Monde intérieur de Soi Fon

La submerger, sans relâche ni pause. Soi Fon était de loin la Shinigami la plus rapide qu'il connaissait, avec Yoruichi. Et avec leur Shunko, elles étaient encore plus plus rapide que Grimmjow. Mais une fois en Bankai et en y mettant toute son énergie et sa volonté dans ce seul et unique but, Ichigo devenait imbattable dans ce domaine, la vitesse. Il en arriva à un tel point qu'il ne comprenait même plus les paroles et les insultes que le double Hollow de Soi Fon lui lançait, car sa propre vitesse dépassait maintenant de loin le mur du son. Quelques mots lui parvenaient lorsqu'il ralentissait un peu par moment, seulement pour casser son rythme afin qu'elle ne puisse pas s'adapter au sien, puis il repartait, ne laissant derrière lui qu'une ombre noire et un flux de reiatsu ténébreux, et de nouveau les seuls sons qu'il percevait étaient trop déformés pour être compréhensibles.

Il se rendit compte rapidement qu'il venait de mettre au point une nouvelle technique de combat, encore incomplète certes et qui nécessiterait un long entrainement pour la maîtriser pleinement, mais dans la situation présente elle était parfaite. Auparavant, contre ses précédents adversaires, il avait toujours utilisé sa vitesse par à-coups, se déplaçant très vite puis s'immobilisant pour transformer sa vitesse en force de frappe. Mais il s'était peu à peu rendu compte que sa force de frappe n'avait pas de grande importance si sa vitesse était telle que ses ennemis ne pouvaient même plus réagir à temps pour parer ses attaques. Et même la plus parfaite des défenses avait une faiblesse, donc s'il la trouvait, le combat était fini.

D'un autre côté, il avait bien conscience que cette technique était épuisante, aussi bien physiquement qu'en terme d'énergie, et qu'il ne pourrait pas la pratiquer avec autant de succès dans le monde réel, mais pour le moment elle était indubitablement parfaite pour la situation. La preuve, la Hollow qu'il n'arrêtait pas de taillader n'arrêtait pas non plus de hurler de rage, de colère et de frustration.

Depuis combien de temps se battait-il sous cette forme ? Il ne le savait plus lui-même, sa notion du temps déformée par sa propre vitesse, mais longtemps, il le savait, plus d'une demi-heure d'après Zangetsu qui vibrait doucement dans ses mains. Son zanpakuto exaltait d'une puissance sereine, ferme et constante. Cette technique était tellement en accord avec sa nature et ses pouvoirs qu'il l'encourageait à continuer, lui fournissant sans la moindre hésitation l'énergie nécessaire pour maintenir son rythme endiablé. "C'est excellent, continue !" était le message qu'il lui transmettait par cette simple vibration.

Une fois encore, il déchaina une tempête de coups sur l'Hollow et lui trancha sa main droite armée et sa jambe gauche sans la moindre hésitation. La Hollow était immortelle dans ce monde, comme il l'avait compris depuis longtemps, mais il lui fallait quand même du temps pour se remettre de ses blessures. Puis alors qu'elle tentait encore de l'attraper avec sa main gauche, il "zappa" sur sa droite, fit pivoter sa lame et la lui planta en pleine poitrine, jusqu'à ce qu'elle ressorte et que sa pointe transperce également son bras gauche tendu en avant vers son ancienne position. Il se figea un bref moment, le temps pour elle de tourner vers lui un regard surchargé de haine, l'incrédulité due à sa vitesse ayant depuis longtemps disparu, puis il retira vivement son épée et disparut de nouveau.

Mais il n'alla pas bien loin et s'arrêta même un instant pour reprendre son souffle, profitant du temps de récupération de l'Hollow. Celle-ci tomba sur le côté et rugit une fois encore de colère contre lui. Puis il y eut une sorte de "pulsion" qui parcourut l'ensemble du monde intérieur de Soi Fon. Les murs se mirent à luire soudainement, chassant la pénombre jusque là permanente, el la Hollow fut prise d'un spasme avant de hurler. De colère ? De joie ? De douleur ? Il n'aurait su le dire. Toujours fut-il que son bras droit explosa de reiatsu jaune doré. Surpris, il releva son sabre devant lui et regarda avec appréhension son ennemie qui semblait agoniser à quelques dizaines de mètres de lui. Continuant de hurler, elle se releva, sa jambe gauche ayant déjà "repoussé" et elle braqua ses yeux dans sa direction. Il y vit alors un terrible pouvoir qui se réveillait, comme si une porte venait de s'ouvrir en elle sur des réserves d'énergie auxquelles elle n'avait précédemment pas accès.

- JE VAIS TE CREVER, KUROSAKI ! Lui hurla-t-elle avec un sourire mauvais. Rien ne peut me tuer en ce monde mais je dois reconnaître que ta vitesse dépasse de loin la mienne, chose que je ne croyais pas possible… Mais cela n'a plus le moindre intérêt ! Puisque tu bouges si vite que je ne peux pas te toucher, je n'ai qu'à utiliser une attaque de large envergure, tellement large que tu seras forcément pris dedans, quelle que soit ta vitesse !

La lueur émanant de son bras s'intensifia et se solidifia, devenant un énorme cylindre qu'elle braqua vers lui.

- Bankai, Jakuho Raikoben ! Annonça-t-elle, une joie féroce sur son visage.

- A croire que tu as vraiment perdu la tête, répondit Ichigo en concentrant calmement son reiatsu qui se mit à voler et à fumer autour de lui, enveloppant sa lame noire de reiatsu noir et rouge. Comme si ce suppositoire géant était vraiment capable de m'atteindre. Quant au souffle de l'explosion qu'il provoque, un simple Getsuga Tenshou me suffira amplement pour annuler ses effets. Au final, tu gaspilles ton énergie en vain.

- J'en ai rien à foutre de tes conseils ! Meurs !

Le fait de tirer l'énorme missile la projeta en arrière et elle alla s'écraser contre la paroi à plus d'une vingtaine de mètres derrière elle. Ichigo le regarda s'approcher l'espace d'un centième de seconde avant de se précipiter en avant tout en réactivant sa nouvelle technique. Il dépasse le missile sur le côté tellement vite que celui-ci – s'il avait une conscience, ce dont Ichigo doutait – ne se rendit même pas compte qu'il avait dépassé sa cible. Filant come une balle, il traversa la fumée du système de propulsion par reiatsu de l'énorme engin de mort et en émergea en regardant un bref moment derrière lui pour voir sa trajectoire inchangée. Le missile continua sa course sans même dévier d'un degré, imperturbable. Il se retourna à nouveau pour faire face à la Hollow de Soi Fon et cette fois écarquilla des yeux en la voyant de nouveau prête à tirer un autre missile… Et qu'elle avait bondi vers lui pour pouvoir le tirer presque à bout pourtant et la pointe était déjà à moins d'un mètre de lui !

Le temps se figea l'espace d'un instant à ses yeux et son bras se mua instinctivement. Avant même qu'il sache s'il ne risquait rien à cette action, Tensa Zangetsu avait déjà tranché le cylindre menaçant en quatre morceaux et la Hollow hurla de douleur lorsque la lame noire lui sectionna l'épaule, séparant son Bankai du reste de son corps.

Le premier missile explosa alors, loin derrière eux, son souffle les projetant l'un sur l'autre. Malgré la douleur, elle fit surgir une dague dans sa main gauche et tenta de la poignarder à nouveau mais Ichigo ne se laissa pas prendre une seconde fois et lui trancha l'autre bras en entier, au niveau de l'épaule comme le premier, d'un rapide revers de son épée.

Avec de telles blessures, il était sûr qu'elle allait se rétracter et se remettre sur la défensive mais non, grave erreur. Elle continua à attaquer, le prenant par surprise. D'une torsion du bassin, elle propulsa ses deux jambes en avant et ceintura les hanches d'Ichigo, emprisonnant son bras gauche avec par chance puis, fort de cet appui et avant qu'il ne puisse se libérer, elle se rua la tête la première vers la sienne. Craignant un coup de tête, il esquiva en se tordant le cou sur le côté mais elle ouvrit alors sa mâchoire en grand et planta ses dents en plein dans sa jugulaire, comme un vampire.

Hurlant de douleur Ichigo se débattit et finit enfin par la frapper en pleine tête avec son poing droit. Sans relâcher la pression de sa prise, la Hollow de Soi Fon se servit du coup pour s'arracher de force de sa proie, emportant avec elle un gros morceau de chair sanguinolente. Une fois légèrement repoussée, elle le surprit en libérant la prise de ses jambes et le repoussa elle-même en arrière. Déstabilisé par la douleur, Ichigo porta sa main gauche de nouveau libre à sa blessure et lui adressa un regard sombre qu'elle lui rendit avec un sourire écarlate mauvais après avoir recraché le morceau de chair arrachée.

- Et boum, commenta-t-elle.

Ecarquillant les yeux en sentant un énorme reiatsu enfler brusquement derrière lui, il eut à peine le temps de remonter un peu plus sa main gauche maintenant trempée de sang vers son visage avant que les morceaux du second missile explosent dans son dos, à moins de 3 mètres de lui.

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Soul Society, Seireitei, grotte d'entrainement sous le Soukyoku

A une vingtaine de mètre de là, Rukia regardait le corps de Soi Fon se débattre contre la glace qui l'emprisonnait, en vain, car elle avait décidé de renforcer les liens en plantant 8 épées de glace, une dans chaque membre et une dans chaque aile, la clouant au sol aussi surement qu'un insecte. Elle trembla en inspectant de loin la transformation insectoïde de son amie et collègue, son masque avec ses deux "antennes" recourbées en arrière et sa mâchoire de mandibules rajoutant à cet effet. Yoruichi avait été guère étonnée par sa nouvelle apparence et lui avait confirmé que Rukia elle-même ressemblait à une sorte de yéti au féminin lors de sa propre transformation. Quant elle avait ensuite demandé à quoi ressemblait celle d'Ichigo, elle n'eut qu'un haussement d'épaule comme réponse.

Une chose était certaine, si elles ne l'avaient pas préalablement bien clouée au sol, l'Hollow aurait été très difficile à combattre, même à elles deux. Yoruichi mentionna brièvement que Soi Fon possédait un incroyable potentiel encore inexploité et que elle aussi avait encore beaucoup de progrès à faire, malgré qu'elle soit devenue Vaizard depuis 4 mois déjà.

Brusquement le reiatsu de l'Hollow augmenta encore d'un niveau, devenant incroyablement dense et intense. Sans la moindre hésitation, Rukia brandit son zanpakuto en Bankai, Daien Sode no Shirayuki, ordonnant à la glace de former 8 autres sabres qui flottèrent au-dessus de sa cible. L'instant suivant, elle balaya l'air dans un geste de finalité et les 8 lames se plantèrent dans les membres de l'Hollow, doublant ainsi les liens la retenant. Celle-ci hurla de rage et de douleur instinctivement mais ses mouvements furent encore plus limités qu'avant.

Légèrement rassurée après cela, elle détourna brièvement le regard vers Yoruichi, qui était retournée auprès d'Ichigo lorsque celui-ci s'était mis à saigner au ventre. Apparemment, les blessures acquises dans le monde intérieur se reportaient sur le monde réel. Sentant son regard, la femme noire leva les yeux vers elle.

- Tout va bien, pas d'inquiétude.

- Elle devient de plus en plus forte.

- C'est tout à fait logique, mais Soi Fon et Ichigo se battent encore. Rien n'est encore perdu.

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Monde intérieur d'Ichigo

Le Hollow d'Ichigo regarda le sabre brisé dans sa main. C'était le asauchi que Zangetsu avait donné à Soi Fon. Celle-ci, incrédule, contemplait bouche bée son zanpakuto qui était revenu entre ses mains et elle sentit alors la présence de l'esprit de Suzumebachi apparaître derrière elle et se blottir dans son dos.

- Idiote. Ne me laisse plus jamais seule dans cette ruche sombre, tu m'entends ? lui murmura-t-elle doucement avec un ton mélangeant reproche et supplication.

La capitaine de la 2nde Division ne répondit pas, se redressant un peu plus et abandonnant sa garde. Le Hollow d'Ichigo en face d'elle hésita l'espace d'un instant mais ils entendirent alors les pas de l'esprit du sabre d'Ichigo.

- Une fois encore, désolé de t'avoir fait intervenir pour rien, fit-il en s'adressant à lui.

- Naaa, c'était fun, au moins un peu d'excitation pour changer. Pour le moment, y'a que la yéti et sa conversation est plus que limitée…

Lentement, le Hollow se dissipa tel un nuage noir qui fut absorbé par le manteau de Zangetsu. Il eut juste le temps avant de disparaître de donner un dernier clin d'œil suggestif aux deux femmes mais l'une comme l'autre firent semblant de ne rien avoir vu.

- Il est temps maintenant de voir si vous avez enfin retrouvé cette confiance indispensable entre vous, fit Zangetsu. Et cette fois, je serais votre seul juge.

Là-dessus il écarta un pan de son manteau, dévoilant l'énorme sabre qui était sa forme de base. Sans plus un mot, il leva son bras armé du croc géant et son reiatsu explosa littéralement tout autour de lui.

Soi Fon le regarda dans un premier temps avec appréhension mais elle sentit alors la main de Suzumebachi se glisser doucement sur la sienne.

- Je te donne tout, Suzumebachi, murmura Soi Fon en déchainant son propre reiatsu et en l'orientant mentalement vers son sabre. Montre-moi ton vrai pouvoir.

- Mon vrai pouvoir… et plus encore… Soi Fon, répondit son zanpakuto en se glissant à côté d'elle pour serrer son bras droit. Voici ton vrai Bankai.

Le reiatsu autour de Soi Fon explosa d'intensité, soufflant de lourds nuages de poussière au loin. Suzumebachi se dissipa lentement en une intense lumière jaune dorée qui s'enroula autour du sabre et du torse de sa maîtresse. Lorsque la lueur disparut enfin, Zangetsu fut le premier à contempler le véritable pouvoir de celles qu'il voulait tester. L'ensemble du bras droit, jusqu'à l'épaule, la partie droite du torse et de la tête de Soi Fon étaient maintenant recouverts d'une sorte d'armure dorée. Il nota aussi un nombre indéfini de plaque triangulaire dorées qui flottaient tout autour d'elle. Enfin, au niveau du poignet, une sorte de bracelet doré plus large retenait 4 ergots étranges qui lui semblaient fixés tout autour et qui pour le moment étaient au repos le long de son avant-bras. Quant au sabre, il était devenu une sorte de gantelet complet sur la main de Soi Fon, recouvrant même les doigts, mais le majeur avait gardé sa taille plus longue que les autres, comme en Shikai.

- Mon vrai Bankai, Akakûgô Suzumebachi (l'éclatante impératrice des frelons).

Elle leva devant elle sa main gantée et son bras blindé, son majeur crépitant de reiatsu qui remonta le long de sa main et se dispersa en arrivant au poignet dans les 4 longs ergots. Ceux-ci s'animèrent alors, se décrochant du coude et pivotant autour de leur fixation au poignet. Puis, comme une fleur qui se referme, ils se replièrent autour de sa main, formant une sorte de pyramide pointant devant elle.

- Montrez-moi votre pouvoir, demanda calmement Zangetsu en levant sa seconde main pour la poser sur la garde à son tour, se préparant immanquablement à déchainer sur elle un terrible Getsuga Tenshou.

Soi Fon braqua son bras et sa main vers lui, obéissant aux instructions que lui donnait mentalement son Bankai.

- Notre pouvoir… le vrai Jakuho Raikoben.

Son reiatsu sembla avoir un léger sursaut et toute l'armure de son bras se mit à luire d'une intense énergie qui se diffusa rapidement de son torse à son épaule puis de son épaule au long de son bras pour finalement faillir le long des 4 ergots maintenant réunis en pointe devant sa main, le tout dans un léger crépitement d'énergie statique. Et lorsque l'énergie fut accumulée à cet endroit, elle tira.

Zangetsu écarquilla les yeux et trancha puissamment devant lui, déchainant sa technique. Mais le rayon qui fut émis par le bras de Soi Fon percuta la vague de reiatsu et la transperça comme un couteau dans du beurre, continuant sa course sans même ralentir… Et l'instant suivant, Zangetsu se retrouva avec un énorme trou d'une trentaine de centimètre en pleine poitrine. S'il avait eu un cœur ou des poumons, ceux-ci n'existaient plus.

- Impressionnant, commenta-t-il, nullement dérangé par son apparente terrible blessure.

- La portée et la précision sont immenses, murmura Soi Fon en s'arrêtant, s'étant écartée de la trajectoire du Getsuga Tenshou d'un rapide shunpo, et répétant les points qu'elle venait d'apprendre. Que ma cible soit à dix mètres ou à 100 kilomètres, Jakuho Raikoben apporte une mort instantanée et immédiate.

Elle plia doucement son bras tendue, observant les 4 ergots se séparer pour revenir à leur position de départ, sur son avant-bras.

- Ce pouvoir est fait pour tuer mes ennemis à distance. Il s'agit d'un rayon de pur reiatsu sous forme de lumière spirituelle, sa vitesse d'attaque est donc quasi-instantanée car la lumière se déplace à plus de 300 kilomètres à la seconde. Mais si le combat au corps à corps est inévitable, une variante de cette attaque est aussi utilisable à partir de mon dard, continua-t-elle en levant devant elle sa main gantée. Hitotsu Kôgeki, littéralement "Une seule attaque". Tout piqure faite à partir de mon dard sous forme de Bankai me permettra de déchainer l'effet destructeur de mon reiatsu directement à l'intérieur de ma proie, le tuant de l'intérieur…

Soi Fon eut alors un ricanement sarcastique.

- Merde, je viens de me rendre compte d'un truc vraiment… Si j'avais su pour mon vrai Bankai, cet Espada d'il y a 2 ans, je lui aurais fait sa peau si vite qu'il n'aurait même pas eu le temps de sortir sa Resurección.

Zangetsu ne répondit pas à cela mais elle vit alors sa blessure se refermer et disparaître complètement.

- Cela n'a rien d'étonnant, fit-il en rangeant son arme devant son air incrédule. Tu es ici dans le monde intérieur d'Ichigo, me tuer t'est virtuellement impossible, je fais partie intégrante de ce monde. Il en est de même pour le Hollow que tu as affronté… Et pour celui qu'Ichigo est en train d'affronter dans TON monde intérieur.

- C'est à moi de le faire maintenant, hmm ?

- Tu n'as guère le choix. Une dernière chose cependant avant que tu ne partes, fit-il en s'approchant d'elle. Je suis désolé mais je ne pense pas qu'à ce jour Ichigo partage les sentiments que tu éprouves pour lui. Un jour peut-être, l'avenir seul le dira, mais pour le moment je pense qu'il vaudrait mieux que tu les gardes pour toi. Mais ce n'est que mon avis personnel, rien de plus.

- Je crois avoir déjà fait la différence entre admettre mes sentiments pour moi-même et le fait de les dévoiler aux autres, mais merci du conseil, Zangetsu. Mais si tu oses dire quoi que ce soit à Ichigo, je trouverai un moyen de revenir ici pour te tuer personnellement, de mes propres mains, et le plus lentement possible.

Zangetsu eut un sourire étrange l'espace d'un instant mais il lui tourna alors brusquement le dos et s'éloigna en lui disant :

- Tu seras toujours la bienvenue dans ce monde… Soi Fon.

***.***

Monde intérieur de Soi Fon

Il était toujours vivant, mais mal en point. Lorsque l'explosion avait eu lieu dans son dos, il avait réussi d'extrême justesse à déployer son masque, mais cela avait à peine suffit pour limiter les dégâts. La totalité de son manteau dans son dos était parti en fumée, de même que son Hakama, et il ressentait une horrible brûlure généralisée dans tout son dos, des épaules jusqu'aux cuisses. Toute sa peau devait être en charpie. Seul réconfort, son blessure au cou ne saignait plus trop, il ne savait pas trop comment. Peut-être que sa super-régénération sous forme de Hollow avait quand même cautérisé la morsure ?

Gémissant de douleur au moindre mouvement, il tenta de se relever en poussant sur ses bras, sa vue floue et du sang coulant de ses oreilles, son ouïe ayant elle aussi été atteinte par l'explosion. La brutale compression avait dû lui percer les tympans et son sens de l'équilibre était maintenant complètement désorienté, lui donnant une affreuse sensation de vertige et une envie de vomir. Toujours à moitié allongé et apercevant Tensa Zangetsu devant lui à deux mètres environ de lui, il rampa un peu et tendit le bras pour le reprendre mais avant qu'il ne puisse en saisir la garde un pied s'écrasa sur sa main, la clouant au sol à deux centimètres seulement de sa cible.

- Pas question, Ichigo-kun, miaula rauquement la Hollow de Soi Fon en se penchant vers lui, ajoutant plus de poids encore sur sa jambe.

Elle tourna méchamment sur son talon, lui broyant les doigts puis shoota de l'autre pied dans son sabre, l'envoyant au loin, hors de portée. Ichigo attrapa sa cheville pour se dégager mais elle retira rapidement et lui donna un coup de pied en pleine tête. Puis, profitant de son état de faiblesse, elle revint plusieurs fois à la charge, frappant ses flancs et son dos de coups de pieds dévastateurs.

- Hahaha, c'est excellent ! T'es plus rien, Kurosaki ! Une loque ! Une larve ! Un insecte ! S'écria-t-elle en ponctuant chaque insulte d'une attaque.

L'agrippant brutalement par les cheveux, elle le força à se relever et le projeta contre une paroi, Ichigo ne parvenant pas à retenir un cri de douleur lorsque son dos brulé percuta le mur inégal. Elle se mit ensuite à le marteler de coups, le transformant en punching ball et il eut un bref flashback où il se revit dans une position similaire avec Grimmjow, avant qu'il ne sache contrôler son Hollow. Puis soudainement, l'Hollow le repoussa d'une main à la gorge, le plaquant au mur, et lui planta son dard en plein ventre. Elle tourna vicieusement son arme dans sa blessure, lui arrachant un nouveau gémissement de douleur, puis la retira lentement avant de la porter à ses lèvres, léchant le sang qui y perlait. L'Houmonka apparut alors sur tout son torse.

- C'est fini, Kurosaki. T'aurais dû y aller direct en mode Vaizard et je vais certainement pas te laisser l'opportunité de te transformer maintenant. Adieu, et sache que je vais m'arranger pour que tous tes amis te suivent rapidement dans la tombe !

Elle allait asséner le coup fatal, replantant Suzumebachi dans le ventre d'Ichigo lorsqu'une main se referma fermement sur son avant-bras, bloquant son attaque.

- Ôte tes sales pattes de mon lieutenant, Hollow, il est temps que tu comprennes quelle est ta véritable place ici, siffla Soi Fon derrière elle.

L'instant suivant, l'Hollow fut projetée en arrière et Ichigo se serait écroulé en avant si la Shinigami ne l'avait pas retenu. Elle regarda les deux Houmonka à son ventre et à sa main gauche et les ôta d'une seule pensée avant de le laisser tomber sans ménagement à ses pieds.

- Tu en as fait assez, barres-toi de mon monde intérieur, Kurosaki, ordonna-t-elle sans même le regarder, s'avançant vers son Hollow qui l'attendait maintenant au milieu de la pièce, pestant de son opportunité manquée de tuer Ichigo.

- Attends, je peux encore…

Mais une autre main ferme se posa sur son épaule, le stoppant dans sa phrase. Il lui suffit d'un simple coup d'œil pour reconnaître Zangetsu.

- Nous n'avons plus rien à faire ici, Ichigo. C'est son combat désormais.

A peine eut-il fini sa phrase que le manteau noir de l'esprit de son zanpakuto l'enveloppa, le soulageant instantanément d'une partie de ses blessures et il se sentit "partir". Il eut juste le temps de voir Soi Fon lui adresser un regard par-dessus son épaule.

- … Et merci de ton aide, sembla-t-elle lui murmurer avant qu'il disparaisse.

- Tche ! Pas grave, fit son double en blanc en haussant les épaules. Je vais te bouffer pour prendre ta place et ensuite je reprendrais là où j'en étais restée avec lui dans le monde réel.

- J'en doute, lui répondit Soi Fon en lui faisant face à nouveau. Avec la menace que ta liberté représente, mon "instinct" me hurle de te tuer sans la moindre hésitation… Et je ne vais pas me faire prier.

- Attends une minute… Qu'est-ce que tu as au bras ? Ce n'est pas…

Mais avant qu'elle ne puisse finir sa phrase il y eut un éclair de lumière et un énorme trou lui apparut en pleine poitrine. Baissant les yeux avec un air sidérée, elle inspecta sa blessure mortelle avec une main tremblante.

- Bin merde alors, lâcha-t-elle avant de commencer à se dissiper lentement.

- Je sais que je ne peux pas te tuer complètement, mais jamais plus je ne te laisserai menacer mes proches. Ta place est à ma botte et nulle part ailleurs.

- Ne pense pas avoir gagné aussi facilement, Hachi no Jô ! Relâche à un seul moment ta garde et je te jure que je serais là, à t'attendre au tournant !

D'un rapide Shunpo, Soi Fon se retrouva juste en face d'elle, la toisant d'un regard supérieur.

- Tu vas attendre très longtemps alors…

***.***

Soul Society, Seireitei

La nuit était tombée depuis une heure déjà et la calme avait envahi les allées du Seireitei. Marchant d'un pas tranquille, Toshirou revenait d'une de ses "visites" de l'Académie, ayant passé officiellement l'après-midi à consulter les registres et les résultats des étudiants de dernière année, en vue de choisir lesquels recruter pour sa Division et rencontrer les éventuels candidats.

En règle générale, ce genre de tâche était dévolue aux officiers subalternes, entre les 11ème et 20ème Sièges, mais il n'était pas rare qu'un officier supérieur décide de superviser par lui-même cette sélection. A la 11ème Division par exemple, Madarame Ikkaku ne laisserait personne d'autre que lui choisir les futurs candidats qui combattraient ensuite sous ses ordres. Mais Toshirou devait bien avouer qu'il avait un autre motif à sa motivation, motif qui n'avait pas encore été découvert par les deux "femmes" de sa vie sentimentale pour le moment et il souhaita que cela continue encore le plus longtemps possible.

Kurosaki Karin était immanquablement une élève très douée et lorsqu'elle lui avait confié qu'elle souhaitait devenir une Shinigami comme son frère il avait immédiatement décidé qu'il serait son capitaine et mentor. Mais pour le moment, la jeune fille n'avait pas encore "sauté le pas" comme elle disait, c'est-à-dire de prendre la décision de laisser son corps en hibernation dans un des cercueils prévus à cet effet à la 12ème Division d'Urahara afin de pouvoir réellement "réveiller" ses propres pouvoirs de Shinigami. Quelques autres élèves avaient aussi attiré son attention mais aucun comme Karin.

Alors qu'il avançait légèrement distrait par ses pensées, il arriva à un croisement et faillit percuter un homme qui se dressa subitement sur sa route, venant d'une autre direction.

- Pardon, je ne regardais…

Mais avant qu'il puisse terminer sa phrase, l'homme s'écrasa lourdement devant lui. Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'il reconnut à la lueur de la lune Zaraki Kenpachi… ou plutôt ce qu'il semblait rester de lui. Son Shihakusho encore plus déchiré et en piteux état que d'habitude, le souffle court et son reiatsu faible – FAIBLE ! Zaraki Kenpachi avec un reiatsu FAIBLE ! –, il était méconnaissable mais ne semblait pas avoir de blessure grave, juste un état d'épuisement avancé assez phénoménal dans son cas.

- Oi, Zaraki ! Lança-t-il avec inquiétude. Comment tu t'es retrouvé dans cet état ? Ma parole, tu tiens même pas debout tout seul ! Tu es ivre ou quoi ?

Mais lorsqu'il se baissa pour aider son collègue capitaine, il nota bien vite que si une odeur émanait de celui-ci, c'était celle de sa sueur et non celle d'un quelconque alcool. Trop épuisé pour repousser son aide, Kenpachi laissa Toshirou lui donner un coup de main pour se relever et désigna d'un doigt sa destination. Un simple coup d'œil dans la direction suffit à Toshirou pour comprendre : les bains de la 11ème Division. Un hochement de tête commun fut le seul message d'accord entre les deux capitaines.

S'il y avait un point sur lequel la 11ème Division dominait toutes les autres – sans parler du combat –, c'était bien la qualité de ses bains. Ayasegawa Yumichika était en charge de la direction des lieux et commandait d'une main de fer une équipe d'hommes et de femmes afin que les bains de la 11ème Division soient toujours impeccables. Ce fut également l'un des gouffres financiers lorsque lui et Ikkaku étaient entrés dans la Division mais aujourd'hui personne ne s'en plaignait. Immenses, spacieux, modernes, propres et classiques, les bains de la 11ème Divisions étaient devenus le lieu de détente par excellence des fous de guerre et une certaine discipline militaire y était maintenue. Chaque Shinigami de la 11ème y avait un casier contenant ses affaires et y étaient toujours accueillis comme des rois par une équipe de servants dévoués et fiers de leur métiers. Ayant appris par la manière forte à respecter ces lieux comme aucun autre, les combats y étaient interdits et sévèrement punis.

Lorsque Kenpachi arriva en vue des bains, il repoussa l'aide de Toshirou, refusant de paraître faible devant ses hommes, même s'il ne s'agissait que des serviteurs. Ouvrant la porte d'une main, il fit signe à Toshirou de le suivre, chose rare. En effet, chaque Division avait ses propres bains aussi Toshirou n'avait-il jamais mis les pieds dans les lieux, malgré les légendes qui couraient dans les rangs. Qui plus est, chaque capitaine avait ses propres quartiers et ses propres bains, mais Kenpachi semblait faire exception sur ce point. Décidant de profiter de cette offre, il entra en repoussant le bandeau découpé au dessus de la porte et fut immédiatement accueilli par une charmante jeune femme qui lui tendit son bras pour prendre son zanpakuto.

- C'est mon invité, maugréa Kenpachi à voix basse à quelques mètres devant lui, lui aussi ayant une femme, apparemment plus âgée et avec un air sévère sur ses traits, s'occupant de prendre ses affaires. Pas d'arme ici, donne-lui ton épée, lui lança-t-il par-dessus son épaule.

Toshirou soupira et retira son baudrier pour le donner à la servante. Celle-ci alla le mettre sur un râtelier à part, à côté de celui de Kenpachi, puis revint vers lui et lui fit signe de la suivre en désignant un couloir latéral.

- Mon dieu, votre Shihakusho est encore dans un tel état, Zaraki-Taichou ! Siffla avec réprimande la femme qui s'occupait de l'autre capitaine.

- Désolé, s'excusa le géant en prenant un autre couloir.

Surpris de l'avoir entendu s'excuser devant cette dame, il en resta un moment interdit et ne sortit de sa torpeur que lorsque sa servante désignée se racla la gorge.

- Par ici, je vous prie, Hitsugaya-Taichou.

- Hai. Désolé. Je suis un peu… désorienté.

- Pas de problème, répondit-elle avec un sourire en le précédant.

Ils entrèrent dans une sorte de pièce intermédiaire prévu pour les affaires et la servante se remonta les manches pour les fixer avec une cordelette. Puis elle s'approcha d'autorité de Toshirou et entreprit de le déshabiller.

- Laissez-moi faire, vous n'êtes pas le premier ni le dernier homme nu que je verrai dans ma vie.

Rouge de honte mais le dissimulant derrière son apparence de glace, il obtempéra et se retrouva rapidement nu, avec une simple serviette blanche autour des hanches.

- Je vous laisse aller vous laver. Vous y retrouverez Zaraki-Taichou. N'hésitez pas à m'appelez si vous avez besoin de quoi que ce soit, mon nom est Naida.

Sur ce elle s'éclipsa et il ouvrit la porte adjacente qu'elle lui avait désigné, entrant alors dans les bains à proprement parlés. Ceux-ci n'étaient pas désert, loin de là, nota-t-il. Une dizaine de Shinigami se lavaient scrupuleusement selon un rituel bien défini et certaines servantes habillées étaient là pour les aider si nécessaire. Apercevant Kenpachi, il s'approcha de lui et s'installa à sa droite, s'émerveillant de la propreté des lieux et de l'agencement intelligent et efficace des bains. Il nota alors que le capitaine de la 11ème Division ne bougeait pratiquement pas d'un cil, laissant la servante – la même femme qui l'avait accueilli – s'occuper de lui. Il grogna et fit mine de prendre une brosse lorsque Toshirou arriva mais la servante lui claqua dans la main comme elle l'aurait fait à un enfant désobéissant.

- Pas de cela avec moi, Taichou, ordonna-t-elle doucement. Je me demande vraiment quelle sorte d'entrainement vous pouvez subir pour vous retrouver à chaque fois dans cet état et nous savons tous les deux que vous n'êtes pas capable actuellement de faire les choses clairement alors laissez-moi faire et restez sage, je vous prie.

Kenpachi maugréa son consentement et ne bougea plus. Toshirou observa la scène quelques instants puis commença à se laver à son tour. Dix minutes plus tard, Naida vint lui proposer de lui laver le dos ce qu'il accepta. Elle en profita ensuite pour lui laver les cheveux, imitant la matrone qui s'occupait de Kenpachi.

Trente minutes plus tard, les deux capitaines se relaxaient dans le bain chaud, un peu à l'écart des autres Shinigamis qui n'avaient toutefois pas manqué de les saluer respectueusement en les reconnaissant.

- Les rumeurs disaient donc vraies, vos bains sont parfaits, commenta finalement Toshirou en soupirant d'aise.

- C'est un sacré boulot à entretenir et à subventionner d'après Ayasegawa, mais ça en vaut le coup. Être propre, à l'aise dans ses vêtements et savoir entretenir son corps, c'est la base des guerriers, fit Kenpachi d'une voix calme. "Ici, les armes et l'alcool sont interdits. Ici, la violence est à laisser au vestiaire. Ici est le sanctuaire des soldats au repos."

- Huh ?

- C'est pas de moi, c'est ce qui est écrit sur la planche au-dessus du bain, fit Kenpachi en désignant du doigt ladite inscription au-dessus d'eux. Et après plus de 80 ans, je suis forcé de dire que je suis en accord avec ça. Il faut savoir déposer les armes et se détendre par moment, même pour le plus redoutable des Shinigamis. Tu connais maintenant mon secret le plus inavoué, Hitsugaya, tâche de ne pas le répéter.

Toshirou lui adressa un sourire poli et amusé et hocha la tête en signe d'acquiescement.

- Et cet entrainement dont la servante parlait ? Demanda-t-il avec curiosité.

- Raaaa… Rien que d'en parler, ça m'en donne la nausée, grogna Kenpachi. Mais j'en ai bien besoin. J'y suis presque. Je commence à l'entendre, par moment.

- L'entendre ?

- Mon zanpakuto.

- Ho ? … C'est une… une surprise, et une excellente nouvelle, commenta-t-il avec sincérité.

- Mouais. Ca fait bizarre en tout cas… De se rendre compte que je me battais avec quelque chose que je ne comprenais pas au final, malgré tout ce que je croyais.

Toshirou n'argumenta pas, se contentant de respecter l'attitude de son collègue. Kenpachi n'était pas connu pour son ouverture d'esprit, et peu de Shinigami acceptait de s'associer avec lui ouvertement. Pourtant, ceux qui le suivaient étaient prêt à mourir pour lui et Ichigo avait un certain respect pour le géant également.

- Et toi, Hitsugaya ? Tu le maîtrises finalement à fond, ton Bankai ?

- Je pense pouvoir dire honnêtement que oui, aujourd'hui. Il m'aura fallu du temps, mais Hyôrinmaru m'a enfin dévoilé son plein potentiel.

- Va pas te servir d'un iota de ton reiatsu ici, fit Kenpachi avec un rare sourire, sinon tu vas te faire de sacrées ennemies.

- Pas de risque, si je souhaite pouvoir revenir un jour. Merci pour cette invitation.

- Y'a pas de quoi. Faut savoir accepter l'aide des autres par moment, ça aussi j'ai du mal à l'apprendre mais elles sont en train de m'aider à rentrer ces concepts dans ma tête de bourrique.

- Elles ?

- Yachiru et Haruka.

- Kiritsugu-Taichou ?

- Elle-même. Quand Yachiru s'est mise dans la tête de m'entrainer jusqu'à ce que je découvre mon Bankai, elle a immédiatement offert son aide et Yachiru a sauté sur l'offre. Depuis, je me les coltine presque tous les jours sur le dos.

- Ouch, je vous… te plains.

Kenpachi accepta le passage au tutoiement d'un simple hochement de tête et s'essuya rapidement les cheveux d'une main absente. Cela faisait bizarre pour Toshirou de le voir sans ses clochettes. Son bandeau, lui, était toujours là, un impératif pour éviter d'endommager les lieux.

- Hitsugaya…

- Hmm ?

- Prépare-toi, fit Kenpachi en repoussant sa serviette.

- Pour quoi ? Demanda-il en se redressant légèrement.

- J'ai un mauvais pressentiment. Une sensation bizarre.

Il se redressa à son tour et sembla braquer son regard sur le néant, regardant devant lui sans rien voir.

- Dans pas longtemps, les choses vont bouger. Je le sens dans mes veines. Va y avoir des morts. Va y avoir de sacrés combats aussi, ajouta-t-il avec un énorme sourire. J'ai hâte d'y être.

- Tu veux parler de la guerre ?

- Ca ou autre chose, j'en sais rien… Mais ça s'approche.

Il se tourna vers Toshirou et braqua sur lui son seul œil visible.

- Ce n'est qu'une question de jour, Toshirou. Assure-toi d'être prêt.

Sans rien ajouter, il se leva et sortit du bain, ayant déjà récupéré suffisamment de forces pour marcher seul sans la moindre assistance et son reiatsu étant déjà redevenu stable et puissant.

- Et toi, Zaraki, tu es prêt ? Demanda-t-il en se levant à son tour.

- D'après les deux gonzesses, je le serais pas encore… Mais tu sais ce que j'en pense, termina-t-il avec un sourire carnivore.

- Merci pour l'avertissement.

- J'peux me tromper… mais j'en doute. Je sens ce genre de chose.

L'appel des combats, songea Toshirou en sortant à son tour du bain. Reste à savoir contre qui, ou quoi.

***.***

Dans un monde isolé de tout

Seule source de lumière dans les ténèbres qui avait envahi la Dimension du Roi depuis sa mort, l'Orbe de la Vie Eternelle pulsait doucement, flottant à une mètre seulement au dessus du cadavre déjà décharné de Zeus. A sa mort, le temps semblait avoir petit à petit repris son cours naturel sur le vieillard mais sa vitesse de décomposition commençait à s'accélérer. La sphère de pouvoir n'avait pas bougé d'un micron depuis ce moment-là, restant immobile comme figée dans le temps. Mais pas inactive, loin de là.

Comme Zeus l'avait bien compris, l'âme de la terre avait son plan, son propre agenda. Et l'heure était venue pour elle de bouger l'un de ses pions. Sans le moindre bruit, elle s'éleva lentement d'un mètre de plus et augmenta sa luminosité, preuve de son pouvoir qui s'activait. Puis, une fois sa tâche accomplit, l'Orbe redevint comme avant et descendit lentement reprendre sa position de départ, et son simple rôle d'observatrice.

***.***

Hueco Mundo, Las Sombras Perdidos, Domaine de Lilith

Tia Harribel était nue, ne portant que son masque sur sa mâchoire. Celui-ci avait évolué très récemment, devenant deux morceaux de mâchoires de requin de part et d'autre de son visage, libérant sa bouche. De même, la partie inférieure qui recouvrait le haut de sa poitrine avait disparu, ne laissant plus qu'une sorte de collier collé à sa peau. Durant leur dernière récente intimité, Nel avait plaisanté en disant que c'était plus facile pour elle de l'embrasser maintenant. Auparavant, Tia devait sans cesse retirer son masque, ce qui n'était guère pratique.

A genoux devant une sorte de mannequin pour tailleur, elle arrangeait une nouvelle fois son armure, la modifiant afin qu'elle puisse aisément s'adapter à sa Resurección. Elle avait gardé le hakama de son ancien uniforme d'Espada mais le haut était radicalement différent, l'ayant remplacé par une lourde armure de cuir, d'écailles et de plaques bleues sombres. Ses épaulières arboraient maintenant le symbole de Lilith, un grand serpent enroulé autour d'une épée droite, le tout dans un blason en forme de bouclier.

Satisfaite que les écailles coulissaient bien lorsque c'était nécessaire lors de sa transformation et que les plaques répondaient bien à son reiatsu, devenant suffisamment malléables pour être repliées dans son dos si besoin, elle se concentra ensuite sur son fourreau où reposait pour le moment son zanpakuto, mais elle ne trouva aucun défaut apparent. La fixation de son arme était ferme et sa lame glissait souplement à sa commande hors de son logement dans un chuintement métallique presque silencieux.

- T'as du mal à dormir ? Trop excitée pour demain ? Fit une voix derrière elle.

- Et toi ? Qu'est-ce qui te retient éveillé à cette heure-ci ?

- Juste un petit détail dont je souhaitais te parler… et l'une des raisons pour laquelle j'ai laissé ma place à Nel pour t'accompagner.

Tia se retourna à moitié et jeta un coup d'œil interrogateur vers Grimmjow. Celui-ci ne sembla pas y faire attention car il se dirigea tranquillement vers l'un des divan et s'y allongea. Contrairement à elle, il n'était pas nu mais ne portait qu'une sorte de large short sur ses hanches, cachant sa virilité pour la nuit.

- Y'a qu'un seul point sur lequel Nel et moi on est pas trop d'accord… Et si on a pas abordé le sujet avec toi, c'est parce qu'on veut pas l'aborder, justement. Probablement de peur que tu te ranges d'un côté ou de l'autre, et que ça fasse pencher la balance, ou un truc dans le genre.

- Là, ça devient à la fois intriguant et inquiétant.

- Kurosaki Ichigo.

Tia resta silencieuse un moment, puisant dans sa mémoire.

- N'est-ce pas le Shinigami qui tu as affronté peu avant la défaite d'Aizen ?

- Lui-même. Et c'est aussi lui qui l'a stoppé.

- Hoo.

- Il est là-bas, à la Soul Society. Tu risques donc de le rencontrer.

- Intéressant.

- Oui et non, fit-il en braquant sur elle un regard sérieux. Il est à moi. C'est MA proie. Trouve-toi un autre adversaire si tu le rencontres, pigé ?

Tia haussa les épaules.

- Je n'ai aucun intérêt pour lui, si ce n'est qu'il est probablement un ennemi sérieux à affronter s'il a vraiment vaincu Aizen. Mais ok, si tu le souhaites, je te le laisse… sauf si je ne peux pas faire autrement.

- Ca me suffira. Mais si je te dis ça, c'est aussi parce que Nel elle-même serait capable d'intervenir pour t'empêcher de l'attaquer. Elle a une dette morale envers lui, il lui a sauvé la vie à plus d'une reprise. Enfin tout ça pour dire que si tu le rencontres et qu'un combat entre vous est inévitable, contente-toi de bien le secouer et rien de plus.

- Ok, j'essaierai de m'en souvenir.

- Y'a intérêt. Et fais gâche à sa puissance s'il utilise son masque. Je l'ai affronté à nouveau il y a quelques mois et le combat n'avait rien à voir avec celui qu'on a eu lors de la guerre… Il m'a écrasé comme si je n'étais qu'un chaton qui vient à peine de naître.

Tia ne répondit pas mais son regard surpris lui transmit à lui seul ce qu'elle en pensait.

- J'suis sérieux, Tia. Ho, rassure-toi, aujourd'hui je pense que le combat serait de nouveau équilibré, mais mieux vaut prévenir que guérir. Et puis, termina-t-il en se levant et en lui tournant le dos en se dirigeant vers la sortie de la pièce, t'es devenu plus importante à mes yeux qu'une victoire sur ce bâtard. Alors fais gaffe à toi là-bas, ma belle.

Puis il disparut dans la pénombre et referma la porte derrière lui. Tia contempla un long moment là où il était auparavant puis revint sur son armure.

- Je pense que cela va être encore plus intéressant que je le pensais, murmura-t-elle à voix basse.

***.***

Soul Society, Rukongai, bordure du Seireitei

Vêtu de son uniforme de combat, Mitsumada Tetsu traversa la sortie du Senkaimon pour se retrouver plongé dans le noir aussi activa-t-il immédiatement un simple Kidou pour observer les lieux où il était arrivé. Il s'agissait d'une sorte de grand cellier, vide et abandonné depuis longtemps au vu des fournitures délabrées et pourries qui y trainaient le long des murs. Derrière lui, le portail pulsa une seconde fois et son accompagnatrice arriva à son tour, il écarta donc son corps massif et musclé pour la laisser passer.

Kaminoke Malika était une femme d'une petite centaine d'année seulement, elle était donc encore jeune pour une Vaizard. Mais son air sévère, ses cheveux noirs ramenés en une queue de cheval haute et ses lunettes sérieuses lui donnaient une apparence plus âgée. Colonel dans l'une des unités de combat de la section de Poséidon, plusieurs rumeurs courraient sur sa future promotion au rang de Général, comme Tetsu.

En tout cas, elle en a déjà l'attitude… et un méchant crochet du gauche, songea-t-il en massant sa mâchoire encore un peu douloureuse, ce qui tira un léger sourire satisfait à la jeune femme.

- 24 heures précises, répéta-t-elle en ouvrant un sac qu'elle avait emmené avec elle contenant un Shihakusho à sa taille. Tâchez de ne pas vous faire suivre en revenant ici si nous voulons pouvoir réutiliser ce portail à l'avenir.

- Qu'allez-vous faire durant tout ce temps ?

- J'ai ma propre mission, qui ne vous regarde en rien, Mitsumada-san, répondit-elle. Rassurez-vous, je serais beaucoup plus discrète que vous car je ne prévois rien d'extravagant. Maintenant sortez d'ici que je puisse me changer sans que vous jouiez les voyeurs.

- Ok, ok, fit-il en haussant les épaules. A dans 24 heures alors.

- Si vous n'êtes pas là, je ne vous attendrais pas.

- Je l'avais bien compris.

Avisant une vieille échelle, il la testa et grimpa vers la surface, repoussant à son sommet une trappe dissimulée qui donnait sur une sorte d'entrepôt de stockage de nourriture à moitié vide. Il ne devait servir que pour les surplus car il ne contenait aucune denrée particulièrement périssable, principalement des sacs de farine et des épices en poudre. Se dirigeant vers la porte, il l'entrouvrit sans problème et nota l'heure avancée de la nuit, comme il était convenu.

Entendant un bruit derrière lui, il vit Malika sortir à son tour de la trappe et la refermer derrière elle, maintenant vêtue d'un Shihakusho noir de Shinigami. Sans plus d'hésitation, il activa un Kidou pour dissimuler son apparence et disparut dans la nuit. Elle en fit de même quelques instants à peine après lui.

***.***

Voilà, tous les pions sont en place, reste plus qu'à lancer le signal de départ. Préparez-vous, ça va saigner...

Korskarn