12.
- Toshiro, dis-moi que c'est une blague ! ?
- Je crains que non. La chaussée s'est bien effondrée un peu plus loin devant toi : la circulation est déviée.
- Il me faut un itinéraire alternatif pour rejoindre Aldéran, je ne suis plus vraiment en âge d'aller galoper jusque-là.
- Je vais te guider, mais toutes les projections de parcours ne te permettront pas d'arriver à temps, fit l'Ame de l'Arcadia, lugubre.
- Envoie un spacewolf me mitrailler ce vilain monde ! siffla Albator en redémarrant sur les chapeaux de roues, là où le conduisait Toshiro.
- Le jet non plus ne sera pas assez rapide. Et les caméras publiques sur lesquelles je suis connecté me montrent qu'au lieu de tenter de forcer le passage, Aldie est sorti de son tout-terrain noir. Il va les affronter, et il n'a absolument aucune chance de s'en sortir !
De rage, le pirate à la chevelure de neige frappa le volant avant de braquer brusquement dans une rue adjacente à l'avenue principale empruntée jusqu'à présent.
- D'abord un accident, maintenant une chaussée qui s'effondre, ce n'est pas possible autant de malchance en une seule soirée, surtout ce soir ! Décidément, demeurer sur un sol terrestre ne me réussit pas !
- Je vais tâcher de contrôler les feux de signalisation sur ton parcours. Mais…
- Mais ça ne suffira pas…
Encerclé par la bande, dont pas un des membres n'avait dit un mot, ce qui était d'ailleurs inutile, Aldéran ayant parfaitement compris que le guet-apens n'avait pas que pour unique but de le détrousser.
- J'aurais juste voulu savoir : lequel des trois vous a commandités ?
- Ne me fais-moi pas l'injure de me prendre pour un lâche, jeta Kélog Brovell depuis un véhicule à l'arrêt, juste au-delà du cercle meurtrier.
- Assez ironique venant de la part de quelqu'un qui a joué double jeu des mois durant pour trahir ses propres camarades de combat ! jeta Aldéran à l'adresse de l'ancien membre de l'Unité Anaconda. Et toujours déterminé à faire le mal alors qu'à l'origine tu avais juré de protéger la population…
- Et toi, toujours aussi pipelette alors que ce sont aux poings et aux armes de parler ! Allez, essaye un peu de te sortir de là, je suis curieux de voir ça !
- Je crois que je vais te réserver ma première balle ! glapit le grand rouquin balafré.
Une détonation claqua.
Freinant brusquement, Albator jaillit de son véhicule, rejoignant son fils roux en quelques pas.
- C'est toi qui as fait ça ? jeta-t-il en désignant du bout de son gravity saber les cadavres des agresseurs.
- Non, pas tous. Je n'aurais pas eu assez de balles. Les tirs sont venus de ce toit…
Aldéran se tourna vers le bâtiment d'où le sniper avait opéré et sans surprise vit une silhouette en sortir et se diriger vers son père et lui.
En revanche, il sursauta franchement quand un réverbère illumina le visage de son sauveur.
- Ouchan !
- Tu le connais ? glissa son père.
- Oui. C'est un criminel.
- Comme nous tous, remarqua le jeune Roi de l'Ouest.
Et malgré lui, Albator sourit.
13.
- Soreyn, à mon bureau !
A l'appel de son Général, Soreyn se leva, quittant ses amis qui partageaient les habituels cafés et pâtisseries du matin et le suivit directement à son bureau, sourcils froncés, se demandant ce qui justifiait cet impair au rituel de la part de son ami.
- Je n'ai pas vu d'alerte particulière dans le fil d'actualité de la nuit… fit-il dans l'ascenseur qui les emmenait à mi- étage.
- C'est vrai que la bande décimée à l'angle des Avenues Shol et Gar a été classée comme un règlement de comptes. Ce qui était d'ailleurs bel et bien cela !
- Tu es au courant ?
Soreyn tressaillit.
- Tu étais là, c'est ça ? !
- Oui. Kélog Brovell avait engagé ces gens pour me faire passer un très mauvais quart d'heure, et mieux si possible m'envoyer si pieds sous terre !
- On dirait que l'ancien membre de l'Unité a très mal calculé son coup puisque tous ses hommes sont restés sur le carreau, remarqua Soreyn alors que son ami accrochait son manteau dans un placard, posait son sac et allumait ses ordinateurs.
- Au contraire, tout indiquait que j'y serais resté.
- Ton père, il est intervenu ?
- Il a été retardé. Non, comme à l'écluse un sniper me tenait à l'œil et il a fait mouche à chaque tir, ce qui m'a donné l'occasion de dégommer le reste du groupe.
- Un sniper ? Qui donc ? En tout cas, je n'avais mis personne sur tes talons.
- Ouchan Sansdor.
- Le Roi de l'Ouest ! Il est revenu !
- Oui, il semble qu'il ait voulu constater par lui-même mes déboires avec les tarés.
- Pourquoi est-il intervenu ?
- Je crois qu'il a voulu rétablir l'équilibre, au vu de la traîtrise totale de Brovell. Sans lui, j'aurais été mis en pièces.
- Aldie, tu es Général des Polices, tu n'avais qu'à activer ta balise de détresse, les Patrouilles les plus proches se seraient précipitées à ton secours !… Ca a beau ne pas être ton genre, il y a des situations, justement où…
- Les Patrouilles étaient sur le périmètre de la chaussée effondrée, à détourner les véhicules. Elles ne seraient pas plus arrivées à temps que mon père. Je vais consigner cela dans un rapport et tu en auras copie. Maintenant, allons rejoindre les autres, Soreyn !
- Tu vas les mettre au courant ?
- Je ne peux pas leur dissimuler ce genre de faits, mais je voulais que tu en aies la primeur. Brovell est clairement identifié, Kendeler et Darong, sont donc bien les deux autres membres du trio et l'un d'eux m'a envoyé dans le fossé il y a peu.
- Je vais relancer les enquêteurs, qu'ils mettent leur turbo. Ton témoignage leur sera précieux – mais j'imagine bien que le Roi n'en fera pas partie !
- Je lui ai promis la discrétion, je lui devais bien ça !
Non sans surprise, Aldéran laissa son regard se poser sur le mobilier de la suite présidentielle du Cinq Etoiles.
- Tu n'es pas censé être recherché par toutes les Polices ?
- Je suis traqué comme un animal sur toute la côte Ouest. Mais par ici, je suis plutôt considéré comme du menu fretin. Et puis, on connait davantage le prénom d'Ouchan, Sansdor est beaucoup plus passe-partout !
- Je n'ai pourtant pas eu grand mal à trouver ton patronyme.
- Je me suis laissé dire que ton Pr Oyama disposait de moyens hors normes, glissa Ouchan, toujours aussi athlétique, le teint hâlé et les cheveux d'un blond cendré. Je serais curieux de rencontrer un tel personnage.
- Ca ne risque pas d'arriver. Tu es un criminel et moi Général des Polices.
Ouchan éclata de rire, prenant un fruit dans une coupe, lui en lançant un avant d'ouvrir pour sa part l'emballage d'une barre de chocolat.
- Ce qui explique fort logiquement ta présence, gloussa-t-il, franchement amusé. Tu as sauvé ma vie… Ce qui demeure en effet un mystère quant à ton action de cette nuit. Pourquoi ? Tu n'as pas dit grand-chose en présence de mon père.
- Il a l'air d'un sacré personnage, mais je me sens mieux loin de lui ! Quant à mon intervention, je serai toujours ton débiteur, et ce même si je t'ai rendu ta Médaille de Baptême. Et si j'ai pu ordonner des massacres, plus d'une fois, je n'aime pas en voir un se perpétrer sous mes yeux. Je suis un criminel mais je fais partie de ceux qui revendiquent un code. Et dans ce code je respecte un ennemi valeureux. Je crois que tu me le rends bien sinon ce seraient tes Unités d'Intervention qui seraient là, entre nous.
- Tu es au bout de ma ligne, je te donne du mou, n'en abuse pas.
- Maintenant que tout est clair, si on trinquait ? Je me suis laissé dire que rien que ce red bourbon valait à lui seul le déplacement.
- C'est peu de le dire ! sourit Aldéran.
