Pendant sa chute, C.c se dit que vraiment, deux chutes en une journée, c'était trop. Enfin, comme ce matin, elle ne pouvait rien faire…
-Fais plus attention, idiote !
Livaï l'attrapa en plein vole. La jeune fille remarqua avec surprise qu'il maniait extrêmement bien l'équipement tridimensionnel. Encore sous le choc, elle balbutia :
-Merci…
-Ne me remercie pas, tu n'es pas sortie d'affaire. C'est ta dernière chance, dit-il avant de soudainement la lâcher.
Et elle n'allait pas la laisser passer. Pas question de passer son séjour aux cuisines. Cette fois elle se concentra et lança se grappins, puis contourna l'arbre qui lui fonçait dessus. Arrivée à la hauteurs des arbres dans lesquels elle avait planté ses grappins, elle les fit revenir puis les lança une nouvelle fois…Et répéta l'opération plusieurs fois. Mais ce ne fut qu'au bout de quelques minutes qu'elle se sentit à l'aise dans les aires.
-C'est génial, hein ?
Elle tourna la tête et vit Axel, qui « voilait » à quelques mètres d'elle, qui lui souriait.
-Oui, c'est énorme !
-Dis, c'est vraiment la première fois que tu essaie ?
-Oui pourquoi ?
-En général les gens mettent un à deux ans pour maîtriser l'équipement.
Elle en resta sans voix.
De retour vers les autres, ils atterrirent doucement et C.c courut en direction de Livaï et d'Erwin.
-Un à deux ans ? Et vous vouliez que j'apprenne du premier cou ? Leur hurla-t-elle à la figure.
Erwin sourit.
-Maximilien est le meilleur des dénicheurs. Il repère les gens à leur tête. En faite, tu es la deuxième personne qu'il nous a amenés de toute sa carrière. Nous voulions savoir si tu avais autant de talent que le premier qui n'est arrivé qu'hier, et le seul moyen de le savoir était de te mettre la pression.
-Et qui est le premier ?
Livaï pointa du doigt Axel, qui se tenait derrière elle .
-Donc tu es arrivé hier ?
C.c et Axel étaient de corvée de vaisselle , ils avaient donc tout le temps de parler.
-Oui… dit-il en prenant l'assiette qu'elle lui tendait.
-Mais tu n'a jamais fait d'expédition avec le bataillon, alors ?
-Non.
-Alors… Pourquoi avoir peur des titans ? Risqua-t-elle.
Il arrêta net d'éponger l'assiette.
-Je te le dis, si tu me dis pourquoi tu as dit ce truc bizarre sur les dimensions tout à l'heure.
Elle soupira, puis se rappela pourquoi elle était ici. Pour s'amuser, se distraire, pourquoi le cacher, puisqu'elle partirait bientôt en laissant Axel derrière elle ?
-Bien, ça me va, mais tu commences, répondit-elle.
-Alors… Je te préviens, tu risques de ne plus vouloir me parler après… (En voyant le regard noir que lui jetait l'autre, il s'empressa de continuer ) Bon voilà, je suis un campagnard. Je viens d'un petit village. Quand les titans ont brisés le mur, personne ne nous a prévenus. Moi, je suis né dans une famille pauvre. On n'était pas nombreux : ma mère, mon père, ma sœur et moi. Mon père, je ne le voyais presque jamais, il travaillait, on me disait. Ma sœur était détestable, elle nous haïssait tous, se plaignait tout le temps, disait qu'elle aurait du naître dans une famille riche, pas chez nous, les pauvres paysans débiles. Ma mère travaillait du mieux qu'elle pouvait en proposant ses services aux villageois, mais la plupart n'avait même pas de quoi la payer… Et moi, et milieu, j'essayais de grandir du mieux que je pouvais, m'appuyant sur la seule personne qui me témoignait un peu d'affection, ma mère.
-Et puis les titans sont arrivés, un matin. On dormait tous, sauf mon père, je ne savais pas où il était. Mais la terre s'est mise à trembler, me réveillant. Je me suis levé lentement et j'ai ouvert la porte, pour voir ce qui se passait. J'ai été horrifié par ce que je voyait : trois titans dévastaient le village, aplatissant les maisons et dévorant les habitants. Un d'entre eux m'a vu. J'ai fermé la porte et je l'ai verrouillée à triple tour. C'était une ridicule tentative de nous protéger : quelques instant plus tard, le toit décolla soudainement, réveillant ma sœur et ma mère. Un gigantesque visage nous regardait à travers ce qui autrefois avait été le plafond. Et puis ma sœur a hurlé.
Le titan a plongé sa main dans notre maison. Il la balada quelques instants, puis la dirigea doucement vers notre mère, comme pour me torturer. J'étais pétrifié de terreur quand soudainement ma sœur a murmuré : « Tant mieux, si il la mange, j'aurais le temps de m'enfuir, et je serais débarrassée d'elle en plus… » . Ce fut la goutte qui fit déborder le vase. En entendant ces mots, je suis rentré dans une rage folle. Je me suis levé et j'ai poussé ma sœur en direction de la main du titan, pour le détourner de ma mère. Et ça a très bien marché. La main s'est retournée et a saisit ma sœur avant de remonter. Le temps que je réalise ce que j'avait fait, elle était morte. Ma mère me regardait avec horreur. C'en fut trop. Je sortit de la maison en courant, abandonnant ma mère au titan. Et je me suis enfuit du village. Peut-être parce-que j'étais petit, les titans ne m'ont jamais repéré. J'ai erré des années dans la campagne, me nourrissant exclusivement de baies et d'autres trucs du genre. Mais je n'étais que le spectre de moi-même, hanté par la culpabilité . Ce manège dura 3 ans. Et puis, un jour, une escouade du bataillon d'exploration m'a vue. Ils m'ont amenés à Sina. Ils pensaient sans doute que c'était la meilleure chose pour moi. Ils m'ont laissé dans une école. Mais avant de partir, ils ont fait l'erreur de raconter mon histoire à la directrice de l'école, qui la répéta aux enseignants, qui le répétèrent aux parents, qui le répétèrent à leurs amis… En deux jours plus tard tout le monde le savait et personne n'osait me regarder. Le dégoût, la peur. Et puis hier, Maximilien m'a croisé dans une rue et m'a amené ici. Voilà.
Il fallut quelques secondes à C.c pour tout digérer. Wah. Ca c'était de l'enfance triste. Il pouvait rivaliser avec Lelouch. Axel la regarda prudemment.
-Qu'est-ce-que tu en penses ? Je suis un monstre ? Une horreur ?
-Bien sûr que non ! Ce que tu as fait n'est carrément pas louable, mais tu as agit sous l'impulsion du moment. Tu restes humain.
Il soupira de soulagement.
-Bon, à ton tour.
Et elle lui dit tout. Son ennui, son changement de dimension, son arrivée. Il en resta bouche bée. Puis son visage se ferma.
-…Euuuh, ça va, Axel ?
Quand il releva la tête, son visage était déformé par la colère.
-Comment oses-tu ? Je t'ai raconté mon passé, et toi tu me sors un paquet de mensonges ! Il n'y a rien de honteux à divaguer de temps en temps, tu n'as pas besoin d'inventer une histoire complètement ridicule pour te justifier !
Et il sortit de la cuisine, laissant la jeune fille seule, son assiette à la main.
On vint la chercher plus tard et on l'emmena aux dortoirs des filles. Juste avant de la laisser, on la prévint que le lendemain elle participerait à une interventions pour essayer de reconquérir le premier mur. Ne prêtant pas une once d'attention aux autres filles qui la dévisageaient, elle se roula en boule s'endormit.
