Foyer, doux foyer
Partie 1
John était venu les chercher à la sortie de l'école. Il avait ramené tout le petit monde à la baraque et, après leur South Park, avait cloîtré comme d'habitude James et Dino pour qu'ils fassent leurs devoirs. Caligula, lui, était retourné au trou qu'il s'était mis en tête de creuser dans le jardin. Ce n'était pour l'instant pas très profond, et le gosse se lasserait probablement avant d'avoir atteint le vieux Calderoni qui reposait en paix sous les herbes appropriées. Son papa, cependant, le surveillait de temps à autres par la fenêtre, étonné de cette soudaine envie de creuser qui avait saisi le petit dernier. « Eh ben, si on t'avait eu en cabane, on n'aurait certainement pas eu besoin du Bleu », avait-il déclaré dernièrement en voyant le trou atteindre un pied de profondeur. Quand les aînés eurent terminé leur besogne, ils s'attelèrent tous ensemble à confectionner de délicieux gnocchis au parmesan, sous la tendre mais tatillonne férule de John, qui se résolut cependant à laisser les commandes de la nouvelle balance à Dino. A présent, les petits avaient la panse bien tendue et une délicieuse tiédeur paisible les avaient envahis. Abruzzi les avaient collés au bain et observait, les bras croisés sur le rebord de la baignoire, le drame qui était en train de se jouer sous ses yeux entre les jouets rondouillards et colorés.
- Ah, vous ne voulez pas parler, l'otarie ? lança férocement l'aîné en sortant de l'eau la tête d'un mammifère marin turquoise aux yeux hébétés.
- Pourtant GI Joe, votre complice, a avoué : nous savons que vous êtes responsab du coulage de notre bateau à voiles, ajouta Caligula en agitant un hippocampe rouge sous le nez de l'otarie.
- Puisque c'est ainsi, vous irez le rejoindre au fond des mers ! déclara solennellement Jimmy Junior en lui accrochant une petite bourse de billes au cou.
L'infortuné jouet de bain piqua du nez sous les quatre paires d'yeux… avant de refaire brusquement surface avec effronterie, le déséquilibre l'ayant libéré de son collier lesté. Ce fut un grand « Ooooooh. » de déception qui s'éleva à l'unisson. Gugul, l'extrémité bouclée de ses mèches collée sur son front, semblait catastrophé.
- Tiens, enroule ça autour de sa queue en même temps, ça devrait faire l'affaire, intervint John en donnant à Jimmy la chaîne de son crucifix.
On refit une tentative, et l'otarie traîtresse sombra cette fois corps et biens. Les enfants triomphèrent et Abruzzi s'autorisa un rire sardonique et infantile dans sa cruauté.
- Et maintenant, si on déshonorait GI Joe ? lança joyeusement Dino.
- Oh ouiii ! approuva Junior.
John leva un sourcil circonspect.
- Qu'est-ce que ça signifie exactement, pour vous, « déshonorer GI Joe » ?
- Ben… le faire piétiner par les autres, répondit naïvement le cadet.
- J'imagine que c'est Theodore qui vous a encore appris ce genre de chose… présuma le mafioso d'un ton réprobateur.
- Oui. Pourquoi, c'est embêtant ? demanda l'aîné.
Lui, ça l'avait beaucoup amusé lorsque son papa avait fait couiner un canard en plastique comme un klaxon de tricycle en l'appuyant sur le pauvre militaire miniature étalé à plat ventre sur le coin de la baignoire, le tout en lançant : « Allez, les mômes, chacun son coin-coin, et on déshonore ce félon de GI Joe ! ».
- Oui, parce qu'il est l'heure de sortir du bain, maintenant, répondit simplement Abruzzi en saisissant Dino sous les aisselles pour le tirer de l'eau et le faire égoutter quelques instants avant de le reposer sur la terre ferme.
Le garçon attrapa sa serviette et s'en enveloppa pour rejoindre leur chambre afin de se mettre en pyjama. Jimmy fit de même, non sans s'être préalablement essuyé consciencieusement entre les orteils. John finit par sortir le benjamin sans effort et, tandis qu'il le laissait dégoutter au-dessus du bain le considéra un instant d'un œil perplexe, essayant de détecter une marque physique quelconque qui aurait pu rallier le bambin à sa paternité. Hélas, le gosse n'avait ni ses beaux yeux bleu-vert glacé ni son long nez viril et volontaire. Il réprima un soupir, et se consola en songeant qu'il ne ressemblait en rien à T-bag non-plus. Ses yeux étaient bien marrons eux aussi, comme le sociopathe s'était empressé de l'exulter lorsqu'ils s'étaient poussés comme des malpropres pour voir le lardon à peine expulsé des entrailles de leur mère, qu'ils avaient encouragée comme les experts en accouchement qu'ils étaient en lui tenant chacun une main, et en se faisant agonir d'injures en retour par l'Italienne qui endurait mille morts. Néanmoins, ça ne prouvait absolument rien : sa grand-mère, la mère Abruzzi, avait les mêmes iris et aussi ces cheveux qui avaient tendance à frisotter aux extrémités, d'ailleurs. Sans compter qu'on ne retrouvait chez cet enfant aucun des traits singuliers de Theodore. Le parrain se résigna.
- Allez, on va te sécher et on va tous aller se coller devant une vidéo. Mais juste une demi-heure, et après au pieu ! dit-il en emmitouflant Caligula dans son linge.
Le môme sourit et entoura son cou de ses petits bras pour lui faire un câlin. Cela consola le pauvre mafioso et l'échec de sa quête généalogique. … Après tout, ça avait bien le temps de devenir plus clair avec l'âge.
Alors que les gamins venaient de décider qu'ils voulaient revoir des cassettes « de quand ils étaient petits » après avoir fouillé dans les enregistrements familiaux, le téléphone portable d'Abruzzi sonna, et il sortit dans le couloir d'à-côté pour décrocher.
- Bonsoir Mister Mafia ! lança jovialement un accent du sud à l'autre bout du fil.
- Ah, Teddy. Enfin à New York ? Ca va, ça ne te terrorise pas trop tous ces gratte-ciels et ces grandes avenues ?
- C'est d'une rare laideur mais tu sais, en dépit de mes origines assez exiguës à tous points de vue, je suis quelqu'un de très adaptable.
- Oui, remercions Dieu pour ça. Comment s'est passé le voyage ?
- Bieeen, très bien. Jeremy a vomi tripes et boyaux sur le bas-côté quand on a traversé les Appalaches avec la camionnette mais à part ça, tout s'est déroulé pour le mieux.
- Tiens donc, tu avais prévu d'emmener celui-là ?
- … Pas exactement, mais c'est une longue histoire. Comment vont mes chenapans ?
- Ca va, répondit John en leur jetant un coup d'œil. Francesca viendra les garder samedi.
- Encore ? Elle est de plus en plus souvent fourrée chez nous, celle-là. Et elle bourre le crâne des gamins de bondieuseries. Tiens, avant-hier encore Gugul a partagé sa brique de lait avec un avorton qui se l'était fait piquer.
- C'est ce qu'on appelle la Famille, Theodore. La solidarité veut que les mères au foyer désœuvrées après le départ de leur progéniture puissent venir passer leurs pulsions poussinières auprès des gamins de l'entourage…
A l'autre bout du fil, T-bag ricana.
- Donc en définitive c'est toi qui lui fait une fleur, c'est ça ?
- Exactement, sourit Abruzzi. Dieu sait que ça va être difficile d'aller barboter dans l'eau chaude et me faire masser toute la journée avec les copains.
- … Garce.
- Oh-hô ! Dit le péquenot qui se paye une virée à New York City et qui, à l'heure qu'il est, est sûrement vautré sur le plumard d'un grand hôtel avec deux éphèbes à peine décents.
- Oh j'aimerais beaucoup, crois-moi Johnny-boy, mais ces petites oies préfèrent rester comme deux ilotes devant leur film. Et puis, quoi qu'il en soit, ces jouvenceaux sont vierges et il faut impérativement qu'ils marchent droit sur le podium demain.
John renâcla brièvement, railleur. Il entendit un discret grincement de porte puis Theodore qui lançait : « VOUS ÊTES BIEN VIERGES, LES GARCONS ? ». « DANS TES RÊVES ! » répondit une voix dans le fond. « NON, JE VEUX DIRE… » s'apprêta-t-il à préciser. « C'EST CE QUE J'AI DIT : DANS TES RÊVES ! ». Il y eut un instant de silence interloqué, puis Bagwell reprit la parole dans le combiné :
- Bon ben t'as raison, je pourrai peut-être me faire le petit Jeremy.
- J'ai bien peur que la réponse ne soit la même, mon pauvre Theodore.
- Qui ne tente rien…
A ce moment, Abruzzi sentit quelqu'un tirer sur sa jambe de pantalon. Il baissa les yeux pour découvrir Caligula, qui lui demanda :
- C'est Papa ?
- C'est lui, gamin. Pourquoi, tu veux lui dire quelque chose ?
Le petit hocha la tête et John lui tendit le récepteur.
- Allô ? demanda-t-il, tenant le téléphone à deux mains.
- Salut, terreur ! Comme c'est mignon de faire coucou à Papa, lança un T-bag attendri.
- Yep. T'es avec Morten, là, hein ?
- … En effet, répondit-il, un peu étonné.
- Tu pourrais le ramener pour samedi ? Pasque sinon on aura encore Francesca et elle est pas du tout aussi fantatisque que lui.
- Ca tu l'as dit, bonhomme. Malheureusement nous ne serons rentrés que dimanche matin. Il faudra vous coltiner la tantine et ne pas lui dire qu'elle est une rombière, elle le prendrait mal.
- Ah… répondit Caligula, tristounet.
- Tu sais quoi ? Je vais te le passer en attendant, puisque manifestement ce n'est pas à moi que tu voulais rendre tes hommages vespéraux, déclara Theodore.
- NAN ATTENDS ! s'étrangla le garçonnet.
Abruzzi fronça un sourcil. A l'autre bout du fil, Bagwell s'approchait d'un grand lit sur lequel Morten et Jeremy étaient étalés, les yeux rivés sur la grande télévision de la chambre.
- Tu crois qu'elle a tué cette Diane Selwin ? demandait le premier.
- J'en sais rien. En tout cas ce qu'il en restait n'était pas très joli, grimaça le second.
- Mon gamin s'ennuie de toi, intervint le couturier en tendant son téléphone portable au cadet. C'est un comble…
Morten attrapa allègrement l'appareil et se leva pour répondre. T-bag prit sa place.
- Allô ?
- … Bonsoir, finit par répondre une petite voix dans le combiné.
- Caligula ? Comment tu vas, bonhomme ? demanda Borksen, amusé.
De son côté, le bambin avait un sourire timide et la main plongée dans son short de pyjama, essayant de surmonter sa réserve pour tenir une conversation téléphonique cohérente.
- Bien. … Quand est-ce tu reviens nous garder ?
Son père leva au ciel des yeux complaisants.
- Dès qu'on rentre et que tes papas ont envie de se faire la valise pour un moment. Si ça prend trop de temps, essayez d'être insupportables et ça devrait marcher sans tarder, lui conseilla Morten en s'asseyant sur un rebord de fenêtre – Theodore exagérait : New-York n'était pas si abominable la nuit.
- D'accord, acquiesça sérieusement le petit sans cesser ses investigations inconscientes dans son bas de pyjama. Bon alors bonne chance demain.
- Merci beaucoup, petit gars ! Allez… je vais repasser le téléphone à ton papa. Passe une bonne nuit.
- Bonne nuit, répondit Caligula avant de rendre le combiné à John et de s'enfuir.
De son côté, le pré-ado tendit l'appareil à T-bag, qui leva une main comme pour l'arrêter.
- Attends, laisse-moi juste finir la scène, je suis bien dedans, là…
Morten tourna la tête vers le téléviseur avant de considérer à nouveau Bagwell, sarcastique.
- Tu as déserté en décrétant que tu ne comprenais rien à l'histoire et dès qu'il y a des lesbiennes qui se tripotent, ça t'intéresse à nouveau ?
- C'est ce qu'on appelle avoir un sens nuancé de la critique, répliqua le sociopathe avec un sourire gourmand, mais sans détourner les yeux.
Le garçon lui balança le téléphone portable sur la poitrine.
- Ton John doit avoir autre chose à faire, figure-toi.
- Jeezo, avec toi il pourrait se passer de ces avocats hors de prix qu'il entretient.
Theodore saisit néanmoins nonchalamment le téléphone et Morten entreprit de regagner toute sa place en le poussant au bas du lit.
- Allô Johnny-boy ? reprit-il en se levant. Dis, quelque chose me turlupine : tu ne pourras pas avoir ton colt sur toi après-demain, si tu vas déambuler à poil dans ces lieux de perdition.
- C'est à ça que servent ceux qu'on appelle les porte-flingues, Teddy, expliqua posément le mafioso.
- Et on les laisse vraiment rester près de vous ?
- Tu es bien naïf, sourit-il. Ces types avec lesquels je serai, ne t'en déplaise, on leur laisse faire beaucoup de choses… surtout dans des établissements qu'ils contrôlent. Les seuls incidents qui s'y produisent, ce sont des assassinats prémédités. Et aux dernières nouvelles je ne suis pas sur la liste.
- Hm-hm.
- Si je ne te connaissais pas mieux je dirais que tu t'en fais.
- Non, j'me bile pas. Mais une descente d'argousins est si vite arrivée dans vos petites réunions de plaisance… et je ne pense pas que j'arriverai à convaincre la Beauté de se refaire enfermer pour te sortir de taule, surtout après le coup de fil enflammé auquel j'ai eu droit l'autre jour au sujet de son idiot de neveu dont j'abuserais prétendument…
- Tu t'amollis, Theodore, l'avertit Abruzzi. Enfin, cela dit, ça aurait presque quelque chose de touchant.
- Hé, va au diable, je dis ça dans ton propre intérêt ! Si ça peut m'éviter d'être enfermé chaque fois qu'un môme ramène une copine ou de me faire piquer les couvertures, c'est tout bénèf ' pour moi, grommela le pédophile.
- C'est ça. Et qui d'autre te ferait gueuler sous lesdites couvertures, hein ? Cite-moi une seule personne.
- … … La Beauté pourrait, mais pas de la même façon, finit-il par répondre avec mauvaise foi.
- Ah ! Tu te voiles la face, T-bag, affirma fièrement John en employant consciemment son surnom carcéral. Si le petit génie n'était pas dégoûté, je le mettrais au défi pour voir.
- Arrête de m'infliger toutes ces images, je vais sauter sur les petits.
- Hé hé… bonne nuit, Theodore.
- Oui, et moi je te conseille de ne dormir que d'un œil dimanche matin.
- C'est une menace ? demanda sérieusement Abruzzi.
- Une mise en garde, corrigea le sudiste. Fais de beaux rêves.
Sur ce, il raccrocha. Puis il s'alloua quelques secondes pour disperser toutes les évagations où ses deux compagnons de cabane s'employaient à le transporter aux plus hauts sommets de la volupté. Ce fut relativement peu efficace. Il ressortit de sa salle de bain et rejoignit les deux garçons, qui ouvraient sur leur film de grands yeux interloqués. Se ménageant une place entre les deux, il lorgna les gambettes qui dépassaient de l'immense tee-shirt de base-ball informe de Jeremy et tenta :
- Personne n'a envie de faire autre chose ?
- Nan, répondirent-ils en chœur sans quitter l'écran du regard.
T-bag soupira, penaud.
- Ne fais pas l'enfant, Teddy : c'est moi qui ai quinze ans, ici… rappela Jeremy en l'ignorant toujours.
- Le problème, c'est que je n'ai jamais pu avoir quinze ans, moi. Aucune nana ne voulait de moi, à l'époque. Du coup, je suis condamné à rattraper le temps perdu.
- Tu sais, je ne suis pas encore un expert mais je pense que le fait d'estropier les petits chiens, comme tu l'as raconté, n'incite pas beaucoup la gent féminine à confier son petit corps fragile à tes bons soins, émit Morten.
- Oh, tu vas chercher trop loin pour ces petites écervelées, mon garçon. J'avais juste la peau labourée comme un champ de taupinières à l'époque, et personne ne voulait d'un petit corniaud galeux comme moi.
- Oh, pauvre Teddy. Tu sais, on peut pas savoir ce que ça fait, nous, dit le plus jeune comme pour s'excuser, sans pour autant lui accorder un coup d'œil, mais en se serrant un peu contre lui par solidarité.
- C'est très dur, affirma le sociopathe en passant un bras autour des épaules du pré-ado, toujours très absorbé par ce qui se déroulait à l'écran.
Bagwell suivit son regard et consentit à s'intéresser à nouveau au film pour un moment. Au bout de quelques instants, il éleva à nouveau la voix pour demander :
- Mais… elle s'appelait pas Rita, cette fille ?
John, de son côté, rejoignit la fratrie qui s'était déjà installée devant les indispensables enregistrements post-natals familiaux. Les deux meurtriers avaient pris soin d'immortaliser les moments mémorables de la croissance de leur descendance et ladite descendance tirait une certaine satisfaction de les visionner de temps en temps, comme confortée dans le fait qu'elle grandissait petit à petit.
- Oh, un de mes passages préférés, déclara l'italien avec un sourire sardonique en s'asseyant à-côté du canapé.
Sur l'écran, les chiffres de l'enregistrement indiquaient 06h54 et le plan se rapprochait prudemment d'un fauteuil tandis que la voix étouffée d'Abruzzi déclarait :
« Visez-moi un peu ce merveilleux tableau d'amour paternel… »
T-bag, torse nu, affaissé en travers du fauteuil, la tête et les jambes renversées sur les accoudoirs, ronflait avec un bruissement sourd en tenant vaguement contre lui un mini-Dino et un biberon vide dont tout le contenu n'avait manifestement pas atteint l'orifice buccal du mioche…
« Pauvre vieux T-bag, va… continuait le malfrat à voix basse. Si on t'avait dit à Fox River que tu finirais comme ça. »
La caméra zooma avec complaisance sur le filet de bave qui s'échappait de la bouche de l'Alabamien, tandis qu'on percevait les hoquets de rire de John hilares mais étouffés au mieux.
- Papa t'en a voulu pour ça ? demanda Jimmy, assis sur le dossier.
- Oh ça oui, j'ai payé. Le pauvre était sur les genoux et un petit peu à cran après quelques semaines à s'occuper de ton frangin. Au bout d'un moment, je devais le pousser du plumard à coups de pied au cul quand c'était son tour, et parfois il finissait ses nuits dans le salon, avec des résultats plus ou moins gracieux, comme tu le constates. Enfin… ça ne l'a pas empêché de trépigner pour qu'on t'ait tout de suite après. En fait, je crois qu'il attendait surtout de s'occuper d'une petite réplique de lui-même, répondit-il en pinçant affectueusement le gros orteil du cadet près de son épaule.
Le plan suivant montrait également Theodore mais avec l'air plus réveillé, et tenant entre ses mains un nourrisson encore plus petit, posé sur une table, fixant l'objectif de ses grands yeux marrons avec une grimace méfiante. Les ex-taulards s'étaient épargnés pour de nombreuses raisons l'épopée à la clinique pour la mise bas du second, la perte des eaux étant survenue lors du visionnage de Rosemary's baby avec l'heureuse génitrice, ce que T-bag avait évidemment trouvé d'une classe extrême.
« Alors ce petit lardon que vous voyez-là, c'est ce qui va permettre à la lignée Bagwell de se perpétuer, ce en dépit de tous les efforts passés de Mister Mafia ici présent. »
Un grognement réprobateur lui répondit.
« Ca n'a l'air de rien, pour l'instant, je suis bien d'accord, mais ça constitue déjà une bonne raison d'aller se faire foutre pour toutes les mauvaises gens qui condamnaient d'avance le sang corrompu de ma chère famille. »
Il offrit à la caméra un sourire rayonnant jusqu'à l'insupportable, la lueur suffisante de ses yeux bordée de ridules jubilatoires.
« Et petit lardon deviendra grand. Jimmy Junior sera choyé et chéri jusqu'à ce qu'un jour il puisse baiser vos fils et vos filles par paniers entiers, vous le croyez, ça ? » lança-t-il en tournant légèrement le marmot pour le regarder en haussant les sourcils, le sourire toujours aux lèvres.
« … Enfin sauf les tiens Bellick, évidemment, puisque tu ne dégoteras jamais quelqu'un qui voudra en faire avec toi. » ajouta-t-il en adressant à la caméra une moue faussement apitoyée. Les ricanements pleins de méchanceté d'Abruzzi se firent à nouveau entendre en fond.
Les enfants riochèrent eux aussi, ayant depuis longtemps assimilé le capitaine des matons comme la figure du méchant tartuffe dont leurs pères devaient se jouer lors des rocambolesques aventures carcérales qu'ils leur relataient le soir en les prenant sur leurs genoux. Le mafieux, pour sa part, esquissait encore un sourire de requin attendri en revoyant cela. Finalement, il était le seul à être tordu assez fermement pour aménager un nouveau foyer à ce cher Theodore, qui avait tenté toute sa vie de s'en bâtir des succédanés à la force du poignet. Après son accession au titre de parrain et son évasion de Fox River, c'était en quelque sorte le dernier tour de force que John Abruzzi avait sorti de son chapeau pour le jeter à la face de la réalité.
