CHAPITRE 2 : De King's Cross à Poudlard

Le réveil sonnait. Depuis deux mois qu'il ne l'avait pas entendu, Teddy s'arracha du sommeil en bâillant bruyamment. Il n'avait plus l'habitude de se lever tôt. Il coupa le son et repoussa ses couvertures. L'été était encore loin de se terminer et il faisait déjà très chaud malgré l'heure matinale. Tandis qu'il retirait son pyjama pour le fourrer dans sa malle encore ouverte, le garçon songea que la rentrée ne devrait avoir lieu qu'en automne pour que les enfants puissent profiter au maximum des beaux jours. Il se doucha rapidement puis emballa ses affaires, enfila un t-shirt avec une fourmi haltérophile dessinée dessus, son jean gris qui n'était pas troué et ses baskets pour lesquelles il avait encore oublié de demander de nouveaux lacets à sa grand-mère.

Il descendit prendre son petit déjeuner. Même s'il aurait aimé rester un peu plus chez lui, il était content de retourner à Poudlard.

« Ta valise est prête ?

_ Oui.

_ Tu m'envoies un hibou demain matin d'accord ?

_ Oui, oui.

_ Ne dis pas ça comme si c'était une évidence, je te connais, tu vas certainement oublier. »

En réalité, elle n'avait certainement pas tort. Mais Teddy avait douze ans maintenant et il entrait en deuxième année. A son sens, il n'était plus un petit enfant. Et puis il était pressé de prendre le train, de retrouver Sam et Jesse et Napata aussi, de rentrer dans le dortoir où il avait passé toute son année précédente, se jeter dans le grand lit qu'il s'était choisi et faire des incursions à la cuisine pour que les elfes lui donnent des pâtisseries. Et puis il avait envie de visiter un peu la Forêt Interdite. Il savait que c'était formellement proscrit mais l'année précédente, il n'y était allé qu'en lisière et uniquement pour suivre un garçon qui avait donné rendez-vous à Napata pour la Saint Valentin.

Tout ça lui semblait tellement loin maintenant et pourtant seuls quelques mois étaient passés. Alors qu'il terminait son bol de chocolat chaud, il se dit que, quand même, le temps passait drôlement vite et d'ailleurs, s'il continuait cette année, il allait bientôt pouvoir aller à Poudlard avec Victoire. Cette seule idée lui donnait envie de passer directement à l'année suivante.

« Jamais personne ne peut aller à Poudlard avant ses onze ans ? »

Il observa sa grand-mère qui débarrassait les vestiges de son petit-déjeuner et, d'un coup de baguette, nettoyait les miettes qu'il avait laissé derrière lui, seules survivantes d'une terrible bataille entre lui et sa tartine de confiture.

« Bien sûr que non, tu le sais très bien. La lettre d'admission est envoyée le jour du onzième anniversaire.

_ Et si le hibou se perd ?

_ Les hiboux de Poudlard ne se perdent jamais. C'est la magie qui les dirige.

_ Oui mais s'ils se perdent quand même ?

_ Ce n'est pas possible, Teddy. Cesse donc de poser des questions et dépêche-toi d'enfiler une veste, de te laver les dents et de descendre ta malle sinon tu vas passer l'année dans un collège moldu. »

L'argument fit mouche et le garçon se précipita dans les escaliers pour obéir à sa grand-mère. Suivre des études dans un collège moldu, après avoir passé un an à étudier la magie dans un gigantesque château lui semblait tout simplement impossible. Teddy était un sorcier et même s'il devait admettre que les gadgets moldus que lui avait montré Jesse étaient intéressants, il refusait d'y consacrer sa vie.

Il lui fallut tout de même de l'aide pour descendre la lourde malle en bas de l'escalier et une fois sa veste enfilée, malgré ses protestations comme quoi c'était encore l'été et qu'il faisait déjà chaud dehors, il se retrouva sur le trottoir devant la maison. Il avait glissé sa baguette dans sa poche même s'il n'était pas à autorisé à l'utiliser. Mais il retournait à Poudlard et il estimait qu'à partir d'aujourd'hui il avait à nouveau le droit de la porter tout le temps sur lui.

« Est-ce que Victoire sera là ? »

La fillette lui avait dit au début de l'été qu'elle allait faire de son mieux pour l'accompagner sur le quai de gare. L'année précédente, elle n'en avait pas eu l'autorisation, sous prétexte qu'elle était trop jeune et vu comme les choses s'étaient déroulées, ça avait finalement été préférable. Mais cette année, elle avait dix ans, elle allait en avoir onze au mois de mai et elle s'estimait grande maintenant, adulte, responsable, enfin ce genre de choses que les filles affectionnaient.

« Tu sais, elle reprend l'école aujourd'hui aussi.

_ Ah oui ? D'habitude l'école moldue reprend plus tard.

_ Mais pas celle de Victoire. Ils commencent plus tôt mais elle n'aura plus cours le samedi matin. »

Teddy hocha la tête, déçu que sa cousine ne puisse pas l'accompagner. Androméda lui signifia cependant que le débat était clôt. Elle saisit sa baguette et fit un grand geste. Quelques secondes plus tard, le Magicobus apparut dans un grand nuage de poussière qui fit tousser le garçon. Il s'arrêta dans une espèce de soupir, comme si toute la machine était finalement ravie de s'arrêter un peu. Les portes s'ouvrirent dans un chuintement et le visage souriant d'une jeune femme blonde apparut. Teddy la reconnut.

« Le Magicobus à votre demande, Betty à votre service. »

Elle ôta son képi et effectua une petite courbette qui fit rire le garçon.

« King's Cross je suppose ?

_ Oui mad… Betty. »

Elle sauta au bas du bus et s'empara de la poignée de la malle. Elle avait à faire à un enfant et à une vieille dame, elle n'allait quand même pas les laisser la porter alors qu'elle était jeune et vigoureuse. Androméda monta la première afin de payer les tickets. Teddy la suivit et juste derrière lui, Betty.

« Je me souviens de toi, dit-elle en montant la malle à bord en réprimant des grimaces lorsque sa colonne vertébrale protesta. Tu entrais en première année à Poudlard l'année dernière c'est ça ? Ou c'était l'année d'avant ?

_ L'année dernière, vous avez raison.

_ Alors ? Ça t'a plu ?

_ Oui ! C'est génial de pratiquer la magie ! »

Betty éclata de rire et casa la malle dans un coin du bus.

« Le Choixpeau t'a envoyé dans quelle maison ?

_ Gryffondor. »

La jeune femme poussa un petit cri, comme si on venait de lui marcher sur le pied avec des talons particulièrement pointus songea Teddy, ou comme si elle venait de se rendre compte qu'elle venait de gagner un an de shopping à volonté sur le Chemin de Traverse. Elle tendit la main et il comprit un peu tardivement qu'elle attendait de lui qu'il la lui serre.

« Frère de maison, dit-elle avec un large sourire. J'étais une Gryffondor aussi. Allez tu ferais mieux de t'asseoir, Gaïa commence à s'impatienter. »

D'un geste du pouce par-dessus son épaule, elle désigna la conductrice, une femme aux allures de gobelin en taille XXL. Il acquiesça et s'installa sur le siège à côté de sa grand-mère.

« Tu es bien comme ta mère toi. Elle aurait parlé à un balai avec un chapeau. »

Teddy écarquilla les yeux.

« Pourquoi est-ce qu'elle aurait fait ça ?

_ C'est une expression. Ça veut dire qu'elle n'était pas timide et qu'elle parlait à n'importe qui. Contrairement à ton père qui lui se cachait de tout le monde.

_ Comment ils ont fait pour se rencontrer alors ? Je veux dire s'il ne parlait pas ?

_ Ta mère évidemment. Le jour où elle l'a vu, il n'a plus jamais pu lui échapper. »

Elle eut un petit rire derrière lequel Teddy devina une certaine tristesse. Il comprenait. Ses parents étaient morts jeunes, surtout sa mère et pour sa grand-mère qui avait perdu à la fois son mari et sa fille en quelques mois, l'épreuve avait dû être très difficile.

« Prochain arrêt White Chapel, s'écria tout à coup Betty, White Chapel, prochain arrêt ! Accrochez-vous à vos chapeaux ! »

Et de fait, le Magicobus démarra sur les chapeaux de roues. En quelques secondes à peine, il se jeta dans la circulation, zigzaguant follement entre les véhicules moldus, se frayant un passage là où il n'y en avait pas nécessairement et grillant les feux rouges à tout va. Ils firent encore quelques arrêts notamment pour laisser descendre une vieille femme qui avait un chat sous chaque bras et pour faire monter une fois un homme en robe officielle et une famille avec trois enfants qui se chamaillaient et criaient fort. Ils arrivèrent enfin à King's Cross et Teddy et Androméda descendirent après avoir salué Betty qui agita très fort la main à leur intention.

Comme chaque année, la gare était bondée et pas seulement de sorciers. Le premier septembre devait certainement être un point de repère universel pour les rentrées et des gens courraient dans tous les sens. Beaucoup parlaient très fort et très vite dans de petits boîtiers qu'ils collaient à leur oreille. Une adolescente aux talons aussi hauts que la tour de Londres écoutait même de la musique qui semblait particulièrement moche. Androméda leva les yeux au ciel mais s'abstint de tout commentaire. Ils chargèrent la malle sur un chariot et se dirigèrent vers les quais 9 et 10 où se trouvait la barrière magique menant à celui du Poudlard Express.

Le cœur de Teddy battait à toute allure. L'année précédente, il avait attendu ce moment avec impatience et le jour J l'Express n'avait pas été au rendez-vous. Il savait qu'il y avait très peu de risques que ça se produise à nouveau mais il ne pouvait pas s'empêcher d'y penser. Machinalement, il glissa la main dans la poche de son jean pour caresser du pouce la médaille de l'Ouroboros. Il découvrirait le sens de ce symbole et surtout il découvrirait les desseins de ceux qui l'arboraient. Lorsque l'ancien Mangemort Thorfinn Rowle avait été arrêté après avoir tenté de kidnapper Napata, Teddy avait aperçu ce signe tatoué sur son poignet.

Le contrôleur de gare qui se trouvait debout à côté du passage baissa les yeux sur la malle sur le chariot et eut un petit sourire.

« Poudlard ? demanda-t-il.

_ Comment vous savez ? demanda suspicieusement Androméda. Qui êtes-vous ?

_ John Dawlish. Auror. J'ai été mandaté pour surveiller la rentrée des enfants depuis les incidents de l'année dernière. Vous pouvez y aller, le passage est libre. »

Ils n'attendirent pas plus longtemps. Teddy prit appui sur son chariot et passa à toute allure, songeant que c'était une excellente idée de la part du ministère d'avoir placé des aurors dans la gare, et même du côté moldu. Il ferma les yeux pour ne pas avoir peur lors du passage et sentit son cœur s'accélérer lorsque, l'espace d'une seconde, une vague d'air froid le traversa. Il était inquiet. Et si l'Express n'était pas au rendez-vous comme c'était arrivé l'année précédente ? Il savait qu'avec la présence des aurors, il y avait peu de risques mais…

Il entendit un sifflement et ouvrit yeux.

Le Poudlard Express était à quai. Dans la lumière de ce matin déjà ensoleillé, la locomotive rouge brillait de mille feux. Une fumée blanche s'échappait en petits nuages de sa cheminée, comme si le train prenait son souffle avant de se lancer dans sa course. La longue file de wagons affichait des portes grandes ouvertes. L'endroit était bondé de monde. Des familles courraient dans tous les sens, des couples s'embrassaient, des enfants serraient leurs animaux de compagnie dans leurs bras.

Il fut violemment bousculé par derrière et s'écrasa douloureusement contre son chariot.

« Teddy ! s'écria sa grand-mère. Ne reste donc pas dans le passage, tu vas bloquer tout le monde. »

Se frottant la poitrine là où la barre métallique lui était entrée dans les côtes, il se décala.

« Il est magnifique.

_ Qui ça ?

_ Le Poudlard Express voyons ! »

Avec un sourire, la vieille femme posa sa main sur l'épaule de l'enfant. L'année précédente, ce moment qui avait tant de valeur aux yeux de tous les jeunes sorciers lui avait été volé et elle savait qu'en plus d'en avoir été ébranlé, il en avait été terriblement déçu.

« Ted ! Eh, Ted ! »

Jesse, talonné par sa petite sœur qui poussait un chariot presque plus gros qu'elle, courut vers lui. Dans ses bagages, se démarquait son balai : un magnifique Foudre. Teddy retint tout commentaire, il savait que sa grand-mère n'était pas d'accord pour qu'il ait déjà son propre balai de course.

« Je crois que j'ai vu Sam un peu plus loin, viens on va le rejoindre. »

Teddy dit au-revoir à sa grand-mère mais uniquement parce qu'elle le rattrapa par le col avant qu'il ne détale.

« Qu'est-ce que tu comptes faire ? demanda-t-il.

_ A propos de quoi ?

_ Ben je ne sais pas, pendant que je serai à l'école. Tu ne vas pas t'ennuyer toute seule ? »

Elle ne put retenir un petit rire. D'un geste, elle lui ébouriffa les cheveux.

« Et tu crois que je n'ai pas de vie en-dehors de toi ?

_ Euh… si ?

_ Bien sûr que si, nigaud. J'ai l'intention de faire des travaux dans la maison, pour la remettre un peu à neuf puis je vais aller rendre visite à ma sœur. Ça fait très longtemps que nous n'avons pas bu le thé ensemble. Maintenant qu'elle est grand-mère elle aussi, elle a besoin de quelques conseils. »

Il fit la moue. Il n'avait rencontré la sœur de sa grand-mère qu'une seule fois et il devait admettre qu'il n'avait pas été très enthousiasmé. C'était une femme très mince et aux allures sévères aux longs cheveux blonds parsemés de gris. Elle avait toujours l'air triste et tout le temps qu'ils avaient été ensemble, elle n'avait pas décroché un sourire. Elle avait juste regardé tristement Teddy en soupirant et avait dit que la guerre avait été un terrible gâchis.

« Dépêche-toi de monter dans le train sinon tu vas louper le départ. »

Il planta une bise sur la joue d'Androméda et courut avec son chariot jusqu'au train. Depuis une des fenêtres, il vit Sam se pencher et agiter la main.

« J'ai un compartiment ! cria-t-il. Dépêchez-vous ! »

Il leur fallut néanmoins un peu de temps avant de réussir à monter les bagages de Teddy mais aussi ceux de Jesse et de Laura à bord. Ils traînèrent les valises et rejoignirent Sam. Ils installèrent le tout dans les porte-bagages et fermèrent la porte. Ils étaient quatre, il y avait peu de chance que quelqu'un d'autre ne vienne leur tenir compagnie. Sauf peut-être Napata qui arriva juste au moment où retentissait le coup de sifflet du chef de gare.

La Serpentard portait déjà son uniforme, flambant neuf notèrent les garçons. Elle semblait avoir un peu changé pendant l'été. Son visage surtout commençait à perdre les rondeurs de l'enfance. Jesse la regarda, les sourcils froncés.

« Quoi ? demanda-t-elle un peu brusquement. Tu n'as jamais vu une fille ou quoi ?

_ Qu'est-ce que tu as fait à tes yeux ?

_ Ben… rien.

_ Naaaan j'y crois pas ! »

Il partit dans un grand éclat de rire, si fort qu'il tomba en arrière sur le siège et dut se tenir les côtes. Pendant ce temps, le train s'ébranlait et se mettait en route. Le compartiment tout entier trembla avant de démarrer, tout doucement d'abord pour finalement gagner de la vitesse. Napata faisait la tête.

« Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle.

_ Mais quoi ? demanda Teddy qui ne comprenait strictement rien à ce qui était en train de se passer. Qu'est-ce qu'ils ont ses yeux ? »

Jesse essuya ses larmes sur la manche de sa veste en jean.

« Elle a mis du maquillage.

_ Et c'est si grave que ça ? répondit agressivement Napata. Sache que j'ai eu une palette de maquillage à ma mère pour mon anniversaire.

_ Moi je ne trouve pas ça choquant, dit Sam. Une fille qui se maquille c'est plutôt normal.

_ Mais c'est pour les femmes ! argumenta Jesse. Pas pour les gamins de notre âge ! »

Il consulta les autres du regard et finit par se calmer. Laura, qui était assise juste à côté de lui, avait les joues si rouges qu'elle donnait l'impression de vouloir ressembler à une tomate. Elle tournait et retournait entre ses mains son billet de train.

« Moi je trouve ça joli le maquillage, dit-elle d'une toute petite voix, et j'aimerais bien en avoir aussi.

_ Quoi ? »

Jesse avait l'air au bord de l'apoplexie et les autres ne purent que rire. Napata eut un sourire carnassier.

« Je te préviens, pas question que tu martyrises ta sœur pendant toute l'année. »

Elle se glissa sur le siège entre eux deux et passa son bras autour des épaules de Laura qui rougit de plus belle.

« Tu n'auras qu'à venir à Serpentard avec moi.

_ Ah non ! Tu ne vas pas pervertir ma petite sœur avec tes idées de serpent. »

Pendant ce temps, la campagne anglaise défilait au-delà des vitres. Teddy se sentait à l'aise dans le train. Il semblait avoir été remis à neuf depuis la dernière fois qu'il l'avait pris et il se disait que, peut-être, les aurors avaient mené des enquêtes à bord à la recherche d'éventuels indices. A cette pensée, il ne put s'empêcher de glisser la main dans la poche de son pantalon pour caresser sa broche du pouce. Est-ce qu'il aurait dû la laisser sur place au risque qu'un autre élève ne mette la main dessus ou est-ce qu'il n'aurait pas mieux fait d'en parler à son parrain pendant l'été ?

Il voulait mener l'enquête de lui-même.

En début d'après-midi, après qu'ils aient pique-niqués en riant sur les sandwichs des uns et des autres – Sam embauma tout le compartiment avec ses rillettes de thon – la dame du chariot de bonbons vint faire le tour des wagons. Napata lui acheta un énorme sachet de fondant du chaudron qu'ils dévorèrent de bel appétit. Lorsque la nuit commença à tomber, les filles quittèrent momentanément le compartiment pour laisser aux garçons toute l'intimité qu'il leur fallait pour se changer et enfiler leurs uniformes.

« Quelle horreur ! s'écria Jesse en constatant que son bas de pantalon dévoilait un peu trop ses chaussettes à son goût. Mon pantalon a rétréci !

_ C'est plutôt toi qui as grandi, répondit Teddy en faisant la moue.

_ Mais ma mère aurait dû le voir !

_ Ben tu lui enverras un hibou demain matin. »

Il tenta de cacher au mieux ses chevilles mais malheureusement Napata le vit directement en rentrant dans la cabine.

« Mais qu'est-ce qui s'est passé ? On t'a lavé à l'eau bouillante ou quoi ? »

Et elle éclata de rire. Teddy se douta qu'elle prenait un malin plaisir de se venger pour les réflexions qu'elle avait eu au sujet de son maquillage.

Il était tard lorsqu'ils arrivèrent enfin en gare de Pré-Au-Lard et Sam se plaignait déjà d'avoir faim. Ils quittèrent le train un peu groggy cependant.

« Les première année, par ici ! »

Hagrid agitait une lanterne en vociférant. Laura quitta le groupe un peu à regret et les garçons la regardèrent s'éloigner avec les autres en soupirant. L'année précédente, ils n'avaient pas eu l'occasion de traverser le lac en barque et tous les autres élèves plus âgés leur avaient bien souligné qu'ils avaient manqué la première magie de Poudlard. Ils se dirigèrent vers les calèches.

Les animaux qui y étaient harnachés semblaient attendre avec une infinie patience le moment où ils pourraient démarrer.

« Est-ce que tu les vois ? demanda Napata en prenant tout à coup la main de Teddy.

_ Oui bien sûr. Pourquoi est-ce que je ne les verrais pas ? »

Il regarda à peine Sam et Jesse qui se précipitaient pour monter à bord, Jesse voulant être le premier afin qu'on ne puisse pas trop voir son pantalon trop petit.

« Il n'y a que ceux qui ont vu la mort qui peut voir les sombrals. »

Il considéra d'un œil différent les créatures mi-équines mi-réptiliennes. Evidemment, il en avait déjà vu en gravure dans ses livres d'images quand il était enfant mais il ne connaissait pas cette partie de leur histoire, ce qui lui rappela alors la caverne dans laquelle il avait découvert le corps d'Ormuz Goodspeed. Un frisson glacé remonta le long de son échine et il serra un peu plus fort la main de Napata dans la sienne avant de l'entraîner vers la calèche. Mieux valait ne pas traîner plus longtemps.

« Ouuuuh les amoureux ! » siffla Sam.

Ils se lâchèrent la main en grommelant et s'installèrent chacun d'un côté de la calèche.

Revenir à Poudlard leur donna l'impression de rentrer chez eux après une longue absence. Le château avec toutes ses tours, ses ailes et ses couloirs, les fantômes qui les accueillirent en voletant, Peeves qui caquetait des chansons obscènes, leur avait manqué. Ils s'installèrent dans la Grande Salle, quittant Napata qui se rendit à la table des Serpentard où elle retrouva Phoebus Lampridge, son ami aux cheveux blonds et qui semblait ne pas avoir pris un centimètre pendant les vacances.

Les garçons s'installèrent à la table des Gryffondor et attendirent plus ou moins en silence que les professeurs ne viennent s'asseoir sur l'estrade. Alors le professeur Stone arriva. Depuis l'été, il semblait avoir beaucoup maigri. Son teint était devenu cireux, il semblait triste. Envoyer son fils à Azkaban semblait l'avoir terriblement ébranlé. Et c'était plus que compréhensif.

« Bienvenue à toutes et à tous pour une nouvelle année. Bon retour parmi nous et bienvenue à nos jeunes nouvelles recrues. »

Niveau concision, on ne pouvait pas tellement faire mieux. Il fit un geste vers la troupe de première année qui arrivait. Jesse tendit le cou pour voir sa sœur. Elle se trouvait entre un garçon aux cheveux noirs un peu longs et une fille avec des dents de lapin. Le professeur Starlight, directrice adjointe mais aussi professeur d'astronomie et directrice de la maison Poufsouffle commença à les appeler un à par un pour les faire asseoir sur le vieux tabouret et leur poser le Choixpeau sur la tête.

Elle commença par envoyer deux garçons à Poufsouffle et une fille à Serpentard puis elle appela :

« Cresswell, Laura. »

Jesse se leva littéralement pour mieux voir, les yeux écarquillés. Tout bas, il murmurait sans cesse « Gryffondor, Gryffondor, allez Gryffondor. » La fillette lui adressa un léger signe de la main, au comble du stress. Elle s'assit sur le tabouret, les mains sagement posées sur les genoux et le Choixpeau lui cacha momentanément le visage. Il ne mit pas longtemps à se décider et finit par crier :

« Serdaigle ! »

Jesse resta bouche bée et Teddy, qui était assis juste à côté de lui, dut tirer sur la manche de sa chemise pour le forcer à s'asseoir.

« C'est une erreur ! vociféra-t-il alors que Laura, écarlate, se dirigeait vers la table des aigles qui l'applaudissaient à tout rompre. Ma sœur est une Gryffondor, hors de question qu'elle soit une intello ! »

Mais c'était sans appel et le défilé des première année continua. Lorsque le professeur Starlight appela un dénommé Enrico Hollec qui fut envoyé chez les Gryffondor, Sam commença à grogner.

« J'ai faim et ça n'avance pas ! »

Il sembla qu'une éternité passait jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le garçon aux cheveux longs.

« Et finalement Sword, Thomas.

_ Sword… souffla Sam en se grattant le menton. C'est le frère de Dirk ? Celui qui joue comme gardien dans l'équipe ? »

Personne ne fut en mesure de lui répondre et lorsque le garçon fut lui aussi envoyé à la table des lions, le professeur Stone rappela les règles de sécurité, l'interdiction de s'aventurer dans la Forêt Interdite et souhaita à tous un bon appétit. Ils mangèrent avec la sensation de ne rien avoir avalé depuis des jours et, reput, ils laissèrent les nouveaux préfets leur donner le mot de passe du portrait et finirent par monter se coucher.