9.
En dépit de ses précédentes envolées, Alérian trouva que son ami de toujours avait relativement mauvaise mine quand le secrétaire le fit rentrer dans le bureau de l'Amiral de la Flotte de la République Indépendante mais il se garda bien de faire le moindre commentaire.
- Je suis là, Amiral Zéro, fit-il après un moment où Warius avait gardé le silence.
- Oui, je le vois bien. Je t'avais convoqué depuis la semaine dernière, Amiral Rheindenbach !
- Une invitation à passer, sans rendez-vous précis, objecta le jeune homme à la chevelure d'acajou où tranchaient les mèches blanches à hauteur de ses tempes. Et j'avais besoin d'encore de temps avec les miens.
- Tu as l'air d'aller bien, remarqua Warius sans se dérider, n'ayant toujours pas offert de siège à son visiteur.
- Il ne faut jamais se fier aux apparences, grinça Alérian qui sentait déjà la moutarde lui monter au nez.
- Quand tu arbores cinq étoiles, tu dois plus que jamais ne pas montrer tes faiblesses ! siffla en retour Warius. Il serait grand temps d'apprendre à mûrir, Amiral !
- J'avance à mon rythme. Et je te rappelle que bien qu'Oshryn et Skemdel soient chez moi en ce moment je ne suis pas près, et prêt, à reprendre mon poste sur la passerelle du Firestarter.
- Tu vas revenir avec tes Juges ! gronda à nouveau Warius.
- Ce ne sont pas mes Juges ! glapit Alérian en dansant toujours d'un pied sur l'autre. Comme si j'avais jamais recherché toutes les emmerdes qui ne cessent de me tomber dessus ! ? Et inutile de prendre un air innocent, tu le sais aussi bien que moi puisque tu fais présent dès les premiers moments où je me suis retrouvé dans la mer d'étoiles ! Depuis les Drakkars et jusqu'aux Liliths, à chaque fois j'espère qu'il s'agit des derniers fous furieux superpuissants. Et puis un autre affreux se présente au portillon.
- C'est ce qu'il te faudra exposer dans l'Amphithéâtre de l'Alliance Galactique, reprit, plus posément, Warius en indiquant enfin un fauteuil à son visiteur.
- Mais on a déjà été cloués au pilori par ces Représentants de l'Alliance ! protesta Alérian.
- J'ai été dans l'arène, rectifia Warius.
- Ça aurait effectivement dû être à moi de… convint Alérian.
- Et pour moi il était hors de question d'aller t'y faire fusiller ! Mais cette fois je te laisse entièrement la place !
- Inutile de le répéter en boucle, j'ai parfaitement compris. En fait, je crois que je vais plutôt reprendre le Firestarter !
Warius rit, ravi de son petit stratagème, ayant amené son ami exactement où il le voulait depuis longtemps !
- Et inutile de te réjouir ouvertement de m'avoir eu, râla Alérian. Comme si j'avais le choix. Il y a longtemps que j'ai appris que je dois affronter les problèmes, et donc les ennemis, à mesure qu'ils se présentent.
Le jeune homme se leva, allant appuyer son épaule à une des colonnes du bureau de Warius.
- Depuis mes dix-sept ans, je suis Militaire de la Flotte de ta République Indépendante. Pourtant je demeure un enfant de la Terre, le fils d'un Pirate de la mer d'étoiles. Je ne peux donc que servir selon mon serment de fidélité. Je repartirai donc en mission. Je verrai si les Juges se manifestent ou non !
- Je doute qu'ils te laissent tranquille…
- La Lilith La-Styne m'en a prévenu, rappela Alérian. J'aviserai le moment venu ! D'autres observations à me faire, Amiral ?
- Non, pas ce jour. Je te convoquerai à nouveau peu avant ton départ afin de te remettre tes Ordres de Mission comme le veut la procédure. Je te rends ta liberté, vu que tu as des invités.
- Trop aimable, fit Alérian, sans aucune ironie. Je serai de retour au poste le moment venu.
Le jeune homme se racla la gorge.
- Permission de parler librement, Amiral Zéro ?
- Accordée.
- Tu vas bien ?
- Je ne suis plus de la première jeunesse, se défendit Warius avec un petit sourire d'excuse. Et quoi que tu en penses, quoi que ton père en pense, je n'ai jamais été taillé pour les épreuves qui vont sont arrivées, et à moi par répercussion. Je suis un Militaire pur et dur, coincé, marié à mes règlements ! Le surnaturel ne peut que retourner toutes mes certitudes ! Je ne le supporte plus. Et tout simplement, je ne suis plus apte à le gérer vu le niveau atteint. Il faut non seulement du sang neuf – même s'il est lui aussi éreinté par les épreuves – mais aussi quelqu'un de familier de ce monde d'adversaire ! Quand tu te sentiras prêt, ou que je n'en pourrai vraiment plus, je te laisserai ma Baguette d'Amiral. Et comme j'ai dit, en tout état de cause, je t'attends pour le prochain passage devant les Pontes de l'Alliance Galactique !
- Je les redoute presque plus que les Juges… Warius, je suis désolé que tu aies eu à souffrir des dommages collatéraux des déboires de mon père et moi, surtout des miens, soupira Alérian, attristé au possible. J'aurais dû pouvoir te protéger, toi aussi… J'ai failli. Je suis désolé.
- Ne le sois pas. Et j'arrête de me plaindre ! Bon retour chez toi, Alie.
- Merci, Warius.
Et l'entretien se termina mieux qu'il n'avait commencé !
