20.
Warius serra les poings.
- Je savais qu'il se passait quelque chose d'anormal quand tes lieutenants m'empêchaient d'avoir directement contact avec toi ! Et si je ne vous connaissais pas tous, je dirais que vous avez sérieusement fumé la moquette !
- Il n'y a pas de moquette à bord… Le règlement l'interdit pour raison d'hygiène…
- Un peu d'humour, Alie, de nous deux, c'est moi le coincé, je te le rappelle !
Warius fronça les sourcils.
- Comment les détecteurs de sécurité n'ont pas, au moins localisé la navette des Caméléons ? Si une porte s'était ouverte pour leur laisser le passage, l'alerte aurait dû être donnée !
- Comme si le commando de Caméléon pouvait se permettre d'être arrêté avant d'être parvenu à la Passerelle ! remarqua Alérian. Après enquête, leur navette est demeurée dans l'espace, s'est collée telle une ventouse à un sas de ventilation uniquement utilisé dans une atmosphère respirable et donc sans alarme. Voilà comment ils ont fait, Amiral Zéro : pas d'invasion Militaire, et pas d'abordage à la Pirate, juste une progression invisible.
Warius inclina positivement la tête.
- Je comprends mieux à présent. Cela m'étonnait en effet qu'à votre niveau de vétérans de la mer d'étoiles vous ayez pu vous faire surprendre à ce point.
Warius se pinça la lèvre supérieure du bout des dents.
- Sans doute pas les Lophelles de cristal, mais ces Caméléons, ils t'ont battu ? Cette ecchymose qui te mange la moitié de la mâchoire ?
A quelques pas, Oshryn tressaillit mais demeura au repos, jambes légèrement écartées, mains croisées dans le dos, Kropion à le surveiller vu que le second blond était toujours sous le coup de son assignation à son appartement.
- J'ai glissé dans la salle de bain.
- De quoi ? ! s'étrangla Warius.
- J'ai glissé, insista Alérian.
La communication terminée, Oshryn s'était précipité sur son amiral à la crinière d'acajou, lui serrant les mains.
- Tu ne m'as pas dénoncé ! Merci ! Mais pourquoi ? Je t'ai frappé !
- Et tu étais dans une détresse absolue. Comme tu l'as rappelé, je suis passé par là. Dans cette situation, on est perdu, hors de tout contrôle. Je ne peux t'en vouloir. Mais…
- Oui, Alie ?
- Mais ne recommence jamais. Une fois, mais pas deux !
- J'ai mon époux, je suis comblé. Je te seconderai aux Abysses que nous allons par ailleurs bientôt atteindre.
- En ce cas, concentrons-nous. Et que Skemdel, que Denver a guéri, soit à son poste au plus vite !
- Tu pourras y compter, Amiral Rheindenbach !
Les deux amis se sourirent, aussi rassurés l'un que l'autre quant à la clôture de l'incident.
Après la sonnerie de son réveil, qui lui débitait comme à l'habitude le résumé des éventuels événements de la nuit chronologique, Alérian avait paressé un peu sous sa couette, puis était passé dans la salle de bain pour une toilette soigneuse.
Et après avoir revêtu son uniforme couleur de corail, aux épaulettes dorées frappées des cinq étoiles, le jeune homme s'était fait conduit à la Passerelle.
Les Techniciens et les Lieutenants, tous présents, s'étaient levés en un bel ensemble, pour le saluer impeccablement.
Alérian leur rendit leur salut avant d'aller prendre place dans son grand fauteuil noir sur la plateforme surélevée de son poste.
- Soyons prêts, déclara simplement le jeune homme.
Demrod, l'Ordinateur Central du Destroyer de la Flotte de la République Indépendante émit un bip avant de prendre la parole.
- Notre vol vient de nous faire atteindre la Zone Galactique des Abysses. Treize trous noirs constellent cette Zone, tous plus attractifs et donc destructifs les uns des autres. Ma programmation a été revue de la façon la plus précise possible, je vous mènerai vers les objectifs que vous me désignerez.
- C'est bien noté, merci, Demrod, fit Alérian dont les cœurs battaient la chamade.
Denver vint se frotter contre les genoux de son ami à la crinière d'acajou.
- Une nouvelle étape primordiale de ta vie t'attend à ces coordonnées. Il va te falloir tout donner, pour tout gagner, ou tout perdre. Je suis là, mon ami, mais je ne promets pas de pouvoir t'aider à chaque fois !
- Si je dois prouver ce que je vaux, autant que je m'y colle moi-même, non, Dragon de Poche ?
Denver roucoula avant d'aller se coucher derrière le grand fauteuil noir.
Alérian serra ses accoudoirs.
- Nous voilà dans la Zone des Abysses. Beaucoup de choses vont effectivement se jouer ici. Soyons tous sur nos gardes !
Alérian pinça les lèvres avant de jeter la formule familière.
- Firestarter, en avant !
FIN
