7.

De grand matin, le Coordinateur des Polices déboula dans le bureau de son Général où Soreyn faisait suivre les dossiers de la nuit, et les informations de l'aube.

- Aldie ? Est-ce que c'est mon oncle ?

- Impossible de savoir, les caméras publiques n'ont rien pu voir à travers les vitres teintées du fourgon postal, qui s'est fondu ensuite dans la masse de la circulation à cette heure de pointe.

- Aldie ? insista Kycham.

- Il n'a pas encore repris connaissance, sa femme est à son chevet, elle me tient au courant. Sérieusement blessée, Drixie a fini de se vider de son sang après l'avoir sorti du tout-terrain. Accident ou attentat, trop tôt pour se prononcer – bien que toi et moi sachions que la première hypothèse ne devrait pas être la bonne !

- Brovell, Kendeler, Darong, ils ont tous leur permis de conduire, multi véhicules. Chacun a pu le faire, soupira Kycham. Je ne peux dire qu'une chose : mon parrain ne l'aurait pas manqué, sauf dans une optique d'intimidation ! Aldie ? insista encore Kycham.

- Ils ne se prononcent pas encore sur son réveil, il a subi une sévère commotion. Nous allons devoir faire sans lui, et quelque part ça vaut mieux, et nous allons assurer sa protection sans qu'il ne s'y oppose ! Tu peux le faire, Kycham ?

- J'ai déjà organisé sa sécurité. Tout le temps qu'il sera dans le coma à l'hôpital, ou de retour chez lui.

- Merci… Ton oncle ?

- Je l'ai vu, il n'a rien trahi de particulier, aucune agressivité, mais je sentais en lui une volonté de revanche infinie ! Par contre, il était dans l'impossibilité matérielle d'être le conducteur du fourgon, j'étais avec lui. Un bon alibi, mais nous savons pour ses comparses !

- Pour ce que cela nous arrange, soupira Soreyn.


Ayvanère entra dans la chambre de son époux, posa ses fleurs et sourit à son beau-père.

- Albator…

- Sky m'a donné l'assurance… L'hématome se résorbe de lui-même, Aldéran ne devrait plus tarder à se réveiller.

- En effet…

- Mais ?

- … Les adversaires sont toujours là, en terrible embuscade. Leur premier avertissement fut assez violent !

Le pirate à la chevelure de neige posa tendrement la main sur le front de son fils roux toujours inconscient.

- Kwendel, tu as disparu, à jamais, tu ne peux m'apparaître, encore et encore ?

- Au contraire, je suis en toi, je fais partie de toi plus que jamais. Et là, tu es très mal embarqué !

- J'ai eu un accident de voiture, je ne m'en suis pas encore réveillé… Quel est le souci ? Et n'y avait-il aucune chance pour Drixie, encore un molossoïde qui perd sa vie à mon contact… ?

- Je crains que tu ne dormes encore un moment, le crash a été très violent ! Pour la belle et fidèle Drixie, elle a agi comme elle le devait, sacrifiant sa vie pour la tienne, mais elle t'aura laissé un souvenir. En revanche, il n'y a que toi qui sois important, tes forces, ta vulnérabilité, ton coma.

- Comme c'est original… Je dois me réveiller, un point c'est tout !

- Non, pas si facile… Tu t'es si violemment cogné la tête au cours des tonneaux…

Aldéran se releva, au sein d'un environnement lumineux et sans vraiment de dimensions – deux ou trois D – faisant face à son ancien jumeau.

- Mes adversaires actuels sont naturels, mon père a tué trois d'entre eux. Et j'ai à préserver des victimes potentielles à venir… Il le faut !

- Non, ce combat n'est pas entièrement le tien. Skyrone pourra t'aider.

- Sky ? Mon rat de laboratoire préféré, avec ses –ides et –ines ?

- Lui-même, le meilleur ! sourit Kwendel. Oui, lui, dans cette situation.

- Parce que je dors, parce que je ne parviens pas à me réveiller ?

- Oui, soupira l'ancien jumeau en baissant la tête. Tu n'aurais dû qu'être sonné dans cet accident – rien à voir quand tu fus percuté après l'explosion du Labo de notre poissard aîné – mais tu as été bien plus sérieusement blessé. Le surnaturel ne peut t'aider, et le naturel est agressif au possible… Je ne puis t'apaiser et tu es impuissant.

- Oui, ça je l'ai bien compris !

Kwendel posant les mains sur les joues de son ancien jumeau, Aldéran repartit dans le sommeil, mais confiant à présent.