Foyer, doux foyer

Partie 3

Voilà la dernière partie du chapitre... Le prochain reprendra en fait très peu après. Néanmoins avant je vais m'en retourner un peu à "Entre" pour faire avancer aussi les choses sérieuses. ;)

Ah, la fin est dédiée à Psykedelikworld, toujours là pour me motiver quand il faut. ;)

Ils venaient de passer les Appalaches et la camionnette filait à présent tout droit sur la route longiligne qui les ramenait chez eux. Une mélodie s'échappait de la vitre du passager entrouverte et la voix de Bagwell s'élevait, portant résolument les différentes intonations tout en coulant sur les mots avec la plaisante suavité qui faisait tout le charme des complaintes esclavagistes de l'ancien temps.

- All I neeeeed is an open road and some
Johnny Cash on the stereo…
And thangs ain't 's baaad as they seem…

Le sudiste tourna un sourire connivent vers Morten, alors à la place du mort, les yeux protégés du soleil qui battait la route par des lunettes noires et appréciant l'air qui lui cognait le front et ébouriffait ses cheveux brun-roux sombre. A l'arrière, Jeremy se remettait tout doucement des lacets de la montagne, le bas de sa chemise chic chiffonné entre ses doigts.

- 1970 Monte Carlo Chevrolet
I swear sometimes… you were my only friend…

Cette bonne vieille camionnette n'était peut-être pas à la hauteur du bolide dont la musique chantait les louanges mais, il n'y avait pas à tortiller, le tableau restait considérablement plus glamour que ses lointaines escapades dans le pick-up ruiné du paternel de son cousin, alors qu'il faisait cahoter l'engin de sa conduite toute virginale en poussant des jurons derrière le clopeau qu'il crapotait, sous les rires attendris de Jimmy qui, de fait, peinait à téter sa bière sans s'en mettre partout. … Ah, c'était sans doute le seul fragment de ses quatorze ans auquel il pouvait se référer comme étant « le bon temps »… Les grenouillages poisseux entre cousins que ce pick-up leur avait rendus encore plus aisés à sa sortie de la maison de correction était le seul abcès de chaleur qui avait sous-tendu son quotidien entre les pécores dégoûtées de son école et son père qu'il ne souffrait plus depuis qu'il s'était bâti une force nouvelle, un peu grâce aux hormones qui commençaient à faire leur office, beaucoup grâce à la vie en détention et à l'Alliance, qu'il venait de découvrir.

- Franchement, j'ai beaucoup de mal à comprendre toutes ses histoires d'amour entre des péquenots et leurs véhicules, déclara soudain Morten en le tirant de ses pensées. Je veux dire : tous ces pauvres gars, est-ce qu'ils subliment un manque en écrivant des odes country à leurs tas de ferraille ?

- Ah, si tu avais vécu là où j'ai vécu… tu saurais tout ce que signifie un tas de ferraille dans lequel tu peux te tirer, même pour un après-midi, et tout ce qu'il représente d'espoirs futurs… Enfin, comme disait un auteur français dont j'ai oublié le nom : tout le monde n'a pas eu la chance de naître orphelin.

T-bag discerna le regard torve et blessé du petit mannequin même derrière ses verres teintés.

- Crois-moi, petit, je ne me permettrais pas de citer cet adage si je n'en étais pas intimement convaincu…

Morten ne dit rien, et tourna simplement la tête vers la vitre. Dans le rétroviseur, Jeremy lui adressait un air plein de réprobation.

- Oh allez, je ne voulais pas te froisser, petit trésor, c'était plutôt le contraire, tenta le sociopathe en caressant furtivement sa joue du dos d'un doigt. C'est entendu, si tu ne comprends pas toutes les subtilités de la musique country, on met ce que tu veux.

Le préado poussa un soupir de reddition.

- … mais tu ne m'ôteras pas de l'idée que c'est de loin la meilleure musique à écouter sur la route…

- Très bien. Alors on met Mylène Farmer, décréta Morten en fouillant dans son sac.

- Qu'est-ce que c'est que cette merde ?

- Une frenchie qui a une trop belle voix et qui écrit des textes très ésotériques sur l'identité, expliqua-t-il patiemment en remplaçant le CD de country par le sien dans le mange-disque.

Theodore écouta les premiers vers puis déclara au bout d'un moment :

- En effet, ça ne peut qu'être sibyllin… et pourtant, mon garçon, je me targue de connaître un peu de français.

- J'en ai fait deux ans et comprends pas tout moi non-plus, avoua le jeunot, mais certains mots se retrouvent ; et puis ses clips sont si expressifs !

- Vraiment ? ponctua l'Alabamien, désintéressé.

- Oui. Si je te dis qu'elle y est toujours ou toute nue ou habillée en garçon, je pique ta curiosité ?

- C'est incroyable de voir le statut de pervers de service auquel vous me reléguez avec une désinvolture désarmante, se récria Bagwell.

- Oui eh ben LJ aurait eu du mal à se mordre l'arrière de la cuisse tout seul… fit remarquer Jeremy depuis la banquette.

- Ca c'est pas pareil, ce gamin est presque aussi débauché que je ne le suis. Les chiens se mangent entre eux. Il joue les prudes avec vous mais si vous saviez, mes enfants, si vous saviez…

- Ca a encore un rapport avec cette histoire de bar à stripteases à la frontière ?

- Je croyais que le marché pour que je t'emmène, c'était que tu ne mentionnes plus jamais cette histoire, jeune homme…

- J'ai rien dit, se reprit prestement l'ado aux cheveux longs.

- Bref, alors : si elle n'est pas partisane de l'amour automobile, qu'est-ce qu'elle exprime si bien, ta bouffeuse de grenouilles ? reprit-il en s'adressant à Morten.

- Oh, tu sais… Le paradoxe qui lie innocence et perversion, les attraits des rapports contre-nature, la misère humaine en général, la confusion des genres…

- Ca a l'air pas mal, admit T-bag. Ah la la, ces frenchies… toujours aussi confus, mais souvent avec style.

- Ouais ben pourquoi tu crois que Jean-Paul Gaultier cartonne sur la scène internationale ?

- Parce que ça fascine les ilotes congestionnées que sont les Non-français ?

- Ben voilà.

Le couturier s'autorisa à ricaner de bon cœur. C'est alors que son téléphone sonna.

Il baissa le son de l'autoradio jusqu'au minimum puis, ayant repéré l'appel, répondit jovialement :

- Hey ! Est-ce que mon mafioso préféré s'est bien fait peloter ?

Un instant après, il ajouta :

- On se rapproche, t'inquiète pas, on se rapproche… On va bientôt s'arrêter pour faire une nouvelle sieste ; cette nuit, si tout va bien, on la passera dans un motel bien loin de là, et demain lever aux aurores ! Toi, en revanche, tu pourras t'offrir une grasse matinée. Et c'est moi qui viendrai te tirer du lit comme la princesse que tu es.

Il y eut un bref silence, puis Bagwell répondit, dégagé :

- Ah oui, quoi donc ?

Son sourire auto-satisfait fondit progressivement au fur et à mesure qu'Abruzzi lui parlait.

- QUOI ? OU CA ?

Morten et Jeremy tournèrent soudain vers lui des mines inquiètes.

- QUOI ?! répéta le pédophile avec, cette fois, une note effarée et désemparée dans la voix. MAIS BON SANG DE MERDE, JOHN !

De sa main libre, T-bag donna un coup excédé sur le volant – c'était une chance que la route aille tout droit.

- Oui, merci, j'imagine ! Où est-ce que c'était, cette maison de passe ? … Rien à foutre, où est-ce que c'était ? … Qu'est-ce qui s'est passé ? … Qui ça « ils », mais t'étais mêlé à ce micmac ? … Oui, forcément, c'est du pareil au même… Et ces… ces porte-flingues dont tu me parlais ? … Mais alors comment t'as fait, bon sang ?! … FOUTRE-DIEU MAIS JE VAIS LES TUER, LES SALOPERIES ! déclara-t-il, bien plus sérieusement qu'on ne le fait d'habitude.

Le temps pour son interlocuteur de faire une remarque, il poursuivait :

- Ouais, et si le reste de la bande cherche à se venger, justement ? C'est bien toujours monnaie courante, ou mes notions en matière de gérance n'ont plus cours ? … Hm-hm… Dans ce cas leurs familles, leurs frères, leurs fils, je sais pas… … T'es sûr de ça ? Ils ont pas moyen de retrouver ? … D'accord.

Theodore poussa un lourd soupir, les yeux péniblement fermés, une crispation lui traversant la babine.

- … Oui, je sais, oui… Bon, je veux pas te savoir hors de la baraque tant que je suis pas de retour, tu m'entends ? … Ah ! Mais je vais te dire une bonne chose, John, si t'es pas content, c'est le même prix !

Bagwell haussa soudain le ton.

- Je m'en contrefous, bon sang, mais tu réalises que t'as failli y avoir droit ?!

Un long silence suivi.

- J'espère bien, finit par reprendre T-bag plus calmement, presque pudiquement. Oui, je sais que tu sembles peiner à imprimer l'information mais je n'ai ni du vin sacramentel ni du plomb dans les veines. … Ca c'était différent, tu avais essayé de m'intimider ! Je n'ai fait que me défendre… Et puis raison de plus : je n'ai pas pu t'avoir à ce moment-là et l'idée que ces petites garces aient été à deux doigts… à deux doigts de gâcher ça… Ca me rend ma-lade. … Eh bien moi je ne plaisante pas, c'est ça le pire ; ça touche aux limites de mon humour, là tout de suite.

Le sociopathe écouta un moment, les yeux fixés sur la route, les sourcils froncés.

- D'accord. … Je te retrouve demain matin, alors. Et surveille tes arrières. … Non, cette fois, je parle sérieusement ! Sincèrement, John, t'es quelqu'un qui… eh bien qui vaut le coup ; alors fais attention à ta viande, c'est la moindre des choses.

Au milieu de son air sombre, ses lèvres se tordirent un instant en un rictus un peu forcé

- Non, je t'assure, inutile d'en faire une habitude. Allez… tu bouges pas, hein.

Il referma le clapet de son téléphone et le reposa dans la niche près du levier de vitesse d'un geste résolu.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Morten.

- Il se passe que le gars avec qui je couche s'est pris une balle cet après-midi. C'est pas le genre de chose que je tolère, déclara T-bag en appuyant légèrement sur l'accélérateur.

- Il s'est pris une balle ?! Mais comment ?! interrogea Jeremy en mettant le nez entre les deux sièges avant.

- A vrai dire il ne se l'est pas vraiment « prise » à proprement parler, mais elle lui suffisamment rasé le cuir pour qu'il soit blessé.

Les garçons ouvraient de grands yeux.

- Qu'est-ce qui est arrivé ?

- Un malentendu… répondit laconiquement le meurtrier.

- Mais il va bien ? Il est où, à l'hôpital ? voulut tout de même s'assurer Morten.

- Non. Aller à l'hosto quand on n'en a pas vraiment besoin n'est pas trop le genre de la maison… Il a rien de grave, vraiment… mais ça s'est joué à peu.

- Woah… lâcha le préado, déconcerté.

- Pauvre Teddy… compatit Jeremy en lui frottant gentiment le bras.

Bagwell ne dit plus rien, et les garçons ne surent pas quoi ajouter.

Leur mutisme dura un bon moment, jusqu'à ce qu'ils croisent un motel sur le bord de la route.

- Heu… Je croyais qu'on était censés s'arrêter au prochain pour faire une sieste, osa Morten.

- On continue, décréta simplement le couturier.

- Oh allez, on est tous fatigués, il faut qu'on s'arrête ! l'appuya Downs.

- Fais un somme sur la banquette arrière, la route va tout droit maintenant.

- Mais c'est surtout toi qui dois te reposer, ça fait trois heures depuis la dernière pause.

- Ca va, t'inquiète pas… dit Theodore sur un ton faussement léger.

- Oh mais Teddy, t'as oublié que Jeremy nous doit un massage de pieds ? Je veux le mien, affirma le cadet pour tenter de le convaincre.

L'Alabamien se contenta d'un sourire.

- Ecoute, tu peux pas conduire comme ça jusqu'à ce soir, insista l'aîné.

- J'ai dit « ça va » ! trancha T-bag sur un ton sans réplique.

- Eh ben moi ça me va pas ! Ecoute, j'imagine bien que tu dois te faire du souci, mais je tiens pas à me retrouver sous un camion ou dans un fossé pour autant ! Appelle-le le long du trajet si t'es pas tranquille.

- John va bien, Teddy… renchérit Morten sur un ton moins pressant. Ca sert à rien d'essayer de rentrer deux heures plus tôt en prenant des risques. Franchement, ça rimerait à quoi ?

- D'accord, d'accord ! grogna le sudiste. On fait une pause d'une heure au prochain.

- Merci, soupira Jeremy.

- Mais ôtez-moi cette musique vaginale pour le moment.

Ils garèrent la camionnette sur le parking du motel suivant – ils se ressemblaient tous dans le coin – et se rendirent à la réception pour réserver une chambre pour une heure. Assis sur l'un des sièges de l'entrée, un homme en costard attarda sur eux un regard discret mais insistant, et Jeremy ne trouva pas mieux que de lui offrir un sourire radieux en enfonçant nonchalamment la main dans la poche arrière de Theodore, qui se demanda un instant quelle mouche l'avait piqué. Les jeunots se mirent immédiatement à l'aise et tirèrent les rideaux avant de sauter sur le lit pour profiter au maximum de leur temps de sieste. Bagwell tourna en rond un moment. Il n'avait pas le moins du monde sommeil et, en dépit du caprice des deux jouvenceau, cette halte allait être parfaitement inutile. Tout ce qu'il voulait, c'était rentrer et vérifier qu'il ne franchirait pas la porte d'entrée pour trouver des cadavres éparpillés un peu partout. Il savait pertinemment que ce ne serait pas le cas… Au fond, ce qui venait d'arriver lui donnait surtout très très envie de rentrer posséder John Abruzzi pour s'assurer qu'il était bel et bien près de lui et ensuite jouer les chiens de garde tout autour. Il ne ressentait pas une nécessité de protection aussi impérative que dans le cas d'êtres aussi fragiles que ses codétenus, et pour cause, mais il était sûr d'une chose : si les deux rois de Fox River étaient ensemble, personne ne pouvait songer à les baiser.

- Allez, viens.

T-bag agrippa la main qui venait de saisir sa chemise et la plaqua brusquement contre le mur, par pur réflexe semblait-il.

- Oh ! protesta Morten derrière lui.

Jeremy, la poigne serrée autour de sa paume, parut complètement pris au dépourvu, les yeux interrogateurs et un peu effrayés.

- Jeez, je voulais juste que tu viennes te coucher, dit-il d'un ton incertain.

- Désolé… répondit le pédophile en lâchant prise. J'ai besoin de prendre un peu l'air.

- J'ai pas vu de chat errant dans le coin… glissa le plus jeune en baillant.

- Oh, eh puis au Diable tout ça ! se rendit-il en se laissant tomber à plat ventre sur le pucier. Je dormirai pas, mais je n'ai que ça à faire pour le moment, alors…

Jeremy s'y réinstalla à son tour sans mot dire, lui tournant le dos.

- Aw, excuse-moi, bonhomme. Je suis un peu tendu, c'est tout, expliqua Theodore en le cajolant avec quelques caresses.

- Pendant un instant tu faisais vraiment peur, tu sais… bouda l'adolescent.

- Ce n'était pas contre toi. Comment pourrais-je me rattraper ?

- Eh bien probablement pas en me tripotant le derrière, pour commencer.

- Tu viens de « tripoter » le mien…

- Oui mais moi je suis mineur.

- Ca signifie que tu peux abuser de moi de la manière la plus éhontée mais que je n'ai pas le droit de lever le petit doigt ?

- Précisément, alors tu ferais mieux de te tenir à carreau, le menaça Jeremy en se retournant, chassant par là-même la main qui s'était petit à petit enhardie sur l'arrière de son pantalon.

T-bag se contenta de lui rire au nez, avant de cesser brusquement.

- … Précisément, répéta Morten, un sourire machiavélique dans la voix. Et si tu te débats, on crie.

L'autre garçon éclata de rire.


Abruzzi haletait comme il courait de pièce en pièce, son flingue à la main. Il savait qu'ils étaient là pour lui. Il crut voir quelque chose bouger dans un coin, et fit un écart avant de tirer, sans succès. Il s'approcha très prudemment, et au moment de vérifier une présence éventuelle dans l'encoignure, il fut frappé et jeté à terre. Il sursauta vivement. Il vit un homme le mettre en joue et l'affolement le fit brusquement frissonner des pieds à la tête. Trop tard. Il n'eut même pas le temps de tendre la main vers son arme, le coup partait, résonnant sur les murs et l'envoyant dans un grand flou obscur.

Peu après, sans qu'il comprenne comment, il se réveilla dans un espace tout différent, sans horizon ni repère particulier. Il cligna des yeux et se releva, réalisant qu'il était à présent vêtu d'un costume blanc immaculé. Emu, il se demanda s'il avait finalement atteint le paradis.

- Heeey… Regardez qui voilà ! dit une voix juste à-côté de lui.

Il se retourna vivement. Assis sur une table, les jambes de son pantalon de cuir impudemment écartées, l'une gambillant sur le bord, l'autre repliée, un jeune homme fumait une cigarette en lui souriant avec nonchalance derrière la fumée. Ce fut sa coiffure qui rappela immédiatement à John de qui il s'agissait.

- T'étais le maytag de T-bag à Fox River, c'est ça ? Celui qui s'est fait planter et pour lequel il a fait tout un foin avec Scofield ?

- Eh oui ! lui répondit-il allègrement. Le Maytag, comme tu dis.

Alors non, songea l'Italien, je dois être en enfer…

- Je me demandais quand t'allais nous rejoindre, ajouta le jeune taulard en balançant toujours l'une de ses jambes terminée par une lourde botte de style un brin néonazi.

- « Vous » rejoindre ? interrogea le mafioso avant qu'une main ne le retourne brutalement et ne le pousse contre la table.

- Alors j'ai enfin l'honneur de rencontrer l'ordure qui a commandité l'assassinat de mon fils… postillonna un homme tout près de son visage.

Abuzzi le repoussa sèchement. Il était grand et maigre, mal rasé et aux cheveux longs comme lui. Ses vêtements de prolo étaient propres mais dégageaient malgré tout un air défraîchi. John ne l'avait jamais vu. L'enfant qu'il portait sous le bras, en revanche, lui disait quelque chose. Il devina sans plus tarder qu'il devait s'agir de James Bagwell.

- J'ai jamais fait ça ! Tout ce que je voulais c'était te mettre au frais pour quelques jours. C'est toi l'enfoiré qui a sorti ton arme et t'es servi de ton gamin comme putain de bouclier humain !

L'homme se mit à rire, d'un rire sec de hyène.

- Tout est de ta faute et on dirait que tu me fais des reproches… Parce que tu crois vraiment que Teddy réagirait autrement, lui ? Tu crois que si quelqu'un venait pointer un flingue sur vous il n'essaierait pas de s'en sortir à tout prix ? Tu crois que… James Junior Deuxième du nom n'y passerait pas, s'il le fallait ? railla-t-il en accentuant le dénominatif exact de Jimmy, après un coup d'œil complice à sa propre progéniture.

- Ta gueule, lui conseilla sérieusement le malfrat en envahissant à son tour ses frontières personnelles. Je t'interdis de dire ce genre de chose, et plus encore de prononcer le nom de mon fils.

- Eh ben crois ce que tu veux, lâcha-t-il, battant en retraite sa main libre levée. Mais tu sais comme moi que cette bonne vieille raclure est décidée à survivre à tout ! A ton avis, qu'est-ce qu'on fout tous là sans lui ?

- Oh la ferme, Jimmy ! lança soudain une voix aigrie derrière le vaurien.

En un éclair, une bouteille de bière frôla l'oreille du cousin de T-bag et vint s'éclater contre le mur, non loin de Maytag qui constata les dégâts sans bouger un cil. James se retira pour de bon dans un fauteuil à bascule, posant sa tête-blonde sur ses genoux. Abruzzi eut enfin le loisir de voir d'où venait ce soudain accès d'agacement. Assis sur un canapé, un type aussi efflanqué que Jimmy et encore plus mal rasé que lui décapsulait une nouvelle bibine, les manches de sa chemises retroussées aux coudes. Il avait de courts cheveux brun sombre et des traits particulièrement anguleux. Ses yeux faisaient penser à ceux d'un clébard maladif, désespéré et donc dangereux.

- Teddy est un gosse malin, mais pas assez pour attraper indéfiniment la mort par les couilles, déclara-t-il.

Oui, définitivement l'enfer, songea John en réalisant avec effroi de qui il s'agissait. Ca m'apprendra, je suppose…

- Vous… gronda-t-il en chopant l'homme par le colbac à deux mains pour le soulever de son canapé.

Il ne pesait pas plus lourd qu'un fétu de paille.

- Oooh ! Qu'est-ce qu'on veut, l'rital ? Y a une embrouille ?

- Je vais vous tuer, lui assura-t-il en le fixant tout près d'un air furibond.

Le sudiste rit à gorge déployée d'aigres effluves de mauvais alcool.

- Qu'est-ce que tu crois que je suis comme voilà, mon connard ?

La mafioso le manœuvra sans peine et vint lui fracasser le crâne contre la table de Maytag, qui le gratifia d'une ovation hilare tandis qu'il répétait les coups.

- C'est pour ce que j'ai fait à Theodore, c'est ça ? bafouilla l'homme qui avait à présent une plaie ouverte sur le front et le cuir chevelu.

Il se raccrocha péniblement à la table et Maytag écrasa vicieusement le talon de sa grosse botte aryenne sur ses longs doigts grêles. Le piteux individu cria et tira sur sa main pour la libérer avant de se recroqueviller au sol. Le jeune garçon eut un rire chatouillé, puis se mit à quatre pattes près du bord et, prenant sa cigarette entre ses doigts, lui cracha dessus sans remords apparent.

- Ce mec est un déchet, John. Quel dommage que tu ne puisses pas le finir… déplora-t-il.

- Oui, quel dommage… ajouta l'ex-parrain en vérifiant que son costume immaculé ne s'était pas taché de sang.

- C'est l'inconvénient du corps glorieux : d'ici quelques heures il sera revenu à la normal et on n'aura même pas le plaisir de voir sa gueule fendue en deux, expliqua Maytag en se rasseyant.

Abruzzi toisa l'homme défiguré qui gisait à terre. Tenant toujours sa main meurtrie, celui-ci émit un hoquet de dénigrement.

- Non mais tu penses vraiment que le fiston te laisserait le baiser à l'heure qu'il est si je ne lui avais pas fait sauter le loquet pour ses neuf ans ?

Le Sicilien se figea, horrifié, mais une nouvelle présence vint prendre le relais :

- Oh taisez-vous, Bagwell, vous êtes abject !

Etonnamment, il s'agissait d'une voix féminine, cette fois. Elle, il ne sut pas comment il la reconnut ; peut-être était-ce justement parce qu'elle était la seule femme au milieu de tous ces gars plus ou moins ravagés… Toujours est-il qu'au premier coup d'œil il s'exclama :

- Madame Hollander ? Mais qu'est-ce que vous faites ici ?

- Accident de bus… annonça-t-elle en haussant les épaules avec un petit sourire résigné. Ce n'était pas joli à voir… enfin, ça arrive.

- Non, je veux dire… vous ne pouvez pas être en enfer, vous aussi ! Vous n'avez jamais rien fait de mal ! s'exclama le mafieux en la prenant par les épaules.

Il entendit Maytag pouffer.

- L'enfer… Non mais vous l'entendez ?

Abruzzi se retourna.

- Ca n'existe pas, le paradis et l'enfer, mon pauvre John. C'est un conte pour empêcher les petits garçons de voler et les petites filles de se frotter contre les bras de fauteuil. En réalité on va tous finir au même endroit.

Comme pour illustrer son propos, il coinça sa cigarette entre ses lèvres et se pencha sous la table, d'où il ressortit une fillette d'une douzaine d'années habillée d'une jolie robe de velours rouge avec des chatons brodés dessus.

- Voilà la petite Annie, expliqua-t-il en l'installant sur ses genoux malgré la réluctance apeurée de la gamine. Celle-là elle s'est bien battue, y a pas à dire. Elle a donné des coups de pieds, elle a griffé, elle a même essayé de mordre !

La petite essaya de s'échapper mais Maytag l'agrippa fermement par la taille et le menton.

- Celle-là T a dû la négocier avant de se la faire, c'était trop risqué. Tu te rends compte qu'elle s'est battue bec et ongles pour conserver sa petite fleur, à tel point qu'il a fallu la tuer pour lui passer sur le corps, si j'ose dire, sourit l'ancien mignon. Alors que moi j'ai chouiné un peu au début et puis, au bout de quelques semaines à peine, je creusais le dos sous T-bag pour qu'il me prenne complètement…

Un ravissement irrésistible était monté aux yeux bleus du garçon ; la môme, elle, gigotait toujours et s'était mise à pleurer. Un malaise grandissant envahissait Abruzzi.

- Et pourtant on se retrouve exactement au même endroit ! conclut finalement le jeune taulard avec enthousiasme. C'est pas le pied ?

- Relâche-la, lui demanda le mafioso qui se sentait à présent très mal.

- Oh, bien sûr, obtempéra-t-il avec désinvolture en laissant la fillette retourner se terrer sous sa table.

- John, tu ne peux pas mourir comme ça, pense un peu aux enfants ! le rappela Madame Hollander. Les miens sont presque adultes, maintenant, mais les tiens… tu crois vraiment que Theodore saura s'en occuper ? Ce n'est peut-être pas de sa faute mais c'est un homme déséquilibré, John !

- C'est reparti… soupira l'ancien giton.

- Je ne doute pas qu'il soit plein de bonnes intentions, crois-moi ! poursuivit Susan en le fixant d'un air peiné. Mais c'est plus fort que lui : il a un problème avec les enfants. Comment voudrais-tu qu'il en élève de lui-même sans dérailler ?

- Theodore n'est pas aussi foncièrement tordu que ce mec, affirma John en donnant un coup de tête dans la direction de Bagwell père qui avait rampé jusqu'à son canapé. Jamais il n'a regardé ses gosses comme il regarde ceux des autres !

- Et donc tout va bien ? demanda-t-elle, choquée.

- Oooh mais ferme ton claque-merde, tu veux ? trancha Maytag. T'as raison sur un point : il faut qu'il y retourne. Mais laisse-les en paix. Ils se débrouillent très bien.

- N'empêche, John, faites attention à vous. C'est parce que vous êtes tous les deux que ça fonctionne, n'oubliez pas ça, le pria-t-elle.

Abruzzi hocha la tête et tourna les talons pour se retirer, comme on le lui disait.

- Merci, lança-t-il brièvement à Maytag au passage.

- Quand vous serez tous les deux morts… chacun pour soi, okay ?

- T'inquiète pas va, je suis sûr qu'il y en a bien assez pour nous deux.

- Eh attends, l'interpella-t-il en se laissant glisser de sa table pour atterrir à genoux. En attendant embrasse-le de ma part.

Sur ce, John entendit le zip de sa braguette qu'on abaissait et un sursaut le ramena brusquement dans son lit, en nage et haletant. Il avait envie de crier mais se réfréna. La chambre était bien insonorisée, Dieu merci, mais il ne savait pas quel genre de cri un rêve comme celui-là était susceptible de susciter. Il jeta de suite un œil à son réveil, comme pour s'assurer qu'il était bien revenu à lui : il était un peu plus de 6h du matin. Theodore devait être en train de se réveiller pour reprendre la route, et franchir les derniers kilomètres qui le séparaient encore de son mafioso. Abruzzi soupira. Il avait rarement fait pire cauchemar, si ce n'était peut-être justement celui où il voyait Jimmy Junior Premier du nom le regarder du fond de son cercueil. Quelle idée aussi, alors que tout était si simple, d'être tombé pour un sociopathe qui trimballait autant de merde dans ses bagages qu'il n'y avait de barreaux à Fox River ? John avait hâte qu'il soit là…

Il était à peu près 10h30 lorsque T-bag gara son véhicule de travail devant la maison. Il vit les petits en train de jouer dans le jardin et cela élargit encore le sourire qu'il avait depuis qu'il avait déposé Morten et Jeremy chez eux. En le voyant, ils accoururent pour l'accueillir.

- Salut les gars, lança-t-il en s'accroupissant pour être à hauteur des câlins, qu'il reçut à profusion.

- C'était bien, New-York, Papa ? interrogea Dino.

- Au poil. Pas très joli, mais on s'y est bien amusés.

- Et pour tes habits, c'est allé ? s'enquit Caligula.

- Mes habits… oh, oui, mes habits ont beaucoup plu. J'ai pris quelques contacts avec des magasins. Et j'ai vu de ces accoutrements, vous n'imagineriez même pas que ça existe !

- Ah oui, comme quoi ? demanda Jimmy.

- J'ai pris quelques photos, je vous en montrerai, promit-il en se relevant. Pour l'heure, est-ce que vous savez si votre père est debout ?

- Non. Il nous avait laissé notre petit dèj sur la table et il a demandé à ce qu'on ne le réveille pas, sauf raison de la plus haute importance, retransmit l'aîné.

- Par-fait, estima Theodore en se léchant la lippe.

Il prit sans plus attendre le chemin de la maison et ôta ses chaussures sur le pas de la porte pour s'introduire le plus furtivement possible dans la chambre. Ses yeux s'habituèrent rapidement à la clarté qui filtrait à travers les volets. Il esquissa un sourire à la fois attendri et un peu vicieux sur les bords en voyant John étalé en plein milieu du lit, ses robustes épaules nues annonçant qu'il ne s'était pas trop encombré de vêtements pour l'attendre. Il décida d'aller vérifier jusqu'à quel point. Sa langue crissant discrètement contre ses dents, et sans le quitter des yeux, il ôta sa veste et jeta vaguement sa cravate dans la direction du bureau ; puis il se glissa sous les couvertures et enfin, enfin il put le toucher. Pas de doute, il était bel et bien là... Abruzzi commença à donner des signes d'agitation et à lâcher quelques soupirs perturbés dans son sommeil. T-bag s'accorda un instant pour sourire fièrement ; pas de sous-vêtement… qu'aurait-il pu faire d'autre, franchement ? Il retourna consciencieusement à sa tâche. Il voulait entendre ces petits gémissements rugueux si mignons dans la gorge d'un parrain mafieux… Il adorait les lui soutirer comme autant d'aveux de faiblesse. Une esquisse s'exhala bientôt comme la bouche du truand s'ouvrait. Et puis soudain, un soupir plus intelligible que les autres :

- Mmmhh… Francesca…

Bagwell se glaça au beau milieu de son activité. Prestement, il releva la tête et surgit des couvertures… pour trouver Abruzzi en train de le dévisager, la figure mangée par ce sourire si horripilant qu'il déployait parfois.

- Hé hé… ricana-t-il du fond de la gorge avec la dernière mesquinerie.

- Oh l'enfoiré… lâcha T-bag à voix basse en guise de salutation. Non mais ça va pas ? Je vais te faire sentir la différence, moi, ça va pas traîner !

Il se jeta sur le mafioso, qui se marra de plus belle, et entreprit de le retourner à plat ventre. Ce dernier résista un moment puis, la force du sudiste étant plus considérable qu'il ne le laissait supposer, suivit le mouvement plus vivement que prévu en accrochant Theodore au passage, si bien que ce fut lui qui se retrouva plaqué sur le matelas.

- Bonjour Teddy… ravi de te retrouver ! le cajola-t-il en s'appliquant à l'immobiliser de tout son poids.

- Va au Diable, John, se débattit le pédophile en lui claquant méchamment le derrière pour essayer de le déloger.

Le Sicilien sursauta légèrement et Bagwell le repoussa de toutes ses forces.

- Hé, ça fait mal !

- Oui eh bien pas autant que quand ma qu… commença T-bag avant d'être bâillonné par la grande paluche d'Abruzzi.

- Je te l'ai déjà dit : tu parles beaucoup trop… Et dans le cas présent tu ferais mieux d'arrêter, sinon c'est moi qui vais me mettre à parler et on sait tous que ça va te faire baisser ta culotte très vite.

Theodore pouffa de rire dans sa gorge, sardonique.

- Dit l'homme se trouvant complètement nu dans mon lit.

Sur ce, il s'attaqua férocement au cou de John et laissa sa main descendre le long de son flanc. Le malfrat ne put s'empêcher d'apprécier un moment les attentions, retirant à l'aveuglette la chemise de Bagwell de son pantalon. Mais lorsqu'il voulut s'attaquer à sa ceinture de manière un peu expéditive, l'Alabamien l'envoya balader.

- Tu peux y aller, je suis bien harnaché… J'ai un certain sens de la décence, moi.

Abruzzi reporta alors ses efforts un peu en-deça. T-bag inspira un peu brusquement entre ses dents quand il sentit qu'on le caressait délicatement à travers son pantalon.

- Alors dans ce cas on va être un gentil Teddy et se laisser faire… lui susurra sa voix rauque légèrement étouffée. On va se laisser déshabiller et déshonorer bien sagement… Là… comme le petit Teddy sans défense qu'on est quand on sent ma main à cet endroit…

L'ancien leader aryen en aurait presque ronronné ; le creux bien chaud de la large paume l'épousait à merveille et le timbre rêche et profond de l'ex-parrain mafieux tout contre son oreille le faisait frémir d'une incoercible envie de se souiller jusqu'à la moelle. Et puis soudain, il réalisa que sa ceinture venait de disparaître.

- Hé, attends une m…

Le mafieux joignit alors brusquement ses poignets pour tenter de les lier avec la bande de cuir, mais Theodore se débattit à nouveau comme un beau diable.

- Jamais ! Aujourd'hui c'est moi qui commande ! décréta-t-il.

- Tu rigoles ? Tu m'as laissé les gosses pendant plusieurs jours pour aller batifoler à ce vaste rassemblement de pédés, le moins que tu puisses faire c'est m'offrir ça en rentrant.

- Moi qui avais prévu une jolie boule à neige avec les débris du World Trade Center, pour ça...

John éclata d'un rire franc – il ne serait jamais rassasié de l'humour foncièrement tordu du sociopathe – et Bagwell en profita pour lui mettre le nez dans le matelas.

- Le reste n'a rien à voir, affirma-t-il en s'empressant de le couvrir pour tenter de le maintenir dans sa position. Je veux que tu saches que je suis là, à présent, et que tu peux t'en remettre à moi et te laisser aller.

Le mafioso sourit, il aurait presque été tenté d'accepter… Même s'il était resté assez réservé à ce propos, il éprouvait un frisson inavouable à sentir Theodore sur lui, toujours allongé contre son dos, déracinant très consciencieusement tout ce qu'on lui avait inculqué sur les responsabilités depuis sa plus tendre enfance au profit de ses mots à lui, toujours trop prétentieux dans leur forme comme dans leur contenu… jusqu'à ce que John ne les réduisent en bouillie grondante et essoufflée. … Néanmoins, pour le moment, il avait tout simplement trop envie de culbuter du T-bag et de l'entendre se répandre. Bon sang, c'est qu'il n'était plus habitué à la chasteté que la détention imposait ! … Enfin, une fois de plus, tout était relatif… raison de plus : Bagwell avait moins de temps à rattraper.

Il profita de ce que ce dernier était en train d'ouvrir sa braguette pour se retourner sans prévenir et le faire tomber juste au bord du plumard.

- Aha ! Tu vois qu'être tout habillé n'est pas forcément un avantage, affirma-t-il en l'attirant par le poignet pour le ramener sous lui.

Le sudiste résista avec véhémence, préférant se jeter en bas du lit plutôt que de s'avouer vaincu. Abruzzi le suivit de près, se cramponnant à son pantalon puis à sa chemise pour remonter le long de son corps en quelques secousses résolues ; puis il saisit le visage de Theodore à deux mains et, sans sommation, le gratifia d'une galoche dans la plus pure tradition italienne. Le sociopathe tressaillit, moins du fait de la barbe du matin plus trois jours que de la soudaineté de la sensation, dont il était étonné que les gens ordinaires fassent si peu cas. Pris de court, il leva les mains pour éloigner l'attaque… Elles restèrent suspendues en l'air bêtement pendant quelques secondes, avant de retomber sur le dos nu du mafioso ou de se crisper dans ses cheveux. L'assaut de John avait descendu son pantalon sur ses cuisses, et seul un pauvre bout de tissu le protégeait désormais de ses hanches qui se pressaient implacablement contre les siennes. D'accord, il n'avait jamais trop donné dans les baisers, mais Abruzzi ne pouvait pas se frotter de force contre lui et lui grogner dans la bouche de la sorte sans qu'il ne réagisse… et vivement. Il tâcha de ne pas faire mentir la réputation de sa langue souple et incisive en retour, même si ce n'était pas là ce qu'il en faisait de mieux, et cambra les reins pour tenter de rendre le contact plus cru encore. Le truand en profita pour accrocher le caleçon et le baisser à son tour.

- Laisse-moi t'avoir, Teddy, lui ordonna-t-il en mordillant sa mâchoire, près de l'oreille.

Il dut se redresser un instant pour retirer définitivement le pantalon. Honorant sa théorie, Theodore saisit cette chance pour contrarier ses plans et lui sauter dessus pour tenter de le coincer contre le lit. L'ex-parrain, cependant, était à bout. Il se mit debout et saisit l'Alabamien par la chemise pour le manœuvrer de l'autre côté de la pièce. Ils heurtèrent la fenêtre et Bagwell rua brutalement pour se libérer ; Abruzzi n'eut qu'à allonger le bras : il l'attrapa par la nuque et l'envoya bouler la tête la première sur le bureau. T-bag s'y étala lamentablement et John n'attendit pas une seconde de plus. Il coinça son bassin et rassembla ses poignets qu'il plaqua durement sur le bois.

- Ca fait trois jours que j'attends de te baiser, j'ai fait la cuisine tout seul, je me suis fait tirer dessus, et j'ai dû expliquer aux mômes comment les filles survivaient sans pénis. Alors pour l'instant tu la fermes et tu payes la note, déclara-t-il solennellement en glissant deux doigts sous la chemise.

- Un sacré mystère, s'il en est… émit Theodore d'une voix un peu étouffée, essayant de garder son quant-à-soi. Et ne t'imagine pas que tu vas passer la journée sans en tâter. Moi aussi j'ai des besoin vitaux.

- Ah ! Tous tes besoins vitaux s'apprêtent à être comblés.

- Oh-haw… railla cruellement T-bag, les poings toujours entravés. Quelle suffisance éhontée ! …

Ses paupières se crispèrent presque spasmodiquement sous ses yeux marrons.

- … … Oh… Oh, JOHN !