L'intrigue s'épaissit, le danger rôde, la menace pèse de plus en plus… Bonne lecture.

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Domaine, village de Forestedge

Dire qu'Ichigo et ses amis étaient épuisés était un doux euphémisme. Une fois entré en scène, Kyouraku releva le niveau des engagements de plusieurs crans et l'exercice devint d'autant plus compliqué. A la fin, il suggéra à Yamamoto que le second groupe se joigne à eux la prochaine fois et de diviser tous les participants en trois camps différents. La réponse du vieux commandant leur fit clairement comprendre qu'il envisageait sérieusement de prendre sa suggestion au mot près.

Pourtant la journée ne s'arrêta pas là pour Ichigo. Tandis que les autres étaient promptement congédiés et emmenés à l'extérieur à la fin de l'exercice, lui dut rester seul pour continuer à s'entrainer sur son fameux pas de Shunpo qu'il n'arrivait pas à exécuter correctement. Et pour corser l'affaire, Yamamoto entra à son tour dans l'arène, utilisant son reiatsu pour forcer Ichigo à s'arrêter brusquement et à bifurquer sous peine de se prendre un coup de bâton mal placé.

Une heure plus tard, Ichigo gisait inerte au milieu de l'arène, allongé sur le dos, son Shihakusho trempé de sueur et tentant de récupérer son souffle. Ses réserves de reiatsu avaient pris un sérieux coup à cause de cet entrainement intensif mais il les sentait déjà se régénérer. Yamamoto, assis sur le premier rang, fumait tranquillement à une longue et fine pipe en bois tout en observant son jeune élève.

- Kurosaki. Je sais qu'il s'est passé quelque chose durant l'expédition, quelque chose que tu sembles avoir décidé de garder pour toi.

Ichigo tourna la tête vers lui et roula sur le côté pour se redresser lentement, restant néanmoins assis au centre de l'arène.

- Ton reiatsu… est différent, de celui que tu avais avant de partir, continua le vieux commandant. C'est un changement très subtil, trop probablement pour que les autres s'en soient déjà rendus compte, même tes proches. Mais pas pour moi.

- J'ignorais que vous faisiez attention à moi à ce point, annonça Ichigo d'une voix claire mais un peu sur ses gardes. Du moins, avant, j'entends.

- J'ai connu les Vaizards pratiquement toute ma vie, Kurosaki. Déméter m'a même proposé d'en devenir un à une certaine époque. Compte tenu de mon expérience et de mon reiatsu, il pense que j'aurai même pu devenir Maréchal comme lui. Mais ce n'était pas là ma voie. Je n'ai jamais éprouvé d'antipathie particulière pour les vrais Vaizards, j'éprouvais en revanche de sérieux doutes qu'en à ceux qui le sont devenus artificiellement, suite aux manipulations contre nature d'Aizen Sousuke et, dans une moindre mesure, d'Urahara Kisuke.

Il poussa un léger soupir teinté de lassitude.

- Et je dois bien avouer que votre propre cas m'a considérablement troublé pendant quelque temps. Mais malgré votre inaptitude viscérale de suivre les règles et le protocole à la lettre, il est indéniable que votre cœur vous a toujours guidé jusqu'à ce jour sur le bon chemin. Ho, il vous est arrivé de faire des erreurs mais vous avez toujours su faire face à l'adversité et sortir triomphant de situations épineuses, que ce soit par vos propres moyens ou grâce à l'aide de vos amis.

- Heu… merci.

- Pourtant il est un fait indéniable, c'est que vous êtes toujours vivant. Et j'entends par là que vous n'êtes pas une simple âme comme nous autres.

- Cela s'applique aussi à mes amis et aux quatre jeunes, remarqua le jeune homme.

- Certes mais aucun d'entre eux ne possèdent le niveau de reiatsu, l'expérience et l'entrainement de Shinigami que vous avez reçu. Vos sœurs sont très puissantes pour leur âge mais leurs reiatsus sont encore trop immatures pour que je puisse m'en faire une idée précise… Cependant, je peux le servir d'elles pour faire un parallèle avec vous. Vous êtes devenus un Shinigami à peu près au même âge qu'elles ont aujourd'hui et votre reiatsu, à l'époque, était déjà nettement plus impressionnant que les leurs.

Ichigo se gratta la tête, un peu gêné.

- Tout cela pour dire que vous êtes un Shinigami et un Vaizard depuis assez longtemps maintenant, et que vos pouvoirs ne cessent de croître. Pourtant, ce… ce changement que je décèle en vous est différent de ce à quoi je m'attendais. Et j'avoue qu'il me laisse perplexe. Tous vos amis, y compris Arisawa-san, ont accru leur réserves de reiatsu depuis leur arrivée dans le Domaine, mais pas vous. Vos propres réserves sont toujours tout aussi titanesques qu'avant, certes, mais c'est la nature même de votre reiatsu qui a changé et je n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qui a pu provoqué ce changement. Votre défaite contre cet Arrancar, peut-être ? Ou votre rencontre avec cette Maîtresse de la Garde Noire ?

Ichigo comprenait où le vieux commandant voulait en venir et il se releva, ramassant Zangetsu qui gisait sur le sol à côté de lui, là où il l'avait presque laissé tomber lorsque Yamamoto avait accepté de le laisser se reposer un peu.

- Je vais vous montrer un truc, Sensei, annonça-t-il d'une voix décidée. Mais avant cela… Avez-vous déjà rencontré quelqu'un, un Shinigami ou un Vaizard peut-être, être capable de libérer un… un second Bankai ?

Yamamoto leva un sourcil à la fois étonné et douteux.

- Un second Bankai, dites-vous ? Vous voulez dire que vous avez un autre Bankai, différent du premier, un peu comme Arisawa-san pense pouvoir en développer d'autres avec son pouvoir si spécial ?

Ichigo secoua négativement la tête.

- Les Arrancars les plus puissants ont tous une seconde Resurección, vous le savez. Au début, je pensais que leur Resurección était un peu comme un Bankai. Mais en fait, leur première transformation, ce n'est que leur Shikai. La seconde Resurección, c'est elle leur équivalent à nos Bankais.

Le vieux commandant hocha pensivement la tête.

- Certes, on peut effectivement voir les choses ainsi. Les Hollows les plus puissants, les Menos Grande, se classent en trois catégories : Gillian, Adjuchas et Vastrode. De même, pour les âmes élevées de la Soul Society, on pourrait les classer dans trois catégories semblables en fonction de la maîtrise qu'ils ont de leurs pouvoirs spirituels : Shinigami, Lieutenant et Capitaine. Ou pour être plus précis, avoir un simple zanpakuto, apprendre et maîtriser le Shikai et apprendre et maîtriser le Bankai.

- C'est ça. Les Arrancars sont des Hollows avec des pouvoirs de Shinigami, c'est un mélange des deux, continua Ichigo. D'après ce que j'ai compris ces derniers mois, pour devenir Arrancar, il faut impérativement être un Vastrode. Sur ce point-là, Aizen avait créé des Arrancars à partir de simples Gillians, grâce à son génie scientifique et au Hougyoku. Mais si on en reste sur le schéma de base, un jeune Arrancar, c'est un Vastrode et un Shinigami. Dans la Garde Noire, ce ne sont que des Prétendants. Lorsqu'ils apprennent à libérer complètement leur première Resurección et à contrôler leur pouvoirs de Shinigami sans se transformer, ils sont Vastrode et Lieutenant, l'équivalent de leur rang de Chevalier. Et lorsqu'ils ont leur seconde Resurección, ils sont Vastrodes et Capitaine, ce sont les Maîtres.

Yamamoto fronça les sourcils et approuva d'un lent hochement de tête.

- C'est un raisonnement un peu simpliste mais assez proche de la réalité, effectivement.

- Appliquons le même principe pour les Vaizards. Pour en devenir un, il faut être déjà capable de maitriser le Bankai. Mais au départ, le Hollow n'a que la puissance d'un Gillian, il s'agit des cadets, comme Christo et Clara, ou Rukia et Soi Fon-Taichou. Avec le temps et l'entrainement, on arrive à contrôler notre masque et la quantité de pouvoir Hollow qu'il génère, c'est le niveau d'un Colonel. Et enfin, une fois que le Hollow en nous a la même puissance qu'un Vastrode, on passe au rang de Général.

- Admettons. Mais je ne vois toujours pas où vous voulez en venir.

- Les Maréchaux sont au dessus des Généraux dans la Garde Royale. Et même chose dans la Garde Noire, il y a ces… ces chefs de factions. Et puis il y a les Tribuns d'un côté et les Grands Maîtres de l'autre. Ces individus, ont-ils des pouvoirs en plus ? Quelque chose de radicalement différent des autres Arrancars ou Vaizards ?

Yamamoto réfléchit à sa question et secoua la tête.

- Pas à ma connaissance. Ils sont indéniablement les plus puissants dans leur domaine, tant par leur reiatsu que dans la nature même de leurs pouvoirs. Mais si nous les décomposons selon les termes de votre analyse, ils restent à la fois Vastrodes et Capitaines.

- Tout comme vous êtes Commandant du Gotei 13 et Capitaine de la 1ère Division. Vous êtes le plus fort des Capitaines, mais vous êtes un Capitaine.

Le vieux Shinigami comprit alors où Ichigo voulait en venir.

- Vous pensez… avoir découvert un pouvoir qui vous placerait… à un niveau supérieur, dans ce classement.

- C'est ce que je vais vous montrer, décida Ichigo en se tournant sur le côté. Je ne suis pas arrogant au point de m'estimer supérieurs aux autres et je pense que vous serez plus à même que moi d'en juger… et de me dire où je me situe exactement.

Ichigo prit une grande inspiration et banda ses muscles et sa conscience, libérant son reiatsu. Poussant un long cri de charge, il concentra ses pouvoirs dans son corps et dans son arme, comme à sa longue habitude, et ordonna sa libération.

- Ban-Kai !

L'explosion de puissance fut brève et plus limitée que d'habitude – probablement à cause de ses réserves bien épuisées à cause de l'entrainement – et l'air tourbillonna furieusement autour de lui tandis que son énorme croc se transforma pour devenir son nodachi noir de geai et son Shihakusho une sorte de long manteau noir déchiré. Mais Ichigo n'en avait pas terminé là. Bien qu'il ne l'avait fait consciemment qu'une seule fois, le souvenir de sa seconde libération était maintenant définitivement ancré en lui. Il prit ses pouvoirs Hollows et les insuffla dans Tensa Zangetsu tout en relevant à nouveau sa lame à l'horizontale, dans la même posture que pour la libération de son premier Bankai. Sa main gauche agrippant fermement son bras droit, poussant son reiatsu à son paroxysme, il força ses pouvoirs Hollow et Shinigami à se mélanger jusqu'à ce qu'ils ne fassent plus qu'un et son Zanpakuto vibra furieusement, comme s'il allait exploser, tandis que ses yeux étincelèrent de puissance et que l'air se mit à crépiter tout autour de lui.

- BAN-KAI ! Hurla-t-il à nouveau lorsqu'il sentit que la fusion était complète.

Pour Yamamoto, le reiatsu d'Ichigo sembla enfler brutalement, comme un énorme ballon sur le point d'exploser… puis plus rien. L'explosion, plus impressionnante et puissante que la première, souffla une bonne partie du sable de l'arène mais cela ne perturba en rien le vieux commandant, stoïque au milieu de cette tempête aussi furieuse que soudaine. Et lorsque la poussière retomba, il contempla alors de ses propres yeux la nouvelle apparence d'Ichigo, son nouveau manteau plus lourd, avec ses renforts blancs, ses gants, et surtout son sabre plus long, maintenant garni de trois crocs, au svastika devenu deux fois plus large et dentelé, et à la chaine maintenant reliée à son poignet.

Et l'absence totale de reiatsu d'Ichigo.

Ses yeux le voyaient, son corps sentait sa présence, ses oreilles entendaient son souffle même au travers de la tempête qui se calmait. Mais il ne ressentait plus la moindre trace de la présence spirituelle du jeune homme, un instant si imposante qu'elle semblait à deux doigts de tout écraser et maintenant totalement disparue, évanouie, envolée.

Non. Pas disparu. Son reiatsu était toujours là, comprit-il alors. Il était tout simplement devenu différent, ayant acquis une dimension qu'Ichigo seul devait percevoir.

Yamamoto ressentit alors une pulsion au fond de lui, une pulsion qu'il n'avait pas éprouvé depuis bien longtemps. Ce n'était pas de la peur, ni de l'excitation. Pas de la surprise, de l'appréhension ou bien même de la joie. Non, c'était un mélange de tout cela à la fois, indicible et inséparable.

L'envie de croiser le fer.

- Kurosaki. Un round, je vous prie, lâcha-t-il en se levant, laissant son haori sur son siège derrière lui.

Tranquillement, il marcha vers Ichigo et transforma sa canne en katana entre deux pas. S'arrêtant à une distance classique de son futur adversaire, il le salua et Ichigo, un peu surpris mais s'en remettant vite, l'imita. Yamamoto inclina une fois la tête à droite, faisant craquer sa nuque, puis répéta le même mouvement sur la gauche. Et lentement, il tira son arme hors de son fourreau qu'il venait de glisser à sa ceinture. Ichigo copia sa posture et releva son arme, en garde.

Silencieusement, les deux adversaires se fixèrent sans bouger pendant plus d'une minute. Yamamoto concentrait son reiatsu et auscultait Ichigo dans son entier, avec tout son être. Ichigo était impressionné par la concentration mentale, physique et spirituelle qu'il ressentait chez le vieux commandant. C'était comme s'il devenait de plus en plus grand, un géant sur le point de tout écraser. En d'autres circonstances, il étaient presque sûr qu'il serait déjà en train de pisser dans son froc, littéralement parlant. Mais au contraire, il se sentait calme et serein, et lui aussi se concentra sur son adversaire, essayant de deviner quelle allait être sa première action, sa première attaque ou sa première feinte.

Une autre minute passa, le sol et le sable vibraient sous leurs pieds, l'air semblait devenir lourd et chargé d'électricité. Yamamoto n'avait pas libéré son Shikai mais Ichigo savait que le moindre de ses mouvements pouvait suffire désormais pour déchainer l'enfer des flammes dans toute l'arène.

Ce fut Ichigo qui craqua en premier mais ils savaient tous les deux que c'était déjà évident, comme écris dans le marbre depuis longtemps. Bondissant en relevant son arme bien haut au dessus de lui, Ichigo frappa puissamment de bas en haut, avec vitesse et force mais prêt à retenir son coup pour ne pas blesser son adversaire. Le Zanpakuto de Yamamoto bloqua l'attaque dans une parade parfaite et sa contre-attaque fut fulgurante… mais seulement à ses yeux. Ichigo réorienta son arme et bloqua à son tour avec aisance, notant le ralentissement du temps tout autour de lui. Tout semblait se dérouler au ralenti, y compris ses propres gestes.

Les deux adversaires enchainèrent les attaques, tournant furieusement l'un autour de l'autre, Yamamoto essentiellement sur l'offensive mais Ichigo parait tout, esquivait tout, déviait toutes les bottes. Comme ils le pensaient, les étincelles provoquées par les chocs entre leurs Zanpakutos enflammèrent l'atmosphère surchargée mais ils ignorèrent les flammes aussi bien l'un que l'autre. Les coups devinrent vite plus violents, plus lourds, plus dangereux. Mais Ichigo gardait son calme et Yamamoto aussi, se battant comme s'ils ne s'affrontaient pas en duel pour la première fois mais qu'ils étaient des adversaires et des rivaux de longues dates.

Puis le Shunpo s'en mêla.

Dès lors, les deux adversaires ne furent plus que des ombres, floues et intangibles, les sabres se heurtèrent avec violence et fureur, les étincelles envahirent toute l'arène. Puis il y eut un bruit sourd, comme quelque chose de lourd venant de tomber, et les deux adversaires se figèrent brusquement, leurs armes à moins d'un centimètre seulement l'une de l'autre. Ichigo tourna légèrement les yeux et la tête vers l'origine du bruit et ne vit que le haori du vieux commandant avait glissé du siège pour tomber sur le sol de l'arène… et qu'il brûlait.

- Heu… Votre haori brûle, dit-il en voyant que Yamamoto ne l'avait pas quitté du regard, lui.

Le vieux commandant soupira et se redressa en se détendant. D'un geste, il orienta son zanpakuto vers son vêtement et les flammes qui le léchaient furent soufflées comme une bougie. Puis il rengaina son arme avec lenteur et précision.

- Un excellent round, commenta-t-il en se dirigeant vers son haori légèrement brulé. Cela faisait longtemps que l'envie de croiser le fer avec quelqu'un ne m'était pas redevenue aussi… impérative.

- Heu… merci. Quand vous voulez.

- Ho, nous recommencerons, soyez-en sûr. Mais pour en revenir à votre question…

Yamamoto remit son vêtement sur lui et Ichigo constata que les dommages étaient heureusement très légers, juste le bord sur le devant.

- Je ne sais pas toujours pas où vous vous situez dans cette sorte de classement que vous avez établi. Vous avez toujours été une exception, Kurosaki-Fukutaichou, et vous venez de me prouver une fois de plus que vous en êtes une encore plus spéciale que les autres. Vous avez consciemment mélangé vos reiatsus Hollow et Shinigami dans votre Zanpakuto et provoqué une seconde… transformation. Un second Bankai. Un peu comme un Bankai de Bankai… Votre apparence change à peu près autant qu'entre votre Shikai et votre Bankai mais c'est surtout le changement de votre reiatsu qui est impressionnant.

Yamamoto réfléchit quelques instants avant de continuer.

- J'ai pu constater qu'à l'état naturel votre reiatsu se manifeste de manière pure et bleutée comme c'est le cas de la plupart des reiatsu non élémentaire. Une fois en Bankai, votre reiatsu devient noir et lorsque vous utilisez vos pouvoirs Hollows, il devient teinté de rouge. Cependant, sa nature même ne change pas et il reste du reiatsu "normal", pourrait-on dire. Mais avec votre second Bankai, vos trois couleurs de reiatsu se mélangent et votre reiatsu devient… quelque chose de différent. Il acquière une dimension que les autres reiatsus, même le mien, ne possède pas. Pouviez-vous toujours sentir votre reiatsu ?

- Oui, bien sur. Aussi clairement et facilement que d'habitude.

- Dans mon cas, mes propres sens n'ont plus été capables de percevoir votre pouvoir depuis votre seconde libération. Ho, je pouvais toujours sentir votre puissance par mon expérience, votre posture, l'air qui bougeait autour de vous comme mû par une volonté propre. Mais ressentir votre force comme je le fais d'habitude avec tout le monde m'est devenu impossible. Et d'après le peu que j'ai pu voir, votre reiatsu est devenu aussi beaucoup plus… concentré. Pas dense, ni lourd, seulement concentré. C'est assez étrange, somme toute.

- Je vois. Je comprends mieux le charabia que cette maîtresse Arrancar m'a servi maintenant. Et Aizen aussi, maintenant que j'y repense. Il pensait tous les deux que j'avais transformer la totalité de mon reiatsu en force physique ou quelque chose dans le genre.

- Ce n'est pas étonnant qu'ils aient pensé cela sur le coup, je peux le comprendre. Et votre second Bankai n'est pas quelque chose de nouveau, non plus. Dans le sens que cela a déjà été essayé par presque tous les Vaizards de l'Olympe, vivants comme morts.

- Ho.

Ichigo fut alors un peu déçu. Lui qui pensait avoir réussi quelque chose d'unique…

- Pas si spécial que ça, au final, hein ? lâcha-t-il, un peu dépité en redevenant normal, remettant Zangetsu dans son dos.

- J'ai bien dit essayé, répéta alors le vieux commandant en insistant sur le mot. Jusqu'à vous et aujourd'hui, jamais personne n'y était arrivé. A une seule exception près.

Yamamoto plongea son regard dans celui d'Ichigo et ne lâcha alors qu'un seul mot, un nom.

- Zeus.

***.***

Domaine, village de Forestedge

- Alors ?

- Non, toujours impossible. Les communications sont toutes complètement brouillées.

Christo Mitsumada jeta son comvo sur son lit d'un geste trahissant son exaspération. Sa sœur, assise sur son propre lit en face du sien, pesta silencieusement et croisa les bras, réfléchissant à leurs options.

- ça fait une semaine que nous n'avons pas pu communiquer avec l'Olympe et Minari nous surveille comme si nous étions des prisonniers, pesta le jeune homme. Et quand ce n'est pas elle, ce sont les gardes du village. C'est injuste et illégal, et ils le savent ! Ces Shinigamis n'ont rien à faire ici ! Encore moins s'entrainer avec nous !

- Ces deux capitaines, elles ont toutes les deux des Hollows en elles. Mais elles viennent à peine de découvrir leurs pouvoirs, comme si elles venaient tout juste de les soumettre. Elles devraient faire leurs classes chez Athéna à leur niveau actuel.

- On est tous les deux d'accord, ce qui se passe ici est au-delà de notre juridiction. A ce stade, nous devrions en informer les Héra et déposer une plainte officielle. Quant à ce Kurosaki… ! Qu'on me laisse dix minutes avec lui dans une des arènes et je…

- On te récupérerait à la petite cuillère, fit le femme noire en entrant dans leur chambre sans frapper.

- Traîtresse, siffla Clara en se levant, sa main déjà sur le pommeau de son sabre.

- Du calme, je ne suis pas là pour me battre avec vous, fit Yoruichi en refermant la porte derrière elle avant de s'asseoir tranquillement sur une chaise en face d'eux.

Le frère et la sœur l'observèrent un instant en silence puis se détournèrent d'elle, faisant mine de l'ignorer.

- Vous feriez mieux de partir, nous n'avons rien à vous dire, lâcha Christo avec agressivité.

- Vous savez que cette situation ne peut pas durer ? Demanda Clara, elle aussi agressive. Tôt ou tard, notre mère va se poser des questions, nous avions l'habitude de la contacter au moins une fois par semaine. Sans nouvelles de notre part, elle demandera directement à Oracio ce qu'il se passe, de Général à Général. Il parviendra peut-être à donner le change pendant quelques temps mais il ne fera que creuser sa tombe un peu plus profondément. Et lorsque notre grand-père saura la vérité, je ne donne pas cher de vos peaux à tous !

Christo appuya les dires de sa sœur d'un franc hochement de tête et se jeta à son tour sur son lit, croisant les bras derrière sa nuque. Lui et sa sœur avaient bien observé les intrus et jugé qu'ils ne risquaient pas grand-chose tant qu'ils ne faisaient rien. Aucun des Shinigamis n'était agressif envers eux et ils les laissaient relativement en paix. C'était un peu déroutant et troublant au départ mais ils s'y étaient vite habitués. S'ils n'avaient pas encore essayé sérieusement de fuir ou de se rebeller, c'était en grande partie grâce à cette passivité des intrus. Ils n'avaient donc qu'à se montrer patients et ils passaient le temps en collectant le plus d'informations possible sur leurs "invités".

Yoruichi soupira, la discussion n'avait même pas encore commencé et elle sentait clairement que la situation était déjà explosive. Au début, Minari et elle avaient réfléchi au moyen d'aborder le sujet avec les deux cadets mais ils étaient trop remontés et Minari avait suggéré de les laisser respirer un peu, et de s'habituer au contact des deux capitaines qui s'entrainaient avec eux. Hélas, Soi Fon n'était guère sociale et Rukia, un peu dépitée d'être tenue à l'écart de l'entrainement d'Ichigo et de ses amis, trop concentrée sur son propre entrainement pour les approcher et essayer de nouer des liens avec eux.

- Nous le savons. Mais nous n'avons pas vraiment le choix, nous n'avons nulle part d'autre où aller.

- Et que diriez-vous d'une petite cellule ? Ironisa Christo. Il y en a une petite douzaine qui vous attendent à l'Olympe, bien froides et humides.

- Ce n'est malheureusement pas une option envisageable.

Les deux Mitsumada tournèrent la tête et fermèrent les yeux, ne disant plus rien et faisant de nouveau mine de l'ignorer. Mais Yoruichi s'était attendue à ce type de réaction.

- Connaissez-vous l'histoire d'Aizen ? Aizen Sousuke, celui qui voulait devenir Dieu, en prenant la place de Zeus ?

Il y eut un long silence puis Clara répondit.

- … Dans les grandes lignes. On faisait encore nos classes à cette époque et les informations qu'on recevait étaient assez succinctes.

- A votre avis, la Garde Royale aurait-elle dû intervenir pour arrêter ses méfaits ?

- … Aizen était un Shinigami. C'était le problème du Gotei 13, pas le nôtre, lâcha Christo après une brève hésitation.

- Si Aizen avait réussi à créer l'Ouken, vous seriez en train de le servir comme esclaves à l'heure qu'il est. Et tout ceux qui auraient essayé de l'affronter ou de se rebeller contre son règne seraient morts ou pire, brisés et retenus prisonniers dans des salles de tortures selon son bon plaisir. Sachant cela, pensez-vous toujours que la Garde Royale n'aurait pas dû intervenir ?

Nouveau silence, mais rapidement brisé cette fois par le jeune homme.

- Sérieusement, j'en doute. S'il était parvenu à créer l'Ouken, notre grand-père serait allé directement lui botter le cul, ordre du Dieu-Roi ou pas. Il nous l'a dit lui-même.

Et il serait mort en essayant de l'arrêter, songea Yoruichi en réponse qu'elle garda pour elle-même.

- Alors votre grand-père était prêt à désobéir à un ordre direct de Zeus, continua-t-elle. Et je suis prêt à parier qu'il n'était pas le seul à partager cet avis, non ? Beaucoup de Vaizards de l'Olympe pensaient exactement la même chose, je me trompe ?

- Bien sur que oui. Mais les ordres sont les ordres, ce n'est qu'en ultime recours qu'on peut se permettre de les transgresser, lorsqu'ils deviennent clairement stupides à obéir. Toute situation peut évoluer et un ordre donné à un moment peut ne plus être applicable à un autre, lorsque la situation a radicalement changé.

- Je note votre point de vue. Maintenant, dites-moi, à votre avis, si l'armée des Arrancars de la Garde Noire avait attaqué le Seireitei, est-ce que la Garde Royale devrait intervenir pour le défendre ?

- Bien sur ! Répondit Christo sans la moindre hésitation.

- Si la Garde Noire bouge, la Garde Royale bouge aussi, cela a toujours été le cas, compléta Clara. Sauf si un ordre direct du Dieu-Roi nous l'interdit, bien entendu.

- Alors si on vous donnait l'ordre de rester là à regarder le Seireitei bruler, cela ne vous ferait ni chaud ni froid, vous obéiriez simplement aux ordres qu'on vous a donné, supposa Yoruichi. C'est bien ça ? Ou bien est-ce que, comme votre grand-père s'apprêtait à le faire, vous auriez désobéi pour aller sauver vos alliés ?

Christo et Clara hésitèrent un moment avant de répondre.

- Vous faites référence à la dernière Epreuve de Sélection, pas vrai ? La Garde Noire n'a pas directement agi contre le Seireitei. Si un seul Maître avait été présent là-bas, vous pouvez être sûr que nous serions intervenus, jamais notre grand-père n'aurait maintenu l'ordre de rester observateur, déclara Christo avec fermeté et certitude.

L'expression de Yoruichi s'assombrit alors.

- Jamais… dans toute l'histoire de la Soul Society… la Garde Noire n'avait procédé à une Epreuve de Sélection de cette envergure, avec pas moins d'une dizaine de Prétendants et en les faisant accompagner par une véritable armée de Hollows.

Les deux Mitsumada se sentirent un peu mal à l'aise face au regard sombre que leur adressa la femme-chat et qui accompagnait sa déclaration.

- Zeus, notre Dieu-Roi, était déjà mort depuis plusieurs mois. La guerre entre l'Olympe et Las Ombras Perdidos couvait dans l'œuf, chaque camp préparant ses forces. Avec cette Epreuve, la Garde Royale a laissé une armée de Hollow frapper le Seireitei pendant que les lieutenants et les capitaines se battaient contre des Arrancars. Dans n'importe quel livre d'histoire, de n'importe quelle nation sur terre, une telle agression est un cas flagrant de Casus Belli contre un allié. Une déclaration de guerre franche et claire. Lorsque les Arrancars bougent, les Vaizards bougent aussi, c'est bien ce que vous avez dit ? Hormis votre oncle qui était envoyé là-bas pour recruter Ichigo, ou le tuer s'il le refusait, il ne me semble pas me rappeler avoir vu l'ombre d'un seul Vaizard au Seireitei ce jour-là. Pas même des cadets comme vous, histoire d'égaliser les forces en présence avec les Prétendants.

Yoruichi se garda bien de mentionner Tetsu, puisqu'il était venu en secret pour protéger Ichigo.

- Nous avons obéi aux ordres, se contenta de riposter Clara.

- La Garde Royale savait pour l'Epreuve et personne n'a prévenu le Gotei 13. Vous les avez regardé faire sans réagir, vos Tribuns ont même muselé les protestataires de leur décision. Et il ne s'agissait pas d'un ordre de Zeus, cette fois, simplement d'une décision unanime de vos Tribuns, dont votre grand-père. Le Gotei 13 a immédiatement demandé des explications et de l'aide en suivant les canaux officiels, passant par la Chambre Centrale des 46. La seule réponse que les Shinigamis reçurent furent le silence. Et aujourd'hui encore, plus aucune communication ne passe entre le Seireitei et l'Olympe. Les Hollows obéissent aux Arrancars par la peur, les Shinigamis travaillent avec les Vaizards par le respect, c'est là la seule différence entre les deux camps, et celle qui prouve que nous ne sommes pas des bêtes. Aujourd'hui, Hollows et Arrancars sont en train d'envahir le Domaine ensemble… et la Garde Royale reste silencieuse et ne demande rien à ses alliés, les Shinigamis. Serait-ce à cause de la honte que certains éprouvent d'avoir laissé les armées du Gotei 13 seules lorsqu'elles ont demandé votre aide, ou serait-ce de l'arrogance parce que l'Olympe pense pouvoir s'en sortir tout seul ?

Yoruichi se leva lentement.

- Maintenant, vous me considérez comme une traîtresse et j'admets devant vous que, dans mon cas personnel, oui, j'en suis bien une, et très fière de l'être même. Mais je vous le demande, entre le Gotei 13 et la Garde Royale, qui a rompu le dialogue et trahi la confiance de l'autre ?

Le silence qui suivit fut une réponse en soi. Et sur ces dernières paroles, elle se redressa, ouvrit la porte et sortit calmement, les laissant réfléchir, seuls.

***.***

Seireitei, 12ème Division

- La connexion est-elle sécurisée ? Demanda la voix de Kyouraku dans les haut-parleurs du laboratoire de la 12ème Division.

- Je l'espère, répondit Jyûshiro qui semblait un peu plus loin du micro, au volume de sa voix. Urahara-san semble sûr de lui mais mieux vaut s'en assurer une fois de plus. La dernière chose que nous souhaitons serait que notre communication se fasse intercepter par la Garde Royale, ou pire, par la Garde Noire.

- En tout cas, nous vous entendons parfaitement de notre côté, Kyouraku-Taichou, Ukitake-Taichou, leur signala Kisuke avec un sourire.

Ses assistants à côté de lui vérifiaient eux aussi que la communication était stable et non piratée, mais Kisuke était tranquille. L'Ouken du commandant était l'une des rares clés originelles ouvrant des portes sur toutes les dimensions existantes et dont le pouvoir avait été donné par Zeus lui-même de son vivant. Il y avait peu de chance que quelqu'un puisse interférer avec son fonctionnement.

- Et nous vous entendons très clairement aussi, Urahara-Taichou, répondit Kyouraku dans le micro et regardant leur interlocuteur à l'écran. Quels sont les nouvelles ?

- Ma foi, des bonnes et des mauvaises. Par lesquelles voulez-vous que je commence ?, Demanda-t-il en sortant son fan habituel.

Petit silence.

- Envoyez les mauvaises.

- Unohana-Taichou est enfin sortie de son coma mais ce qui l'avait plongé dedans semble l'avoir affecté à un niveau bien plus profond que ce que nous pensions. Nous avons dû la maintenir en détention maximale, c'est-à-dire pour être plus précis… avec des suppresseurs de reiatsu et une camisole de force. En métal. Elle a de brèves périodes de lucidité mais la plupart du temps elle réagit de la même manière qu'une bête sauvage. Son état fait peine à voir.

- Avez-vous un traitement ?

- Aucune procédure n'a fonctionné jusqu'à présent. Je suis en train d'en mettre au point une version expérimentale que je compte tester dès que cette communication sera terminée. Je ne peux, hélas, rien garantir pour le moment.

- Je vois. Quoi d'autre ?

- Toujours aucune communication de la part de nos amis de la Division 0. Et toutes nos tentatives pour communiquer avec elle se soldent également par le silence. A ce stade, nous n'espérons plus vraiment de réaction de leur part. Puisque la guerre est engagée et que les Hollows envahissent le Domaine de l'Olympe, et qu'ils ne nous ont toujours pas appelé en renfort, Kuchiki-Taichou maintient sa position et nous allons continuer à reconstituer nos forces.

- Et les espions ?

- Nous ne sommes malheureusement pas parvenus à en découvrir un seul depuis la tentative d'i jours. Nous savons néanmoins que cet espion était à la solde de la Garde Noire et qu'il avait des complices mais il s'est suicidé avant d'en révéler d'avantage. Les espions de la Garde Royale, eux, gardent si bien le profil bas qu'absolument rien n'a été signalé comme suspect ou inhabituel. Dans la situation actuelle, il est clair qu'ils vont continuer à faire le mort, dans un camp comme dans l'autre, et donc, dans ces conditions, les identifier est…

- … Du domaine de l'impossible, nous nous en doutons.

- Et de votre côté ? Des mauvaises nouvelles également ?

- Aucune, enfin, si on omet la guerre au nord du Domaine. Mais nous sommes très loin des zones de conflits.

- Tant mieux, tant mieux. Passons aux bonnes nouvelles alors, reprit Urahara avec une voix guillerette en agitant son fan.

- Allez-y.

- Hitsugaya-Taichou est sain et sauf ! Nous l'avons complètement extrait de son cocon de glace il y a quarante-huit heures et il est actuellement en salle de réveil. Sa température corporelle est de nouveau normale – un peu plus haute en fait, mais c'est à cause d'une légère fièvre, rien d'anormal ni d'inhabituel chez une personne ayant été soumise à une congélation forcée – et il ne devrait garder aucune séquelle de sa mésaventure.

- Et son reiatsu ? Demanda Ukitake d'une voix inquiète.

- Hélas, comme nous le pressentions après la lecture du rapport et les analyses que j'ai mené, il est indéniable qu'il a été infecté par le reiatsu de cette Arrancar. Son degré de contamination est déjà bien trop élevé pour espérer toute intervention visant à empêcher ce qu'il lui arrive.

- Il va donc devenir un Vaizard, comme Rukia-chan, conclut Kyouraku.

- Il est encore trop tôt pour le dire, il est encore en phase de transition. Son corps peut encore décider de rejeter ce qu'il lui arrive mais, si tel est le cas, le Hollow qui s'est déjà réveillé en lui ne partira pas sans faire de séquelles. Dans le pire des cas, il peut en mourir.

- Je vois. Et Abarai-Fukutaichou ? Il est dans la même situation que lui, non ?

- A la différence près que Renji-san semble accepter ce qu'il lui arrive, en partie. Et qu'il est conscient. Maintenant… nos installations ne sont pas adaptées pour accueillir deux nouveaux Vaizards en pleine période de mutation. Je souhaite que vous demandiez à Yamamoto-Soutaichou s'il serait possible de les amener avec moi. Et Unohana-Taichou également, si ma procédure échoue. A ce stade, quelle que soit l'évolution de sa condition, vous savez que si elle se déchaine vraiment, rien ici ne pourra la retenir.

- Nous transmettrons votre demande sitôt que nous le verrons, déclara Kyouraku. Autre chose ?

- Rien qui me vienne en tête. Comment vont vos protégés ?

- Remarquablement bien pour le moment. Tatsuki-chan continue à me faire la tête mais je ne désespère pas de percer bientôt sa carapace. Et, heureusement pour moi, elle n'a visiblement rien dit en détail de notre… petite altercation… à Ichigo-kun ou Rukia-chan.

- Cela peut aussi signifier qu'elle attend simplement le bon moment pour lâcher la bombe, suggéra Urahara. Ou qu'elle leur a déjà dit mais qu'ils ont simplement décidé de vous pardonner… ou de remettre leur vengeance à plus tard.

- Pardon ? Demanda Shunsui, un frisson d'appréhension lui parcourant l'échine.

- Rien, rien, Kyouraku-Taichou, simple supposition. Après tout, il y a bien un dicton sur terre qui dit que la vengeance est un plat qui se mange froid. Mais vu son comportement habituel, Arisawa-san serait plutôt du genre à le consommer bien cuit, voire carbonisé. Rukia-chan, en revanche…

La communication se coupa alors et Shunsui regarda l'écran vide sans bouger pendant quelques secondes.

- Ukitake… Je peux compter sur toi, pas vrai ?

- … Hrum… Heu… Pas contre Rukia-chan, non. Désolé.

- … Traître…

***.***

Olympe, Temple d'Athéna

Philia n'avait pas menti ni ne s'était trompé dans son analyse : lorsqu'Isshin s'était réveillé ce matin, une douleur étrange et lancinante lui taraudait la nuque, un peu comme un torticolis, et le moindre mouvement instinctif déclenchait des picotement douloureux dans son dos. Il savait que ce n'était qu'une douleur fantôme, née d'une espèce de pression anormale sur sa moelle épinière au niveau de son cou, mais rien n'y faisait, la douleur ne partait pas pour autant. Au moins elle ne l'empêchait pas de bouger et il ne m'y pas trop longtemps à s'y faire, surtout après avoir avaler un remède de cheval contre le mal de crâne et les courbatures. Mais il se doutait bien que la pharmacologie n'allait pas aider bien longtemps dans sa situation.

A cause d'elle, il avait hésité quelques instant à revoir ses plans, et d'aller plutôt rendre une petite visite à Déméter avant de passer chez Athéna… mais il avait finalement décidé de rester sur son planning original. En tout cas, plus question de se servir du cadeau d'Aphrodite – qu'il soit empoisonné ou non – dans sa condition, vu que le Kidou se nourrissait de son propre reiatsu, essayer de redevenir un Vaizard revenait d'une manière ou d'une autre à un suicide. Il avait donc laissé la boîte sur un meuble de son salon avant de sortir de chez lui, se dirigeant d'un bon pas vers le temple d'Athéna.

Et maintenant, il se demandait sincèrement s'il n'aurait pas mieux valu qu'il passe d'abord chez Déméter. Car il poireautait dans une salle d'attente depuis une heure déjà, entouré de Vaizards qui avaient été convoqués dans la matinée par Athéna. Il était vrai qu'il n'avait pas pris rendez-vous officiellement et qu'il ne savait pas précisément pour quelle raison il était venu. Tout était lié à l'objet qu'elle lui avait laissé lors de sa seule et unique visite, et le discours qu'elle lui avait alors tenu.

- Kurosaki Isshin ? L'appela alors une voix à côté de lui.

Il releva la tête et reconnut alors l'un des Vaizards qui avaient aidé son fils lors de la bataille de Karakura Town. Sauf qu'il arborait maintenant l'uniforme d'un colonel.

- Hirako Shinji, si je ne me trompe pas ?

- Il me semblait bien avoir senti un reiatsu familier. J'ai appris pour votre libération. Comment allez-vous ?

- On fait aller.

- Vous êtes ici pour voir Athéna-sama ? Vous allez devoir attendre encore un bout de temps.

- J'ai tout mon temps. Après tout, je viens à peine de sortir de prison, et ce n'est pas comme si j'allais d'office être envoyé sur le champ de bataille.

- Pas faux.

Isshin se tenait un peu à l'écart et personne ne semblait porter attention à eux donc sa phrase passa totalement inaperçue.

- Où sont vos amis ? Demanda-t-il ensuite.

- Hiyori est l'assistante personnelle d'Athéna. Lisa travaille avec le Général Khonz. Les autres sont sur le terrain, et pour la plupart en train de se battre contre les Hollows dans le Domaine.

- Hum. Et vous ? Quel est votre poste ?

- Ho, un peu de tout, agent de liaison la plupart du temps, fit-il avec un sourire sarcastique.

Une sandale vint alors claquer sourdement sur sa joue, lui laissant une empreinte rouge vive.

- Bouge ton cul, baka-Shinji ! T'as autre chose à faire que taper la bavette avec ce vieux schnock !

- … Baka-Shinji ?

- … Vieux schnock ?

Les deux hommes avaient la même mine déconfite en répétant l'insulte qu'elle leur avait lancé à chacun dans la seule et même tirade. Mais avant qu'ils puissent se reprendre et protester, Athéna apparut à ses côtés et posa une main sur l'épaule de son assistante.

- Hiyori.

Celle-ci sembla se figer et regarda par-dessus son épaule. Athéna avait un sourire calme et désigna d'un doigt impératif les toilettes. Silencieusement, Hiyori s'inclina pour saluer Isshin puis marcha vers la porte.

- Et moi alors ? Protesta Shinji.

Hiyori se retourna, lui montra son œil en tirant la langue grossièrement et ouvrit la porte avant qu'il puisse protester pour disparaître derrière.

- Espèce de…

- Veuillez entrer tous les deux, je vous prie, ordonna Athéna avant qu'il puisse finir sa phrase et ouvrant en grand la porte pour leur passage.

Grommelant dans sa barbe – qu'il n'avait pas – il obtempéra et Isshin le suivit, refermant la porte derrière lui.

- Que me vaut l'honneur de votre visite, Kaminoke-Gunshirei ? Demanda-t-elle d'emblée sans le regarder et tout en s'asseyant sur l'un des fauteuils installés au centre de son bureau pour ses entretiens. Je suis très occupée aujourd'hui, comme vous avez pu le constater, ajouta-t-elle en désignant le couloir. Donc allez droit au but, je vous prie.

Isshin produisit la petite tablette et la posa sur la table basse en face d'elle, restant debout.

- Pourquoi ? Demanda-t-il simplement en gardant sa main légèrement dessus.

- Comme preuve de mon intérêt à servir l'Olympe de mon mieux, et pas seulement mes intérêts, contrairement à ce que vous pourriez croire.

- Vraiment ?

- Si j'avais voulu servir mes intérêts personnels, je ne me serais pas contentée du poste de chef de clan de votre oncle. Je me serais fait une joie de le décapiter de mes propres mains. Puis j'aurais intégré tous les nouveaux Vaizards qu'il aurait créé dans ma Légion, sous mes ordres. Le Seireitei n'existerait déjà plus, il n'en resterait plus que des ruines protégées par les derniers rescapés qui auraient miraculeusement non seulement échappé à ce plan mais aussi à la dernière Epreuve de Sélection de la Garde Noire… et encore, je suis gentille.

- On vous en aurait empêché.

- Vraiment ? Et qui donc ? Les capitaines et leurs lieutenants, alors qu'ils étaient en plein combat contre Aizen et ses troupes sur terre ou à Las Noches ? Votre fils ? Ou même quelqu'un d'autre dans la Garde Royale ? Votre ancien supérieur Artémis, peut-être ? Ils auraient tous été pris dans la même tourmente et vous le savez. Pris entre le marteau et l'enclume.

Athéna se leva et ramassa la plaquette sur la table, l'arrachant presque des mains d'Isshin.

- Alors que vous étiez en pleine guerre contre Aizen, Kaminoke Banzarô avait planifié de transformer la moitié des Shinigamis du Gotei 13 en Vaizards avec l'aide de la nouvelle Chambre Centrale des 46, formée à partir de membres de la noblesse du Seireitei qui, et vous le savez parfaitement, étaient principalement des pions obéissant à la volonté des familles royales comme celles des Mitsumada ou la vôtre. Et il aurait fait porter le chapeau sur Aizen, sur Hirako et ses amis et sur votre fils. Et c'est Arès lui-même qui a suggéré de laisser Banzarô en vie et à son poste alors que Héra voulait exactement la même chose que moi : sa tête au bout d'une pique ! Cependant j'ai ravalé ma colère et laissé parler ma clémence. Mais vous le savez déjà, puisque je suis sure que vous avez eu tout le temps nécessaire pour lire l'intégralité de ce rapport jusqu'au moindre mot. Si je suis encore en froid avec cette vieille harpie d'Héra, alors que nous voulons exactement la même chose depuis plusieurs mois, c'est en grande partie parce qu'elle n'a pas supporté que je ne laisse pas parler mes intérêts en premier sur ce dossier.

- Aphrodite ne m'a rien dit à ce propos. Et j'ai préféré éviter de mentionner le sujet devant elle.

- Ho, elle est au courant, je n'en doute pas. Elle sait parfaitement pourquoi son père lui a laissé sa place sur le trône de votre clan.

- Ce n'est plus mon clan. Et toute cette histoire… n'explique pas votre antagonisme à l'égard du Seireitei.

- Du Seireitei ? Mon antagonisme n'était dirigé que vers la Chambre Centrale des 46 qui est sortie totalement indemne de cette affaire ! Et, par voie de conséquence, vers Yamamoto également ! Rugit Athéna, ses yeux lançant des éclairs de colère. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce vieux débris n'a pas eu les tripes de faire ce qu'il aurait dû être fait ! A savoir interroger tous les 46 un par un et purger ceux qui étaient de manigance avec Banzarô ! Et oui, il a été mis au courant sur toute cette affaire, il a été directement prévenu par un messager d'Hermès moins de 24 heures après que Banzarô eut tout avoué ! Mais non, il a fallu qu'il laisse la situation moisir, soit disant pour épargner au Seireitei une nouvelle crise si proche de la dernière en date. Nous avions la liste des principaux associés de Banzarô dans la Chambre Centrale et ces hommes et femmes, qui avaient planifié ce plan en secret et qui étaient prêts à sacrifier des milliers de Shinigamis pour le compte de Banzarô, sont rentrés chez eux tous les soirs pendant 3 ans sans s'inquiéter le moins du monde des conséquences de leurs actes ! Et ils ont même continué à gouverner le Seireitei en plus !

La colère d'Athéna était totalement justifiée aux yeux d'Isshin et lui aussi allait avoir quelques questions à poser à Yamamoto la prochaine fois qu'il le verrait. Mais il avait aussi confiance en l'homme qui avait tenu les rênes du Gotei 13 pendant plus de 2000 ans. Il devait y avoir une explication à l'inaction de Yamamoto, et il devait s'agir d'autre chose que d'épargner une nouvelle crise au Seireitei.

- Alors peut-être pourriez-vous m'expliquer pourquoi les Shinigamis sont toujours dans le silence ? D'après ce que j'en sais, Yamamoto n'est plus au Seireitei depuis quelques temps déjà, et la Chambre Centrale des 46 a été proprement oblitérée lors de la dernière Sélection. Que vous ayez dans cette affaire des griefs on non à l'égard de certains individus ne justifient en rien le silence de toute la Garde Royale vers son seul et unique allié. Ce sont les Shinigamis qui devraient se trouver là-bas, à se battre contre les Hollows, plutôt que les dernières recrues de la Garde Royale !

- Mais vous prêchez une convaincue du sujet, Kaminoke-Gunshirei ! Mais cette fois-ci, c'est moi qui est les mains liées ! Arès et Héra refusent catégoriquement de laisser un seul Shinigami poser le pied sur le Domaine. Pourquoi ? Aucune des raisons qu'ils ont avancé pour le moment ne m'ont convaincu mais le fait est qu'ils ont posé leurs vétos dans cette affaire et je n'y peux rien ! Quant au dialogue avec le Seireitei, tous nos moyens de communications sécurisés sont compromis depuis le début de l'invasion des Arrancars, y compris ceux de nos agents infiltrés. Hermès avait envoyé un couple d'agents en début de semaine dernière puis un autre il y a trois jours mais nous n'avons reçu aucune réponse de leur part. Il est fort probable qu'ils se soient faits intercepter avant d'arriver à destination, que ce soit dans le Dangai ou juste à leur sortie dans le Soul Society. Et le fait que les demandes du Gotei 13 continuent à nous parvenir mais que les nôtres en réponse se font clairement toutes interceptées en chemin est plus que dérangeant. D'après les recherches des agents d'Hermès, il semblerait que le Maître Vapula de la Garde Noire soit derrière toute cette histoire, nous avons découvert qu'il brouille totalement toutes nos communications sortantes vers le Seireitei, comme si elles passaient au travers d'un filtre. Vapula s'est parfaitement servi de la situation pour couper définitivement toute communication entre nous dès qu'il a ouvert le portail dimensionnel vers le Hueco Mundo.

Athéna soupira d'exaspération.

- Une fois encore, Héra et Arès ont décrété que cette information ne devait pas s'ébruiter afin de ne pas troubler le moral des troupes donc personne n'est au courant, à part les Tribuns, Hermès et les agents en charge du dossier. Tant que nous n'aurons pas découvert où est installé leur brouilleur et comment l'arrêter, nous sommes muets vis-à-vis du Gotei 13 !

Avec cette dernière déclaration d'Athéna, Isshin dut s'asseoir à son tour, car ce qu'il venait d'apprendre durant les dernières minutes lui sciaient littéralement les jambes. Il avait toujours pensé qu'Athéna était à la tête de l'antagonisme contre le Seireitei parce qu'elle ne cachait pas celui qu'elle éprouvait à l'égard de Yamamoto mais la vérité semblait bien différente. A moins qu'elle mentait. Mais dans un tel cas, son mensonge serait vraiment énorme.

Et il y avait ce fameux rapport. Juliette devait être au courant… peut-être. Si elle confirmait, alors il aurait la preuve qu'Athéna disait la vérité. Et pour que les communications entre l'Olympe et le Seireitei soient brouillées à ce point sans que le Tribunat y soit réellement pour quelque chose… alors cela voulait dire qu'il y avait vraiment un traître au sein de la Garde Royale, un traître au service de la Garde Noire.

Oui, il devait avoir une longue discussion avec Juliette… et Héra aussi dans la mesure du possible.

- Il semblerait que je vous ai donné suffisamment matière à réfléchir. Mener donc votre enquête puisque vous semblez plus intéressé sur le sujet que de retrouver votre famille. Mais soyez prudent, toutes ses histoires sont liées les unes aux autres et on ne peut plus nier l'existence d'un traître haut placé dans notre administration. Et en général, qui dit haut placé dit assez puissant pour effacer ses traces discrètement et sachant éliminer les fouineurs indiscrets en toute impunité. Surtout maintenant que la Garde Noire est déjà chez nous.

Isshin approuva d'un hochement de tête et se leva lentement. Puis il se figea, se rappelant qu'il avait une dernière chose à demander à Athéna.

- Et concernant le plan de contre-attaque ?

Athéna fronça les sourcils et fit une moue, comprenant qu'Artémis avait dû dévoiler ce plan à Isshin.

- Il est en stand-by. Nous n'engagerons aucun mouvement ni stratégie tant que ces problèmes de communication et de traître n'auront pas été résolus. La dernière chose que nous voulons, c'est voir nos troupes se retrouver face à face avec un comité d'accueil de l'autre côté.

- Logique.

- Une dernière précision, Kurosaki-san, fit Athéna en se levant à son tour.

- Oui ?

Brutalement, Athéna éleva son reiatsu si puissamment qu'Isshin se retrouva soudainement à genoux, le souffle coupé, une main sur la table basse pour éviter de se retrouver allongé sur le sol.

- Vous n'avez plus votre Hollow et votre reiatsu est actuellement comparable à celui d'un enfant. Prenez en considération votre faiblesse actuelle et faites bien attention à vous. Je détesterai qu'il vous arrive quoi que ce soit…

Afin de prouver son affirmation, Athéna maintint la pression encore quelques secondes, le temps que le visage d'Isshin change de couleur tellement il avait même du mal à respirer. Puis elle relâcha graduellement son emprise et retourna calmement à son bureau tandis qu'Isshin resta pantelant et haletant au sol, toujours appuyé sur la table basse.

- Vous pouvez disposer, Kurosaki-san. Hirako-Taisa, veuillez reconduire notre ami hors du temple, voulez-vous ?

- A vos ordres, obtempéra Shinji avec un sourire sarcastique.

Isshin injuria mentalement la Tribun pour son dernier geste et se laissa mener vers la porte par l'ancien capitaine de la 5ème Division devenu Vaizard à cause d'Aizen.

***.***

Domaine de l'Olympe

Mitsumada Juni mangeait silencieusement sa ration étonnamment bien cuisinée par leur guide, le colonel Vertagi Thibaut, mais son expression demeurait sombre. Depuis une semaine déjà, elle et son équipe arpentaient le Domaine au sud de l'Olympe sans trouver la moindre trace des fuyards. Heureusement très loin du front au nord, leur communication avec l'Olympe n'étaient pas brouillées et elle faisait son rapport avec diligence chaque après-midi à 16h00 précise. Et une fois de plus, elle allait devoir avouer n'avoir aucune piste sérieuse.

- Carl, appela-t-elle son second, penses-tu qu'ils sont encore dans le secteur ou même dans cette région ?

Volvac Carl était grand et fin, avec un nez en forme de bec lui donnant un air d'oiseau de proie. Se tournant vers sa supérieur, il haussa les épaules d'incertitude.

- La région est très vaste, mon général, ils pourraient très bien s'y cacher encore sans qu'on les ait trouvé. Mais d'un autre côté, cela fait maintenant une semaine qu'ils nous ont faussé compagnie. A mon avis, ils sont déjà loin.

- Colonel Vertagi, votre opinion ?

- Toujours la même, mon général. Ils sont encore là, je doute qu'ils soient allés dans une autre région.

Vertagi était un excellent traqueur et chasseur de la Légion de Déméter et, issu d'une famille de petite noblesse qui était depuis des dizaines de génération sous les ordres des Mitsumada, il avait aussitôt proposé son aide à Juni pour retrouver les fuyards lorsqu'elle lui avait demandé de les guider, elle et son équipe. Il se doutait que son supérieur Déméter devait avoir aidé les fuyards à se cacher et, même s'il en comprenait les raisons, il ne partageait pas l'avis de son chef de Légion. Il avait fait part de ses soupçons à Juni sitôt descendu de la montagne céleste et lui avait juré de tout faire pour retrouver Ichigo et les autres, ne cachant ni son enthousiasme ni sa forte motivation.

Et si durant les deux premiers jours l'équipe de Juni avait eu des doutes à son sujet sur son aide, ce n'était plus le cas aujourd'hui. En une semaine, ils avaient fouillé tellement de grottes, de cachettes et de lieux susceptibles d'accueillir les fuyards qu'il était évident qu'il ne bridait pas ses efforts. Et comme il avait l'habitude de se déplacer ici, il était toujours celui qui restait debout en dernier et qui les poussait à chercher plus longtemps chaque jour.

- Nous avons exploré les lieux en faisant un cercle de plus en plus large autour de la zone d'activation du Kidou d'arrivée, qui fut relativement facile à localiser par nos services. Les traces des 5 personnes sur les lieux à notre passage ne laissaient aucun doute qu'il s'agissait du bon site. Mais je dois reconnaître qu'ils avaient avec eux un excellent traqueur, probablement cette Capitaine Soi Fon, de la 2nde Division. Elle a magnifiquement dissimulé leurs traces à tous lorsqu'ils se sont éloignés. Mais en cette saison, allez vers l'ouest est un véritable suicide, il y a une énorme chaine de montagnes constamment battus par de terribles tempêtes de neige et de glace.

- La chaîne montagneuse qui délimite cette région avec la suivante .

- Exact. Et au-delà, la région suivante n'est vraiment pas hospitalière et très peu propice pour se cacher : c'est principalement un océan, peuplé d'énormes créatures préhistoriques marines et sous-marines.

- Je vois.

- Quant à l'est, continua Vertagi, au bout d'environ un millier de kilomètre, la forêt s'interrompt pour céder la place à un grand désert, là aussi une région très inhospitalière, peuplé d'insectes géants et sans la moindre trace d'eau ou de végétation à l'exception de quelques rares oasis.

- Et aucune chance qu'ils aient traversé l'une de ses zones ?

Vertagi fit une moue réticente.

- Très sincèrement, j'en doute. Même en Shunpo, le voyage prendrait longtemps, plusieurs jours en fait. Non, je pense sincèrement qu'ils se cachent toujours dans la région. Ils sont quelque part ici, je… Je le sens.

- D'accord. Alors par où allons-nous porter nos recherches désormais ? Demanda Juni.

- En fait, je pense qu'il faut les arrêter pour aujourd'hui.

- Pour aujourd'hui ? Mais il n'est que midi.

- Certes, mais nos réserves de nourriture ne sont pas infinies. Nous pouvons tenir encore un jour ou deux mais l'idéal serait de refaire le plein maintenant.

- Hum… Je comprends.

Elle se tourna vers le nord, essayant de voir l'Olympe mais la montagne céleste était complètement dissimulée par la couverture nuageuse.

- Il y a un petit village à quelques heures de voyage d'ici, Forestedge, précisa Vertagi. Nous pourrons nous y ravitailler et y passer la nuit. Nous reprendrons les recherches demain matin. Je pense que ça nous fera du bien de dormir dans un lit pour cette nuit.

- Un village ? S'étonna Juni, un bref sentiment de suspicion dans sa voix. Pourquoi ne nous l'as-tu pas mentionné auparavant ?

- Heu… Mais je pensais que vous étiez au courant, mon général. Et je doute fortement que les intrus se cachent là-bas parmi la population locale. Les gens d'ici vivent en totale autarcie et ne tolèrent guère la présence des étrangers, précisa-t-il.

- Vraiment ? Insista-t-elle de plus en plus suspicieuse.

- Mon général, le village de Forestedge ainsi que le secteur tout autour est assigné au Général Oracio. Vous savez, l'instructeur de vos cousins, Christo et Clara ? Il y sont stationnés actuellement.

Tout sentiment de suspicion disparut alors de sa voix et de l'expression de son visage.

- Ho. Oui. J'avais oublié.

Si ses cousins avaient rencontré les intrus, nul doute qu'ils l'auraient mentionné à leur mère, Philia, et l'information lui serait parvenue depuis longtemps par la voie familiale.

Pourtant un doute naquit alors dans son esprit. Elle regarda Vertagi mais celui-ci avait repris son repas silencieusement et ne semblait pas vouloir caché quoi que ce soit. Elle se rappela qu'Oracio était l'un des protégés de Déméter, son agent de confiance sur le terrain. Si Déméter avait bien aidé à cacher les intrus dans le Domaine, cela devait être par l'intermédiaire d'Oracio, son bras droit. Une petite discussion avec lui allait s'imposer.

Mais avant cela…

- Carl, je vais avoir une mission pour toi, signala-t-elle à son second à voix basse.

L'homme leva un sourcil et se pencha vers elle, concentré.

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