Camarades de jeux

Partie 2

Oui, je sais, j'ai complètement craqué mon slip dans cette deuxième partie, surtout vers la fin... hm. -_____-' Me demandez pas pourquoi, je serais bien en peine de vous donner une justification rationnelle. ^________^'''

Plus tard, alors qu'il s'installait lui-même pour la nuit, il reçut un nouvel appel d'Abruzzi, auquel il répondit allègrement.

- Mister Mafia !

- Sergent Sodomie, lui répliqua une voix encore basse et embrumée.

- Alors, bien implanté en terre natale ?

- Pas mal. Je suis chez cet ami de la famille dont je t'avais parlé.

- Tu as une petite voix, quelle heure il est là-bas ?

- Le matin, je me réveille là. Je suis encore un peu sans-dessus-dessous avec le décalage mais il faut que je me force, de toute façon.

- Ca se passe bien ?

- … Oui… Je crois que la famille n'a pas encore décidé si elle me garderait encore sous son toit une fois que tu m'auras rejoint mais… pour l'instant c'est au poil.

- Tu leur as déjà dit que tu te vautrais dans le péché sodomitique ? s'étonna Bagwell.

- Affirmatif, répondit Abruzzi avec une trace de fierté dans la voix.

L'Alabamien haussa les sourcils et une moue d'admiration exagérée déforma ses babines.

- Bigre, moi qui croyais que je serais l'homme de main dévoué et qu'on jouerait aux lycéens en chaleur dans les coins sombres de la maison parentale, je me suis bien fourvoyé !

- Les seuls hommes de main qui marchent comme toi sont les cowboys qui ont oublié qu'ils n'étaient plus à cheval…

Le sudiste ignora royalement la remarque.

- Et ils ont bien pris le fait que tu aies viré ta cuti ?

- Plus ou moins. Je crois qu'ils ont tenu un grand conseil hier soir, quand je suis allé me coucher, pour savoir si oui ou non c'était mal. Je crois que ce qui leur pose problème, en particulier, c'est les mômes qu'on a fait pousser pour les élever ensemble. C'est pas très catholique, comme démarche.

- Ces gens… D'abord ils nous empêchent de tourner en rond parce qu'on baise sans procréer, et une fois qu'on procrée, ils font encore leurs mal-baisés ! Ils savent vraiment pas ce qu'ils veulent… constata T-bag, les yeux rivés sur ses ongles.

- Je te tiendrai au courant des résultats mais, s'ils acceptent, tu voudras quand même bien faire ce que tu peux pour faire bonne impression ? demanda un Abruzzi désabusé.

- Pour un peu je croirais que tu ne me fais pas confiance, sourit son comparse.

- Ils ont deux magnifiques enfants à la maison.

- Ah ? Garçons ou filles ?

- Les deux.

- Quel âge ?

- Entre six et huit, peut-être neuf.

- Hm…

- …

- … Ben c'est bien : les mômes auront des petits camarades de jeu !

- T'espères sérieusement me faire croire que c'est ce qui t'est venu à l'esprit ?

- C'est ce que tu entendais par « faire bonne impression », non ?

- Tu m'as eu. Continue dans cette voie… Mais c'est pas pour jouer à « bonjour la petite fleur » avec la gamine, par derrière.

- Oh, comme c'est mignon, cette façon de le dire ! s'extasia ingénument le sociopathe.

- Ouais, ben en attendant je t'étripe si j'ai vent de la moindre bavure, et crois-moi je veillerai au grain.

- Tu sais que j'adore quand tu uses de vaines menaces à mon endroit, Johnny-boy…

- Hé. Je ne déconne pas. La cambrousse italienne grouille de scouts. Mais on ne badine pas avec la famille, déclara gravement le mafioso.

- J'en prends bonne note…

L'ex-parrain lâcha un soupir de lassitude.

- Tu sais, aussi cinglé que ça puisse paraître, je réalise que ça me fait bizarre d'être tout seul au pieu. On s'habitue, l'air de rien, même après s'être fadé des mois de taule…

L'ancien chef aryen étira un sourire.

- Pense à moi qui n'ai jamais fait l'expérience d'un paddock vide, même en cabane.

- Oh oui, tout le monde sait quel don juan tu étais, T-bag… répliqua le mafieux, sarcastique.

- Je te taquine, Johnny-boy, moi aussi j'aimerais trouver ta viande dans les parages en me réveillant le matin.

Le plus cocasse dans cette histoire était qu'ils ne se réveillaient presque jamais en même temps, et qu'Abruzzi était souvent amené à se retourner et repousser les mordillements de Bagwell en maugréant des « fous-moi la paix, satyre », tandis que ce dernier lui allongeait parfois sèchement la main sur la figure en grognant des « arrête tes grimaces, je pionce, bon sang ». Avec un tout petit peu de recul, ils n'en demeuraient pas moins silencieusement contents d'être importunés au réveil. Le truand ne sut trop quoi répondre et biaisa le sujet.

- Tu as pu la voir ?

- J'ai pu. Elle marche.

- Vraiment ?

- Tu la connais, elle a fait sa rétive pour la forme mais ma langue de velours a fini par la convaincre.

- Tu parles au figuré, j'imagine.

- … C'est que ton esprit deviendrait aussi mal tourné que le mien… ou alors c'est la nostalgie de ladite langue de velours ? émit le sudiste d'un ton léger.

- Arrête, Theodore, c'est le matin, j'ai déjà un chapiteau à déplanter.

- Aw, et on ne voudrait pas pour cela souiller les draps de cette bonne maison, n'est-ce pas ?

- Teddy… l'avertit l'ex-parrain.

- Dans ce cas tu ferais effectivement mieux de ne pas penser à cette langue de velours autrement qu'en tant que métonymie, parce qu'au sens propre je ne te raconte pas les dégâts que ça pourrait faire, si tant est qu'on puisse qualifier ça de propre…

- « Mais ma religion ! mais mon Etat ! » protesta l'Italien avec une fausseté toute assumée.

T-bag lâcha un rire sourd et salace.


Plus tard, LJ entendit frapper à la porte de sa chambre. Il alla ouvrir pour trouver un Theodore coulé contre le chambranle, ses doigts tapotant nerveusement son menton, l'autre main plantée dans la poche. Le jeune homme le considéra et leva des sourcils interrogateurs.

- T'aurais pas un bon bouquin ? demanda-t-il.

- Bien sûr… répondit Lincoln Junior en le laissant entrer.

Il lui désigna la bibliothèque et lança simplement :

- Jette un œil et sers-toi.

L'Alabamien se mit à déambuler nonchalamment devant les étagères. LJ se laissa retomber sur son lit avec son propre livre et le regarda faire, le sourcil froncé et un sourire amusé en coin.

- Mark Twain… On en parlait pas plus tard que tout à l'heure avec ton bel oncle, déclara-t-il au bout d'un moment en s'emparant d'un ouvrage.

- Tu m'en diras tant.

- Oh, Laclos, en voilà un bon auteur ! On pourra dire ce qu'on voudra mais ces bouffeurs de grenouille s'y entendent pour la littérature érotique de haute pointure.

- J'imagine.

- Qu'est-ce que tu lis, toi ? demanda-t-il alors en le rejoignant pour jeter un œil à son bouquin.

Le sourire ironique du jeune Burrows s'accentua avant qu'il ne réponde :

- Howard Zinn, « Histoire populaire des Etats-Unis ».

T-bag s'installa naturellement à-côté de lui et se mit à lire par-dessus son épaule.

- Je te savais pas si passionné d'Histoire… observa-t-il.

- Oh, détrompe-toi, l'Histoire m'intéresse beaucoup ! Ca nous aide à comprendre toutes les erreurs que nous avons faites dans le passé, comme les Droits Civiques…

- Pfff…

Bagwell sourit de sa contrariété de jeune intellectuel gauchiste et entoura ses épaules avec ce qu'il essayait de faire passer pour de la camaraderie sans rancune.

- T-bag, prends un bouquin et tire-toi, on va pas coucher là, répliqua LJ.

- Ton père et ton oncle sont encore en train de jouer à la balancelle là en bas, je préfère leur laisser le temps de finir. Ca me gêne d'être le témoin auditif de leurs ébats !

- Dit l'homme qui se targue d'avoir été le premier témoin oculaire de leurs découvertes fraternelles.

- Je jubilais de mes prédictions, c'est tout. … Bon, d'accord, le spectacle était assez jubilatoire lui aussi, pour un pauvre ex-taulard en manque coincé dans un bain de tension hormonale avec une bande de clampins de son espèce, du moins.

Junior esquissa un sourire, compatissant cette fois.

- Je me sentais bien seul, tu sais, c'était affreusement triste… conta Theodore. A cette époque Johnny-boy piquait sa crise comme une pisseuse de seize ans chaque fois que je voulais jouer… Heureusement que ton bel oncle était d'un tempérament un peu plus ouvert aux autres.

A ces mots, des souvenirs plus que perturbants revinrent à l'esprit d'LJ. Il tâcha de se concentrer sur le New Deal de Roosevelt.

Un petit moment plus tard, cependant, son attention fut à nouveau troublée par des caresses légères dans ses cheveux.

- T-bag… grogna-t-il en réalisant que le prédateur d'enfants était en train de humer discrètement ses mèches châtain avec une béatitude apparente.

- Hm ? se contenta de répondre l'intéressé en descendant contre son oreille.

- Arrête de me r'niffler !

Le sociopathe se glissa alors subrepticement dans le creux de son cou pour caresser la veine d'une langue chaude avant de mordre la peau délicate. LJ prit une brusque inspiration subjuguée et catastrophée ; il se mit en tête de remuer, jusqu'à ce que la main de Bagwell ne se mette à parcourir résolument son corps par-dessus son tee-shirt, de la poitrine jusqu'au bas du ventre. Il lâcha son livre, qui dégringola sur le côté, et saisit en hâte le poignet. Son souffle s'étrangla un peu malgré lui et il protesta :

- Arrête ! Arrête ça tout de suite !

La voix rocailleuse de T-bag lui répondit à l'oreille :

- Mmmh continue, y a rien qui m'échauffe plus qu'un garçon qui dit non…

- N… T-bag ! l'avertit LJ, plus véhément que réellement effrayé.

La main qui reposait jusqu'alors sur son épaule vint cajoler son cou et l'arrête de sa mâchoire tandis que l'autre, cessant de lutter contre la prise qui la retenait, reprit de la hauteur, mais sous son tee-shirt cette fois. La paume câlina tendrement son ventre tandis que Theodore s'en reprenait passionnément à la chair de sa gorge. Junior suffoquait ; ses tentatives pour éloigner son ancien compagnon de cavale manquaient un peu de sincérité et ne réussissaient qu'à le pousser à se rapprocher de lui. Le jeune homme sentit bientôt le tissu rugueux du jean frôler le coton de son caleçon sur sa hanche.

- Bon CA SUFFIT ! cingla-t-il. Tu calmes tout de suite tes ardeurs ou j'appelle mon père !

L'Alabamien cessa et haussa des sourcils surpris.

- Depuis quand tu es devenu si prude, petit ? T'appelais pas ton père quand t'avais quinze ans et que tu fuguais en douce de la tente familiale pour venir nous rendre une petite visite vespérale…

- Ouais eh bien… comme tu dis, j'avais quinze ans… répondit LJ en retirant la main désormais inerte de sous son tee-shirt. J'étais un malheureux ado « coincé dans un bain de tension hormonale » !

- Oh, et à présent que te voilà dans ta petite vie étriquée d'étudiant en droit, l'andropause te guette, c'est ça ?

- Ecoute, je suis désolé mais certains d'entre nous dépassent la puberté.

- Oui… Je vois que tu es à la limite de la flétrissure, persiffla T-bag avec un regard de biais vers le renflement du caleçon.

- C'est pas le problème. Tu peux pas te pointer ici, profiter des faiblesses que tu connais, et ensuite exiger, sous prétexte que je ne suis pas en bois, que je te soulage du manque que tu accumules à nouveau. C'est trop facile ! décréta Lincoln Junior en croisant les bras.

- Mais si tu en as envie toi aussi ? Ca ne peut être que dans l'intérêt général ! Et tu m'as l'air d'en avoir très envie, LJ… argua Bagwell en caressant doucement le haut de sa cuisse pour se rapprocher du panier à friandises.

Le jouvenceau, cependant, éloigna à temps la main d'une claque sèche.

- On n'est plus en cavale. Je bosse pour toi, maintenant, y a une certaine éthique à respecter, pour l'amour du ciel !

- Une éthique, mon garçon…

- Débarrasse-moi le plancher, T-bag !

L'intéressé le fixa avec une fugitive moue suivie d'un mordillement de lèvre, comme s'il hésitait. LJ ne dit rien. Après quelques instants, le pédophile finit par battre en retraite avec un soupir de mauvais poil.

- Tu sais, tu es un sacré petit ingrat, mon garçon. Quand tu étais dans le besoin, moi j'étais toujours là pour donner de ma personne !

- Oui, j'imagine à quel point ça a dû te coûter… dit le jeune Burrows en ramassant son livre.

- D'abord j'étais le salopard de l'équipe, après l'homme-objet de service… J'en ai marre de la tyrannie de cette bande de saintes-nitouches, moi ! râla T-bag d'une voix forte avant de claquer la porte derrière lui.

LJ laissa sa tête retomber contre le mur et relâcha une profonde expiration. Puis, lorsque le bruit des pas dans l'escalier cessa, il se releva et gagna furtivement sa salle de bain.

Lorsqu'il passa devant la chambre des enfants pour rejoindre son canapé, bougon, Theodore entendit la porte s'ouvrir et deux petites têtes émergèrent de la pièce.

- Papa ? demanda une petite voix.

Le maniaque sexuel frustré se radoucit immédiatement et vint s'accroupir devant les deux petites formes serrées l'une près de l'autre.

- Ben alors, qu'est-ce qu'il y a, les mômes ?

Ses deux cadets vinrent s'accrocher à son cou.

- On arrive pas à dormir ! se plaignit Jimmy.

- Aw, dans un beau lit pareil ? Comment ça se fait ? s'enquit Bagwell en leur frottant gentiment le dos.

- Je suis inquiet, déclara formellement Caligula. Je veux voir Papa…

- Aaaaww, mais y a pas de raison de s'inquiéter, mon Gugul, vous le reverrez bientôt ! lui assura-t-il avant de se tourner vers James Junior. Toi aussi tu te fais de la bile, gamin ?

- Non, moi j'ai juste pas sommeil. Et je m'ennuie, répondit-il en frottant sa joue sur les cheveux duveteux de son papa.

- Bon, alors voilà ce qu'on va faire : toi tu vas rester avec moi un petit moment, dit-il au benjamin. Et toi, Jimmy, si tu t'ennuies, tu n'as qu'à aller jouer avec LJ, il n'est pas encore couché.

- D'accord, acquiesça tout de go le garçonnet en prenant le chemin de l'escalier.

T-bag le regarda partir avec un sourire qui réussissait le prodige d'être à la fois mesquin et tendre. Puis il attrapa Caligula.

- Allez viens, toi.

Il souleva le bambin et le ramena avec lui dans le salon. Lorsqu'il entra dans la pièce, il commença par longer le mur en tapant régulièrement dessus de sa main libre et en claironnant :

- J'AI UN ENFANT AVEC MOI ! ATTENTION ENFANT ! Y A UN ENFANT ICI DANS CETTE PIECE !

- Pourquoi tu fais ça, Papa ?

- T'occupe, bout d'chou.

De l'autre côté de la cloison, Lincoln et Michael froncèrent un sourcil.

- L'enfoiré, je parie qu'il est allé réveillé ces pauvres gosses exprès.

- Ne fais pas l'enfant, Lincoln, tout ce que tu as à faire c'est d'être un peu plus silencieux…

Burrows répondit par un grognement contrarié.

- Allons, on sait tous que tu en rajoutes juste pour le faire bisquer, tu ne brames jamais si fort d'habitude, s'amusa tendrement Gueule-d'Ange en se penchant pour mordiller son oreille.

Le Déluge dut bien admettre qu'il était toujours la voix de la raison, même lorsqu'il remuait ses hanches sublimes contre le giron de son grand frère d'une manière aussi indécemment voluptueuse.

Les mesures de précaution étant prises, à la satisfaction particulière de T-bag, le suprématiste blanc ramena convenablement son petit dernier contre lui pour qu'il puisse poser ses mèches légèrement bouclées dans le creux de son épaule et passer un bras autour de son cou.

- Là, bonhomme… Papa Teddy est là… Papa Johnny va bien, il est juste aux prises avec une famille catholique mais, le connaissant, il s'en sortira.

- C'est quoi un catholique, Papa ? demanda l'enfant.

- Une personne qui, parce qu'elle croit en Dieu, voudrait ne pas laisser les autres faire ce qu'ils veulent de leurs zizis, mais croit pourtant qu'on peut se dédouaner de tout en allant le raconter à un curé.

- Ben ! C'est n'importe quoi : c'est ton zizi, tu fais ce que tu veux avec, comme tu nous as toujours dit, hein Papa ?

- Ca c'est sûr, et ne laisse jamais un prêtre catholique te dire le contraire, surtout, tu m'entends ? insista le pédophile.

- Un prêtre c'est comme un curé, c'est un monsieur qui porte une robe, comme on a vu, hein ?

- Hm-hm, acquiesça Theodore en le berçant légèrement par petites secousses.

- Mais « se dédouaner », ça veut dire quoi ?

- Ca veut dire ne pas prendre ses responsabilités. Par exemple, si tu soulèves la jupe d'une fille, tu vas le raconter au curé, et c'est comme si tu ne l'avais jamais fait. Pratique, hein ?

- Mais c'est super, je veux êt' un catholique, moi !

- Ne dis pas de bêtise, on ne devient pas un homme en étant catholique. Quand on a soulevé la jupe d'une fille, il faut le clamer haut et fort et en être fier, déclara solennellement Theodore.

- Mais Papa Johnny, c'est un catholique, lui ?

- Il croit qu'il l'est parce qu'il porte cette petite croix à la mords-moi-le-nœud autour du cou, mais il ne respecte strictement aucune des règles qu'on doit suivre pour en être. C'est du flan, tout ça, Dieu merci d'ailleurs, si j'ose dire !

- Mais ceux qu'il est avec, là-bas, y risquent de lui en vouloir, alors.

- Te fais pas de mauvais sang, p'tit bout. Ton père s'en est tiré quand je lui ai tranché la gorge en prison, tu te rappelles ? Il survivra aux sermons d'une bande de cul-bénits… lui assura T-bag.

Caligula hocha la tête sur son épaule, confiant ; il frictionna à nouveau son petit dos pour le tranquilliser et déclara :

- On l'appellera tous ensemble demain, c'est promis. Mais pour ce soir, finies les questions de spiritualité. Il est de temps de dormir.

Le bambin se blottit étroitement contre la chaleur du tee-shirt et se laissa bercer par le rythme lent de la chanson que T-bag se mit à fredonner et dont les notes basses vibraient dans sa poitrine.

- 'Sun went down… 'Stars came out… and I could heeear the wind blowin'… Mexican girl, walkin' daaawn the Tucson street… destination nowhere… Gone long gone… Are you lost, radio girl ? Gone long gone… Are you looost, radio girl ?


Jimmy Jr vit de la lumière sourdre sous le seuil de la porte de la salle bain. Il voulut entrer, mais constata que la porte était cette fois dûment verrouillée. Il poussa un soupir déçu, et tendit l'oreille. Il n'entendit que le bruissement d'une respiration profonde, pas celui de l'eau qui coule. Dommage. Il se rabattit alors sur la chambre, certes vide, mais tout de même digne d'intérêt. Il grimpa sur le lit et s'amusa à rebondir dessus un moment, puis ouvrit le livre qui reposait dans un coin.

- « dé-lé-tère »… lut-il avec curiosité sur la page.

LJ, pour sa part, était tranquillement en train de se débarrasser de l'énième nœud de tension libidinale qu'on lui avait infligé en dépit de toute sa bonne volonté. Les souvenirs renfloués par ce pervers de T-bag l'avaient empêché de se remettre le nez dans son bouquin et la tête dans les déboires des victimes de la Dépression de 29. Comment était-il censé se sentir réellement concerné par les vices intrinsèques du système capitaliste quand on lui avait obligeamment rappelé cette nuit de stupre absolu où, de guerre lasse, il avait laissé sa concupiscence et son inconscience de tout jeune freluquet le précipiter sous la tente d'un mafioso et d'un pédophile qui passaient la moitié du temps à s'écharper et l'autre à se monter dessus ? Ce qui devait arriver était arrivé : il avait fini presto dans leur sac de couchage, commun depuis un bout de temps déjà, il en était sûr, à laisser son tee-shirt se retrousser et son caleçon couler sans opposer la moindre résistance. Au départ Bagwell avait voulu prendre la main, le plaquant au sol et le recouvrant de son torse nu pour pouvoir prendre tout à loisir possession de lui, mais Abruzzi l'avait vertement bousculé. « Qu'est-ce que t'as à râler, encore ? Ca t'intéresse pas les garçons, non ? » lui avait sifflé Theodore au visage. « Il est hors de question que tu t'en arroges plus que moi, Teddy. » avait répliqué John hargneusement. « Ecrase, tu es un véritable boucher, tu saurais pas t'y prendre… » « Je suis un boucher quand j'ai affaire à quelqu'un qui me supplie pire que si sa vie en dépendait, et je sais de quoi je parle. » « Heu, les gars, je peux vous laisser seuls si vous vou… » « Toi la ferme, petit. Maintenant que t'es là, tu y restes ! » T-bag l'avait attiré à lui et Abruzzi l'avait rattrapé par les hanches, si bien qu'il avait eu l'impression d'être un doudou entre les pattes de deux sales gosses. Il avait fini serré comme une sardine entre les deux comparses et avait cru bon d'émettre l'une de ses remarques préférées à cet âge : « vous êtes totalement immatures, les gars ». Le mafieux était resté coi mais le sociopathe avait ricané de bon cœur. « C'est ce qu'on va voir… » avait-il conclu en se léchant la lippe avant de s'attaquer à son cou en suçant et en mordillant la peau juste à l'endroit où battait le pouls. Ce souvenir ravivé un instant plus tôt par la sournoiserie de Theodore, dont il gardait une légère trace, lui donna quelques sueurs tandis qu'il continuait à se livrer au joie de l'onanisme. La brûlure humide de sa langue dans le creux de son cou, la barbe de six jours d'Abruzzi rugueuse sur sa nuque, la main de T-bag qui guide la main étrangement précautionneuse de John sur son torse fluet… LJ étrangla un léger gémissement. Les doigts de Bagwell qui laissent ceux d'Abruzzi agacer doucement sa poitrine d'adolescent pour glisser lestement sur son flan, puis sur sa croupe, en appréciant la fine courbure. Les lèvres et les dents de T-bag qui rencontrent l'haleine plus distante du mafioso sur la jointure sensible de son épaule et de son cou, la bouche d'Abruzzi qui se fait brusquement plus féroce et assaille celle du sociopathe. Ce baiser incongru qui gronde juste sous ses yeux fascinés, tandis que la main sur son buste saisit brutalement l'épaule de Bagwell pour le retenir tout près, et que l'autre quitte l'arrière de sa cuisse pour aller se refermer ailleurs, à en croire les frôlements languides du poignet près de ses fesses… LJ poursuivit son ouvrage un peu plus fermement, la bouche entrouverte sur un souffle chevrotant. La tension que T-bag aspire entre ses dents et qui grésille à son oreille, lorsque John suit le mouvement et baisse le caleçon de son complice, ne laissant là pour tout rempart que sa grande pogne de mafieux couvrant son sexe pour le masser délicatement. La voix rauque d'Abruzzi qui y succède, lui suggérant de l'aider à faire gémir ce prétendu grand psychopathe. « Va te faire foutre, Mister Mafia » en réplique, puis un hoquet incrédule lorsque ses doigts, après avoir suivi le dos de la main de John, se risquent à caresser tout doucement les deux orphelines abandonnées. Les halètements profonds de Bagwell dans le silence de la tente, qui finissent par se muer en un reproche de déloyauté à l'encontre des deux complices. Le ricanement de requin d'Abruzzi lorsqu'il annonce « Et voilà un Teddy qui commence déjà à être tout mouillé ! Le gosse avait raison : tu es « totalement immature »… ». Un ordre essoufflé : « Le gosse… Fais goûter au gosse, il l'a bien mérité »… Le souvenir de tous ces sons lui montait à la tête, ainsi que toutes les turpitudes qui avaient suivi et lui avaient affolé les sens. Les phalanges du mafioso que Theodore retire de son érection spumescente et lui présente, perlées d'une larme de suc. L'odeur puis le goût de la souillure, âcres dans les faits, capiteux dans le feu de l'action. Son désir qui lui grimpe aux reins, attisé par le grognement sourd qui ronronne dans la gorge de John et surtout par ce regard forcené dont T-bag le dévore en susurrant de son timbre traînant « vas-y, mon garçon, c'est très bien… ». La sensation des doigts juteux qu'il voudrait lui fourrer plus loin dans le bec et que l'ex-parrain, mine de rien, retient. L'accès de fièvre qui s'empare alors de Bagwell comme il saisit sa cuisse et force son bassin tout contre le sien. Le sexe dur, chaud et poisseux contre le sien. La paume qui glisse furieusement sur l'une de ses fesses, bientôt rejointe par sa jumelle comme T-bag l'empoigne pour de bon. Sa chair juvénile pétrie et ouverte comme un abricot… L'excitation embarrassée mais tellement irrésistible de cette position vulnérable, tandis que les reins du sociopathe assaillent son bas-ventre de manière un peu éperdue. L'intervention d'Abruzzi qui enjoint Theodore de se calmer puis prend les choses en main… et les manie fort bien ensemble. Le cri un peu désespéré qu'il lui arrache et qui vient se mêler aux grognements à peine retenus de l'Alabamien. Et une ardeur silencieusement attendue qui point entre ses rondeurs garçonnières toujours offertes par T-bag, en humecte le creux, en menace le coeur avant de passer outre et de les rejoindre dans leurs joyeuses et impures frictions… LJ lâcha un geignement submergé et s'abandonna enfin, se soulageant de ces préoccupations qui avaient fortement tendance à obnubiler une fois qu'elles avaient planté leur tente dans l'esprit… et ailleurs.

Il se reculotta gaiement et regagna sa chambre, fin prêt pour un bon dodo. Il rangea son livre sur la table de chevet et se mit au lit. Quelle ne fut pas sa surprise, en se retournant, de tomber sur une petite boule de chaleur blottie à-côté de lui. Il hurla d'abord par réflexe et alluma sa lampe de chevet, pour trouver un petit Jimmy tranquillement installé dans son pyjama rouge à girafes jaunes. Son hurlement se mua en une plainte résignée.

- Qu'est-ce que tu fous là, toi ? aboya-t-il sous le coup de l'émotion.

- Ben rien. Je dormais pas et Papa m'a dit que tu dormais pas non-plus alors… Je m'suis dit qu'on pourrait jouer, répondit simplement le petit garçon.

« L'enfoiré… » songea LJ avant de répliquer :

- Oui eh bien je ne suis pas d'humeur à jouer, moi, je veux dormir.

- Je peux dormir avec toi ?

- Non, retourne dormir avec tes frères. Allez, ouste !

Jimmy le dévisagea de ses grands yeux bruns pendant un moment avant de lancer, comme une fleur :

- Tu veux bien me remontrer ton zizi si je te montre le mien ?

Epouvanté, Lincoln Junior s'empressa de répondre :

- Mais enfin, Jimmy, ça se fait pas !

Il se sentit aussitôt bien hypocrite, lui qui s'était frotté à ses parents avec aussi peu d'équivoque que s'il avait porté un tee-shirt « Je suis un ado en rut et j'ai besoin qu'on me touche »…

- Pourquoi ? demanda ingénument l'autre Junior.

- Ton père t'a jamais appris cette comptine ? « Mooon corps c'est mooon corps, ce n'est pas le tieeen ! » entonna le jeune homme. « Tuuu as ton corps donc ne touche pas au mien ! »

James le considérait à présent avec air à la fois dubitatif et vaguement navré.

- … Non, j'imagine que non… se résigna LJ, se sentant à présent assez con.

- … Mais si je te montre le mien, on partage ! C'est bien d'partager ! insista l'enfant.

Lincoln Junior dut se jeter littéralement sur le pantalon de pyjama rouge à girafes jaunes pour empêcher le gosse de le baisser tout naturellement.

- Nooon… ! Ecoute, Jimmy, ton zizi ne m'intéresse pas ! Alors retourne faire dodo dans ta chambre, tu m'entends ? asséna-t-il fermement.

A ces mots, il lut le choc et l'incompréhension dans les yeux du petit bonhomme, qui ne tardèrent pas à se remplir de larmes.

- Oh, non, allons… ne pleure pas, le supplia LJ.

Les lèvres se crispèrent aussitôt vers le bas et un reniflement piteux se fit entendre. Désemparé, le jeunot songea tout d'abord à le ramener à son père, puis il imagina le chérubin lui confier ses malheurs et T-bag, outré, s'exclamer : « qu'est-ce qui te prend de castrer le gamin comme ça ? C'est pas bon pour son développement ! » En désespoir de cause, il lâcha :

- Bon, c'est d'accord, tu peux rester dormir vers moi mais à une condition ! Tu gardes ton pantalon et tu fais pas le mariole. Je veux pouvoir passer une bonne nuit…

Jimmy retrouva le sourire et acquiesça avidement. Après l'avoir jaugé une dernière fois du regard, le jeune Burrows éteignit la lumière.

- Bonne nuit, LJ !

- Dors bien, Jimmy.