Dino est amoureux

25/09/08

A GredW ;)

Ils se garèrent fièrement sur le parking de la petite école et sortirent pour récupérer leur progéniture. Caligula accourut à leur rencontre, son cartable plus gros que lui cahotant sur son dos. Abruzzi l'attrapa d'un bras et le souleva dans les airs, le carrant sous son aisselle, et le petit garçon gloussa en battant des pieds. Jimmy Jr était assis tranquillement à-côté du modeste parterre de fleurs de l'entrée, occupé à découper soigneusement les pétales d'une pensée à l'aide de ses ciseaux à bouts ronds.

- Où est Dino ? demanda T-bag au benjamin qui gazouillait toujours sous le bras de son père.

- Heu, Dino il est avec la maîtresse, répondit-il sur un ton un peu ennuyé.

- Ouais, il a fait l'con, ajouta Jimmy avec une certaine gourmandise.

- Hé ! le reprit sèchement Abruzzi.

- Tu peux dire, c'est de toi qu'il tient ce genre de langage…

- C'est ça, sape mon autorité devant le p'tit !

James et Caligula les observait, leurs yeux passant de l'un à l'autre des papas absorbés par l'une des joutes verbales auxquelles ils étaient habitués et qui avaient conféré à leurs marmots une répartie de qualité pour leur jeune âge… parfois à leur damn. Au terme des débats, le parrain excédé lança finalement :

- Bon, et qu'est-ce qu'il a fait ce petit con, de toute manière ?

- Il a molesté Larry, des CM2, et le reste de la bande s'y est mis.

Theodore se tourna vers John et constata :

- Tu vois : « molester », c'est moi.

- Faut dire que ton père à toi t'a appris le sens de ce mot encore plus tôt…

- Ah, attention aux faux-amis, John !

- Bon, on va aller voir l'instit', déclara le mafieux en passant le portail de l'école, Caligula sous le bras.

Bagwell le suivit, Jimmy Jr sur ses talons.

Ils aperçurent bien vite leur rejeton consigné auprès de la petite institutrice responsable de sa classe. Melle Henriques semblait quelqu'un de très correct, selon Abruzzi, et T-bag avait déclaré après la première réunion de parents d'élèves que si les maîtresses avaient ressemblé à ça de son temps, il n'en serait jamais arrivé à foutre le feu à la baraque de l'une de ces vieilles mal-baisées avant d'être envoyé en maison de correction – ndla : véridique ! On pouvait donc considérer leur appréciation du professeur comme plutôt positive. Il y avait simplement certaines choses que Melle Henriques ne comprenait pas. Elle n'avait pas grandi à la dure, comme eux, et avait donc parfois du mal à accepter certains éléments de l'éducation qu'ils donnaient à leurs chers petits. Pour cela Theodore la prenait un peu de haut. John ne lui en voulait pas… Il estimait néanmoins que l'institution scolaire se devait de reconnaître les habitudes culturelles des familles. Cela avait déjà donné lieu à quelques discussions un peu crispées, mais toujours cordiales.

- Melle Henriques, la salua le gangster courtois.

La brunette leur offrit un sourire un peu pincé en les voyant arriver.

- Bonjour Messieurs, dit-elle en serrant tout d'abord la main de l'italien.

Bagwell, de son côté, prit l'initiative de porter la sienne à ses lèvres pour y déposer un baise-main des plus élégants. Elle détestait quand il se livrait à ce genre de jeux de charme.

- Vous allez bien ? demanda-t-elle en soulignant d'un geste sa chemise légèrement ensanglantée.

- Aaahn, oui, j'ai une vie pleine de rebondissements, mais rassurez-vous j'en ai vu d'autres, sourit-il.

- Bon.

- On a un p'tit problème avec notre ami Dino ? demanda Abruzzi en considérant la mine boudeuse du gamin.

- Oui, il s'est battu cet après-midi, et j'aurais aimé avoir une petite conversation avec vous à ce sujet.

- C'est Larry qu'a commencé à embêter Becky ! protesta alors Dino.

- Et Larry a été puni aussi, Dino. Maintenant il faut me laisser discuter un peu avec tes papas.

- Attendez, si je comprends bien il défendait une fillette ? interrogea Theodore.

A ces mots les deux frères se mirent à huer l'aîné avec enthousiasme, lequel leur renvoya un regard noir. Le pédophile croisa les bras et considéra le mafieux avec un sourire amusé sur les lèvres et une lueur énamourée dans l'œil :

- Aaaaaawww, si c'est pas mignon : notre Dino est amoureux !

- Chuis pas amoureux !

- Melle Henriques, vous n'allez quand même pas chercher des noises à ce lascar alors qu'il secourait une petite demoiselle ? Je trouve ça très comme-il-faut, pour une fois qu'il donne l'impression d'avoir le sens des valeurs ! déclara le parrain.

Le sourire de Melle Henriques s'élargit en même temps qu'il se crispa davantage.

- Puis-je vous demander de me suivre dans la salle de classe ? Nous y serons plus tranquilles.

Ils laissèrent les garçons en étude pendant qu'ils montaient les escaliers et se rendaient dans ladite salle. L'institutrice prit place derrière son bureau et invita les heureux parents à s'asseoir. Les deux meurtriers avaient l'air un peu ridicules sur les petites chaises d'enfants.

- Ecoutez, je comprends que le comportement de votre fils puisse vous apparaître comme légitime, voire chevaleresque, mais on ne peut tout simplement pas laisser les enfants faire justice eux-mêmes.

- Il aurait donc dû attendre sagement que sa copine se prenne quelques baffes pour que l'un des gardes-chiourmes daigne intervenir ? résuma T-bag.

Melle Henriques prit une grande inspiration.

- Non, il aurait tout simplement dû venir prévenir lesdits « gardes-chiourmes » sans s'en mêler lui-même.

Abruzzi émit un bref souffle dédaigneux.

- Chez nous, Mademoiselle, on n'encourage pas à la délation.

- Le lynchage personnel est tellement plus noble, c'est ça ? grinça-t-elle.

- Le problème n'est pas seulement là, intervint Bagwell. Vous vous rendez compte à quel point adopter ce genre de comportement devant la personne qu'il convoite mettrait à mal la virilité naissante du garnement ? C'est comme… je sais pas, mettons que je sois en prison, d'accord ?

John leva les yeux au ciel.

- Eh bien c'est comme si je laissais mon giton se faire agresser sans rien dire, je perdrais toute ma crédibilité. Et comment pourrais-je le baiser correctement après une telle disgrâce ?

Melle Henriques ne répondit pas. Elle semblait silencieusement consternée.

- Vous êtes instit', non ? Vous devriez savoir comment ça fonctionne.

- Comprenez bien que je n'en ferais pas toute une histoire s'il ne s'agissait que d'une petite bagarre commune entre gamins. Mais là trois ou quatre copains de Dino l'ont assuré dans la curée, Larry n'aura pas qu'un bleu en se réveillant demain matin.

Le mafioso ravala un léger coin de sourire pour adopter une moue un peu désapprobatrice.

- … et lorsque moi et un autre professeur sommes arrivés pour les séparer… Dino était assis sur Larry et… frottait l'entrejambe de son pantalon sur le visage de son camarade, dit l'institutrice, l'air embarrassée.

Abruzzi tourna immédiatement un regard noir vers T-bag. Le sociopathe, affalé comme il le pouvait sur la petite chaise, souriait à pleines dents, sans même se donner la moindre peine pour cacher qu'il trouvait l'incident particulièrement cocasse.

- … Ce n'est pas bien du tout, s'empressa de commenter le gangster avant que Melle Henriques ne note la tête de Theodore.

- Non… Vous savez, ce genre d'agissements chez un enfant de cet âge est vraiment perturbant, poursuivit la brunette, les yeux inquiets perdus dans le vague. Aurait-il pu avoir accès à des films pornographiques à la maison ?

Les deux hommes se glacèrent.

- Je ne vous juge pas, chacun fait ce qu'il veut, dit-elle. Je voudrais juste savoir si Dino a pu visionner des contenus explicites ou violents qui l'auraient traumatisés.

Les deux hommes restèrent figés et muets. Ils n'étaient pas du genre à avoir besoin d'un porno pour se mettre en train, mais tous deux ressassaient alors le cuisant souvenir de ce dimanche matin, après le petit-dèj, alors que tous les mômes avaient été envoyés jouer au-dehors parce que « nom de Dieu, il fait un temps superbe, vous n'allez pas rester enfermés ! ». Eux-mêmes s'étaient aussitôt précipités pour aller profiter du soleil en retournant derrière leurs volets baissés. Le lit cognait le mur avec plus de détermination qu'un bélier, T-bag s'agitait vainement, sa poitrine contre le matelas et ses poignets attachés au montant par une lanière de cuir, et Abruzzi passait un moment particulièrement jubilatoire. « Supplie. » « J'supplierai pas. » « C'est ça, rêve mon vieux… » « AAH ! Oh bon sang, fais-moi mal, Johnny, la taule t'a rien appris ?! » « Supplie et je te ferai gémir comme une fillette de douze ans. » « OH, FOUTRE OUAIS ! PITIE VAS-Y ! » « Papa, j'peux avoir de l'argent pour aller aux jeux d'arcade ? » Oh nom de Dieu… Theodore l'avait souligné, ils auraient pu lui offrir un missionnaire tendre et aimant comme scène primitive… Le pauvre garçon avait hélas statistiquement peu de chances de tomber là-dessus.

- Uh, certainement pas, on n'a pas de ça chez nous, finit par répondre Bagwell sur le ton du péquenot que de telles marchandises urbaines et diaboliques outragent sur les bords.

- Bon… Je vais devoir l'inscrire pour quelques séances avec notre psychologue scolaire. D'autre part, je suis désolée mais cette fois il va devoir passer par le conseil de discipline.

- Quoi ? s'exclama Abruzzi.

- Il ne s'agit pas de le renvoyer, rassurez-vous, mais il est possible que votre fils ait droit à un avertissement.

- Pour avoir défendu une camarade ?!

- Pour en avoir passé un à tabac, et je vous épargne l'attouchement à connotation sexuelle, corrigea-t-elle.

- Mais enfin, c'est de la folie ! se récria le parrain.

- Ce n'est pas comme s'il s'agissait de la première fois, messieurs. Je pense que vous devriez sérieusement reconsidérer l'éthique de vie que vous inculquez à vos rejetons. L'institutrice de CP dit que Caligula est un petit garçon brillant, mais qui refuse catégoriquement d'être contredit, ce qui fait partie de la vie sociale d'un enfant. Quant à James il fait pipi sur les souliers des petites filles…

John resta muet, un peu effondré par la décision du professeur. T-bag, lui, était resté calme. Après une grimace spasmodique de ses babines, il finit par se lever pour s'approcher de la jeune femme, tout en hanches qui roulent et en sourire pervers caressé par un bout de langue suggestif. Il se pencha sur elle par-dessus le bureau, appuyé sur les coudes, creusant les reins et susurra tout contre son visage :

- Et si on vous offre le meilleur porno live de votre vie ?

- Theodore !

Melle Henriques prit le parti d'un rire gêné :

- Ca ne marche pas comme ça, parce que je vous assure que je n'aurais pas souvent l'occasion d'en tirer profit !

Bagwell lui offrit son plus beau sourire nonchalant :

- Oh avec Papa Gras-du-bide et Maman Gras-du-cul, je comprends. Mais nous, est-ce qu'on n'est pas une paire d'étalons toute indiquée pour assouvir les fantasmes pervers d'une fille comme vous ?

- Mais enfin, qu'est-ce que vous entendez par là ? protesta l'institutrice en rajustant ses lunettes, la voix un peu vacillante.

- Oh je sais reconnaître les gonzesses avec un penchant dans vot'genre… glissa le sociopathe d'une voix veloutée, avant de claquer trois fois sa langue contre son palais d'une manière particulièrement obscène. Je le vois dans votre œil quand vous nous regardez, même si vous essayez de le dissimuler derrière vos petites leçons de morale désapprobatrices, vilaine…

T-bag la fixait comme un serpent refermant lentement ses anneaux. Il entendit le mafieux lancer, alarmé :

- Teddy, qu'est-ce que tu fous, bordel ?

Il savait parfaitement ce qu'il faisait. Et il aurait fait n'importe quoi pour sauver ses garçons.

- Je le sens à des kilomètres, pour tout dire… dit-il en prenant une inspiration sèche, son nez froncé par un spasme lubrique. Alors qu'est-ce que vous diriez d'assister à une petite séance de sexe débridé là, dans cette classe… sur votre beau bureau, peut-être ?

Il accompagna sa suggestion d'une moue. Melle Henriques ne répondit rien. Ce fut au tour d'Abruzzi d'être consterné par la scène qui se déroulait devant ses yeux.

- Mais enfin, vous n'y songez quand même pas ?

L'instit'resta muette. Bagwell lui adressa un sourire crocodilien.

- Alors ? Qui endossera pour Dino le rôle du méchant élève qui a fait une bêtise et qui le corrigera pour Mademoiselle ?

Une demi-heure plus tard, ils redescendaient les escaliers.

- J'arrive pas à croire que tu m'aies fait faire ça.

- Dans ce monde, mon frère, nous sommes tous des prostitués. Toi et moi, nous sommes les rois.

- … Je ne suis pas sûr que ça me réconforte beaucoup, Theodore.

- Allez… ça t'a pas un peu chatouillé quelque part qu'une bachelette de vingt ans nous matte pendant cette fine activité ?

- Peut-être un peu, j'admets… Mais c'est la première et la dernière fois ! Dino est assez grand pour comprendre que ses papas ne peuvent pas vendre leurs fesses chaque fois qu'il faut nettoyer sa merde.

- On sent le mafioso qui parle… probablement pour la première fois au sens presque propre !

- Comment as-tu su qu'elle donnait là-dedans ?

- Ah la la, mon bon John, les femmes… C'est simple, il y a deux catégories : celles qui pensent très fort à ce que pourraient leur faire des types comme Gueule-d'Ange quand elles ont la main dans le pyjama – jusqu'à ce qu'elles apprennent qu'ils sont pédés – et celles qui pensent très fort à ce que donneraient deux mâles aussi charismatiques que nous dans les violentes affres d'un coït commun.

- Ah bon ?

- La deuxième catégorie, tu la trouveras à l'heure actuelle surtout chez les 15-30 ans. La révolution hippie a foutu en l'air les codes libidinaux de ces donzelles.

- De mon temps, les jeunes filles se contentaient de rêver au prince charmant…

- Le prince charmant a foutu le camp avec le grand méchant loup, mon vieux…

- … Mais quand même, parmi les jeunes femmes de cet âge, celles qui ont ce penchant restent tout de même une minorité ! Alors comment as-tu deviné ?

- J'ai toujours eu beaucoup d'instinct avec les femmes, Johnny-boy… et puis, j'ai aussi vu un porte-clé avec deux symboles masculins entrelacés quand elle a ouvert la porte de la classe.

Le parrain et le pédophile récupérèrent leurs bambini blanchis, qui poussèrent des exclamations enthousiastes à la vue du nouveau bolide que leur ramenaient leurs pères. Ces derniers étaient friands d'entendre tout de la petite conquête en socquettes potentielle de leur aîné – pour de plus ou moins bonnes raisons. Le trajet de retour à la maison se fit cette fois dans le calme, Abruzzi fumant paisiblement son cigare au volant tout en jetant de temps à autres des coups d'œil dans le rétroviseur tout neuf.