9.
- Tu vas arrêter de nous faire ce genre de frayeurs ! ?
- Merci de te préoccuper ainsi de ma santé, Aldie !
- Tu me sembles entier, donc c'est que tout va bien. D'ailleurs, la capsule de sauvetage était programmée pour te déposer en douceur sur le sol !
- J'ai horreur de toutes ces sensations fortes !
- Et moi donc !
Skyrone tressaillit, surpris au possible par cette affirmation qu'il n'attendait mais levant les yeux sur son cadet roux, il ne vit qu'une profonde sincérité dans les prunelles bleu marine, ainsi que les relents des inquiétudes que ce dernier avait ressenties avant d'être face à lui !
- Merci, Aldie.
- Le signal universel de détresse de la capsule nous a alertés et nous sommes sortis récupérer votre frère, Général Skendromme, intervint alors un des garde-forestiers dans le chalet desquels ils se trouvaient.
- Il va bien ? insista alors Aldéran.
- Notre infirmier l'a examiné. Aucune blessure, juste les émotions de cette évacuation. Il a pu prendre un repas et se reposer en attendant votre arrivée en hélicoptère Militaire. J'ai envoyé une patrouille vers l'épave du jet afin de tâcher de récupérer ses affaires, ses ordinateurs principalement selon le souhait de votre aîné.
- Sky, tes ordis, c'était vraiment le dernier de mes soucis ! aboya alors le grand rouquin balafré. Moi, j'ai plutôt fait dépêcher une équipe d'experts pour l'analyse du jet !
- Tu m'étonnes… Tu fais ton boulot, tout comme je fais le mien. Mais crois-moi néanmoins sur parole si je te dis que nous œuvrons dans les mêmes buts, mais avec nos connaissances et moyens respectifs.
- Je ne l'ignore pas, reconnut encore Aldéran en prenant le quart de café qu'on lui avait à nouveau rempli, souffla doucement sur le liquide brûlant et réconfortant. Mais j'espère que la chute du jet est bien un accident. D'ailleurs, qui voudrait te faire du mal, tu œuvres pour la recherche pure en manipulant tes –ides et –ines, à l'infini…
- Et je n'ai rien découvert, depuis des mois, juste des vaccins ou autres remèdes pour les laboratoires et je n'ai lu que des louanges pour ces travaux dans toutes les revues scientifiques – toute modestie mise à part. Le pilote était très fatigué, le co-pilote avec une sacrée gastro et demeuré à terre pour ne pas nous contaminer, une option ?
- Elles seront toutes envisagées, jeta sauvagement Aldéran, poings serrés. Si quelqu'un t'a fait du mal, je lui ferai rendre gorge au centuple !
- Veille d'abord sur toi, Aldéran, c'est toi qui a été victime d'une tentative d'assassinat et je sais parfaitement que tu n'aurais pas dû reprendre le boulot si tôt !
Skyrone se leva, se tourna vers trois des garde-chasses présents dans le salon.
- Mon jet est tombé hier soir, mon cadet est arrivé en milieu d'après-midi, je doute qu'il ait pris le moindre repas. Pouvez-vous lui proposer quelque chose à se mettre sous la dent, je vous prie ?
- Sky !
- Je me trompe, Aldie ?
- Non…
- En attendant le dîner, souhaitez-vous quelque chose en particulier, Général ?
- Vous avez du pain perdu ?
- Ca peut se faire, promit une garde, ne pouvant dissimuler une profonde surprise à ce choix très simple… et très enfantin.
- Aldie ? glissa encore Skyrone à l'oreille de son cadet roux.
- Tu avais bien évidemment raison, je meurs de faim. Et je suis épuisé… Désolé, sur ce coup, je ne vais pas pouvoir beaucoup t'aider…
- Va dormir un peu, ensuite ça ira mieux. L'hélicoptère nous ramènera à RadCity dès demain. Tous les nôtres sont rassurés, nous pouvons souffler un peu.
- Tu as été soumis à rude épreuve, Sky, je l'oublie trop facilement, pardonne-moi. Tu es vraiment un rat de laboratoire, un rat très courageux et que je respecte infiniment, tu n'es pas fait pour ces coups de la vie… Je devrais te ménager au lieu de te faire des reproches ou persifler… Je suis odieux !
- Tu es un guerrier, Aldéran. Tu es un Militaire. Tu as à te battre, et c'est ce que tu fais sans prendre garde aux dommages collatéraux, c'est ce que tu dois décider et ordonner. Tu es mon frère et je ne te ferai jamais le moindre reproche sur tes décisions professionnelles. Je suis prêt à tout encaisser, si ça peut t'aider… Et, qui sait, peut-être que je peux t'aider, à ma manière justement !
- Comment cela ?
- Je te raconterai une fois que tu nous auras ramenés chez nous.
Aldéran serra fortement les épaules de son aîné.
- Et tu es sûr que ça va, toi ?
- Tu es venu me chercher. Oui, tout va bien ! Merci, Aldie.
- Mais, je n'aurais jamais laissé cette tâche à un autre !
Et les deux frères s'étreignirent à nouveau longuement.
10.
A une bonne odeur de chocolat chaud flattant ses narines, Aldéran ouvrit les yeux.
- Ayvi… La dernière fois où je me suis réveillé avec d'agréables effluves, il s'agissait des pains perdus de mon père. Mais ton chocolat chaud me donne très envie ! Il y a… ?
- Je t'ai préparé des pancakes, beaucoup d'œufs avec viande et légumes grillés, des toasts avec plusieurs des variétés des confitures que tu as préparées durant les tous grands froids… et ton père a retourné quelques pains perdus, en effet !
- Il me semblait bien flairer de la vanille… Papa ! ?
- Désolé, Aldéran, jeta la voix d'Albator depuis la cuisine de l'étage inférieur, mais tes gamins sont des estomacs sur pattes et j'ai à leur préparer des piles de pain perdu sinon ils me soumettent à la torture pour en avoir plus, et plus vite !
- Les garçons… ?
Ayvanère posa doucement les doigts sur l'épaule de son époux qui s'était mis à dévorer son plateau.
- Oui, tu t'es effondré de fatigues à ton retour d'avoir ramené Sky. Tu as dormi, un bon moment. Nos fils sont là, depuis hier, ils espèrent que tu pourras te relever pour les câliner jusqu'à ce qu'ils repartent à leurs études respectives !
- J'y compte bien… Comme j'aimerais, sur ce point, qu'ils soient des cancres et demeurent auprès de nous deux !
- Nos fils sont malins, ils songent à de pointues études et ne peuvent que les réussir. Alguénor sera un brillant avocat, Alyénor pourrait bien être un galactophysicien de première grâce aux conseils de Mayu Tuldish Oyama, et Albior…
- Oui ?
- A la réflexion, je doute qu'il opte pour une section de la Médecine, mais plus pour un pouvoir plus étendu, plus surnaturel, et pour le bien de tous, avec toute l'abnégation de ton hérédité ! Il œuvrera pour l'Humanité, tout simplement, mais tu sais mieux que quiconque qu'il va en baver !
- Ne me parle pas de bave quand je mange, gloussa Aldéran.
Albior surgit dans la chambre, vint étreindre son père.
- Ne me parle pas de bave quand je me gave des pains perdus d'Albator ! Je crève de faim et je suis en grand manque de sucre et de vanille. Mon papa, oncle Kwendel m'a dit que je serais en paix, jusqu'à un âge adulte, que tu reprenais le combat et que tu assumais… C'est sûr, mon papa ?
- J'aimerais que non…
- Oh, tu ne savais pas… Je suis tellement désolé !
- J'ignorais, mais je ne pouvais que m'en douter. Kwendel m'avait averti. Par contre, tout arrive trop en rafale, trop rapidement, trop en même temps, et je ne suis absolument pas en état de réfléchir… Mais, je me débrouillerai, Albior, ne songe qu'à étudier et à profiter de ton âge, s'il te plaît.
- Grand-père m'a promis de m'emmener aux plus grands Parcs d'Attractions !
- Qui m'a appelé « grand-père » ? ! aboya la voix glaciale qui avait tétanisé tant d'adversaires ou avait permis de les paralyser le temps de les anéantir !
- Moi ! gloussa Albior absolument pas effrayé et revenant à la cuisine.
Albator fit glisser le pain perdu sur l'assiette de so npetit-fils aux boucles auburns.
- Toi, Albior, tu as de la chance de n'être qu'un jeune ado. En d'autres circonstances…
- Même pas, Albator ! Tu protèges toujours tout le monde et moi en premier !
- Je déteste quand tu as raison, Albior.
- Mes pains perdus ?
- Ils sont prêts !
Et Albior prit l'assiette qui lui avait été copieusement chargée.
Deux jours après que Skyrone et lui soient revenus du Nord, Aldéran s'était rendu à la Centrale de Communications de l'AL-99.
- Alors, tu as reçu les premiers résultats de l'expertise de l'épave du jet ?
Jelka inclina positivement la tête.
- Oui. Et bien que ce soient les premières constatations, elles sont formelles. Je ne t'aurais pas appelé, autrement.
- Que disent-elles ?
- Ce n'était pas une défaillance mécanique ou humaine. Il y avait une bombe à bord. On a voulu, si pas tuer ton frère, l'empêcher de te rejoindre.
