Soul Society, Seireitei
Ichigo s'était réveillé au beau milieu de la nuit en sursaut, à cause d'un rêve particulièrement osé où Tatsuki et Rukia étaient en train de s'embrasser alors qu'il était ligoté comme un saucisson à une sorte de poteau. Le rêve s'était alors transformé en un cauchemar lorsque Grimmjow a brusquement fait son apparition pour enlever les deux jeunes femmes juste sous son nez tout en se moquant de son impuissance, dans tous les sens de terme. Cela l'avait réveillé d'un seul coup.
Soulagé qu'il ne s'agisse que d'un rêve, il avait résisté à l'envie de vérifier l'état de Tatsuki – le simple fait de sentir son reiatsu à quelques chambres de la sienne le rassura néanmoins – et il se déshabilla pour se coucher. Le reste de sa nuit fut calme et paisible.
Le lendemain matin, lorsqu'Ichigo arriva dans le dojo pour son entrainement matinal, Tatsuki y était déjà, assise en tailleur, son zanpakuto posé sur ses genoux, les yeux fermés, plongée dans sa méditation. Ne désirant pas la déranger, il s'installa à l'autre bout de la pièce et commença une série d'étirements afin de préparer son corps à des exercices physiques plus lourds.
Alors qu'il était en train de terminer une série d'abdos, Tatsuki se leva brusquement et repoussa brutalement son zanpakuto sur le côté, son attitude dégageant une irritation à son égard. Elle se retourna en sentant la présence d'Ichigo et rougit un peu en se tournant vers lui.
- Salut, murmura-t-elle.
- Salut, répondit-il sur le même ton.
Puis un silence s'installa, ni l'un ni l'autre ne sachant quoi dire.
- Heu… Par rapport à hier soir, se lança-t-elle après une bonne minute durant laquelle Ichigo avait repris ses exercices.
- Tatsuki, la coupa-t-il en s'immobilisant pour tourner sa tête vers elle. Rukia et toi… Je vous aime autant l'une que l'autre… et, très honnêtement, aujourd'hui, je n'arrive pas à imaginer ma vie sans vous deux… s'il y avait un moyen de vous faire fusionné… Enfin, tu comprends…
- Ok.
- Ok ?
- Ouais, ok. T'inquiète, on va faire ça doucement… Elle, toi et moi.
- Haa… Ouais. Merci. Ce sera plus simple, je pense.
- Bien sur.
- Des problèmes avec… ton zanpakuto ? Demanda-t-il pour changer de sujet. C'est idiot, je ne t'ai même pas demandé comment il s'appelle.
- Ho ! Maintenant que tu en parles, je ne connais même pas le nom du tien !
- Attend, fit-il en se relevant d'un bond pour aller le chercher là où il l'avait posé, le long du mur près de l'entrée.
Il se rapprocha de Tatsuki et se mit en tailleur en face d'elle, déposant son épée délicatement entre eux, lui faisant signe de la prendre.
- Je te présente Zangetsu, mon partenaire.
Tatsuki prit doucement l'énorme sabre par la garde et la lame et la souleva, étonnée par son poids. Zangetsu était nettement plus lourd que son sabre, mais moins qu'elle ne l'aurait cru. Et elle ressentit alors clairement l'énorme pouvoir contenue dans la lame. Titanesque. Sombre. Mais aussi chaleureux. Comme des flammes noires.
- Woah… Il est… Il est impressionnant, sincèrement.
Elle le reposa avec révérence et prit sa propre épée à côté d'elle pour la tendre à Ichigo par le fourreau.
- Elle s'appelle Kitsuko… Et c'est une vraie…
Elle ne termina pas sa phrase mais Ichigo comprit aisément ce qu'elle voulait dire.
- Ouais, je connais ça aussi, ils sont parfois dur à comprendre, fit-il en prenant avec révérence le sabre de Tatsuki.
Il le tourna légèrement et dégaina lentement une partie de la lame, examinant son tranchant.
- Si tu m'expliquais ton problème avec elle ?
- Hé bien… la première fois qu'elle m'a dit son nom et que je l'ai répété et appelé son pouvoir, elle s'est… transformée. Elle est devenue une sorte d'épée chinoise à double tranchant et à la garde ronde. J'essaie de réitérer cette transformation mais cette… poufiasse ! … refuse catégoriquement de m'obéir. C'est elle qui m'a dit de me mettre en tailleur, sabre posé sur les genoux, et de méditer. Je pensais que c'était pour m'apprendre à la transformer mais au lieu de ça, elle m'a fait tout un speech dont je n'ai même pas compris le quart pour finir par me jeter de but en blanc au visage qu'elle n'était pas prête à se transformer juste selon mon bon vouloir, avant de m'éjecter hors de ma méditation d'un coup de pied !
Tatsuki était maintenant clairement furieuse envers son zanpakuto, et Ichigo eut un petit sourire en coin.
- C'est plutôt normal, Tatsuki.
- Hein ?
- Tatsuki, Kitsuko est ton zanpakuto, expliqua-t-il calmement. C'est le sabre de TON esprit, certes, mais c'est aussi désormais un être à part entière. Une alliée, une camarade. Pas un simple objet. Tu ne peux pas simplement lui demander de t'obéir, et encore moins lui ordonner de t'obéir, aussi facilement.
- Mais elle est sensée être MON pouvoir, non ? A moi et à personne d'autre. A qui d'autre pourrait-elle obéir si ce n'est moi ? Comme toi avec Zangetsu…
- Mauvais exemple. Je suis passé par là, moi aussi. En gros, tu es en train de te comporter avec elle comme moi je me comporte avec lui aujourd'hui.
- Exactement ! Alors pourquoi est-ce qu'elle…
- Tatsuki, tu ne m'écoutes pas. Calme-toi.
Une fois qu'elle fut redevenue calme, Il reprit.
- Les zanpakutos des Shinigamis sont nés de nos âmes, ce sont des copies de notre "raison" qui dorment dans ses lames… Tiens, ça rime.
- Ichigooo…
- Oui, oui, je reprends. D'une certaine manière, ce sont presque des êtres vivants à part entière désormais, avec leur propre but, leur propre motivation, et même une certaine autonomie. Ce que tu essaies de faire, la retransformer en épée chinoise, c'est de la forcer à passer en Shikai. Mais à ton niveau, Tatsuki, tu n'y arriveras jamais avec cette mentalité-là envers elle.
Tatsuki baissa les yeux vers son épée, un mélange de déception et de frustration sur son visage et Ichigo comprit instinctivement ce qu'elle voulait.
- Ha, alors c'est ça… Tu veux la voir en Shikai permanent, comme Zangetsu.
- Je… J'aime pas trop le style d'épée que sont les sabres japonais, les katanas, avoua-t-elle en rougissant mais conservant son visage bougon. Mais j'aime bien les épées chinoises… J'ai emporté un ou deux livres sur le maniement de ces épées, mais tant qu'elle reste sous cette forme, ça me sert à rien. Ils ne se manient pas du tout de la même façon. T'as de la chance, toi, ton sabre a toujours été en Shikai…
- Je suis un très mauvais exemple pour toi, Tatsuki. Zangetsu est en Shikai permanent aujourd'hui parce que je le veux et que je suis habitué à sa forme, mais il y a deux ans, il était en Shikai permanent de un parce que j'étais incapable de réguler correctement mon reiatsu et de deux parce qu'il n'avait pas de "base" à laquelle retourner, à savoir un asauchi.
Il désigna le sabre de Tatsuki du doigt.
- Kitsuko est actuellement "scellée" dans le asauchi que tu as eu en main lorsque tu as libéré tes pouvoirs de Shinigami pour la première fois. Afin de la libérer de ce sceau, il va te falloir apprendre à lui parler, à l'apprécier à sa façon et à répondre à SES attentes. Elle n'est pas un simple objet, c'est ton partenaire. Lorsque vous serez arrivé à un terrain d'entente, tu seras capable de la libérer en Shikai. A partir de là, tu découvriras ses véritables pouvoirs… et crois-moi, ça n'arrivera pas du jour au lendemain sans faire d'effort.
- Et toi ? Je crois savoir qu'il y a une autre forme de libération du sabre, non ? Yoruichi-san en avait parlé…
- Le Bankai. C'est d'un niveau complètement différent. Littéralement, après avoir appris à travailler en équipe avec ton zanpakuto, tu dois le vaincre et le soumettre. C'est extrêmement dur à faire… parce que ton zanpakuto représente tes pouvoirs de Shinigami, tu dois donc réussir à vaincre ton propre pouvoir. Mais tu es encore très loin de ça, désolé. En revanche, une fois que tu as atteint le niveau du Bankai, tu n'as plus besoin de demander à l'esprit de ton zanpakuto sa permission pour utiliser ses pouvoirs… Mais d'une certaine manière, c'est aussi que tu es devenu tellement en accord avec lui qu'il ne te refuse plus rien… ou presque.
- Ho. En clair, la route est longue, hein ?
Ichigo eut un sourire désolé et lui posa sa main sur l'épaule avec un air confiant.
- Elle est longue pour tout le monde, mais pour ceux qui sont déterminés à réussir, c'est la vitesse à laquelle tu avances qui n'est pas la même.
- Ichigo ! Appela alors une voix à l'entrée du dojo.
Il se redressa et vit Yoruichi adossée à la porte, en humaine, vêtue de son uniforme noire et orange.
- On y va.
- Ok, j'arrive, fit-il en reprenant Zangetsu pour le ranger dans son dos. Bonne chance pour les cours, Tatsuki.
Tatsuki se leva à son tour et ramassa son propre zanpakuto pour le glisser à sa ceinture mais Yoruichi l'interrompit.
- Les zanpakutos ne sont pas autorisés durant les cours, Arisawa-san, sauf pour ceux de Zanjutsu, cela va sans dire, mais même pour ceux-là les professeurs préfèrent vous voir utiliser des shinais. Je te conseille donc de laisser ton sabre ici, au dortoir.
- Merci pour cette précision, Yoruichi-san.
La femme balaya le remerciement d'un petit geste de la main avec un sourire avant de se tourner vers Ichigo.
- Prêt à souffrir un peu ? Lui demanda-t-elle en dévoilant ses crocs.
- Allons-y.
Tatsuki agrippa son kosode et l'attira vers elle pour un rapide baiser.
- Bonne chance, lui murmura-t-elle ensuite avant de s'éclipser.
Le sourire de Yoruichi s'élargit un poil d'avantage après cela.
***.***
Soul Society, Seireitei
Ichigo n'était jamais venu dans le secteur où Yoruichi l'emmena, derrière la colline du Soukyoku.
- C'est un terrain d'entrainement, précisa-t-elle par-dessus son épaule alors qu'ils longeaient en courant un muret entourant une gigantesque forêt. Pour les exercices de manœuvre, les combats de groupe ou contre des adversaires de très grande taille. Tu te doutes bien que les Shinigamis ne s'entrainent pas avec leur Shikai ou leur Bankai entre les 4 murs de leur division.
- Logique.
- Tiens, fit-elle en lui lançant un papier plié qu'il attrapa sans s'arrêter. C'est ton emploi du temps à l'Académie pour la semaine prochaine.
- J'ai pas beaucoup d'heure de cours, nota-t-il. Juste 3 fois 2 heures réparties lundi, mercredi et jeudi…
- Ce n'est que celui de la première semaine, Ichigo, tu récupéreras le prochain directement auprès de l'Académie.
- Mais on est jeudi, non ? Je devrais être en cours, là…
- La semaine prochaine, j'ai dit.
- Ho, pardon.
Yoruichi se mit à progresser par bonds rapides et Ichigo en fit de même. Quelques minutes plus tard, ils atterrirent en face de l'entrée qui était gardée par deux Shinigamis armés d'une sorte de lance en plus de leurs zanpakutos. Ils se mirent en garde en les voyant arriver puis se détendirent. L'entrée de la zone d'entrainement était immense, et encadrée par deux bâtiments différents, l'un à gauche large et plat, l'autre à droite une sorte de tour blanche d'une centaine de mètres de haut, chacun muni d'une porte latérale, celle à gauche étant toutefois nettement plus large.
- A gauche est une succursale de la 4ème Division, pour les blessés. La tour à droite sert à surveiller l'activité dans la zone d'entrainement, expliqua Yoruichi en s'avançant vers l'un des gardes.
Elle adressa un petit signe au garde qui hocha affirmativement la tête avant de s'écarter pour poser la main le long de la porte. Ichigo sentit que le garde concentrait légèrement son reiatsu et, dans un claquement sourd, une section rectangulaire de la porte se découpa et se replia en arrière. Une petite porte dans l'immense entrée, comprit-il.
- Tu ne t'attendais quand même pas à ce qu'on t'ouvre le portail juste pour toi, non ? Remarqua Yoruichi avec un sourire narquois.
- Na, pas pour moi… Mais pour toi, certainement.
Petit ricanement des deux gardes qui se reprirent bien vite.
- Rira bien qui rira le dernier, fit Yoruichi en désignant la porte ouverte.
Ils traversèrent la porte – qui faisaient presque deux mètres de profondeur ! – qui se referma derrière eux et ils se retrouvèrent en bordure de la forêt.
- Bien, fit Yoruichi. Comme je l'avais prévu, nous sommes en retard.
- Huh ? Fit Ichigo, sentant monté en lui une pointe d'inquiétude.
- L'exercice a déjà commencé depuis quelques minutes. T'inquiète, rien de catastrophique. Prends ça, continua-t-elle en lui lançant un brassard et un gant.
Il la vit en mettre elle aussi un autour de son bars et enfiler son propre gant.
- Petit jeu de chat et de souris, Ichigo. Tu vois la tour blanche au loin dans la forêt ? Il y a une petite zone d'éclaircie tout autour, pour ton information. Reste en vue d'elle, c'est la seule règle de zone. Le but du jeu est simple, trouve un maximum d'adversaires et touche-les avec ton gant au torse ou au dos. Tout le monde dans la zone est à la fois souris et chat. A la fin du temps imparti, un signal sera émis depuis la tour, le jeu sera terminé et tu devras alors t'y rendre.
- Ok, et j'imagine que le vainqueur est celui qui a touché le plus d'adversaire et qui s'est fait le moins touché.
- Exactement. Ha, dernier point. Les seuls pouvoirs autorisés sont le Hohô et le Hakuda, donc pas de zanpakuto ni de Kidou, ok ?
- Compris.
- Et pour toi, cela veut donc dire pas de Bankai, également.
- Oui, oui, je l'avais bien compris. Et combien de temps va durer ce…
- Ho, une bonne heure environ. Bonne chance, gamin, fit Yoruichi avant de bondir latéralement puis de disparaître soudainement dans un Shunpo.
- Ooookeeee… Bon, c'est parti.
Et il disparut à son tour.
***.***
Il ne fallut que quelques minutes à Ichigo pour comprendre l'intérêt de ce "jeu" en terme d'entrainement. Entre utiliser le Shunpo pour se déplacer, dissimuler son reiatsu pour se cacher et utiliser ses propres perceptions pour détecter les autres joueurs, il permettait d'entrainer plusieurs talents en même temps. Le Hakuda, lui, n'était là que pour les phases de contact.
Les combats eux-mêmes étaient rares, car cela forçait trop d'attention sur son adversaire immédiat, laissant la porte ouverte à d'autres adversaires pour une touche facile. Mieux valait se laisser toucher par celui qui venait de nous repérer plutôt que de l'affronter et de se retrouver touché par 5 ou 6 autres personnes. Le temps qu'il comprenne cela, il avait déjà été touché une dizaine de fois par des Shinigamis qui pratiquaient des tactiques de "touche au vol". A partir de là, il parvint à maîtriser son score mais ne remonta pas positif, restant entre -2 et -5 au niveau du score.
Au bout d'une heure enfin, épuisé et un peu sale, il vit le signal – un petit feu d'artifice lancé au dessus de la tour – et il vit alors une foule de Shinigamis sortir des bois et se diriger vers la tour, certains vêtus de leur Shihakusho, d'autres d'un uniforme noir de ninja. En arrivant au pied de la tour, il vit la zone dégagée mentionnée par Yoruichi et qu'il y avait environ 150 participants au jeu qui se regroupèrent en petits groupes, commentant leurs résultats après avoir rendu leur brassard et leur gant qu'ils déposaient respectivement dans deux grandes boîtes rouges. Ichigo les virent aussi alors récupérer leur zanpakuto qu'ils avaient tous laissé sur des râteliers prévus à cet effet.
- Ha ? Kurosaki-san ?
Ichigo se retourna et vit approcher une jeune femme aux cheveux coiffés en un chignon rond. Elle s'arrêta à quelques pas de lui et s'inclina respectueusement devant lui sous son regard surpris.
- C'est vraiment vous. Quelle chance et quelle joie de pouvoir enfin vous rencontrer. Je suis Hinamori Momo, Lieutenant de la 5ème Division.
- Haa, enchanté, répondit-il en se frottant la joue pour retirer un peu de poussière mêlée à sa sueur et en se penchant à son tour.
- Je tenais une fois encore à vous remercier pour votre participation durant…
- Haa, non, ce n'est pas la peine, j'ai juste fait ce que je pensais devoir faire, la coupa-t-il en regardant à gauche et à droite, peu désireux d'attirer l'attention sur lui.
Hinamori sembla le comprendre et lui rendit un sourire gêné.
- Expliquez-moi plutôt le rôle du brassard dans ce jeu qu'on vient de finir… Le gant, c'était facile à comprendre mais Yoruichi-san ne m'a rien dit à propos du brassard.
- Ho, mais c'est très simple, c'est pour le résultat par Division.
- Par Division ?
- Hun, confirma-t-elle. Venez voir, les résultats sont affichés là.
Elle le mena jusqu'à une sorte de tableau où étaient inscrit les scores de chaque personne et les résultats par Division. Ichigo nota alors qu'à chaque fois qu'un Shinigami déposait son gant et son brassard dans les boîtes, son nom s'affichait alors dans le classement et son score s'ajoutait à celui de sa Division.
- Haa, comme d'habitude, la 2nde Division est en tête… Ara, Soi Fon-Taichou n'a même pas encore rendu son gant… Enfin bon, ça ne fera que creuser d'avantage l'écart entre eux et nous, commenta la jeune femme.
- Si je comprends bien, ce petit jeu sert également à mesurer les performances des Divisions entre elles.
- Oui, mais ce n'est pas le seul "jeu" qu'il y a pour ça. Nous organisons aussi des tournois sur d'autres disciplines… et je dois bien avouer que j'ai n'ai pas particulièrement brillé aujourd'hui, le Hohô n'étant pas trop ma spécialité.
- Rukia ne m'avait jamais parlé de ces jeux et de ces tournois, s'étonna Ichigo. Bizarre, ça à l'air fun, pourtant.
- Ho ! Et bien, en fait, c'est assez récent ! Vous voyez, ce n'est qu'après…
Hinamori fut interrompue par un "Hooooo" collectif des Shinigamis qui observaient les résultats.
- Soi Fon-Taichou n'est pas la première, il y a une autre qui a eu le même score qu'elle !
- C'est une blague ? De quelle Division ?
- C'est une concurrente libre, elle n'appartient à aucune Division.
- Elle s'appelle comment ? J'ai du mal à lire son nom…
Ichigo et Hinamori se dégagèrent de la foule qui s'amassait maintenant devant le tableau des résultats et il vit alors Yoruichi avec un énorme sourire lui faire signe, se tenant un peu à l'écart des autres, en bordure de la forêt.
- Je me demande bien qui peut égaler Soi Fon-Taichou en Hohô… se demanda Hinamori en le suivant.
- Vous allez la rencontrer dans quelques instants, fit Ichigo avec un soupir, et fidèle à ses paroles, désigna la femme-chat en arrivant devant elle. Hinamori-Fukutaichou, voici Shihouin Yoruichi.
- Yoruichi ? S'étonna-t-elle en dévisageant la femme en face d'elle. Vous êtes vraiment "Shunshin Yoruichi" ?
- En chair et en os, répondit-elle avec un grand sourire.
- Vous êtes arrivés en retard, gronda une voix féminine qui s'approchait d'eux.
Ichigo se retourna et son cœur se remit à battre la chamade en voyant Soi Fon et Rukia s'approcher, chacune venant apparemment de récupérer leurs affaires après avoir déposé leur gant.
- Taichou ! Salua Hinamori.
- Voyons, c'était fait exprès. Je voulais juste te laisser un peu d'avance mais cela n'a pas servi à grand-chose finalement.
- Mais oui, et c'est aussi pour ça que vous m'avez consciencieusement évité durant tout le jeu.
- Tu as bien failli m'avoir lors de mon accrochage avec Rukia-chan, je te rappelle.
- Alors, Ichigo, que penses-tu de ce petit jeu ? Pas mal, hein ? Demanda Rukia avec un air de défi, comme si leurs retrouvailles d'hier soir n'avaient jamais eu lieu, ni leur longue séparation.
- Pas mal du tout, approuva-t-il en sortant de sa torpeur. Va falloir que je m'entraine dur si je veux essayer de rattraper un tant soit peu Soi Fon-Taichou ou Yoruichi-san.
- Punk, essaie déjà de me rattraper moi, avant de viser au-dessus, rétorqua-t-elle en lui décochant un coup de poing dans le bras.
- Taichou, j'allais justement expliquer à Kurosaki-dono que c'était vous qui aviez mis en place ces tournois entre les Divisions il y a environ un an et demi.
- Je n'étais pas la seule, précisa Rukia en réajustant son sabre à sa ceinture. Mais j'avoue que l'idée de base venait de moi, après avoir vu une rediffusion des Jeux Olympiques que pratiquent les mortels.
Ichigo hocha la tête en signe de compréhension puis se figea d'un seul coup en comprenant une autre chose, qui l'aurait laissé bouche bée s'il avait eu la bouche ouverte : Hinamori ne parlait pas à Soi Fon, mais à Rukia… Donc cela voulait dire…
Et il eut sa confirmation lorsqu'elle défit le nœud autour de son petit paquet soigneusement enroulé sous son bras et qu'elle le déplia d'un mouvement sec avant de se le revêtir, un haori de capitaine avec le caractère japonais 5 dans un losange sur son dos.
- T-Tai… chou…
- Oui, Ichigo, continua-t-elle en se redressant après avoir fini de se rhabiller correctement. Capitaine de la 5ème Division, Kuchiki Rukia. ça t'en bouche un coin, hmm ?
- Félicitations, répondit-il avec un grand sourire une fois sa surprise passée. Alors ça veut dire que tu maitrises enfin ton Bankai ?
- Au plus grand désarroi de mon frère, oui.
- En parlant de lui, il n'a pas daigné venir aujourd'hui… fit Soi Fon en reniflant de dédain.
- Tu parles, avec la honte que tu lui as fait subir la dernière fois, commenta Rukia avant de la désigner tout en expliquant à Ichigo. Elle l'a touché pas moins de 4 fois lors de la dernière compétition, après l'avoir défié parce qu'il avait commenté le jeu comme "puéril". Depuis, je sais de source sure qu'il s'entraine comme un malade au Shunpo.
- Bah, ça lui fera du bien, j'arrêtais pas de l'asticoter quand nous étions plus jeunes… Il ne m'a jamais attrapé malgré tout ses efforts, raconta Yoruichi.
- Taichou, signala Hinamori, je pense que l'heure est venue de…
Elle ne termina pas sa phrase mais Rukia comprit parfaitement.
- Oui, tu as raison. Je te laisse rassembler nos hommes et que tous retournent à leur poste. Obtenir que le Commandant autorise la compétition de continuer malgré l'état d'urgence ne fut pas une mince affaire. Montrons-lui qu'il peut nous faire confiance.
- Hai, Taichou. Je m'en occupe.
Hinamori s'inclina et s'éclipsa d'un rapide Shunpo.
- Bien, il est temps que j'aille asticoter mes hommes à mon tour. Rukia, je te laisse 5 minutes en tête-à-tête, comme convenu, 5 minutes, pas une de plus.
- Merci, Soi Fon.
- Yoruichi-sama, par ici, je vous prie.
- Hooo, je vois. Je vous laisse à vos… secondes retrouvailles.
Et avant que le couple puisse se demander ce qu'elle entendait par "secondes", elle s'éloigna en compagnie de Soi Fon et ils se retrouvèrent seuls. Le silence resta entre eux quelques instants, jusqu'à ce qu'Ichigo le brise.
- Taichou… Depuis quand as-tu…
- Il y a un an environ, se lança Rukia, contente qu'il ait lancé ce sujet. Juste après la guerre, Ukitake-Taichou m'a promu sa lieutenante, contre l'avis de mon frère… mais il ne s'y opposa pas trop car je maitrisais déjà bien mon Shikai. Six mois après je découvrais mon Bankai. Encore six mois après, je recevais une recommandation spéciale venant d'Ukitake-Taichou, Kyouraku-Taichou, Toshirou, Soi Fon, Unohana-dono et Kenpachi-san. Combinée à l'approbation de Komamura-Taichou et de Yamamoto-Soutaichou. En fait, il me manquait une voix, mais comme il manquait déjà 3 places de capitaine et que j'avais des recommandations de tous les plus anciens en poste, le commandant trancha et déclara ma candidature valable et acceptée. Nii-sama l'a assez mal pris, tu t'en doutes.
- Haa, il est encore un peu trop protecteur, j'imagine.
- Il n'a plus à l'être. Avec mon Bankai, mes pouvoirs en terme de protection sont désormais supérieurs aux siens… En revanche, j'avoue que je manque de force d'attaque.
- Bah, que devrais-je dire, moi, avec un Bankai qui ne fait qu'augmenter ma vitesse et ma puissance.
- Ichigo, concernant… notre discussion d'hier… Enfin ma discussion avec Tatsuki-san…
- Ha… Oui… Bizarre, comme proposition, huh ?
- Herm… Pas tant que ça, en fait… Je veux dire… La polygamie n'est pas interdite à la Soul Society, il y a pas mal de familles nobles qui la pratiquent, généralement dans la petite noblesse… Afin de tisser des liens entre les clans, tu vois… Mais notre cas est différent… et il y a aussi le côté…
- Rukia… Je ne veux pas te forcer à…
- Non, tu ne me forces pas… J'ai dit à Tatsuki que je voulais en parler avec toi, seule à seul. Et c'est ce que nous faisons. Je t'en prie, laisse-moi parler.
- Ok.
- Ichigo, tu… Tu m'as terriblement manqué. Durant le premier mois après notre séparation, il ne se passait pas une nuit sans que je me réveille en sursaut en imaginant qu'un Hollow t'attaquait en guise de vengeance, il ne se passait pas un jour sans que je regarde le Senkaimon central en planifiant de retourner sur terre, de prendre un Gigai à Urahara et de vivre auprès de toi, en dépit des lois de la Soul Society. A chaque fois, je savais que ce n'étais pas une solution viable et je reculais… Notre séparation m'a brisé le cœur.
Ichigo vit qu'elle avait presque des larmes aux yeux mais qu'elle les retenait. Parce que ces larmes appartenaient au passé.
- Avec le temps, je me suis convaincue moi-même que c'était pour le mieux, et je me suis plongée dans mon entrainement. J'ai créé ces tournois parce que cela me semblait une bonne idée mais surtout – Ne le répète à personne – pour qu'Ukitake-Taichou ne soit pas trop sur mon dos à propos de mon entrainement pour mon Bankai. Enfin, dans un premier temps. Ensuite, c'est vraiment devenu une motivation à part… Mais quand j'ai appris que des Arrancars étaient apparus à Karakura Town, j'ai été terrifiée ! Comme si mes cauchemars devenaient réalité ! Si le ban sur les voyages vers le monde terrestre ne venait pas d'être appliqué et que je n'avais pas su que Soi Fon et Toshirou étaient encore sur terre, je serais parti, avec ou sans ordre ou approbation ! Déjà que j'étais verte de rage envers le commandant pour ne pas avoir accepté de me laisser retourner à Karakura lors du recrutement d'Urahara… Pour un peu, je parierai que Nii-sama y était pour quelque chose, mais il n'a rien dit, pas un mot, pas même un regard, que ce soit vers moi ou vers le commandant. Mais lorsque Soi Fon et Toshirou sont revenus – et tu pourras le leur demander –, je leur suis tombée dessus comme une furie pour avoir de tes nouvelles. Et tu n'as pas idée de la joie que j'ai ressenti lorsque j'ai appris que tu avais retrouvé tes pouvoirs et que tu allais venir vivre ici… et de ma détresse lorsque j'ai appris également que tu n'étais plus… seul. Mais lorsque je t'ai revu hier soir… tout a fondu, disparu, envolé. Il ne restait dans ma tête plus que toi et moi. Ichigo… Je refuse d'avoir de nouveau le cœur brisé de cette manière. Alors si tu acceptes cette histoire de triangle amoureux avec Tatsuki-san, je l'accepte aussi.
Elle se tut un moment, cherchant son approbation ou son désaccord dans son regard, mais ni trouvant ni l'un ni l'autre.
- Je t'aime, Ichigo.
- Bon, hé bien, il ne me reste plus qu'à botter le cul de ton frangin une fois de plus, en gros, huh ? Fut sa réponse avec un léger sourire.
Rukia sentit ses yeux s'embuer de larmes de joie et les ferma avec force pour les retenir.
- Pas tout seul, Ichigo. Gardons tout ça secret pour le moment, comme convenu avec Tatsuki… et le jour où on ira lui botter le cul comme tu dis, nous irons à trois, elle, toi et moi.
- Marché conclu, ricana-t-il.
Rukia se passa une main devant le visage et il sentit son reiatsu s'élever légèrement. L'instant suivant, lorsqu'elle abaissa sa main, son visage était redevenu normal mais arborant une expression glacée.
- Woah… Tu fais ça comment ?
- Un petit avantage d'avoir un zanpakuto de type glace. Tu ne tarderas pas à entendre parler de moi en tant que "Princesse de Glace", d'ailleurs, précisa-t-elle d'une voix redevenue froide et hautaine.
- Très impressionnant.
- Je crois que les 5 minutes que j'avais demandé à Soi Fon sont dépassées depuis longtemps, ne la faisons pas attendre plus longtemps.
Il approuva et le couple se rapprocha de la capitaine de la 2nde Division et de ses hommes, tous en rangs et au garde à vous devant elle. Yoruichi se tenait juste quelques mètres derrière, les bras croisé, un petit sourire mystérieux et satisfait sur les lèvres.
- Haa, ce n'est pas trop tôt, Kurosaki ! fit soi Fon en braquant un regard digne d'un système de guidage laser sur lui.
- Huh ?
- Il semblerait qu'il est oublié la raison majeure de sa présence ici, Soi Fon, commenta Yoruichi d'une voix guillerette.
- Et je vais me faire une joie de le lui rappeler, renchérit la capitaine de l'Onmitsukidou, avant de se tourner vers Rukia, son regard devenant moins sévère mais gardant un certain professionnalisme puisqu'elle était devant ses hommes. Mes excuses pour le retard que mon subordonné vous a causé, Kuchiki-Taichou.
- Ce retard est principalement de ma faute, Soi Fon-Taichou, ne soyez pas trop sévère avec lui.
- Pas plus que nécessaire, je vous l'assure. Kurosaki !
- Oui ? répondit-il, toujours un peu surpris.
- Ne reste pas là à bailler aux corneilles ! De toute la Division, tu es celui qui a fait le score le plus minable dans cette épreuve depuis sa création ! Même Oomaeda – paix à son âme – parvenait au moins à rester positif ! Tu as de la chance de ne faire partie de ma Division que depuis ce matin, sinon je peux t'assurer que tu serais déjà en train de te planquer dans le trou le plus profond du Seireitei dans le vain espoir que je ne te retrouve pas pour te faire payer ta crasse incompétence !
Il comprit à ce moment-là que Soi fon allait être son capitaine… Et il eut la brusque envie de fuir le plus loin possible et aussi vite que possible devant l'impressionnante envie de meurtre qu'elle dirigea contre lui.
- Shiouza !
- Hai, Taichou ! fit un des hommes en s'avançant rapidement d'un pas avant de se remettre au garde-à-vous.
- Félicitations pour ton score d'aujourd'hui, tu as fait honneur à ta Division. En récompense, tu as quartier libre pour le reste de la matinée… après que tu auras rempli une dernière tâche.
- Merci, Taichou !
- Kurosaki !
Ichigo se mit instinctivement au garde-à-vous, mais pas dans la même posture que les autres : il ne pouvait pas mettre ses deux poings dans son dos à cause de Zangetsu.
- Shiouza ici présent va te conduire aux quartiers de notre Division. Il y a un bureau vide à côté du mien, tu y trouveras dedans sur une feuille de papier posé sur le bureau un seul objet qui est pour toi. Tu le prends et tu reviens ici aussi vite que possible… Mais avant de partir, laisse ton zanpakuto ici.
Ichigo obtempéra, déposant son zanpakuto sur le râtelier qu'elle désignait. Puis, d'un simple signe de la tête, elle ordonna à Shiouza d'y aller. L'homme, qui avait très bien compris l'intention de son capitaine, disparut en un éclair de Shunpo et Ichigo pesta avant d'en faire de même.
- Vous autres, retournez à vos postes. Dispersion !
L'instant suivant, il ne restait plus un seul homme au pied de la tour.
- Houuu, si sévère, Soi Fon, plaisanta Yoruichi.
- Je n'accorde aucun traitement de faveur envers quiconque.
- Je n'ai pas dit que je n'approuvai pas, continua-t-elle avant de se tourner vers Rukia. Si tu es encore là, je suppose que c'est à propos du petit cadeau que t'a laissé cet Espada il y a deux ans.
Rukia jeta un coup d'œil vers sa collègue de la 2nde Division et approuva d'un simple hochement de tête.
- Bien. Soi Fon, tu es sûre et certaine de vouloir suivre mon entrainement ?
- Hai, Yoruichi-sama.
- Bien, alors commençons. Retirez vos haoris, et toi, Soi Fon, retire tout le haut.
La capitaine de l'Onmitsukidou haussa un sourcil mais obtempéra, rougissant quand même un peu en retirant son kosode et son shitagi.
- Au début de leurs recherches, ni Urahara ni Aizen ne connaissaient la méthode d'entrainement qu'utilise la Division 0 pour réveiller les pouvoirs Hollows chez un Shinigami. Mais même lorsqu'ils la découvrirent bien plus tard, ils comprirent vite qu'elle était impossible à exécuter sans condition très particulières, conditions pour lesquelles Aizen a abandonné ses recherches dans ce sens et s'est tourné vers la création des Arrancars, beaucoup plus simple pour lui. La méthode est en fait d'une extrême simplicité : il faut qu'un Shinigami reçoivent en pleine poitrine un concentré d'énergie Hollow précisément égal à son propre niveau de reiatsu. C'est exactement la même chose pour réveiller naturellement les pouvoirs Arrancars d'un Hollow, et c'est ainsi qu'Aizen a créé ses Privarons Espadas. Cependant, ce processus n'est pas n'est pas sans douleur ni danger. Un tout petit peu trop de reiatsu Hollow, et je te tuerai, Soi Fon. Pas assez, et cela n'aura aucun effet si ce n'est une très vilaine blessure… Si tu y survis, toujours bien entendu. En règle générale, on garde toujours sous la main un soigneur compétent lors de cette phase mais grâce à Rukia-chan ici présente, ce ne sera pas nécessaire. Une fois ce reiatsu Hollow dans ton corps, tu devras le laisser agir au lieu de te rebeller contre lui. Il va naturellement chercher la source même de tes pouvoirs pour tenter de la corrompre… et tu devras le laisser faire. Ton Instinct se réveillera alors au contact de cette énergie Hollow et s'en abreuvera. Puis il cherchera à écraser son côté opposé. En clair, il s'agit de rejouer dans ton âme le duel entre la Raison et l'Instinct. La seule différence, c'est que tu ne seras pas un simple spectateur de ce duel cette fois, parce que ta Raison t'est déjà soumise. Et dans ton monde intérieur, tu devras soumettre ton Hollow, tout comme tu as soumis ton Zanpakuto.
- Je crois que j'ai compris, fit Soi Fon en écartant les bras.
- Le combat entre la Raison et l'Instinct n'aura pas lieu immédiatement dès que je t'aurai injecté l'énergie Hollow, Soi Fon. Cela peut même prendre des mois.
- Je m'en doute.
- Il y a aussi un moyen pour accélérer ce délai, mais nous en discuterons après, ok ?
- Allez-y, Yoruichi-sama, je suis prête. Je veux… Non, je dois avoir le moyen de me battre dans cette guerre. Je refuse d'être une gêne ou de rester une fois encore sur le côté.
- Garde cette détermination en toi, Soi Fon, car ce sera elle la clé de ta survie. Prête, Rukia ?
- Je suis prête, Yoruichi-dono, fit le jeune capitaine en dégainant son zanpakuto.
Yoruichi posa sa main gauche sur l'épaule de Soi Fon et serra doucement.
- Désolé, Soi Fon, ça va faire mal. Bakudô N°73 : Tozanshô.
Une pyramide inversée de lumière jaune se créa autour des trois femmes et Yoruichi porta sa main droite à son visage. L'instant suivant elle l'abaissa et dévoila à Soi Fon son masque de Hollow, rappelant un chat mais dont les crocs étaient démesurés. Puis elle arma sa main droite dans la foulée et la planta juste en-dessous du sternum de Soi Fon de toutes ses forces. Durant la seconde suivante, Yoruichi arracha sa main ensanglantée et bondit en arrière, son masque se dissolvant déjà dans l'atmosphère, Rukia avança d'un pas et sabra l'air devant la capitaine au torse nu et percé. Sa blessure se congela instantanément et Soi Fon bascula en arrière, immobile, les yeux ouverts. Elle n'avait même pas poussé un gémissement.
Yoruichi s'avança doucement et posa sa main par-dessus la plaie glacée. S'émerveillant mentalement de la maîtrise de Rukia sur ses pouvoirs.
- Dites-moi qu'elle a survécu, demanda Rukia avec un soupçon d'angoisse.
- Elle est vivante, je te rassure. Tout s'est passé comme prévu.
A ce moment-là, Soi Fon eut un spasme et se redressa en inspirant une grande goulée d'air.
- Ho mon dieu ! C'est… C'est atroce ! Par pitié, tuez-moi ! Cette douleur… !
- Je t'avais dit que ça allait faire mal. Rukia, des soins seraient appropriés maintenant. Et vite, avant qu'Ichigo ne revienne. Je préférerais ne pas avoir à lui expliquer ce que nous venons de faire.
***.***
Hueco Mundo, Las Sombras Perdidos, Arène des Chevaliers
Assise sur un rocher, Nel tenait dans sa main droite quelque chose qu'elle examinait attentivement. Son armure de cuir était taché d'effluves ocres et mauves, mais ses cheveux et son visage semblaient avoir été épargnés par ce qui l'avait tâché.
- Allez, dépêchez-vous, demanda-t-elle doucement tout en regardant l'objet. Je suis tâché de sang et je veux prendre une douche avant de rejoindre mon Grimmjow.
Quelques heures auparavant, Lilith était venue les réveiller, elle et Grimmjow, comme à son habitude dès qu'un grand évènement se préparait. Cette fois-ci, elle leur avait présenté deux de ses plus anciens serviteurs, qui allaient désormais être chargés de leur entrainement. Teresa allait bientôt défié un Maître et allait donc passer les prochains jours en entrainement intensif et Julia serait sa partenaire. Affamé, ils avaient littéralement dévoré le petit déjeuner que cette dernière leur avait amené et Nel s'était sentie emplie d'une énergie renouvelée.
Puis Lilith leur avait annoncé qu'un combat spécial aurait lieu dans l'Arène ce jour-là, une sorte de Battle Royal entre 4 serviteurs et Lilith avait réussi à réserver une place pour l'un de ses champions. Grimmjow, encore épuisé par ses récentes mésaventures et par la soirée torride qui à ses yeux valait bien à elle seule tout ce qu'il avait enduré ces derniers jours, avait décliné l'offre et Nel avait donc sauté sur l'occasion.
Cela faisait déjà quelques semaines que Nel et Grimmjow se battaient toutes les semaines dans l'Arène, faisant leurs premières armes parmi les Chevaliers de la Garde Noire. L'un comme l'autre était encore à ce jour invaincu.
Elle était donc entrée seule dans l'Arène, se préparant à affronter trois ennemis en même temps, sans distinction d'ordre ou de préférence. Le combat avait commencé bien à l'heure prévue, sans problème, et elle s'était retrouvée transportée dans une autre dimension, au milieu d'une large plaine balayée par un vent fort. Ses adversaires l'avait chargé tous les 3 ensembles, dans le seul but évident de la tuer… et ce fut un massacre.
Généralement, les serviteurs évitaient de se tuer entre eux dans l'Arène, car les Maîtres demandaient alors des rétributions pour les serviteurs perdus. Nel elle-même n'avait jusqu'alors jamais tué de serviteur, Grimmjow en avait tué un une fois et Lilith lui avait alors clairement fait comprendre qu'elle n'avait pas apprécié. Mais cette fois-ci, lorsque les trois Arrancars l'avaient attaqué de toutes leurs forces, elle avait entendu distinctement la voix de sa Maîtresse dans son esprit.
Tue-les tous… Massacre-les… Réduis-les en charpie… Dévore-les…
Sans même avoir à prendre sa forme libérée, Nel avait transformé la plaine en bain de sang et disséminé les membres arrachés de ses adversaires un peu partout. A tous, elle leur avait consciencieusement arraché le cœur pour le dévorer. Le premier, elle avait mordu dedans à plaines dents, se délectant du sang comme d'un vin de grand cru. Le second, elle le déchira en petites bouchées qu'elle avala l'une après l'autre, comme de petits morceaux de pains. Le dernier, qui avait appartenu à un Arrancar dont les doigts étaient comme des rasoirs, elle lui avait sectionné la main dans un premier temps, puis le doigt le plus long dont elle se servit comme d'un couteau. Elle avait ensuite découpé le cœur en fine tranche qu'elle avait mangé avec la même classe qu'une noble, tranquillement assise au centre de la plaine, sur un rocher faisant office de chaise et un autre de table.
Enfin, avisant une petite source d'eau naturelle, elle avait nettoyée sa bouche et son visage comme si de rien n'était. Elle se sentait calme, reposée, pleine d'énergie et sereine.
Comme elle ne revenait pas encore dans le Palais, elle avait pris son mal en patience durant le premier quart d'heure puis avait décidé de prendre les choses en main, arrachant au sol un objet qu'elle savait être un communicateur avec les spectateurs de l'Arène, afin qu'ils entendent les bruits du combat. Il y en avait partout dans la zone.
- Voici comment je traite ceux qui ne se battent pas à la loyale avec moi, avait-elle dit de but-en-blanc. Vous êtes prévenus.
Elle avait alors ramené l'objet avec elle au centre de la pièce et l'observait maintenant sous toutes les coutures, n'osant toutefois pas le casser, et envoyant de temps en temps une petite demande – avec patience – de retour.
Brusquement, elle sentit une nouvelle présence dans la plaine et vit approcher calmement Nybbas St Michel. Nel se leva et vint à sa rencontre avec un air de défi, furieuse d'avoir attendu si longtemps.
Pas encore… A genou devant les Maîtres…
Nel se prosterna brusquement, un genou à terre, le visage baissé, obéissant instinctivement à l'ordre mental de sa Maîtresse. Nybbas sembla surpris par son comportement mais se reprit bien vite.
- Te rends-tu compte de ce que tu viens de commettre, Neliel Tu Oderschvank ? Demanda-t-il d'une voix grave et impérieuse qui, elle en était sûre, devait être répercutée dans les moindres recoins des gradins de l'Arène.
- Oui, Maître, un massacre.
- Puis-je connaître les raisons qui t'ont poussé à tuer ainsi trois de tes alliés, alors que la guerre bat à nos portes ?
- La survie, Maître, commença-t-elle avant de lever son visage pour le regarder droit dans les yeux. Pour survivre, et pour transmettre un message à tout ceux qui pensent que je suis faible et sans défense, qu'ils voient qu'il n'en est rien et que je serais impitoyable envers eux…
Comme je te l'ai ordonné…
- … comme ma Maîtresse me l'a ordonné.
Pris d'une impulsion, elle se redressa et désigna la plaine ensanglantée.
- Je n'ai pris que leur cœur, afin que leurs âmes torturées soient miennes. Leurs corps sont à vous tous, à la Garde Noire. Punissez-moi si vous le voulez, mais mon âme restera pure dans ses intentions et dans ses actes. Ce que j'ai fait aujourd'hui, je le referai demain et sans la moindre hésitation, tant que des fous se dresseront contre notre but à tous, celui de la Garde Noire.
- Espèce de petite… balbutia Nybbas en tremblant d'un mélange de colère et d'admiration devant la témérité, ou la folie, de Nel. Tu oses défier chaque Maître et Maîtresse que tu viens d'outrer par la mort de leur serviteur en les accusant de leur avoir ordonné de s'allier juste pour te tuer… ? Toi, une m-
- Nybbas ! Tonna une voix derrière lui, interrompant sa phrase.
Il se retourna d'un seul coup et vit un grand Gargantua vertical s'ouvrir, séparant l'atmosphère tel un rideau. Le géant qui en sortit était tout aussi impressionnant par sa taille et son reiatsu que son apparence, car il était recouvert intégralement d'une lourde armure de métal. Son épée était une énorme arme à deux mains fixée dans son dos. Nybbas recula de trois pas sur le côté lorsqu'il s'approcha, chaque pas du géant l'enfonçant légèrement dans le sol souple de la plaine. Quant à Nel, elle était de nouveau plaquée presque contre le sol, toujours à genoux, mais ses bras crispés à se rompre sous la pression que le géant exerçait sur elle.
- Sais-tu qui je suis ? roula sa voix sombre et rauque.
- O-Oui, Maître… Baal, réussit à dire Nel.
- Tu abois bien fort pour une chienne qui vient à peine de naître, fit Baal en se baissant pour l'attraper par les cheveux et la forcer à se relever.
Nel ne poussa même pas un gémissement de douleur devant la torture qu'il lui imposait, rien que par sa présence.
- Mais je suis curieux de voir à quoi ressemble vraiment tes crocs et jusqu'où ils vont te mener.
Il la laissa retomber sur ses pieds et Nel tituba mais parvint à garder son équilibre en poussant de toutes ses forces sur ses jambes. Et brusquement, tout le reiatsu disparut, comme par enchantement. Elle en tituba de nouveau, cette fois de surprise, et ne parvint à rester debout que par chance.
- Neliel Tu Oderschvank, reprit-il de sa voix rauque. A compter de ce jour, je t'autorise à tuer tout Arrancar qui se mesurera à toi dans l'Arène et que tu ne jugeras pas digne de servir la Garde Noire. En contrepartie, si tu viens à mourir dans l'Arène, ta Maîtresse n'aura aucun droit à réclamer.
- Merci de cet honneur, Maître, répondit-elle avec sincérité.
- Ne te trompes pas, enfant, c'est une condamnation à mort dont je viens de te faire cadeau.
- Seulement dans l'Arène, Maître…
- Certes.
Je suis fière de toi… lui murmura la voix de Lilith tandis que Baal se retirait.
Nybbas avait retrouvé son sourire et claqua simplement des doigts lorsque le Gargantua vertical de Baal se fut refermé pour ramener Nel, lui et les cadavres dans l'Arène. Et elle fut alors noyée sous les rugissements de toutes sortes provenant des gradins.
Je suis fière de toi… lui répéta la voix de Lilith depuis son box. Ton Ascension a commencé…
