L'Olympe

Après avoir quitté le temple d'Athéna, Isshin avait pris le chemin du temple de Déméter mais celui-ci était situé à l'autre bout de la zone et il était vaseux depuis la petite démonstration de force d'Athéna. Sa nuque lui faisait mal, une douleur lancinante irradiant dans presque tout son corps, et il avait même du mal à marcher droit plus de quelques minutes. Isshin ne s'était jamais considéré comme quelqu'un de douillet mais là, dans sa situation actuelle, il avait vraiment l'impression que tous ses nerfs étaient à vif et il se retenait de grogner de douleur.

Afin d'échapper à tout stimuli douloureux, il emprunta une petite ruelle vide et s'éloigna des rues les plus bondées et des grands axes en direction approximative du temple de Déméter.

- Tu souffres déjà le martyre, Kaminoke ? Demanda soudainement une voix dans son oreille.

Pivotant sur ses pieds, il porta sa main à son arme en sentant un instinct meurtrier fondre sur lui et tenta en même temps de s'éloigner mais la personne referma soudainement une main sur son col et l'autre sur son poignet et il fut violemment projeté contre un mur sur lequel il s'écrasa le visage en premier. Grognant de douleur à l'impact, il tenta de nouveau de se retourner pour faire face à son agresseur et eut le temps de voir son visage juste avant qu'un poing s'écrase brutalement sur sa mâchoire.

Mitsumada Releo était un cousin éloigné de Tetsu, Colonel dans la légion d'Hermès. Sa femme, Clarisse, était dans la légion d'Aphrodite et Isshin se rappela l'avoir croisé la veille lorsque Malika l'avait guidé. Clarisse se tenait un peu à l'écart, surveillant que personne ne s'intéressait à eux, mais apparemment aussi prête que son époux à en découdre sur lui, vu l'expression hargneuse sur son visage.

- Tu ne devines pas ma surprise et ma joie lorsque Clarisse m'a dit qu'elle t'avait vu hier chez Aphrodite. A peine libéré et déjà convoqué par la chef de ton clan ? Ton fils s'est enfui comme un lâche la queue entre les jambes à peine arrivé sur l'Olympe et toi tu fais le tour des temples à peine sorti de ta cellule ? Décidément, vous êtes vraiment tous les mêmes, vous les Kaminoke.

Releo frappa de nouveau mais Isshin bloqua d'une main et riposta, mais Releo anticipa son coup et lui donna un coup de genoux en plein ventre, puis un nouveau direct en pleine mâchoire. Complètement sonné, il se sentit attraper par ses vêtements avant qu'il tombe et pousser en avant vers le milieu de la ruelle. Le temps qu'il essaie de se reprendre, Clarisse l'accueillit d'un coup de pied en pleine tête, Releo l'ayant en fait dirigé vers elle. Vicieusement, elle lui donna une claque tonitruante qui manqua de lui dévisser la tête, puis un coup de genoux dans le bas-ventre avant de le repousser en arrière.

Releo fut à la réception cette fois, l'agrippant par le col au passage et le projetant violemment contre un mur qui se fissura à l'impact. Grognant de douleur, il encaissa encore un coup de pied puis un coup de poing au visage avant de s'effondrer à terre, espérant qu'ils en resteraient là. Mais Releo semblait particulièrement remonté aujourd'hui car il continua à le marteler de coups de pied, dans les jambes, le torse et les bras, Isshin protégeant instinctivement sa tête avec eux.

- Releo ! Appela alors Clarisse.

L'ignorant pour le moment, l'interpelé continua son assaut, se défoulant sur les côtes d'Isshin dans l'espoir de lui faire baisser les bras pour avoir de nouveau accès à son visage.

- Releo ! Insista-t-elle.

- Quoi ?! Rugit-il en se retournant avant de se figer.

Isshin écarta légèrement les bras pour voir ce qui se passait et eut juste le temps de voir Releo s'envoler à son tour pour aller percuter le mur opposé de la ruelle à celui contre lequel Isshin était appuyé.

- Récupère cette loque et hors de ma vue, gronda Juliette à Clarisse. Et si je vous reprends à faire ça, je vous jure que je ne me contenterai pas d'une simple pichenette.

Clarisse ramassa son époux complètement sonné et disparut rapidement en Shunpo, laissant la Générale toiser Isshin de haut tandis qu'il essayait de se relever.

- T'es vraiment pathétique. A une époque, même dans ton état actuel, tu les aurais cloué sur place avant même qu'ils te frappent une seconde fois.

Isshin ne commenta pas, se contentant de se redresser en s'appuyant sur le mur.

- Vu la direction dans laquelle tu allais, te serais-tu enfin décidé à aller chercher ton fils pour moi ? A moins que tu espères que Déméter pourra faire quelque chose pour mon Kidou sur ta nuque ?

- Je ne te mènerai pas à Ichigo. Jamais, grogna-t-il sans la regarder.

- Alors tu préfères crever là, comme un chien dont on aurait limé les crocs ? Où est donc passé l'ancien limier préféré d'Artémis ?

- Il traque le véritable traître qui se cache dans la Garde, celui qui vous a tous tellement bien manipulé et joué avec vous, avec vos peurs et vos motivations mesquines, qu'il va réussir tout seul à faire tout tomber. Au point où en sont les choses, la Garde Noire va nous laminer pendant que vous vous battez encore les uns contre les autres pour des motifs complètement futiles !

La réaction de Juliette ne fut pas celle qu'il attendait. Poussant un grondement de colère, elle le repoussa contre le mur et lui colla un direct du droit qui lui fit voir 36 chandelles.

- Parce que tu crois que je suis aveugle, peut-être ?! Je sais pour le traître, Héra-sama le sait aussi ! Bordel, tout le monde le sait ! Mais il m'est impossible de me concentrer sur la tâche de le retrouver lorsque des éléments perturbateurs comme toi et Tetsu me traînent en permanence dans les pattes !

Elle le laissa se relever sans l'aider, soufflant pour se calmer.

- Tout est lié dans cette histoire. Toi, ton fils, ton clan, les Mitsumada, Athéna, Déméter, le traître et la Garde Noire. Il y a un lien entre tout ça, je le sens, et Héra-sama aussi. Un lien unique, caché au milieu d'un nœud si complexe que ça me donne mal à la tête ! Et le seul moyen pour moi d'y voir clair, c'est de démêler ce putain de nœud. Et la première étape, c'est mettre ta progéniture en sécurité, derrière des barreaux.

- Alors raison de plus pour me laisser faire, non ? Tu ne comprends pas qu'Ichigo est une des cibles principales de nos ennemis ? Tout ce que je veux, c'est protéger ma famille ! Je me moque des Kaminoke, je suis un Kurosaki !

- Parce que tu crois que ton fils est en sécurité dans le Domaine ? Alors qu'il est infesté d'Hollows et d'Arrancars ?

- Ichigo est bien assez grand et puissant pour se défendre seul, c'est pour cela que je lui ai enseigné mon ultime technique. Il ne craint pas les Hollows et les Arrancars. La Garde Noire toute entière ne l'effraie même pas ! La seule chose qu'il craint, c'est l'ennemi qu'il ne peut pas voir, celui qui s'approche de lui dans l'ombre et dans son dos, celui qui dit être son ami et vouloir son bien mais qui n'attend en fait qu'une seule chose : l'opportunité de lui planter une dague empoisonnée dans le cœur ! Et cet ennemi… c'est vous. La Garde Royale, les clans royaux, les tribuns et leurs agents. Vous qui cachez en votre sein un traître qui ne veut que notre mort et notre destruction à tous. Tant que ce traître se cachera dans la Garde Royale, Ichigo ne pourra pas être en sécurité, et il le serait encore moins enfermé dans l'une de vos cellules, désarmé et à la merci du premier assassin venu.

- Je te jure en mon nom et en celui d'Héra que si ton fils se rend, nous le protégerons. Jamais le traître ou ses agents ne pourront l'approcher, déclara-t-elle en lui tendant une main ouverte, paume vers le haut.

Isshin la regarda droit dans les yeux et secoua lentement la tête.

- Mets-toi à ma place une seconde, veux-tu ? Cela fait plus de 50 ans que je suis parti, je ne sais plus en qui je peux avoir confiance ou non. J'en suis même au point de douter de la sincérité d'Artémis et d'Apollon. Alors dans une telle situation, qui me dit que le traître n'est pas justement Héra en personne ?

Si Isshin n'avait pas été aussi sérieux, Juliette l'aurait frappé une fois de plus, et cette fois en y mettant toutes ses forces. Mais elle resta là, immobile et comprenant qu'elle ne pourrait pas lui faire entendre raison. Elle baissa sa main, dépitée, et se détourna à moitié de lui.

- Alors si telle est ta décision, tu viens toi-même de creuser ta propre tombe. Héra-sama n'est pas le traître, je le sais. J'ai toute confiance en elle, et elle en moi. Ma mission est de ramener ton fils à l'Olympe et de débusquer cet ennemi caché parmi nous. Le meilleur moyen de faire l'un comme l'autre est d'avoir l'appât adapté à la situation et à la proie qu'on souhaite débusquer. Dans le cas de ton fils, tu feras parfaitement l'affaire. Et une fois ton fils entre nos mains, il nous servira d'appât pour le traître, un point c'est tout.

- Je ne vous mènerai jamais à Ichigo, répéta-t-il avec la même conviction que la première fois.

- Ho, pas de ton plein gré, je le sais maintenant, et je salue ton courage et ton sacrifice. Ce sont des qualités que j'ai toujours apprécié chez toi. Mais une fois que ta tête reposera à côté de ton corps dans une tombe, quelque chose me dit que c'est ton fils lui-même qui viendra me trouver, surtout si j'en crois les rapports que j'ai de sa personnalité. Et crois-moi, je vais m'arranger pour que tout l'Olympe sache que je me suis enfin vengée, par moi-même et de mes propres mains, de l'humiliation que tu m'as fait subir lorsque tu as annulé nos fiançailles.

Elle se détourna complètement et s'éloigna à grand pas.

- Ho, et inutile de compter sur l'aide de Déméter à propos de mon Kidou, Héra-sama elle-même a déjà essayé et n'est pas parvenue à le retirer sans provoquer la mort de celui sur qui je l'avais posé. Et à la vue de sa charge actuelle, je pense qu'il ne te reste que 24 heures gros max avant qu'il explose. Adieu, Isshin.

Puis elle disparut en Shunpo, le laissant seul dans la ruelle.

***.***

Olympe, Temple de Déméter

Malgré l'explication de Juliette, Isshin n'était pas du genre à abandonner sans tout tenter, et c'était pour cela qu'il se tenait maintenant devant le temple de Déméter, debout mais vacillant de temps en temps à cause de la douleur. Le Kidou commençait sérieusement à affecter tout son système nerveux et donc son équilibre, même si son oreille interne était toujours intacte. Le moindre mouvement, la moindre crispation d'un muscle en fait, était douloureux, et son mal de crâne l'empêchait de raisonner comme à son habitude. Il pénétra dans le temple à pas lents et mesurés, se dirigeant vers le bureau du Maréchal tout en passant les divers contrôles et expliquant aussi rapidement et calmement que possible les raisons de sa venue.

Mais juste avant qu'il puisse accéder à Déméter, lors du dernier contrôle, une main se posa douloureusement sur son épaule, l'immobilisant sur place.

- En voilà un visage que j'avais pas vu depuis longtemps, tonna la voix d'un Vaizard qui le fit se retourner de force.

Grand gaillard puissamment bâti, sa coupe de cheveux en banane et sa tenue décontractée, l'individu l'inspecta d'un regard critique des pieds à la tête avant de poser presque brutalement sa main sur le cou d'Isshin.

- La salope, elle t'en veut encore vraiment à mort, on dirait.

- Ouais, fit Isshin en se dégageant de sa poigne d'un geste las et mesuré. Fais attention, le moindre contact fait un mal de chien maintenant.

- Ho, désolé, fit-il en retirant sa main.

Tenjirô Kurinji était loin d'être un inconnu pour d'Isshin. Si Tetsu était son meilleur ami depuis l'enfance, Isshin avait lié de solides amitiés avant et pendant sa carrière dans la Garde Royale. Tenjirô était l'un d'eux, ainsi que Nimaiya Ôetsu et Senshumaru Shutara, qui se battaient aujourd'hui tous les deux pour le poste de Maréchal d'Héphaïstos. Avec Juliette, Ukasuni Yano et Mitsumada Philia, ils avaient formé un solide groupe très soudé durant leurs classes dans la Légion d'Athéna et n'hésitant pas à s'entraider lors des coups durs. Mais c'était il y a plus de 100 ans maintenant et chacun avait suivi son propre chemin ensuite, tout en gardant parfois le contact.

- Tu viens voir le vieux pour ce truc, j'imagine ? Demanda-t-il en désignant son cou.

- On ne peut rien te cacher.

- J'pense pas qu'il puisse y faire grand-chose, ton ancienne dulcinée a vraiment mis le paquet lorsqu'elle a créé ce truc. Tu sais qu'elle a eu une recommandation officielle d'Héra à ce sujet ?

- C'est ce que j'ai entendu dire.

- Ok ! Allez, viens, je te conduis au vieux.

Balayant d'un geste toute protestation du garde, il enroula son bras autour du cou d'Isshin et s'engagea dans le couloir. Après quelques pas, le patriarche de la famille Kurosaki parvint à se dégager et se massa la nuque douloureuse.

- On m'a dit que tu était devenu l'un des chouchous de Déméter ces dernières années, quand j'étais en cellule.

Tenjirô haussa les épaules.

- On peut dire ça comme ça. Il m'a laissé en charge de la section médicale. Oracio est en charge de la supervision du Domaine, et c'est plutôt lui le grand protégé.

- Je vois.

Le grand gaillard à la coupe banane regarda autour de lui rapidement pour vérifier qu'ils n'étaient pas suivi ou espionné avant de fixer Isshin dans les yeux.

- Ton fils est en sécurité, et tes filles aussi, t'inquiète pas pour eux.

- … Merci, soupira Isshin, honnêtement rassuré.

- Juliette devra me passer sur le corps avant de m'arracher le moindre renseignement. De toute manière, avec la guerre qui bat son plein, ils ont trop besoin de moi ces derniers temps. Si tu voyais les tentes qu'on a installé à Avalon, les blessés arrivent en permanence ou presque.

- Qu'est-ce que tu fais ici, d'ailleurs ? Tu ne devrais pas être…

- Sur le terrain ? J'y étais et je vais pas tarder à y retourner. Je suis juste passer prendre quelques cargaisons de matos, mes gars s'en chargent en ce moment. Notre rencontre est un coup du hasard, t'y crois ? Mais j'ai suivi tous les détails de ton histoire depuis que t'es de retour, j'ai été en revanche assez surpris en apprenant qu'ils t'avaient libéré. Mais vu le petit cadeau mortel que ton ex t'a collé, on peut pas vraiment parler d'une libération, hein ?

Isshin secoua gravement la tête et resta silencieux. Une minute plus tard, ils entraient tous les deux dans le bureau de Déméter et le vieil homme se leva immédiatement de son fauteuil.

- Kurosaki Isshin, soyez le bienvenu.

- Déméter-sama.

- Tenjirô, prépare-nous un truc à boire, veux-tu ?

- Osu.

Déméter fit signe à Isshin de s'assoir dans un des fauteuils au centre de la pièce, ce qu'il fit avec un immense soulagement. Le vieillard passa immédiatement derrière lui et appuya doucement sur sa tête pour l'orienter vers le bas. Isshin sentit alors le reiatsu d'un Kidou d'analyse frôler sa peau, lui déclenchant des picotements douloureux mais il ne protesta pas.

- Aphrodite a déposé une plainte officielle à cette veille harpie d'Héra juste après que vous l'ayez quitté. Puis elle est directement venue me voir pour savoir si je pouvais faire quelque chose pour ce Kidou. Je lui ai promis que si vous passiez, je vous examinerai moi-même.

- Mais elle savait que je finirai bien par venir, tôt ou tard, compléta Isshin.

- Bien sûr. Haaa, mais vous pouvez comprendre mon enthousiasme à accéder aux requêtes de votre charmante cousine, non ? Une personne aussi merveilleuse qu'elle est assez rare ces derniers temps dans les rangs de la Garde Royale.

Apparemment, les rumeurs sur la perversité de Déméter n'était pas sans fondement d'après le ton guilleret qu'il perçut dans sa voix. Tenjirô lâcha dans leur dos un bref ricanement significatif et revint en tenant trois verres

- Humm… C'est bien ce que je pensais. Décidément, ces jeunes sont capables du meilleur comme du pire, annonça Déméter en annulant son Kidou. La seule façon d'empêcher cette bombe de faire des dommages irréversibles et de la retirer par la même occasion est d'épuiser son énergie. Et pour cela, il n'y a que celle qui l'a posé qui puisse le faire. Toute la complexité de ce Kidou réside dans son application : il ne faut pas que la personne résiste d'une façon ou d'une autre, et encore moins en renforçant son corps avec son reiatsu, ce que n'importe qui fait naturellement en situation de danger… mais puisque vous veniez à peine de sortir de cellule, j'imagine que vous ne pouviez même pas opposer une défense basique, hum ?

- Un pas à l'air libre et je me suis retrouvé à embrasser le sol contre ma volonté à cause de son reiatsu. Même un gamin des rues aurait pu le faire.

- Un Kidou vraiment ingénieux… et meurtrier. Je parie qu'elle a dû en développer une version pour le combat.

- Ça m'étonnerait pas d'elle, commenta Tenjirô en leur tendant leur verre.

- A moins de disposer d'un pouvoir très spécial, je doute que quiconque puisse y faire quelque chose, annonça Déméter avec une voix triste. C'est carrément votre troisième vertèbre qu'elle a chargé de reiatsu. Vous imaginez ce qu'il faudrait faire pour l'empêcher d'exploser ? … Néanmoins, il y a bien une chose que je puisse faire, c'est vous accorder un peu plus de temps. Ce sera probablement un peu douloureux mais vous survivrez quelques heures de plus.

- Allez-y, la douleur est une vieille compagne à laquelle je m'habitue assez vite.

- Très bien.

Isshin sentit Déméter charger son reiatsu dans sa main et il l'apposa sur toute sa nuque. L'espace d'un instant, la douleur fut telle que tout son corps se crispa et il fit exploser le verre que Tenjirô lui avait donné entre ses doigts. Puis ce fut fini. La douleur lancinante du Kidou de Juliette était toujours présente mais plus de douleur explosive.

- J'ai appliqué un Kidou sur le Kidou, afin de limiter considérablement la quantité de reiatsu qu'il absorbe de votre part. En gros, j'ai posé un filtre limiteur. Mais je ne peux rien faire de plus.

- Je vois, merci beaucoup. De combien de temps pensez-vous que je dispose ?

- … 48 heures, gros maximum.

Isshin ferma les yeux, les visages de ses enfants passant dans sa tête. Jamais il ne les reverrait désormais.

- Parlons sans détour, Déméter-sama. Je sais que vous savez où est ma famille et je voudrais que vous leur transmettiez un message de ma part.

- Cela devrait pouvoir se faire sans trop de problème, répondit le vieux Maréchal en prenant place dans un fauteuil en face de lui.

Tenjirô, qui avait nettoyé les débris de verre et préparait un autre pour remplacer celui qu'Isshin avait brisé, ajouta alors son grain de sel.

- Ojiji, laissez-moi aller trouvé Maltoro, demanda-t-il. Je la coince pendant 10 minutes et cette bombe sera de l'histoire ancienne. Le simple fait de poser ce Kidou sur Isshin est illégal à la base.

- Juliette n'est plus une Colonel maintenant, et elle a les faveurs d'Héra. Et elle n'agit jamais sans son accord tacite. Puisque je ne suis plus un Vaizard, je ne représente plus rien à leurs yeux. Toute cette mise en scène n'est que leur dernier moyen en date, et probablement le dernier levier à leur disposition, pour faire sortir mon fils de son nid. Mais il y a peut-être encore une chance que Juliette ne veuille pas vraiment ma mort. Je pense qu'elle retirera le Kidou au dernier moment… Enfin, je l'espère.

- Quel message voulez-vous que je leur transmette ?

- Ce n'est que si je meurs réellement que vous devrez le faire. Je préfère garder ce message sur moi, pour le moment. J'en ai aussi laissé une copie cachée, Tetsu saura où le trouver.

Disant cela, il regarda Tenjirô droit dans les yeux et le Général approuva d'un hochement de tête, lui aussi savait maintenant où chercher au cas où.

- Puisque vous ne pouvez rien faire de plus pour moi, je vais essayer de reprendre mon enquête. Une fois encore, je vous remercie pour tout ce que vous avez fait, pour moi et pour ma famille.

- Vous jouez à un jeu dangereux tout en ayant déjà un pied dans la tombe, Kurosaki-san, et en temps normal j'aurais essayé de vous stopper, soupira Déméter en se relevant en même temps que son interlocuteur. Mais je souhaite voir une dernière fois le meilleur limier d'Artémis en action. Bonne chance.

Isshin vida son verre d'une traite et le reposa sur la table puis il s'inclina bien bas et sortit seul du bureau.

- Salut, Tenjirô. Passe le bonjour aux autres si je ne les revois pas d'ici-là.

- Compte sur moi.

Quelques secondes plus tard, lorsque son reiatsu se fut assez éloigné, le grand gaillard gronda de colère et jeta le verre d'Isshin de toutes ses forces contre le mur.

- BORDEL !

- Du calme, Tenjirô-boy, je comprends bien ta colère mais nous ne pouvons pas agir à la légère aussi vite.

- Je pensais que vous pourriez l'aider avec ce truc. Désolé de devoir vous désobéir, mais je ne vais pouvoir rester là à ne rien faire alors qu'un de mes amis est littéralement en train d'agoniser sous mes yeux.

- Ho mais nous n'allons pas rester inactifs. Le traître n'est pas inquiet par la libération d'Isshin. S'il l'avait été, il aurait déjà fait un mouvement dans ce sens. En fait, je pense même qu'il est suffisamment intelligent pour tirer bénéfice de toute cette histoire, et il a une totale confiance dans sa couverture. Songes-y un moment, veux-tu ? Pour l'instant, nous n'avons que des preuves indirectes de son existence : la chute d'influence du clan Kaminoke, l'incarcération d'Isshin, la libération d'Aizen et la destruction de la Chambre Centrale des 46, l'attaque sur nos alliés Shinigamis lors de leur visite, l'aide et les informations fournies à la Garde Noire, tout cela est lié à lui. Oui, il est bien plus malin que nous puissions l'imaginer. Et pour le déranger, il va falloir abattre quelques-unes de nos propres cartes avant l'heure, j'en ai bien peur.

Tenjirô croisa les bras avant de fixer son supérieur.

- Que suggérez-vous ?

- Nous allons forcer ton ami à faire ce qu'il ne veut pas faire. Donnons un bon coup de pied dans la fourmilière à notre tour et voyons ce qu'il va en sortir.

- Si vous pensez à ce que je pense, c'est très risqué, surtout pour vous et moi.

- Préviens Oracio, trancha Déméter après avoir haussé les épaules.

Et Tenjirô approuva d'un franc hochement de tête.

***.***

Domaine de l'Olympe, Forestedge

- Bienvenue à Forestedge, Général Mitsumada. Il me semblait avoir signaler à votre guide que les locaux n'appréciaient guère les visites inopportunes et encore moins les invités surprises. Puis-je connaître les raisons de votre présence ici ?

- Merci pour cet accueil charmant, Général Oracio. Nous venons simplement nous ravitailler et nous espérions passer une petite nuit au chaud, pour changer. Rassurez-vous, nous repartirons demain matin à la première heure.

- Je vois. Permettez-moi de vous accompagner alors, les locaux seront plus disposés à collaborer de bonne grâce en ma présence.

- Je vous en prie.

L'arrivée de Juni n'était pas aussi inopportune qu'il voulait le faire paraître. Les gardes du village avaient repéré leur approche depuis plusieurs minutes déjà et Oracio avait pris tout son temps pour les rejoindre à l'entrée du village. Fort heureusement, les Shinigamis étaient cloîtrés dans une section différente d'où il les emmenait et les capitaines devaient déjà être au courant maintenant du passage de l'équipe de recherche, et ils savaient quoi faire pour rester le plus discret possible.

Le seul problème était que l'arrivée imminente de nouveaux invités du Seireitei était prévue pour dans l'heure qui allait suivre. Ils avaient donc revu leurs plans de base et convenu de s'installer dans l'une des arènes du village pour ouvrir le portail sans se faire repérer, se servant de leur fonction d'isolement pour rester caché. Et pendant ce temps-là, les autres invités devaient théoriquement tous rester bien sagement dans les quartiers.

Après quelques minutes de marche, Oracio, Juni et le reste de l'expédition de recherche arrivèrent dans un tronc contenant une petite auberge et un marchand local. Mais à peine eut-ils présenté ses nouveaux invités à la matrone de l'auberge, son comvo s'activa avec la sonnerie d'urgence.

- Mes excuses, je dois prendre cet appel.

- Faites.

Oracio activa son comvo et le porta à son oreille, vérifiant bien que le son n'était pas trop élevé et que la conversation ne serait pas entendue.

- Oui ?

- …

Dès les premières paroles, il s'éloigna d'avantage.

- Pardon ? Maintenant ?

- …

- Ce n'est vraiment pas le bon moment. Pas du tout, même, gronda-t-il à son interlocuteur.

Toujours adossée tranquillement au comptoir, Juni l'observait avec un petit sourire tranquille. Mais le peu qu'elle entendait des paroles d'Oracio attisait de plus en plus son intérêt et sa curiosité.

- Rappelles-moi dans dix minutes. Je ne peux pas en parler maintenant.

Sur ces derniers mots, il coupa la communication et referma son comvo avant de le ranger.

- Mes excuses, un petit problème administratif, signala-t-il en revenant vers le comptoir.

- Pas de soucis, je suis moi-même noyé dans la paperasse dès que je tourne le dos dans mon bureau et j'imagine que ça doit être partout la même chose.

Echangeant des sourires amicaux mais professionnels, les deux Généraux arrangèrent l'hébergement de l'expédition pour la nuit tandis que Vertagi voyait avec le marchand pour remplir à nouveau leurs stocks. Une fois fini, Oracio allait s'excuser lorsque Juni l'arrêta.

- Général, j'ai appris que mes cousins Christo et Clara étaient affectés à votre unité. Me serait-il possible de leur rendre une petite visite ce soir ?

Oracio se figea, n'ayant honnêtement pas pensé à cette situation et son esprit réfléchissant soudainement à toute allure. En plus du problème qui venait de lui tomber dessus par l'appel qu'il venait de recevoir, tous les évènements s'enchainaient brusquement tous en même temps beaucoup trop vite.

- Je vais voir si c'est possible. Ils sont actuellement en plein entrainement avec le Colonel Minari, mon second. Il s'agit de la seconde phase du Practix donc je ne sais pas s'ils pourront se libérer le temps de votre visite.

Le Practix était l'entrainement de synchronisation avec le Hollow que tous les Vaizards suivaient. Et la seconde phase était réputée pour être très longue, les séances pouvant durer plusieurs heures d'affilé, voir plusieurs jours.

- Ho, quel dommage. Mais ce n'est pas grave, ce sera pour une autre fois, j'imagine.

Oracio s'inclina pour la saluer et les laissa seuls, elle et ses hommes. Cependant, une fois à l'extérieur de l'auberge, il fit un petit signe discret de la mains avant de s'éclipser en Shunpo et aussitôt une poignée d'ombres concentrèrent toute leur attention sur l'auberge.

***.***

Domaine de l'Olympe, Forestedge.

Evoluant silencieusement parmi les ombres, Carl Volvac avait immédiatement repéré les gardes du village qui les suivaient discrètement. Puis, lorsque Oracio sortit de l'auberge, il vit aussi son geste et les gardes lui obéir, se mettant à surveiller sa supérieure et le reste de l'expédition. En soi, l'ordre n'avait rien d'exceptionnel et Oracio avait tout à fait le droit de les faire surveiller dans le village, mais Carl partageait les mêmes soupçons que Juni.

Une fois Oracio parti, il se glissa silencieusement dans son sillage mais perdit rapidement sa trace. En revanche, il continua et se mit à explorer le village dans son intégralité et à écouter les conversations des villageois quand il le pouvait. Et après une longue heure de recherche, alors que la nuit commençait à peine à tomber, il découvrit dans une partie isolée du reste du village le dortoir des Shinigamis.

Toujours aussi silencieusement et discrètement, il patienta alors de longues minutes et son attente fut récompensée lorsqu'il vit quatre jeunes en Shihakusho se diriger rapidement vers le dortoir, escortés par un capitaine, d'après son haori blanc. Restant toujours caché et dissimulant complètement son reiatsu, il fit lentement le tour de la zone et ne tarda pas à découvrir les grandes arènes d'entrainement dissimulées dans les troncs des arbres immenses du village et il capta alors enfin l'un des reiatsus de ceux qu'ils cherchaient, lui et son équipe.

Bingo et je sens que des têtes vont tomber furent alors ses deux pensées alors tandis qu'il prenait silencieusement la retraite, sa mission désormais remplie. Il ne lui restait plus qu'à rapporter ses découvertes à Juni et confronter Oracio sur le fait qu'il cachait les intrus. Et il sentait déjà qu'une demande de promotion l'attendrait chez lui avant la fin du mois.

- Tu es doué, je dois l'admettre… Mais pas autant que tu le penses, murmura alors une voix féminine derrière et au dessus de lui.

Comprenant qu'il venait d'être découvert, il bondit hors de sa cachette, privilégiant désormais la vitesse à la discrétion. En l'espace d'une seconde seulement, il effectua plus d'une centaine de Shunpos, zigzaguant entre les arbres à toute vitesse, fusant telle une balle le plus loin et le plus rapidement possible, hors de portée de celle qui l'avait découvert. Et lorsqu'il s'arrêta enfin, il se mêla instantanément aux ombres à nouveau et combattit ses réflexes pour restaurer son calme et se fondre dans le décor, tel un caméléon, mais gardant tous ses sens aux aguets.

Et il attendit une minute. Puis deux autres.

Voyant que personne ne venait dans sa direction et ne sentant rien à portée de ses perceptions physiques et spirituelles, il relâcha un soupir de soulagement et réfléchit à quelles erreurs il avaient pu commettre pour que cette femme puisse le repérer aussi rapidement. Toutefois, ses réflexions furent brutalement interrompues lorsqu'il sentit quelque chose s'enfoncer dans la chair tendre de son flanc, perçant aisément la combinaison noire qu'il avait mise à la place de son armure pour gagner en discrétion. Instinctivement, il bondit sur le côté en fauchant l'air du tranchant de la main mais ne rencontra que du vide et il se retrouva soudainement debout au milieu d'une grande clairière, du sang coulant de sa plaie qui était, heureusement, peu profonde. Concentrant sur reiatsu dans sa peau, il stoppa la petite hémorragie instantanément et chercha avec tous ses sens celle qui avait non seulement réussi à le repérer mais aussi à le suivre et à le blesser, le tout sans entrer dans le champ de ses perceptions.

Son regard tomba alors sur une femme à la peau noire vêtue d'une combinaison noire et orange, tranquillement adossée à un arbre. Tout criait en elle un agent des forces de l'ombre comme lui, un traqueur et une assassin.

- Shihouin Yoruichi, je présume, déclara-t-il en se mettant en position de combat.

- Je vois que je suis toujours aussi célèbre qu'avant.

- Surtout parce que votre visage est sur presque toutes les affiches de recherche du temple d'Artémis.

Puis quelque chose le fit froncer des sourcils. La voix qu'il avait entendu n'était pas celle de Yoruichi, à la fois rauque et charmeuse. Celle qu'il avait entendu était plus froide et perçante, plus hautaine également. Et Yoruichi ne semblait pas armée non plus, alors que sa blessure avait immanquablement été infligée par quelque chose de long et pointu.

- Un seul geste et tu es mort, fit de nouveau la voix féminine et cette fois il sentit sa présence, pratiquement collée dos à dos contre lui, à moins de deux centimètres.

Comment avait-elle pu se glisser comme ça dans sa défense sans même qu'il s'en rende compte ? Ce seul fait le sidéra.

- Elle est douée, hein ? Encore plus que moi dans ce domaine, je dois bien l'avouer, déclara Yoruichi avec un sourire carnassier. Et je t'assure qu'elle ne plaisante pas non plus. Regarde ta blessure.

Il baissa les yeux et vit qu'une espèce de grande tâche en forme de papillon s'étalait maintenant sur son flanc.

- Tu es marqué. Si elle te touche une seconde fois à cet endroit, tu es mort.

- Alors j'imagine que si je ne le suis pas encore, c'est parce que vous attendez quelque chose de moi ?

- C'est bien, tu es plus intelligent que je le pensais, fit Soi Fon en s'écartant doucement de lui puis en lui tournant autour pour aller se mettre à côté de Yoruichi. Mais avant, j'ai encore une chose à t'expliquer concernant mon pouvoir. La marque que tu as sur ton flanc s'appelle Houmonka. C'est une cible et ceci, fit-elle en lui montrant son dard doré, est la flèche qui te tuera instantanément si elle te touche une seconde fois au même endroit.

Carl se détendit et concentra son reiatsu prêt à se battre. S'il lui suffisait juste d'éviter de…

- Mais ce n'est pas tout, reprit Soi Fon, l'interrompant dans ses pensées. Tant qu'il s'agit de mon Shikai, je dois certes te piquer moi-même une seconde fois. Mais une fois mon Bankai libéré, je n'ai plus besoin de m'approcher ou même de me battre contre toi. Cette marque me servant aussi de balise, il me suffit alors de me concentrer dessus pour savoir précisément où tu es… et te tuer dans la foulée dans un éclair. Où que tu sois.

Carl sentit un frisson de peur lui parcourir le dos.

- Je vois. Tu es Shaolin Soi Fon, Capitaine de la 2nde Division du Gotei 13, celle qui peut percer les Négacions.

- Mazette, toi aussi tu es devenue célèbre, ma petite abeille, commenta Yoruichi avec un sourire ravi.

- Juste parce que je suis l'une des personnes qu'il recherchait, j'en suis sûre, riposta Soi Fon en rougissant un peu.

- Maintenant que tu sais ce qu'il t'attend, voilà ce que tu vas faire : tu vas rejoindre les membres de ton équipe et leur dire que tes recherches ont fait chou blanc, ordonna Yoruichi. Puis, pendant toute la durée de ta mission, tu maintiendras cette déclaration. Et à chaque fois que vous devrez repasser par le village pour vous ravitailler, tu viendras nous faire un rapport en direct de vos « progrès » dans vos recherches. Est-ce assez clair ?

- Limpide, répondit-il en serrant les dents, retenant sa colère et son indignation.

- Bien. Tu peux y aller. Et rappelle-toi, pas un mot à quiconque, fit Soi Fon en rengainant son arme redevenue normale. Si quoique ce soit me suggère que tu as craché le morceau, ta mort sera quasi instantanée, tu peux me croire sur parole. Même en te planquant dans un bunker fortifié, rien ne peut échapper à la piqure de lumière de mon Bankai, sache-le.

La seconde suivante, il était de nouveau seul dans la clairière. Et rien qu'à la qualité et au niveau de leur Shunpo, Carl comprit qu'elles étaient toutes les deux à un niveau bien supérieur au sien dans ce domaine également. Dépité, il enragea pendant quelques minutes puis repartit vers le village en traînant des pieds.

***.***

Domaine de l'Olympe, Forestedge

Yamamoto gronda doucement de déplaisir dans sa barbe, la situation aurait pu se révéler bien plus désastreuse que prévue mais la rapidité et la discrétion de Yoruichi et de Soi Fon les avaient tiré de ce mauvais pas. A quelques mètres de lui, Sajin et Kyouraku travaillaient sur un dispositif à la fois spirituel et technologique, de la conception d'Urahara, et Ichigo et ses amis étaient aussi présents, attendant patiemment les nouveaux venus.

Il avait songé un moment à les renvoyer dans leur dortoir mais avait décidé au final de les laisser faire. Au moins, ici, ils étaient sous sa surveillance et couraient donc moins de risque d'être repérés, si Mitsumada Juni décidait finalement de ne pas faire confiance à son second et de mener les investigations elle-même. Son neveu et sa nièce étaient consignés dans leur chambre, réfléchissant apparemment encore sur le discours que Yoruichi leur avait fait il y a quelques heures.

- Le dispositif est prêt, Yama-jii, annonça Kyouraku en reculant un peu.

Enfin. Le vieux commandant soupira et s'avança, tirant les manches de son haori et de son shihakusho.

- Je me suis toujours demandée à quoi pouvait ressembler l'Ouken, la clé originelle, murmura Inoue à Tatsuki qui se tenait à côté d'elle.

Peut-être avait-elle voulu se montrer discrète mais Yamamoto entendit sa question.

- L'Ouken n'a pas de forme fixe, répondit-il sans se retourner, présentant sa main qu'il posa sur le réceptacle du dispositif. A la base, il ne s'agit que d'une forme d'énergie, créée dans le seul but d'ouvrir une porte ou un portail entre les dimensions. On dit de l'Ouken qu'elle est une clé mais c'est inexact dans le fait qu'elle est à la fois la clé et la porte. Lorsque Zeus m'a confié l'un des rares Ouken originels, il m'a simplement donné une franche poignée de main. « L'Ouken ne peut être volé ou substitué, ni être confié à quelqu'un d'autre, » m'a-t-il dit. « Je te la confie et ce n'est qu'à ta mort que tu me la restitueras. » La raison en est simple : depuis cette poignée de main, l'Ouken fait partie intégrante de moi, dans mes os. Et moi seul peut m'en servir. C'est pour cela qu'Aizen n'a jamais essayé de me la prendre. Et c'est ce qu'Aizen essayait de faire avec les habitants de Karakura Town : créer cette énergie qui n'apparait qu'avec le massacre de milliers d'individus fortement chargés d'énergie spirituelle et l'intégrer à son propre corps grâce au Hougyoku.

- D'où la différence avec les Oukens artificiels, continua Ukitake, qui était arrivé pendant l'explication. Les Ouken artificiels sont des échecs, l'énergie n'a pas été intégrée à un individu mais à un objet. Et comme les objets existant dans deux dimensions différentes ne peuvent maintenir longtemps leur existence contre-nature, l'objet est irrémédiablement détruit dès sa première utilisation.

Ichigo et ses amis hochèrent la tête en silence, comprenant mieux maintenant certains détails qui leur échappaient jusqu'alors. Durant toute l'explication, Yamamoto s'était concentré sur le dispositif et lentement un capteur d'énergie se chargeait petit à petit. Lorsqu'il arriva à mi-charge, une vibration parcourut l'atmosphère.

- La liaison est établie avec Urahara Kisuke, Soutaichou-dono, signala Sajin qui observait un écran. Tout est bon de son côté.

- Alors allons-y.

Concentrant son reiatsu, il injecta plus d'énergie dans le dispositif et le portail dimensionnel s'ouvrit, déchirant l'espace tel un gouffre béant donnant sur le néant. Poussant un soupir, Yamamoto retira sa main et remit sa manche en place dessus.

- Il existe un Kidou spécifique pour ouvrir un portail dimensionnel mais il ne fonctionne que dans un seul sens, précisa-t-il en se retournant vers les jeunes. C'est pour cela que nous utilisons cet appareil, afin de mieux stabiliser la liaison temporaire entre les deux dimensions et permettre un transfert dans les deux sens. Cela demande plus d'énergie de ma part, cependant.

A peine eut-il terminé que le premier arrivant pénétra dans l'Olympe en avançant calmement, tenant un lourd sac d'une main et une cantine deux fois plus grande que lui de l'autre, sur son épaule. Le reconnaissant sans peine à ses cheveux roux et à ses tatouages, Rukia fut la première à le saluer.

- Renji !

- Yo… Heu, pardon, Soutaichou-dono, se reprit-il en voyant Yamamoto juste à côté de lui, ne l'ayant pas aperçu de prime abord à cause de son chargement.

- Veuillez libérer le passage, Abarai-Fukutaichou, vous n'êtes pas le seul à venir.

- Hai, hai. A vos ordres.

A peine eut-il dégager le passage que le second arrivant apparut… ou plutôt d'abord son lit. Hitsugaya Toshirou était endormi, apparemment sous l'influence de sédatifs. Son teint était un peu pâle mais son souffle semblait calme et régulier. Rangiku poussait son lit derrière lui, saluant respectueusement Yamamoto au passage. Kyouraku prit alors la relève et elle regarda le capitaine avec un regard légèrement implorant.

- Nous en avons déjà parlé, Ran-chan, fit Shunsui d'un ton désolé. Vous ne pouvez pas rester, la 10ème Division ne peut pas être privée à la fois de son capitaine et de son vice-capitaine.

- J-Je le sais. Laissez-moi juste encore quelques instants avant de retourner au Seireitei.

D'autres Shinigamis passèrent le portail, déposant diverses caisses de matériel, puis l'exubérant Urahara Kisuke fit enfin son apparition, un grand sourire ravi sur les lèvres et son éternel fan à la main. Mais c'est surtout ce qui lui emboitait le pas qui attira l'attention de tous, ou presque : Unohana Retsu, sanglée à une sorte de lourde camisole de cuir et de fer et attachée sur une sorte de lit d'hôpital psychiatrique avec de lourdes armatures en acier. Apparemment elle aussi sous sédatif, la capitaine semblait cependant éveillée mais plongée dans une sorte de catatonie profonde, le regard flou et les traits pâles et tirés, un filet de salive coulant même de sa bouche.

- Merde, grogna Tatsuki en la voyant. Vous m'aviez dit qu'elle était mal en point mais je ne pensais pas que c'était à ce stade là.

Urahara resta prêt du portail à faire un rapport à Yamamoto tandis que les Shinigamis qui étaient simplement venus pour déposer du matériel repartaient bien vite, une fois leurs tâches accomplies. Rangiku se dirigea alors vers Ichigo et s'arrêta à quelques mètres de lui.

- Kurosaki-san, vous veillerez sur lui, n'est-ce pas ?

Un peu décontenancé qu'elle s'adresse spécialement à lui pour ça, il n'hésita toutefois pas une seule seconde.

- Toshirou est mon ami et un frère d'arme. Je mettrai ma vie en jeu pour lui s'il le faut.

Rassurée, elle s'inclina et, après un dernier regard à son capitaine, elle salua de nouveau Yamamoto avant de repartir, triste mais un peu plus soulagée et déterminée à accomplir son devoir.

- Vous avez dit exactement ce qu'elle voulait entendre, commenta doucement Kyouraku en le regardant d'un seul œil, son visage restant tourné vers le portail. J'ai beau être son ami de plus longue date que vous, elle a instinctivement confiance en vous.

- Elle n'avait surtout vraiment pas l'air d'avoir envie de partir, nota Ichigo en guise de réponse.

- Bien sur. La relation entre ses deux là remonte à plus d'une centaine d'années, il est normal qu'elle soit inquiète. Même Soi Fon-Taichou, qui n'appréciait pourtant guère votre prédécesseur Oomaeda-Fukutaichou de son vivant, a enragé lorsque celui-ci a été tué, sous ses yeux en plus.

Et il se garda bien de dire que lui-même avait enragé comme jamais lorsque Nanao avait été enlevée par les Prétendants lors de l'Epreuve de Sélection.

Matsumoto venait à peine de disparaître que Oracio arriva à toute allure, sortant d'un Shunpo en plein milieu de l'arène, à quelques mètres seulement d'eux. Avisant le commandant, il traversa telle une flèche les quelques mètres qui les séparaient encore et s'arrêta pour lui murmurer quelque chose à l'oreille. Le vieux commandant leva un sourcil inquiet dans un premier temps puis fit un geste vers Ukitake qui supervisait le fonctionnement du dispositif, lui signalant de couper immédiatement la connexion avec le Seireitei. Comme ils n'attendaient plus personne et que personne d'autre en devait faire de voyage retour non plus, il attendit la confirmation que Rangiku était bien de retour à son point de départ avant de refermer le portail l'instant suivant.

- Pourquoi maintenant ? Demanda enfin le vieux commandant au Général avec irritation.

- Ils ne peuvent pas faire autrement. Le général Maltoro a posé un Kidou sur… C'est une sorte de bombe, un dispositif mortel. Urahara-Taichou est la dernière sommité en matière de Kidou qui disposerait éventuellement de compétences capables de le sauver. Et son temps est compté.

Yamamoto comprit que la situation était devenue trop explosive maintenant pour que le secret puisse être gardé plus longtemps, presque tout le monde les regardant en silence. Il hocha la tête avec gravité et s'avança avant de faire claquer le bout de sa canne sur le sol pour attirer l'attention de tous. Le silence se fit immédiatement et tous les regards qui n'étaient pas déjà fixé sur lui le furent dans les secondes suivantes.

- Nous pensions avoir plus de temps mais les évènements semblent se bousculer plus vite que nous le pensions, déclara-t-il en préambule avec gravité. Tout d'abord, je tiens à vous annoncer à tous que la guerre entre les deux Gardes vient d'être officiellement déclarée et qu'elle est même déjà engagée. En ce moment même, des Hollows envahissent le nord du Domaine et Avalon, le village d'où l'Olympe tirent ses ressources en temps normal, est assiégé par les Arrancars. Cette invasion ne nous concerne pas pour le moment car elle a lieu à des milliers de lieues de nous, très loin au nord de l'Olympe alors que nous sommes tout au sud. Le risque d'une attaque dans notre région est pratiquement nul. Mais ce n'est pas le problème qui nous inquiète.

Il regarda Ichigo avec gravité et lui annonça de but en blanc :

- Votre père a été libéré de prison hier midi.

La première réaction d'Ichigo fut de s'empourprer de colère car il comprenait par son discours que Yamamoto était en courant depuis le début et qu'il n'en avait rien dit. Mais cela ne dura qu'une seconde à peine, car il comprit aussitôt après que la libération surprise de son père n'était certainement rien d'autre qu'un piège à son égard. Il lâcha donc son souffle et croisa les bras, se préparant à la suite.

Le vieux commandant approuva silencieusement sa réaction et son contrôle d'un léger signe de la tête et continua.

- Comme vous l'avez deviné, il s'agit d'un piège destiné à nous faire sortir de notre cachette, vous en particulier, Kurosaki-Fukutaichou. Il va sans dire que votre père le sait parfaitement et qu'il n'a lui-même fait aucun geste pouvant mettre votre famille en danger. Il sait que vous êtes ici, dans le Domaine, et dans cette région, au sud de l'Olympe, mais il ne sait pas où précisément, pas plus que les enquêteurs de la Légion d'Héra. Pour couronner le tout, le Tribunat a délégué au Maréchal Artémis la tâche de vous retrouver. Dans un soucis de montrer patte blanche sans prendre de gros risque, celui-ci a désigné un autre de ses généraux que Mitsumada Tetsu pour nous retrouver. Il s'agit de Mitsumada Juni, la fille du général Mitsumada Katsuhiro.

- Ils sont nombreux dans cette famille, commenta Rukia dans un grommellement tandis que Yamamoto faisait une pause, attendant une éventuelle réaction de leur part.

N'en entendant aucune autre que ce commentaire, il poursuivit :

- Nous pensions laisser la situation évoluée d'elle-même pendant un temps, votre père ayant apparemment décidé d'enquêter sur les motivations de certains individus clés de la Garde Royale et sur la présence apparente d'un traître extrêmement bien placé dans leur hiérarchie. Un traître qui serait au service de la Garde Noire, et probablement de responsable derrière l'attaque que nous avions subi sur l'Olympe. Malheureusement, Héra ne voit pas les choses ainsi et a décidé de donner avec la libération de votre père un grand coup de pied dans la fourmilière, pour reprendre l'une des expressions communément utilisées ces derniers temps.

Il poussa un bref soupir et lâcha :

- L'un de ses Généraux, Juliette Maltoro, a posé une bombe sur votre père par l'intermédiaire d'un Kidou de son invention. Si elle ne la désamorce pas elle-même ou si nous ne parvenons pas à le faire nous-mêmes, il mourra dans moins de 48 heures.

Ichigo, Soi Fon et Rukia se souvinrent immédiatement d'elle à son accueil lors de leur arrivée à l'Olympe, peu avant que Kyouraku ne les soustrait à leur griffes.

- Moins de 48 heures, siffla Ichigo, maintenant à la fois furieux et terrifié.

- Très honnêtement, nous ne savons pas si nous pouvons faire quelque chose pour lui, intervint Oracio. Déméter-sama n'a pas pu le retirer et il est pourtant une sommité pratiquement sans égale en matière de Kidou dans la Garde Royale. Mais la technique développée par Maltoro est une véritable joyau en son genre, elle a même reçu une recommandation à son sujet il y a quelques années.

- En gros, il n'y a qu'elle qui peut le retirer, c'est ça ? Demanda-t-il d'une voix froide mais calme malgré la colère qu'ils sentaient tous bouillonner en lui.

- Nous ne sommes pas encore à cours d'options, le tempéra Oracio. Nous savions que tôt ou tard la Garde Royale finirait par vous retrouver, ou du moins savoir précisément où chercher. Mais avec la guerre qui vient de se déclarer et l'armée toute entière ou presque de la Garde Noire qui envahit le nord du Domaine, Héra ne pourra pas se permettre de déléguer d'avantage de troupes à notre recherche lorsque le plan sera engagé.

- Quel plan ? Demanda Kisuke en ajoutant son grain de sel.

Oracio adressa un regard à Yamamoto qui approuva d'un hochement de tête. A ce stade, autant tout révéler de suite. Le général avança et prit son arme toujours dans son fourreau dont il se servit pour tracer un large cercle sur la fine couche de sable de l'arène.

- Voici le Domaine de l'Olympe, en gros, avec l'Olympe en son centre. Avalon se trouve au nord et subit actuellement les assauts de la Garde Noire. Leur but recherché est de mettre la main sur un portail de transfert qui relie directement l'Olympe au Domaine. Ce portail est la seule porte d'entrée à la montagne céleste et les Arrancars connaissent son existence. En revanche, ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'il n'y en a pas qu'un seul. Il y en a trois autres. Environ ici, ici et là. Et nous, nous sommes ici, à quelques lieues seulement de l'un de ces portails.

- Vous disiez qu'il y avait un traître haut placé dans la Garde Royale qui renseigne la Garde Noire. Ne serait-il pas au courant pour ces autres portails ? Demanda Soi Fon.

- C'est possible mais nous pensons que non. Du moins, la Garde Noire ne semble pas rechercher les autres portails à notre connaissance, répondit Oracio en toute honnêteté. De toute façon, ils sont tous extrêmement bien cachés, à une seule exception prêt, celui d'Avalon, bien entendu, puisqu'il est très fréquemment utilisé.

- Bien entendu, répéta Kyouraku.

- En fait, très peu de gens s'en souviennent mais il existe un autre moyen d'accès à l'Olympe. Et pour être exact, il s'agit en réalité du tout premier chemin ayant été construit, avant même l'apparition des deux Gardes : il est juste en dessous de l'Olympe et on l'appelle l'Escalier Divin, signala-t-il en désignant le centre même de sa carte improvisée. Mais toute cette zone sur des milliers de kilomètres carré est strictement interdite et toute présence déclarée persona non grata.

- Pour quelle raison ? Demanda Rukia, surprise par ce fait comme la plupart d'entre eux.

- C'est le territoire des Grands Primos. Ce sont des… des créatures étranges, des aberrations conçues par la nature elle-même, un peu comme des prototypes de races qui ne virent finalement jamais le jour sur Terre, dans le monde mortel. Ces créatures sont toutes… extrêmement dangereuses, sauvages et indomptables. Elles ont des milliers d'années d'existence, certaines des millions même. Toutes sont uniques en leur genre et semblent coexister entre elles tant qu'aucune n'empiète sur le territoire de l'autre, et elles passent le plus clair de leur temps endormies, comme en hibernation. J'ai vu les rapports de bataille des Arrancars et des Hollows de l'armée de la Garde Noire. Vu leurs forces, je peux vous assurer que s'ils essayent de pénétrer dans ce secteur, ce ne sera alors qu'une vaste boucherie. Nos troupes essayent actuellement de contenir les armées Hollows dans le nord du Domaine mais c'est surtout pour les empêcher – et il insista sur ce mot – d'accéder à ce secteur. Parce que s'ils y arrivent, nous savons que ce n'est pas un ou deux Grands Primos qu'ils vont réveiller mais plusieurs… Et la dernière fois que 4 d'entre eux seulement se sont réveillés ensemble, ils ont littéralement rasé 40% du Domaine à eux seuls en l'espace d'un mois, avant de se rendormir. Trois de nos Maréchaux à l'époque ont tenté d'en arrêter un qui semblait se diriger vers Avalon. Ils ont réussi, mais ils sont morts tous les trois en parvenant à peine à blesser le Grand Primo. Ils ont simplement réussi à attirer son attention ailleurs.

Yoruichi poussa un sifflement impressionné.

- Ok, Grand Primo, on le laisse faire dodo, commenta-t-elle, honnêtement impressionnée.

- C'est notre but. S'ils se réveillent, ils feront alors plus de dommage que toute l'armée de la Garde Noire réunie. C'est aussi notre ultime et dernier recours dans cette guerre. Si la Garde Noire prend franchement un avantage trop important à nos yeux pour que nous puissions encore renverser la situation, nous réveillons de force les Grands Primos, quitte à raser complètement le Domaine.

- Et combien y'a-t-il de Grands Primos en tout exactement ? Demanda Ukitake.

- Au dernier compte, quarante trois. Un ou deux sont peut-être morts depuis mais pas plus, ce sont des créatures quasi immortelles. Une légende dit qu'il y en avait un en particulier, avant, si puissant qu'il dominait tous les autres. Il aurait menacé une fois, dans sa faim, de s'attaquer à l'Olympe en essayant de sauter pour la rejoindre. De crainte qu'il n'y arrive, Zeus l'aurait alors envoyé dans une autre dimension, peut-être au Hueco Mundo, nous n'en savons rien.

- Toutes ces histoires sont passionnantes mais cela n'explique pas votre plan concernant mon père, gronda alors Ichigo, leur rappelant le sujet initial de leur conversation.

- Mes excuses, fit Oracio avant de reprendre. Donc les portails, dont l'un est ici à quelques lieues seulement de Forestedge. C'est lui qu'on emprunte généralement pour aller et venir entre l'Olympe et tout le Sud du Domaine. Dans quelques heures, des hommes de Déméter kidnapperont votre père et l'amèneront au portail. Sitôt qu'il sera passé, nous allons sceller ce portail de notre côté, tout simplement. Cela empêchera totalement l'arrivée de nouveaux renforts de l'Olympe dans la région.

- Avec la guerre qui gronde au nord, l'Olympe ne pourra pas se permettre se s'intéresser à nous qui ne sommes pas son ennemi, reprit alors Yamamoto. Si le traître a un intérêt tout particulier à notre égard comme nous le pensons, cela le forcera à se dévoiler. Héra est une louve qui, une fois qu'elle a flairé une piste, ne relâche jamais totalement sa proie. Mais si celle-ci est un oiseau totalement hors de sa portée car perché tout en haut de la branche d'un arbre, elle n'aura pas d'autre choix que d'attendre qu'il daigne venir à sa portée sur le sol pour agir à nouveau. Donc dans l'intervalle, elle se tournera vers un autre gibier tout aussi alléchant : le traître.

- Et si c'était elle, le traître ? Demanda Soi Fon en inclinant la tête.

- Très sincèrement, j'en doute, répondit Oracio, un peu pris au dépourvu par sa question mais sans grande hésitation. Héra et Déméter sont les plus anciens Vaizards de la Garde Royale, penser que l'un d'eux puissent trahir l'Olympe, c'est…

Il regarda Yamamoto d'un coup d'œil.

- Ce serait comme imaginer que votre commandant ici présent aurait conspiré avec Aizen Sousuke.

Soi Fon leva une main apaisante, n'insistant pas sur sa supposition.

- Ok, donc on libère mon vieux et après ?

- Après deux choix s'offrent à nous, ou bien Urahara-Taichou dispose d'un moyen de retirer ce Kidou ou bien on espère que Maltoro déchargera le Kidou en se téléportant à côté de lui. Si ni l'un ni l'autre… vous pourrez au moins voir une dernière fois votre père.

Rien qu'à l'expression de son visage, tous savaient que c'était loin d'être suffisant à ses yeux.

- J'ai une meilleure idée, fit alors Soi Fon, les surprenant tous en s'avançant. Vous kidnappez Kurosaki Isshin comme prévu et vous le signalez à cette Générale pour être sûre qu'elle se déplace en personne ici.

Et elle insista bien sur le dernier mot en désignant la zone au Sud de l'Olympe sur la carte grossière qu'Oracio avait dessiné au sol.

- Une fois le père de mon lieutenant à Forestedge et cette Générale elle aussi dans la région, là vous faites sceller votre portail, peu importe la manière dont vous vous y prendrez. Je suis sûre qu'une fois coincée avec nous, nous serons capables de la convaincre de retirer son Kidou… de gré ou de force.

L'expression sur son visage démontrait clairement son opinion sur le sujet et celle sur le visage d'Ichigo signala tout aussi clairement que l'idée lui plaisait beaucoup plus. Oracio réfléchit rapidement à cette proposition et finit par accepter d'un hochement de tête.

- C'est faisable. Je vais immédiatement notifier votre proposition à Déméter-sama mais quelque chose me dit qu'il va abonder dans votre sens. Mais d'une manière ou d'une autre, si nous appliquons ce plan, je doute que Maltoro vienne seule. Et il y aura aussi Mitsumada Juni et son équipe dans les parages.

Il lâcha un soupir résolu avant de terminer :

- Je ne pense pas que nous parvenions à nous en tirer avec ce plan sans qu'il y ait à les combattre toutes les deux, elles et leurs équipes respectives.

- Peut-être. Mais avec ce plan, le père d'Ichigo a beaucoup plus de chance de s'en sortir vivant, trancha Rukia pour ajouter son grain de sel.

L'avis semblait communément partagée par tous d'après leur regard déterminé. Décrétant que la décision était arrêtée, Yoruichi posa une main sur l'épaule de Soi Fon et la serra pour la féliciter silencieusement de son idée.

- Maintenant, mettons au point un plan de bataille, si vous êtes d'accord, Soutaichou-dono ? Demanda-t-elle.

Dès lors, tous les regards se tournèrent vers Yamamoto qui se contenta d'abord de faire heurter sa canne sur le sol une fois de plus.

- Que tout le monde aille prendre quelques heures de repos, pour ressourcer vos réserves de reiatsu. Urahara-Taichou, Ukitake-Taichou, veillez à installer nos nouveaux invités le plus confortablement possible. Kurosaki-Fukutaichou, Abarai-Fukutaichou logera dans le même dortoir que vous, trouvez-lui une place. Lorsque nous aurons le timing précis de ce plan, nous viendrons vous chercher et nous mettrons au point une stratégie d'équipe. Oracio-Gunshirei, je crois que nous avons un appel en commun à passer.

***.***

Domaine de l'Olympe.

Mitsumada Juni n'avait pas cru un seul mot sorti de la bouche de son second, le colonel Carl Volvac, lorsque celui-ci fit son rapport. Son regard d'ailleurs le trahissait car il ne cessait de regarder son flanc lorsqu'il pensait qu'elle le regardait droit dans les yeux. Mais elle savait déjà que quelque chose de louche se tramait à Forestedge car Oracio lui avait menti à propos de Clara et Christo.

La seconde étape du Practix était habituellement pratiquée durant les classes, dans la Légion d'Athéna. Cependant, comme c'était souvent le cas pour les familles nobles et les Vaizards disposant d'un puissant reiatsu, on autorisait des aspirants à quitter leurs classes avant la fin et de les continuer sous la tutelle d'un Colonel ou d'un Général. Et ce fut bien évidemment le cas pour Christo et Clara qui eurent l'immense honneur d'être entrainés par le Colonel Minari Fio et son supérieur le Général Oracio de la Légion de Déméter.

Mais, apparemment, le Général ne devait pas les entrainer directement car il ne savait pas qu'ils avaient tous les deux complété la seconde phase du Practix depuis deux semaines déjà, d'après Philia lorsqu'elle avait eu ses enfants pour la dernière fois. En clair, il s'était peut-être trompé mais il lui cachait quelque chose. Et Christo et Clara étaient tous les deux au courant et il ne voulait pas qu'ils se parlent.

Ajouter à ça le comportement anormal de son second et elle avait assez de preuves pour soupçonner tout et n'importe quoi. Après s'être bien reposée et avoir réfléchi pendant quelques heures, elle ordonna à son équipe de se rassembler et de se préparer à repartir en recherche à la sortie du village. Oracio les attendait bien évidemment, masquant à la perfection son soulagement à les voir repartir comme prévu et sans faire d'esclandres.

- J'espère que votre court passage fut agréable et je vous souhaite bonne chance dans vos recherches.

- Merci, Général. Nous devrions repasser d'ici deux ou trois semaines, selon la vitesse à laquelle nous consommerons nos vivres ou peut-être moins en cas d'imprévu.

- Et vous serez toujours les bienvenus, je vous assure. Peut-être pourrez-vous voir vos cousins la prochaine fois.

- Oui, ce sera avec plaisir.

Après avoir échangé ces politesses d'usage, elle et son équipe s'élancèrent en Shunpo, s'éloignant rapidement de Forestedge. Pourtant, après n'avoir parcouru que quelques lieues, suffisamment pour être certaine que son équipe n'avait pas été suivi, elle leur signala de s'arrêter.

- Colonel Vertagi, vérifiez que nous ne sommes pas suivis ni écoutés, ordonna-t-elle d'un ton sec.

- … A vos ordres, obtempéra-t-il, un peu surpris par la froide colère qu'il sentait émaner d'elle.

Pendant qu'il obéissait, Juni retira son sac et ses affaires pour se mettre plus à l'aise et fit signe à ses hommes d'en faire de même, en silence. Puis elle vint se positionner devant son second, Carl, et croisa les bras, une expression neutre sur son visage mais son regard empli de colère et de déception. Le plus surprenant était que Carl sembla accepter ce traitement silencieux, allant même jusqu'à rester passif devant elle, attendant qu'elle parle.

Vertagi revint après quelques minutes et secoua la tête, personne ne les avait suivi apparemment. Juni ferma les yeux et sonda les environs avec ses propres perceptions, ne détectant personne. Ce n'est qu'après cela qu'elle décroisa lentement ses bras. Et elle gifla Carl d'un revers qui claqua bruyamment.

- Pas un seul mot, leur ordonna-t-elle à tous en levant son autre main avant la moindre protestation.

Une fois de plus, Carl sembla encore accepter son traitement, réorientant tranquillement sa tête et ne cherchant même pas à essuyer le sang qui coulait de sa lèvre fendue.

- Oracio s'est moqué de moi depuis le départ et toi… tu m'as sciemment menti. Mais tu l'as fait de telle manière que je ne pouvais pas ne pas m'en rendre compte, pas vrai ?

Carl approuva d'un petit hochement de tête.

- Cette gifle n'était que pour t'avoir fait prendre. Tu as trouvé quelque chose mais tu ne peux rien en dire car…

Elle s'avança et appuya avec un doigt sur le flanc de son second.

- Si tu dis quoi que ce soit, tu es mort, je parie.

Carl ne pas broncha pas mais Juni avait le doigt posé exactement où le dard de Soi Fon l'avait piqué et, malgré les soins qu'il y avait appliqué, la blessure n'était pas encore complètement fermée.

- Ils sont à Forestedge, déclara-t-elle avec une finalité dans sa voix.

Et elle n'avait pas besoin de dire de qui elle parlait, ils avaient tous bien compris.

- Que faisons-nous, Mitsumada-Gunshirei ? Si Oracio-Gunshirei est bien impliqué, sommes-nous assez nombreux pour tous les capturer ?

L'équipe de Juni était composée de 10 membres, elle et son second inclus. Tous étaient très bien entrainés et des professionnels dans leur domaine. Mais affronter un Général tel qu'Oracio n'avait jamais été prévu au programme. D'ailleurs, en terme d'expérience, elle-même ne pensait pas faire le poids contre lui, il y avait une radicale différence entre un général fraichement nommée à son poste comme elle, peu importe sa puissance, et un général en place depuis plusieurs centaine d'années comme lui.

Si elle demandait officiellement des renforts maintenant, il lui faudrait expliquer pourquoi et quelque chose lui disait qu'Oracio l'apprendrait, d'une manière ou d'une autre, et cela lui laisserait largement le temps de s'organiser, voir de déplacer les cibles. Non, ils devaient agir le plus vite possible en ne comptant que sur eux-mêmes. A moins que…

Juni se retourna et sortit son comvo de sa pochette intérieure. Une touche lui suffit pour composer le numéro pré-enregistré et la personne appelée ne tarda pas à lui répondre.

- Tante Philia ? C'est Juni. J'ai besoin de toi et de ton équipe, maintenant. C'est à propos de ma mission, et tes enfants sont impliqués.

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Je suis sûr que vous sentez venir le clash qui s'annonce, pas vrai ? Encore un peu de patience, mes chers lecteurs, et n'hésitez pas à laisser une review.

Ho et ça y est, avec ce chapitre, Bleach - The Last Revenge devient officiellement la fanfic française sur Bleach la plus longue à avoir été postée en un seul bloc. Mais je ne pense pas qu'elle arrivera un jour à égaler l'histoire complète en plusieurs volumes d'Axiel Gabriel : sa saga Projet Heartlessly est divisée en 4 histoires faisant 650.000 mots environ en cumulant tout… Quoique. Seul l'avenir nous le dira.