Salut tout le monde ! Me voilà avec un deuxième chapitre qui permet d'en apprendre un tout petit peu plus sur les personnages et de lancer le délire. C'est la mise en place. C'est long, c'est chiant, mais c'est indispensable.

Merci à PoneyArcEnCiel et aux deux guests qui ont laissé des reviews (l'absence de compte m'empêche de vous laisser un joli message de remerciement en MP) et à qui je souhaite une bonne lecture, ainsi qu'aux autres.

N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire, histoire que je ne me décourage pas de suite.

Bonne lecture.


- Ce n'est pas la politesse qui l'étouffe, déclara Chie en croisant les bras et en s'adossant à une paroi, la barre de soutien dans le dos.

- Quant à vous, on ne peut pas vraiment dire que vous soyez discrète, répliqua la femme aux cheveux rouges.

- Je suis journaliste, c'est mon métier. Et vous alors ? Que faites-vous ici ? Vous travaillez dans cette immense multinationale ?

- Ma mère y bosse, répliqua l'autre après avoir laissé filer un instant de flottement.

- Tant qu'on y est, vu que nous avons quelques minutes avant d'atteindre notre destination, cela vous ennuierait-il de me dire quel lien vous avez avec cette entreprise, chacun d'entre vous ?

S'en suivit quelques murmures signifiant que ça ne posait aucun problème.

- Par qui allons-nous commencer... ? Commença Chie en parcourant la petite population de l'ascenseur du regard. Ah, vous !

Mai fixa le doigt tendu vers son nez, obligée de loucher.

- Moi ? Et bien...

- Travaillez-vous ici ?

- Pas vraiment. Mon petit frère est trader et m'a simplement invitée ce soir.

- Et que faites-vous dans la vie ?

Mai hésita à répondre. Au milieu de toutes ces personnes qui étaient certainement du même niveau que son frère, commerciaux, cadres, voire même dirigeant d'une des plus grosses entreprises du pays, elle ferait certainement tâche avec son petit restaurant de quartier.

Dans un coin, appuyée à la fois sur la barre de soutien et sur Kazuya, Yukariko la couvait d'un regard tendre. A sa gauche, la fille aux cheveux rouges tait renfrognée, mais ça semblait être son état habituel. Encore un rang à gauche, et c'était Fujino Shizuru qui attendait la réponse avec l'air de déjà connaître la réponse. Kanzaki était ce qu'il était, rassuré et rassurant.

- J'ai... J'ai un restaurant pas très loin d'ici. Je gère et je cuisine. Ce n'est pas grand chose, répondit-elle finalement avec plus de gêne qu'elle ne l'aurait voulu dans la voix.

Voilà, elle l'avait dit. Les moqueries viendraient bien assez vite désormais.

- Un restaurant ? S'exclama Kazuya. En voilà une bonne nouvelle. S'il est si près que vous le dites, attendez-vous à nous revoir de nouveau à la pause déjeuner.

- Takumi m'a assuré qu'on y mangeait très bien, rajouta Shizuru en dodelinant de la tête.

- Mon frère vous a parlé du restaurant ? Questionna Mai.

- Il a été mon stagiaire pendant quelques semaines. Il a beaucoup parlé des petits plats de sa grande sœur.

Mai se sentit rougir. Il faudrait vraiment qu'elle remercie son petit frère de la publicité qu'il lui avait faite dans la boîte.

Chie hocha lentement la tête, comme satisfaite, et se tourna vers quelqu'un d'autre.

- A vous madame. Ne me dites pas qu'ils vous forcent à venir travailler alors que vous attendez un heureux événement.

Yukariko porta une main à sa joue.

- Oh non. Je suis en congé maternité depuis plusieurs semaines déjà. Mais je ne voulais rater cette soirée pour rien au monde.

- Quel est votre rôle ici ?

- Secrétaire. Je reçois et enregistre les appels en majorité. Mais je m'occupe aussi de la logistique. Je suis celle qui fait en sorte que ces messieurs-dames de Kanzaki corporation ne manquent de rien dès qu'il s'agit de faire une photocopie par exemple.

Mai fixait le petit chiffre lumineux qui annonçait les étages et leur progression. 15ème déjà.

- Peut-on savoir ce que le père de l'enfant fait dans sa vie ?

- Bien sûr. Mon compagnon est professeur d'arts dans une école privée.

Bien que sans moyen de noter quoi que ce soit, Chie semblait confiante dans sa capacité à retenir toutes les informations qui lui parvenaient depuis quelques minutes.

- Et le brave homme à votre bras ?

Kazuya eut un rire en se frottant le crâne.

- Je suis l'agent d'entretien des étages supérieurs. Mon domaine à moi, c'est plutôt les vitres et la moquette.

- Ne rougissez pas comme ça, il n'y a pas de sot métier.

- J'en doute pas. Mais avouez que c'est un comble pour quelqu'un qui a mon job de se sentir tâche.

Il partit d'un rire nerveux et Chie le suivit plus gaiement.

- Pas mal celle-là ! Et y'a-t-il une madame Kurauchi ?

Les yeux du jeune homme s'illuminèrent.

- Oui, elle est... serveuse dans un restaurant, déclara-t-il avec un regard complice vers Mai. Nous mettons un peu d'argent de côté en espérant nous marier bientôt.

Yukariko partit sur un « aaaw... » mielleux, visiblement heureuse pour le futur couple.

- Vous faites sûrement un couple très mignon, commenta simplement Chie. A vous maintenant. Avec vos cheveux rouges, vous devez sûrement chercher à faire passer un message, une révolte, pas vrai ?

- J'aime qu'on me remarque dans la rue, c'est tout.

- Et dans quel domaine vous faites-vous remarquer en ce moment.

- Etudes de droit.

Mai se dit que ça avait le mérite d'être clair et précis. Elle se dit aussi que tirer la moindre information supplémentaire de cette fille serait compliqué.

Une légère secousse la fit sursauter et l'ascenseur se stoppa. Au 25ème étage.

- Ce n'est pas au 58 ? demanda-t-elle, surprise.

- Si, répliqua Kanzaki. Mais cet ascenseur ne parcourt pas plus de 25 étages, il fait partie de ce qui est l'ancien bâtiment et qui est devenu notre local d'accueil. Ne vous en faites pas. D'ailleurs, celui que nous allons emprunter maintenant permet de profiter d'une vue imprenable.

Les portes s'ouvrirent sur un couloir au sol recouvert d'une moquette gris-bleu donnant sur d'innombrables espaces de travail partagés. Ils traversèrent cet espace à l'allure de Yukariko, toujours accompagnée de près par Kazuya. Chie posait ses yeux partout sur les bureaux impeccablement rangés qu'ils voyaient de temps à autre. Hormis les ordinateurs éteints et les documents soigneusement rangés, il n'y traînait pas grand-chose.

Ils arrivèrent face à une baie vitrée assez grande pour donner le vertige à Mai.

Elle se tourna vers Kazuya.

- Vous nettoyez réellement tout ça ?

- Bien sûr.

- L'extérieur aussi ?

- Une fois par mois. Une nacelle est louée spécialement pour l'occasion. Ça tient plus de l'escalade que du ménage parfois, mais ça me permet de prendre l'air.

- Tout est mis en place pour que les employés travaillent dans les meilleures conditions possibles, intervint Kanzaki. La luminosité est primordiale. Trop de cas de dépressions sont déclarés suite à une trop faible exposition journalière à la lumière du jour. La productivité n'a pas à empiéter sur le confort des employés.

Mai se rendit compte qu'il parlait tout autant à son intention qu'à celle de Chie qui buvait ses paroles.

- Comment expliquez-vous votre légère baisse de régime de ces dernières semaines alors ? Lâcha-t-elle.

Kanzaki ne changea pas de ton. Si la remarque l'avait touché, il n'en laissa rien paraître.

- Je l'explique comme vous le faites. Ce n'est qu'une baisse de régime. Nous avons été particulièrement efficaces l'an passé, notamment grâce à miss Fujino ici présente qui a mené à bien plusieurs gros contrats. On ne peut pas être au top constamment. Être le meilleur dans tous les cas de figure peut être lassant à la longue.

- Vous diriez alors que vous vous trouvez dans une phase de repos ? Reculer pour mieux sauter ?

- Vous pouvez le noter comme cela, oui.

Ils longèrent la baie vitrée sur quelques mètres avant de s'arrêter devant deux portes coulissantes qui s'ouvrirent sur une simple pression de bouton.

Mai emboîta le pas à Kanzaki et faillit faire demi-tour à toute vitesse. Devant elle et sous ses pieds, c'était la ville et ses lumières qui s'étendaient à perte de vue derrière. Takumi lui avait bien dit qu'il y avait un ascenseur panoramique dans l'immeuble, mais pas qu'elle devrait l'emprunter. Shizuru dut se rendre compte de son malaise car elle vint la rassurer.

- Je monte dans cette machine tous les jours et il n'y a jamais eu de problème. Détendez-vous et profitez de la vue. La ville est superbe à cette heure et à cette hauteur.

Pas vraiment rassurée pour autant mais ne voulant pas le laisser paraître, Mai avança jusqu'au fond de la cabine. Elle était légèrement plus grande que la précédente, de sorte qu'ils pouvaient tous s'appuyer aux barres de soutien le long des parois. Le bout de leurs chaussures touchaient toujours ceux des voisins de gauche ou de droite, mais plus ceux d'en face.

Mai regardait ses pieds, peu désireuse de souffrir de vertiges en voyant à quelle hauteur ils se trouvaient.

- J'espère que vous n'avez eu aucun mal à parvenir jusqu'ici, déclara Kanzaki dans le silence qui s'était installé. Les manifestations n'ont pas l'air de faiblir.

- J'espère surtout qu'il n'y aura pas d'incident cette fois, répliqua Yukariko. Il y avait eu des blessés la dernière fois.

- J'ai couvert l'événement, commenta Chie d'un ton nonchalant. Il y avait bien quelques blessés légers mais rien de grave. Chevilles foulées, malaises dus à la foule... Ce genre de choses.

La future mère poussa un soupir de soulagement.

- Vous avez l'air de posséder une empathie rare, continua Chie.

- Madame Sanada est un peu la maman de l'équipe à son étage, répondit Kanzaki.

La fille aux cheveux rouges leur lança un regard meurtrier, toutefois sans parler.

Une secousse de l'ascenseur se fit sentir et Mai se dit qu'ils étaient arrivés. Un coup d'oeil aux chiffres luminescents lui apprit qu'ils approchaient du 29ème étage. La cabine ralentit et Kazuya leva lui aussi un regard perplexe vers l'affichage.

- Déjà ? Il n'est pas censé nous amener au 58ème ? Questionna Chie.

- Ce n'est qu'un ralentissement, déclara Reito.

En effet, ils passèrent la trentaine au bout d'une paire de secondes. Mais l'allure ne redevint pas normale pour autant. Le 31 passa difficilement, le 32 vit l'arrivée d'une nouvelle secousse qui rassura pas Mai. Elle avait suffisamment d'imagination pour songer à tout ce qui pouvait mal se passer dans un ascenseur. D'autant plus qu'elle était entourée d'inconnus. Elle tenta de se rassurer. Ca ne devait être qu'un simple ralentissement, comme l'affirmait Reito.

Ralentissement qui se mua en arrêt alors que le panneau affichait le numéro 32, bien loin du 58 prévu. Dans la cabine, c'est un silence gêné qui ponctua le blocage de la machine.

- Un ralentissement, hein ? Maugréa la jeune femme aux cheveux rouges.

- Ne vous en faites pas. Il suffit d'appeler un technicien à l'interphone, fit Reito en se dirigeant vers l'interphone.

- Faites vite dans ce cas. J'ai l'impression que notre amie ne se sent pas très à l'aise, répliqua Chie.

Tous les regards se tournèrent vers Mai qui se sentait déjà trembler. Elle avait eu l'idée faussement géniale de jeter un coup d'oeil à la paroi donnant sur l'extérieure, poussée par la curiosité malsaine de savoir à combien de mètres de hauteur ils pouvaient bien se trouver. Réponse : beaucoup trop haut pour qu'elle se soit attardée à compter.

Sa bouche s'était asséchée d'un coup et ses jambes menaçaient de ne plus la porter dans quelques secondes à peine si ils ne se remettaient pas à monter.

- Vous allez bien ?

Elle eut un rire intérieur en se disant que c'était un comble que ce soit la femme enceinte du groupe qui lui demande ça.

- P... Pas vraiment, articula-t-elle. Si le technicien pouvait faire vite, je me sentirai beaucoup mieux.

- Nous allons faire notre possible, termina Reito en appuyant sur le bouton de l'interphone.