5.
- Zunia, Wakrist, Denver, réveillez-vous !
Les trois Dragons frémirent.
- On ne dort pas, Alie. Disons qu'on s'est plutôt plongés en léthargie pour ne pas trop souffrir des ultrasons qui nous brisent les tympans, fit la Grande Dragonne d'ébène.
- Prends garde, pria Denver en agitant sa queue pointue. Si les Liliths perçoivent ta présence, elles vont hurler jusqu'à t'assommer à nouveau !
Wakrist releva légèrement son énorme tête aux cornes impressionnantes.
- D'ailleurs, comment ne t'ont-telles pas déjà localisé et mis à terre ? s'étonna-t-il.
- Trop aimable, grinça Alérian, absolument pas vexé au demeurant. J'ai été téléporté, je n'avais pas eu le temps de me préparer. Cette fois, ce sera différent. Enfin, je l'espère !
Alérian frappa le sol du pied, avec un peu d'impatience.
- Mais tu as raison, Wakrist : nous n'avons pas beaucoup de temps. Relevez-vous, le combat nous attend.
Denver le Roi Dragon de Poche laissa échapper quelque chose qui ressemblait à une larme.
- Nous ne te serons d'aucune utilité, désolé. Mais le chant des Poupées nous neutralise comme des Dragonneaux nouveau-nés !
- Je pense qu'elles auront une surprise, susurra le jeune homme.
Il s'adoucit.
- A mon tour de vous protéger. Relevez-vous, et ne craignez rien ! Je veille sur vous ! Ayez confiance en moi, s'il vous plaît ?
- Tu l'as, depuis toujours ! rugirent le Dragon de Poche et les deux Grands Dragons en se redressant dans toute leur splendeur, agitant leurs ailes et rugissant.
A sa façon, LA-Lilith – La-Styne – avait hurlé, appelant La-Léroelle, sa légionnaire.
- Pourquoi personne ne m'a appris que ce déchet Humain était de retour sur notre sol ?
- Parce que aucune de nous n'a perçu son arrivée !
- Ce n'est pas une excuse ! aboya La-Styne. Si n'importe qui, et surtout des êtres inférieurs, peuvent débouler, ce n'est pas bon pour notre Sanctuaire ! Et si je ne peux pas compter sur vous, il faudra que je demande aux Juges de me créer une nouvelle troupe de parade d'automates !
LA-Lilith tourna à 360° sur ses pieds qui étaient demeurés bien fixes au sol.
- Prends tes soldates et vas en finir une bonne fois pour toutes avec ce microbe Humain et ses copains démesurés mais aux oreilles fragiles ! Ils ne nous résisteront pas !
Sifflotant, La-Styne remonta sur son manège.
- LA-LA-LALAA, LA-LA-LALAAA, LA-LA-LALAALITH. C'est moi l'unique et maîtresse vénérée de mes soldates, leur idole, leur cheffe de guerre. LA-LA-LALAA, LA-LA-LALAAA, LA-LA-LALAALITH. Elles sont mes soldates, elles me suivront, elles sont là depuis toujours et elles le seront à jamais. LA-LA-LALAA, LA-LA-LALAAA, LA-LA-LALAALITH ! Ce chant à ma gloire éternelle. LA-LA-LALAA, LA-LA-LALAAA, LA-LA-LALAALITH.
Bien qu'ils se soient déployés, les trois Dragons tremblaient légèrement. Et par réflexe, Denver et Zunia s'étaient rapprochés au plus près d'Alérian, se réconfortant auprès de lui vu qu'ils le connaissaient depuis leur venue au monde.
- Nous avons toujours été à tes côtés, Alie. Mais jusqu'ici, notre puissance pouvant t'être d'une petite aide, glissa Wakrist qui, bien que compagnon de Zunia, se sentait un peu écarté « du cercle ». Sauf qu'en ces circonstances, nous sommes plus des boulets… A moins que ton plan ne soit complètement prêt ! ?
D'une des griffes de ses ailes démesurées, Zunia caressa avec une infinie délicatesse la joue déjà balafrée d'Alérian.
- Tu peux te confier à nous ? Ça nous rassurerait !
- Inutile ! intima Denver en prenant sa taille de Dragon de Trait. Notre ami a dit avoir son plan, nous lui avons réitéré notre confiance, nous allons à y aller sans lui gonfler la tête de nos questions !
- A tes ordres, Majesté, obéirent Zunia et Wakrist.
- Merci, sourit Alérian.
Soudain, de façon presque incongrue, Alérian usa de la Canne pour exécuter quelque chose qui ressemblait à de petits pas de danse, saluant un public imaginaire avec un chapeau tout aussi invisible.
Ensuite, le jeune homme redevint sérieux.
- Allons débarrasser la mer d'étoiles de ces monstrueuses Poupées !
Et il sauta sur le dos de Denver.
En approche du grand manège des Liliths, les Dragons tressaillirent.
- Les soldates de La-Styne sont là ! Elles vont nous descendre de leur chant…
- Je vous l'ai dit : pas cette fois !
Alérian glissa alors la Canne dans le fourreau artisanal cousu au dos de sa veste.
La sphère de la Canne étincela une fois de plus.
