Karakura Town

Ichigo rentrait seul, faisant tranquillement le chemin entre l'Urahara Shoten et la maison de sa famille. S'il n'en avait tenu qu'à lui, il serait resté auprès de Tatsuki mais Kisuke avait insisté pour qu'il retourne chez lui, prétextant qu'il avait déjà bien assez d'invités pour le moment. Bizarrement, il avait fini par faire semblant d'accepter son explication, et c'était ainsi qu'il se retrouvait de nouveau dans son corps à marcher de nuit dans les rues de sa ville.

Urahara lui avait redonné son vrai badge de Shinigami – et encaissé un coup de coude pour la forme lorsqu'Ichigo se rappela la tromperie –, Ichigo pouvait donc redevenir Shinigami en une seconde à peine avec lui, et l'ancien/nouveau capitaine de la 12ème Division lui avait donné aussi un tube de Gikongan. Kon ayant été emmené par Rukia il y a deux ans.

Rukia.

Ichigo se figea momentanément au milieu de la rue en songeant à elle. Il pouvait de nouveau la voir maintenant. Il allait très certainement recroiser son chemin dans un avenir proche. Renji, Hitsugaya, Rangiku, Ikkaku et tous les autres aussi.

Shinigami. Il était redevenu un Shinigami. La pleine implication de ce que cela allait de nouveau changer dans sa vie actuelle lui tomba dessus d'un seul coup à ce moment-là. Ichigo avait déjà décidé de ne plus le cacher à sa famille comme à ses amis. Il devait donc prévenir ses sœurs de ce qu'il lui était arrivé… Et à son père aussi, bien qu'il ne l'ait pas vu depuis presque deux semaines déjà. Où était-il donc passé, déjà ? Ha oui, une convention de médecins à l'étranger, aux Etats-Unis pour être plus précis. Il ne reviendrait pas avant la fin de la semaine, d'ailleurs.

Il se remit à marcher lentement, laissant ses pensées vagabonder. Fini le boulot à mi-temps, il allait de nouveau pouvoir s'occuper des Hollows qui allaient venir se balader en ville. Pire encore, il allait devoir trouver un travail après ses études qui lui permette de conjuguer ses deux vies… Leurs deux vies, à Tatsuki et à lui…

Woah, temps de changer de sujet. S'il pensait déjà à vivre avec elle, c'est que ces sentiments envers elle devenaient bien plus sérieux qu'il ne le pensait.

Heureusement, ses pas l'avaient fidèlement ramené chez lui et il se retrouva devant la porte presque sans s'en rendre compte. Prenant une inspiration, il sortit sa clé et déverrouilla pour entrer… Et son instinct lui hurla de s'écarter sur le côté – ce qu'il fit instantanément.

- C'EST A CETTE HEURE QUE TU OSES RENTRER, Ô MON INDIGNE DELINQUANT DE FILS ? rugit Isshin en chargeant le coude en premier lorsque la porte s'ouvrit.

Bien évidemment, le pied judicieusement placé d'Ichigo réduit à néant l'équilibre du barbu qui bascula alors en avant et se planta la tête la première dans le bitume.

- Tiens, déjà de retour ? J'aurais juré que tu ne revenais pas avant la fin de la semaine.

- Ne changes pas de sujet, ô fils ingrat ! rétorqua le patriarche en se redressant comme si de rien n'était, malgré la bouche et le nez en sang. Je t'avais dit de veiller sur tes sœurs mais au lieu de ça tu…

Isshin se figea dans sa phrase et cela inquiéta Ichigo.

- Quoi ? Il leur est arrivé quelque chose ?

Il était pourtant persuadé d'avoir distinctement perçu leur reiatsu tout à l'heure, en sortant de l'Urahara Shoten.

- Non. Mais il t'est arrivé quelque chose à toi, déclara Isshin, devenu soudainement sérieux.

Ichigo se tourna vers son père qui se releva et le dépassa sans un mot, attrapant la poignée de la porte ouverte.

- Yuzuuu ! Kariiin ! Votre père va passer un savon à votre frère indigne ! cria-t-il comme si de rien n'était. Ne nous attendez pas !

Et il referma la porte rapidement avant d'agripper le poignet de son fils. L'instant suivant, ils étaient tous les deux dans un parc vide à cette heure avancée de la soirée et il relâcha son fils un peu déboussolé.

- Woah ! Cela faisait longtemps que j'avais pas ressenti ça… balbutia Ichigo.

- Deux ans, mais t'inquiète, ça te reviendra vite. C'est comme le vélo, ça ne s'oublie jamais totalement.

- Ouais…

Les deux hommes restèrent in long moment à se regarder sans rien dire puis Isshin soupira en se passant une main dans les cheveux.

- Raaa… J'espérais que tu aurais pu tirer un trait sur cette vie-là, Ichigo, mais apparemment le destin en a voulu autrement.

- Ouais, apparemment.

- Depuis combien…

- A peine plus de 24 heures, répondit le fils, comprenant la question implicitement.

- Merde, c'est Tatsuki-chan qui va être déçue…

- Bin, pas vraiment en fait, vu qu'elle est en train de devenir une Shinigami elle aussi.

Son père en resta bouche bée, les bras ballants, à le regarder avec des yeux énormes comme s'il venait de lui dire que la terre n'était pas ronde mais carrée. Ichigo passa les dix minutes suivantes à lui résumer la situation, temps durant lequel Isshin et lui s'assirent l'un en face de l'autre sur des bancs différents du parc. Lorsqu'il eut terminé, Isshin resta un moment sans rien dire, la tête baissée, apparemment plongé dans ses pensées. Ils restèrent ainsi, en silence, durant de longues minutes.

- 'Pa ?

Le patriarche releva lentement la tête, plongeant dans le regard devenu sceptique et interrogateur de son fils.

- Désolé, Ichigo, c'est juste que… beaucoup de choses ont changé ces derniers temps. Et j'ai bien peur que la situation n'échappe à mon contrôle maintenant.

- La situation ? Quelle situation ?

- Hé bien, toi… et tes sœurs.

- Je ne vois pas en quoi Yuzu et Karin sont concernées, rétorqua Ichigo, un peu surpris.

- Elles ne l'étaient pas… jusqu'à ce que tu retrouves tes pouvoirs.

Isshin se passa la main dans sa barbe en soupirant et se redressa contre le dossier du banc.

- Bah, après tout, cela m'évite d'avoir à vous abandonner.

- Nous abandonner ? Mais de quoi est-ce que tu parles ? s'écria Ichigo en se relevant d'un bond.

- Rassis-toi, tu vas en avoir besoin, ordonna son père tout en gardant son calme. Je vais tout t'expliquer.

Ichigo obéit à contrecœur et attendit que son père commence à parler.

- Je suppose que je devrais commencer par le début. Comme tu le sais compris, je ne suis pas un mortel, je suis un Shinigami.

- Grande nouvelle.

- Pour être exact, continua Isshin sans se laisser perturber, j'étais un Shinigami jusqu'à il y a environ 50 ans… Mais pas n'importe lequel. J'étais un général, Ichigo.

- Un général ?

- Je suppose que tu connais l'ordre hiérarchique de la Soul Society et du Seireitei. Virtuellement, j'étais trois rangs AU-DESSUS de Yamamoto.

Ichigo écarquilla les yeux de stupeur.

- Avant d'affronter Aizen lors de la bataille d'il y a deux ans, je n'avais rencontré qu'une seule fois Aizen, et c'était avant même qu'il ne devienne un officier. Il venait à peine de finir ses classes et devenir un Shinigami. A l'époque, j'étais le Lieutenant de la 10ème Division. Un mois à peine après, j'étais convoqué et je quittais le Seireitei pour la Division 0, la Garde Royale. C'était il y a environ 250 ans. Une fois entré à la Garde Royale, j'ai été obligé de couper tout contact avec mes anciens collègues et je n'ai jamais su ce qu'Aizen complotait. Après être entré dans la garde, j'ai rapidement monté les échelons jusqu'à devenir Général. Et il y a 50 ans, lors d'une terrible bataille, j'ai perdu mes pouvoirs de Shinigami en utilisant la même technique que toi, l'Ultime Getsuga Tenshou. Cela n'a rien d'étonnant que nous ayons les mêmes techniques, Ichigo, car nous sommes du même sang et certains pouvoirs des Shinigamis sont héréditaires. Mais là où mon Getsuga Tenshou est une technique que j'ai dû moi-même développé à la sueur de mon front avec l'aide d'Engetsu, mon Zanpakuto, toi tu l'as acquise naturellement avec le tien… et peut-être que tu développeras toi-même ta propre technique un jour, que tu la transmettras ensuite à tes enfants…

- Ouais, dans tes rêves…

Isshin se contenta de sourire à cette remarque.

- Une fois mes pouvoirs perdus, je fus naturellement démis de mes fonctions. J'ai demandé à être exilé sur terre et c'est là que j'ai fait la connaissance d'Urahara, par l'intermédiaire d'une de mes anciennes connaissances de la Garde Royale qui m'indiqua où le trouver. Urahara me procura un Gigai spécial et à partir de là, tu connais le reste de mon histoire, à peu de choses près. J'ai rencontré ta mère il y a 25 ans environ, j'enseignais la médecine à l'époque et elle fut l'une de mes étudiantes. 5 ans plus tard, nous nous marions et, deux ans après, tu es né.

Le patriarche marqua une pause, car là s'arrêtait les souvenirs plaisants et commençait les véritables explications.

- J'ai commencé à retrouver mes pouvoirs juste après la mort de Masaki, mais mon reiatsu n'est pas redevenu ce qu'il était auparavant. Il m'a fallu du temps pour être à nouveau capable de performer comme un Shinigami, beaucoup de temps. De ce côté-là, tu sembles avoir été chanceux… mais cela est peut-être aussi dû à ta condition. Tu es spécial, Ichigo, tu le sais, et tes sœurs le sont aussi car vous êtes tous les trois mes enfants et ceux de Masaki… les enfants d'une humaine et d'un ancien général de la Garde Royale.

- Maman savait-elle que…

- Bien sur que non. Pas à l'époque où je l'ai épousé en tout cas. Je lui ai révélé la vérité lorsque tu as commencé à voir les Plus, vers tes 3 ans. Elle l'a très bien accepté. Je lui ai dit que tu aurais une vie spéciale, sa réponse fut que tu ne devrais pas la vivre seule… et 9 mois plus tard, Yuzu et Karin étaient nées.

- Ha, c'est tout à fait elle.

- Ouais, exactement. Mais ne nous détournons pas du sujet. Tes sœurs et toi êtes tous dotés d'un puissant reiatsu, surtout Karin et toi, mais il n'y a pas que ça… et c'est là que ça devient dur à comprendre et à croire… Vous êtes tous les trois des Héritiers de Dieu.

Ichigo le regarda avec un air de merlan fris, ne comprenant rien du tout.

- Des Héritiers de Dieu ?

- Pour être plus exact, des enfants "vivants" ayant du sang divin dans leur veines. Ton arrière-arrière-grand-père se nomme Zeus, et il n'est autre que le Roi de la Soul Society. Enfin, était. Puisqu'il est mort il y a deux jours environ.

- Mort ?

- De vieillesse. Il a régné pendant près de 10.000 ans, mine de rien. Le "truc" des Héritiers de Dieu, c'est qu'ils sont tous devenus à un moment ou à un autre Shinigami, puis Vaizard. Chez eux, acquérir les pouvoirs des deux côtés de la balance est presque une formalité. Il leur suffit de suivre un entrainement spécifique une fois devenu Shinigami… un entrainement que tu n'as que partiellement reçu avec les Vaizards artificiels qui se cachaient dans le monde des humains.

- Attends, cela veut dire que toi aussi…

- Oui, Ichigo, j'ai été un Vaizard. Pour être même plus précis, tous les membres de la Garde Royale, la fameuse Division 0, sont des Vaizards.

Ichigo songea à l'explication d'Urahara et de Yoruichi quelques dizaines d'heures auparavant, et son père interpréta son manque de surprise comme preuve de connaissance.

- Cela ne semble pas t'étonner plus que cela, j'imagine donc qu'Urahara a dû t'expliquer certaines choses.

- Yoruichi-san aussi, des théories entre l'instinct et la raison, l'un gouvernant les pouvoirs des Hollows et l'autre ceux des Shinigamis.

- Urahara est un cas spécial… Il serait Vaizard aujourd'hui s'il n'avait pas essayé de le devenir artificiellement en créant le Hougyoku. Dès lors, il lui fut interdit de continuer ses recherches dans ce sens… et il est menacé de mort s'il y parvient un jour.

- Quoi ?

- Bon, c'est maintenant que commencent les explications vraiment sérieuses, trancha Isshin en posant ses mains sur ses genoux. Ecoute bien ce que je vais te dire et ne le répète surtout à personne, pas même à Tatsuki, sans mon accord ou qu'une autre personne connaissant le sujet ne décide de vous en parler.

Le patriarche chercha le consentement d'Ichigo et l'obtint d'un bref mais ferme hochement de tête.

- Le Dieu-Roi de la Soul Society et le Grand Maître des Hollows ne font qu'un : Zeus. Il est l'exemple même du proverbe "tous les chemins mènent à Rome".

Le jeune Shinigami écarquilla les yeux de surprise mais Isshin continua sans s'arrêter.

- Il y a plus de 10.000 ans, notre univers n'était pas aussi divisé. Il n'y avait que 3 mondes : celui des mortels, celui des esprits connu sous le nom de Paradis et celui des enfers, le Purgatoire. Le Dieu-Roi était l'être le plus puissant des esprits et c'était un Hollow, un Arrancar pour être exact, répondant au nom de Chronos. A cette époque, être un Shinigami était rare, car les Hollows pullulaient beaucoup plus et il existait non pas une guerre mais un massacre féroce et permanent de tous les Shinigamis naissants. Ce n'est que lorsque Zeus, le premier Vaizard, devint le Dieu-Roi en reversant son père, que ce massacre cessa, car Zeus sépara le monde des esprits en deux, d'un côté les Hollows dans le Hueco Mundo, de l'autre les Shinigamis et les Plus à la Soul Society. Il créa aussi une autre dimension fermée, accessible uniquement par ceux qui en connaissent le chemin, l'Olympe. Enfin, il se retira dans une autre Dimension qui ne contient que son palais, et que nous rebaptisâmes avec le temps le Domaine du Roi. Cette dimension n'était accessible que par l'Ouken, la clé qu'Aizen voulait créer, mais il existe aujourd'hui 2 portes pour y accéder. L'une est dans l'Olympe, l'autre au cœur même du Hueco Mundo. Jusqu'à il y a environ 2.000 ans, ces portes n'existaient pas, et Zeus se déplaçait de lui-même pour donner ces consignes. Il a créé ces portes pour arrêter les Arrancars et las Vaizards de massacrer des âmes pour créer des Ouken artificiels ne fonctionnant qu'une seul fois, comme Aizen voulait le faire. Tu me suis jusque là ?

- A peu près. Dieu a créé les Dimensions du Hueco Mundo et de la Soul Society pour séparer les Hollows et les Shinigamis et il s'est créé sa petite dimension rien que pour lui, accessible uniquement par l'Ouken à la base, jusqu'à ce qu'il crée les deux portails. Mais je pige pas trop le but de l'Olympe.

- Pardon, ma faute. L'Olympe était sensée être la dimension des Shinigamis, comme le Hueco Mundo pour les Hollows. La Soul Society n'était au départ destinée qu'aux Plus, les esprits en transit et en attente de leur réincarnation. Mais, très vite, il découvrit que les Hollows parvenaient facilement à entrer dans la Soul Society et y faisaient alors de véritables massacres. Il décida donc de permettre aux Shinigamis d'y installer une base permanente pour contrer ces attaques et protéger les âmes des Plus.

- Le Seireitei.

- Exactement. Au fils du temps, la population de la Soul Society augmenta, ce qui entraîna une augmentation mathématique de la population du Seireitei, et les Shinigamis abandonnèrent complètement l'Olympe. Aujourd'hui, seule la Garde Royale y reste encore.

- Je vois.

- Lorsqu'un Shinigami commence à développer un reiatsu assez puissant et qu'il répond à certains critères de sélection – l'un d'entre eux étant l'obtention du Bankai, soit dit en passant –, la Garde Royale l'accueille dans ses rangs et le forme pour devenir un Vaizard, en réveillant les pouvoirs des Hollows qui sommeillent en lui. De la même manière, au Hueco Mundo, il existe une version de la Garde Royale, la Garde Noire. Celle-ci accueille les Hollows devenus Vastrodes et leur enseigne comment devenir des Arrancars. En terme de puissance ou de pouvoir, les Arrancars de la Garde Noire et les Vaizards de la Garde Royale sont de niveau égal. Puisque forcés par les circonstances à vivre dans des dimensions séparées, la guerre entre ces deux camps s'est éteinte avec le temps. Nous restons des ennemis, et des escarmouches surviennent parfois, mais plus de conflits majeurs entre nous depuis plus de 3.000 ans.

Isshin fit une pause durant laquelle il observa les réactions de son fils. Celui-ci était un peu abasourdi par toutes ces révélations et restait silencieux.

- Avec le temps, reprit Isshin, les liens entre la Soul Society et l'Olympe se transformèrent. Il ne reste aujourd'hui qu'une poignée de Shinigamis du Seireitei à connaître la véritable histoire de leur monde. Yamamoto est l'un d'entre eux, ainsi que certains membres haut placés de la noblesse et une poignée d'historiens. Parlons maintenant d'Aizen.

A l'entente du nom, Ichigo releva la tête et fixa son regard dans celui de son père.

- Te souviens-tu de ce qu'Aizen te parlait te concernant durant la bataille ? Comme quoi il était au courant de ton existence et qu'il avait manipulé les évènements ? Hé bien c'est en partie vrai. Durant ses recherches, Aizen a découvert l'histoire que je viens de te raconter, et l'existence des Arrancars et des Vaizards. Par déduction, il savait que Zeus était mourant et il y voyait une chance de prendre sa place sans faire trop de vague. Grâce au Hougyoku, il réussit à acquérir artificiellement les pouvoirs des Hollows et dépassa de loin le niveau de tous les Shinigamis. Quant à toi, Ichigo, tu étais son unité de mesure… car tu es le seul pur Vaizard de sang divin qu'il connaissait. C'est d'ailleurs en partie pour cette raison qu'il est resté au Seireitei si longtemps. Mais revenons un peu en arrière, au moment où Urahara fut exilé de la Soul Society.

Isshin roula un peu des épaules pour se décoincer un nerfs et reprit.

- Urahara, avec l'aide de Tessai et de Yoruichi, sauva les Vaizards artificiels créés par les manipulations d'Aizen dans un premiers temps et grâce au Hougyoku dans un second. Banni sur terre par la Chambre Centrale des 46, ils furent alors contactés par les Vaizards de la Garde Royale. Urahara expliqua la situation aux émissaires de la Division 0, espérant que leur aide lui permettrait de démêler la situation… Mais il n'en fut rien. Pourquoi ? Parce que Zeus donna des ordres très précis concernant cette affaire. Il interdit à la Garde Royale et à la Garde Noire d'entraver Aizen dans ses recherches sur l'Hollowfication et dans son entreprise de création de l'Ouken. Urahara fut interdit de continuer ses propres recherches, bien qu'il les avait déjà de lui-même arrêté et qu'il cherchait un moyen de détruire sa propre création, et Zeus le fit surveiller de près par un membre de la Garde Royale. En revanche, il ordonna à la Soul Society de cesser les poursuites à son encontre, et c'est ainsi qu'Urahara put tranquillement continuer à vivre dans le monde mortel sans être inquiété par les Shinigamis. Aizen soupçonna bien évidemment tout cela mais sembla décider que cela jouait à son avantage. Il continua tranquillement ses recherches sans être d'avantage dérangé. Yamamoto lui-même fut maintenu dans l'ombre concernant cette affaire et il n'était au courant de rien. Quant à moi, je ne me suis pas occupé de cette affaire, car à l'époque je traquais un Arrancar rebelle. Je n'ai appris tout cela qu'en rencontrant Urahara il y a cinquante ans, lorsque j'ai perdu mes pouvoirs. La suite, je ne l'ai découvert qu'un an après la bataille contre Aizen. Tu te souviens de cette convention de médecins à Okinawa l'été dernier ? Je n'y suis pas allé. J'étais retourné à l'Olympe pour aller chercher quelques réponses et je n'y fus pas accueilli à bras ouverts. Mais j'ai pu y apprendre ce que je voulais. Durant ses recherches sur l'Ouken et sur le Roi, Aizen découvrit qu'il avait eu des descendants, que j'étais l'un d'eux et que j'étais sur terre. Il me retrouva après environ 10 ans de recherche acharnée et continua de m'observer de loin. Et bien entendu, il fut donc au courant de ta naissance. Il attendit patiemment que tu atteignes 15 ans, tout en préparant ses forces pour le moment venu. Puis il s'arrangea pour envoyer un Shinigami à Karakura Town et provoqua une légère hausse des apparitions de Hollows sur la ville. Le hasard a voulu que ce soit Rukia-chan, mais cela aurait pu être n'importe qui d'autre. Ce qu'il voulait, c'est que tu meurs à ce moment-là et que tu deviennes un Shinigami. Il lui a suffit ensuite de donner quelques "pichenettes" ici et là pour manipuler les évènements à sa guise.

- Donc il m'a bien manipulé depuis le début, c'est ça ?

- Oui et non, Ichigo. Il a mis 15 ans à préparer minutieusement les évènements depuis ta naissance afin de pouvoir récupérer le Hougyoku et ta "formation" n'était que la cerise sur le gâteau. Comme je te l'ai dit, le hasard a voulu que ce soit Rukia-chan qui soit envoyée, mais cela aurait pu être n'importe qui d'autre. Une fois le Shinigami piégé dans ce faux gigai destiné à le tuer, ce n'était plus qu'une question de temps avant que le Seireitei le récupère. Ta présence à ses côtés n'a fait que faciliter sa tâche. L'envoi du Menos Grande n'était que son coup de pouce pour forcer le Seireitei à envoyer un investigateur, et il faisait une pierre deux coups. Tu devines pourquoi. Le reste des évènements s'est ensuite déroulé selon le scénario qu'il avait programmé, certes, mais pas sans mal. Les pouvoirs d'Orihime-chan, il n'avait aucun moyen de les prédire. A quoi ressemble ton zanpakuto et tes pouvoirs de Bankai, il n'avait aucun moyen de les connaître à l'avance. Le fait que tu sois accompagné par un Quincy et deux humains spéciaux lors de la tentative de récupération du Hougyoku, impossible de le savoir avant de le voir de ses propres yeux. Il a fait des centaines de prédictions, programmé son plan de dizaines de manière différente pour parvenir au résultat qu'il voulait. Il n'y a donc rien d'étonnant que tu sois tombé dans l'un des scénarios qu'il avait écrit… mais sache qu'il en a jeté plus d'un aux orties et qu'il a été obligé d'improviser à plus d'une reprise avant de parvenir à ses fins. Et je peux t'assurer qu'il n'avait pas prévu que je retrouve mes pouvoirs avant que j'élimine Grand Fisher.

- Grand Fisher ? Tu as tué Grand Fisher ?

- Proprement coupé en deux, de haut en bas. Je suppose qu'il l'avait envoyé pour te troubler d'avantage et forcer plus encore tes pouvoirs de Hollow à se manifester via ta colère. Aucun intérêt maintenant, et puis c'était à moi de venger la mort de Masaki.

- Grand Fisher travaillait pour Aizen ?

- Lorsque je l'ai tué, très certainement, vu qu'il était devenu un Arrancar artificiel. Mais je n'en sais rien pour avant, lorsqu'il a tué Masaki. Coup du hasard ou assassinat programmé, cela n'a plus d'intérêt aujourd'hui. Nous en arrivons maintenant au problème qui se pose aujourd'hui et qui nous préoccupera pour les années à venir.

- Huh ? Quel problème ?

- As-tu oublié ce que j'ai dit au début ? Zeus est mort, le trône du Roi est vide, le Paradis est scellé et seul son successeur reste à désigner.

- Son successeur… mais s'il avait des enfants, cela ne revient pas à l'ainé ou un truc dans le genre ?

- Non, Ichigo. La succession du trône du Dieu-Roi n'est pas aussi simple car il s'agit pas d'une vulgaire affaire de sang et de droit d'ainesse. Le pouvoir, Ichigo, voilà ce qui déterminera le successeur. La sélection du prétendant se fera selon une sorte de "tournoi" pour déterminer qui sera le plus apte à remplacer le Roi… Mais ne pense pas qu'il s'agira d'un truc gentillet ou même de combat à mort dans une sorte d'arène, non. Non, rien d'aussi simple. Une guerre, Ichigo, voilà ce qui nous attend dans les prochains jours. Une guerre entre la Garde Royale et la Garde Noire car il ne fait aucun doute que la majorité des prétendants en feront partie.

Ichigo resta muet lorsque son père se tut. Celui-ci garda encore quelques instants le silence puis se pencha en avant pour se relever.

- Voilà, tu sais tout. Ha non, il reste le point principal de notre conversation, et cela nous concerne tous les deux, se reprit-il en se rasseyant lourdement. Mon Hollow, je ne l'ai plus. Lorsque j'ai retrouvé mes pouvoirs, seuls ceux de Shinigamis sont revenus. Bon, je reste plus fort qu'un Shinigami, même de niveau capitaine, mais je ne peux plus sortir mon masque comme quand j'étais général. Je ne sais pas encore trop pourquoi, et j'avoue que je ne me suis pas trop penché sur la question après ta victoire sur Aizen, mais je peux plus me le permettre maintenant. Il faut que je retrouve la totalité de mes pouvoirs, ou je ne donne pas cher de ma peau. Le problème à être des descendants du précédent Dieu-Roi, c'est qu'on va être traqué comme des bêtes, vois-tu ? Pas par les Shinigamis ou la Garde Royale, mais par les Hollows et la Garde Noire, à coups sûrs. Tant que tu restais un simple humain, je ne pense pas qu'ils s'en seraient pris à toi, ou à Yuzu ou Karin, même en ayant un temps soit peu de reiatsu. Et j'avoue que je comptais sur toi pour t'occuper de tes sœurs, parce que moi, j'allais forcément vous attirer des ennuis. Mais maintenant… Crois-tu qu'on puisse tous les deux les abandonner à leur sort ? Se séparer d'elles tout en tirant un trait définitif sur leur existence ?

- Attends ! Attends une minute ! De quoi t'es en train de parler là ? fit Ichigo en se levant pour s'approcher de son père. Juste parce que j'ai retrouvé mes pouvoirs, tu penses que je vais être impliqué dans cette guerre ? Et que si je reste, Yuzu et Karin le seront aussi ?

- C'est inévitable, Ichigo.

- Tu as dit que les prétendants dans cette course à la succession seront déterminés par leurs pouvoirs, et à t'entendre, ces mecs des Gardes des deux bords sont de véritables monstres. En quoi cela nous concerne ? Si on ne veut pas participer à cette –

Isshin se leva d'un bond et foudroya son fils droit dans les yeux.

- Il ne s'agit pas de participer ou non, il s'agit de SURVIE ! La Garde Noire et la Garde Royale vont entrer en GUERRE OUVERTE, Ichigo ! Ce que tu as connu durant la rébellion d'Aizen, c'est de la pisse de chat à côté ! Ils sont environ 300 de chaque côté à être tous plus fort que Yamamoto !

- Qu–

- Ce que je veux que tu te rendes compte, c'est que personne ne pourra les protéger, Yuzu et Karin. Aizen n'avait aucun intérêt pour elles, c'était toi qui l'intéressait. Les risques qu'elles soient emportées comme "dommage collatéral" durant la bataille contre Aizen étaient minimes, et elles ont toujours été protégées par quelqu'un, soit par moi, soit par Urahara. Même lors de la bataille finale, Tessai était resté auprès d'elles. Mais là, ce ne sera pas possible ! La moindre personne avec un pouvoir de Shinigami dans le monde réel sera considéré comme une proie ! C'est pour ça que je dois partir ! Et c'est pour ça que toi aussi, maintenant que tu as retrouvé tes pouvoirs, tu ne peux pas rester.

- Mais alors… Que faire ? Je ne peux pas les abandonner, ce sont mes sœurs !

- Maintenant, tu commences à comprendre, fils. Toi et moi, on ne peut plus rester. Elles, si elles restent ici, elles seront peut-être en danger, et personne ne pourra les protéger. Le moment est venu de leur dire la vérité, sur nous deux, et de leur laisser ensuite le choix.

- Quel choix ?

- Le choix de nous suivre ou de nous oublier, conclut Isshin d'une voix grave et légèrement brisée. L'un comme l'autre, ce sera dur pour elles, mais il n'y a pas d'autre option. Et elles sont suffisamment grandes aujourd'hui pour pouvoir faire ce choix elles-mêmes.

Ichigo ferma les yeux et se détournant, retenant des larmes de frustration qu'il n'avait pas senti monté en lui.

- Et les autres ? Tatsuki, Inoue, Ishida, Chad…

- Je ne sais pas, Ichigo. Je t'avouerai que, personnellement, tes amis ne comptent pas autant que tes sœurs à mes yeux, désolé. Mais ils pourront toujours décider de nous accompagner ou de rester, eux aussi.

- Et où irions-nous ?

- Je n'en sais rien pour le moment. Seul, je savais où aller, je serais retourné à l'Olympe pour m'y entrainer et, avec un peu de chance, retrouver mes pouvoirs de Vaizard. A nous deux seulement, cette possibilité tient toujours, même si ce sera peut-être un peu dur pour toi de t'intégrer. Sinon, il reste la possibilité d'aller au Seireitei. Si elles nous accompagnent, avec ou sans tes amis, je ne pense pas que l'Olympe soit une bonne destination. Il ne reste donc plus que la Soul Society. Faudra bien entendu convaincre Yamamoto mais là-bas, on pourra les protéger plus efficacement, surtout si on arrive à se faire "inviter" par une des Divisions… Mais ce sera la guerre tout autour de nous, d'une manière où d'une autre.

Ichigo sembla peser le pour et le contre puis il shoota dans un gravier au sol, l'envoyant au loin.

- Je suis désolé, Ichigo.

Les excuses de son père étaient sincères mais Ichigo ne lui en voulait pas. Le destin en avait décidé autrement, voilà tout. Il s'avoua intérieurement qu'il ne savait plus vraiment à quoi s'attendre en redevenant Shinigami… Maintenant, il était fixé.

- Rentrons. Nous avons beaucoup de choses à raconter à Yuzu et Karin.

- Haa, approuva son père.

***.***

Monde intérieur de Tatsuki

- Réveille-toi, Tatsuki.

La jeune femme grogna et se tourna sur le côté, refusant d'obéir à cette voix inconnue.

- Réveille-toi, Tatsuki, ou je vais employer les grands moyens.

Bizarre, cette voix lui rappelait celle de sa mère…

- Puisque c'est ainsi que tu le prends…

L'instant suivant elle reçut un violent coup de pied au flanc qui l'envoya bouler au loin. Brutalement réveillée, la jeune femme se leva d'un bond après avoir heurté une paroi et se mit en garde, faisant face à son agresseur. La femme qui lui faisait face ne ressemblait en rien à sa mère décédée à sa naissance. Elle était grande, plus grande qu'elle, et vêtue d'un costume d'homme d'affaire bleu marine parfaitement taillé et coupé selon ses formes, plus généreuses que les siennes de jeune sportive mais pas au point d'être vulgaire. Elle était blonde et coiffée en chignon élaboré, laissant quelques mèches ornées son visage. Ses yeux étaient dissimulés derrière des lunettes de soleil noires mais elle perçut sans difficulté le regard hautain et calculateur qui se cachait derrière. Une main sur sa hanche, l'autre ballant libre, un pied posé sur une sorte de muret – elle portait des chaussures à talons élevés assortis à son costume –, elle toisa Tatsuki d'un air satisfait.

- Enfin, ce n'est pas trop tôt.

- Non mais ça va pas de réveiller les gens de cette manière, espèce de pouffiasse ! Déjà que je suis à deux doigts de crever à chaque fois que cette putain de chaîne se cannibalise, il y a des moyens plus délicat de réveiller quelqu'un que de lui donner un coup de pied au ventre !

- Au moins, tu n'as rien perdu de ta verve, gamine, répondit calmement la femme. Reste à savoir si c'est la seule chose qu'il te reste ou si l'envie de vivre est encore là, elle aussi.

- L'envie de vivre ?

Brusquement, Tatsuki se rappela où elle était, ou plutôt où elle était sensée se trouver, c'est-à-dire au fond d'un trou, les bras ligotés dans son dos et sa chaîne qui venait à peine de cesser de s'entre-dévorer. Mais autour d'elle, rien ne ressemblait à son trou.

Elle était débout sur une sorte de pont et, en regardant autour d'elle, elle se demanda si elle ne faisait pas un de ses délires dont lui avaient parlé Ichigo. Car le sol et le ciel étaient inversés ! Elle n'était pas debout sur le pont, elle était debout en dessous du pont ! Au dessus d'elle, il y avait un autre pont inversé, et encore au-dessus, l'océan était tumultueux et de lourdes vagues se heurtaient les unes entre les autres dans un bruit de fond sonore. En regardant sur les côtés et en dessous d'elle, elle vit que le monde dans lequel elle se trouvait ne ressemblait en rien au monde réel car elle aperçut d'autres ponts, des dizaines, voire des centaines, tous inversés et dont les gigantesques piliers remontaient pour plonger dans l'océan sans limite au dessus d'elle. Et il n'y avait pas de côtes. Les ponts s'étendaient tous vers l'infini.

- Woah ! ça, c'est une putain d'hallucination.

- Langage, gamine, rétorqua la femme en passant par-dessus le muret pour s'approcher lentement, ses hauts talons claquant métalliquement sur les poutres du pont.

- T'es pas ma mère, et encore moins mon père, répondit-elle du tac-au-tac.

- Encore heureux.

- Et d'abord, tu es qui, toi ? demanda Tatsuki en se remettant en garde.

La femme la regarda comme si elle avait perdu la tête.

- Qui je suis ? Mais voyons, c'est moi, ########.

Bizarrement, Tatsuki ne parvint pas à entendre ni à comprendre son nom et elle fronça des sourcils, tout en tournant légèrement la tête, come pour essayer de mieux entendre.

- J'ai pas dû bien entendre ton nom, la vieille. Tu peux répéter ?

Mais la femme hocha négativement la tête d'un signe négatif d'exaspération tout en haussant les épaules.

- Pas croyable. Tout ça et elle n'est même pas encore capable de m'entendre. Bah, ça viendra bien un jour ou l'autre, je l'espère.

- Hé ! Je suis là, arrête de parler toute seule !

- Inutile de crier, moi je t'entends très bien, Tatsuki. Et peu importe le nombre de fois que je te dirais mon nom, tu ne peux apparemment pas encore l'entendre !

Tatsuki allait protester lorsqu'un grondement sourd se mit à résonner tout autour d'elles. Le pont sous ses pieds se mit à vibrer et à se fissurer.

- Mais, qu'est-ce que… ?

- Alors c'est déjà l'heure, huh ? annonça la femme en regardant au-dessus.

Tatsuki leva les yeux et vit que l'océan se transformait lentement en une sorte de tourbillon géant. Pire, il se mit à descendre lentement, submergeant et détruisant le pont inversé qui était au dessus de celui où elle se trouvait.

- C'est encore plus rapide que je le pensais, lança la femme, ton reiatsu est en train de se libérer de lui-même !

- Quoi ?

- Je n'ai pas le temps de tout t'expliquer, Tatsuki, fit la femme en sautant dans le vide. Suis-moi si tu veux vivre !

Tatsuki regarda l'océan qui se rapprochait de plus en plus vite, devenu un tourbillon qui broyait tout sur son passage, puis là où la femme avait sauté, droit dans le vide et les autres ponts en dessous. Elle eut une brève hésitation mais sauta lorsque les premiers embruns la trempèrent. Elle se mit à chuter de plus en plus vite et dépassa deux autre ponts comme une balle. Très vite, elle comprit qu'elle ne pourrait plus s'arrêter. Si elle touchait un des ponts, à la vitesse où elle allait, elle se retrouverait écrasée comme un insecte sur le pare-brise d'une voiture.

Je vais mourir !

- Apparemment, l'envie de vivre est encore là, hein ?

Elle tourna la tête et vit la femme qui chutait juste à côté d'elle, tête la première.

- Au cas où tu ne l'aurais toujours pas compris, gamine, ceci est ton monde intérieur, expliqua-t-elle calmement. Et en ce moment même, il se désagrège sous l'effet de deux forces. La première, celle qui fait descendre l'océan au-dessus de nous de plus en plus vite, c'est ton reiatsu hors de contrôle. La seconde, celle qui a transformé l'océan en tourbillon destructeur, c'est ton instinct de survie.

- Quoi ? Mais ça n'a pas de sens !

- Bien sur que si ! Ce monde intérieur représente ton âme et d'une certaine manière c'est le monde de ta raison ! Chacun de ses ponts représente une facette de toi et de ta personnalité. En les détruisant, ton instinct de survie prend le dessus sur ta raison, tout simplement. Sans lui, tout ce que ferait l'océan, c'est submerger ta raison et rien de plus !

- Mais je veux pas devenir un Hollow !

- Regarde en dessous de toi ! Ordonna la femme en pointant le doigt vers le bas.

Tatsuki baissa la tête et vit que les ponts en dessous d'elle se désagrégeait eux aussi. Par le fait de la gravité inversé pour eux, les débris remontaient vers elles en commençaient à les dépasser pour se faire absorber et broyer par l'océan.

- Le cœur même de ta raison est dans l'une de ces pierres, Tatsuki ! Trouve-la avant qu'il ne soit trop tard, c'est ta seule chance de survie !

Un énorme rocher passa entre elles et Tatsuki perdit de vue la mystérieuse femme. Brusquement, Tatsuki se souvint de sa dernière conversation avec Ichigo.

"Regarde bien et mémorise bien ce que je fais, mémorise surtout cette sensation. Une fois dans ton monde intérieur, il faudra que tu utilises cette technique ou un truc similaire, pour identifier tes pouvoirs de Shinigamis. Et souviens-toi : parmi ces bandes de reiryoku, l'une d'elle sera rouge. C'est celle-là que tu devras trouver."

Bandant sa volonté, Tatsuki écarta les bras et tenta de se remémorer la sensation qu'Ichigo lui avait montré. Très vite, elle vit une quantité impressionnante de fil apparaître, comme si elle se trouvait au milieu d'une titanesque toile d'araignée. Elle attira tous ces fils vers elle et chercha frénétiquement…

Là ! Une fine bandelette rouge qui venait tout juste de la dépasser ! Et qui filait tout droit vers le maelstrom !

Sans y penser, elle prit une impulsion et sauta vers la bandelette, prenant appui dans l'air sans comprendre comment elle l'avait fait. Sa main tendue se referma de justesse sur l'extrémité de la bandelette et elle tira brutalement de toutes ses forces pour ramener le rocher auquel elle était lié vers elle… Et l'océan les engloutit tous les deux, la pierre et elle.

***.***

Urahara Shoten, salle d'entrainement souterraine

Tessai était à deux doigts d'appliquer le coup de grâce lorsqu'une violente explosion de puissance émana de Tatsuki, le projetant hors du trou tel un boulet de canon. Son corps décrivit une longue courbe avant de s'écraser à une centaine de mètres du trou dont l'embouchure était maintenant presque 3 fois plus large qu'avant et d'où s'échappait un lourd nuage de fumée et de poussière. Il se redressa toutefois rapidement sur ses jambes, n'ayant récolté que quelques égratignures.

- Pardon pour cette question mais votre superbe vol plané, c'était normal et voulu ? demanda Soi Fon en s'approchant du géant.

- Non, répondit-il stoïquement en se dépoussiérant puis en réajustant ses lunettes brisées. Mais la situation est, semble-t-il, similaire à celle de Kurosaki-san… Du moins, je l'espère.

Soi Fon posa une main sur la garde de son zanpakuto, prête à le dégainer si nécessaire mais une autre main se referma alors sur la sienne.

- Ce ne sera pas nécessaire, Soi Fon, fit Yoruichi avec un sourire satisfait.

La fumée se dissipa et Tatsuki en émergea, tenant dans sa main gauche un fourreau vide et dans sa main droite une sorte de masque de carnaval qui se désagrégea rapidement.

- Je suppose que ce truc était sur ton visage ? Fit Yoruichi en désignant les restes de poussière qui disparaissaient rapidement.

- Je… Je crois, oui… Mais je suis pas un Hollow.

- Bien sur que non. Tu es juste comme Ichigo maintenant, une future Shinigami avec un Hollow en toi, trancha la femme noire en s'avançant vers elle.

Sans geste brusque, elle lui posa la main sur l'épaule et lui annonça.

- Bien joué, Tatsuki. Bienvenue parmi les Shinigamis.

Le sourire de Yoruichi acheva de rassurer la jeune femme qui s'écroula brusquement comme une marionnette dont on aurait coupé les fils.

- Ouf… Sauvée, je suis sauvée…

- En quelque sorte.

- Huh ?

- Tu as passé 4 jours dans ce trou, Tatsuki, et deux-trois choses ont changé depuis, déclara la femme en noire. Soi Fon !

- Hai, Yoruichi-sama !

- Je crois que tu as une petite vengeance à prendre, il me semble ? Tue-la.

- Huh ?

L'instant suivant, un frisson de peur parcourut le dos de Tatsuki et elle roula brusquement sur le côté, évitant ainsi de justesse le sabre de Soi Fon qui se planta à l'endroit même où elle se tenait l'instant suivant.

- Prends ton temps, Soi Fon, ajouta Yoruichi en s'éloignant tranquillement, tournant le dos aux deux femmes. Savoure ta vengeance, laisse ta colère te guider, mais pas te submerger, apprend à t'en servir, et pas à te laisser contrôler par elle… et montre à cette gamine la vraie terreur du Hakuda lorsqu'il est pratiqué par un Shinigami.

- Hai, Yoruichi-sama, répondit la capitaine de la 2nde Division avec un sourire mauvais et sadique.

- A-Attendez, c'est une blague, balbutia Tatsuki en se relevant lentement. Pourquoi est-ce que…

Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase car Soi Fon lui planta son pied en plein ventre, si vite et si fort qu'elle vola littéralement en arrière avant de s'écraser en faisant une tranchée. Durant son vol, elle avait lâché son fourreau vide qui atterrit loin d'elle, près d'un rocher où se trouvait appuyé un sabre.

Elle s'était à peine arrêtée qu'un nouveau frisson de peur l'envahit et elle força son corps à bouger malgré la douleur. Bien lui en prit car Soi Fon écrasa son pied en avant là où elle se trouvait et glissa souplement sous le coup de pied réflexe que Tatsuki voulut lui donner en réponse.

- Stop ! Mais qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi m'attaquez-vous ?

- Ordre de la Soul Society, toute aberration mi-Shinigami mi-Hollow doit être exécuté sans sommation, répondit simplement Soi Fon en se mettant en garde.

Un frisson de peur, non pas pour elle mais pour Ichigo, lui parcourut l'échine.

- Et Ichigo ? N'est-il pas votre sauveur, celui qui a vaincu Aizen ? C'est comme ça que vous le remerciez ? cria-t-elle en esquivant de justesse une frappe du sabre de Soi Fon en bondissant en arrière.

- Kurosaki Ichigo a déjà été exécuté… par ma propre main.

Tatsuki écarquilla des yeux et en eut le souffle coupé, et Soi Fon en profita pour passer à l'attaque. Elle se glissa sans mal jusqu'à elle, semblant être devenu un fantôme tellement elle allait vite, et se mit à la marteler de coups. Comme devenu un sac de sable inerte, la jeune femme encaissa les chocs sans même pouvoir se défendre et la capitaine termina son enchainement par un violent coup de pied sauté en pleine tête, l'envoyant voler une fois de plus en arrière. Le corps meurtris par les coups, Tatsuki se retrouva à terre, la bouche en sang et le cœur brisé.

- C'est… un… un mensonge, cracha-t-elle en se redressant péniblement, le menton rouge de sang. Ichigo n'est pas mort, je le saurais, sinon… J'aurais senti sa mort !

- Cette grotte a été conçue par Urahara comme cachette à la base. Sa fonction première est de bloquer toute émission intérieure comme extérieure de reiatsu. Pas étonnant que tu n'aies pas senti sa mort dans ses circonstances.

- Vous… Je vous respectais ! rugit Tatsuki en foudroyant Soi Fon du regard. J'avais confiance en vous, la manière dont vous lui parliez, j'étais même prêt à parier que vous le respectiez aussi ! Comment avez-vous pu ? COMMENT AVEZ-VOUS OSE ?

La jeune femme bondit sur ses pieds et, folle furieuse, se rua à l'assaut de Soi Fon, mais celle-ci esquiva toutes ses attaques avec une aisance écœurante.

- Mes propres sentiments n'ont aucune espèce d'importance, répondit Soi Fon mécaniquement. Mon devoir est d'obéir à la Soul Society et à ses règles. Des règles crées depuis des millénaires dans le seul et unique but de protéger la Balance des Âmes et le monde des humains !

Soi Fon bloqua un coup de pied et contrattaqua de nouveau. Tatsuki évita de justesse de se faire décapité, mais le sabre de la Shinigami laissa toutefois une vilaine coupure sur son bras gauche qui se mit à saigner abondamment. Le jeune femme prit ses distances par rapport à son adversaire et courut aussi vite qu'elle put vers la sortie mais elle sentait que Soi Fon la suivait avec aisance, semblant presque sautiller sur place malgré sa vitesse.

- Mais si cela peut vous rassurer, Arisawa-san, je peux vous avouer que je n'ai pris aucun plaisir à le tuer… contrairement à celui que je prends en vous massacrant à petit feu.

Soi fon éleva brutalement son reiatsu à un haut niveau et Tatsuki, soudainement alourdie, trébucha pour s'étaler de tout son long, s'écorchant les mains.

- Nous sommes bien loin de notre petit duel de l'autre jour, n'est-ce pas, humaine ? siffla Soi Fon en maintenant la pression de son reiatsu sur sa proie. Vraiment rien de comparable. Aussi bien en terme de force, de vitesse et de technique. Ton art martial – le Vale Tudo, c'est bien ça ? – ne vaut plus rien désormais dans ta situation. Dans un combat à mort entre Shinigamis, comment peux-tu même espérer vaincre ton ennemi sans te servir d'un zanpakuto ? Ho, pardon, j'oubliais que tu n'en as pas encore.

Tatsuki essaya de se relever et Soi Fon en profita pour lui écraser le visage dans la poussière, d'un rapide coup de pied à l'arrière du crâne. Puis elle déplaça son pied sur le dos de Tatsuki, entre ses omoplates et écrasa apparemment de toutes ses forces. La jeune femme hurla de douleur jusqu'à ce qu'elle n'ait plus de souffle et Soi Fon finit, au bout d'une bonne minute, par se lasser d'entendre ses cris.

- Vraiment aucun intérêt. Kurosaki, lui, fut nettement plus intéressant à affronter que toi, gamine.

Soi Fon se dirigea tranquillement vers le sabre posé sur le rocher, à côté duquel le fourreau vide de Tatsuki avait volé lors de sa première attaque, et donna un rapide coup de pied dedans, l'envoyant voler avec précision vers la jeune femme.

- Tiens, prends-le, c'était le sien. Ho, je ne parle pas du gigantesque couteau de cuisine qu'il portait en permanence sur son dos, non, ça, c'était son Shikai. Ce que tu as sous les yeux n'est plus qu'un sabre sans âme, un asauchi comme on les appelle à la Soul Society. C'est ainsi que redevient un sabre de Shinigami mort… en l'attente d'un nouveau propriétaire.

Dépassée par les évènement, déboussolée par ses sentiments, dominée par la capitaine, Tatsuki hurla de rage et de frustration. Son reiatsu explosa autour d'elle et sa main se referma sur la garde du sabre que Soi Fon lui avait envoyé. Soi Fon ne bougea pas d'un pouce lorsque Tatsuki se jeta sur elle, la lame levée pour la trancher de haut en bas. En revanche, lorsque celle-ci frappa, le sabre de Soi Fon décrivit une courbe gracieuse et, avec juste un petit "cling", brisa la lame de Tatsuki en deux.

- Désolé, mais jamais un vulgaire asauchi ne saura faire le poids face à mon zanpakuto… Suzumebachi, déclara la capitaine en levant lentement son sabre en face de la jeune femme.

Tatsuki était brusquement comme vidée de tout sentiment. Toute sa rage, toute sa colère, toute sa douleur, tout avait disparu lorsque la lame de ce sabre dans lequel elle avait mis tous ses sentiments venait d'être brisée en deux comme si de rien n'était. Il ne lui restait maintenant plus que la peur.

- Réveille-toi, Tatsuki, je vais te tuer, là, murmura doucement Soi Fon en levant son sabre à deux mains.

- Réveille-toi, Tatsuki, entendit-elle comme un écho venant de partout autour d'elle.

Tatsuki bondit en arrière et s'enfuit, une terreur terrible et incontrôlable lui nouant le ventre. Soi Fon frappa dans le vide mais sourit sadiquement et se lança à sa poursuite. Mais Tatsuki n'avait même pas fait cinq mètres qu'une étrange vision s'imposa à elle : le temps sembla se figer tout autour d'elle, Soi Fon elle-même ne bougeant plus qu'au ralenti à sa poursuite.

- Pourquoi tu fuis, gamine ? Entendit-elle dans son dos.

Tatsuki jeta un coup d'œil derrière elle et y vit Soi Fon, le visage extatique, mais aussi la femme quelle avait vu dans son monde intérieur, debout, juste à côté de Soi Fon, et l'ignorant complètement, avançant calmement vers elle, ses hauts-talons claquant sur le sol. Apparemment, Soi Fon ne voyait même pas l'inconnue.

- Elle est seule et tu es seule aussi. Une contre une. Sauf si tu comptes son zanpakuto, bien entendu. Mais dans un tel cas, pourquoi ne te sers-tu pas de moi ? demanda la femme en désignant la main droite de Tatsuki.

Celle-ci put de nouveau faire un pas en avant et regarda devant elle, plus précisément le sabre brisé dans sa main droite légèrement levée.

- La seule chose qui t'empêche d'entendre mon nom désormais est cette peur abjecte qui te bouche les oreilles. Oublie ta peur ! Oublie ta rage ! Ne laisse pas tes sentiments te contrôler !

La jeune femme se figea brusquement, cessant de courir… et le temps sembla retrouver son cours normal. Soi Fon pila à son tour et se mit en garde, sentant un changement chez la jeune Shinigami en face d'elle.

- Regarde toujours devant toi, Tatsuki, et ne te retourne surtout pas ! Quels que soient tes ennemis, je serais toujours là désormais pour t'aider et te prêter mes pouvoirs. Alors vas-y ! Affronte-la ! Hurle mon nom ! Je suis…

- KITSUKO ! Hurla Tatsuki en se retournant vers Soi Fon, et brandissant l'asauchi brisé.

Le reiatsu de la jeune Shinigami déferla dans la garde puis dans la lame et l'instant suivant l'asauchi brisé était devenu une longue épée droite à double tranchant.

- RAAAHHH ! Continua-t-elle en frappant de haut en bas de toute sa force.

Cette fois, Soi Fon fut obligée de parer à eux mains cette attaque et se retrouva brutalement à genoux, écrasé par le poids incommensurable de l'arme.

Bordel ! Mais c'est quoi ce poids ? Cette pression ? … C'est son reiatsu ! Son reiatsu est devenu si grand qu'il m'écrase ?

Brusquement, tout fut terminé. Avec son habituelle vitesse sidérante, Yoruichi était apparue entre les deux adversaires, une main posée sur l'avant-bras de Tatsuki, l'autre sur celui de Soi Fon. Sachant à quoi s'attendre de cette technique particulière du Hakuda, Soi Fon relâcha immédiatement la pression de son reiatsu et se détendit totalement. Tatsuki fit bien évidemment l'inverse et se retrouva les quatre fers en l'air, dans un cratère, son épée plantée dans le sol à quelques mètres d'elle.

- Bravo Tatsuki, déclara Yoruichi en relâchant le bras de Soi Fon pour s'approcher de la jeune femme.

La capitaine de la 2nde Division rengaina son sabre et garda ensuite les bras le long du corps, abandonnant toute posture agressive.

- Désolé pour toute cette mise en scène, Tatsuki-chan, mais c'était indispensable pour réveiller tes pouvoirs de Shinigamis. Kisuke et moi avions prévu de faire les choses plus calmement, en prenant notre temps et sans faire de vagues mais les circonstances en ont voulu autrement.

- Une… Une mise en scène ? Vous voulez dire que tout ce qu'elle m'a dit, c'était…

- Des mensonges, bien évidemment.

- Alors Ichigo n'est pas mort… Et j'espère que vous avez une bonne explication, Yoruichi-SAN, Soi Fon-SAN ! gronda-t-elle en insistant sur le san pour bien démontrer sa colère actuelle et son profond désaccord avec la méthode employée.

- Un combat à mort. Il n'existe que trois manières connues de réveiller un sabre de Shinigami. La première est que le réveil se fasse naturellement. C'est très rare mais ça arrive… environ 1 fois sur 10.000. Dans la grande majorité des cas, on pratique le réveil "en douceur", durant la période des études. Les Shinigamis découvrent les pouvoirs de leurs sabres à l'Académie, mais cela leur prend entre une et six années avant d'y parvenir. Même en suivant une formation accélérée, tu ne l'aurais "réveillé" qu'au bout de 6 ou 7 mois. La dernière méthode est dangereuse et nécessite impérativement l'aide d'un Shinigami de niveau capitaine, et c'est celle que nous avons utilisé, c'est-à-dire le combat à mort. Pour ce faire, il faut plonger la cible dans un état de stress émotionnel intense et la forcer à croire qu'elle va vraiment mourir au combat. Cette méthode ne marche qu'une seule fois, pour des raisons évidentes. Si elle échoue la première fois, il n'y aura pas d'autre moyen que de passer par la méthode douce ensuite.

- Hoh, et puis-je savoir pour quelle raison vous avez décidé d'utiliser cette méthode barbare et monstrueuse pour forcer le réveil de mon sabre ?

- Je vais laisser le soin à ton petit ami de t'expliquer cela, très chère. Sans rancune ?

- Dans tes rêves !

- Désolé, Soi Fon, j'aurais essayé…

- Yoruichi-sama ! S'écria-t-elle, indignée. J'étais contre cette méthode dès l'instant où vous l'avez proposé ! Et plus encore lorsque VOUS m'avez ordonné de le faire moi-même !