Domaine de l'Olympe

Furieuse, Juliette se jeta sur Tetsu si vite qu'il n'eut pas le temps de se préparer à sa charge. Avant qu'il puisse se défendre, elle lui donna un puissant coup de pied qui l'envoya s'écraser à l'autre bout de la clairière contre un arbre, mais il put quand même amortir les deux chocs en concentrant instinctivement son reiatsu. Il se prépara à une seconde attaque mais, au lieu de le poursuivre, elle leva le bras et ordonna avec ce seul geste que tous ses hommes obéissent à son dernier ordre, à savoir appréhender tous les Shinigamis, Tetsu et les quatre Colonels qui l'accompagnaient. Les Colonels de la Légion d'Apollon obéirent aussi à son geste, car elle était leur supérieure hiérarchique au même rang que Philia, en son absence. Ce qui faisait donc 18 Colonels sous ses ordres.

Elle avait noté l'absence d'Ukasuni mais avec la disparition du portail elle supposa deux cas possibles : ou bien il n'avait pas pu la suivre, ou bien il était au courant et il faisait parti du piège. Peu lui importait pour le moment, elle aurait deux mots à lui dire lorsqu'elle serait de retour avec ses prisonniers.

- Colonel Thabor, Colonel Natio, Colonel Dolin, appela-t-elle en désignant Tetsu. Arrêtez cet homme en priorité et vous êtes tous autorisés à utiliser la force si nécessaire. Colonel Travos, aidez-les, vous êtes sous les ordres du Colonel Thabor durant mon absence.

- Votre… absence ?

Juliette regarda Yamamoto droit dans les yeux, sentant l'attention que le vieux commandant portait sur elle.

- L'une de mes proies est en train de s'échapper et mon Kidou arrive à sa limite, expliqua-t-elle calmement. Si Isshin meurt je ne pourrais plus me téléporter à ses côtés, et je n'ai pas envie de perdre du temps à le rechercher dans toute la région.

Elle regarda Tetsu du coin de l'œil et continua :

- C'est la seule raison pour laquelle Isshin restera en vie. Mais s'il ose s'interposer à l'arrestation de son fils, je le tuerai de mes propres mains.

- Je comprends.

Trois Colonels s'avancèrent vers Yamamoto mais celui-ci continua à la fixer. Juliette haussa les épaules et se concentra sur Isshin. Il ne lui fallut qu'une seule seconde pour le repérer et sentir les reiatsus à côté de lui. Il n'y avait qu'Ichigo, apparemment.

- Cela ne devrait pas prendre longtemps, commenta-t-elle en concentrant son reiatsu.

Et c'est à ce moment-là que Yoruichi entra en action. Plus rapide que la précédente attaque de Soi Fon car elle utilisait son Shunko, elle se rua si vite vers Juliette qu'elle semblait s'être transformée en un éclair de lumière. Mais au moment où sa main allait frapper le visage de la Vaizard, une bulle de reiatsu se dressa entre elle et sa cible et son attaque ricocha dessus. Emportée par son élan, elle dépassa Juliette, se reprit immédiatement en dérapant derrière elle et envoya son pied dans le dos de la Générale, mais la même bulle bloqua son coup et elle reconnut un ancien Kidou de protection de très haut niveau.

- Bien tenté mais depuis la première tentative je me préparais à un autre truc dans ce genre, commenta Juliette sans se retourner. Ce Kidou est très peu utilisé car la personne l'invoquant ne peut ni bouger ni attaquer. Mais dans mon cas personnel, ce n'est pas un problème du tout.

Elle concentra de nouveau son reiatsu et cette fois-ci elle disparut soudainement, provoquant un brusque appel d'air. Il ne s'agissait pas d'un mouvement mais vraiment d'une téléportation. Yoruichi jura mais n'eut pas le temps de s'appesantir sur son échec : deux Colonels se ruaient maintenant sur elle, leurs sabres au clair.

Voyant tous les Colonels d'Apollon et d'Héra entrer en action, Yamamoto frappa le sol avec la pointe de sa canne et tous les Shinigamis ainsi que Yoruichi réagirent alors au quart de tour : ils tournèrent les talons et s'éloignèrent tous à toute allure en Shunpo dans toutes les directions. Les Shinigamis de leur rang n'étaient guère habitués au combat en groupe et leur Bankai étaient souvent à large effet de zone ou de portée, mieux valait qu'ils se battent seuls ou par deux seulement, plutôt qu'au milieu d'une foule.

L'instant suivant, l'équipe de Tetsu ayant suivi la même consigne que les Shinigamis juste après eux, seul Yamamoto, son fidèle lieutenant Sasakibe et Tetsu étaient encore dans la clairière, observant les 6 Colonels qui ne s'étaient pas lancés à la poursuite des faux fuyards.

- Bien que cela me désole, passons aux choses sérieuses, voulez-vous ? Demanda le vieux commandant en levant sa canne.

Son reiatsu s'éleva brusquement et son Zanpakuto y répondit en reprenant sa forme originale.

***.***

Domaine de l'Olympe, Forestedge

Portant son père sur son épaule, Ichigo déboula dans l'arène où Urahara l'attendait, une table et des instruments installés au centre de celle-ci, prêt à accueillir son patient. Bien entendu, Karin, Yuzu, Jinta et Ururu étaient là eux aussi, en position de méditation à quelques mètres de là, pour passer le temps en attendant l'arrivée d'Ichigo. Et lorsqu'il arriva, ses sœurs se relevèrent d'un bond et se ruèrent vers leur père désormais inconscient.

- Il a perdu connaissance il y a moins d'une minute, signala le jeune homme en déposant son père sur la table d'auscultation que Kisuke lui désigna immédiatement.

- Non, retournez-le sur le ventre, Kurosaki-san. Je sais que ce n'est pas la position habituelle mais le Kidou a été appliqué sur sa nuque, d'après Oracio-Gunshirei.

Ichigo le retourna rapidement, aidé par ses deux sœurs, et Kisuke se pencha immédiatement vers son patient, un instrument dans sa main. Et il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre la situation.

- Mazette, cette Générale n'y est vraiment pas allée de main morte lorsqu'elle a inventé cette technique… Mais je pense pouvoir faire quelque chose… Peut-être avec…

Mais avant qu'il puisse continuer, Isshin sembla se réveiller soudainement. Il écarquilla les yeux et poussa un hurlement de douleur tout en s'agrippant de toutes ses forces à la table d'auscultation, pliant le métal sous ses doigts. Yuzu poussa un cri de surprise et d'effroi à son tour et Karin et Ichigo bondirent pour le maintenir sur la table, pensant à une sorte de crise ou quelque chose dans le genre. Mais il y eut brusquement une sorte d'éclair et l'instant suivant le frère et la sœur Kurosaki reçurent chacun un coup de pied en pleine tête, les envoyant valdinguer dans l'arène. Urahara bondit en arrière instinctivement mais Juliette braqua son poing vers lui et cracha :

- Hadô N°58 : Tenran (Tempête Silencieuse) !

Il leva la main pour se défendre mais Juliette avait suralimenté son Kidou avec son reiatsu Hollow. Percuté en pleine poitrine, il dérapa sur l'arène et alla s'écraser à plus de vingt mètres contre le mur d'enceinte, ses vêtements sur son torse complètement ruinés et déchirés par le vent furieux, de même que sa peau et ses muscles, et son bras tordu dans un angle anormal, clairement brisé sous l'impact. Il s'écroula à terre en perdant conscience, l'arrière de sa tête ayant violemment percuté le mur l'instant précédent, achevant de l'assommer.

Il ne restait alors plus que Yuzu à côté de la table et Juliette braqua son regard vers elle, tel un faucon ciblant une nouvelle proie potentielle et son énorme reiatsu écrasant la jeune fille. Malgré cela, elle lui fit face aussi vaillamment que possible et porta une main tremblante vers la garde de son Zanpakuto à sa ceinture. La réaction de la Vaizard fut immédiate, sa main filant vers elle tel un cobra.

- Yuzu ! Cria Jinta en se jetant sur elle, la poussant hors de la trajectoire.

Et ce fut lui que Juliette frappa, les ongles de son index et de son majeur perforant son uniforme et sa peau au niveau de l'épaule, ses doigts tendus s'enfonçant ensuite dans sa chair comme des pointes de lances jusqu'à la seconde phalange. L'adolescent hurla de douleur mais ne se déroba pas, agrippant instinctivement le poignet de la Vaizard pour immobiliser sa main.

Ururu apparut alors soudainement en l'air, juste à la hauteur de Juliette, sa jambe armée et prête à frapper de toutes ses forces. La Générale vit malheureusement l'attaque et la bloqua aisément d'une main tout en se contorsionnant furieusement. Complètement surprise pas son agilité, la jeune fille ne put rien faire ni même esquiver lorsque le genou de Juliette, renforcé pour son armure, s'enfonça violemment dans son ventre. Puis ce fut Jinta qui la percuta comme un sac de sable, ayant été littéralement jeté sur elle par la Vaizard. Les deux jeunes s'écroulèrent par-dessus les équipements de Kisuke, en renversant une partie sur le sable de l'arène, une gerbe de sang liant momentanément l'épaule de Jinta aux doigts de l'assaillante lorsqu'elle les arracha hors de lui, doigts qu'elle lécha ensuite avec une expression farouche.

S'étant enfin débarrassée des derniers gêneurs, elle braqua de nouveau son regard sur Yuzu et sauta au bas de la table, s'approchant de la jeune fille telle une louve affamée devant un lapin.

- … Non… Juli… Marmonna Isshin, parvenant à la saisir faiblement par le bras avant qu'elle soit hors de sa portée.

Mais elle se dégagea d'un geste sec, son regard flamboyant de haine et de colère.

- Tu espères quoi ? Qu'au nom de notre ancien amour j'épargne l'un des fruits de ta trahison ? Ne t'inquiète donc pas, sa mort sera rapide. Pas question que je laisse les Kaminoke et les Mitsumada se battre pour elle pour quelque raison que ce soit, Héritière de Dieu ou pas, et tout comme sa sœur et toi !

Clairement, Juliette avait reconnu toute la famille Kurosaki et ne comptait en épargner aucun, sauf Ichigo à la rigueur, s'il se montrait coopératif. Autant dire que lui non plus.

S'étant remise de la bousculade de Jinta, la benjamine réussit à dégainer son arme et la brandit devant elle entre ses mains tremblantes, complètement apeurée devant les pulsions meurtrières et le reiatsu monstrueux que Juliette dirigeaient sur elle. Celle-ci n'eut besoin de faire que deux pas seulement pour arriver à sa hauteur et la désarma d'un simple revers. Poussant un cri de désespoir, Yuzu leva instinctivement ses mains vides devant son visage pour se défendre du coup suivant mais une ombre noire se matérialisa soudainement devant elle, interceptant le poignet de Juliette sans la moindre difficulté.

- Recule, Yuzu, éloigne-toi vite, lui demanda Ichigo d'une voix sourde de colère, ses yeux étincelant de pouvoir ne quittant pas ceux de Juliette.

- Ichi-nii, souffla-t-elle de soulagement en reculant, ses jambes maintenant tremblantes de soulagement.

- En tant que subalterne d'ordre hiérarchique, je vous ordonne de me lâcher, Lieutenant, gronda Juliette avec un sourire, visiblement pas du tout mécontente qu'il se soit interposé entre elle et sa dernière proie.

- A vous de choisir, Générale. Si ma main droite doit vous lâcher maintenant, j'ai bien peur que ce ne soit que pour saisir ensuite mon Zanpakuto.

- Et qui vous dit que ce n'est pas exactement ce que je veux ?! Rugit-elle, une expression de victoire sur son visage.

Elle allait clairement lui donner un coup de poing avec son autre main mais elle se dégagea brusquement en bondissant en arrière, évitant de justesse une fois encore de se prendre un coup arrivé par surprise. En l'occurrence, Tatsuki fila comme une flèche entre elle et Ichigo, son pied tendu frôlant son visage à son passage, puis sa main lorsqu'elle tenta de l'agripper après l'échec de sa première attaque. Et elle fut ensuite obligée de reculer d'avantage lorsqu'une volée de flèches cribla sa position.

Lorsqu'elle put enfin se reprendre, Chad était debout devant elle, clairement en position défensive, son bras droit levé et totalement transformé en bouclier. Orihime était penchée vers d'Urahara, son bouclier déjà activé au-dessus de lui pour le soigner, et Ichigo soulevait de nouveau son père de la table. Quant à Tatsuki, elle avait récupéré Karin qui était inconsciente depuis l'attaque de Juliette, et Jinta et Ururu se relevaient en se tenant l'un l'autre.

- On m'avait prévenu que ton fils avait toute une petite bande qui le suivait un peu partout, j'espère que vous êtes tous là parce que je commence à en avoir un peu marre d'être dérangée, lança-t-elle à Isshin qui la regardait avec inquiétude.

- Hé, P'Pa, ça va aller ? Demanda Ichigo, ignorant la Vaizard.

- La douleur est partie, grogna-t-il en guise de réponse mais d'une voix toujours faible et il n'arrivait clairement pas à tenir debout seul. Elle a dû utiliser toute l'énergie de son Kidou pour se téléporter ici.

- Alors t'es tiré d'affaire ?

- J'en sais rien, mais on dirait que oui, pour le moment… Merde, relâchez un peu la pression, voulez-vous ? J'ai du mal à respirer.

- Pas pour le moment, j'en ai bien peur, répondit Tatsuki en s'approchant, portant Karin dans ses bras, Yuzu se précipitant vers elle également puis elles se rapprochèrent de leur père.

Ichigo regarda Karin inconsciente un bref instant puis foudroya de nouveau Juliette du regard et se redressa.

- Y'en aura pas pour longtemps, gronda-t-il, de nouveau clairement furieux. Prenez mon père avec vous et laissez-moi seul avec elle. Il est grand temps que…

- Rien du tout, le coupa Tatsuki en lui jetant presque sa sœur dans les bras.

Les quatre Kurosaki s'emmêlèrent alors un peu les pinceaux entre soutenir Isshin et empêcher Karin de tomber mais ils parvinrent à se reprendre.

- Hé ! C'est pas comme ça qu'on traite une blessée ! Rétorqua Yuzu avec une pointe de colère vers la jeune femme mais celle-ci se contenta de lui poser une main sur la tête et de lui ébouriffer les cheveux.

- Je sais, tête de linotte. Mais pour une fois que vous êtes enfin réunis en famille, pas question que l'un d'entre vous se fasse blesser sérieusement, et ça t'inclut également, Ichigo. Je vais me charger d'elle, termina-t-elle en insistant bien sur le « Je ».

Ichigo ouvrit la bouche pour protester mais la referma aussi sec devant son regard. Rassurée qu'il ne ferait pas une scène comme à son habitude, elle se détourna et marcha vers Juliette, dépassant rapidement Chad pour se mettre devant lui. Sans hésitation, elle porta la main à Kitsuko et la dégaina tranquillement, sans perdre des yeux son adversaire. Peu impressionnée mais néanmoins étonnée par son courage, la Générale eut un sourire ironique et dégaina sa propre lame.

- Alors on passe enfin aux choses sérieuses ? Tu commets une grave erreur, gamine. Je ne suis pas le genre d'adversaire qu'une vulgaire Shinigami peut affronter et espérer s'en sortir indemne.

- Ho mais j'espère bien plus que ça, contra la jeune femme en faisant tourner Kitsuko dans sa main jusqu'à ce que la pointe de sa lame soit orientée vers son adversaire. Je vais commencer par botter ton gros postérieur jusqu'à ce qu'il clignote comme un feu de signalisation. Et lorsque j'en aurai fini avec toi, si tu t'en sors vivante bien entendu, tu pisseras dans ton froc à la seule pensée de t'en prendre de nouveau aux Kurosaki, rien qu'à l'idée d'avoir de nouveau à m'affronter !

Voyant que Tatsuki allait libérer son pouvoir et la sentant charger son reiatsu, Juliette réagit à la vitesse de l'éclair, se jetant sur elle pour profiter de ce moment crucial d'inattention. Mais Tatsuki n'était pas concentrée que sur son reiatsu, elle savait que la Vaizard n'était pas quelqu'un à prendre à la légère et s'attendait bien à une telle réaction.

- At… commença Chad, lui aussi sur ses gardes et voyant venir l'attaque.

Mais Tatsuki tourna en pivotant sur une seule jambe, la pliant dans le même mouvement jusqu'à ce que presque tout son corps vienne frôler le sol. La lame de Juliette trancha l'air à plus d'une dizaine de centimètre au-dessus d'elle et la Vaizard ne put que bloquer de justesse le talon de la jeune femme lorsqu'il fusa vers sa tête. L'impact fut assez violent pour la projeter en l'air et en arrière, à plus de cinq mètres du sol.

- … tention, finit le géant en ayant remplacé l'urgence par du soulagement dans le ton de sa voix. Bon, ok, pour rien.

Il se détourna et s'éloigna à son tour, laissant toute la place à son amie. Et alors que Juliette était encore en plein vol, elle vit et entendit le cri de fureur de son adversaire.

- BANKAI !

***.***

Domaine de l'Olympe, Forestedge

Ichigo et ses amis avaient sous-estimé l'organisation et l'expérience d'une équipe de traqueurs d'Artémis. Si Isshin avait été en pleine possession de ses moyens, il aurait pu immédiatement les prévenir qu'un membre de l'équipe était resté en retrait, pour couvrir les autres. Ainsi, lorsque les quatre amis partirent en croyant avoir incapacité leurs poursuivants, le membre resté en retrait se rapprocha et réveilla rapidement toute l'équipe, en commençant bien évidemment par son supérieur.

Juni se réveilla dans un sursaut lorsqu'il craqua la pilule de sel odorant juste sous son nez. Il s'écarta immédiatement pour ne pas recevoir un coup instinctif et la Générale ne mit que quelques instants avant de retrouver complètement ses esprits. Bouillonnante de rage, elle fixa son subordonné en train de réveiller les autres, certains nécessitant un peu plus de moyens que d'autres pour se remettre du traitement qu'on leur avait fait subir.

- Colonel Kellog, je vous remercie pour votre soutien, déclara-t-elle en se relevant complètement.

- Je ne fais que mon devoir, Générale.

Juni hocha affirmativement la tête et se tourna vers la direction de Forestedge, là où Ichigo se dirigeait.

- Les négociations ont échoué, soupira-t-elle en reprenant son calme. Il est maintenant évident que Kurosaki ne nous suivra pas de son plein gré. Je pars à sa poursuite immédiatement. Dès que l'un de vous est valide, qu'il me suive sans tarder.

- Mitsumada-Gunshirei ! Appela alors Volvac en se redressant, s'appuyant sur un bras dans l'herbe. Cette fille… Que faisons-nous si nous la croisons ? Elle sera là-bas elle aussi, et son reiatsu… C'est un monstre ! Aucun d'entre nous n'est assez puissant pour se mesurer à elle !

Juni voyait de l'appréhension dans son regard, y compris dans celui des hommes déjà réveillés et qui les avaient entendu. Tous étaient encore très secoués parce qu'ils venaient de vivre. Elle-même appréhendait le moment où elle se retrouverait de nouveau face à cette fille. Mais elle était une Générale de la Garde Royale et elle avait une mission ! Elle ne se déroberait pas ! Jamais !

- Elle a un puissant reiatsu, c'est vrai, mais elle ne semblait pas armée. Je ne pense pas qu'il s'agissait d'une combattante, plutôt d'une sorte de soutien. Si vous la voyez, n'hésitez pas : tuez-la en priorité. Je m'occupe moi-même de la capture de Kurosaki.

Elle se tourna vers Forestedge et s'éloigna de ses hommes.

- Et cette fois-ci, je ne le laisserai pas s'enfuir.

***.***

Domaine de l'Olympe

Oracio filait entre les arbres sans s'arrêter, pour s'éloigner le plus possible de Forestedge et des Shinigamis. L'arrivée totalement imprévue de Philia avait failli faire capoter tout leur plan et il se demandait encore s'il avait bien pris la bonne décision. Peut-être que s'il discutait avec elle, il parviendrait à lui expliquer la situation et…

Il pila et se jeta sur le côté, évitant de justesse le trait de foudre et de lumière qui perfora tout sur son passage, venant de derrière lui. Malgré tous ses efforts, ses poursuivants n'avaient pas lâché prise et ils l'avaient même rattrapé.

- Arrête-toi, Oracio ! Ce jeu de chat et de souris ne peut plus durer ! Et nous nous sommes suffisamment éloignés comme ça, tu ne crois pas ?

Oracio continua malgré tout mais juste le temps de réfléchir. Mais la décision s'imposa à lui lorsqu'ils arrivèrent à la lisière de la forêt. N'ayant plus d'arbres pour se couvrir, il sauta doucement dans la grande plaine qui s'étendait devant ses yeux, quelques rares bosquets se tenant encore ici et là mais trop peu touffus pour servir de cachette ou de protection. De toute manière, il n'avait pas l'intention de se cacher et quelques arbres n'allaient pas empêcher Philia de le foudroyer si elle le voulait.

Il s'arrêta donc et laissa Philia et ses deux Colonels le rattraper, se retournant pour leur faire face. Elle atterrit souplement à une vingtaine de mètres de lui, à peine essoufflée, les autres mirent quelques secondes de plus et s'ils avaient réussi à tenir le rythme imposé, ce n'était pas avec la même facilité.

- Vos hommes manquent d'entrainement, plaisanta-t-il à moitié en les voyant souffler.

Philia ne répondit pas sur le coup, le regardant droit dans les yeux avec un curieux mélange de colère et de compréhension.

- Où sont mes enfants ?

- A Forestedge, sous la surveillance de mon second, Minari. Il me semble que vous la connaissez bien, non ?

Philia sortit son comvo de sa poche mais Oracio secoua doucement la tête.

- Vous ne pourrez joindre personne ici. J'ai désactivé toutes les communications dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres. C'est Mitsumada Juni qui vous a prévenu, j'imagine ? Elle a dû y parvenir avant que j'élargisse le champ d'action du brouilleur.

Philia regarda son comvo lui signaler effectivement l'absence de réseau et elle le rangea dans sa poche intérieure.

- Tu as intérêt à ce qu'ils soient sains et saufs, le menaça-t-elle en faisant demi-tour.

- Ho, ils le sont, je vous le garantie, mais je ne peux pas vous laisser les rejoindre. Pas tout de suite, du moins.

Oracio effectua un Shunpo et vint se placer sur leur chemin cette fois, les empêchant de faire demi-tour. Les deux Colonels portèrent alors leurs mains à leurs armes et Philia les dépassa en marchant lentement vers lui, son reiatsu s'accroissant à chaque pas.

- Je sais très bien à quel petit jeu tu joues, Oracio, et crois-moi sur parole, s'il y avait à choisir, je serais dans votre camps… mais pas en ce qui concerne mes enfants ! Ecarte-toi de là ou je te jure que tu le regretteras !

- Et je vous présente donc toutes mes excuses mais ce n'est pas possible pour le moment. La situation est trop risquée et des vies sont actuellement en jeu. Vos enfants ne craignent rien, je vous le jure, ils n'ont jamais été en danger, d'ailleurs. Mais à moins que vous acceptiez de rejoindre totalement notre camp, je ne peux pas vous permettre de passer. Vous saviez que je n'essayais pas de fuir depuis le départ, seulement à vous éloigner.

- Mon second et le reste de mon escouade sont encore au portail. Sans ma présence, ils obéiront aux consignes que je leur ai données, c'est-à-dire sécuriser les lieux, signala-t-elle. Et cela inclut arrêter toute personne franchissant le portail sans autorisation.

- Nous avions prévu cela. Bon, certes, nous pensions qu'il y aurait un peu moins de monde mais le plan reste le même. Si tout s'est déroulé comme prévu, vous êtes tous coincés ici avec nous de toute manière : le portail a été scellé.

Philia leva un sourcil surpris et inclina la tête, réfléchissant aux conséquences.

- Je vois. Juni était à deux doigts de vous trouver et vous avez donc décidé de la coincer.

- Pas vraiment. En fait, votre jeune frère, Tetsu, a procédé à l'extraction d'Isshin Kurosaki, l'amenant ici. Bien entendu, il l'a fait de telle sorte que Juliette Maltoro le sache et se lance à sa poursuite. Le but était donc de coincer Maltoro ici, pas vous et votre équipe.

- Votre plan était donc foireux depuis le départ, vous n'auriez pas dû sous-estimer ma nièce. Mais peu importe maintenant. Tel que je vois les choses, vous avez 3 Générales et la totalité de leurs équipes dans la région, et elles ont toutes une dent contre vous, pour une raison ou une autre, et vous ne vous étiez préparés qu'à affronter une seule équipe. Rends-toi tout de suite avant que la situation s'envenime d'avantage, cela vaut mieux.

Oracio fit une moue et secoua lentement la tête.

- Je suis désolé mais j'ai confiance envers les Shinigamis et Tetsu n'est pas seul non plus, d'autres Vaizards l'accompagnent – leur ancienne équipe, à lui et à Isshin.

- Quand bien même, cela ne représente pas une opposition suffisante. Tu penses sérieusement qu'une poignée de Colonels et de Shinigamis feront le poids face à 3 équipes au complet ?

Il haussa les épaules et eut un sourire résigné.

- L'espoir fait vivre, comme disent les humains.

Philia secoua la tête, un peu exaspérée par son attitude.

- Décidément, j'aurais toujours du mal à te comprendre. Quand mes enfants sont entrés à ton service, je t'avais dit que je ne tergiverserai pas si quelque chose leur arriverait et que je t'en tiendrais personnellement responsable. Dans les circonstances actuelles, même si mes enfants n'ont vraiment rien, ils risquent quand même de subir le courroux d'Héra, comme complices, simplement parce qu'ils sont sous ta responsabilité. Et ça, à mes yeux, c'est intolérable.

Elle porta sa main droite à son épée et la dégaina lentement.

- Pour la dernière fois, écarte-toi.

Ses deux Colonels dégainèrent à leur tour leurs armes et Oracio recula alors sa jambe gauche, mettant la main sur la garde de son sabre, en position pour tirer son arme.

- Je crains que l'heure soit finalement venue de nous battre vraiment l'un contre l'autre. Malgré la situation, j'ai hâte de voir enfin de mes propres yeux les pouvoirs légendaires de votre épée.

Philia eut un petit sourire à son dernier commentaire et braqua la pointe de sa lame vers lui.

- Et moi j'ai hâte de constater enfin si tu es vraiment à la hauteur de ta propre légende… Empereur.

Les deux Colonels les regardèrent avec curiosité après sa dernière déclaration mais Oracio sortit alors son épée de son fourreau et ils libérèrent immédiatement leur Shikai en guise de réponse. Le Colonel à droite de Philia révéla une lourde hache à deux mains à un seul tranchant incurvé, celui de gauche une sorte de gantelet avec de longues griffes tranchantes.

- Baigne tes ennemis dans ta lumière… Caladbolg, déclara Philia d'une voix forte.

Le Zanpakuto de Philia était effectivement une arme légendaire, ayant appartenu au premier Apollon. A sa mort, l'épée était devenue une sorte de pièce de musée, une relique exposée en permanence dans le hall du temple dédié à son premier porteur. L'arme avait toujours dégagé un reiatsu rémanent et on lui prêtait une sorte de mythe : on disait que les ennemis d'Apollon qui tentait d'entrer se faisait foudroyer par un éclair dès qu'ils arrivaient en sa présence. L'entrée du temple était donc devenue par tradition une sorte de rite de passage pour tous les jeunes Aspirants et Colonels postulants pour entrer dans cette Légion.

Mais lorsque Philia avait posé le pied pour la première fois dans le temple lors du son introduction, son reiatsu et celui de l'arme étaient entrés dans une sorte de résonance parfaite. L'arme avait alors pris vie, s'arrachant à son socle d'exposition pour filer vers elle comme une flèche. Il y eut ensuite un éclair aveuglant de lumière et de foudre et, la seconde suivante, Caladbolg avait disparu. Elle avait fusionné avec le Zanpakuto de Philia.

L'affaire fit une énorme sensation à l'époque et Philia, pourtant déjà membre d'une des deux plus grandes familles nobles, fut plus encore considérée comme spéciale et traitée avec égard et précaution. Pour elle, en revanche, ce fut le début d'un long entrainement pour apprendre à maitriser les pouvoirs titanesques de cette arme légendaire, afin de se montrer à la hauteur des attentes que tous portaient désormais à son égard.

Lorsque Philia prononça le nom de son arme, celle-ci se mit à luire et un éclair de foudre en parcourut toute la longueur de sa lame. Caladbolg n'aimait pas être scellée, tout comme Zangetsu, gardant en permanence sa forme de Shikai. Sa forme de base ne changea donc pas d'apparence, restant une longue épée droite à double tranchant et pouvant être tenu indifféremment à une main ou deux mains. En revanche, sa garde se transforma légèrement, devenant plus élaborée et massive, et une série de runes de pouvoir apparurent à la base de la lame, semblant être dessinées par l'éclair qui léchait encore la lame sur toute sa longueur.

- Seulement le Shikai ? Demanda Oracio en levant un sourcil un peu déçu.

- Je préférerai éviter d'avoir à libérer mon Bankai, autant pour mes Colonels que pour toute ce secteur du Domaine. Si je devais en arriver là, je ne me contenterai pas de te tuer, Caladbolg tuera aussi toute forme de vie dans un rayon de 20 kilomètres, menaça-t-elle en guise de réponse.

- Alors tu m'en vois reconnaissant, je tiens beaucoup à la préservation de l'état naturel de cette région. L'apparition d'un désert calciné en plein milieu ferait sacrément tâche sur mon rapport annuel à Déméter.

Philia lâcha un ricanement en guise de réponse à son commentaire mais ne se déconcentra pas pour autant, d'autant plus qu'Oracio bondit vers eux, son épée tranchant l'air là où se tenait encore l'un des Colonels l'instant précédent. Un combat à un contre trois s'engagea alors, Oracio se démenant pour parer les coups de ses adversaires plus nombreux. Son Zanpakuto toujours sous sa forme scellée était une épée droite plus courte qu'un katana ou une arme classique, sa lame à double tranchant mesurait seulement 65 centimètres. En revanche, sa taille plus petite lui permettait de la manier avec plus de précision, surtout par rapport au Colonel qui maniait une hache à deux mains.

Ce dernier fut d'ailleurs le premier à tomber, Oracio évita un coup de Philia et se glissa dans la foulée sous la garde du Colonel. Avant que celui-ci comprenne ce qu'il lui arrivait, Oracio claqua sa main ouverte sur son visage et relâcha un puissant Kidou qu'il avait incanté en silence depuis le début de leur affrontement.

- Bakudô N°3 : Shiro Seishin (Esprit Blanc).

Le colonel se figea puis s'écroula comme un pantin dont on aurait coupé les fils. Grognant de colère, l'autre Colonel tenta de repousser Oracio d'un coup de pied mais le Général semblait intouchable, esquivant l'assaut avec agilité et précision. Il bloqua ensuite la jambe tendue d'une main et renversa son adversaire d'une balayette. Il voulut capitaliser mais dut y renoncer sous peine de se faire trancher en deux, Philia fauchant l'air et le forçant à parer le coup.

Cependant, lors de la parade, un éclair serpenta entre Caladbolg et Oracio et le Général grogna en sautant en arrière, la manche de sa tunique légèrement noircie par la décharge. Le Colonel encore conscient se redressa, récupéra son collègue et bondit en arrière, laissant Philia seule face à Oracio.

Il y eut alors une petite pause dans l'affrontement et Philia consulta son subordonné du regard. Celui-ci, après avoir ausculté l'état de son collègue, secoua négativement la tête.

- Simple mais surpuissant. Julian est HS, il n'a rien mais ne se réveillera pas avant un bon moment.

- Il a encore une charge de ce Kidou dans sa main gauche, signala Philia en désignant Oracio d'un signe du menton.

Oracio soupira et libéra le Kidou devenu inutile maintenant qu'elle avait révélé sa présence.

- Vous ne me facilitez pas la tâche, Mitsumada-Gunshirei.

- Et pourquoi le ferai-je, hum ?

- J'essaie simplement de me débarrasser des gêneurs sans avoir à les tuer. Vos hommes ne connaissent pas le Domaine et je doute qu'ils parviennent à retourner seuls à Forestedge sans l'aide de l'un d'entre nous. Nous avons parcouru presque deux cent kilomètres dans notre petite course-poursuite, après tout.

- Le problème ne se poserait pas si vous n'aviez pas brouillé toutes les communications, Gunshirei, protesta le Colonel. Mais je parie qu'en allant sur quelques kilomètres au hasard, je sortirais du champ de brouillage. Car le brouillage est une sorte de Kidou, pas vrai ?

- … Remarquable. Vous avez la tête sur les épaules, Colonel, et vous savez vous en servir, c'est assez rare ces derniers temps.

- Je te prierai de ne pas insulter mes hommes devant moi, Oracio, gronda Philia.

- Ho mais c'est tout le contraire, je vous l'assure.

- Toujours est-il que nous avons maintenant un moyen pour rétablir les communications, même celles avec l'Olympe, fit le Colonel en se redressant. La plupart des Kidous cessent lorsque la personne qui les a lancés ne peut plus les alimenter.

Oracio fronça des sourcils et releva légèrement son épée.

- Sauf si le Kidou est, à la base, suffisamment alimenté pour durer quelques temps.

Philia eut alors un sourire.

- Mais dans un tel cas le Kidou est autonome et ne peut pas être contrôlé. N'oubliez pas que j'en sais pas mal sur le sujet, j'ai quand même apporté mon aide à Juliette Maltoro lorsqu'elle a inventé sa technique. Et nous nous sommes alors confrontées au même problème. Car son Kidou appartient à la catégorie des autonomes mais elle voulait être capable d'en reprendre le contrôle si besoin. La seule manière qu'elle a trouvée fut ou de le surcharger, ou de l'épuiser. D'où la technique de téléportation.

Oracio pesta silencieusement et soupira une seconde fois.

- Décidément, vous les femmes êtes vraiment énervantes sur certains points.

- Allons, ne sois pas misogyne, Oracio. Où est passé ton côté de chevalier servant qui a réussi à convaincre Fio de rester ad viternam à ton service ? … Elle qui devrait être Générale depuis bien longtemps déjà.

- C'est Minari elle-même qui a pris cette décision. Si elle était promue Générale, nombreuses seraient les Légions qui tenteraient de la recruter de force… et elle refuse de quitter la Légion de Déméter. Si vous voulez connaître ses véritables motivations, à vous de lui poser la question.

- Je le ferai… Après lui avoir montré ton cadavre calciné si tu persistes à vouloir nous retenir ici.

- Hé… C'est vous qui m'avez suivi, et de votre plein gré, je vous le rappelle.

Philia gronda et releva son arme avec agressivité. Les commentaires d'Oracio commençaient sérieusement à lui porter sur les nerfs.

- Maintenant ça suffit. Libère ton arme et passons aux choses sérieuses, veux-tu ? Mes enfants m'attendent.

- … Puisqu'il faut en arriver là.

- De toute manière, à un contre un, tu n'as pas d'autre choix. Tu m'as forcé à restreindre inconsciemment mes pouvoirs en nous affrontant tous les trois ensembles, pour éviter que je blesse mes hommes par inadvertance, mais je ne commettrais pas la même erreur deux fois.

Elle tourna la tête légèrement vers le Colonel encore conscient et lui fit signe de reculer.

- Je pourrais aller chercher des renforts ou prévenir l'Olympe, mon Général.

- Une option qui était encore envisageable lorsque vous étiez tous les deux conscients mais plus maintenant. Non, restez à distance d'observation et ne vous impliquez surtout pas dans notre duel.

- Très bien, à vos ordres, accepta-t-il avec réticence.

Le Colonel chargea son collègue inconscient sur son épaule et récupéra son Zanpakuto avant de s'éclipser rapidement. Oracio nota la direction qu'il prit mais sans trop y porter d'attention, car il savait qu'il suivrait à la lettre les ordres que Philia venait de lui donner. Une fois qu'il fut certain d'être seul dans les parages avec Philia, il leva son épée courte à l'horizontale sur sa droite et chargea son reiatsu.

- Chikyû to sora o kugiri, Kusanagi. (Sépare la terre et le ciel, Kusanagi)

Philia observa la transformation avec intérêt et nota le changement de posture d'Oracio. Son Zanpakuto était devenu un long sabre courbé à un seul tranchant, indéniablement un Katana. Mais elle savait qu'elle avait en fait affaire au tout Premier Katana.

- Alors voici donc l'arme qui a inspiré la quasi-totalité des Zanpakutos des Shinigamis à être scellés sous forme de Katana.

- C'est ce qu'on dit, il parait, répondit-il avec un petit sourire énigmatique.

Les deux adversaires bondirent l'un vers l'autre et les deux armes légendaires se heurtèrent avec fracas, provoquant une véritable explosion de puissance et de reiatsu qui roula telle un coup de tonnerre dans la plaine.

***.***

Domaine de l'Olympe, Forestedge

Juliette se vantait parmi ses collègues d'être particulièrement douée en combat à mains nues. Dans la plupart des affaires qu'elle avait résolu où elle avait dû employé la force, elle avait d'ailleurs surpris bon nombre d'adversaires en les attaquant à coups de poings, de pieds, de genoux et de coudes avant même qu'ils dégainent leurs armes ou n'aient le temps d'invoquer un Kidou. De fait, elle s'estimait même comme étant l'une des meilleures de l'Olympe en Hakuda et entrainait régulièrement ses hommes dans cette discipline, comme Soi Fon et Yoruichi. Bien entendu, elle connaissait les réputations des deux Shinigamis et la possibilité de se mesurer à elles durant cette mission n'avait fait que l'exciter d'avantage, même si elle n'avait pas vraiment planifié de les affronter directement, toute son attention étant principalement concentrée sur Ichigo et sa famille.

Mais après seulement deux minutes de combat contre Tatsuki, Juliette ne ressentait plus du tout la même chose. Car sans son talent très particulier qui lui permettait d'esquiver pratiquement toutes les attaques, elle savait qu'elle serait dans une posture nettement plus fâcheuse que celle dans laquelle elle était actuellement… Peut-être même pire encore. Et Tatsuki semblait se moquer éperdument de son épée, bloquant ou déviant les quelques attaques qu'elle n'esquivait pas avec ses mains ou ses pieds avec une facilité clairement anormale pour une combattante aussi jeune et, à première vue, manquant cruellement d'expérience de combat réel. Mais en tout cas certainement pas de talent ou de cran.

Pourtant, même si elle n'avait pas l'impression de dominer le combat, Tatsuki non plus ne se voyait pas en position dominante. Si le talent de la Générale en combat était indéniable, sa capacité à esquiver toutes les attaques qu'elle lui lançait – même à bout portant – troublait énormément la jeune femme. L'un de ses pouvoirs de base était d'absorber le reiatsu de ses adversaires à chaque contact et, dans le cas présent, elle ne parvenait qu'à absorber d'infimes bribes uniquement lors des parades, et encore.

Cependant elle était déjà parvenue à son objectif principal : Ichigo et sa famille et ses amis étaient tous dehors désormais, Chad ayant également emporté Urahara inconscient sur son épaule. Et une fois sorti, leur reiatsu avait complètement disparu de leur champ de perception, grâce à la nature même de l'arbre géant à l'intérieur duquel l'arène était située.

- Ça suffit comme ça, gamine ! Rugit Juliette, maintenant vraiment furieuse d'être retenue à cause d'une simple Shinigami.

Elle chargea et relâcha son reiatsu à un niveau titanesque, bien supérieur à celui d'un lieutenant classique, essayant de la clouer sur place sous sa pression spirituelle. Tatsuki grogna et sembla trébucher. Croyant y voir une faiblesse, Juliette bondit alors pour l'achever d'un puissant coup d'épée, bien déterminée à la trancher en deux de la tête aux pieds. Sauf que c'était un piège. La jeune femme glissa soudainement sur le côté comme toute cette pression n'existait pas en premier lieu, laissant la lame de son adversaire trancher le vide et sa pointe s'écraser dans le sable, et elle enroula dans la foulée un bras sous celui de la Vaizard, sa main se refermant fermement sur la tunique blanche par-dessus son armure de Général.

- Maintenant nous te tenons, ronronna-t-elle de sa voix déformée.

Juliette fut alors emportée malgré dans une série de mouvements alambiqués, son pouvoir essayant vainement de la sortir de sa situation mais, avec un contact aussi franc et bien établi, il ne pouvait plus rivaliser avec les techniques de Vale Tudo de Tatsuki. La Shinigami commença par déboiter l'épaule droite de la Générale d'une torsion vicieuse, la prenant à contrecourant, tout en lui assenant un méchant coup de genou dans le flanc, au lieu de percuter la colonne vertébrale et de lui fusiller le coude. Projetée à terre sur le ventre, elle encaissa dans la foulée un direct en pleine mâchoire qui aurait dû la sonner mais sa tête avait pivoté sur le côté au dernier moment, limitant l'impact. Tatsuki enchaina avec un second coup de genoux sur sa proie déjà partiellement écrasée sous elle mais celle-ci se contorsionna une fois encore et n'encaissa pas l'attaque là où elle le voulait.

Chargeant son reiatsu dans sa main gauche, Juliette bloqua sans même le voir venir un coup de poing visant sa tête et tenta de donner un coup de boule par derrière à Tatsuki mais celle-ci n'eut qu'à reculer da propre tête pour l'éviter. La jeune Shinigami tenta alors de verrouiller une prise avec l'épaule déboitée de la Vaizard mais celle-ci se jeta en avant pour se la remettre en place en heurtant le sol, surprenant un peu son adversaire, et se contorsionna dans le même mouvement pour se retourner sur le dos. Sentant sa proie lui échapper, Tatsuki se déchaina et martela la Vaizard de coups de poings furieux. Mais à chaque attaque la Vaizard se défendait à la perfection dans les limites du possible et Tatsuki finit elle-même par se projeter en arrière pour éviter une contre-attaque.

Juliette se redressa sur ses pieds et chercha du regard son épée qui avait volé au loin lorsque Tatsuki l'avait projeté à terre. L'arme trainait sur le sol à quelques mètres d'elle. Sans perdre une seconde, elle bondit vers elle, sa main tendue vers le sol.

- Seiryû no sokudo ! 2 Charges ! Rugit Tatsuki en se jetant de nouveau à l'attaque.

Malgré sa propre vitesse et le fait que son arme était plus proche d'elle que de Tatsuki, la Shinigami sembla se matérialiser sur son chemin dans un rugissement de tonnerre, son poing fusant vers sa mâchoire mais la manquant de peu, la tête de la Vaizard s'étant brusquement abaissée juste avant qu'elle touche. Tatsuki dérapa sur un seul pied, son autre jambe sabrant littéralement l'air où se trouvait la Vaizard l'instant précédent, si vite que le souffle de vent à lui seul déchira une partie de la tunique blanche de la Générale sur le devant. Profitant toujours de sa terrible vitesse de mouvement et de réaction, Tatsuki resta fermement au corps à corps, ses attaques enflammant presque l'air tellement ses mouvements étaient rapides. Dépassée, Juliette s'était complètement immergée dans sa capacité à esquiver toutes les attaques avec un minimum de mouvements et d'efforts, mais devait malgré tout se contorsionner parfois dans des postures improbables. Et même si elle encaissa bien quelques coups, aucun ne fut assez violent ou puissant ou bien orienté pour la blesser sérieusement.

Un peu essoufflée, Tatsuki se désengagea après presque cinq longues minutes de rush lorsque son surplus de pouvoir arriva à son terme, et Juliette put alors récupérer son arme d'une roulade et se redressa elle aussi sur ses gardes, et bien essoufflée, plus encore que son adversaire.

- Ok, siffla la Shinigami, consternée et intriguée. Là, il y a clairement anguille sous roche.

Juliette ne commenta pas, augmentant simplement son reiatsu et attendant patiemment son heure. La vitesse d'attaque et les techniques de cette Shinigami n'étaient clairement pas celles d'une débutante et représentaient une sérieuse menace, elle-même le reconnaissait. N'importe lequel de ses colonels se serait fait massacré en quelques enchainements seulement, réalisait-elle.

- Vous esquivez chacun de nos coups, y compris nos techniques de prise, avec une facilité qui ne correspond pas à votre niveau en arts martiaux. Vous êtes douées, certes, mais seulement à 7 ou 8 sur une échelle de 1 à 10. Vos esquives en revanche sont carrément hors norme. Cependant…

Tatsuki la chargea à toute vitesse, la dépassant dans son attaque. Juliette avait parfaitement chronométré sa propre réaction mais Tatsuki bloqua une fois de plus son épée avec sa main comme si de rien n'était. Et une fois de plus, la propre attaque de Tatsuki avait été esquivée avec une agilité surnaturelle, avec une certaine aisance même cette fois car elle n'avait pas été vraiment sérieuse. Mais elle avait trouvé ce qu'elle cherchait.

- Nous en étions sûres. C'est pratiquement imperceptible dans le feu de l'action… Votre reiatsu, il fluctue à chaque fois que vous commencez à esquiver.

Juliette changea sa prise de main sur son arme, un frisson d'appréhension parcourant son dos.

Non, elle n'a quand même pas…

- Avec ce que nous savons aujourd'hui de vous… Oui, c'est un Kidou, n'est-ce pas ? Devina Tatsuki en la désignant d'un doigt. Oui, nous le voyons bien maintenant. Une sorte de technique qui consiste à charger votre reiatsu dans votre propre corps, tout en le liant à une sorte de Kidou de défense instantané. Une technique passive. Dès qu'une attaque vous menace, vos propres perceptions s'accroissent à l'extrême et vous laissez votre reiatsu prendre le contrôle de votre corps, délibérément. Vous n'êtes alors plus qu'une sorte de marionnette contrôlée par votre propre reiatsu, celui n'ayant pour seule fonction que d'empêcher que vos ennemis vous touchent. Votre reiatsu sent venir les attaques et manipule votre corps pour vous permettre d'esquiver ou d'encaisser de la meilleure manière possible. C'est très, très astucieux.

Si elle ne le montrait pas, la Générale était proprement sidérée : comme elle le craignait, Tatsuki venait de percer à jour sa technique principale de défense !

- Félicitations pour l'avoir découvert, rares sont mes adversaires qui parviennent à comprendre comment elle fonctionne. Mais cela ne change rien, à part que je ne vais certainement plus vous laisser en vie désormais. Je n'aime pas qu'on perce à jour mes petits secrets.

Tatsuki eut un sourire ironique.

- Comme si vous aviez eu l'intention de nous laisser en vie. Et de toute manière, vous ne sortirez pas d'ici vivante.

- Il est grand temps que je te remette à ta place, gamine. Ton impertinence commence très sérieusement à me porter sur les nerfs et j'ai autre chose à faire que de jouer avec toi. Je pensais qu'avec un peu de temps tu finirais par t'essouffler ou que tu commettrais une erreur mais ton endurance est clairement elle aussi hors norme pour une simple Shinigami et tu es trop douée et trop rapide pour que je puisse profiter d'une ouverture dans l'état actuel des choses.

- Alors vous allez enfin passer aux choses sérieuses ? Demanda Tatsuki avec une expression ravie, ses yeux étincelant semblant s'illuminer un peu plus et son sourire s'agrandir. Bien, très bien même ! Allez-y, dévoilez-nous votre Shikai, et votre Bankai aussi, nous avons hâte de les voir de nos propres yeux !

L'enthousiasme de Tatsuki surprit la Vaizard, la faisant même hésiter. D'autant plus que la jeune femme posa alors sa main sur le rouleau accroché à droite sur sa ceinture et l'ouvrit, le déroulant sur quelques dizaines de centimètre. Elle sentit une brève pulsion de reiatsu et un katana dans son fourreau apparut dans sa main. Et tandis que le rouleau se rembobinait tout seul, elle passa l'arme dans son dos et elle l'entendit se fixer sur ses épaulettes entre ses épaules, comme une sorte de contact magnétique. D'un geste fluide elle dégaina ensuite la longue lame qui dansa entre ses doigts avant de se figer dans une posture de combat assez classique.

Juliette ne sentait aucun reiatsu émaner de l'arme et écarquilla les yeux d'incompréhension en comprenant que Tatsuki venait de dégainer un simple asauchi. La jeune femme n'avait-elle pourtant pas déjà libéré son Bankai ? Alors pourquoi sortir comme par magie d'un rouleau une arme dépourvue de pouvoir ? Pensait-elle que celui lui permettrait de la blesser plus facilement à cause de son Kidou ? Oui, ça devait être ça. Ses lèvres se retroussant sur un sourire ironique, elle chargea son reiatsu dans son épée pour la libérer.

- Impose ta loi, Laihtendrung !

Le Zanpakuto de Juliette étincela de mille feux un bref instant, dévoilant sa véritable apparence : une longue lame droite fine à double tranchant et au pommeau stylisé, un peu dans le style d'une rapière, mais presque translucide. Une arme de cristal, songea immédiatement Tatsuki, brièvement subjuguée par sa beauté.

La Générale bondit à l'attaque, sa lame transperçant l'air dans un sifflement aigu vers le visage de Tatsuki qui dévia l'assaut avec son arme. Juliette avait légèrement modifiée son style de combat maintenant qu'elle avait libérée son Shikai mais pas au point de changer radicalement son rythme et la jeune femme s'y adapta en quelques passes seulement. Cependant, Tatsuki resta volontairement sur la défensive, parant et bloquant les attaques avec sa vitesse redevenue « normale ».

- Hé bien, hé bien, déjà à cours de jus ? Nargua la Vaizard en intensifiant l'assaut sur son adversaire plus lente qu'avant. Mais c'est compréhensif, tu utilises le Bankai depuis le début de notre combat et ton reiatsu est loin d'être aussi impressionnant que tu pourrais le croire.

- Permettez-nous de vous contredire, nous ménageons seulement nos forces dans l'attente de voir de quoi vous êtes réellement capable. Il est clair que tant que votre Kidou de défense sera actif, nous dépenserons trop d'efforts pour seulement essayer de vous toucher. Et puis ce n'est pas comme si nous craignons que vous nous blessiez sérieusement.

- Nous verrons si tu tiendras le même discours avec ma lame enfoncée jusqu'à la garde dans ta poitrine ! Rugit Juliette sous l'insulte.

- Il vous faudra faire un peu plus d'effort que ça alors ! Répondit la jeune femme sur le même ton. Et n'oubliez pas que chaque précieuse seconde passée à vous battre contre nous est une seconde de plus que nos amis mettent à profit pour s'éloigner de vous !

Ce commentaire enragea Juliette qui sembla soudainement tripler sa vitesse d'attaque et de mouvement. Tatsuki y répondit immédiatement en utilisant une nouvelle charge de Seiryû no sokudo et l'air vibra d'étincelles et d'énergie électrique statique tandis que les deux adversaires dansaient l'une autour de l'autre, leurs armes se heurtant furieusement à chaque attaque et parade. Lorsqu'elles se désengagèrent, l'uniforme blanc de la Générale était en lambeaux, sa toge n'ayant pas survécu aux multiples déchirures et à la pression de leur reiatsu, et leurs armures respectives étaient désormais ornées de traces de coupures, surtout sur les gantelets de Tatsuki. La jeune femme était la seule à avoir été blessée également, mais seulement une petite coupure légère sur le bras gauche, juste entre son gantelet et son épaulette. Mais des deux, Juliette était de loin la plus essoufflée par leur duel.

- Vous commencez à faiblir, Générale, ronronna-t-elle en passant un doigt sur sa coupure, récoltant un peu de sang qu'elle lécha rapidement. Pensiez-vous vraiment que votre Shikai vous permettrait de rivaliser avec notre Bankai ?

- Et toi, ton arrogance commence sérieusement à me taper sur les nerfs, toujours à parler de toi à la troisième personne. Mais heureusement pour moi, cela ne durera plus très longtemps. Belle erreur que tu viens de commettre d'ailleurs.

- Hmm ? Une erreur ? Vous venez de piquer notre curiosi-

Tatsuki s'interrompit en milieu de mot et leva sa main libre vers sa bouche, une expression surprise s'inscrivant sur son visage. Elle essaya de nouveau de parler mais quelque chose la dérangeait sur sa langue. Comme des… des excroissances solides…

- Mais… que…

Elle regarda la coupure sur son bras et vit que celle-ci avait cessé de saigner mais que la plaie était maintenant recouverte d'une fine couche de cristal. Elle pensa à de la glace mais elle ne ressentait pas de sensation de froid. La douleur, elle, en revanche, devenait différente et semblait s'insinuer dans son corps.

- Le pouvoir de Laihtendrung est de cristalliser lentement les fluides de mes adversaires. Chaque petite blessure ou coupure déclenche un début de cristallisation. Lécher ton sang n'a fait que transférer ce pouvoir directement dans ta bouche, expliqua Juliette en la désignant avec la pointe de son épée. Maintenant tu vas mourir d'une lente agonie tandis que ta salive et ton sang se cristallisent lentement, atome par atome.

Tatsuki essaya de cracher mais sa bouche devenait de plus en plus dure et crissait au moindre effort pour bouger sa mâchoire.

- Il faut environ 3 minutes pour que la cristallisation d'une blessure comme celle à ton bras finisse par parvenir à ton cœur et te tue, et ce dans une douleur croissante rapidement insoutenable. Certains de mes ennemis passés n'ont pas hésité à se couper un membre pour tenter de rester en vie. Mais dans ton cas, tu peux d'ors et déjà te considérer comme morte, la cristallisation aura atteint ton cerveau bien avant ton cœur soit touché !

Tatsuki se mit à grogner, à haleter puis à gémir, titubant en arrière et sa main sur sa bouche, son regard écarquillé d'horreur et de douleur. Furieusement, elle se donna un coup de poing en pleine mâchoire et des fragments de cristal volèrent mais Juliette secoua lentement la tête.

- C'est inutile, tu es déjà condamné. Tu auras été un adversaire de valeur, rarement une ennemie est parvenue à me toucher autant de fois que toi depuis que j'ai développé mon Kidou de défense, commenta la Générale en scellant de nouveau son zanpakuto. Mais ne t'inquiète pas, tes amis te rejoindront bien vite. Quelque chose me dit que tu ne seras pas la seule à mourir de ma main aujourd'hui, transformé de l'intérieur en un gigantesque morceau de cristal.

Dépassant sa douleur, Tatsuki poussa un hurlement de fureur en se redressant et Juliette leva son arme, prête à affronter un dernier assaut désespéré de la part de la jeune femme dont le bras gauche n'obéissait déjà plus à ses ordres et la bouche était figée dans une grimace grotesque depuis qu'elle s'était frappée du poing. Mais Tatsuki leva son zanpakuto jusqu'entre ses lèvres gercées et se donna un coup de genoux dans le menton, de sorte à mordre la lame.

Du sang gicla soudainement de sa bouche et trois dents volèrent devant elle. Titubant en arrière, elle se détourna et cracha en tombant à genoux dans le sable, ne lâchant toujours pas l'arme dans sa main. Juliette la vit alors relever son bras armé et frapper avec le plat de sa lame ensanglantée son bras gauche, là où la coupure avait complètement cristallisé et former une sorte de gangue. Puis elle sembla s'affaissée sur ses genoux et ses chevilles et ne bougea plus, respirant bruyamment sans bouger.

Convaincue d'en avoir fini ici et d'avoir vu les derniers efforts de Tatsuki pour se débarrasser de la contamination cristalline, Juliette rengaina son arme et se détourna de la moribonde. Mais elle n'avait même pas fait trois pas que le reiatsu de Tatsuki sembla exploser derrière elle, lui tombant dessus telle une chape de plomb. Elle se retourna en dégainant de nouveau son épée, mais resta figée, les yeux écarquillés de stupeur en voyant la jeune femme se redresser et se retourner pour lui faire face à nouveau.

Tatsuki avait la bouche ravagée et le bras gauche en sang mais plus la moindre trace de cristallisation. Pire encore, elle passa le dos de sa main gauche de nouveau devant sa bouche pour se l'essuyer et cracha un mélange de sang et de salive sur le côté avant de bouger sa mâchoire dans tous les sens.

- Ça 'ait mal, grogna-t-elle en faisant une grimace douloureuse.

- Qu'est-ce que… tu… tu devrais déjà être morte ! Gronda Juliette, à la fois furieuse et décontenancée.

Tatsuki se contenta d'hausser les épaules et leva son zanpakuto ensanglanté devant elle, lui lançant clairement un défi.

- Comment as-tu pu te débarrasser de la cristallisation ?! Tu as un pouvoir de guérison quelconque ? Ou un Kidou ?

Une fois encore Tatsuki se contenta d'hausser les épaules et désigna sa bouche ravagée. En clair, elle ne voulait pas parler avec dans son état.

- Puisque tu insistes, nous allons voir comment tu vas te débrouiller lorsque je transformerais ton corps et tout ce qui t'entoure en cristal pour le réduire ensuite en poussière !

Elle leva son épée au-dessus d'elle et hurla :

- BANKAI !

***.***

Domaine de l'Olympe, au nord de Forestedge

Orihime courait en jetant de fréquents regards inquiets en arrière, ses pensées clairement tournées vers son amie qui se battait contre la Générale d'Héra pour couvrir leur fuite. A côté d'elle, Uryû portait Ururu et Jinta sous ses bras, Chad avait chargé Urahara sur son épaule et Karin sous un bras, Yuzu étant perchée sur le dos du géant et Ichigo transportait son père sur son épaule, rassuré que le danger immédiat sur la vie de celui-ci soit écarté mais pas pour autant de tout le reste de la situation.

- Je devrai y retourner, pour assister Tatsuki, proposa la jeune femme.

- Pas question, trancha son petit ami. Tu n'es pas encore complètement remise de ton tour de passe-passe avec les Vaizards de tout à l'heure, tu n'es clairement pas en état de te battre contre cette Générale.

- C'est moi qui devrait me charger d'elle, gronda Ichigo, clairement toujours furieux de la menace qu'elle avait fait peser, pas seulement sur lui mais sur sa famille toute entière.

- Au lieu de protester, vous savez où nous allons ? Demanda le Quincy. Parce qu'en toute honnêteté, je me contente de vous suivre, là.

Ichigo hésita un instant puis fit signe qu'ils devaient s'arrêter.

- Pardon, j'ai pas réfléchi, je me suis contenté de foncer dans la première direction venue, avoua-t-il après qu'ils eurent déposé leurs fardeaux.

- Ce n'est pas trop important, après tout. Plus loin nous sommes de tout, mieux c'est pour nous cacher, considéra Yuzu en sautant du dos de Chad. Tant que nous ne sommes pas perdus, bien entendu.

Orihime enveloppa aussitôt les inconscients dans une bulle de pouvoir et recommença à les soigner. Karin fut la première à se réveiller, suivie par Jinta et Ururu. Aucun d'eux n'avait été sérieusement blessé, juste assommé. Les blessures d'Urahara étaient plus sérieuses mais facilement soignables et ne nécessiteraient qu'un peu plus de temps. Quant à la fatigue d'Isshin, seul le repos pouvait faire quelque chose pour lui désormais. Il ne reprit même pas conscience.

Uryû se redressa soudainement et regarda en direction du chemin d'où ils venaient, vers Forestedge.

- Des renforts viennent d'arriver et ils sont sur nos traces, annonça-t-il. Je crois qu'il s'agit de cette Générale, Mitsumada Juni. Celle qui nous avait interceptés la première fois.

- Ils se sont vite remis, grommela Ichigo, un peu dépité.

- Je pense que nous devrions aller à leur rencontre cette fois-ci, suggéra Chad d'habitude silencieux.

Les trois jeunes hommes échangèrent des regards entendus et Ichigo se rapprocha de ses sœurs et de leurs amis Jinta et Ururu.

- Vous quatre, occupez-vous des deux vieux, fit-il en désignant Kisuke et Isshin. Les renforts ennemis arrivent et nous devons aller les intercepter. Ne vous inquiétez pas pour nous, on va se contenter de les faire tourner en rond quelques temps et on reviendra après. Orihime ?

- Oui, je reste avec eux, confirma la jeune femme. Dès qu'Urahara-san sera rétabli, je lui expliquerai la situation.

Ils approuvèrent d'un hochement de tête et les trois hommes firent demi-tour pour s'éloigner. Orihime se mit à genoux devant les deux hommes et concentra d'avantage son reiatsu pour accroître la vitesse de guérison.

Après avoir parcouru une bonne dizaine de kilomètres à pleine vitesse, ils s'arrêtèrent dans une petite clairière et Chad s'avança légèrement devant Ichigo.

- Cette Générale, tu devrais me laisser m'en occuper, déclara-t-il d'emblée.

- Tu veux imiter Tatsuki ou quoi ?

- Loin de moi cette idée mais elle et toi semblez avoir une petite histoire concernant son père, non ?

- Raison de plus pour que je me charge d'elle.

Uryû allait contester à son tour mais Chad posa sa main sur son épaule.

- Ichigo.

Les deux amis échangèrent un long regard en silence jusqu'à ce que le jeune Shinigami pousse un soupir et se détende.

- Ok, ok, t'as gagné.

Ishida se détendit lui aussi et fit apparaître son arc dans sa main.

- Ils sont là.

Effectivement, à peine eut-il prononcé ces mots que Juni apparut en face d'eux, seule, et les toisa avec une expression sévère.

- Vos amies ne sont pas avec vous ? Demanda-t-elle en regardant attentivement tout autour d'elle. Je pense surtout à celle au reiatsu monstrueux.

- Essayons de résoudre cette situation pacifiquement, suggéra d'abord Uryû en s'avançant d'un pas vers elle, n'ayant que son arc sorti pour le moment et gardant son bras le long du corps, dans une posture non agressive.

- Hin, hin, fit Juni en secouant négativement la tête. Nous sommes déjà passés par là et vous n'avez pas respecté vos engagements. Je ne suis pas idiote au point de me faire avoir deux fois de la même manière.

- Mais la situation a changé. Le portail pour l'Olympe est fermé maintenant, insista le Quincy. Vous et vos hommes êtes désormais bloqués dans cette région avec nous.

- Le portail ? … Je vois. Oracio a fait refermer le portail après avoir récupéré votre père. Bien pensé, mais votre plan a une sérieuse faille.

- Pardon ? Fit Ichigo, de nouveau inquiet.

- Auriez-vous oublié le Kidou qui a été utilisé par le capitaine Shinigami qui vous a enlevé à notre insu sur l'esplanade de l'Olympe ? Je connais très bien cette technique, et c'est ainsi que je compte bien vous ramener là-bas. Il me suffit simplement d'être en coordination avec quelqu'un qui le connait aussi parmi mes collègues qui nous y attendent sur l'Olympe.

Elle sortit d'une poche intérieure son comvo et l'ouvrit, prête à composer un numéro d'appel. La réaction d'Uryû fut immédiate : il leva son arc et arma une flèche.

- Rangez cet appareil, Ichigo n'ira nulle part avec vous. Quand bien même il accepterait votre proposition de départ, nous ne le laisserons pas partir seul.

- Ho mais vous pouvez l'accompagner si vous y tenez tellement. Quand il y a de la place pour un, il y en a aussi pour trois ou quatre de plus… mais vous finirez probablement dans nos cellules.

Ishida la défia du regard puis releva son bras pour tirer sa flèche vers le ciel. Pensant qu'il s'agissait d'une sorte de signal pour d'éventuels renforts, la Vaizards haussa les épaules.

- Appelez des renforts ne changera rien à votre situation, signala Juni en tendant sa main libre sur le côté, une longue étoffe blanche apparaissant et semblant se dérouler dans l'air. Maintenant restez bien sage ou je vais devoir m'occuper de votre cas avant de vous ramener avec moi sur l'Olympe.

- Désolé mais j'ai bien peur que vous n'emmènerez personne avec vous, rétorqua Uryû en repoussant ses lunettes sur son nez d'un doigt.

- Pardon ?

Il y eut un bref éclair de lumière et Juni poussa un cri de surprise en bondissant en arrière au dernier moment. L'instant suivant, elle vit sur le sol là où elle se tenait auparavant son comvo qui venait de lui être arraché de la main, une longue flèche de lumière l'ayant transpercé de part en part. Celle qu'il avait tirée en l'air. Et qui n'était pas un signal de ralliement comme elle le pensait.

- Espèce de salopard, jura Juni en foudroyant le Quincy du regard.

- Domo arigato, répondit-il avec un sourire narquois. Le peu que je connais de cette technique est qu'il faut impérativement avoir un contact bien établi avec le point d'arrivée. Je sais qu'il y a aussi un Kidou qui permet une telle communication mais il nécessite de pouvoir ressentir le reiatsu de l'interlocuteur pour s'établir… et je doute que vous parveniez à ressentir le reiatsu d'un Vaizard à l'Olympe d'ici. Mes excuses, Yasutora-san, il semble que j'ai pris les devants concernant cette adversaire.

- Pas de problème, Ishida-san.

- Vous voulez vraiment traiter cette affaire de cette manière ? Ce n'est pas un jeu, bande de gamins !

- Ho nous en sommes bien conscients, et cela ne change rien à notre motivation. Nous ne vous laisserons pas emmener Ichigo contre sa volonté et, dans l'état actuel de la situation, nous ne voulons rien avoir à faire avec la Garde Royale. J'ai donc bien peur qu'il ne vous reste plus que deux choix possibles, Générale : ou bien vous acceptez de nous laisser tranquille et vous rentrez chez vous les mains vides, ou bien vous persistez et je vais devoir vous en empêcher. Par la force si nécessaire.

Et sur ces paroles, il releva son arc et chargea une nouvelle flèche de reiatsu. Ses yeux lançant des éclairs de colère, Juni posa la main sur la garde de son épée et la tira lentement son fourreau, augmentant son reiatsu en vue du combat à venir.

***.***

Domaine de l'Olympe

Malgré son expérience et ce qu'il avait déjà vu des pouvoirs de sa supérieure et d'autres Généraux et même Maréchaux lorsque ceux-ci avaient fait de rares démonstrations de leurs capacités, le colonel restait bouche bée et cloué sur place, bien à l'écart du duel qui se déroulait sous ses yeux.

Oracio contre Philia. Kusanagi contre Caladbolg. Le Vent contre la Foudre.

La plaine était devenue un champ de bataille ravagé, les deux adversaires l'ayant déchiré et brulé à coups de rafales et d'éclairs. Leurs armes s'entrechoquaient furieusement dans des tourbillons d'étincelles lorsqu'ils se rapprochaient l'un de l'autre, puis leurs pouvoirs s'annihilaient respectivement lorsqu'ils se séparaient et enchainaient les Kidous et les techniques à distance de leurs Zanpakutos. Et le Colonel était persuadé que s'il osait intervenir dans leur duel il se ferait foudroyer et lacérer en même temps sans pouvoir se défendre.

Aucun des deux adversaires n'avait libéré leur Bankai pour le moment mais ils piochaient tous les deux déjà dans leurs pouvoirs Hollows pour augmenter terriblement leur puissance, leur vitesse et leur endurance. Et il lui était bien impossible de déterminer lequel des deux avait l'avantage.

- A croire que notre duel était écrit dans le marbre depuis des lustres, commenta Oracio lors d'une passe rapide où leurs armes ne firent que s'entrechoquer une seule fois avant qu'ils se séparent de nouveau.

- Tu prétends être le Dieu du Vent maintenant ? Ironisa Philia en dérapant dans la plaine, ses pieds laissant deux longues trainées d'herbe et de terre brulée sur son passage.

Tout son corps semblait surcharger d'électricité, le moindre contact avec elle et c'était l'électrocution assurée. Quant à lui, le vent l'enveloppait tel un cocon protecteur et tranchait impitoyablement tout ce qui passait à sa portée.

- Simple métaphore, mais tu ne nieras pas la ressemblance, non ?

- Effectivement. Tu es conscient qu'il n'y aura pas de vainqueur à notre duel, juste deux perdants, quelle que soit l'issue.

- Pas forcément, et c'est bien pour cela que ni l'un ni l'autre nous n'utilisons notre Bankai, quand bien même nous nous affrontons de toutes nos forces. Soyons francs, nous attendons tous les deux qu'un évènement extérieur vienne faire pencher la balance, d'un côté ou de l'autre. Je ne souhaite pas te tuer et tu ne souhaites pas non plus à me tuer, mais tu ne peux pas me laisser partir non plus, pas plus que moi.

- En clair, nous recherchons le statut quo. Nous nous retirons tous les deux de la balance des événements afin de les laisser se dérouler sans nous, mais par notre duel nous signalons clairement que nous pouvons la faire pencher radicalement si nous décidions d'intervenir.

- C'est à peu près ça… Encore que je pense que certains d'entre eux sont tout à fait à même de se mesurer à l'un de nous le cas échéant.

- J'en doute. Tetsu n'est pas capable de se battre sérieusement contre moi, et c'est le seul dans ton camp qui a un niveau de puissance suffisant pour ça.

Oracio secoua doucement la tête.

- Kurosaki Ichigo est capable de se mesurer à toi, et tu sous-estimes gravement le vieux commandant. Même moi je ne fais pas le poids contre lui.

- Peuh, il n'a aucun pouvoir de Vaizard. Je reconnais sa puissance, son expérience et son talent en tant que Shinigami, mais son absence de pouvoirs Hollow le retire instantanément de l'équation.

- Crois-moi, tu serais surprise.

Philia haussa les épaules.

- Aucun intérêt pour le moment de toute manière. Continuons ! J'ai encore pas mal de techniques en réserve dont je souhaite tester l'efficacité… Et ce n'est pas tous les jours que j'ai l'opportunité de me battre à ce niveau de puissance contre un adversaire digne de ce nom.

- Haaa, quelle déchéance à tes yeux… Je constate donc que tu viens de me reléguer au statut de cobaye ?

- A peine mieux !

Poussant un cri de fureur, Philia se jeta de nouveau à l'attaque, Caladbolg déchainant d'avantage d'éclairs à chacun de ses pas.

***.***

Forestedge, Domaine de l'Olympe

La gigantesque salle toute entière était ravagée, pas un endroit n'avait été épargné par le combat. Des cristaux de toutes tailles, de toutes formes et de toutes couleurs gisaient partout, y compris sur les murs et le plafond, et l'air lui-même semblait chargé d'une sorte de poussière fine qui n'était autre que de minuscules cristaux en poudre. Trônant sur une sorte d'estrade, tenant devant elle son Zanpakuto devenu gigantesque et désormais revêtue d'une armure complète en cristal bleu, vert et rose, Juliette observait le champ de bataille et son ennemie qui s'extrayait, une fois de plus indemne, d'une sorte de tombeau de cristaux empilés les uns sur les autres. Et l'expression qu'elle portait sur son visage derrière le casque intégral de son armure n'était pas celle qu'elle voulait arborer, mais plutôt un mélange de fureur, de perplexité et d'incompréhension.

Achevant de repousser un dernier pan de cristal rouge qui la dérangeait, Tatsuki souffla de soulagement et s'écarta du monticule. Les parties en tissu de son Bankai étaient déchirées de toutes parts et elle saignait de multiples petites coupures aux jambes, aux bras, au visage et au torse, en fait partout là où son Bankai ne formait pas une armure complète. Mais ce n'était que des blessures mineures et elle ne saignait pratiquement pas. Mieux encore, certaines étaient déjà en cours de cicatrisation et elle n'ait même plus mal à la bouche, enfin pour être exact, elle ressentait une forme de douleur différente dans sa mâchoire, douleur provoquée par ses dents qui repoussaient à une vitesse accélérée, conséquences indirectes de ses pouvoirs Hollows.

- Est-ce tout ce dont vous avez à nous montrer, Générale ? Nargua-t-elle son adversaire en faisant rouler son épaule droite. Nous reconnaissons que votre Bankai est très impressionnant, surtout cette capacité à générer des cristaux de toutes les formes, notamment en tant qu'armes de toute sorte et utilisables à votre convenance, mais nous avons bien peur d'avoir fini d'observer le panel de vos pouvoirs et que ceux-ci aient atteint leurs limites. Vous utilisez aussi votre masque depuis quelques temps déjà, nous le sentons à votre reiatsu qui est saturé de pulsions Hollow.

- Et toi tu devrais être morte depuis longtemps, Shinigami ! Siffla la Vaizard en réponse. Une telle résistance de la part d'une inconnue telle que toi, qui ne m'avait jamais rencontré avant aujourd'hui, ne peut signifier qu'une seule chose : quelqu'un t'a renseigné sur mes pouvoirs, et je ne vois qu'une seule personne ayant pu le faire : le traître qui s'est infiltré dans l'Olympe ! Crache son nom, insecte, avant que je décide de te l'arracher de force !

Tatsuki haussa les épaules.

- Vos menaces sont vaines et inutiles, tout d'abord parce que nous commençons sérieusement à douter que vous soyez capable de les mettre à exécution et ensuite parce que nous n'avons aucun nom à vous donner. Avant notre rencontre d'aujourd'hui, nous pouvons vous assurer que nous ne savions rien de vous si ce n'est quelques rumeurs à votre sujet, notamment que vous étiez l'ancienne fiancée du père d'Ichigo, et une véritable pétasse rancunière comme il en existe peu.

Juliette hurla de colère et faucha une rangée de cristaux devant elle avec son énorme épée surdimensionnée mais qu'elle maniait avec la même aisance que si elle ne pesait pas plus qu'une plume.

- Cesse de mentir ! Je t'ordonne de me dire la vérité ! Personne n'a jamais survécu à mon pouvoir comme toi ! Avec mon Bankai, Arianka, ce n'est plus seulement les fluides c'est absolument tout ce que je touche, tout ce que ma lame touche et tout ce que mes cristaux touchent qui meure et se transforme irrémédiablement en cristal ! Alors comment pourrais-tu survivre à ce stade si personne ne t'a renseigné aupar-

Ne l'écoutant même plus, Tatsuki secoua la tête et s'avança vers l'un des énormes cristaux qui se dressaient maintenant tel des piliers au milieu de l'arène, suite à un assaut de Juliette quelques minutes auparavant. D'un seul geste avec le Zanpakuto dans sa main droite, elle le trancha à l'horizontal et, dans la continuité du mouvement, pivota et donna un puissant coup de pied dans la partie supérieure, l'envoyant tel un missile géant s'écraser à côté de Juliette, à moins de 2 mètres d'elle pour être plus exact, l'interrompant dans sa tirade.

- Et pour quelle raison nous mentirions-nous, hum ? Votre pouvoir entre dans la catégorie des touchers mortels, tout comme celui de Soi Fon-Taichou. Mais pour votre malheur, l'un de nos pouvoirs est de contrer les capacités de nos adversaires en absorbant et en analysant leur reiatsu.

Juliette resta silencieuse, les yeux écarquillés de stupeur, fixant Tatsuki qui, maintenant, s'avançait calmement vers elle à pas mesurés, tenant son arme à la diagonale sur le côté.

- Nous n'avons jamais reçu la moindre information sur vos pouvoirs, répéta-t-elle sur le même ton calme et confiant. Nous nous sommes simplement contentées de les observer en action et, très sincèrement, nous vous remercions de nous en avoir autant montré. Car vous êtes la première avec laquelle nous sommes parvenues à synthétiser la totalité de l'essence même de la nature du reiatsu. Nature que nous avons concentrée dans ce Zanpakuto.

Tatsuki s'arrêta à cinq mètres seulement de Juliette et releva son épée devant elle à l'horizontal, défiant Juliette du regard par-dessus la lame.

- Sentez-vous le reiatsu qu'il contient désormais ? Sentez-vous ses pouvoirs ? C'est grâce à lui que vous ne pouvez rien contre nous.

Juliette sentait effectivement le reiatsu qui habitait le sabre qu'elle tenait, son propre reiatsu d'ailleurs, mais transformé, différent, comme passé au travers d'un filtre. Mais elle n'eut plus aucun doute, c'était grâce à cette arme que Tatsuki résistait et survivait à ses attaques, à ses pouvoirs. Si elle voulait vaincre Tatsuki, il lui fallait d'abord se débarrasser de cette arme.

Un vulgaire asauchi.

Alors qu'elle avait son Bankai libéré.

Juliette brandit son arme en faisant exploser toute sa puissance et toute sa colère, concentrant tout son reiatsu disponible dans cette seule frappe. Poussant un rugissement de fureur qui fit tout trembler autour d'elle, elle bondit en avant et abattit son épée tel un bûcheron le ferait avec une hache sur son billot, entendant bien trancher en deux cette épée et celle qui la tenait.

- Bankai : Arianka ! Lâcha Tatsuki avec un grand sourire.

Dans un claquement de tonnerre qui se succéda par une note stridente lorsque les deux armes luttèrent l'une contre l'autre, Tatsuki bloqua l'attaque furieuse et fit déraper la lame de son adversaire sur le côté avant de répondre d'un coup de pied vers son ventre. Juliette esquiva souplement en arrière, son Kidou de défense toujours actif, et dérapa sur quelques mètres avant de s'arrêter. L'instant d'après, la note stridente accepta enfin de cesser de résonner dans la pièce et la quasi-totalité des cristaux autour d'elles dans un rayon de 20 mètres explosèrent simultanément, projetant des échardes dans toutes les directions, mais aucune ne blessant les deux antagonistes.

Juliette leva sa main gauche vers le plafond et concentra son reiatsu, appelant tous les fragments qui venaient d'exploser à se concentrer au-dessus d'elle. Tatsuki l'imita aussitôt et la moitié des fragments échappèrent au contrôle de la Vaizard pour se concentrer au-dessus de la jeune humaine.

- Bâtarde ! Ce n'est pas… POSSIBLE !

D'un geste plein de rage, elle déchaina une tempête vers son adversaire à partir des cristaux qu'elle avait accumulé et Tatsuki répondit silencieusement de la même manière. Pourtant, l'attaque de Juliette sembla avoir plus de succès car elle balaya littéralement celle de son ennemie, le nuage de poussière que cela dégagea lui obscurcit totalement la vue néanmoins. Et elle comprit la seconde suivante que sa victoire n'était due que parce que Tatsuki n'était déjà plus là. Et elle faillit se faire trancher en deux par l'énorme épée jumelle de la sienne lorsque son adversaire faucha là où elle se trouvait l'instant précédent, son Kidou de défense lui sauvant une nouvelle fois la vie de justesse.

Tatsuki n'en resta cependant pas là et se rua à l'attaque au corps à corps, maniant la titanesque épée de cristal avec la même dextérité que Juliette maniait la sienne. Les deux femmes croisèrent le fer furieusement pendant presque une minute avant de se séparer de nouveau après un bref duel de force.

Juliette fut toutefois incapable de reprendre son souffle durant cette brève pause à cause du mélange d'indignation, de fureur, de stupéfaction et de peur qu'elle ressentait désormais lorsque son regard plongeait dans les yeux lumineux de Tatsuki. Car il n'y avait pas que l'épée que celle-ci avait copié mais aussi l'armure : elle portait désormais une armure de cristal identique à la sienne par-dessus son propre Bankai, hormis aux bras, aux jambes et aux épaules, là où l'armure du Bankai de Tatsuki était déjà placée.

Devant cette tenue hétéroclite, elle dut se rendre à l'évidence : Tatsuki portait les deux Bankais en même temps, transgressant tout ce qu'elle croyait savoir sur les pouvoirs de Vaizards et des Shinigamis, et même des Hollows.

- Espèce de… monstre ! Comment… ?! Mon Bankai… c'est MON Bankai ! MON BANKAI !

Sous le coup de la fureur qui la submergeait, elle frappa une nouvelle fois de toutes ses forces mais Tatsuki bloqua la frappe téléphonée avec aisance et la repoussa sans ménagement en arrière.

- Vous feriez mieux d'abandonner maintenant, Générale, déclara-t-elle de sa voix déformée mais étonnamment douce. A moins que vous pensiez vraiment pouvoir encore nous vaincre désormais. Vous ne pouvez plus nier les faits, vos pouvoirs ne nous affectent plus depuis longtemps et nous les avons totalement analysé et absorbé, au point de dupliquer votre Bankai par nous-mêmes.

- Une vulgaire copie bon marché ! Et jamais une copie ne battra l'originale ! Rugit Juliette en attaquant une nouvelle fois, mais sans plus de succès car Tatsuki dévia la charge et la repoussa à nouveau sans difficulté.

- Nous n'entrerons pas dans ce débat avec vous, quand bien même vous auriez raison, car ce combat touche à sa fin. Seiryû no Sokudo, deux charges.

La jeune femme disparut soudainement de sa vision, comme si elle n'avait été qu'un mirage. Son Kidou de défense instinctive réagit immédiatement et elle bloqua un violent coup d'épée qui l'aurait tranché en deux mais Tatsuki lâcha soudainement l'arme et projeta sa main gauche en avant, ses doigts se refermant sur le col du plastron de cristal de Juliette. Et les dix secondes suivantes, la Vaizard encaissa plus d'attaques de pieds et de poings que depuis le début du combat, son armure s'ébréchant de plus en plus à chaque impact avec les gantelets et les bottes blindées de son adversaire. Tatsuki ponctua son assaut d'un superbe coup de pied retourné en pleine tête qui lui arracha son casque tout en la projetant en l'air et en arrière.

Après avoir boulé dans le sable et la poussière de cristaux, Juliette se releva avec peine, tenant toujours son épée géante d'une main semblant soudée à la garde tellement elle la serrait fortement, mais elle était ébréchée et toute son armure semblait fissurée de partout et crissait à chaque mouvement, comme prête à céder au moindre choc supplémentaire. Tatsuki s'approcha tranquillement d'elle, ignorant sa copie d'épée qui trainait par terre derrière elle, et la Vaizard puisa dans ses dernières forces pour tenter d'en profiter et la trancher en deux à l'horizontal.

- Genbû no Teikô, deux charges.

Sans broncher, la jeune femme bloqua l'attaque avec son gantelet gauche, la lame percutant l'armure renforcée par le pouvoir de défense renforcée de son Bankai sans même l'ébrécher. Elle leva ensuite son pied gauche en l'air en lui faisant décrire un arc de cercle à la fois souple et majestueux devant elle, le stoppant juste à la verticale au-dessus d'elle.

- Byakko no Kyôdo, trois charges.

Avec une force titanesque, elle abaissa son pied en plein sur le plat de la lame, ses yeux étincelant alors d'avantage lorsqu'elle invoqua le surplus de puissance, et l'arme de Juliette explosa à l'impact dans un claquement de verre brisé, la botte renforcée de Tatsuki allant ensuite s'écraser sur le sol de l'arène, provoquant un séisme localisé. Toute la pièce trembla violemment, le sol se fissura de partout et ce fut tel si l'arbre géant tout entier qui contenait l'arène sembla gémir de douleur, comme si un bucheron venait de planter sa hache dans le cœur même d'une buche de bois bien sec. Tous les cristaux encore intacts explosèrent en poussière tout autour de la pièce et l'armure de Juliette se fissura d'avantage encore rien qu'à cause de l'onde de choc.

Complètement dépassée par la situation, abasourdie par la destruction brutale de son arme et déséquilibrée par le tremblement de terre, Juliette ne put absolument rien faire pour se défendre lorsque Tatsuki continua tranquillement d'avancer jusqu'à son contact, sa main droite armée pour une attaque qu'elle délivra en plein centre de son abdomen. Et avec la même facilité qu'elle venait de briser son arme, elle explosa l'armure de son torse et enfonça son poing profondément dans le ventre de la Vaizard, juste en dessous de son sternum. L'impact acheva de fissurer l'armure de cristal toute entière tandis que Juliette se pliait en deux sous le choc et, lorsque Tatsuki ramena enfin sa main en arrière et recula d'un pas, la Générale lâcha finalement la garde de son Bankai brisé et s'écroula à genoux, vomissant bile et sang à ses pieds. Et le très léger choc de ses genoux sur le sol fut la goutte d'eau suffisante pour faire déborder le vase : l'armure de la Vaizard explosa complètement et ses morceaux tombèrent autour d'elle avant de se désagréger rapidement.

Impossible. Elle, la grande Générale d'Héra, la Favorite… Vaincue par une gamine alors qu'elle touchait au but. Non, elle devait rêver… ou plutôt cauchemarder !

- Absorption et analyse du reiatsu de nos adversaires, répéta tranquillement Tatsuki en ramassant l'épée brisée de Juliette. Ne vous êtes-vous pas rendu compte que vos réserves de reiatsu se dilapidaient plus vite à chaque fois que vous étiez en contact avec nous ?

Juliette releva péniblement la tête, de sang et de la bave coulant de sa bouche, et vit son Zanpakuto se désagréger et reprendre sa forme d'origine… mais sa lame restait brisée, à une vingtaine de centimètre du pommeau. Tatsuki la laissa tomber devant elle et lui tourna carrément le dos, se dirigeant tranquillement vers la copie qu'elle avait créé à partir d'un simple Asauchi.

- Nous avons absorbé tout ce que nous voulions de vous, vos pouvoirs sont très impressionnants et dangereux. Si vous aviez affronté n'importe lequel de nos amis, je ne pense pas que vous auriez perdu. Sauf Orihime, bien entendu. Contre elle, votre défaite aurait été… encore plus cuisante.

Juliette tenta de se redresser et braqua sa main vers Tatsuki, concentrant ce qu'il lui restait de reiatsu. Elle ne pouvait pas admettre sa défaite, ni en rester là. Non, elle ne pouvait pas perdre ! Pas ici ! Pas maintenant !

- Inutile de tenter quelque chose, vous ne représentez plus une menace à nos yeux désormais…

Tatsuki s'interrompit et secoua alors sa tête.

- Non, nous ne devons pas penser de cette manière. C'est de l'arrogance pure. Née de l'ivresse provoquée par notre victoire.

Elle se retourna alors, brandissant dans sa main l'épée immense de son nouveau Bankai.

- Même maintenant, vous êtes encore une menace. Peut-être pas pour nous, mais très certainement pour nos amis. Rien que pour cela…

Elle disparut et se re-matérialisa juste devant Juliette. Un simple Shunpo basique mais la Vaizard n'avait même pas pu le suivre dans son état actuel. Et Tatsuki écrasa sa botte sur la main qu'elle tendait vers elle, la broyant contre le sol et absorbant les brides de reiatsu qu'elle y avait chargé avec autant de facilité qu'une éponge avalant une goutte d'eau.

- Nous devrions vous tuer tout de suite, menaça-t-elle en posant la pointe de l'épée géante contre la poitrine de Juliette, comme si elle se préparait à l'embrocher dessus pour l'achever. Mais fondamentalement, vous n'avez tué personne, aucun de nos amis du moins. Vous avez sérieusement menacé la vie d'Isshin et attaqué plusieurs d'entre nous mais aucun n'en est mort. Et vous avez de la chance, nous sommes de bonne humeur et de nature clémente.

Elle retira l'épée et lui rendit sa forme de base, sa nouvelle forme de base en fait, la même que celle de Juliette. D'un geste, elle ouvrit son rouleau de gauche et y rangea sa dernière acquisition avec un sourire satisfait. Une fois cela fait, elle s'abaissa pour attraper Juliette par les cheveux et la souleva de force du sol à bout de bras.

- Nous supposons qu'il va maintenant falloir que vous choisissiez. Qu'allez-vous faire, Générale ? Continuer à vouloir nous mettre des bâtons dans les roues ou bien vous rendre bien sagement ? Si vous vous montrez coopérative, nous sommes sûrs que nous pouvons trouver un arrangement équitable.

- La Loi… est la Loi, et Héra est ma guide, siffla Juliette avec obstination tout en essayant de lever un bras pour se dégager mais Tatsuki se contenta de hausser légèrement son reiatsu pour la clouer sur place.

Jamais Juliette ne s'était sentie aussi faible et aussi humiliée devant un ennemi. Tatsuki dévisagea la Vaizard encore un instant puis lâcha un soupir avant de repousser sa victime et de relâcher toute la pression de son reiatsu. Ce n'était pas dans sa nature de torturer ses adversaires, ce n'était pas fairplay ni sportif. Juliette tituba en retrouvant soudainement l'usage de ses mouvements et par la disparition de la pression qui pesait sur son âme et son corps. Elle parvint à rester debout mais de justesse seulement, tout son être lui criait de s'allonger et de se reposer au plus vite et en oubliant tout le reste.

- N'êtes-vous vraiment qu'une idiote sans cervelle obnubilée à ce point par vos soi-disant Lois pour ne pas vous rendre compte qu'elles entravent aujourd'hui vos pensées et votre jugement ? Les règles, les lois, les institutions… Elles sont là pour établir une base pour la justice et pour former les racines fondamentales de toute société, pour définir ce qui est bien et ce qui est mal, et servir de guides pour tous les peuples en temps de paix. Mais en temps de guerre, elles perdent presque toutes leurs sens et leurs prérogatives. En temps de guerre, elles ne sont généralement plus que des chaînes qui nous retiennent, bien loin du rôle de piliers qu'elles devraient jouer. Une seule et unique chose demeure : notre sens moral, notre honneur, notre vertu, ces choses là-même qui ont été forgées par vos si précieuses Lois. Nous ne serions pas en guerre et vos actions ne seraient pas aussi brutales et intransigeantes que nous nous serions volontiers pliés à vos exigences… Mais plus maintenant.

Tatsuki s'éloigna de quelques pas et laissa son Bankai se dissiper. Son combat ici contre Juliette était fini.

- Mes amis ont probablement besoin de mon aide, je vais donc aller les retrouver, lui annonça-t-elle de sa voix redevenue normale. Vous êtes libres de faire ce que bon vous semblera, mais n'allez surtout pas abuser de ma clémence. Si vous touchez encore une seule fois à un seul cheveu d'un membre de la famille Kurosaki, je vous enfoncerai MON Arianka dans la gorge jusqu'à ce que vous chiez des cristaux multicolores, est-ce bien clair ?

Elle n'attendit pas la réponse, s'éclipsant rapidement en Shunpo. Complètement vaincue, Juliette se laissa tomber comme un sac et resta immobile sur le dos, les bras en croix, à contempler le plafond, perdue dans ses pensées et épuisée comme elle l'avait rarement été durant sa longue vie. Sa défaite était totale. Son corps n'en pouvait plus et son esprit sombra dans l'inconscience.