Chapitre 8

Sebastian soutint son jeune contractant de son autre main. Il ne voulait pas que Ciel voit cette scène car il appréhendait sa réaction. Bien que son jeune maître fût quelqu'un de robuste mentalement, il se demandait comment il allait réagir face à ça.

Ciel sentit qu'il commençait à respirer rapidement, son cœur menaçait de sortir de sa poitrine. Devant lui une triste vision se dessinait. La pièce circulaire d'environ 20m de diamètre présentait de nombreuses cages à même le sol ou bien accrochées par des chaînes au plafond. Le sol était maculé de crasses et d'excréments, formant une croute peu ragoutante. Dans les cages de fer au bac de bois pourri, se tenait des corps. La plupart ne bougeait pas.

Celles étant en hauteur, Ciel aperçut des bras et des jambes ballants, d'une couleur verdâtre, voir noire pour certains. Des bruits d'ailes de mouches parasitaient cet espace. L'odeur de putréfaction venait de ces corps sans vie.

Quant à celles au sol, la chair décomposée ou le liquide l'accompagnant tombaient dedans, formant un petit talus écœurant. Des enfants âgé entre 8 et 12 ans étaient soit recroquevillés dans un coin, soit étendus, semblant agoniser.

Ciel croisa le regard d'une petite fille. En fin, il supposa que s'en était une vu ses cheveux longs, la crasse et la maigreur sur son visage rendant ce corps méconnaissable. Ses yeux marron le fixaient sans pour autant le voir. Cet être humain semblait être vidé de toute vie.

Les enfants dans les cages étaient similaires. Maigres. Sales. Ne portant qu'une chemise blanche trop grande. Ou du moins, elle était blanche. Certains enfants avaient été battus vu les traces d'ecchymoses et autres mutilations sur leur corps chétif. Il n'y avait aucune hygiène. Ciel percevait dans ces prisons miniatures l'urine tapissant le bois pourri ainsi que des excréments s'empilant dans un coin. Il aperçut une gamelle d'eau dans un coin.

L'estomac du jeune noble se souleva. Il se rappelait de son calvaire. Il se rappelait de cette horreur où il avait été traité comme un animal à qui on voulait enlever la fourrure. Il se rappelait de ce jour où on l'avait tiré de sa prison pour le sacrifier sur un autel.

D'ailleurs, il ne se souvenait pas d'avoir été en contact avec d'autres enfants dans une même pièce. Etait-il vraiment seul ou l'avait-il oublié ? Il ne se souvenait juste que sa cage fût toujours recouverte d'un épais tissu noir qui lui bloquait l'accès à chaque parcelle de lumière.

Tout cela pour finir sacrifié à un quelconque site macabre.

Son œil se porta néanmoins au centre de la pièce. Il déglutit difficilement. Là, entre les immondices, il y avait un signe gravé. C'était la même chose qu'il avait dans le dos.

Comme pour finir de cacher cela, une jambe se détacha des corps en train de pourrir l'air et tomba avec un bruit humide au centre, tâchant le reste de visible.

Ciel perdit connaissance.


_ Bocchan.

Un petit gémissement.

_ Bocchan.

Il entendait la voix de Sebastian au loin.

_ Bocchan.

Plus près.

Les yeux vairons clignèrent doucement, voyant d'abord du flou. Puis, ils discernèrent les orbes incandescentes de la bête.

_ Sebastian, murmura le jeune garçon.

Le susnommé sourit.

Ciel se redressa doucement, aidé du majordome.

_ Voulez-vous du thé ? Avec un peu de gâteau ? Proposa-t-il.

_ Je veux bien.

Comme s'il s'y attendait, Sebastian avait déjà préparé la tasse et la donna à son jeune maître. Tandis que Ciel trempa ses lèvres dans le liquide doré, le domestique installa un plateau de lit avec une assiette et une cuillère en argent. Les yeux vairons se baissèrent sur la collation.

Un fondant au chocolat avec de la crème anglaise.

Ciel eut un sourire.

_ Et bien Sebastian. On dirait que j'ai gagné. Tu me nourris enfin correctement. Je devrai m'évanouir plus souvent.

_ C'est exceptionnel, contredit ce dernier. J'ai pensé que le sucre et le chocolat vous feraient du bien.

Posant la tasse en porcelaine, Ciel saisit la cuillère et il recueillit une part de ce met tant attendu depuis plusieurs jours maintenant. Il ferma les yeux en sentant ce goût divin. Ah ! Ses pâtisseries ! Comme il les aimait ! Surtout celles au chocolat…

Puis, il rouvrit les yeux, dévisageant le majordome.

_ Tu m'as ramené à l'hôtel à ce que je vois.

_ Bien sur, nous ne pouvions plus enquêter vu votre état.

Ciel déposa la cuillère, quelque peu déçu.


Bon, ben voilà comment Ciel a pu reprendre sa pâtisserie ! De manière intentionnelle, certes, mais il l'a eue :D