12.
Alérian jeta un regard noir à Oshryn qui avait déboulé dans sa chambre, l'avait secoué sans plus de manières et l'avait presque jeté hors de son lit !
- Mais ça va pas, la tête ? ! glapit l'Amiral du Firestarter.
- C'est toi, protesta le blond Oshryn. Tu as crié, alertant les capteurs de sécurité.
- Quoi, Kropion ne se balade pas tout partout, sans y être invité ? grinça encore Alérian.
- D'ordinaire, en tant que Caméléon et surtout ton garde du corps pour tout ce qui concerne le naturel, Kropion ne figure pas officiellement sur le rôle de l'équipage. Sauf que cette fois, il n'y est pas non repris de façon officieuse, comme auparavant. Donc hormis intrusion caméléonesque, il n'est pas à bord !
- Pourquoi ne m'en as-tu rien dit ? poursuivit de râler Alérian. Il demeure toujours dans l'ombre, mais j'ai appris à compter sur sa protection discrète… Alors, s'il n'est pas de ce voyage… Oui, pourquoi ne me l'as-tu pas appris après notre départ.
Oshryn eut une petite grimace d'excuse.
- Tu étais tellement heureux de fouler à nouveau la passerelle du Firestarter, tu retrouvais tes sensations, je n'ai pas voulu gâcher ton bonheur !
- Tu n'aurais pas dû… Il s'agissait de ma sécurité, j'aurais dû être au courant !
- Désolé, j'ai fait au mieux.
Tout en parlant avec son ami qui était demeuré au bord du lit, Oshryn avait procédé à une inspection rapide des alentours de la chambre.
- Rien d'anormal ou d'inquiétant. Pourquoi as-tu hurlé à la mort, Alie ?
- Comme si je m'en souvenais ? se défendit ce dernier. Je dormais paisiblement quand tu m'as arrache de sous la couette et que tu m'as réveillé !
- Demrog, envoie le film privé, ordonna Oshryn.
- Encore un nouvel Ordinateur Central, je ne me ferai jamais à tous ces changements !
Mais Oshryn ayant approché une console du lit, l'un des écrans s'était allumé, Alérian s'était penché pour regarder l'enregistrement de ses appartements.
Le jeune homme à la crinière d'acajou s'était alors vu s'agiter dans son lit. S'agiter était peu de le dire, il avait littéralement dévasté la couche à se tourner et se retourner dans tous les sens, jusqu'à se redresser, yeux toujours clos, mais la bouche ouverte sur un cri profond.
- Je ne me souviens vraiment pas, se défendit Alérian, le ton plus posé, peiné même. Et je ne saurais pas davantage expliquer ce qui m'a mis dans cet état… Je suis désolé de t'avoir dérangé.
- Comme si j'allais laisser à quelqu'un d'autre le soin de veiller sur toi ! sourit Oshryn. Tu es sûr que tu vas bien ?
Alérian inclina positivement la tête.
- Mes cœurs ont effectivement arrêté de battre la chamade. J'ai cessé de transpirer, je peux me doucher et me changer avant d'espérer pouvoir me recoucher et profiter du peu d'heures de sommeil qui reste à mon compteur avant de prendre mon service. Toi, Oshryn, tu pourras faire la grasse matinée, j'assure la surveillance pour la matinée. Le Firestarter sera en approche d'un Observatoire de l'Alliance, juste avant que nous ne plongions, dans tous les sens du terme – vers les Abysses. Je récupérerai les enregistrements afin que nous sachions un peu vers où nous nous dirigeons. Je te passerai la barre pour l'après-midi. Ce devrait être calme car nous n'atteindrons pas les Abysses avant encore trois semaines de vol !
- Ce qui signifie que ça va barder bien avant ! ricana, sans ironie néanmoins, le blond second du Destroyer.
- De quoi ? grogna Alérian, entre réveil orageux et sommeil qui le gagnait à nouveau. Tu veux dire qu'on va morfler avant même d'atteindre les coordonnées de notre Mission ? Tu veux dire que je vais à nouveau disparaître sans crier gare au premier coup de semonce venu ?
- Vu toutes les expériences passées, c'est plus que de l'ordre du possible, avoua Oshryn, à la fois espérant en un renversement de vapeur et l'inéluctable des combats de son plus cher ami après son propre mari. Ne nous abandonne plus, Alie, car dans ces Abysses, je ne sais comment protéger le Destroyer et l'équipage dont nous avons la responsabilité !
- Je tenterai de résister. Mais j'ignore tant ce que sont les Juges dont La-Lilith m'a menacé…
Alérian prit le verre d'eau qu'Oshryn venait de lui remplir et lui avait tendu, but quelques gorgées.
- Un peu de fraîcheur, ça fait du bien, merci. Je vais vraiment tâcher de me recoucher et de dormir. Tu peux me laisser ? Je vais bien, je te rassure !
- Je constate. Mais si tu paniques sans raison, ou plutôt sans t'en rappeler, c'est inquiétant au possible ! Je vais m'angoisser, ça c'est sûr. Pour le reste, fais ton boulot, Amiral !
- D'accord, mais uniquement durant mes heures de services. Là, je suis un pauvre petit gars dont on nique le quota de sommeil ! rit Alérian.
- A demain, Amiral.
- Merci, Oshryn, pour tout.
Son ami blond sorti, Alérian se rallongea dans son lit, ramenant la couette sur lui, mais s'il ferma les yeux, il ne retrouva pas le sommeil, des visions de statues immenses et assises sur leur trône envahissant son peu d'espace de liberté de pensée.
