Elle resta bouche bée quelques instants, puis prononça cette parole pleine de grâce :

-Hein ?

Le jeune comte semblait aussi surpris qu'elle.

-Sébastian ? Mais pourquoi ?

L'homme en noir répondit :

-Voyez-vous, jeune maître, il se trouve que vous arrivez à un âge ou un enseignement d'un homme avec un âge tel que le mien ne vous apporte plus rien. Avec votre permission, j'aimerais engager cette jeune demoiselle en tant que votre nouvelle professeure particulière. Peut-être que si votre enseignant est d'un âge qui se rapproche plus du votre, vous apprendrez mieux.

Le comte soupira.

-Très bien, si tu le dis, c'est que ça doit être vrai.

-Hey hey hey, on se calme ! Lança C.c. Qui a dit que j'acceptais ?

Sébastian se tourna vers elle et lui fit un sourire. Mais pas un sourire normal, oh que non, un sourire à vous glacer les veines, à vous faire sentir mal à l'aise et apeuré, un sourire de menaces. Et quelque part au fond d'elle, elle sut que cet homme était dangereux. Elle devait accepter.

-…Et qui vous dit que j'ai le savoir nécessaire pour enseigner ?

Il se pencha alors et murmura ces mots à son oreille ;

-Vous, mademoiselle, êtes comme moi. Vous avez l'air de quelqu'un qui a vécu très, très longtemps, et qui ne cherche qu'à tromper l'ennui. Alors je suis solidaire et je vous en donne l'occasion.

-Comment…

-De plus, vous parlez correctement et vous tenez parfaitement. Il est évident que vous avez reçu une éducation de qualité. Vous savez aussi vous battre. Vous possédez donc toutes les qualités requises pour être domestique dans ce manoir.

Il se redressa et lui sourit une nouvelle fois.

-Bien sûr, vous serez hébergée et nourrit ici.

-Je veux avoir le droit de rendre visite à mes amis et de m'assurer de leur confort.

-Naturellement.

-Alors c'est d'accord.

-ATTENDEZ !

Elle en avait presque oublié l'homme en marron.

-C'EST UNE ESPIONNE ! DE CHEZ THOMSOM ! ET VOUS ALLEZ L'EMBAUCHER ? VOUS ETES MALADE ?!

Sébastian le regarda, puis déclara :

-Connaissez-vous cette citation de Mario Puzo ? « Garde tes amis près de toi et tes ennemis encore plus près ». Elle apparait dans un de ses livres les plus récents, Le Parrain.

C.c avait reconnu la citation, car elle avait lu ce livre. Elle pouvait donc se situer dans le temps, grâce à sa date de parution.

-Je…Je…

-Je vous remercie de votre visite, et de m'avoir prévenu, Waller, déclara le comte.

C'était bien évidemment une invitation à partir. L'homme en marron, gêné de s'être fait jeté de la sorte, marmonna quelques formules de politesse et sortit de la pièce.

Le comte se tourna alors vers C.c et lui fit un demi-sourire.

-Bien, mademoiselle. Vous êtes donc domestique et professeure dans ce manoir. Je me nomme Ciel Phantomhive, même si je suppose que vous le saviez déjà. Comment vous appelez-vous ?

Encore une fois, elle improvisa.

-Claire Layton.

-Je peux vous poser une question, miss Layton ?

-Faites donc.

A sa grande surprise, il la regarda d'un air plus que suppliant.

-Allez-vous me donner des cours de danse ?

Elle lui fit un grand sourire et lui répondit :

-Mais bien sûr, jeune maître, si je peux vous appeler ainsi.

Ciel soupira et Sébastian pouffa dans son dos.

-AAAAAH ! AAAAH ! ARRETE, JE T'EN SUPPLIE ! AAAAAAAAAAAAAH !

Marine avait perdu toute trace d'innocence et de naïveté sur son visage. Sébastian l'avait tacitement chargée d' « interroger » ce garçon qui devait avoir le même âge qu'elle, ce qu'elle faisait avec dégout, ces instruments à la main.

-NOOOOOOONN !

Elle finit de tracer une estafilade de sang sur le droit bras du garçon avec une de ses dagues, puis décida de le laisser souffler un peu.

-Je n'ai jamais vu quelqu'un hurler aussi fort pour une simple coupure.

Pas de réponse. Elle grimaça.

-Tu sais, ça ne me fait pas plaisir de te torturer, même si la on est très loin de la véritable torture. Alors parle, s'il-te-plaît. Comme ça tu pourras sortir et moi je pourrais retourner lire dans ma chambre.

-Je n'ai rien à dire, murmura-t-il.

-Pourquoi est-tu ici ?

-Tu ne me croirais pas.

-On m'a raconté certaines histoires à dormir debout dans cette salle. D'autres à faire dresser tes cheveux sur ta nuque.

Elle se rapprocha un peu plus de lui.

-Mais sache que les histoires sont ce qui m'intéressent le plus. C'est pour ça que je m'occupe des assassinats et de la torture. J'adore écouter les histoires de ceux qui sont en pleine folie ou douleur, et je préfère celles de ceux qui sont aux portes de la mort elle-même.

Elle leva la tête et il la dévisagea. Elle affichait un sourire qui le fit frissonner.

-Alors s'il-te-plaît, raconte moi la tienne.

-C'est pas possible, jeune maitre, vous dansez comme un pied ! Non, même un pied danse mieux…

-Tais toi, Claire !

C.c donnait un cours de d anse au jeune comte. Elle avait vécu à l'époque victorienne et se souvenait donc de tous les pas des danses à la mode.

-Vous ne vous ridiculisez pas pendant les soirées mondaines ?

Il se crispa.

-J'évite le parquet de danse.

-Tss. Il faut combler ces lacunes au plus vite.

La jeune fille était vêtue de sa robe victorienne qu'elle avait gardé de SAO, et Ciel d'un costume de danse traditionnel. Aujourd'hui, elle essayait de lui enseigner la valse, mais le comte n'y mettait aucune volonté. Elle soupira.

-On reprend, my lord. Gauche, droite, gauuuuche, droiiite… STOP ! Je vous en pris, essayer d'être moins raide et plus gracieux !

Ciel s'assit sur une chaise, près de la porte.

-Je suis épuisé.

-Cela ne fais pas 15 minutes que vous essayez, bocchan. On dirait que vous n'êtes pas très sportif.

Il leva la tête.

-Tu es très insolente, pour une domestique, Claire.

-Pardonnez moi.

Après avoir finit de donner au comte ses cours quotidiens, C.c descendit, comme elle le faisait maintenant tous les jours depuis une semaine, dans les sous-sols du château. Pendant qu'elle descendait les 115 marches (oui, elle avait compté), elle se fit la réflexion qu'elle aimait se mode de vie, et envisagea même un cours instant de rester au manoir des Phantomhive. Mais elle se raisonna rapidement : il se passait des choses pendant son absences, dans le monde auquel elle appartenait vraiment. Il lui faudrait bientôt retourner à sa réalité. En arrivant enfin à la 114ème marche, elle arriva à une conclusion : elle visiterait encore trois mondes avant de retourner dans le sien.

-Salut, Audrey !

-Hey, Vador !

-ARRETE !

Si Axel était « torturé », Audrey était traitée plus que convenablement… Mais restait derrière les barreaux. Pour tromper l'ennui, elle avait demandé des livres à Marine, qui lui en avait apporté volontiers. Sa « cellule » (bien meublée, un lit confortable, un bureau) était donc remplie de bouquins.

-Comment ça se passe avec le comte ?

C.c soupira.

-J'ai jamais vu quelqu'un danser aussi mal.

-Et les autres domaines ?

-Excellent en histoire, math, économie, littérature, que veux-tu que je te dise…

Bon, je te laisse, je vais voir Axel.

-Je lui ai tout raconté. A Marine.

-Comment a-t-elle réagit ?

-Elle n'a pas eu l'air très surprise…

-Ca va, la torture ? Tu supportes ?

-Pas du tout. Et elle ne m'a rien fait de violent. Pas encore. Cette fille… Elle est … Un peu bizarre.

Malgré le fait qu'Axel avait l'air d'en avoir un peu peur, il semblait rêveur quand il parlait d'elle. C.c sourit intérieurement. Voilà une histoire qui mériterait d'être suivie de près.

-J'essayerai de toucher deux ou trois mots à Sébastian pour qu'il arrête ta « torture ».

-Merci.

-Je dois y aller, je dois aller parler avec Marine.

Après avoir remonté toutes les marches, C.c sortit dans le jardin. Elle y trouva Marine, assise sur un banc en pierre. Les deux filles s'étaient tout de suite bien entendues. Marine avait raconté à C.c qu'elle avait grandit au sein d'une guilde d'assassin, et qu'un jour, pour son « passage à l'âge adulte », on lui avait ordonné de tuer le comte Phantomhive. Elle s'était bien sûr heurtée à Sébastian, mais elle l'avait combattu si violemment qu'il avait été impressionné et l'avait engagée (de force). Mais elle se plaisait au manoir.

-Salut, lança C.c alors qu'elle s'asseyait à côté d'elle. Je voudrais te demander un truc…

-Dis toujours.

-C'est quoi toute cette histoire avec Waller, Tomson et le cyanure ?

-C'est une longue histoire.

-J'ai beaucoup de temps.

Marine sourit et se raclât la gorge avant de déclarer :

-Depuis quelques temps, une nouvelle famille est arrivée à Londres, les Tomson. Cette famille est spécialisée dans l'alimentaire. En façade. Si on gratte un peu, on s'aperçoit que les Tomson ont réussit, en très peu de temps, à devenir les leaders des marchés noirs, des ventes de drogues, des trafics d'organes et des réseaux de prostitution. Donc déjà c'est pas joli joli. Il n'y avait qu'un seul domaine où ils n'avaient le monopole : le trafic d'opium. Le big boss, c'est un certain Lau. Alors ils ont tentés de l'assassiner mais sans grand succès. La reine a chargé Phantomhive de s'occuper de l'affaire. Il a rapidement retrouvé la trace des Tomson, mais ses soupçons n'était basés que sur des hypothèses et il avait besoin de preuves concrètes. La famille savait que si le comte les dénonçait à la reine, leurs activités seraient stoppées. Mais Ciel a fait le premier pas, et, en demandant à rencontrer un représentant de Tomson et en étudiant ses réactions à ses questions, s'assurer de leur culpabilité. Ils ont acceptés et ont envoyés Waller comme représentant. Il avait la mission secrète de tuer Ciel avec le cyanure. Manque de chance pour eux, Waller a complètement paniqué et, en vous voyant sur le chemin qui mène au manoir , il a inventé toute une histoire qu'il a servie au comte : trois jeunes agents de Tomson allaient arriver un peu après lui pour l'assassiner. Lui ne serait qu'un bon petit employé innocent qui aurait entendu le plan de ses supérieurs et qui aurait sauté dans la première calèche pour le prévenir. Ils joueraient surement les innocents. Malheureusement, vous avez fait exactement ce qu'il a dit. Quand il a pris le cyanure dans la poche d'Axel, il a juste fait glisser le sachet de sa manche.

-Le comte et son majordome sont-ils au courant de tout ça ?

-Bien sûr.

-Mais alors, pourquoi garder Axel et Audrey prisonniers ?

-As-tu remarqué la venue quotidienne d'un homme habillé en bleu ? Il se dit « facteur de la haute noblesse ». Tch. Comme le veux la politesse de notre époque, Ciel l'invite à prendre le thé avec lui tous les jours. Mais ce qu'il sait bien, notre jeune maître, c'est que ce « facteur » est un espion de Tomson qui vérifie si le mensonge de Waller a fonctionné, et que l'attention de Ciel n'est plus tournée vers eux mais vers vous.

-Pourquoi ne pas les arrêter directement ?

-D'après Sébastian, Waller est un homme bien, derrière sa couardise. Il se sentira coupable quand il entendra le rapport du facteur et viendra de lui-même au manoir bientôt…

Avant même qu'elle eut achevé sa phrase, deux couteaux foncèrent sur elles. Marine les arrêta et les renvoya à leur envoyeur, quelque part dans le grand arbre sous lequel elles étaient assises. Tout alla si vite que C.c ne vit que quelques éclairs argentés. Quelques secondes plus tard, un corps sans vie tomba quelque part à leur gauche. Ca ne surprenait plus C.c. Les ''accidents'' comme celui-ci arrivaient fréquemment au manoir. Mais ils devenaient de plus en plus fréquents. Les deux filles se levèrent.

-…et moi, je pense qu'il arrivera d'ici 2 ou 3 jours.

Et elle eut raison. 3 jours plus tard, pendant la leçon d'escrime qu'elle donnait à Ciel (là, par contre, il se débrouillait pas mal), une May Lin affolée fit irruption dans la pièce :

-Claire ! Jeune maître ! Waller est revenu…

-Je le savais… murmura le comte.

-Accompagné de toute la milice des Tomson ! Ils encerclent le manoir !

Ciel haussa un sourcil.

-Sébastian va s'en occuper comme un grand.

-Mais monsieur… Sébastian est partit faire une course pour vous à Londres…

Le comte soupira.

-Bien. J'ordonne la défense de mon manoir par vous, mes domestiques.

-Roger !

Et elle sortit de la pièce. Il se tourna vers C.c.

-Cela vaut aussi pour vous, Layton.

-Ah, oui… Puis-je aller libérer mes amis ? Ils savent se battre.

Il lui lança un trousseau de clefs.

Trente minutes plus tard, ils étaient tous les trois en train de se battre contre les hommes de Tomson, aux côtés de Marine et de ses lames, de May Lin et de Bard le cuisiner et de leurs armes, et de Finnian le jardinier qui balançait des objets lourds. Audrey, ne pouvant utiliser la magie, se battait à mains nues et Axel transperçait les hommes de ses flèches. C.c essayait de ne pas tuer les hommes, juste de les blesser assez pour qu'il ne puisse pas revenir à la charge, avec Aquarius. Au bout d'un moment, elle jeta un coup d'œil à Marine pour voir si elle s'en sortait. Elle en resta stupéfaite. La jeune fille blonde, un sourire sadique aux lèvres, exécutait une valse de mort au milieu de ses assaillants. Elle tourbillonnait, transperçait, revenait sur ses pas, sautait, lançait… Elle avait l'air d'être…dans son élément.

Ce petit manège dura 10 minutes, car le nombre d'hommes ennemis n'était tout de même pas illimité et il diminuait assez rapidement. Quand il ne resta que les domestiques, C.c baissa son épée.

-On dirait bien qu'on a gagné…. Déclara-t-elle.

-N'en soyez pas si sûr, jeune demoiselle, rétorqua une voix derrière eux.

Ils firent tous volte-face. Derrière eux se tenait Waller, un pistolet dans chaque main. Ses yeux brillaient d'une lueur démente.

-Le chien de la reine et son domestique vont bientôt se rendre compte que vous n'êtes pas de Tomson, continua-t-il. Vous allez bientôt tout leur révéler, j'en suis sur ! Mais je vous tuerais avant…Les morts ne parlent pas…

-Tss. Ca c'est ma réplique.

Encore une fois, ils se retournèrent et virent Ciel qui s'avançait.

-Comte ! Ne vous mêlez pas à tout cela ! Cria Bard.

-J'en ai marre de tout ce bruit dans mon jardin. Il faut que ça cesse. Je ne comptais pas utiliser les grands moyens, mais puisqu'il en est ainsi…

D'un coup brusque, il arracha son cache-œil noir, laissant apparaître un œil violet avec un motif en étoile blanche.

-Sébastian, dit-il tranquillement, c'est un ordre. Reviens tout de suite.