« Cher journal adoré,
Aujourd'hui a été une longue, très longue journée si tu veux tout savoir. Aujourd'hui je suis triste comme un petit panda triste… Je ne vais pas être diplômée, journal… Je ne suis pas triste pour ça en particulier mais Sanny va être tellement déçue de ma part, je suis vraiment trop nulle. Je suis effrayée de lui dire la vérité parce que je vais tout gâcher : ses rêves, sa vie avec moi… C'est sûr que quand elle va apprendre la nouvelle, elle ne me regardera plus du tout comme elle le fait maintenant, je suis sûre qu'elle va m'abandonner comme les autres le font, c'est toujours ce qu'il se passe quand ils se rendent compte que je suis stupide. Complètement stupide. Elle ne voudra plus de moi. Journal, journal qu'est-ce que je dois faire ? Tu sais que je ne suis pas quelqu'un qui arrive à garder des secrets. Je suis perdue. Je me demande si j'ai tout essayé cette année, si je ne me suis pas laissée égarer entre le Glee Club, les Cheerios, les études et tout ce qui va à côté quotidiennement… Je suis là, assise, à essayer de ne pas regarder en arrière mais je ne peux pas m'en empêcher et d'admettre toutes mes erreurs. Personne n'aura plus confiance en moi, je n'arriverais jamais à retrouver une personne comme Sanny parce que je ne veux qu'elle, c'est ma moitié d'orange ou de pomme, oui de pomme, je préfère les pommes, c'est mon fruit préféré, elle peut être de plusieurs couleurs et formes aussi et puis – journal t'aurais pu me dire que je m'égarais de ce que je racontais au départ ! Je suis si triste, je ne veux pas que Sanny me quitte, je donnerai tout pour qu'elle ne me laisse pas. Je ne veux pas qu'elle me voit autrement qu'elle le fait maintenant avec son regard amoureux et plein de douceur. S'il te plaît, il y a sûrement une solution pour qu'elle continue à m'aimer, s'il te plaît, journal, dis-moi la solution, ce ne sera pas de la triche, je ne le dirai à personne mais s'il te plaît dis-moi comment faire pour que Sanny m'aime, je t'en supplie journal… Je ne veux pas la rendre triste, elle ne le mérite pas, je ne veux pas la faire souffrir, elle a déjà eu assez de malheurs et maintenant c'est moi qui vais lui briser le cœur, elle ne me le pardonnera jamais. Journal… Je dois te laisser, Maman m'appelle pour mettre la table mais ne t'inquiètes pas, on continuera cette conversation un autre moment, promis ! Merci journal, dis à Sanny que je l'aime fort et toi aussi ! »
Je repose le journal de Brittany sur sa table de chevet. Je sais qu'un journal intime est intime, bien sûr. C'est quelque chose de personnel, j'ai une boule au ventre juste à penser que j'ai pu oser faire ça. Mais je n'en pouvais plus de la voir s'éloigner de moi de jour en jour depuis une semaine, je savais que quelque chose n'allait pas, elle m'évitait constamment, trouvait des excuses pour ne pas qu'on se voit en dehors de l'école. Je voyais bien que quelque chose la terrifiait et maintenant tout s'éclaire parfaitement.
Il faut que je lui parle tout de suite, il faut que je retourne au lycée, parce que oui j'ai séché les cours pour venir chez elle, mes parents vont me tuer, j'en suis sûre mais peu m'importe tout ça, pour l'instant c'est juste Brittany. Je cours vite pour retourner dans ma voiture et me met en route pour aller vers le lycée. En roulant je réfléchis à tout ce que je pense, tout ce que je vais dire à Brittany, je suis si triste qu'elle ne puisse pas être diplômée avec nous tous, qu'on ne puisse pas prévoir l'année prochaine à deux, tellement en colère contre moi pour ne pas avoir vu tout ça et ne pas avoir pu l'aider cette année, j'étais tellement concentrée sur moi et mes problèmes que je n'ai pas vu les siens alors que c'est mon rôle de l'aider, égoïste que je suis.
Je me gare le plus vite possible et commence à courir en direction de l'entrée tout en regardant l'heure qu'il est : 9h57. Trois petites minutes et elle sortira de son cours, trois minutes et je la retrouverais, trois minutes qui me séparent d'elle. Cette semaine a été horrible sans l'avoir dans mes bras, sans sentir son odeur, sans la regarder dans les yeux pour la contempler, ne pas entendre son rire. Je ne veux plus passer une seule seconde loin d'elle. La cloche sonne, tout le monde sort des salles de classes et s'éparpille dans les couloirs, me gênant d'apercevoir ma blonde. Je tourne ma tête et retourne dans l'autre sens en cherchant dans la foule mais je ne vois rien. Alors je continue, je continue de chercher. Elle est juste là, à l'autre bout du couloir et de loin je peux encore voir sa tristesse, ses yeux tel un regard fantôme. Cette distance brûle mon cœur, je m'approche d'elle avec un sourire, comme s'il n'y avait qu'elle et moi, juste elle et moi, personne d'autre. Elle relève sa tête, elle sent ma présence, je le sais on a toujours été comme ça, comme si l'on avait des supers pouvoir comme dirait Brittany. Une envie me prend, je m'approche un peu plus rapidement, la prend dans mes bras et l'embrasse. J'essaie de tout faire passer dans ce baiser : tu m'as manquée, je suis là, je ne t'abandonnerai jamais, tu es aussi ma moitié de pomme, tu es la seule, je t'aime. Sans jamais briser le baiser, j'approche mes mains de ses joues et en les posant m'aperçois de l'humidité qu'il y a. Elle pleure. Lentement je romps le baiser en laissant mon front contre le sien, les discussions autour de nous ne deviennent que silence, je ne vois qu'elle. Ses yeux encore fermés, je continue mes caresses légères sur ses joues tout en souriant. Je ressens qu'elle a compris que j'avais tout découvert, je suis sûre qu'elle se sent un peu soulagée mais je sais qu'elle a encore cette inquiétude de me perdre comme elle le racontait dans son journal. Je ne me retiens pas pour lui voler un baiser futile, un autre et encore, encore jusqu'à ce qu'elle commence à sourire. Avec ce sourire, elle redevient mon ange, mon ange illuminé. Tout doucement, elle ouvre ses yeux et son regard perçant me transperce immédiatement.
Je ne sais pas combien de temps nous sommes restées comme ça mais tout de suite j'ai besoin de me retrouver seule avec elle alors sans dire un mot, j'agrippe sa main et l'entraîne dans notre lieu, les vestiaires des Cheerios. Rien de romantique mais le lieu de notre rencontre, tellement significatif pour nous. Arrivées à destination, je m'assois tout en l'approchant pour qu'elle vienne à moi, la distance m'est insupportable. Je ressens le besoin de l'avoir près de moi, toute contre moi, je n'y peux rien. Elle s'installe sur moi et met sa tête dans mon cou, le temps que je passe ma main dans sa chevelure dorée. Aucune discussion n'est indispensable en ce moment, c'est comme cela que l'on fonctionne. Le besoin du silence et du contact corporel, ensuite la parole. Minutes et minutes passent et je ressens que c'est moi qui doit parler en première.
« Brit', amour… Je sais la vérité. Toute la vérité. Je sais que je n'aurai pas dû faire ça mais j'ai lu ton journal. Je me brisais de jour en jour depuis une semaine, tu m'écartais de toi et je ne pouvais rien faire. C'était ma seule solution pour savoir pourquoi tu réagissais comme ça. S'il te plaît ne m'en veux pas. »
Je dépose un baiser sur sa tempe, ses yeux sont toujours fermés. Je continue.
« Je suis triste mais juste parce que je n'imagine pas que tu ne sois pas à nos côtés pour que l'on soit tous diplômés. Je suis tellement en colère, en colère contre moi pour ne pas avoir vu que tu avais besoin de moi cette année aussi… Non ne dis rien, tu sais que c'est vrai, c'est mon rôle de m'occuper de toi comme toi tu le fais si bien avec moi. Je n'ai pas su le faire, je suis désolée mon cœur. Diplômée ou non tu es et seras toujours intelligente pour moi. Tu vois le monde différemment, comprends des choses que d'autres n'arriveront jamais, tu arrives à apprendre une chorégraphie juste en la regardant une seule fois. On s'en fout des mathématiques, de la physique ou des autres matières, ce n'est pas ça dont on aura besoin dans la vie. Tu es un génie Brittany et je ne me lasserai jamais de te le répéter tous les jours s'il le faut car c'est la vérité, tu es un génie ! Rien ne changera cela. On va faire notre vie ensemble, je te le promets, il y a pleins de solutions, ne t'inquiètes pas. On peut prévoir notre avenir ensemble, tu peux venir avec moi à New-York pour poursuivre tes rêves dans la danse, tu peux être diplômée dans une autre école, je peux rester ici encore une année pour économiser de l'argent quand on partira, il n'y a que des solutions, aucun problèmes. Il est hors de question que je quitte l'amour de ma vie, tu m'entends ? Je ne veux plus t'entendre me dire ça. Je n'ai qu'une seule moitié de pomme, cette moitié c'est toi, rien que toi, ne l'oublie jamais. On surmonte les épreuves ensemble parce que l'on est un couple. Alors ne t'en fais plus maintenant, je suis là, je ne pars pas. »
Je sais que j'ai déballé tout ce dont j'avais besoin de lui dire, tout ce que je ressentais d'un seul coup mais je ne pouvais plus voir l'inquiétude dans ses yeux plus longtemps. Après mon discours, j'attends juste nerveusement sa réaction. Elle relève sa tête et me fixe dans les yeux comme si elle cherchait quelques choses pendant de longues secondes. Je pense qu'elle a trouvé ce qu'elle voulait puisqu'elle s'approche de moi lentement pour prendre mes lèvres entre les siennes. Sa langue demande le passage. Cette sensation de douceur, de chaleur ne s'évaporera jamais avec elle. Sentir sa langue dans ma bouche, sa langue qui dance avec la mienne comme elle sait si bien le faire, nos salives mélangées comme si nous ne faisions plus qu'une et une seule personne. M'étant un peu mieux assise sur le banc, Brittany entoura ses jambes autour de moi, mes bras l'entourèrent pour se retrouver contre son dos. Après ce moment magique, j'entendis ses premières paroles.
« Je suis désolée Sanny, je ne savais pas comment te le dire. Je ne voulais pas que tu me quittes. Je... Merci, juste merci d'être parfaite pour moi, je t'aime. »
« Tu m'as tellement manquée mon amour »
« A moi aussi, énormément. Et aussi à Tubby, tu lui as beaucoup manqué tu sais. »
Je rigole en entendant cela. Impossible que ce chat m'aime, on se déteste depuis longtemps, il a toujours l'attention de Brittany quand tout ce que je veux c'est être avec elle toute seule. Je suis sûre qu'il le fait exprès.
« Bien sûr Brittany, bien sûr que je lui manque. »
Elle remarque mon ton sarcasme et me frappe légèrement sur l'épaule tout en souriant, qu'est-ce qu'elle est belle comme ça.
« C'est la vérité ! Depuis une semaine il ne bouge plus de son fauteuil, il a une mine toute triste, vraiment. »
Elle me fait une moue adorable, je ne peux pas m'empêcher de l'embrasser encore avant de lui répondre.
« La seule solution c'est que je vienne chez toi alors… »
« C'est une bonne idée mais pas tout de suite parce que là on a encore quelques cours et il y a le Glee Club cet après-midi et p… »
Je l'embrasse avant la fin de sa phrase. Je ne résiste pas, elle m'a tellement manquée. Mon amour.
« Okay, okay ! Mais après on va chez toi et tu dors chez moi ce soir, et demain aussi et les autres jours aussi ou chez toi ou peu importe mais je ne veux plus dormir sans toi, compris ? »
Elle acquiesce avec sa tête avec un immense sourire avant de se lever et de me tendre sa main pour me mettre sur mes pieds. Je hais les cours. On part en direction de notre salle, peu importe si on arrive en retard, les profs croient toujours nos excuses. Nos mains toujours liées, je lui susurre à son oreille avant de rentrer dans la salle.
« On va planifier notre vie ensemble ces jours-ci, on doit discuter de beaucoup de choses, je t'aime. »
