Aléas illico
A quoi bon se voiler la face (dans tous les sens du terme, d'ailleurs) ? Ce vaste délire a perdu toute prétention au statut d'ensemble de vignettes. N'ayons pas peur de l'avouer : ça s'est transformé en fic sans même que je m'en rende vraiment compte. -____-' J'abandonne la mascarade : j'ai renommé les chapitres qui devenaient à tiroirs au point d'en être ridicules, et je vous présente dans la dignité la suite de l'histoire ^^'.
Si elle est arrivée si tôt (tout est relatif, je sais, mais je veux dire que j'avais dans l'idée de continuer d'autres fics avant celle-là), c'est en bonne partie grâce à Psykedelikworld et à ses encouragements, toujours très motivants. Encore merci à elle. ;)
Abruzzi, qui avait eu son compte de sommeil, laissait T-bag rattraper la fatigue du voyage à-côté de lui. Après en avoir fait son affaire jusqu'au bout, il avait ramassé le sociopathe éreinté et bienheureux répandu sur le bureau, l'avait débarrassé de sa belle chemise à présent chiffonnée, et l'avait traîné jusqu'au lit pour l'y laisser tomber gentiment. A présent, Theodore s'était endormi en chien de fusil, et marmonnait de temps en temps quelques borborygmes grognons. L'ex-parrain ne le touchait que du bout des doigts, le long du crâne, comme quelqu'un qui hésite à caresser un animal ensommeillé. En dépit de leur rudesse habituelle, il s'était toujours montré délicat avec les cheveux de T-bag. Il préférait le saisir par le colbac ou par la nuque. Le panache qui triomphait sur son front aurait offert une bonne prise, mais Abruzzi avait eu l'occasion de constater qu'il était tout doux au point d'en être inattaquable. C'était là un attribut bien inattendu chez un ex-taulard pédophile et un peu nazi… Alors que le mafioso s'amusait pensivement à y chatouiller sa propre paume, cependant, un bruit suspect se fit entendre à l'extérieur, non loin de là… comme un bruit de chute ou de collision, suivi des protestations des enfants. Ce n'étaient pas des exclamations de gamins en train de gaminer. Il entendit des injonctions féroces et affolées en même temps. Aussitôt, il pensa à l'exécution de la veille et se leva sans plus attendre. Dans deux tiroirs différents, il s'empara à la hâte d'un caleçon et d'un révolver et sortit sur le champ.
Une fois dehors, il entendit à nouveau des cris mal étouffés et se précipita derrière la maison, l'arme au poing. Lorsqu'il tourna à l'angle de mur, son sang ne fit qu'un tour. Une femme assez forte, en costume, était accroupie sous leur fenêtre et se débattait pour maîtriser ses petits garçons. Elle avait les deux mains plaquées qui sur la bouche de Gugul, qui sur la bouche de Jimmy, et elle tentait tant bien que mal de neutraliser Dino en coinçant son visage contre sa poitrine à l'aide de son bras. Chacun tentait de se dégager avec une technique propre : le premier chouinait et bavait abondamment sur les doigts boudinés qui l'entravaient, le second essayait de saisir un petit bout de peau entre ses dents, mais se heurtait à la courbure experte de la paume, et le dernier donnait des coups de poing rageurs dans le ventre adipeux à sa portée. Dino était de loin celui qui s'en sortait le mieux, et parvenait à gigoter assez pour se mettre à appeler son père. Abruzzi se glaça et braqua immédiatement son flingue sur l'intruse en ordonnant :
- Lâche ces gosses ou je te colle deux balles dans la tête.
La brune en costard prit alors le parti de laisser filer les deux plus jeunes et de garder Dino contre elle. Elle dégaina à son tour un pistolet, qu'elle pointa sur le truand.
- A ta place je ne ferais pas ça, John. Agent Eve Gisolfi, FBI. J'ai simplement quelques questions à te poser.
- Je te préviens, si tu comptais sur la galanterie italienne, elle t'est passée sous le nez à l'instant où tu as touché à un cheveu de mon fils. Et tu pourrais être le putain de Pape en personne, pour le moment, tu ôtes tes sales pattes tout de suite, CAGNA ! réitéra le mafioso en haussant le ton.
- Je vais le faire, dès que tu auras baissé ton arme, lui assura calmement la robuste femme.
Abruzzi ne cilla pas. Il ne pouvait pas la laisser faire. Ce serait la fin de tout. James et Caligula s'étaient repliés derrière lui, effrayés malgré eux par les révolvers qu'ils savaient sans commune mesure avec leurs jouets. Leur père n'avait pas attendu que l'un d'eux essaie de lui voler son flingue pour les chapitrer très sévèrement là-dessus. Il fit cliqueter à nouveau le chien de son Beretta et maintint sa position, fermement.
- Papa… geignit Dino en essayant toujours de se libérer.
- Ne t'en fais pas, champion, Papa est là, fulmina John. Et si dans trois secondes elle ne t'a pas fichu la paix, Papa va réduire la cervelle de la méchante dame en pulpe.
- Voyons, Abruzzi, pourquoi voudrais-tu tout dramatiser comme ça ? Tout ce que je veux c'est te poser quelques questions, répéta l'agent.
- Ouais… et vous vous planquez souvent derrière la maison des gens avant de « leur poser quelques questions » ?
- On a ce qui s'appelle un protocole et ça consiste à sécuriser la zone.
- Sécuriser la zone, mon cul. Et s'en prendre à des gamins qui jouent dans leur jardin, ça en fait partie, c'est ça ?
- Ce sont eux qui m'ont sauté dessus…
- Tu aurais dû te méfier de ceux-là… Ils savaient très bien que tu n'avais rien à foutre ici. Maintenant lâche ce petit, t'as pas honte de le prendre en otage entre deux armes à feu ? Qu'est-ce que c'est que ces méthodes de merde, on vous apprend ça au FBI, maintenant ?
Jimmy et Caligula éclatèrent soudain en sanglots bruyants.
- Papaaaaah… chouina à nouveau Dino, entraîné par l'affolement de ses frères.
L'agent éleva une voix autoritaire pour couvrir les pleurs des enfants, jouant sur la tension qui devait grandir dans l'esprit du criminel.
- Rends-toi, Abruzzi, et on en reste l…
Un fulgurant coup de batte de baseball s'abattit sur elle par derrière et lui dégomma la tête, la coupant net et l'assommant pour le compte. La grosse dame s'affaissa sur le sol, libérant sa prise. Derrière elle se dressait T-bag, l'air furibond. Pour sa part, il n'avait pas pris la peine d'enfiler quoi que ce soit ; la batte lui était apparue comme le seul accessoire de première nécessité, en l'occurrence…
- C'est la dernière fois que tu touches à mon fils, vieille truie fédérale.
Sur ce, il l'attrapa péniblement par les aisselles et jeta un coup d'œil alentours.
- Allez, aide-moi, lança-t-il au mafieux qui le fixait avec des yeux ronds, son Beretta toujours inutilement braqué.
John s'empressa de venir saisir les jambes et ils ramenèrent prudemment leur gibier à l'intérieur, par la porte de derrière.
- Bien joué, les mômes, lança Bagwell à Gugul et à James, qui traînait la batte derrière lui.
Les deux cadets sourirent, fiers de leur rôle décisif dans la victoire finale contre l'intruse. Dino était encore tout retourné quand Abruzzi lui demanda :
- Tu peux amener une chaise à la salle de bain, s'il te plaît, mon bonhomme ?
C'est là qu'ils larguèrent et attachèrent leur chargement, sous les yeux intéressés des trois bambins. A présent débarrassé, l'Italien s'empressa de soulever son premier né dans ses bras pour le réconforter.
- Mon pauvre bouchon, t'as été très courageux, va. A ton âge, je ne m'étais encore jamais retrouvé au milieu d'une rixe. Tu peux être fier de toi. C'est fini maintenant, tu es en sécurité… Papa et Papa vont prendre les choses en mains et couper les orteils de la vilaine dame qui t'a fait du mal.
Le garçonnet, une moue tremblotante aux lèvres, hochait la tête contre le front de son père, qui lui lançait par en-dessous un regard rassurant. Légèrement penché vers l'arrière pour soutenir le petit contre lui, le Beretta toujours coincé à la hâte dans le calebard, il aurait, de l'avis de T-bag, mérité un tableau. Personne d'autre que cet enfoiré de mafieux n'aurait pu être le père de ses enfants, songea-t-il en se complaisant un instant dans la poésie de la scène. Puis il se retourna et déclara :
- Bon, il est temps de passer aux choses sérieuses !
Sur ce, il se mit à allonger des volées de claques de la dernière violence à l'agent du Bureau.
- Ca, les enfants… c'est ce qu'on appelle… la réanimation… de la victime, expliquait-il tout en enchaînant les allers-et-retours.
- Va passer un slip, quand même, lui suggéra Abruzzi avec une mimique insistante, le sourcil froncé.
Theodore jeta un œil à sa nudité, comme surpris.
- Oui, tu as sans doute raison…
Alors que le mafioso reposait Dino, le sudiste s'éclipsa, non sans passer une main lubrique sur son derrière, à laquelle le Sicilien n'eut pas le loisir de réagir à temps, ce qui le frustra au plus haut point.
Lorsqu'il revint, le costume L reprenait conscience petit à petit, la nuque encore inerte et l'œil vitreux.
- Alors maintenant tu vas remballer tes attrape-couillons et nous dire ce que tu fais ici, gronda John.
- Ne fais pas ça, Abruzzi… Ca ne peut que mal se terminer, balbutia l'intruse.
- LA FERME ! tonna soudain l'ex-parrain, faisant sursauter les mômes.
Il s'empara du badge dans la poche intérieure du costard.
- Gisolfi… C'est italien, ça, pas vrai ? Non mais qu'est-ce que tu fais, là, à t'en prendre aux tiens ? Tu crois pas qu'on a suffisamment été traînés dans la boue comme ça ?
- Vous n'êtes pas les miens, vous autres… C'est à cause de vous si tout le monde déteste les Italiens, dans ce pays ! grogna la grosse dame.
- C'est fou ce que tu peux débiter comme conneries à la minute… déclara le mafieux en lui jetant négligemment le badge à la tête, après l'avoir bien étudié.
- Vous… ? interrogea la brune, incrédule, lorsqu'elle remarqua la présence de Bagwell.
- Moi-même, répliqua fièrement l'intéressé.
Il assortit sa réponse d'une langue obscène sur le sourire d'amusement maniaque qu'il étira, avant de la faire disparaître entre ses dents.
- Pauv' gamins… lâcha-t-elle sincèrement.
- Ca veut dire quoi, ça, boule de suif ? siffla un Theodore revêche en s'approchant.
- Bon, temps-mort : je veux savoir quel vent mauvais t'a amenée jusqu'ici aujourd'hui, les reprit Abruzzi.
- Je t'emmerde, répondit-elle calmement.
- Bien, femelle ou pas, j'ai aucune envie de perdre mon temps, je vais chercher les pinces.
- Je peux faire, Papa ? réclama aussitôt Jimmy en sautillant sur place, accroché au chambranle de la porte.
- Vaut mieux pas, mon p'tit gars, c'est un peu dur pour toi, expliqua le truand en lui tapotant les cheveux.
- Oh, s'il te plait !
- Laisse-le essayer, John, tu lui donneras un coup de main, suggéra le sociopathe avec un clin d'œil, se levant pour l'accompagner à la remise, non sans boucler la porte.
Le truand acquiesça d'un haussement d'épaules.
Après voir fouillé dans ses outils, il déclara en actionnant une paire de modestes cisailles :
- J'espère que ça va suffire, j'ai laissé la meilleure au boulot…
- Ca a intérêt ! Parce que je te préviens, il est hors de question que je viole un engin pareil… surtout de cet âge, décréta T-bag en tendant vers Abruzzi un doigt à la fois résolu et maniéré.
- Elle est plus jeune que je ne le suis, tu sais… fit observer le criminel, un peu gêné, faisant claquer les cisailles d'un geste assez évocateur de l'effet que venait de lui faire la remarque de Bagwell.
Le pédophile le considéra comme s'il venait de sortir une énormité.
- Quelles drôles d'inepties te passent par la tête, parfois, Johnny-boy. Toi tu es le charisme animal incarné !
Le naturel de cette affirmation fit pousser des ailes à l'ex-patron de la Cosa Nostra. Il adressa à son complice un lointain sourire connivent et le repoussa contre un établi.
- Toi, tu te trouves dans une remise et tu as envie que je te malmène à nouveau sur une table, c'est ça ?
Theodore soutint le sourire, par défi.
- Je n'ai pas spécialement apprécié de me faire cogner par tes ritals de sbires la dernière fois mais il est vrai que la suite aurait pu s'avérer très émoustillante, si je n'avais pas craint que ton petit accès de ferveur religieuse ne me coûte la vie.
- Si mes souvenirs sont bons, c'est pour moi que ça s'est mal fini, non ? marmonna Abruzzi, enfouissant le nez dans son cou et mordillant l'endroit où lui-même avait à présent une cicatrice.
- Mon pauvre Johnny-boy… Tu m'as fait du chantage, aussi, lui reprocha T-bag en écartant légèrement les pattes pour presser son bas-ventre contre le sien. Pourquoi… ne m'as-tu pas plaqué sur ladite table et monté à cru comme tout taulard respectable l'aurait fait ?
- Parce que toi, tu aurais été le seul taulard assez taré pour aimer ça, et qu'on n'aurait été pas plus avancés, répliqua le mafieux contre son bouc.
- … Tu as sans doute raison.
Une légère secousse poussa davantage l'Alabamien sur l'établi, le privant de l'appui du sol et lui faisant agripper rudement la chaînette d'Abruzzi.
- C'est vrai ? Tu aurais voulu que je profite de tes entraves pour te forcer sur cette table, Theodore ? Tes poings de gros aryen scotchés, tes bottes de méchant nazi derrière mes oreilles, et de la pure marchandise ritale entre tes reins de WASP profond ?
Bagwell ne se laissa pas faire ; il tira un peu sur sa prise pour se redresser davantage et passa un bras derrière les épaules de son confrère criminel pour l'attirer contre lui. Le respectable malfrat entendit dans sa voix le sourire et l'élasticité caractéristiques du relâchement concupiscent d'un T-bag prêt à la débauche.
- Oh, « forcer » est un bien grand mot… C'est souvent un bien grand mot… La Sicile aurait conquis des territoires hostiles, tout au plus. … Je me demande d'ailleurs ce que tu aurais dit à tes lieutenants quand ils t'auraient vu ressortir, la chemise pleine de f…
Le sociopathe s'interrompit soudain.
- Qu'est-ce qu'on est en train de faire, là ? interrogea-t-il, tout interdit.
- Et c'est à moi que tu demandes ça ?
- On n'avait pas un agent fédéral sur le feu ?
- Oui, et le poulet ne brûle que lors des ébats domestiques ridicules des traîne-patins.
- On ferait mieux d'y aller… conclut le pédophile.
- Hm, Theodore ?
- Quoi ?
- Va passer un futal, quand même, lui suggéra Abruzzi avec une mimique insistante.
- … … Non mais tu t'es vu ?
- Moi, avoir grandi dans le Milieu m'a pourvu de tout un bagage de souvenirs très efficaces pour faire retomber un soufflé en quelques secondes.
- Ah ! Je me gausse ! Si t'avais vu ce que j'ai fait à…
- Moi, ça ne m'excite pas, l'interrompit-il d'une voix forte.
En définitive, T-bag n'eut d'autre choix que de sortir en maugréant.
Quelques instants plus tard, Jimmy Junior se retrouvait à tenir à deux mains le manche d'une pince coupante, son gangster de papa assurant l'instrument derrière lui.
- Fais très attention, Jimmy, c'est très dangereux… N'essaie jamais de faire ça sans Papa.
Sans se laisser démonter, le gosse tenta de mordre vivement l'orteil de leur captive avec les lames, mais n'entailla que la chair, lui arrachant un frémissement.
- Ah non, bonhomme, non non, le reprit T-bag, assis à-côté du lavabo, à présent vêtu d'un lourd pantalon de toile. D'abord il faut que tu poses la question avant de torturer quelqu'un que tu veux faire parler.
- Qu'est-ce tu f'sais ici, sale peste ? interrogea le petit châtain en fixant l'otage sous ses sourcils butés.
- Vous allez quand même pas laisser un gamin…
La suite se perdit dans un hurlement, tandis que Jimmy avait sauté sur l'absence de bonne réponse pour réessayer aussitôt. Il n'était pas parvenu à couper tout à fait l'os, cela dit.
Dix minutes et trois orteils plus tard, Dino ayant fini par manifester à son tour son intérêt pour la mutilation de doigts de pied… ainsi que Caligula, qui s'y était essayé sur les genoux de son père en ne faisant guère que poser ses petites menottes potelées sur les deux parties du manche… Dix minutes et trois orteils plus tard, dis-je, ils s'étaient vus confirmer la funeste nouvelle : Eve Gisolfi était bel et bien venue chercher John… dont le FBI pensait avoir retrouvé la trace. Il ne s'agissait que d'une piste, et ils avaient envoyé cet agent pour de la simple reconnaissance. Néanmoins, ils étaient au courant de l'opération et, en conséquence de quoi, savaient parfaitement où était censée se trouver leur chienne de déterrage ce jour-là…
- Quand est-ce que tu étais censée faire ton rapport ? demanda gravement Abruzzi, qui n'avait plus le cœur à la plaisanterie.
La robuste brune ne répondit pas, le regard fixé sur le carrelage, où commençait à se former une marre de sang.
- Eve Gisolfi, quand est-ce que tu étais censée faire ton rapport ?
John savait donner le change, mais T-bag sentait bien la tension dans la raideur de son échine, l'affolement dans sa concentration sans relâche. Toutes ces charognes qui voulaient la peau de son mafioso commençaient à faire monter en lui une sourde colère. Lui-même avait conscience que quelque chose de dramatique était en train de se produire.
- Et si on lui brûlait les cils pour qu'elle parle, Papa ? suggéra gentiment Jimmy, trop jeune pour percevoir les conséquences de la situation.
Bagwell se leva et lui arracha sèchement des mains la boîte sur laquelle il tentait vainement de produire une étincelle.
- Junior, on t'a déjà dit de pas jouer avec les allumettes ! La dernière qui a fait ça a fini morte de froid dans la rue et profanée par les clochards. Et un jour tu vas foutre le feu à cette baraque ! prédit-il en réalisant tout en même temps que, non, il risquait en vérité de ne jamais en avoir l'occasion…
Jimmy se renfrogna, sa mine acrimonieuse typique vissée sur le visage. Theodore considéra l'allumette puis, dodelinant légèrement avec une brève contraction des lèvres, concéda :
- Bon, va chercher du vin dans le frigo, c'est toi qui le versera.
- Merci mon Papa ! bondit James Jr en entourant les jambes de son père avec une tendresse désarmante.
La voix de T-bag le poursuivit dans le couloir pour lui préciser :
- Et fais attention, hein ! Je ne veux pas que tu la casses et qu'on gâche le reste !
L'enfant fila à la cuisine.
Deux minutes plus tard, ils avaient appris, entre les hoquets de rire ensanglantés de leur captive, qu'Eve Gisolfi était censée faire son rapport… le soir même. Un silence pesant s'abattit sur la paire de meurtriers. Ils restèrent figés un moment, désemparés, tandis que le limier femelle continuait à se vider de son sang sur le sol de la salle de bain dans une sorte de délire pas bien joli à voir. Finalement, Bagwell se ressaisit devant l'urgence dramatique de la situation – il avait toujours été assez performant sur ce plan – et entraîna vivement Abruzzi à l'extérieur. Les enfants les regardèrent passer dans le couloir et rejoindre leur chambre sans un mot, curieux. Une fois la porte refermée, le sociopathe déclara :
- Il faut qu'tu tires d'ici.
- Toi aussi, je te signale. Imagine la gueule qu'ils vont faire quand ils vont te trouver. Tu peux me faire un rappel de ton casier ?
- Je crains qu'on n'ait pas le temps pour ça. Faut que t'aies quitté le pays d'ici ce soir.
- Et toi, alors ? Tu viens pas ? demanda le mafioso en fronçant les sourcils.
- Ouais, et qui va s'occuper des gosses ?
- … On pourrait peut-être les laisser à leur mère, et les faire venir après.
- C'est ça, parce que tu crois qu'elle nous laisserait faire ? Ca va déjà lui retourner les ovaires dans tous les sens quand je vais lui annoncer que le grand voyage se fera dans quelques jours… Et puis ça ferait peur aux mômes. Je ne veux pas qu'ils se croient abandonnés comme une portée de chiots sur le bord de la route.
- Tu as raison… Mais tu vas aller où, toi, pendant ce temps-là, avec les bambini ? Tu peux pas rester ici !
- T'inquiète pas, j'ai déjà ma petite idée là-dessus. Ce sera pour à peu près une semaine, pas beaucoup plus. Le temps pour moi de régler mes affaires et… de convaincre notre utérus chéri.
- J'ai aucune envie de te laisser là, avoua simplement un Abruzzi contrarié.
- Aw, allez, te fais pas de mauvais sang, ils n'ont aucune idée d'où je me trouve, au Bureau. En fait, s'ils se doutaient que certains d'entre nous sont restés si proches, ils en feraient probablement une jaunisse carabinée…
- Je veillerai à ce qu'on vous fasse venir, et qu'on vous file des papiers.
- Très bien.
Tout à coup, l'Italien saisit l'Alabamien et l'attira contre lui pour l'étreindre fortement.
- T'as pas intérêt à te faire choper, espèce de bon à rien de bouseux, le prévint-il, le nez dans ses cheveux.
T-bag se laissa faire. Entre une mère attardée, un père taré et les établissements de détention, on lui avait rarement fait des câlins, et il ne savait pas trop qu'en faire. Certes, ils étaient tout le temps les uns sur les autres dans l'Alliance – … au sens tactile du terme, seulement – mais ce n'était définitivement pas le même type de contact. Les étreintes qu'il permettait à Maytag ne devaient viser qu'au sensuel ou à la franche luxure… et les quelques autres fois avaient eu lieu alors qu'il était terrassé par la maladie… par la maladie ou le sommeil. Et puis merde, pas à brûle-pourpoint de la sorte, en tout cas.
- Va faire tes valises, Johnny-boy, je vais préparer Miss FBI, lui assura-t-il du ton grave et chevaleresque de l'homme de la situation.
- T'en fais pas pour ça, répliqua le mafieux en le relâchant pour s'emparer d'une chemise et d'un pantalon. Je crois qu'on peut se permettre d'employer les grands moyens, sur ce coup-là.
- Où tu vas ?
- Cabine, expliqua-t-il laconiquement. Laisse tomber le nettoyage, je vais faire venir des experts. Mets plutôt les gosses au parfum, et tâche de les rassurer, ça va être dur à comprendre pour eux.
Theodore passa un tee-shirt et s'en fut avec un veule simulacre à deux doigts de salut militaire.
Le malfrat composa un numéro et attendit un petit moment.
- Ouais ? décrocha une voix ferme et un brin vulgaire.
- Tony ? C'est John, à l'appareil. Je suis vraiment désolé de te demander ça mais est-ce que tu pourrais me rappeler d'une cabine, s'il te plait ? C'est en quelque sorte un cas de force majeur…
- John… John ? T'es à quel numéro ?
Abruzzi lut la série de chiffres indiquée sur le poste téléphonique.
- Bouge pas, y en a une juste en bas du Bing, j'arrive tout de suite.
Quelques instants plus tard, le combiné sonnait.
- Allô.
- John Abruzzi ? Ca f'sait un moment, qu'est-ce qui t'arrive ?
- Tony ! Ecoute, ça m'ennuie de te déranger, je sais ce que c'est de diriger une famille et le clan Soprano n'est pas des moindres… Crois-moi, je ne ferais pas appel à toi si je n'étais pas dans une situation d'urgence requérant ton aide personnelle…
- Qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce que j'peux faire pour toi ?
- Ca tient toujours, ta proposition pour Avellino ?
- Oui-oui, pourquoi, t'es dans le pétrin ? demanda le parrain des Soprano, inquiet.
- On peut dire ça comme ça. Matteo a commandité un abattage hier, qui a attiré l'attention du FBI. C'était un vrai bordel, y avait de la viande partout, et moi au milieu, bien évidemment… Bref, ils m'ont remis la main dessus. Je viens de choper un agent en reconnaissance sur ma propriété ce matin. Je dois vider les lieux et me casser de ce pays ce soir. Tu peux arranger ça ?
- Oh, merde ! Bien sûr, John, bien sûr, je vais me mettre sur le coup. On va remuer ciel et terre s'il le faut mais on va te trouver un putain d'avion, promit-il avec feu, pointant résolument le vide du doigt. Ta famille part avec toi ?
- Non, on peut pas faire le voyage sans la mère de mes enfants et là on pare au plus pressé. Je vais les éloigner de la maison et je les ferai venir dans quelques jours.
- Très bien, ça rendra la tâche plus facile. Et ce… ce gars avec qui tu vis, il vient aussi ?
- Il garde les gosses, il viendra avec eux.
- Oh, leur mère peut pas s'en occuper ? demanda Tony, ses petits yeux plissés par la confusion.
- C'est une étrangère pour eux, tu vois ? Enfin quoi qu'il en soit, je serai le seul du voyage, résuma Abruzzi sans attendre la réponse.
- Okay. Sylvio te conduira à l'aérodrome et veillera à ce que tout se passe bien. Qu'est-ce que t'en as fait, de cet agent ?
- Justement, si tu pouvais aussi nous filer un coup de main à ce sujet… Je l'ai gardée dans la salle de bain, y a plus qu'à la préparer. Mais c'est vraiment le boxon, là, des pros nous seraient vraiment utiles pour faire le boulot, si tu vois ce que je veux dire.
- « La » préparer ? Ils envoient des gonzesses, maintenant ?
- Voilà notre époque. Mon gars s'en charge, ça lui fait pas peur de se salir les mains, mais je manque vraiment de temps pour emballer le paquet.
- Ecoute-moi, John : j'ai deux gars en balade pas loin de ton secteur. Des lieutenants. Je décommande leur commission et je te les envoie tout de suite. Y a de la famille proche, dedans, ils sont tout indiqués pour le boulot.
- Je te remercierai jamais assez, Tony. Je sais à quel point tu dois être occupé, et de répondre présent comme ça quand ça merde pour ton vieux frère de Chicago… ça veut dire beaucoup pour moi. J'apprécie vraiment.
- John, tu es la personne qui a sans doute le moins chialé dans mes jupes ces vingt dernières années. Même quand ils t'ont envoyé en cabane, t'as pas donné, t'as pas mendié des faveurs auprès d'tout le monde, tu t'es pas répandu comme une lopette, glorifia la tête des Soprano en pesant ses mots presque hargneusement pour marquer les faits. T'es un mec comme on n'en fait plus depuis RICO, John. Je les laisserai pas t'avoir.
- Grazie, Tôny. Grazie…
Lorsqu'Abruzzi rentra, il trouva Bagwell et les mioches assemblés dans la chambre d'enfants. Etonnamment, Jimmy Jr et Caligula étaient assis qui sur un coffre à jouets, qui sur un cheval à bascule – alors immobile – et c'était l'ainé qui était niché dans les bras du sociopathe, en larmes. Ce dernier leva les yeux vers John avec un sourire ennuyé.
- Hey, qu'est-ce qu'il y a, Terreur ? s'enquit le Sicilien en venant s'accroupir à-côté d'eux. Tout va bien se passer, ce sera comme une grande aventure de hors-la-loi…
- Le petit gars veut pas laisser sa dulcinée, expliqua T-bag pour lui tandis que ses pleurs redoublaient. Allons, allons, tu te trouveras une autre copine, là-bas, beau comme t'es !
- J'en… j'en… j'en veux pas d'autre ! proclama le petit brun en hoquetant.
- Tu pourras lui écrire. Les filles adorent les jolies lettres qui viennent de l'autre côté de l'océan. Ca les met dans tous leurs états, tenta John.
- Et si tu ne t'es pas trouvé une autre amoureuse d'ici les prochaines vacances, tu pourras la faire venir. Imagine-toi : vous ferez des pâtés ensemble et des batailles de sable mouillé !
Le truand lui lança discrètement une œillade qui signifiait « cesse de fantasmer, Theodore » - à la plage, le pédophile était un véritable cauchemar ; Abruzzi y avait davantage peaufiné sa technique du plaquage de rugby que celle du beach volley… même s'il n'était pas exactement du genre à jouer au beach volley, du reste… Dino reniflait dans le tee-shirt de son papa. Les deux criminels échangèrent un regard désemparé. Ils n'avaient hélas pas le temps de s'occuper du désespoir amoureux bien réel de leur aîné. Comme mû d'une sagace intuition, Caligula descendit soudain de son cheval et s'accrocha à la taille de son grand frère pour prendre le relais du câlin.
- Moi non-p'us je reverrai jamais Morten, tu sais, déclara-t-il en jouant la voix de la raison, la joue mélancolique sur la fesse de son frangin.
Jimmy, les mains plantées entre ses jambes sur le coffre à jouets, le cou un peu tendu et la tête penchée, les considéraient avec curiosité. T-bag lui adressa une petite grimace du bout de la babine et l'enfant approcha.
- Allez, réconforte ton frérot, toi aussi, dit-il en lui faisant prendre tout de go la relève.
Junior plaça les bras autour de Dino et se mit à tapoter d'un geste quasi-médical, alors que le plus vieux semblait ne pas vraiment se soucier du changement de personne allouée à sa consolation.
Les deux compères sortirent et Abruzzi déclara :
- J'ai appelé Matt et on aura quatre mecs armés pour garder la maison d'une minute à l'autre. Ils amèneront deux camionnettes pour mettre les affaires en sûreté. Tony Soprano se charge de mon transfert pour ce soir, il me tient au courant. Il nous envoie gracieusement deux nettoyeurs mais si tu pouvais… tu vois… la négocier toi-même. Ces mecs-là sont assez mal à l'aise avec le fait de tuer une femme.
- Comme c'est sexiste !
- …
- Peut-être que ça remonterait le moral de Dino de regar…
- Theodore ? Non.
- Mais Joh…
- Attends au moins qu'ils aient du poil au cul.
Un imposant véhicule noir se gara dans l'allée et deux individus tirés à quatre épingles en sortirent. La maison se refléta dans les verres fumés du premier, qui finit par déclarer d'une voix traînante :
- Sylvio m'avait dit que John Abruzzi était devenu pédé et qu'il avait fondé une nouvelle famille… mais j'croyais qu'c'était du flan.
- J'complends pas comment un mec dé cette pointule a pu en alliver là… lâcha l'autre avec le dédain plein d'accent italien.
- Ouais, bon, on s'en fout, on fait l'boulot. J'suis quand même curieux de le rencontrer : ce mec, quand il était encore que giovane d'honore, il a braqué le camion du traiteur de la mairie d'Chicago avant une livraison pour un gala, et y s'est barré avec du jambon fumé et des coquilles Saint-Jacques pour trois cent personnes, relata le premier larron avec dans son ton une insistance qui montrait à quel point le haut fait forçait le respect à ses yeux.
Son acolyte à queue de cheval ne répondit pas. Ils sortirent des bidons de liquide de la voiture et avancèrent tous deux vers la maison, notant les tireurs embusqués çà et là sur la toiture ou derrière un pilier. On avait donné leur plaque d'immatriculation et leur signalement à ces derniers, heureusement. Ils sonnèrent à la porte et patientèrent en croisant les mains sur leurs bas-ventres. Quelqu'un les observa par le judas puis un homme aux longs cheveux plaqués sur le crâne leur ouvrit avec prudence.
- John Abruzzi ? demanda le jeune homme en relevant ses lunettes noires.
L'intéressé hocha la tête, toute majesté.
- J'suis Christopher, le neveu d'Tony, se présenta-t-il.
- C'est un plaisir d'avoir de sa famille chez moi. Soyez les bienvenus.
On ne remerciait jamais les sous-fifres avant le boulot ; ceux-là étaient assez haut-placés pour recevoir sa gratitude après, mais c'était au boss qui les dépêchait qu'on était tenu de témoigner d'emblée sa reconnaissance, dans la position de John.
- Voilà Furio, tout droit débarqué d'Italie du Sud récemment.
Les deux hommes se saluèrent d'un hochement de tête policé et Abruzzi referma la porte derrière eux. Theodore débarqua à son tour de son habituelle démarche décontractée, probablement étudiée au vu des circonstances, en train de déchirer du chatterton avec les dents.
- Bonjour Messieurs, lança-t-il, serrant la main des nouveaux venus en leur demandant à peine leur avis. Appelez-moi Teddy. Notre amie est déjà dans la baignoire. Je l'ai mise la tête vers le bas pour qu'elle commence à se vider tranquillement et je pense qu'à l'heure qu'il est elle doit déjà être bien délestée. Donnez-moi une petite seconde, j'avais laissé son cœur battre pour pomper le sang à l'extérieur plus vite, donc techniquement elle n'est pas encore tout à fait occise…
Il ponctua par un discret rire embarrassé de maîtresse de maison qui doit aller ajouter la touche finale de dernière minute indispensable à son œuvre.
- … mais ce n'est que l'affaire d'un instant et elle est toute à vous ! annonça-t-il jovialement.
Les deux sbires du clan Soprano restèrent un moment pétrifiés, et on n'aurait su dire exactement lequel du laïus qu'ils venaient d'entendre ou du déhanché languide qui s'éloignait en était la cause majeure. John, pour sa part, décocha un regard de tueur au derrière fanfaron de Bagwell, assez vainement, il faut bien le dire.
- Salut, mon grand… dit tendrement Abruzzi en se penchant pour soulever Jimmy Junior dans ses bras.
Le garçonnet accrocha ses deux mains à ses cheveux, comme il aimait le faire.
- Au revoir, Papa. T'as pas oublié ton pistolet ?
Non loin de là, Christopher et Furio esquissèrent un sourire complaisant.
- J'en ai pas qu'un, si ça peut te rassurer, mon p'tit gars, répondit le gangster en exhibant l'intérieur gauche de sa veste.
- … Wouaaah ! admira spontanément l'enfant, bouche bée.
Son père ricana, attendri, et l'embrassa sur les deux joues.
- Allez, à bientôt mon Jimmy.
Dino se présenta, les yeux rougis et un air démoralisé de retour sur son visage, à présent que l'agitation des préparatifs était terminée et qu'il était temps de dire au revoir à son padre pour un bout de temps.
- Oh, Dino, ne fais pas cette tête de chien battu, mon garçon, tout va rentrer dans l'ordre plus vite que tu ne le penses, tu verras ! lui assura John en le faisant décoller à son tour.
- Tu crois ? demanda le marmot sur son épaule.
- Je le sais. Moi aussi, dans la vie, j'ai connu des moments pas toujours faciles. Quand j'ai dû faire mes preuves et me taper des sales boulots, petit, dealer pour vendre des poppers dans la rue, des gens de couleur m'accompagnant au Sig Sauer… Quand les portes du pénitencier se sont refermées derrière moi… Et puis, il y a aussi la fois où ton père m'a jeté en pleine figure qu'une fois qu'on aurait récupéré le trésor de DB Cooper, il s'achèterait une p…etite mexicaine jolie et facile à vivre. Ce sont ses propres mots !
- Hey ! C'était parce que toi tu voulais retourner en Sicile rejoindre ta f… ta foutue patrie de rital ! protesta vivement Theodore.
- Et alors, comment tu t'en es sorti ? voulut savoir le garçonnet.
- Dans le premier cas, j'ai fait preuve d'abnégation et d'opiniâtreté…
- Oh-hô, on dirait que mon contact commence à profiter à ta langue, Johnny-boy.
- ...Dans le second cas, le Seigneur m'a envoyé une Gueule-d'Ange providentielle. Et dans le troisième cas, j'ai fait cracher à ton père qu'il était fou de moi et…
- Oh !! Mais c'est un odieux mensonge !! s'étrangla Bagwell, outragé au plus haut point.
- … et j'ai avoué que j'avais pas bien envie de partir de mon côté…
- Je pourrais répéter tes mots exacts, mais je préfère garder les billes que tu as si courageusement mis sur la table ce jour-là bien au chaud dans ma poche.
- Et aujourd'hui, voilà ! Le don d'une des plus grandes familles du coin me rend service, je m'apprête à disparaître une fois de plus en pleine nature, et vous êtes là tous les trois, constata-t-il en souriant allègrement à la fratrie.
Le visage de Dino s'éclaira un peu. C'était qu'il disait vrai, le padre. Ses paroles lui firent reprendre un peu courage et il quitta ses bras en acceptant à nouveau l'improbable éventualité de jours meilleurs.
- Hééé, Bambino ! salua Abruzzi en soulevant sans effort le petit dernier. Tu seras sage, hein ? Pas de folie pendant mon absence.
Caligula secoua la tête, les doigts anxieusement enfoncés dans le bec.
- On va te rewoir, Papa ?
- Mais bien sûr que vous allez m'revoir, les crapules ! Dans un peu plus d'une semaine, à peine. Vous viendrez tous me retrouver en Italie, et on mangera des super pizzas et des super pâtes ensemble, ça te va, camarade ?
Caligula parut considérer, puis hocha la tête avec une moue décidée.
- Parfait. Ne t'inquiète pas, mon petit bonhomme, cette fois c'est à moi que tu parleras au téléphone, d'accord ? … D'accord.
L'ex-parrain frictionna son petit dos et posa son front contre ses mèches bouclées, avant de le reposer précautionneusement à terre. Il se tourna ensuite vers T-bag et tous deux se saisir la main dans une sorte de parodie de bras-de-fer avant de s'attirer l'un contre l'autre.
- Ah… Theodore… Qu'est-ce que je pourrais te dire, à toi ? Tu vas y arriver, tout seul ?
- Moi je sais ce que j'ai à te dire : tu t'es bien débrouillé.
- Hein ? A propos de… ?
Le sudiste se pencha tout près de son oreille.
- Il sera dit que je ne t'aurai pas coincé aujourd'hui, et que je ne risque pas de le faire avant un moment. T'es fier de toi ?
Le mafioso leva les yeux et un sourire rampa sur ses lèvres.
- En revanche, et j'aimerais que tu te le tiennes pour dit, John, quand j'arriverai dans ton pays de sauvages, la première chose que je ferai sera de te mettre le nez dans ta paillasse de sauvage et de t'empoigner comme ta bonne famille de sauvages catholiques ne l'imagine même pas.
L'époque où Abruzzi blêmissait face aux provocations un peu poussées de T-bag était révolue, Dieu merci. L'idée que Theodore le profane délicatement, avec sa bénédiction, pratiquement sous le nez de la gente italienne traditionnelle qui, contrairement à lui, ne pratiquait pas la religion à la carte pour autre chose que la clause du « tu ne tueras point », lui donnait cependant des sueurs.
Satisfait par son mutisme, Bagwell s'éloigna un peu, mais John durcit son poignet pour maintenir sa prise et le garder tout près de lui.
- Après une mise en garde pareille, t'as intérêt à réussir ton coup.
- Oh mais je compte bien réussir. Tu sais que je suis quelqu'un de très motivé, pas vrai ? Dis-moi franchement, tu croyais vraiment que j'en serais, de cette évasion ? Mieux : tu pensais qu'un jour tu te retrouverais à me rouler des galoches ? Quand j'ai très envie de quelque chose, John, je l'obtiens, et ce n'est pas pour rien que c'est à tes dépends que vous l'avez appris, parce que rien dans ce satané monde ne me motive autant que toi.
Abruzzi poussa lentement un lourd soupir. Puis il tourna la tête et trouva simplement la bouche du sociopathe pour lui rouler une galoche. Et comme à l'accoutumée, lors de ces occurrences rares, T-bag fut pris au dépourvu, à son propre jeu, et lutta contre le réflexe primaire de dégagement, aidé par le bras de fer qui n'avait pas fléchi entre leurs poitrines, avant de sentir ses jambes flageoler et son esprit tirer le rideau pour quelques secondes. Furio et Christopher détournèrent aussitôt les yeux de ce qui leur faisait l'effet d'une scène primitive. Jimmy, au contraire, croisa les bras et observa avec attention.
- Fais attention à toi, Theodore, l'avertit l'ancien patron de la mafia sur un ton qui était plus menaçant qu'autre chose. Fais très attention.
- Entendu, haleta-t-il en dévorant son expression de ses yeux marron sale. Tu perds rien pour attendre.
- J'espère bien. A bientôt.
Après trois quarts d'heure de route, lors desquels il s'était mis à pleuvoir, Bagwell se gara sur le parking de gravier d'une petite propriété isolée. Lorsque le jour se lèverait à nouveau le lendemain, il ramènerait la voiture au concessionnaire d'Abruzzi. On n'était jamais trop prudent. James et Dino sortirent et il détacha Caligula de son rehausseur. Naturellement, les gosses se hâtèrent vers l'entrée de la maison, mais leur père les arrêta.
- Restez encore quelques instants sous la pluie, les mômes.
- Pourquoi ? demanda l'aîné.
- Parce que ça se passera plus facilement si vous êtes bien trempés, répondit simplement T-bag.
Curieux mais obéissants, les bambini suivirent ses recommandations – Caligula n'ayant de toute façon pas le choix, puisqu'il était dans ses bras. Il conduisit ensuite la nichée jusqu'à l'entrée et laissa le benjamin appuyer sur la sonnette. Ils entendirent bientôt des pas approcher sur du parquet pour venir leur ouvrir.
- ...... dit Michael Scofield en découvrant le spectacle sur le pas de sa porte.
