Après une (très...) longue pause, je me remets en selle pour poursuivre mes fics. Je reprends en douceur avec ce cher petit délire... Voici la première partie d'un double-chapitre !
Abruzzi souriait de toutes ses dents tandis que l'ensemble de la maisonnée s'extasiait sur ses « magnifiques garçons ». Rosalia appela sa nièce et son neveu pour qu'ils viennent dire bonjour, mais Theodore était déjà en train de faire « la petite bête qui monte » sur l'épaule de la fillette, qui gloussait de délice. John se racla la gorge et la petite bête retourna au fond de sa poche, ce qui permit aux petits d'échanger des salutations intimidées, avec la réticence dont les enfants se sentent obligés de faire preuve. Le mafioso se retourna et, voyant Morten errer près de la voiture, soupira et l'appela :
- Viens, mon garçon, viens…
L'intéressé parut hésiter un instant, puis alla se glisser sous le bras tutélaire que l'ancien parrain avait étendu pour lui donner plus d'assurance.
- Ah tiens, qui est-ce ? demanda Schibetta.
Abruzzi considéra T-bag d'un air blasé comme pour lui retourner la question. Celui-ci rappliqua sans se laisser démonter le moins du monde.
- Ah, Morten… C'est un pauvre orphelin qui travaillait pour moi et que nous avions pris sous notre aile. Je dois avouer qu'au moment de partir, je n'ai pas eu le cœur de le laisser tout seul. Un gentil garçon comme ça livré à lui-même dans le monde d'aujourd'hui…
Rosalia et Lucy fondirent immédiatement, pleines de commisération, bientôt rejointes par Martha à qui son fils avait fait la traduction. Le petit gars masquait du mieux possible à quel point il était effaré par la manière dont le couturier présentait les choses.
- Mon cher Nino, dit Theodore en prenant le préado par les épaules, dispensant par là-même Abruzzi de responsabilité. Voulez-vous bien l'accueillir ne serait-ce que quelques jours ou dois-je le déposer dans un hôtel des environs ?
Bagwell avait du culot, songea John, mais il l'avait bien coincé. Le maître des lieux ne pouvait guère refuser le gîte à un orphelin devant toute l'engeance féminine de la maison. La charité faisait toujours très chic dans les milieux mafieux italiens. Schibetta, du reste, ne semblait pas contrarié outre mesure. Il se contenta de lorgner brièvement les yeux cernés de noir d'un air dubitatif, puis répondit :
- Bien sûr. C'est tout à votre honneur de venir en aide à un enfant perdu.
La caution du patriarche donnée, Lucy tira des mains de Bagwell un Morten passablement mal à l'aise pour le nicher à l'abri contre son sein.
- Viens, mon poussin, on va te rajouter un matelas dans la chambre des enfants.
Ils y entrèrent quelques instants plus tard, après être montés au deuxième étage de la maison. Une chaude lumière de fin d'après-midi baignait les murs jaune pâle et la moquette couleur pêche. Trois peluches dont Abruzzi avait fait l'acquisition à dessein égayaient l'ambiance proprette sur chacun des lits. Jimmy et Dino se pressèrent avec bonheur vers les deux couchettes superposées mais Caligula resta interdit devant le lit amovible qu'on avait placé dans la pièce, manifestement à son intention.
- J'veux pas dormir dans un lit à barreaux, déclara-t-il.
John esquissa une grimace entendue.
- C'est provisoire, champion. Tu récupéreras un lit normal dès qu'on aura un nouveau chez-nous.
- Mais c'est un lit pour bébé ! protesta-t-il, désespéré.
- Papa et Papa ont passé bien des nuits derrière les barreaux, tu sais, intervint T-bag. Au contraire, y a que les durs qui ont l'occasion de faire ça !
- Mais si je veux faire pipi ?
- On laissera les barreaux baissés, comme ça, ça changera rien… proposa Abruzzi.
- Mais Dino et Jimmy y vont m'enfermer pendant que j'dors, je l'sais !
- Mais non… Morten sera là, il laissera pas faire ça. Pas vrai, Morten ?
- Bien sûr… répondit le préado, l'air toujours un peu hagard.
- Eh puis, ne t'inquiète pas, ton papa sera juste à-côté de toi, ajouta Lucy en désignant le mur de gauche.
Theodore se dirigea tout naturellement vers la chambre en question mais, à peine eût-il poussé la porte, Rosalia lui prit le bras et, avec toute la fluidité implacable d'une vraie maîtresse de maison, lui fit faire demi-tour et l'entraîna à l'autre bout du couloir.
- La Sua camera è di qua, Signore, indiqua-t-elle aimablement.
- Qu'est-ce qu'elle dit ? interrogea T-bag, refusant de comprendre.
- Oh, mais vous avez une chambre pour vous tout seul, Theodore ! expliqua allègrement Lucy. Vous aurez toute la place que vous voudrez !
Bagwell fixa sur Abruzzi un regard consterné tout en passant à-côté d'eux, mais le mafieux détourna pudiquement les yeux. Le pauvre Alabamien fut conduit dans une pièce aux murs cérulés, où trônaient un bureau, une commode et un lit-double inutile surmonté d'un crucifix au Christ martyrisé bien visible. Deux serviettes et une lavette immaculées était soigneusement pliées sur le couvre-lit blanc. T-bag était presque surpris de humer une légère senteur de pot-pourri en fait d'effluves de gousses d'ail. Déconfit par les évènements, il parvint à grimacer un sourire de gratitude à l'adresse de Rosalia et retint en son for intérieur un « compte là-dessus et bois de l'eau, vieille carne ». Peter et Mark-Antony s'interposèrent en déboulant dans la chambre, traînant derrière eux les bagages de T-bag.
- Merci les gars… lâcha-t-il.
Nino arriva à leur suite.
- Vous avez sans doute envie de prendre une bonne douche après tout ce voyage, suggéra-t-il. Il y en a deux à cet étage et deux autres à celui du bas. Nous pourrons passer à table après, si vous voulez.
- Formidable, conclut le sociopathe.
- Alors on vous laisse tranquille…
- Oh, John ! s'exclama Lucy. Laissez-moi vous donner un coup de main pour le bain des petits.
En voyant la tête de son aîné, Abruzzi tempéra :
- Je suis sûr que j'arriverai à me débrouiller…
- Mais non, ne faites pas de manière ! Je sais ce que c'est… et encore, je n'en ai que deux !
- …Je crois que Dino préférera prendre une douche, de toute façon…
L'intéressé opina du bonnet.
Tout en ouvrant son sac, Bagwell riait doucement. Ces mères ritales n'avaient décidément aucune pudeur - et le fait que Lucy soit irlandaise de souche ne changeait rien à l'affaire. Au moins un souci qu'ils s'épargnaient à la maison… Si elles passaient leur temps à donner des bains à tous les compagnons de jeux de leur mômes, ce n'était guère étonnant que les garçons italiens ne soient souvent pas tout à fait finis. Il était assez contrariant d'enculer à fond de train un petit Napolitain qui pleurait pour avoir sa maman et pourtant… Dieu sait qu'il y en avait ! T-bag se demandait s'il en irait autrement du gibier sauvage qu'il débusquerait dans ces contrées…
- Teddy…
Le pédophile se retourna sur un petit Morten toujours aussi emprunté.
- Ah, trésor, qu'est-ce qu'il y a ? Toi aussi tu veux te faire donner un bain ?
Un sourire incertain traversa les lèvres du préado.
- Non, je voudrais du change, si t'en as à me passer.
- Bien sûr, acquiesça le couturier en fouillant dans son sac. J'ai amené certaines de tes tenues mais tout est encore dans les cartons… Tu auras donc l'immense privilège de porter mon tee-shirt des Skynyrd.
Il tendit à Morten un vêtement large de jeune beauf sudiste, qui aurait largement pu lui faire office de robe.
- Woah… lâcha le petit mannequin sans conviction. T'aurais le caleçon assorti ?
- Parce qu'il te faut des dessous, en plus ?
- Il se trouve que, personnellement, j'en change tous les jours.
Theodore plongea à nouveau la main dans son sac et en sortit un short blanc bien basique. Il fit mine de le retenir au moment où le garçon s'en saisissait.
- Pas de bêtise avec ça, hm ?
Un sourire condescendant lui répondit. Björksen avait fait de son mieux pour donner la réplique à ses taquineries légères mais T-bag voyait bien que les réactions manquaient d'enthousiasme. Alors qu'il s'apprêtait à lui demander si tout allait bien, il entendit Lucy descendre l'escalier en annonçant :
- On va prendre la salle de bain du bas avec la baignoire !
Il repoussa donc gentiment le jeunot sur le côté et s'avança d'un pas résolu dans le couloir.
Abruzzi se cala Caligula sous un bras et attrapa par les bretelles ce cher Jimmy Junior qui, à quatre pattes sur la moquette du couloir, échangeait une première observation curieuse avec Gamaliel, tapi deux marches plus bas.
- Allez, on va faire un brin de toilette, les gosses.
Il ne vit pas arriver Bagwell, qui lui prit dans la foulée sa progéniture des mains avec un sourire sucré.
- Aw, mon Jimmy… roucoula-t-il. On dit qu'après avoir tué, on a besoin d'une femme alors… arrange-toi pour que ce soit la jolie veuve qui te fasse ta toilette, hm ?
- Theodore… s'offusqua à mi-voix le mafioso, surveillant anxieusement les escaliers, où le petit Gamaliel les considérait de ses immenses yeux bleus.
L'intéressé en profita pour poser le garçonnet qui, sans avoir vraiment compris ce qui lui était suggéré, s'empressa de descendre les marches à la suite de Lucy, dont le fiston suivit prudemment, en gardant une certaine distance.
- Ooooh, mon bébé, toi tu dois être fatigué… renchérit le sociopathe en prenant le benjamin dans ses bras. On va enfin pouvoir se retaper un peu, hein ? Allez vas !
Sur ce, il engagea à son tour Caligula dans l'escalier avec une légère tape sur les fesses. Abruzzi, à présent les mains vides, s'apprêtait à prendre le même chemin en toute hâte quand T-bag l'arrêta d'une main sur la poitrine, sans le regarder. Le malfrat jeta un nouveau coup d'œil alarmé à la volée d'escalier mais n'eut d'autre choix que de se laisser docilement encoigné sur le mur d'à-côté. L'ancien meneur de l'Alliance leva enfin vers lui ce sourire amène de salopard que John connaissait si bien.
- Bon, qu'est-ce que c'est que cette histoire de chambre à part, Johnny-boy ?
Abruzzi se drapa d'une composition hautaine.
- Nino s'est montré suffisamment progressiste pour nous accueillir, il faut jouer le jeu maintenant, c'est la moindre des choses. Pas question de se monter dessus sous son toit, il faudra nous contenter de petites escapades jusqu'à ce qu'on soit installés. J'ai essayé de t'en parler au téléphone mais tu étais complètement hystérique au sujet de ce gamin que, pour finir, tu t'es débrouillé pour amener malgré tout, en me désobéissant délibérément. Alors méfie-toi avant de mettre des doléances sur la table, mon gars, ça pourrait se terminer plus mal que prévu.
Bagwell fronça brièvement les sourcils, l'air confondu.
- « Des doléances » ? Mais je n'ai aucune « doléance » à formuler, moi. Si ta nouvelle duègne a décidé d'ajouter un peu de sel à la partie, je ne peux que l'en remercier. Je n'ai pas eu la chance de faire l'expérience du pensionnat catholique quand j'étais môme et je suis persuadé que je suis passé à-côté de quelque chose… J'espère juste que tu es conscient que ce n'est pas une porte qui va m'arrêter…
Sa tête s'inclina, ses paupières se plissèrent et sa langue traversa ses lèvres, tandis qu'il appuyait à nouveau les doigts sur la poitrine d'Abruzzi il poursuivit de cette voix doucereuse, au timbre plus bas, et sur ce ton purement explicatif qui ne laissait aucune issue :
- Je viendrai dans ta chambre. Je te retournerai sur l'oreiller, je t'écarterai les cuisses et je te déshonorerai à bride abattue au nez de ces bonnes femmes, de Nino, et du Bon Dieu en personne.
Sur ce, T-bag repartit très simplement faire sa toilette. Il laissa un John aussi blême que la première fois qu'il lui avait susurré des obscénités à l'oreille pendant la cavale. Comment diable pouvait-il se laisser dire des choses pareilles dans une maison italienne respectable ?
Martha, qui présidait la table, avait d'autorité placé Bagwell et Abruzzi de part et d'autre de sa personne afin d'apprendre à connaître le nouveau venu. Venait ensuite leur fratrie, faisant face à celle de Lucy. Tout le reste de la maisonnée était relégué de l'autre côté. L'Alabamien faisait de son mieux pour suivre le discours de l'aïeule et répondre à l'aide de ses rudiments d'italiens.
- E che cosa fa per vivere, Theodore ? demanda-t-elle.
- Sono stilista, répondit-il.
Peter roula discrètement des yeux à l'adresse de son père, comme pour dire « tous les mêmes… ».
- Stilista ! s'exclama la vieille dame, enthousiasmée. Potrà mi fare un bel abito !
T-bag esquissa un sourire incertain en interrogeant John du regard.
- Martha dit que tu pourras lui faire une belle robe, expliqua-t-il.
Aussitôt, la matriarche abattit la main sur le poignet du pédophile, le visage tout plissé par un sourire joyeux qui indiquait la plaisanterie.
- Oh ! Faccio… vestiti per i ragazzi… ma può…
- Posso, corrigea John.
- Posso fare… questo, solo per La, Martha.
En l'entendant déclarer à la vénérable dame qu'il était prêt à confectionner une robe, rien que pour elle, en prenant à son tour la main burinée qu'elle avait approchée, Abruzzi se sentait à la fois fier et légèrement indigné. Si la pauvre matriarche avait pu entendre les goujateries qui étaient sorties de sa bouche un peu plus tôt…
A la fin du repas, les femmes se levèrent pour débarrasser la table et Morten suivit naturellement, histoire de faire sa part dans l'hospitalité qu'il recevait. Nino l'interpella cependant.
- C'est bon, reste assis, reste assis petit…
Björksen obtempéra, gêné. En revanche, le maître de maison suggéra à sa nièce et son neveu d'aller aider leur mère à la cuisine il demanda alors à Theodore de leur conter les aléas du départ qui l'avaient amené à se présenter la chemise tavelée d'éclaboussures sanglantes. Le meurtrier se lança de bonne grâce dans le récit promis, tandis que Rosalia leur servait le café. Ses talents d'orateur eurent tôt fait de suspendre l'auditoire à ses lèvres, y compris Peter. Il savait que Nino avait attendu que les rombières quittent la table pour entendre la version complète. Aussi se prêta-t-il au jeu en songeant que Morten en avait suffisamment entendu dans la voiture pour qu'il achève de tomber le masque.
- Cette petite crapule de Jimmy Junior m'avait ouvert une porte… et je savais qu'elle ne resterait ouverte qu'un instant.
Le cadet de la fratrie arborait un sourire jusqu'aux oreilles tandis qu'on relatait ses exploits.
- Quand le moment est propice, il faut plus réfléchir. Ca doit tenir du réflexe. … Alors j'ai chopé l'uniforme comme ça, en lui écrasant la trachée, là, pour l'empêcher de résister, et je lui ai planté cette sacrée chivey au fond de l'œil !
T-bag constatait que les visages qui l'entouraient se peignaient de divers degrés de stupéfaction. Un effarement à peine dissimulé haussait les sourcils broussailleux de Schibetta et semblait agiter sa carcasse costaude. Peter le lorgnait sans broncher de ses grands yeux noirs, les oreilles grandes ouvertes. Mark-Antony écoutait lui aussi attentivement mais dans une posture plus affaissée, en portant la minuscule tasse de café fumant à ses lèvres pleines - indubitablement, les vrais Italiens avaient parfois une classe qu'on ne trouvait pas en Amérique. Les yeux de Morten le dévisageaient, sans maquillage, laissant sourdre un profond désarroi. Les traits tirés, flottant littéralement dans ce tee-shirt à l'effigie des Skynyrd, il ne semblait plus le même. Quant à John, en l'entendant narrer les hauts faits où il couvrait la retraite des gamins au Sig Sauer, il s'était tendu comme un arc et le dévorait du regard, les sourcils légèrement froncés par la frustration de ne pouvoir l'empoigner sur le champ pour lui faire sa fête.
« Alors, ça t'en bouche un coin, hein ? » demanda Bagwell, appuyé contre le mur de la chambre où Abruzzi venait de coucher les enfants pour qu'ils prennent un peu de repos.
- Oh, Teddy… toujours aussi beau-parleur… répliqua le mafioso avec bienveillance.
L'esquisse de sourire fanfaron se confirma sur les lèvres du sociopathe. John s'approcha, pour un instant oublieux du reste de la maisonnée, et hocha la tête pour considérer T-bag, le front frôlé par quelques cheveux de sa houppe.
- J'admets. Parfois, mon petit gars, on peut dire que t'en as une paire ! affirma-t-il en prenant la liberté de rajuster le col de sa chemise.
- Qu'est-ce que tu dirais de donner un peu de tendresse à ton héros durement éprouvé ?
Abruzzi allait répondre lorsqu'un pas dans les escaliers l'éloigna légèrement. Theodore, excédé au dernier degré, dû tourner le dos à l'apparition du trouble-fête et piaffer quelques pas dans le couloir, les mains derrière la tête. Il entendit « John, tu viens t'en griller un ? Papa voudrait discuter un peu avec toi de cette histoire de pizzeria dont on a parlé la dernière fois. » Bagwell se retourna et fixa Peter d'un regard apparemment neutre mais suffisamment franc pour exsuder un peu d'intimidation. Le jeune homme, en retour, lui esquissa son premier sourire cordial… car il était chez lui, et c'était cordialement qu'il venait s'imposer.
- Fort bien, approuva le mafioso avant de redescendre avec lui.
T-bag se sentait si royalement lésé qu'il ne put que sourire pour lui-même.
- Oh le sale petit con… murmura-t-il avant de reprendre résolument le chemin de la chambre des enfants.
Il ouvrit la porte, enjamba le matelas sur lequel était couché Morten, et se dirigea directement vers le lit à barreaux de Caligula la porte en était baissée, comme convenu, mais il s'appuya aux montants, les mains pendant à l'intérieur, et laissa tomber un regard grave sur le bambin confortablement bordé au fond de sa couche.
- Papa a besoin que tu fasses quelque chose pour lui, Gugul.
- Quoi ? demanda le marmot en laissant traîner le mot avec curiosité.
Theodore s'accroupit pour être à sa hauteur et expliqua :
- Je voudrais que tu descendes là en-bas et que tu demandes à Papa de venir dormir avec vous.
- Pourquoi ? demanda-t-il à nouveau.
- Pour qu'il puisse venir dormir avec Papa à la place.
- Alors pourquoi t'y vas pas ?
- Parce que les grands sont censés pouvoir dormir tous seuls.
- Moi chuis un grand. J'ai pas besoin de Papa.
- Oui, je sais, acquiesça patiemment le pédophile. Tu n'auras qu'à faire semblant, c'est tout.
- Mais on va croire que je suis un bébé, après ! se récria Caligula.
- Mais non. Ce serait normal : tu viens d'être déraciné, balancé dans cette drôle de famille sicilienne que tu ne connais ni d'Eve ni d'Adam, qui parle un langage de barbares incompréhensible… Tu es tout confus, tu te demandes ce qui t'arrive !
Le bambino gloussa non sans une certaine condescendance et répondit tout naturellement :
- Io parlo un pò italiano, Papa !
Bagwell considéra son gamin, interloqué.
- Papa y nous a un peu appris, j'te signale ! lui rappela sévèrement le petit. Et moi, ben, je les trouve gentils, surtout Lucy.
- Oui, bon… Comme je te l'ai dit : il ne s'agit que de faire comme si !
- Et pourquoi moi je devrais passer pour un bébé à ta place ?
- Eh bien parce que… parce que… tu es quand même… plus petit que Papa, alors on pourrait s'attendre à…
- Nan ! Laisse-moi… C'est déjà assez qu'je dors dans un lit à barreaux… grognonna le benjamin avant de se tourner sur le côté, mettant fin aux négociations.
Theodore cligna deux fois des yeux. Puis il soupira et, tout en se relevant, entraîna la porte à barreaux avec lui. En entendant le déclic de fermeture, le bambin se retourna dans un sursaut, pour voir son père s'éloigner.
- Bon, comme tu voudras… Je te laisse dormir, alors.
- NaaAAN ! PA-PAAA ! protesta Caligula en secouant les barreaux, affolé, sous les rires qui cascadaient des lits superposés de ses frères.
Morten regarda passer Bagwell avec consternation, puis il secoua la tête à l'adresse du garçonnet en se désignant des doigts pour lui signifier qu'il lui rouvrirait. Aussitôt, l'enfant se calma.
- On a changé d'avis ? demanda l'ex-taulard, la main sur la poignée de la porte.
Caligula se contenta de le fusiller d'un regard bougon.
- Quel dommage ! Moi qui voulais enfin t'emmener faire du poney, si tu avais réussi…
Le gamin s'étrangla aussitôt d'incrédulité.
- Du poney ? Je veux faire du poney !
- Tu es sûr que tu es assez grand, maintenant ?
- Oh oui ! Oui oui oui ! clama Gugul.
- Alors si tu en es sûr… peu importe l'avis des gens, fiston, déclara sentencieusement T-bag en revenant le libérer de sa cage.
Le petit garçon descendit et son père l'arrêta un instant il lui ébouriffa les boucles, rabattit sur sa menotte le repli des manches de son pyjama et lui colla sa peluche de lapin toute neuve sous le bras. Puis il le saisit sous le torse et les jambes pour lui faire faire l'avion au-dessus de Morten, avant de l'expédier tout gloussant dans le couloir avec l'ultime recommandation d'être convaincant. En refermant la porte derrière lui, il secoua la tête et dit au préado qui le regardait d'un air dubitatif :
- De mon temps, on n'avait pas besoin de promettre des poneys aux marmots pour les faire obéir…
