8.

Soreyn s'arrêta net sur le seuil de ce qui avait été son bureau durant les deux semaines qui venaient de s'écouler.

- Aldie, qu'est-ce que tu fous là ?

- Quoi, tu ne trouves pas que je ne me suis que top longtemps absenté ? !

- Ton médecin t'a mis à l'arrêt pour trois semaines ! jeta encore le capitaine de l'Unité Anaconda.

- Et tu sais très bien que je me suis rarement conformé à ce genre d'ordres, marmonna Aldéran en s'asseyant à sa table de travail.

- Ce qui a toujours été une regrettable erreur !

- Ah, et c'est maintenant que tu m'en fais part ? fit Aldéran en s'étranglant avec son café.

- Comme si tu avais jamais tenu compte de nos remarques, sur ce sujet en particulier. Et ta présence ici le prouve.

- Je vais mieux, assura son ami. La récupération a été un peu dure, au début, mais maintenant tout va bien.

- Physiquement, soit. Et dans la tête ? insista encore Soreyn.

- Toujours aussi tordu.

- Ce n'est pas drôle…

- Ce n'était pas sensé l'être ! aboya Aldéran.

Son regard s'attarda un instant sous une table.

- J'ai fait ranger le panier de Drixie, et tout ce qui était à elle. C'est dans une des caves. On se doutait tous bien que ça te ferait trop de peine de revoir ces objets. Je les envoie à la déchetterie pour recyclage ?

- Non, ils pourraient resservir.

Soreyn esquissa son premier sourire de la journée.

- Il est vrai que tu n'as jamais pu vivre sans chien. Tu as été dans un élevage ?

- Drixie… Elle était pleine. Bien que grands prématurés ses petits ont pu être retirés mais un seul a survécu. Ils continuent de le nourrir à la clinique vétérinaire. Une fois à son poids de naissance, il sera confié à une chienne qui a mis bas la semaine dernière.

Soreyn fronça les sourcils.

- Drixie attendait des bébés et tu l'ignorais ?

- Disons que je ne la talonnais pas quand elle furetait dans le Parc, ou sur d'autres lieux de promenade. Un accident qu'on aurait découvert lors de sa visite annuelle… Mais c'est son cadavre qui s'est retrouvé sur la table de consultation. Elle avait été si gravement blessée dans l'accident…

- Si elle ne t'avait pas sorti à temps du tout-terrain, le panneau indicateur t'aurait écrasé en tombant dessus !

- Oui, on m'a raconté. C'est ainsi, on ne peut rien y faire.

- Et tu adopteras son petit une fois qu'il sera sevré, conclut Soreyn. Bon, puisque tu vas refuser de rentrer chez toi, que devons-nous faire ?

- Commencer par relever les deux policiers qui me collent au train. Ensuite me rapporter les faits et gestes du trio que nous suspectons d'être derrière mon accident. Enfin, me fournir une copie de toutes les entrées et sorties de l'ordinateur de Bonname Uhaerté depuis sa cellule.

Soreyn rit alors franchement.

- Que crois-tu donc qu'on a fait pendant ces deux semaines où tu glandais sur ton canapé ? Tout est enregistré et les agents se relayent à surveiller le trio, et tu te doutes que Kycham va très souvent voir son oncle.

- Trop… Il devrait reprendre ses distances car s'il est sur son chemin si Myrhon décide de passer à l'action directement… Dis-lui de passer me voir tout à l'heure. Et, si j'ai bien compris, nos trois suspects ont un comportement tout à fait normal ?

- Je le crains, reconnut Soreyn, dépité. Et si ce n'étaient pas eux ?

- Il s'agit d'un raccourci un peu brutal, j'en conviens. Mais ils nous sont quand même servis sur un plateau. Et ce sont mes principaux ennemis qui soient, répertoriés dans la nature. Hormis les tarés, je ne m'en connais pas d'actuels. Du nouveau sur eux ?

- A part les nouveaux cadavres ?

- Ce n'est pas drôle…

- Ce n'était pas sensé l'être ! rétorqua à son tour Soreyn.

Du poing, Aldéran frappa le bureau.

- Par les dieux, Soreyn, nous n'avons pour ainsi dire jamais été confrontés à une telle situation, une telle ignorance de nos ennemis !

- Ne t'énerve pas, ça n'aidera pas…

- Je fais ce que je veux ! vitupéra le grand rouquin balafré.

- Comme ton aîné. Il partait pour une semaine et voilà trois semaines qu'il est dans le Nord !

- Sûrement ses –ides et –ines chéries. Il les a toujours de loin préférées à moi ! Non, il a plutôt dit qu'il avait des recherches à faire suite à la semaine de conférences.

- Et donc, il les préfère bel et bien à toi ! gloussa Soreyn.

- Il sait qu'il ne m'est guère utile, dans ce genre de situation.

- Il n'empêche qu'en l'absence de ton père… remarqua Soreyn, contrarié.

- L'absence prolongée de Sky ne peut que signifier que mon père ne m'a, bien sûr, pas obéi un instant, et qu'il ne doit pas être bien loin en réalité !

Et Aldéran se détendit légèrement.


Skyrone était revenu au complexe scientifique où une semaine durant il avait suivi des conférences et en avait données trois.

- Ravie de vous voir, fit la directrice des séminaires. Je n'osais espérer que vous honoreriez notre petite communauté de chercheurs durant autant de temps, Pr Skendromme. Qu'est-ce qui a bien pu vous retenir et vous captiver autant, me l'apprendrez-vous ?

- Oui. J'étais pourtant bel et bien sur le départ, mais en jetant un dernier coup d'œil au fil d'actualité scientifique, j'ai trouvé qu'un sujet d'étude avec été rentré.

- Oui, cela arrive de jour comme de nuit, sourit la directrice. Un sujet qui vous tenait particulièrement à cœur, Professeur ?

- Cela a effectivement plus qu'attiré mon attention. Je suis d'ailleurs étonné que personne ne l'ait relevé…

- De quel sujet d'étude s'agissait-il donc ? insista la directrice.

- De tortures ! siffla Skyrone en s'agitant dans son fauteuil. Une étude sur les seuils des douleurs, selon les individus. Et s'il ne s'agissait que de la variété des sévices infligés. Mais il y est aussi question de manipulations du mental, une sorte de lobotomisation en bombardant les sujets de cocktails chimiques aux effets dévastateurs.

- C'est possible ?

- J'ai eu un jour le déplaisir de le constater, sur un de mes jeunes frères… Mais là, il ne s'agit pas de transformer un être en zombie obéissant, en un véritable zombie par contre ! Leurs organes sont tués, seul le cœur bat encore, pour alimenter le cerveau en oxygène… Mais surtout… ?

- Quoi donc encore, Professeur ?

- Entre les lignes, j'ai parfaitement compris que des informations seraient révélées sur les réactions d'un vampire soumis à diverses stimulations et privations.

- Là, je ne vous suis plus du tout… Un vampire ? !

- Le frère dont je vous parlais en connait un. Et eux deux sont récemment passés par de terribles épreuves. Je crains bien que ce ne soient de leurs martyres dont on s'apprête à rendre les résultats publics ! J'ai besoin de votre aide, Madame.

- Comment cela ?

- Je dois savoir, avant que l'étude ne soit présentée officiellement, qui sont les personnes à son origine !

- Je vais me renseigner. Vous aurez ces renseignements avant votre départ.

- Tâchez de faire vite, je vous prie, mon jet décolle ce soir.


Ceux de l'Unité Anaconda et Kycham s'étaient réunis chez Jarvyl pour la mensuelle réunion, sans doute la soirée la plus attendue puisque cela se déroulait dans le milieu des forains dont était issu le Leader de l'Unité Léviathan.

Peu avant le dessert, Aldéran avait pris un appel sur son téléphone, avait pâli.

- Aldie ? questionna le maître des lieux.

- Le jet de Skyrone s'est écrasé dans les montagnes…