Hé hé, deux chapitres d'un coup aujourd'hui, "c'est-y pas folichon ?" nous dirait T-bag. Je ne voulais pas les poster séparément parce que l'action forme vraiment un ensemble... mais en même temps, j'ai bien dû me rendre à l'évidence : c'était trop long pour être balancé d'un bloc. Bonne lecture à ceux qui suivent ;) !
Lorsque Lincoln Burrows et Lincoln Burrows Junior rentrèrent de leur petite virée père-fils moto-pique-nique ce dimanche soir-là, ils eurent la surprise d'être accueillis par un petit bonhomme haut comme trois pommes dans sa salopette, qui se planta devant eux dans l'entrée et leva allègrement les bras pour les gratifier d'un « bonjour ! » enthousiaste. Lincoln Sr cligna des yeux quelque peu perplexes mais bon-enfant et le salua à son tour, avant de lancer d'une voix plus forte :
- Qu'est-ce qui se passe, Michael, tu m'as fait un enfant ?
A ces mots, un autre bambin passa la tête par la porte du salon. Il avait un air qui lui rappelait singulièrement quelque chose mais qui tout en même temps ne lui revenait pas du tout. Ho la… Un troisième se montra, lui faisant inexplicablement le même effet, mais d'une manière différente. Ho la la… Il avait à peine mis le doigt dessus que la dégaine émaciée et mielleuse de Bagwell apparaissait à son tour, le saluant tout naturellement d'un jovial :
- Hey, l'Déluge ! Ca fait une paye…
Un long silence interdit s'ensuivit. Les épaisses arcades sourcilières de Burrows étaient bloquées sur de gros yeux constipés de bête traquée, qui passaient fébrilement d'un nouveau venu à l'autre. Finalement, Michael les rejoignit, penaud, et son frère glissa entre ses dents, comme si cela avait eu le pouvoir de créer un aparté :
- Michael… Qu'est-ce… que c'est… que ça ?
Scofield poussa un soupir.
- Je vous conseille de venir vous asseoir et d'en discuter autour d'une tasse de thé…
Les deux Lincoln se posèrent sur le canapé en U très design dont s'enorgueillissait le séjour – Michael s'était bien évidemment chargé lui-même de toute la décoration de la maison. Junior paraissait plutôt prendre tout cela à la rigolade et observait les marmots l'un après l'autre avec une avide curiosité. Senior semblait pour sa part être le témoin d'un drame.
- J'ose à peine poser la question, déclara-t-il, un peu pâle.
- Moi je ne sais pas par laquelle commencer, gloussa LJ.
Scofield, lui, se contentait de verser le contenu d'une théière dans deux tasses assorties pour les Burrows, l'air passablement absorbé.
- Si ça ne vous ennuie pas, on causera des détails techniques quand les mômes seront couchés, hm ? requerra T-bag d'un ton dégagé, chopant Caligula à la racines des bretelles de sa salopette, pour le hisser sur le canapé avant que ses coups de pieds affolés pour y grimper n'atteignent le petit service à thé très moderne de la Gueule-d'Ange.
- C'est bien vrai, alors ? demanda finalement Lincoln d'un air démoralisé.
- Aussi vrai que nature, mon vieux ! Tiens, vise-moi ça…
Sur ce, il se saisit de James, qui jouait avec des gouttelettes de thé tombées sur le plateau, et le brandit fièrement sous le nez de Burrows.
- Ma descendance ! annonça-t-il avec une béatitude toute virile.
Tous deux observèrent le gosse avec un mélange d'intérêt et d'appréhension. Jimmy, pour sa part, considéra les traits butés de Lincoln avec perplexité, et gigota un peu pour qu'on le repose sur le sol, dont il n'était séparé que par quelques centimètres.
- Je n'ai jamais réussi à m'imaginer qu'un jour tu aies pu être petit et trognon mais ça me donne une idée, déclara LJ.
Jimmy lui sourit, de ce sourire qu'il esquissait toujours sans découvrir les dents.
- Je ne l'ai jamais été. J'étais une petite raclure maigrichonne, maussade et crasseuse. Tu me diras, celui-là n'est pas bien gros non-plus, mais il a la fringale de vivre. Quand il veut quelque chose, c'est une belle petite saloperie, pas vrai l'arsouille ? affirma-t-il en toute complaisance.
- Tu nous présentes ? demanda LJ.
- Voici Jimmy Junior, les gars, garanti 100% Bagwell !
- 50%, si je sais toujours comment ça fonctionne… marmotta Michael qui s'était rassit sur son canapé et contemplait son service d'un œil résigné.
- Jimmy, reprit T-bag en l'ignorant royalement, voici Le Déluge, un vieux compagnon de cabane et de cavale, qui a bien failli se faire griller les fesses par l'Etat. Et voici un Junior comme toi, Lincoln Junior, alias LJ. Un bien gentil garçon, s'il en est, sous ses dehors de sainte-nitouche.
Le jeune homme leva sur le pédophile un œil de léger reproche. Jimmy vint s'asseoir entre Michael et lui, se plongeant dans la contemplation du dessin sur l'épaule du blouson de cuir qu'LJ avait toujours sur le dos.
- Mon premier-né, enchaîna le meurtrier en leur présentant Dino.
Puis il ajouta comme s'ils se trouvaient à un concours canin :
- Il est beau, hein ?
- Sûr, acquiesça Lincoln en serrant vigoureusement la petite main dans l'une des énormes paluches qui faisaient fantasmer tant de monde. Comment tu t'appelles, l'ami ?
Dino se présenta poliment bien qu'un peu tristement, comme il l'avait déjà fait avec Michael. Tandis qu'il serrait la main à LJ, Burrows demanda :
- Donc celui-là…
- Yep, Mister Mafia. Il a voulu commencer en arguant qu'il avait plus d'expérience. Des queues de cerises ! Après avoir passé des mois cloîtré avec Maytag, donner le biberon, c'est du gâteau ! renâcla T-bag, railleur.
- Mh-hm, acquiesça à nouveau Lincoln sans chercher à comprendre.
- Et enfin le petit dernier, avec qui le mystère reste entier… Voilà Caligula, acheva-t-il en ébouriffant les mèches du bambin, qui agita une main derrière la timbale de lait qu'il était en train de boire précautionneusement.
- Je ne veux pas savoir comment vous vous êtes débrouillés, conclut le Déluge.
Une discrète crispation de la babine de T-bag lui fit recadrer la conversation.
- Eh ben c'était bien gentil de venir nous présenter tout ce beau monde, depuis le temps ! Une question me met quand même la puce à l'oreille… … Qu'est-ce que tu fous là ? acheva Burrows en laissant brusquement retomber son ton jovial de femme au foyer.
T-bag s'empara d'une tasse de thé en refermant ses doigts autour par le dessus, et relata à nouveau l'échauffourée où un pruneau avait éraflé John, puis l'incursion surprise du FBI dans leurs petites affaires. Pendant ce temps, Michael croisait les bras, bien enfoncé dans le canapé, et observait les réactions de son frère. LJ, la tasse à la main, avait suspendu son geste peu de temps après avoir entendu le début de leurs mésaventures et Jimmy Junior lui caressait à présent gentiment la veine du poignet, une attention dont l'intéressé n'aurait su dire s'il la trouvait mignonne ou un brin flippante. Dino et Caligula s'étaient mis à « faire les cakes » dans leur coin et étaient tombés du canapé sans que personne ne s'en aperçoive ni que ça ne semble les déranger dans leurs jeux.
- Donc voilà le marché, conclut finalement Theodore. Vous nous offrez l'asile politique à moi et mes chérubins pour une petite semaine et en échange je serai votre cuisinier, blanchisseur, gardien anti-colporteurs et masseur personnel… enfin sauf pour toi, le Déluge. Ca vaut le coup, non ?
Un épais silence s'étira quelques instants. Ce fut finalement LJ qui le brisa, quelque peu déçu :
- Mais alors… Comme voilà Abruzzi est parti de l'autre côté de la Terre et il n'a même pas pris la peine de nous dire au revoir ?
Un peu étonné, le sociopathe répondit :
- Ca s'est vraiment fait dans la dernière urgence, tu sais. C'est marrant, je ne pensais pas que tu y tiendrais de la sorte.
- Non, c'est juste que… on en a vécus, des trucs, quand on était tous planqués au Mexique… C'était quand même quelque chose… non ?
Un sourire jusqu'aux oreilles s'étira sur le visage chafouin de T-bag tandis qu'il considérait longuement le garçon.
-Oh ça oui…
- Si vous pouviez m'épargner la séquence-souvenirs dans un moment pareil, les pria Lincoln.
Lui-même se rappelait en particulier avoir littéralement repêché son fils de quinze ans par le pied alors que sa ronde de réveils matinaux avait conduit LJ à aventurer un peu plus que le museau dans la tente des deux meurtriers. « Tu n'entres pas là-dedans » avait tranché le Déluge en le traînant à nouveau près du feu de camp tandis que l'ado se débattait pour la forme : « c'que tu peux être néanderthalien, papou ! ». Là encore, Lincoln ne tenait aucunement à en savoir plus.
- Non, décida-t-il. Désolé mais on ne peut pas t'héberger sous notre toit, T-bag. Tes gosses sont très mignons mais c'est pas possible.
- Linc, leur maison va être investie, ils n'ont nulle part où aller, souleva alors Michael, enfin sorti de son mutisme.
- Nulle part où aller ? Avec le fric qu'ils se font, tu veux me faire croire qu'il peut pas se payer l'hôtel ?
- C'est toujours dangereux, les hôtels, glissa Bagwell. Avec trois mômes, comme ça, je passerai pas inaperçu… Imagine que ces argousins relèvent des empreintes et me retrouvent sur leurs maudits fichiers, ils n'ont qu'à diffuser mon signalement et je suis cuit.
Le sudiste rentra la lèvre inférieure d'un air ennuyé, considérant tour à tour les deux frères.
- Il s'agit pas que de moi… ajouta-t-il avec l'air de ne pas y toucher. Si je suis gaulé, les petits, c'est à l'orphelinat qu'ils finiront.
Dino et Caligula interrompirent leur simulacre de bagarre et James sa séance de petites caresses obsessives pour se mettre aux aguets, interdits.
- Comme Morten ? finit par demander Jimmy.
- Ne vous en faites pas, les gars, quoi qu'il arrive Papa sera là pour vous protéger, assura le sociopathe en quittant à peine les autres frangins des yeux, la langue intérieurement tordue.
- On ne peut pas les renvoyer, Lincoln, ce ne serait pas décent, décréta Scofield.
- Ouais, et ben on verra si tu parles toujours de décence quand tu te réveilleras un matin avec sa…
- LES ENFANTS, LINC ! s'empressa de le couper le cadet, catastrophé.
- Hm… Oui, pardon, marmonna un Burrows tout penaud. Enfin tu comprends l'idée…
- … Tu te sentirais menacé, le Déluge ? insinua perfidement T-bag.
- Bon sang, de quoi tu parles ?
- Tu sais qu'avec moi traînant dans les parages… le petit frère ne résisterait pas longtemps avant de s'abandonner à mes manières délicates et mon doigter chevronné… et ça remettrait en cause ta place. Tu ne peux pas laisser une chose pareille arriver, je comprends, tu sais, je comprends tout à fait ! lui assura-t-il sincèrement, les doigts cambrés dans sa direction comme pour déclarer d'avance inutile l'hypocrisie d'une objection.
- Non mais tu rêves tout éveillé ! s'étrangla Lincoln tandis que son fils se gaussait.
- C'est humain, on peut pas lui en vouloir, mon joli, déclara-t-il à l'adresse de Michael, qui répondit à ces enfantillages par un sourire ironique mais indulgent, sachant bien que son aîné n'était que trop facile à mener en bateau dès qu'il s'agissait de ses proches.
- Fous-moi le camp ! Je n'ai rien à prouver à quelqu'un comme toi ! vociféra Burrows dans un sursaut de discernement.
- Tiens donc, tu ne relèves pas le défi, Linc ? Tu mûris… constata Gueule-d'Ange.
Lincoln fixa vivement son frère d'un air contrarié et soupçonneux, tandis que Theodore ramassait ses gosses.
- Allez Junior, lâche Junior, son papa ne veut pas faire entrer le loup et ses louveteaux dans la bergerie, disait-il avec résignation.
Après de longs instants à se demander ce que Michael entendait par sa remarque, sans que le visage parfait de l'intéressé ne lui donne le moindre indice, le Déluge finit par rugir :
- … Ca va, CA VA ! … C'est d'accord, on te planquera quelques jours, mais pas plus ! Tu fais ce qu'on te dit, tu files doux, tu ne ramènes pas de cadavre sur le tapis, entier ou non, et tu fais ta putain de lessive à part. Il est hors de question que tu touches aux caleçons de mon fils.
- Papa ! s'offusqua le jeunot.
- Je le lui fabrique, son petit linge, gros malin… lui rappela Bagwell du coin des lèvres.
- Je vais vous montrer la chambre d'amis, enchaîna Scofield en se levant sans tarder, passant devant un Lincoln fulminant avec une caresse sur son épais crâne rasé.
Il conduisit la petite famille jusqu'à une jolie pièce feutrée pourvue d'un grand lit à deux places.
- C'est-y pas gentil, ici ? ronronna T-bag. Merci infiniment, Beauté, je vais aller chercher les affaires.
- Installez-vous, les enfants, ça devrait être largement assez grand pour vous, lança Gueule-d'Ange en réponse.
Les petits s'engouffrèrent dans la chambre et grimpèrent sur le vaste plumard moelleux à souhait, se vautrant dedans comme des petits cochons dans une mare de boue, sous les yeux légèrement déconfits de leur père. Ce dernier se redonna toutefois contenance comme Michael repartait dans le couloir.
- Ah, j'ai compris, pas folle la guêpe… On colle les enfants là-dedans et tu me gardes pour ton lit, c'est ça, mon joli… ? demanda-t-il en l'enlaçant par-derrière, enjôleur.
- BAS-LES-PATTES, LE PERVERS ! mugit brutalement Burrows en écrasant d'une seule main la tête du sociopathe contre le mur tout proche.
Scofield, une fois libéré, poursuivit son chemin comme si de rien n'était, comme rompu par l'habitude. Theodore le suivit, non sans darder sur Lincoln de petits yeux venimeux, la lèvre inférieure vindicativement rentrée, tandis que le grand frère maintenait la menace dans son regard furibond sur lequel étaient vissés ses puissants sourcils.
- Tu dormiras là, l'informa Michael.
La déception de l'Alabamien fut palpable lorsqu'il constata qu'ils étaient revenus au salon et que l'ingénieur lui désignait résolument le canapé design.
- Hhaw, allons, vous n'êtes pas sérieux ?
- Oh arrête de faire ta duchesse, on a tous dormi dans des fossés, ici, le morigéna Burrows.
- Ouais, et tu ne faisais pas autant de chichis quand on campait en pleine nature, avec les vaches qui menaçaient de brouter nos calecifs directement sur le fil à linge… rappela allègrement LJ.
- Il était lui-même trop occupé à brouter autre chose pour réaliser où il était…
T-bag considéra Gueule-d'Ange avec consternation.
- Beauté !
La petite famille lui rit au nez de bon cœur.
- Je te suggère d'aller chercher ton pyjama et ensuite de te mettre à la soupe, Sergent Sodomie. Y a un tablier à la cuisine ! lança Burrows en ôtant son blouson de moto pour se mettre à l'aise.
- Pendant ce temps je vais montrer à votre progéniture comment les grands jouent au LEGO, décréta Michael en entraînant la fratrie vers sa salle de modélisme.
- Et moi je vais prendre une bonne douche bien chaude, insista LJ avec un sourire aussi angélique que narquois.
Theodore considéra la pluie qui battait toujours les carreaux du salon. Il commençait à se demander si son plan s'avérerait aussi folichon qu'il l'avait escompté…
- Y a de la bidoche et du poisson dans le frigo, indiqua obligeamment Lincoln, mais pour trois personnes seulement alors prends un peu de tout si y faut. Y doit y avoir un bout de laitue quelconque dans le bac à légumes, Michael insiste pour nous en faire bouffer de temps en temps, va savoir pourquoi… Y a des conserves et des féculents dans le placard… Les épices sont sur cette étagère… et on a aussi des surgelés, mais t'es pas là pour nous servir ça. C'est spécialement pour Michael et LJ quand ils sont livrés à eux-mêmes, étant donné qu'ils sont tous les deux infoutus d'accoucher de quoi que ce soit d'à peu près comestible quand tu les mets dans une cuisine. Ah, ça, Mike pourra te faire des desserts très artistiques mais…pour ce qui est du reste… Enfin, je te passe les détails. Je crois que tu as tout ce dont tu as besoin. Je vais vérifier que le petit frère s'en sort avec ce que vous nous avez pondu. S'il te manque un ustensile appelle-moi, je serai sûrement dans le salon.
- Une dernière chose, le Déluge…
- Hm ?
- Ce tablier, c'est quand même pas Gueule-d'Ange qui te l'a offert ?
- Si, pourquoi ?
- « Ne faites pas chier l'homme »… ? C'est d'un tel raffinement que j'ai du mal à l'imaginer, et en même temps on sent que ça vient de quelqu'un qui te connaît intimement.
Burrows quitta la pièce avec, chose exceptionnelle, un petit sourire connivent à l'adresse de T-bag, et rejoignit les autres pour voir si les rejetons des deux pires crapules de Fox River n'avaient pas déjà mis la salle de maquettisme de Michael à feu et à sang. Il les trouva au contraire en train de jouer bien sagement à équilibrer un édifice d'éléments plastiques qui, à première vue, ne pouvait tenir que par opération du Saint-Esprit, le tout sous les explications nourries mais savamment simplifiées de l'ingénieur.
- Tu as enfin trouvé quelqu'un qui s'intéresse à tes joujoux ? Tu dois plus en pouvoir ! lança Lincoln en constatant la chose.
- C'est ça, moque-toi… N'empêche que ces petits ont l'air plus matures qu'LJ et toi réunis, pour ce que ça vaut.
- J'en doute pas, répondit le plus vieux en les observant à nouveau curieusement. Ils ont dû grandir vite entre ces deux là…
- Oncle Micky ? demanda Dino qui, comme ses frères, avait pris l'habitude de désigner n'importe quel ami de la famille par la mention « oncle » suivie de son surnom si possible en « i ». C'est vrai que t'as fait évader nos papas grâce à une maquette du Tache Mâle ?
- Tout à fait, Dino, répondit fièrement Scofield avec une œillade à l'adresse de son frangin, comme pour lui rappeler par là que ses « joujoux » avaient contribué à lui sauver la vie. Cette maquette était en quelque sorte pour moi la clé du bureau du directeur… et du toit de la prison, par la même occasion…
- Tu peux nous raconter comment t'as fait et nous apprendre à faire la même chose ?
- Oh, je suis sûre que vos chers papas vous ont déjà raconté l'histoire des dizaines de fois…
- De leur côté, oui… mais eux y savent pas bien ce que tu fabriquais pendant tout ce temps, en fait. Peut-être que tu pourrais nous raconter ton côté de l'histoire et ce serait comme un puzzle ! expliqua l'aîné qui, comme les enfants en ont la chance, retrouvait un regain d'enthousiasme dans la nouveauté de la situation, après les funestes chamboulements de la journée.
- Allez, te fais pas prier, Mike… mais gare aux discordances de versions ! Les enfants, il faudra vous faire à l'idée qu'un même événement peut être interprété différemment. Le passage où vos papas souhaitent l'un après l'autre à Michael la bienvenue au pénitencier, par exemple, eh bien Oncle Micky vous racontera que le premier lui a cassé la gueule et que le deuxième a essayé de… de l'embrasser de force !
- Linc…
- Tu veux dire quand ils ont voulu faire connaissance, Papa Teddy et Oncle Micky, et que Papa Johnny les en a empêchés parce qu'il était vert de jalousie, même s'il voulait pas encore l'admettre ? demanda Jimmy.
- Hé, c'est pas ça, l'histoire ! s'indigna Gugul.
- Oui, c'était un plan très élaboré pour manipuler Michael, l'appuya Dino.
- C'est pas ce que j'ai entendu, rétorqua James en secouant la tête avec l'air entendu de ceux qui en savent plus.
Les autres frérots assistaient à tout cela, abasourdis, jusqu'à ce que Caligula ne réclame :
- Dis-nous ce qui s'est vraiment passé, Oncle Micky !
Il fut approuvé à grand bruit par les deux autres et Scofield chevrota un peu d'embarras avant d'être poussé à s'asseoir en tailleur par six petites menottes pendues à ses vêtements.
- Bon, je te laisse, amuse-toi bien… s'esquicha lâchement Lincoln en refermant la porte sur un Michael dont les genoux étaient pris d'assaut par Dino et Caligula.
Il alla s'installer sur le canapé du salon pour végéter devant un match de base-ball. Quelques minutes plus tard, une petite tête se montra dans l'encadrement de la porte. Lincoln émergea momentanément à la vue de Jimmy et demanda gentiment :
- Hey p'tit pote, tu as besoin de quelque chose ?
L'enfant secoua la tête avec un bref sourire en guise de remerciement.
- Ca t'a gonflé, tous ces bibelots de geeks, hein ? Si t'aimes le base-ball tu peux rester regarder avec moi, sinon ton papa est en train de faire la cuisine, si tu veux être près de lui.
Junior acquiesça et se retira aussi furtivement qu'il était venu, tandis que Lincoln s'était replongé dans son match.
LJ, pour sa part, était monté à l'étage pour prendre une douche, afin de se décrasser après cette journée passée le cul dans l'herbe ou les mains dans le cambouis avec papa. Il avait abandonné son blouson de cuir et son jean taché de vert et de brun dans un coin de la salle de bain et délassait son corps blanc sous le jet d'eau vaporeuse. La chaleur qui coulait dans son dos lui faisait du bien tandis qu'il se savonnait doucement. Il se retourna et cligna des yeux sous les gouttelettes en constatant que son tas de vêtements semblait avoir grandi de quelques centimètres derrière le rideau de douche translucide. Son sang ne fit qu'un tour et il tira prestement l'écran trouble de tissu pour constater que Jimmy Jr s'était acheminé jusqu'ici et s'était assis tranquillement sur le carrelage pour tripoter son cuir et détailler de près les coutures qui y formaient des dessins sur le dos et les épaules. Le bruissement sec des anneaux fit sursauter vivement le môme, qui se retourna pour rencontrer sans comprendre l'air parfaitement hagard qu'LJ arborait chaque fois qu'il lui arrivait quelque chose de plus ou moins épouvantable. Le regard du garçonnet retomba sans tarder sur la nudité qu'il avait soudainement devant lui. Il n'était pas du genre tatillon sur le sujet. Il avait déjà vu ses papas à poils, par chance dans des conditions moins traumatisantes que Dino, et lui-même avait été sifflé fermement un dimanche matin par Papa Teddy sur le pas de la porte alors qu'il était allé jouer dans le jardin. « Avec un slip ce serait pas mieux ? » avait-il lancé d'un air blasé en tenant un petit short au bout de son doigt. « Je vous jure, vous les gosses… vous êtes pas croyables » avait-il encore maugréé en refermant la porte d'entrée. En un mot ce n'était pas le genre de détail auquel le bambino avait porté beaucoup d'attention jusqu'ici… mais LJ se dressait brusquement là, diaphane, ruisselant de la tête aux pieds, les yeux braqués sur sa personne, un film oléagineux à moitié rincé dégoulinant de sa poitrine bourgeonnée par le froid pour couler sur ses cuisses… et la bouche de Jimmy s'entrouvrit toute seule tandis qu'il relevait sur LJ des yeux de petit garçon perdu qui trahissaient sa forte impression. Lincoln Junior prit une puissante inspiration.
« T-BAAAG !!! » fut le hurlement furibond qui retentit dans toute la maison. L'intéressé sursauta alors qu'il était en train de faire sauter un poisson dans une poêle. Il coupa aussitôt la plaque et se précipita dans l'escalier, suivi de près par Michael qui s'exclamait :
- NON, T-BAG, TU N'AS PAS LE DROIT D'ENTRER LA-DEDANS !
Lincoln, lui-même alerté par l'injonction de son cadet, se lança à son tour à leur poursuite.
- ON T'A DIT DE REVENIR ICI, PERVERS DE MES DEUX !
Theodore déboula ventre-à-terre dans la salle de bain de Junior, pour le trouver les hanches emberlificotées dans le rideau de douche comme un jeune patricien des temps modernes, selon Michael, et comme un bonbon acidulé à moitié déballé selon lui-même.
- Bon Dieu mais qu'est-ce qui se passe, ici ? demanda-t-il, aux abois.
- T-bag, sors de là, je m'en charge ! ordonna Michael en n'hésitant pas à le saisir manu militari pour tenter de le déloger.
- NE CRAINS RIEN, LJ, PAPA EST LA ! rugit pour finir Burrows en se ruant littéralement dans l'entrée, projetant du même coup Bagwell à plat ventre sur la descente de douche et Scofield avec, ses bras le ceinturant toujours.
Jimmy Jr regarda avec curiosité les adultes s'entasser brusquement sous son nez.
- Nous voilà dans une position bien compromettante, commenta T-bag en fronçant un sourcil dubitatif.
- LJ, qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit anxieusement Michael avant même de songer à libérer le sudiste.
Toujours drapé dans sa toge de plastique, l'air intransigeant et le doigt tendu comme un petit empereur romain, le jouvenceau articula :
- T-bag… prends ton môme… et tire-toi !
Les regards convergèrent alors vers Jimmy Jr qui sourit innocemment à l'assemblée, toujours assis près de son tas de vêtements.
- Aaaaaww, c'est pour ça que tu sonnes un tel tocsin, mon garçon ? Pour un petit bout qui s'est fourré au mauvais endroit ? s'attendrit Theodore.
Sur lui, Michael cilla puis s'empressa de se relever.
- Ecoute, j'ai plus quinze ans, soit, mais là ça me perturbe ! répliqua LJ.
- Pauvre Jimmy-boy, tu excitais sa curiosité, c'est tout… cajola Bagwell en soulevant son gamin dans ses bras pour lui faire un bisou esquimau. Tu devrais être flatté !
- Débarrassez-moi tous le plancher ! les pressa le jeune homme.
Les deux frères se replièrent rapidement, entraînant T-bag derrière eux.
- Allez, on laisse Junior tranquille… Tu viens pétrir la pâte avec Papa ? mignotait-il encore en quittant la salle de bain, non sans se rincer l'œil une dernière fois dans du LJ tout mouillé.
