Caligula s'agrippait fermement à la poche de Jimmy, lui-même accroché à celle de Dino, le tout fermement arrimé à Papa Teddy, un sac de voyage sur l'épaule. Ce dernier avait été clair : il voulait de l'ordre et de la commodité. Pas question de s'éparpiller dans tous les coins de l'aérodrome, de parler à des inconnus, ou d'être dans ses pattes pendant l'opération délicate que constituait le départ. Ils sillonnèrent ainsi le sol étincelant du hall tels un équipage de petits éléphanteaux se tenant sagement par la queue. Lorsqu'il se retourna, T-bag eut l'impression de traîner tout le festival de Cannes dans son sillage. La mère de ses enfants faisait claquer ses sandales plates, vêtue d'une robe vaporeuse vert émeraude, en s'éventant à l'aide d'un éventail assorti, un large sac Vuitton au bras. LJ avait accepté de les conduire dans un Espace de location, Morten était venu dire au revoir à regrets, et tous deux toisaient le monde derrière des lunettes fumées, qu'ils redressèrent en entrant dans le hall. Lui-même avait opté pour des petites lunettes de vue, un tant soit peu susceptibles de déséquilibrer la ligne habituelle de son visage, qui courait toujours dans les fichiers du FBI. La compagnie se dirigea vers le passage du contrôle de sécurité et s'arrêta à quelques pas.

- Alors, ça y est ? demanda LJ avec un sourire doux-amer.

- Hélas. Mais toi et ta petite famille pourrez venir nous rendre une petite visite dès qu'on sera installés, promit Theodore.

- Je me le tiens pour dit mais mon père et mon oncle évitent encore ce genre d'endroits… dit le jeunot en baissant la voix. Par ailleurs je doute que Papa veuille revoir ta dégaine de sitôt…

Lincoln Sr avait à peine adressé la parole à son fils et à son hôte ces derniers jours c'est à peine s'il les avait mentionnés. La première fois que Michael lui avait demandé où ils étaient passés, il avait simplement levé une main sans détacher les yeux de sa lecture et indiqué d'un doigt laconique l'étage du dessus. Jimmy Jr avait lui aussi gardé une dent contre Theodore, qui ignorait si c'était la rancune des disputes ou une espèce de pressentiment qui lui valait les regards assassins dès le petit-déjeuner.

- Comme il lui plaira, répondit le pédophile avant de donner à LJ une ferme accolade. Tu les remercieras encore pour moi.

- Merci à toi de t'être acquitté de nos besoins en retour !

- Ce fut un plaisir ! lui assura Bagwell avec un rictus suave. Si un jour vous avez besoin de quelque chose… vous saurez bientôt où nous appeler, camarades.

Morten s'était accroupi pour dire au revoir aux bambins quelques gémissements de regret montaient de la fratrie mais l'ado finit par mettre fin aux effusions en se relevant. Il prenait visiblement sur lui.

- Je suis vraiment navré, trésor, déclara une fois de plus l'Alabamien.

Les explications n'avaient pas été une partie de plaisir mais Morten n'avait pu que se rendre à l'évidence. Il haussa les épaules sans le regarder.

- C'est dommage.

- C'est très dommage. J'aurais aimé que ça se fasse, crois-moi.

Il lui donna l'accolade à son tour, avec un peu moins d'enthousiasme, savourant le contact pour la première et dernière fois. Puis il sonna le départ, au grand soulagement de LJ qui ne s'était pas accroupi à temps pour empêcher Jimmy Jr de se serrer contre lui, la joue amoureusement posée sur son entrejambe. Après quelques signes de la main, les voyageurs prirent congé.

Theodore et sa compagne présentèrent leurs papiers, ainsi que ceux des enfants. Le douanier leva les yeux sur eux et finit par dire :

- Allez-y, Madame.

La beauté italienne posa son cabas sur le tapis roulant de la machine à rayons X et passa le portique.

- Je peux voir les enfants, s'il vous plaît ? exigea l'uniforme.

L'ex-taulard acquiesça et souleva un à un les gosses afin qu'il puisse y jeter un œil attentif.

- C'est bon, conclut-il avant de les laisser installer leurs petits sacs à dos pour qu'ils soient passés au peigne fin.

- Et, vous êtes… ? demanda-t-il en regardant le sociopathe dans les yeux.

A cet instant, la sonnerie stridente du portique se mit à retentir. Dino se figea, anxieux, et attendit que l'autre garde lui fît signe d'approcher.

- Monsieur ? reprit l'agent de sécurité pour rappeler son attention.

- Leur beau-père… officieusement, répondit-il avec un sourire.

- Et… officiellement ? demanda le douanier sans le quitter des yeux et sans le moindre signe de connivence.

T-bag commençait à être agacé par le ton du pandore. Il doutait même qu'il fût réellement en droit de se livrer à ce genre d'interrogatoire personnel, à partir du moment où les enfants étaient accompagnés d'un adulte qui en était responsable. Il fit cependant le gros dos, aussi dégagé que possible.

- Officiellement ? Seulement le compagnon de leur mère.

Il jeta un coup d'œil plus loin pour s'assurer que les petits ne prêtaient pas attention à la conversation. Ils étaient trop préoccupés par l'alarme qu'avait déclenchée Dino et la confiscation temporaire de sa petite ceinture.

- Veuillez retirer vos lunettes, je vous prie.

Bagwell s'exécuta mais la tension grimpa dans tous ses nerfs.

- Vous avez un problème ? demanda le douanier.

Un spasme confus fronça les sourcils du pédophile.

- Un problème de vue… précisa-t-il.

- Eh oui, je suis presbyte… répondit-il alors pour se payer intérieurement sa tête.

- Depuis longtemps ?

- Non, c'est assez récent. C'que c'est d'prendre de l'âge, hein…

Le garde continua de le scruter.

- Il y a un problème, Monsieur ? demanda-t-il comme tout bon quidam vaguement hébété.

- Posez votre sac et passez sous le portique, Monsieur, répondit fermement le douanier.

Allons bon, voilà qui augurait mieux. L'ancien chef de l'Alliance passa sous le détecteur en toute tranquillité d'esprit. Il avait même retiré la lame de rasoir qu'il gardait usuellement sous le palais, pour l'occasion. Enfouie à l'arrière de son caleçon, là où les cognes ne passeraient pas la main en cas de fouille civile réglementaire, une chivey restait à disposition en cas de pépin. L'avantage des brosses à dents aiguisées, c'était la matière plastique… et la discrétion en général. Il n'avait pas fait des années de taule pour arriver tout nu à un contrôle de sécurité. Il s'apprêtait à récupérer ses papiers après être passé sans encombre quand l'uniforme le rappela d'un ton sec.

- Revenez vers moi, Monsieur.

T-bag obtempéra, étouffant la crispation qui commençait à armer son corps comme une arbalète. Les garçons suivaient la scène avec inquiétude, sous la surveillance de l'autre douanier. Celui qui détenait toujours son passeport le scruta à nouveau longuement.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il encore sur le ton légèrement énervé du bon citoyen victime d'une injustice.

- Vous n'êtes pas d'ici, n'est-ce pas Monsieur ? lança-t-il.

La conversation devenait franchement inappropriée pour un contrôle de routine.

- Votre accent chantant, Monsieur… ça vient d'où ?

- Dixie, répondit laconiquement Theodore.

Après l'avoir encore fixé un moment, l'agent de sécurité déclara :

- Je vais vous demander de venir avec nous, Monsieur.

- Pourquoi ? demanda le sociopathe avec un mouvement de recul, une décharge d'adrénaline lui secouant les nerfs.

L'autre douanier s'était retourné vers eux.

- Monsieur, calmez-vous et veuillez nous suivre !

Avant que quiconque ait fait le moindre geste, Jimmy Junior s'était emparé de l'arme à feu dans le holster et se reculait pour la pointer sur le garde peu méfiant.

- TU LAISSES MON PAPA TRANQUILLE ! rugit-il avec toute la véhémence d'un petit officier SS.

Les deux douaniers se retournèrent vivement, complètement pris au dépourvu. Il n'en fallut pas plus à T-bag pour saisir le mariole derrière son comptoir, un bras sous la gorge, et lui ficher sa chivey dans l'œil.

- Un régal de Dixie, salope.

La giclée de sang éclaboussa ses lunettes factices. La mère des enfants poussa une exclamation de dégoût. L'homme hurla. Le cri déchirant parvint jusqu'aux oreilles des deux minets, à la sortie du bâtiment. Bagwell s'empressa de le faire taire en récupérant à son tour son arme et en lui mettant une balle dans la tête.

- ATIA ! TU PRENDS LES DEUX AUTRES ET TU Y VAS ! vociféra-t-il.

La détonation acheva de précipiter LJ et Morten dans le hall, où les quelques employés et voyageurs parcellaires avaient tous rampé à couvert en poussant force cris. Au même moment, Theodore récupérait ses faux-papiers et la beauté italienne chargeait Caligula dans ses bras.

- Viens, Dino ! ordonna-t-elle avant de courir en direction de l'escalier d'accès aux pistes.

Le dernier douanier s'était baissé en jurant. T-bag voulut le mettre en joue mais ne put qu'arracher ses lunettes ensanglantées pour y voir clair. L'uniforme avait plongé sur Jimmy Jr, persuadé de neutraliser l'enfant avant qu'il n'ose lui tirer dessus. Le petit eut juste le temps de presser les deux doigts sur la détente pour le faucher en pleine course, en plein dans le visage, quasiment à bout portant. Le recul le fit basculer un ou deux mètres plus loin, les quatre fers en l'air. Bagwell, son arme braquée désormais inutilement sur le cadavre, haussa les sourcils et ne put retenir une moue stupéfiée.

- TEDDY !

Il se retourna pour voir LJ et Morten accourir… et une cavalerie d'uniformes déferler tout au bout du vaste hall.

- QUI M'AIME ME SUIVE, MAIS C'EST MAINTENANT ! hurla-t-il en se ruant sous le portique puis dans les escaliers, récupérant au vol son sac et son gamin mâchuré par la peau du col.

Bjorksen ouvrit des yeux ronds face à la flaque de sang qui grandissait à vue d'œil sous le corps inanimé du douanier. Dieu merci, la vue du cadavre qui servait à présent de porte-drapeau grotesque à la brosse à dents de Theodore lui fut épargnée…

- Morten, tu te décides tout de suite, mais pas de regret après ! le secoua LJ en constatant que des renforts accouraient.

Sans doute poussé par ce dernier avertissement, le môme se retourna une seconde puis s'élança sans même dire au revoir, affola en passant le détecteur avec le métal de sa tenue, et dévala les escaliers quatre à quatre.

Entre temps, la mère des enfants avait atteint le jet qui les attendait comme prévu sur la piste de béton, non loin du bâtiment.

- Atia Julii ? lui demanda le pilote, un cinquantenaire aux épais sourcils.

- Oui, c'est moi ! dit-elle, essoufflée. Tenez, montez-le dans l'avion.

L'homme se retrouva avec le plus jeune bambin dans les bras sans comprendre comment.

- Je croyais que John Abruzzi avait trois enfants…

- Le dernier arrive, répondit-elle en se hissant péniblement en haut du petit escalier de l'appareil, Dino sur ses talons. Et vous feriez bien de vous préparer à mettre les gaz tout de suite, parce qu'il y a du grabuge !

Le pilote s'empressa de monter à leur suite et de déposer Caligula par terre.

- Jack, ça a merdé ! Surveille ce qui se passe, je m'installe ! lança-t-il en ouvrant la porte du cockpit.

Un grand brun en sortit et salua Atia avant de se poster près de la porte, un Beretta à la main. A cet instant, Theodore fit irruption sur la piste en courant comme un dératé, Jimmy sous le bras.

- Papa ! s'écrièrent ses frères, collés aux hublots.

Le petit gothique manqué ne tarda pas à apparaître à sa suite, frappant le sol de ses grosses bottes pleines d'anneaux.

- OooOOh, Morten ! s'exclama Caligula.

- Qui est ce gamin, derrière ? demanda Jack, confus.

- J'ai cru comprendre que c'était un ami, répondit la mère des enfants.

A cet instant, alors que Bagwell n'était plus qu'à quelques mètres, des militaires déboulèrent et une première sommation retentit. L'ex-taulard posa son fiston par terre en lui enjoignant de courir jusqu'à l'avion et se retourna, son sac de voyage en bouclier, avant de faire feu sur les gardes. Une nouvelle décharge d'adrénaline lui coula le long du dos en constatant que Morten avait bel et bien suivi, et qu'il offrait son dos aux tirs adverses en première ligne. Le môme semblait n'en avoir que trop conscience et se jeta à terre par instinct. Merde. Il ne se ferait pas trouer la peau mais n'atteindrait probablement pas l'avion. Enfin, il était mineur… Il s'en sortirait avec un peu de TIG et une tape sur les doigts, n'est-ce pas ? Les balles sifflèrent autour de Theodore, ricochant sur la carlingue du jet.

- Eloignez-vous des fenêtres, les enfants ! ordonna Atia.

- Putain, Jack, fais quelque chose ! s'exclama le pilote depuis le cockpit toujours ouvert.

Un élan de gratitude gagna T-bag lorsqu'il entendit d'autres tirs fuser en rafales de l'avion. Ainsi les hommes de Tony Soprano étaient bien outillés… Sous leurs deux feux, la garde de sécurité dut se replier à couvert.

- MORTEN ! LEVE-TOI ET MARCHE, MON GARCON ! MAINTENANT ! lui cria-t-il en reculant plus rapidement de son côté, avant de jeter un œil derrière lui pour voir Jimmy Jr grimper dans l'appareil.

- J'ai le dernier gamin, Fredi ! signala le tireur après avoir laissé le cadet se précipiter à l'intérieur pour rejoindre ses frères, un peu étonnés de le voir tout barbouillé de sang.

- Alors y faut y aller ! C'est maintenant ou jamais ! affirma le pilote, palpitant de stress.

Jack s'apprêtait à relever le mini-escalier qui formait la porte de l'avion quand la mère des enfants le gifla vertement à l'aide de sa sandale.

- Non mais vous plaisantez, pauvre imbécile ? Je vous défends de toucher à ça !

L'Italo-Américain, tout confondu de se faire ainsi savater par une grande dame, se trouva désemparé.

- Ecoutez, Madame, on vous a vous… on a les gosses… c'est l'essentiel. Si on attend plus longtemps, vous risquez de ne jamais décoller d'ici.

Comme pour appuyer ses dires, une nouvelles salve atteignit l'appareil.

- Jack !

- Ces enfants ne sont pas à moi ! Ne comptez pas sur moi pour m'en occuper pendant tout le voyage !

- Mais enfin vous êtes bien leur…

- JACK ! ON MET LES VOILES !

- COMMENT OSEZ-VOUS ? ABRUZZI VOUS FERA COUPER LA TÊTE !

Deux coups sur l'escalier de métal et Theodore plongeait à l'intérieur, manifestement à court de balles et ayant terminé sa course tête baissée et sac dans le dos.

- Papa ! s'extasièrent les trois loustics.

Atia les retint et, malgré son avertissement, se dévoua même pour les attacher en sûreté sur des sièges du côté opposé.

- Un p'tit coup de main ? demanda T-bag, sarcastique, avant de s'emparer du Beretta pour couvrir les trois derniers mètres de Morten.

Le môme fut chopé par les bretelles et soulevé dans l'habitacle avec la vigueur du désespoir. La porte fut refermée sur lui et le jet démarra aussitôt à toute berzingue.

- Morten est là ! indiqua Dino, le seul à pouvoir apercevoir la scène en tendant le cou.

- Accrochez-vous ! leur conseilla Jack avant de regagner le cockpit.

Atia suivit son conseil et s'empressa de prendre place dans le fauteuil le plus proche.

- Merci, mon cœur, lui lança l'Alabamien.

- Ca va, Papa ? demanda Jimmy Jr depuis sa place.

- Ca va, les p'tits ! répondit vivement leur père.

Ce sont les dernières paroles qui sortirent à haute voix de sa bouche avant qu'il ne s'effondre de tout son long sur le dos, la tête sur le sac de voyage.

- Dieu bénisse les petits satanistes prêts-à-porter dans ton genre, déclara un T-bag essoufflé, les doigts toujours serrés autour des sangles noires crochetées à la chemise de Bjorksen, jusque là inutilement.

- Gothiques… corrigea ce dernier avant de s'étouffer dans des larmes et sa respiration poussive.

- Allons, allons, ça te fera quelque chose à raconter… dit le sociopathe pour le réconforter, en le serrant mieux contre lui.

- Oh mon Dieu mon Dieu mon Dieu… psalmodiait Morten, hors d'haleine, tandis que l'allure et les trépidations de l'engin augmentaient encore.

Le sol s'inclina sensiblement, annonçant le décollage, et les sanglots du préado se muèrent en hoquets de rire incoercibles. Les gosses se mirent à piailler, d'exaltation pour Caligula et Dino, de terreur pour Jimmy. Morten se raccrocha à la chemise de Theodore pour ne pas glisser à l'autre bout du jet et se mit le poing devant la bouche pour étouffer son rire nerveux. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait de faire. Si on lui avait dit qu'il se serait retrouvé sous les balles, il serait resté sagement dans sa petite chambre au foyer, c'était certain. Mais enfin, à présent que c'était fait, il jubilait d'être parvenu à ses fins contre toute attente et qui plus est en ayant frôlé la mort. Se sentir quitter le sol dans cet avion constituait une véritable libération. Et pourtant, la vue de la manche ensanglantée serrée autour de lui le fit soudain tressaillir.

- Teddy… t'as buté ce type ? demanda-t-il, abasourdi.

Il s'agrippa de plus belle à la chemise maculée pour se hisser à hauteur de ses yeux. Une giclée de sang était également visible du côté de l'orbite droite jusque sur l'arête du nez. T-bag n'eut même pas besoin de mentir, devinant à quel type il faisait allusion, et répondit avec un aplomb éhonté :

- A vrai dire il se trouve que non. C'est Jimmy Junior qui l'a dézingué.

Les yeux du gothique manqué s'écarquillèrent un peu plus désespérément.

- Je me suis fait griller par les uniformes. Il m'a évité la cabane, ce salopiot… et il s'est évité l'Assistance par la même occasion… il vous en a tous dispensés, en fait… observa-t-il avant de lui caresser brièvement la joue du dos des doigts.

Morten ne put que froncer les sourcils, assailli par un mélange de reconnaissance et d'épouvante. L'inclinaison s'infléchit et la pression nouvelle sur le corps encore un peu haletant de Bagwell sembla le ramener à lui.

- Faut que j'aille féliciter mon gamin, déclara-t-il en se redressant, entraînant Bjorksen avec lui.

Avant de faire glisser le môme sur le côté, cependant, il se pencha pour lui susurrer à l'oreille :

- Tu sais que je suis content que tu sois parmi nous, toi ?

Morten ne sut pas exactement s'il faisait référence à sa migration en Europe à leurs côtés ou tout simplement au fait qu'il en soit encore en vie. La nouvelle du haut fait de Jimmy et le souffle chaud sciemment égaré dans son cou étaient assez pour pétrifier son esprit de 13 ans.

T-bag s'était relevé pour rejoindre sa nichée d'un pas d'autant plus houleux que l'avion ne s'était pas encore stabilisé.

- Visez-moi un peu qui vient de sauver la mise à Papa en explosant la tête du vilain garde-chiourme ! claironna-t-il fièrement en se penchant sur la fratrie, appuyé au porte-bagage.

- Purée, c'est vrai ? demanda Dino, enthousiaste.

- Woaw… s'exclama le benjamin.

« C'est fou ce que j'ai pu faire sortir de mon ventre, quand j'y pense… » songea Atia en contemplant rêveusement la ville lilliputienne qui s'étendait à ses pieds.

- Un peu, qu'c'est vrai ! répondit Theodore en caressant les têtes brunes de sa progéniture. Vous savez que sans Jimmy, Papa retournait éplucher du nègre en prison ! On lui doit une fière chandelle !

Caligula se mit à applaudir et Dino, déjà un peu plus sensible à la compétition, ne put que suivre le mouvement avec une sincérité un peu envieuse. Jimmy Junior esquissa un sourire mal à l'aise avant de jeter un regard inquiet par le hublot. Il considéra son père avec de grands yeux implorants ou milieu du sang qui lui avait éclaboussé une bonne partie de la figure.

- Papa, on va tomber ! se lamenta-t-il.

- Mais non, cesse de dire des inepties. Une petite teigne comme toi, hm ? Qui flingue les cognes à bout portant… c'est pas un petit avion qui va te faire peur !

Tout en disant cela, il détacha le marmot et le souleva dans ses bras.

- Oh, champion, il te reste des petits morceaux sur la frimousse… Toi et moi on va aller faire un brin de toilette, hm ? Aw, c'est qui le petit tueur à son papa ? Mais oui, c'est toi… Oui, Monsieur ! gâtifiait-il en l'emmenant vers les toilettes.

Le cadet cessa de se tordre les menottes, finit par se rasséréner et se mit même à gazouiller quelque peu sous les louanges.

- Je t'en dois une, p'tit bonhomme… Attends un peu que ton père apprenne ça, tiens ! poursuivit le sudiste, jubilant d'avance.

Morten ne put que se ranger sur le côté pour laisser passer le père et le fils qui se gratifiaient de bisous esquimaux un peu sanglants dans la plus grande félicité.