo et les membres de son club.

- Très joli combat, Soi Fon-dono, firent certains membres en s'en allant après avoir aussi félicité Tatsuki.

Ichigo s'approcha d'elles et donna une claque sur l'omoplate de sa petite amie.

- Fallait vraiment que tu gagnes, hein ? grogna-t-il avec un sourire.

- C'est pas tous les jours que je peux me mesurer à une adversaire de ma taille et de ma carrure… et d'un niveau technique assez élevé. Mais ouais, fallait que je gagne. Je le voulais et je l'ai fait.

Epuisée plus qu'elle ne l'aurait jamais cru possible, la capitaine de la 2nde Division restait allongée sur les tatamis, des sentiments qu'elle ne pensait plus ressentir un jour se mélangeant en elle tels la colère, la honte, la stupéfaction et l'envie de revanche. Mais aussi l'humilité et l'appréhension.

- J'arrive pas à le croire… Toutes ses techniques, toutes ses prises… Jamais je n'en avais entendu parlé, ni même vu autant en plus de 100 ans… Comment ?

Ichigo soupira et fit signe à Tatsuki d'aller prendre sa douche et de le laisser seul avec la Shinigami. La jeune femme accepta bonne grâce et s'éclipsa.

- Vous y pouviez pas grand-chose, Soi Fon-Taichou, commença-t-il une fois Tatsuki hors de portée d'écoute. Le Hakuda est la technique ancestrale de combat au corps à corps créée par les Shinigamis pour affronter les Hollows à la base… Des Hollows dont les corps sont généralement surdimensionnés et tellement modifiés qu'ils ne ressemblent en rien à ceux des humains, avec des griffes, des queues, des ailes, des membres étranges et j'en passe. Le Vale Tudo, c'est une technique d'humain pour affronter des humains. Et vous avez pas tort non plus, utiliser le Vale Tudo contre un Shinigami ne sert pas à grand-chose, la plupart des techniques du Hakuda étant aussi basées sur le reiatsu, non ? Dès lors, la plupart des techniques du Hakuda sont plus du genre à donner des coups et à en parer plutôt que d'agripper son adversaire et d'enchainer les clés et les immobilisations.

- J'aurais dû m'en rendre compte dès le départ, huh ? supposa Soi Fon.

- Voyez les choses du bon côté, Soi Fon-Taichou. Même en 150 ans, il vous reste encore des choses à apprendre, même dans le domaine où vous pensiez être au top.

- Vous saviez que j'allais perdre, n'est-ce pas ?

- Techniquement parlant, ouais. Mais à un moment, j'ai vraiment pensé que vous alliez libérer votre reiatsu et tous nous écraser comme des mouches.

- J'ai bien failli le faire.

Ichigo se pencha vers elle et lui tendit la main pour l'aider à se relever. Soi Fon accepta son aide de bonne grâce mais se dégagea une fois debout. Elle tituba jusqu'à son sac et sortit son tube à Gikongan dont elle en avala une. L'instant suivant, Soi Fon était debout à côté de son Gigai.

- Vous remercierez Arisawa-dono de ma part, Kurosaki-san. elle m'a ouvert les yeux sur certaines lacunes que je vais m'employer à effacer. Il est temps que je rentre.

Mais Ichigo ne lui répondit pas, ses yeux n'ayant toujours pas quitté son gigai.

- Vous êtes sûre que ça va aller ? Je peux vous raccompagner à l'Urahara Shoten si vous voulez.

- Hé, je suis…

Mais elle s'arrêta se rappelant soudainement qu'Ichigo ne pouvait plus la voir. Et en même temps qu'elle se rappela cela, une sourde et inexplicable tristesse l'envahit. Le Gigai les regarda l'un après l'autre et Ichigo comprit que Soi Fon n'était plus dans son faux corps en apercevant la boite de Soul Candy.

- Ha, oui, bien sur, fit il en se frottant la nuque, un peu perplexe. Bon, et bien à demain, Soi Fon-Taichou.

- Soi Fon-Taichou vous fait dire qu'elle rentrera seule et de ne pas vous inquiéter pour elle, fit le Gikongan en le saluant poliment. Je vais ramener ce Gigai à l'Urahara Shoten. Bonne soirée à vous.

- Bonne soirée.