Du fil à retordre pour nos tordus
Partie 1
A nouveau un double-chapitre pour voir comment notre paire de criminels préférés s'en sort. On ne voit pas les petits monstres dans cette suite et je m'en excuse auprès de leurs fans, s'ils en ont ^^'. John et (surtout) T-bag ont tellement de pain sur la planche, avec tous ces bouleversements, que ça en occulte un peu la petite vie de leurs bambini. Mais ils seront de retour dès la prochaine mouture, je m'y engage.
Le lendemain, tout le monde se retrouva autour de la table du petit-déjeuner. Les garçons mangeaient de bon cœur après avoir appris leur père ne s'était pas fait choper par le loup, ni par un quelconque chien de douane. Les deux frangins, soulagés eux aussi pour leur ancien compagnon de route, se laissaient aller à quelques discrets mamours matinaux, sous l'œil rancunier de T-bag qui beurrait ses tartines avec un peu plus de fermeté que de coutume. Il ne fit néanmoins pas de commentaire, étant donné qu'il avait un service à demander.
- Je dois rendre la voiture au concessionnaire, amener les mômes à l'école et aller voir la connaissance dont je vous ai parlé, expliqua-t-il. Est-ce que quelqu'un peu m'accompagner et me reconduire ?
- LJ doit aller en cours, précisa d'emblée Lincoln. Et même si Michael bosse à la maison, on voudrait pas le mettre en retard, n'est-ce pas ? Moi je dois aller faire des courses, de toute façon, alors je t'embarquerai. Tu pourras m'aider à les trimballer, comme ça…
- Merci bien, répondit-il sur un ton où la sincérité et le sarcasme étaient impossibles à distinguer.
Burrows les suivit donc chez Tony Calieri, avec lequel Theodore resta aussi discret que possible, en dépit de la sollicitude envahissante de l'Italien à l'égard de leurs affaires. Ils déposèrent ensuite les gamins devant la primaire et la maternelle et Lincoln ne put retenir un commentaire nostalgique sur le première fois où il avait emmené Junior à l'école.
- Dire qu'il s'est passé des mois avant que j'apprenne que tu avais un fiston, et par hasard encore ! se remémora Bagwell.
- Ouais, ben qu'est-ce que t'aurais voulu que je fasse ? Que je te glisse entre la poire et le fromage pendant qu'on creusait « au fait, T-bag, là qu'on va bientôt sortir, je t'annonce que je suis l'heureux père d'un magnifique garçon de quinze ans, des fois que ça t'intéresse » ?
Le pédophile ricana de bonne grâce.
- C'est assez pertinent…
Les deux hommes remontèrent dans la voiture de la famille Burrows-Scofield et le sudiste s'étira sur le siège du passager, inclinant la tête pour faire craquer sa nuque.
- C'est vrai, cela dit. Tu as un fils magnifique, Grand Frère.
- Les tiens deviendront probablement de sacrés petits mecs aussi, biaisa Lincoln pour détourner le sujet. Tu verras, t'auras pas le temps de les voir grandir… enfin, sans doute plus que moi, cela dit…
T-bag tapota mollement une main réconfortante sur la large épaule.
- Sans rancune, le Déluge, tu l'as peut-être pas vu grandir mais pour sûr tu lui auras permis de voir sa majorité. C'est que'que chose, non ?
- J'suppose… concéda Burrows, le regard soudain mélancolique sous ses lourdes arcades sourcilières. Enfin, en définitive j'aurais rien pu faire sans Michael…
- Oui, c'est une perle, cette Beauté… soupira Bagwell en repliant une jambe contre la boîte à gants. Tu es un homme chanceux, Grand Frère… d'autant plus que, Dieu merci, Junior marche davantage dans ses traces que dans les tiennes, pour ce qui est des études comme du charme.
- Hé, va te faire foutre, T-bag, t'as pas non-plus de quoi pavoiser question diplômes… et puis, j'ai du charme, affirma Lincoln que la chamaillerie avait détendu.
Le sociopathe se contenta de glousser l'un de ces hoquets perfides qui ne passaient pas la barrière de son larynx, la tête tournée vers la vitre.
- … Michael, en tout cas, il me trouve beaucoup de charme… ajouta Burrows par provocation.
- T'en as certainement pas autant que ton fils à l'intérieur d'un cerceau…
- … Enfoiré de malade.
Burrows déposa ensuite Theodore devant la belle maison de leur couveuse.
- J'en ai pour trois quart d'heure-une heure… Ca ira ?
- Espérons… se contenta-t-il de répondre avant de refermer la portière.
Lincoln repartit tandis qu'il prenait le petit chemin de gravillon.
- … Salut, minette ! lança-t-il avec un sourire aussi faux qu'enjoué lorsque la maîtresse des lieux lui ouvrit la porte.
- Ah, c'est toi, constata-t-elle. Qu'est-ce que tu veux ?
- Tu me fais entrer ? la pria-t-il en enlevant son chapeau.
- Qu'eest-ce qui se passe, encore ? râla-t-elle pour la forme en se retirant pour lui laisser passer le seuil.
Pour tenter de l'amadouer, T-bag la considéra un peu par en-dessous et conserva un ton inhabituellement sérieux pour dire :
- Il nous est arrivé une crasse… Et j'ai vraiment, vraiment besoin de ta coopération, même si ça ne va pas te plaire.
- John va bien ? demanda Italienne, étonnée de ne pas le voir à ses côtés et soudain inquiète.
- Eh bien… pour tout dire, il a connu des jours meilleurs. En fait, il s'est fait tirer dessus… commença à dessein le sociopathe.
- Non ! se catastropha la plantureuse brune.
Aussitôt, elle le prit par le bras et l'entraîna au salon.
- Que s'est-il passé ? Ernesto ! appela-t-elle soudain d'une voix impérieuse en claquant des doigts.
Un homme à l'agréable plastique accourut, vêtu d'un tablier blanc – beaucoup moins original que celui du Déluge – et de gants en caoutchouc bleu encore mousseux, assortis aux patins qu'il avait aux pieds.
- De l'eau au miel pour cette pauvre créature !
Le latino hocha la tête et tourna aussitôt les talons, révélant également un short bleu sous le nœud blanc de son tablier. Bagwell leva un sourcil.
- Tu dois pas t'ennuyer, ma…
Il se reprit en se rappelant qu'il devait adopter l'attitude du chiot repentant s'il voulait avoir la moindre chance de la faire fléchir.
- … ma chère.
- Alors, John ? le pressa son hôte.
Alors, pour la seconde fois, Theodore raconta tout, en accentuant le côté tragique et en tenant volontairement son interlocutrice en haleine lors de l'intrusion de l'agent fédéral. Pour ne pas l'effrayer – non par crainte qu'elle soit impressionnable mais plutôt qu'elle ne veuille pas se mouiller dans l'affaire – il enjoliva en revanche d'autres éléments, comme le sort d'Eve Gisolfi, pour lequel il lui fit le bon vieux coup de la séquestration temporaire dans un van. Ca, il en aurait retenu quelques unes, de son commerce avec John… Quand il fut parvenu à la conclusion de son récit, la maîtresse de maison commença par se récrier en ouvrant de grands yeux absinthe :
- Je ne ferai rien de la sorte !
- On n'a pas le choix…
- Jusqu'à preuve du contraire, ça dépend encore de moi !
T-bag la fixa à nouveau par-dessous, mais cette fois en dardant discrètement une langue sournoise, sans rien répondre. C'était là une manière de lui faire comprendre tacitement que, non, s'ils en étaient réduits à employer les grands moyens, ça ne dépendrait plus d'elle, mais qu'il répugnait à le mentionner et plus encore à l'envisager sérieusement. Ce serait tellement sordide… Il ne sut pas exactement si l'Italienne l'avait pressenti, car il comptait sur elle pour sauver les apparences à la perfection afin de s'arroger une position de force.
- Mais vous ne vous rendez pas compte ! Je ne peux pas m'exiler comme ça, en quelques jours ! Mes proches, mon travail, ma maison… ! énuméra-t-elle avec force tourniquets de ses amples manches de soie plissée.
- Mais enfin, mon cœur, tu ne travailles même pas : tu es rentière !
- Oui, eh bien, c'est beaucoup à gérer, grognonna l'intéressée avec une moue récalcitrante.
- Mais tu peux le faire de n'importe où. En plus, là-bas, John a pas mal de relations qui s'y connaissent en matière de finances, peut-être même que ça pourrait te donner un coup de pouce ! … Et quant à tes « proches », tu pourras refaire toutes les mondanités que tu voudras sur place…
- Ha ! Tu parles comme si tous mes amis étaient parfaitement interchangeables.
- Ecoute, soyons honnêtes entre nous, tout ce qui t'intéresse c'est de briller dans ta petite société d'aristos européens, on sait tous les deux que tu as un cœur de pierre. C'est d'ailleurs pour ça qu'on t'a choisie… outre le fait que tu aies un bagage génétique splendide, tenta Theodore avec un sourire charmeur.
- C'est absolument faux. J'ai des sentiments, moi aussi, rétorqua péremptoirement la maîtresse de maison en s'emparant d'une tasse d'eau au miel.
L'Alabamien se renfonça dans son fauteuil, les jambes écartées, goguenard.
- Allons ! Quelle greluche normalement constituée aurait pu voir les yeux de Dino sans faire sa garce pour le garder en pleurnichant qu'après tout il était sorti de sa ch… hm, de ses « entrailles » ?
- Il avait des yeux adorables, soit, concéda-t-elle avec un petit mouvement de la main qui n'était pas sans rappeler les manières de T-bag lui-même. Mais pour ce qui est du reste, tu sais, ça ne restait qu'un nourrisson boursouflé… un nourrisson boursouflé qui a mis ma divine poitrine au supplice, d'ailleurs.
Les babines de Bagwell découvrirent ses dents pour un sourire amusé et grivois. Après quelques instants, il se pencha à nouveau en avant, les coudes déployés sur les genoux, un doigt vaguement tendu vers son interlocutrice, et reprit son sérieux.
- Voilà ce qu'on a décidé : étant donné l'urgence extrême de la situation, on te réexpédiera quelques semaines plus tard en espérant que personne ne pose de question. Si un quelconque fouille-merde commence à s'intéresser à ton cas, en revanche, il faudra que tu reviennes, pour la sécurité des gosses et surtout la tienne. Qu'est-ce que t'en dis ?
La femme aux longues boucles brunes avait l'air froissée… froissée comme une chatte vaniteuse qu'on caresse dans le sens inverse du poil. Elle se leva pour faire quelques pas dans son séjour en tripotant à deux mains son élégant pendentif de style grec avec un air songeur.
- … Je pourrai rentrer après quelques semaines… vraiment ?
- Je t'en donne ma parole, pour ce que ça vaut, mais tu as aussi celle de Johnny-boy, si ça peut avoir plus de poids, répondit-il avant de boire cul-sec sa propre tasse et de froncer les narines sous l'effet des effluves un peu trop douceâtres.
- Combien de semaines ? demanda-t-elle en fixant sur lui des prunelles glaciales – elle n'était pas née de la dernière pluie…
T-bag fit la grimace et roula de ses deux épaules indépendamment, tâchant d'accoucher d'une estimation honnête tout en persuadant son hôte qu'elle ne représentait pratiquement rien.
- Pas plus de quatre.
- Et si par malheur je devais revenir ultérieurement, j'aurais une villa ?
- Certainement.
La maîtresse des lieux se remit à arpenter son salon, sa longue robe traînant légèrement à ses pieds. Theodore la suivait des yeux depuis sa place, les sourcils levés dans l'attente de son verdict, la langue se tortillant nerveusement entre les dents. Au bout d'une minute, il crut bon d'ajouter.
- Mon cœur, tout ce que tu auras à faire, c'est mettre tes affaires en suspens. Et puis ton monde, là, il pourra aller se rhabiller. Je parie que tu seras la seule à avoir jamais vraiment baigné dans le berceau de la Renaissance.
La génitrice sillonna encore un moment son mobilier puis finit par lui accorder à nouveau son attention.
- Bien, j'imagine que je peux bien m'offrir des vacances au pays… déclara-t-elle avec une soudaine désinvolture, très probablement affectée au vu de toutes les manières qu'elle avait faites précédemment.
Le pédophile relâcha la tension de son échine, soulagé.
- Fêtons cela ! décréta l'Italienne, soudain enthousiasmée. Ernesto ! Apporte-nous du vin, avec du pain et du fromage !
Elle se laissa retomber sur son sofa, savourant tout simplement son confort avec un sourire content. Brusquement, la tendance s'inversa, et se fut au tour de T-bag de se crisper légèrement dans son fauteuil.
- Une dernière chose, mon cœur : je sais que les Ritals ont une vision très confuse des bornes de la famille, et quelque part ça tombe bien, mais le temps du voyage les gamins s'adresseront à toi avec le doux préfixe de « tante »… point-barre. C'est clair ?
- Dieu merci oui !
Plus tard, les trois ex-taulards partagèrent le déjeuner, évidemment préparé par Bagwell, qui avait aussi aidé Lincoln à ranger les monceaux de courses dans leur garde-manger. Puis Michael s'en retourna à ses ordinateurs, sur lesquels il était en train de concevoir Dieu sait quoi grâce à de sombres logiciels de construction. Burrows, quant à lui, sortit faire des travaux de jardinage, mais le pédophile refusa de l'accompagner, arguant que ça ne faisait pas parti de leur accord. Lincoln avait raillé qu'il aurait probablement tué toutes les plantes, de toute façon. Par la fenêtre, T-bag le regarda tailler un buisson en forme de cocotte en papier, un canotier protégeant son crâne massif et rasé ; il secoua la tête et se remit à siroter sa tasse de café. Quelques temps après, un ronronnement grave au-dehors annonça le retour de Junior ; Theodore l'accueillit chaleureusement, mais le jeunot annonça qu'il avait des choses à étudier.
- Je pourrais peut-être te donner un coup de main ? proposa le criminel, toujours prompt à aider les enfants des autres à faire leurs devoirs.
- Tu t'y connais en droit ? demanda LJ, ironique.
- Oh ! Je m'y connais certainement plus que beaucoup de personnes. Tu n'imagines pas le nombre de chefs d'accusation pour lesquels je suis tombé, et dans bien des tribunaux…
Le jeune homme fronça les sourcils et esquissa un sourire troublé.
- Et tu veux qu'on s'amuse à les chercher ensemble dans le Code Pénal ?
- Pourquoi pas.
- Aussi divertissant que ça en a l'air… je dois surtout commencer à rassembler des idées pour un devoir sur la controverse morale associée à une loi, récita LJ en commençant à gravir les escaliers qui menaient à sa chambre avec son sac-à-dos.
- Tu pourrais traiter du statut des rapports sexuels avec personnes non-vivantes, ça ferait un bon sujet.
- Tu veux dire, la nécrophilie ? demanda l'étudiant en s'arrêtant un instant sur une marche.
- Oui, mais dit comme ça, ça fait déterreur de cadavres dégoûtant, frissonna pudiquement Bagwell, les bras croisés sur la rampe.
LJ reprit son ascension sans faire de commentaire.
- Hé, petit ! le poursuivit T-bag en montant à son tour des escaliers quatre à quatre. Je peux compter sur toi pour me véhiculer à la Cahute, tout à l'heure ?
« la Cahute » était le nom qu'il avait donné à son lieu de travail. Outre le petit côté terroir du mot que le sudiste affectionnait, une telle dénomination était assez peu justifiée pour ce vaste bâtiment à deux étages pourvu depuis peu d'un petit parc privé, sis dans la banlieue immédiate de la ville.
- Pas de problème, lui assura LJ sur le seuil de sa chambre.
- Merci. … Un petit câlin avant la dure besogne ?
- J'ignorais que tu étais devenu câlin. C'est la paternité qui t'amollit ? le taquina le jeune Burrows.
- Eh bien, tu sais… commença le sociopathe avec son élasticité habituelle, dangereusement appuyé au chambranle. Si… « câlin » implique que je sente ta peau douce contre moi… et que je croque dans ce cou d'albâtre pendant que mes mains se fourreront lentement dans…
LJ s'enfuit en claquant la porte derrière lui et Theodore l'entendit se précipiter à la fenêtre pour crier :
- PAPA ! T-BAG ME DIT DES VILAINES CHOSES ALORS QUE J'ESSAIE DE TRAVAILLER !
Il entendit très lointainement un « fous-le camp, sale pervers ! » intransigeant et reprit l'escalier, sachant qu'il ne tarderait pas à entendre Le Déluge débouler dans la baraque pour le traîner en bas par la peau des fesses, quitte à lui faire cogner la tête sur chaque marche. LJ, quant à lui, se laissa tomber sur son siège de bureau. Oh, génial… Pourquoi ce genre de situations en privé devait-il toujours lui occasionner des érections inopinées, alors qu'il n'avait plus l'excuse d'être un ado impressionnable ?
Une heure et demi plus tard, c'est LJ qui se vengea un peu en sortant sa petite cylindrée orange vif du garage.
- Tu montes, mon joli ? lança-t-il avec un sourire moqueur en faisant vrombir ostensiblement le moteur.
T-bag acheva d'enfiler avec les dents le deuxième gant de cuir qu'il lui avait prêté et s'approcha, jouant le jeu de bonne grâce, quoiqu'avec un soupçon d'ironie.
- Tu sais bien que ça a toujours été mon rêve tout mouillé de midinette, déclara-t-il en grimpant sur le repose-pied pour enfourcher l'engin derrière lui.
Lincoln Jr lui tendit un casque.
- Il le faut vraiment ? Ca va aplatir ma houppe, je vais avoir l'air d'un beau con après… geignit Bagwell.
- Une vraie gonzesse… persiffla LJ en enfilant le sien. Je t'emmène pas sans casque. Si tu veux en arrivant je te brosserai les cheveux, et tu seras beau comme un camion.
L'Alabamien leva brièvement les yeux au ciel puis obéit, se vengeant en glissant lubriquement ses bras autour du garçon.
- Je te conseille de te tenir d'une main à l'arrière, sinon tu vas être tassé vers l'avant quand je vais freiner.
- Ca me dérange pas… lui assura-t-il avant de fermer sa visière, mettant fin à la discussion.
Le jeunot replia la béquille et laissa doucement descendre la moto jusqu'au portail, avant de la lancer rapidement sur la petite route de campagne qui menait à leur maison isolée. Theodore était moins à son aise qu'il n'aurait certainement voulu l'admettre. Il n'était pas monté sur ce genre d'engin depuis sa jeunesse, et encore, les bécanes antédiluviennes des petits va-nu-pieds de son coin paumé ne souffraient guère la comparaison. Pour commencer, ils avaient souvent la manie de s'entasser à deux ou trois sur ces tas de ferraille souffreteux, ce qui faisait qu'on les poussait tout au plus à des pointes de 50 à l'heure. Pensant apprivoiser à nouveau les sensations, cependant, T-bag profita d'un ralentissement alors qu'ils traversaient un lotissement pour s'autoriser à pétrir insidieusement la cuisse d'LJ à travers les importunes épaisseurs de jean et de cuir, lequel répliqua par un écart calculé, un petit écart de rien du tout, parfaitement maîtrisé par l'habitude, mais assez impressionnant pour qui n'avait pas l'habitude de la moto. En un clin d'œil, la main aventureuse du sociopathe s'était repliée autour de lui, cramponnée à sa taille comme la petite vérole au bas-clergé et, en complète panique l'espace d'un instant, il avait vociféré hargneusement à l'intention de son jeune chauffeur :
- TU REFAIS CA ET JE TE TUE !
Mais sa menace avait été parfaitement vaine sous son casque et le bruit du moteur… ce qui, en définitive, était probablement mieux pour sa fierté.
