Les examens sont finis. L'été est là... C'est reparti ! ^_^
Un grand merci à tous ceux qui suivent encore pour leur patience !
Abruzzi s'enfilait les meilleures olives qu'il avait goûtées depuis longtemps, sur la terrasse du patio, tout en écoutant avec attention les termes de l'accord que son hôte lui présentait sans avoir l'air d'y toucher. Nino semblait avant tout embarrassé par la situation. Le simple fait de donner à son hospitalité des allures de négociations le chiffonnaient au plus haut point. Il ne pouvait pourtant pas se permettre d'accueillir n'importe quelle foire sous son toit et celui de la mère de ses enfants, n'est-ce pas ? Peter et Mark-Antony l'encadraient mais ne faisaient guère qu'acquiescer ou dodeliner de la tête autour de la conversation.
- I tui bambini non sono un problema per noi, John… Rosalia è lieto deli ricevere. Ama i sui pronipoti, è contenta che possono avere amici a casa. I tui ragazzi possono stare tutto il tempo che ci vuole, va bene ?
Abruzzi inclina la tête.
- A proposito di quello tizio… Che tipo è, hm ? demanda Shibetta.
- Che cosa vuoi dire con « che tipo », Nino ? l'interrogea à son tour John en faisant tourner son cure-dent au coin de sa bouche.
- Non so, John… E un frocio? E… stravagante o… ?
Abruzzi s'accorda un sourire amusé, mais en gardant la retenue qui convenait malgré tout. Il répondit en repassant automatiquement à l'anglais, qui lui était plus naturel :
- Je ne me mêle pas aux tapettes…
Il fit grâce à Theodore de sa main légère pour la bonne impression et reprit :
- Extravagant… ça dépend de ce que tu entends par là, j'imagine. Il vient du sud profond et, aux Etats-Unis, le sud profond c'est comme en Italie : que des consanguins et des va-nu-pieds sans le sou.
Nino sourit.
- Il a gardé un côté un peu rustre, quoi, résuma John d'un air dégagé.
- Mieux vaut un homme rustre qu'une folle, pas vrai ? déclara Shibetta en avalant le fond de son verre de chianti.
- Il est du genre raciste… avec les noirs. En taule, chez nous, tu es avec eux ou contre eux, tu comprends ?
L'Italien reçut la nouvelle avec un simple geste évasif.
- Il est aussi un peu cavalier avec les femmes mais je saurai le tenir. Et il ne manquera de respect à personne dans ta maison, fais-moi confiance ! lui assura l'ancien boss de Chicago.
- Caspita, John, mais tu me parles d'un homme normal, là ! s'exclama Nino, toujours aussi incrédule.
Certes, Abruzzi n'avait pas été de toute bonne foi dans ses mises en garde. Présenter la rustrerie et la cavalerie comme les défauts de Bagwell, c'était un peu comme se dire perfectionniste à un entretien d'embauche. Aucun mensonge là-dedans ! Mais il glissait gentiment sous le tapis son manque cruel de galanterie au meurtre ou encore son aisance à entreprendre les jeunes garçons innocents. Il avait espoir d'en limiter l'incidence sur le cercle familial…
- Bon, reprit Nino. Voilà ce qu'on va faire : je n'ai pas d'objection à ce qu'il reste ici le temps que ça se tasse. Mais ce qui se passe entre vous, John, je te demande que ça reste entre vous. T'es pas un de mes gars, ça me concerne pas. Mais je veux pas en savoir plus, d'accord ?
Peter secoua la tête.
- Assolutamente, acquiesça Abruzzi.
- Je veux pas que mes p'tits-n'veux soient perturbés, tu comprends ?
- Les gosses causent, cela dit…
- Ces gosses, justement… à qui ils sont, exactement ? demanda le Napolitain en fronçant les sourcils.
- Il y a de lui et il y a de moi dans le lot, répondit-il évasivement.
- Bon. Pour les gosses, les tiens sont les tiens. Les siens sont les siens. E chiaro ?
Abruzzi le considéra alors, son œil bleu scrutant la marge de négociation.
- Y a pas le choix, John. Comment tu voudrais que je leur explique vos histoires, hein ? Ces petits vont à l'école catholique, pour l'amour du ciel.
- Il y en a un dont on n'est pas sûr… précisa-t-il laconiquement.
Nino expédia le problème sans se démonter et surtout sans chercher à comprendre.
- Ce sera le tien, dans le doute !
- Theodore n'acceptera jamais ça.
- Eh bien s'il n'est pas content, il s'arrangera autrement, hein ? répliqua Schibetta, soudain cassant.
John le laissa se calmer quelques instants, sans le lâcher du regard.
- Ils m'appellent tous Papa, Nino… On change pas ça.
Mark-Antony considéra le chef de famille. Au bout d'un moment, ce dernier finit par répondre :
- Vu le nombre de bonshommes qu'ils appellent Oncle, ils n'en sont plus à ça près… On leur expliquera qu'en Amérique c'est pareil, mais avec Papa pour la famille proche…
Abruzzi lui renvoyait cette fois un air dubitatif, si ce n'est vaguement navré.
- Elle a quel âge, ta petite-nièce ?
- Neuf ans, pourquoi ?
John s'appliqua à mettre son noyau dans la coupelle et hocha la tête sans mot dire. Son silence était toutefois évocateur.
- C'est Lucy qui me le demande, John. Mais je ne me cache pas derrière elle, je suis responsable de ces petits.
« Sale mick », pensa l'Américain en son for intérieur.
- Je comprends son point de vue, acquiesça-t-il cependant.
Après tout, l'hospitalité des Schibetta ne leur était pas due dans de telles conditions, loin s'en fallait. Cela, Abruzzi le gardait bien à l'esprit. Quelques instants après, Nino reprit :
- Rosalia vous préparera donc vos chambres : per te, per i tui bambini, e per lui. Va bene ?
En relevant les yeux vers lui, John constata qu'il cherchait instamment son regard. Il le soutint longuement, essayant de ne pas grincer des dents, puis inclina finalement la tête.
- Va bene.
Le pot de départ de Bagwell fut discret et un peu amer. Il fit tout de même cadeau d'un cubi de bière à ses garçons pour leur remonter le moral, lui qui était d'ordinaire très regardant sur leur consommation d'alcool lorsqu'ils étaient en déplacement. Ils trinquèrent entre trois canapés et quelques poufs à la cahute. Il donna ses ultimes recommandations, puis tâcha d'alléger un peu l'ambiance. Les minets finirent par prendre congé quelques soupirs attristés furent lâchés mais personne n'en vint aux larmes, ce qui froissa sans doute quelque peu T-bag en son for intérieur. LJ lui proposa de revenir le chercher en soirée. Theodore avait encore pas mal d'ouvrage sur le métier il finirait de travailler seul les deux prochains jours, le temps que le patrimoine familial soit en sûreté, les affaires expédiées, les papiers préparés et la logistique du voyage prise en charge. Alors qu'il se laissait tomber dans son fauteuil, cependant, il entendit un grattement penaud réclamer l'entrée de son bureau.
- Oui ? répondit-il, curieux.
Morten se faufila à l'intérieur et le considéra de ses yeux torturés de petit gothique manqué.
- Je peux te parler ? demanda-t-il.
- Sûr, petit, viens là ! dit le couturier avec une joyeuse commisération toute prête à dispenser le supplément de consolation dont le benjamin aurait besoin.
Celui-ci posa son sac à dos par terre.
- Je peux te parler sérieusement, pour une fois ? répliqua-t-il en remontant l'une de ses longues chaussettes à damier d'un geste anxieux.
Bagwell acquiesça, la main sur son bureau, avant de s'enquérir sur un ton qui n'était pas tout à fait dupe :
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Morten barguigna quelques instants puis finit par prendre place directement sur les genoux de Theodore, y grimpant doucement à califourchon pour déclarer :
- Ca va me faire triste de ne plus revoir tes gamins.
T-bag l'avait regardé faire, mi-stupéfait mi-catastrophé mais se gardant bien de le montrer. Dieu savait que Morten aimait à le mener par le bout du nez en paradant un peu plus que de raison au moment choisi mais Teddy n'avait jamais eu le droit d'y mettre la patte. Il n'avait jamais senti ces petites cuisses encore filiformes, avait à peine imaginé les sentir un jour ouvertes contre les siennes. Le gosse devait avoir une furieuse intention de parler affaire pour lui monter dessus de la sorte…
- … D'accord… finit-il par répondre sans bouger. Je te propose de les voir quand tu veux d'ici dimanche, voire le jour du départ.
- Tu les prends avec toi pour partir, donc ?
- Bien sûr.
- Non seulement je veux vous accompagner au départ mais je veux partir avec vous, décréta Bjorksen.
Le pédophile le considéra, franchement perplexe cette fois. Il n'y avait que de la gravité résolue dans les yeux noisettes cernés de noir.
- Pourquoi Diable voudrais-tu faire une chose pareille ?
- Qu'est-ce que je vais devenir, moi, si tu me laisses là ? Encore cinq ans coincé dans neuf mètres carrés au milieu de la faune, m'endetter à vie pour me payer deux-trois années d'études pour avoir un boulot décent, et bosser au McDo pour assurer le tout-venant ? Non merci !
- Il faudra bien que tu fasses des études, mon trésor. Faut avoir un sacré talent pour s'en sortir sans diplôme dans ce monde urbain pourri. Et puis t'auras des bourses, grâce à l'Etat-Providence que les démocrates se sont tués à nous imposer…
- Tu parles que je vais ramer avec ça…
Le filou. Il appréciait les bonnes choses, avait de la suite dans les idées, et savait se débrouiller, trois qualités qui faisaient de redoutables jeunes loups bien armés pour tirer le maximum de leur donne de départ, aussi maigre fût-elle. Passé le choc de la doléance, T-bag oblitéra l'excitation que lui procurait la perspective pourtant bien incertaine et entreprit de presser un peu le citron.
- Mais tu as une vie, ici, enfin !
Morten haussa les épaules.
- Oui. Et j'en aurai une autre en Europe.
Après un hoquet de rire un peu haut, Theodore lui répliqua :
- Ne parle pas comme si tu y étais déjà, bonhomme, c'est loin d'être aussi simple !
Et en cela il disait la vérité.
- Qu'est-ce qui t'empêche de m'emmener?
A ce moment-là, le garçon se rapprocha légèrement, inquisiteur. Ses guiboles glissèrent brièvement sur le pantalon de Bagwell et son tendre derrière quitta la dureté de ses genoux pour trouver une assise plus confortable un peu plus haut sur ses cuisses.
- Eh bien, pour commencer, dois-je te rappeler que pour l'heure tu es la propriété des Etats-Unis d'Amérique ? répondit le sudiste en dissimulant mal sa convoitise, la main sagement à plat sur le bureau.
- Où t'as lu que j'étais une propriété ? rétorqua le préado, franchement goguenard.
- Au hasard : dans le code pénal.
- Alors là, je me marre. Le code pénal, je m'assois dessus et j'ai pas l'impression que c'est ce qui t'arrête de manière générale, lança-t-il avec un sourire connivent.
- Je veux dire par là que ça pose des complications. Je ne peux pas t'embarquer comme ça.
Il y eut un silence. A nouveau Morten sembla hésiter et dévisagea le sociopathe comme pour se faire comprendre tacitement. Les yeux toujours levés sur lui, T-bag haussa les sourcils. Le garçon se laissa alors tomber sur son épaule, comme pour éviter son regard, et demanda :
- Teddy, tes gamins, ils voyagent comment ?
Bagwell ne put réprimer un sourire. Il n'était vraiment pas si con, le salopiot. Restait à savoir si sa perspicacité suffirait à les conduire quelque part. Son silence momentané encouragea Morten, qui se redressa finalement. Il sentit les cuisses qui l'enserraient gentiment se tendre contre les siennes. Les petites fesses du garnement pressèrent à nouveau sa chair, toutes rondes et toutes menues. Le souffle de T-bag se raccourcit légèrement et, pour différer sa réponse, il risqua un regard à son giron en appréhendant déjà l'état des lieux. L'étroit damier noir et blanc des longues chaussettes tirait l'œil et rejaillissait dans les bretelles qui assuraient le short noir. Un lambeau de peau laiteuse émergeait entre eux, à mi-cuisse, et Theodore regretta de ne pas en sentir la chaleur sous son futal. Rien ne lui échappait des pressions et des imperceptibles frottements de tissus lorsque le garçon remuait, mais sans les nuances du coton, de la toile dure ou de la chair. L'emprise des jambes encore frêles se referma sur lui l'espace d'un instant, dans un geste impatient qui voulait faire avancer la monture et s'arroger gain de cause.
- Allez, Teddy, prends-moi avec vous, s'il te plaît ! Je m'incrusterai pas, c'est promis, je sais gérer… J'ai du fric. Tout se passera bien !
Morten sentit la main de Bagwell courir sur sa chaussette avant même de l'avoir vu quitter le bureau. Il sursauta brusquement. Lorsqu'elle s'aventura délicatement sur sa peau, il la stoppa aussitôt par réflexe.
- Hé, non ! Pas ça !
Theodore inclina la tête.
- Petit, t'as vu où tu es ? Drôle de position pour jouer la brigade des frontières personnelles…
- Oui mais toi tu t'es déshabillé pour de l'argent au Nouveau-Mexique, c'est pas ça qui va te faire peur. Moi on me touche pas, pour le moment, asséna l'inconscient garçonnet en balayant sa main.
- « Pour le moment » impliquant que si je veux entrer en lice quand il sera temps, il faut que je t'emmène avec moi, c'est bien ça ? badina le sociopathe avec un sourire ironique.
Morten rajusta le haut de sa chaussette et se contenta de répondre :
- Une chose est sûre : si je reste ici, c'est clair que tu peux faire une croix dessus !
« Tiens donc » aurait volontiers répondu T-bag, tout sourire. Il s'amusait tout à fait de la situation mais il ne fallait pas trop pousser ce genre de petit jeu avec lui, sous peine de le voir soudain transgresser les règles sans prévenir. Il savait que tout le monde avait déserté le bâtiment et cette seule pensée constituait une tentation difficile à outrepasser. Ils étaient seuls. Morten sur lui, à faire joujou et à lui agiter une carotte sous le nez sans se rendre compte qu'il n'avait qu'à tendre le bras pour l'attraper. Il se voyait très bien poursuivre ses caresses à l'intérieur des cuissots chauds, le saisir et le faire glisser au bout de ses flâneries, sur la butte bien dure qu'il avait fait pousser là, juste pour voir la tête qu'il ferait. Et ces frêles guiboles étreindraient sans doute beaucoup mieux les siennes une fois renversées sur un bureau, le damier plissé aux chevilles. Il se redressa, profitant de la manœuvre pour faire rebondir le môme sur ses genoux, sans le quitter des yeux. Il n'avait qu'à plier la jambe pour saisir la lame dans sa botte, en cas de besoin.
- Donc… reprit Morten, soudain légèrement mal à l'aise. Si je continue à bosser pour toi, je pourrai me trouver un coin et rien demander à personne. Ca va le faire. De toute façon je peux pas rester encore cinq ans au foyer, je te jure, je vais péter une durite là-dedans !
L'ex-taulard le lorgna un moment.
- C'est pas de la tarte de fabriquer des faux comme ça… Et c'est pas de mon ressort comme t'imagines. T'as tes papiers sur toi ?
- Dans mon sac, acquiesça Bjorksen en se levant pour retourner vers l'entrée.
Il les tendit à Bagwell en restant debout, cette fois. Ce dernier soupira.
- Je sais vraiment pas si ça va être faisable, petit…
- Tu veux bien faire ton possible, malgré tout ? le pria Morten.
- J'essaierai, abdiqua T-bag.
- Merci, Teddy. Merci, j'apprécie.
- J'ai dit que j'essaierais alors ne te monte pas le bourrichon ! l'avertit l'Alabamien. Allez file, maintenant. J'ai du pain du planche !
Le préado attrapa son sac et quitta les lieux, le pas un peu plus léger. Theodore resta un moment hagard puis, tel Madame Bovary, il s'exclama pour lui-même avec une incrédulité non-feinte :
- Comme j'ai été sage…
Il pressa d'une main l'arrête de son nez et de l'autre son entrejambe, puis il lâcha un lourd soupir. Un simple constat s'éleva dans la solitude de son bureau.
- Seigneur Tout-Puissant j'ai besoin de baiser quelqu'un.
Lorsque LJ vint le chercher en fin de journée, il avait abattu un boulot incroyable.
- Je te préviens, ce soir, c'est l'Déluge qui se colle à la tambouille, parce que je suis lessivé… sans compter que j'ai encore une jolie partie de marchandage qui m'attend, du genre pas piquée des hannetons… déclara le sudiste avec une nervosité assez inhabituelle.
- Ca risque pas : il va traîner je-ne-sais-quel tripot avec ses potes… Il rentrera pas tard mais pour la bouffe c'est mort, prédit Junior. Et puis, ça faisait partie du marché, la cuisine !
T-bag sortit de la cahute en soupirant et verrouilla l'entrée.
- D'accord, d'accord… Je m'en charge. Au moins je pourrai peut-être coincer ton bel oncle pour me consoler.
- Un peu tendu du goupillon, à ce que je vois, observa LJ en lui donnant son casque. Morten t'a fait des misères, tout à l'heure ?
- Cet enfant est un bourreau.
- J'en doute pas, sourit Junior.
- Le petit veut venir avec nous, figure-toi, dit Bagwell en enfilant les gants de moto.
- Sérieux ?
- Comme je te le dis.
LJ marqua un temps d'arrêt avant d'enfiler son casque.
- Hé ben, il s'est vraiment attaché.
- Il ménage son train de vie présent et futur…
- C'est ce qu'il t'a dit ?
- Quoi, tu penses qu'il traverserait l'océan juste pour mes beaux yeux ? demanda T-bag avec un sourire sardonique.
- Pour tes beaux yeux sans doute pas… mais tu es tout ce qu'il a vu d'une famille depuis un sacré bout de temps. Il s'accroche, pour ce que ça vaut, je pense… C'est normal.
- Comment ça « pour ce que ça vaut » ? répliqua le sociopathe, vexé.
LJ enfourcha sa bécane et demanda :
- Tu vas faire quoi, du coup ?
- Ca, c'est avec Abruzzi que ça va se négocier… répondit Theodore en s'installant derrière lui, les bras languides autour de sa taille.
- Bonne chance, lui souhaita le jeune Burrows avant de baisser sa visière.
T-bag s'était installé sur le canapé où il avait été relégué. Les enfants n'étaient pas encore rentrés d'un petit tour avec Michael et il profita du calme de la maison pour passer son coup de fil.
- Teddy ?
- John, salut… Comment ça se passe, là-bas ?
- Pas trop mal… On se faisait une petite partie de poker bon-enfant avec les gars, autour d'une petite liqueur… Nino t'accepte officiellement dans sa maison, au fait !
- Trop d'honneur ! Comment t'as réussi à le convaincre ?
- Je lui ai assuré que tu ne te baladerais pas en mettant la main au cul de tout le monde.
- Je serai donc sélectif. John, j'aurais… une faveur à te demander. Du genre qui risque de me coûter cher mais je suis prêt à payer la note.
- Dis toujours.
- Aujourd'hui Morten est venu me dire que les gosses allaient beaucoup lui manquer et qu'il avait du mal à se faire à ce soudain départ… Il m'a dit à quel point ce serait dur pour lui de continuer encore des années sans rien voir d'autre que les bancs de l'école et le foyer et…
- Oooooh Theodore : non.
- C'est pas fair-play, ce que je lui fais, John ! Du jour au lendemain je le prive du travail où il s'épanouissait. Je le balance dans la nature, où il est tout seul, et je lui dis de se débrouiller ! De grandir dans sa cage à lapin et d'essayer de se faire une place dans ce monde, sans personne pour le soutenir !
- De grands Américains se sont construits comme ça…
- Eh ben, mettons les gosses à l'Assistance tout de suite, dans ce cas…
- D'accord, c'est pas facile, j'imagine bien. Mais il a survécu jusque là avant toi, Teddy, il survivra après.
- Pourquoi tu lui refuses d'emblée ton aide, comme ça ?
- Je ne lui refuse pas mon aide, j'aime bien ce gamin ! Je suis prêt à lui envoyer une petite enveloppe raisonnable pour ses étrennes et son anniversaire. Et libre à lui de déménager quand il sera majeur.
- C'est maintenant que ce petit a besoin de notre aide. Et par « aide » je n'entends pas « petit cadeau pour la Noël »…
- Chaque faux papier d'identité est un risque de plus qu'on prend. Pour toi, et pour les gosses. C'est non.
- Oh enfin, ne m'la fais pas : tes gars sont des experts, non ?
- Tout ne dépend pas que d'eux. Un garde de sécurité suspicieux qui le reconnaît après avoir vu sa petite gueule sur une affiche, qui se demande ce que fout un ado au milieu d'une marmaille qui ne lui ressemble absolument pas, qui le cuisine un peu trop… Vous êtes tous gaulés. C'est un risque de trop pour ce qui est en jeu.
- Il est orphelin, John…
- C'est ça : fais-moi pleurer sur les orphelins maintenant… après avoir brisé des dizaines de familles.
A ce moment-là, la fratrie rentra de sa promenade, accompagnée de Michael. Jimmy Junior accourut, une petite boîte dans les mains, et lança avec véhémence :
- Papa !
- Une seconde, champion, Papa est au téléphone, l'arrêta Bagwell en levant une main devant lui. John, ne lui fais pas payer ce que tu peux me reprocher. Dis-toi bien que tu ne fais pas ça pour moi mais pour lui.
- Ben tiens, pourquoi ai-je la curieuse impression que tu es tout de même considérablement intéressé dans cette affaire ?
- Peut-être parce que je n'ai pas l'habitude de me décarcasser par charité chrétienne, et je n'aurai pas le front de nier que je me suis entiché de ce gamin. Mais c'est de sa vie à lui dont il s'agit. Moi, des muscadins comme lui, je pourrai en avoir autant que je veux sur ton Vieux Continent de païens, et des moins farouches. Alors ne t'imagine pas que je te demanderais une chose pareille juste dans l'espoir de m'escagasser le sucre d'orge !
- Papa !
- Je veux bien te croire, Teddy. Et je compatis avec le petit s'il est à ce point mal dans ses baskets qu'il est prêt à se transplanter de l'autre côté du globe. Mais je ne peux pas te mettre en péril pour ça, sans parler des garçons.
T-bag lâcha un hoquet incrédule.
- Espèce de rital condescendant ! Tu t'adresses pas à ta putain de bourgeoise, là, capisce ?
- Papa !
- La ferme, Jimmy !
- Theodore, te passe pas sur le gamin !
- Si tu tirais pas les ficelles, John, je te jure… Ca se passera pas comme ça, là-bas, je t'aurai prévenu ! J'ai pas besoin de me faire mettre sur tous les plans en permanence !
- A ce propos…
- PAPA !
- LA FERME, JUNIOR !
La baffe partit, entraînant le fracas de la petite boîte en plastique sur le sol. Une longue plainte monta de la gorge de Jimmy, qui s'enfuit en courant. T-bag finit par balancer violemment son téléphone sur le coussin opposé du canapé.
Michael fit bientôt irruption dans la pièce.
- Qu'est-ce qui se passe ici ?
Bagwell le regarda par en-dessous sans mot dire.
- Ne me fais pas ton air mauvais, ça ne prend plus. Qu'est-ce que tu as fait à Jimmy ? Il voulait te montrer le couple de lucanes qu'il a attrapé.
Theodore remarqua alors les deux gros insectes aux mandibules disproportionnées en escapade sur le sol.
- Tu mets le pied dessus et je te préviens, je te casse encore le genou à la barre de fer. Je pense que tu n'en gardes pas un très doux souvenir…
Scofield avait raison.
- Ce serait pourtant le meilleur service que je pourrais rendre à ces bestioles, répondit-il. Jimmy prévoit probablement de leur arracher les pattes, de toute façon…
- Je veillerai à lui faire voir autre chose de la vie que les mutilations d'animaux, affirma Gueule-d'Ange. Maintenant vas t'excuser.
Bagwell haussa les sourcils.
- On voit que tu n'as jamais dû élever d'enfant en bas-âge, toi…
La soirée se passa dans une triste ambiance. Michael retrouva Jimmy Jr roulé en boule sous le blouson de LJ, en train d'en sucer anxieusement une manche. Il tenta de le consoler comme il pouvait, faisant pratiquement le mea culpa de son père, mais le bambin resta maussade. Il finit par grimper jusqu'à la chambre de LJ, non sans lancer au passage un regard noir à Theodore, et alla se lover contre sa jambe droite sans rien demander, le pouce fermement enfoncé dans la bouche. L'étudiant se contenta de continuer son travail comme si de rien n'était… Bagwell s'acquitta de sa corvée de cuisine mais demeura des plus bougons pendant tout le repas, sous le regard de Jimmy qui ne le lâchait pas plus que l'œil d'Abel. Seuls Dino et Caligula continuèrent de jouer tranquillement, assez peu perméables à la tension qui flottait bas sur les convives. Plus tard, alors que Theodore débarrassait la table, Michael se proposa gentiment pour lire la petite histoire du soir. LJ remonta dans sa chambre pour finir de repasser son cours. Au bout d'une demi-heure, la porte s'ouvrit et Jimmy Jr se glissa à nouveau à l'intérieur pour aller se pelotonner dans son lit.
Le jeune homme se crispa.
- Ah mais non, Jimmy, tu peux pas venir squatter ma piaule tous les soirs ! s'exclama-t-il en veillant à conserver un ton aussi gentil que possible.
- Je veux dormir avec toi ! déclara l'enfant.
- Oui mais moi j'ai envie d'avoir mon lit à moi ce soir, expliqua l'étudiant.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est mon lit, et que tu en as un à toi en-bas.
- Mais j'ai plus de place ici.
- J'en ai besoin, de cette place. Allez allez, file !
- Pourquoi t'en as besoin ?
LJ se résigna finalement à sortir le petit garçon par les aisselles et, en dépit de ses virulentes protestations, à le redescendre jusqu'à la chambre des enfants, où il refusa évidemment de rester, tant et si bien que ce que LJ craignait arriva : Bagwell intervint et gourmanda à sa façon le pauvre Jimmy qui lui en voulait encore amèrement pour la claque précédente. Lincoln Junior battit en retraite dans le salon, préférant ne pas assister à la leçon. Il entendit quelques glapissements furibonds et des coups étouffés, bientôt éteints par les mots de T-bag qui frappaient en cadence rapide. Un claquement de porte finit par conclure la dispute et l'Alabamien reparut, à bout de nerfs.
- Désolé, j'ai… j'ai vraiment pas su le gérer autrement… regretta LJ, resté debout.
- Non mais t'inquiète pas, va… C'est pas comme si c'était la première fois qu'il piquait une crise, celui-là, répondit-il en s'affalant sur le canapé.
- Il voulait encore dormir chez moi mais… ça devient un peu pot-de-colle, là, je pense qu'il faut lui donner une limite…
- Je comprends. Les garçons ont besoin de leur intimité, pas vrai ? suggéra le pédophile en se fendant tout de même d'un rictus polisson.
- Qu'est-ce que tu lui as dit pour le faire rester avec ses frères ? demanda le jeune Burrows, curieux.
- Que s'il continuait comme ça, on allait le laisser là et partir sans lui, répondit Theodore en retirant ses chaussures.
- Mais c'est horrible !
- Le petit doit savoir ce qu'il veut…
Il établit à nouveau son camp dans le canapé, balançant certains coussins, en installant d'autres… LJ vint s'asseoir sur un coin disponible.
- C'est pas une sinécure, hein, d'élever des mômes ? meubla-t-il.
- Ca, tu peux le dire… vraiment une tâche ingrate, conclut le sudiste en enlevant sa chemise avant de s'étaler de tout son long sur son duvet.
- Tu veux taper le carton en te remontant avec un bon vieux rock ? lui proposa Junior.
- Très franchement, mon garçon, je n'ai même plus l'énergie pour ça aujourd'hui… répondit T-bag, maussade.
- Tu veux te mater un film ?
- Nah… je suis pas trop d'humeur. Plus tôt je pioncerai, mieux ça vaudra pour tout le monde.
- Oh allez, faut pas te coucher sur toute cette merde… insista LJ.
- Tu veux dire sur le superbe canapé design de Gueule-d'Ange aussi chic que les joyaux de la couronne et aussi douillet que le latex d'une capote ?
Le neveu se contenta d'un sourire indulgent. Finalement, il répondit :
- C'est vrai que c'est pas ce qu'il y a de mieux pour un sommeil réparateur… Allez, viens, on va te mettre dans un vrai lit.
Sur ce, il se leva, et Bagwell le regarda un instant comme s'il n'osait pas comprendre. Lorsque LJ quitta la pièce comme si de rien n'était, cependant, il envoya valser son duvet par-dessus les moulins et bondit désespérément à sa suite. Il le rattrapa dans le couloir et le saisit d'un bras par derrière pour le ramener contre lui.
- Je suis confondu, dit-il à voix basse avec un étonnement affecté. Tu viens de virer le pauvre Jimmy de ton paddock et maintenant tu m'invites ? Ca n'a pas de sens…
Le garçon gigota un peu entre ses bras pour la forme mais rétorqua :
- Ouais, eh bien… Je doute que Jimmy soit déjà en mesure de me donner ce dont j'ai besoin ce soir.
La gorge de T-bag vibra d'un ricanement bas.
- On dirait qu'on est moins propre sur soi que l'autre jour, hm ?
Sa langue darda brièvement sous son oreille et le jeune homme tressaillit avant de pouvoir articuler :
- Je m'en tiens à mes principes. T'es plus mon patron depuis tout à l'heure, pas vrai ?
- Une famille vertueuse… admira gravement le sociopathe en caressant légèrement le garçon par-dessus son tee-shirt. Et de quoi exactement as-tu besoin ce soir, LJ ?
Junior retint un gémissement et se remit à avancer pas à pas, dans l'espoir d'atteindre un lieu plus isolé avant de se mettre à geindre tout ce qu'il savait au vu et au su de toute la maisonnée.
- De la même chose que toi, il me semblait… mais… comme tu m'as dit que tu n'avais plus d'énergie pour quoi que soit… répondit-il pour narguer Bagwell.
Ce dernier brusqua alors son avancée jusqu'à la rambarde de l'escalier. Il se retrouva penché sans merci sur le garde-fou, une saillie impitoyable au creux de ses fesses.
- Rien que de te sentir quand tu es dans cet état me fait méchamment remonter la sève, petit, méfie-toi… lui susurra-t-il dans le creux de l'oreille. Tu feras moins le malin quand je t'aurai baissé le futal et que je te monterai comme au bon vieux temps, quand je me chargeais de te débourrer un peu plus que ton premier coup…
Les jambes de LJ se mirent à flageoler et son souffle s'étrangla brièvement dans sa gorge.
- J'ai fait du chemin depuis mes quinze ans, je vais t'en remontrer ! Tu vas pas comprendre ce qui t'arrive, tenta-t-il.
- Ca a tout juste plus de vingt piges et ça cause déjà comme un homme, ma parole, répondit simplement T-bag en glissant une main entre ses cuisses et en caressant sans pudeur l'entrejambe pleine du garçon.
LJ fut traversé d'un spasme et dut se mordre franchement le poignet pour ne pas faire de bruit. Après quelques trémolos, il remonta à l'assaut.
- Tu cherches encore à te faire jouir sur les doigts, T-bag ?
- Je te conseille de te retenir, garçonnet, parce que je vais te baiser jusqu'à l'os et te laisser pour mort, lui susurra Bagwell.
A cet instant, alors que Junior s'apprêtait à tourner de l'œil d'anticipation, la porte d'entrée s'ouvrit juste devant eux et Lincoln Sr apparut, accompagné de la lumière blafarde du porche. Profondément absorbé par son trousseau de clés, Burrows déclara :
- Je n'ai rien entendu. Je n'ai rien vu. Vous avez trois secondes avant que je revienne à moi.
LJ et T-bag se carapatèrent en toute hâte en haut des escaliers.
