16.
Surprise, mais comprenant le souhait non exprimé de son époux, Ayvanère avait dit un grand oui à la proposition du repas en amoureux.
- Forcément, quand tu me parles de crustacés et de fruits de mer, je ne peux pas résister ! s'amusa-t-elle. Et je ne sais toujours pas quelle sorte de pain je préfère en accompagnement : bis, aux noix, aux céréales complètes, aux graines de tournesol !
- Tout comme moi, voilà pourquoi je commande la gamme complète des pains, et même le pain à l'encre de seiche !
Dans le restaurant, les époux partageaient tranquillement leur repas, choisissant les coquillages au gré de leurs envies, les faisant glisser dans la gorge avec gourmandise, se régalant et appréciant chacune des saveurs marines spécifiques à l'assortiment proposé.
- Surprends-moi.
Paupières closes, Ayvanère entrouvrit la bouche et attendit qu'on lui glisse un corps entre les lèvres. Elle sentit la masse gélatineuse déposée sur sa langue, ses papilles lui renvoyant les saveurs appréciables, ainsi que celles des légers épices que son époux avait moulinés, et elle avala.
- Des coques ! C'est vrai que j'ai plus l'habitude que tu les cuisines pour accompagner des pâtes, avec de la sauce tomate ou vinaigrée. De façon naturelle, elles sont vraiment savoureuses, très salées et poivrées, mais si bonnes !
- Si nos fils étaient là, ils se régaleraient. Mais ce petit plaisir n'est que pour nous deux ! Merci de m'avoir proposé ce moment de détente, mon bel amour.
Aldéran se pencha au-dessus de la table, effleurant les lèvres de son épouse.
- Nous avions tous les deux besoin de nous détendre, de faire plaisir à nos papilles, ensemble et pour le plaisir uniquement.
Un serveur apporta deux homards entiers fumants, dans un grand plat, avec des légumes et sauces d'accompagnement, ainsi que plusieurs sortes de pains dans un panier.
- Ca fait plaisir de voir des clients comme vous apprécier et dévorer. Ces homards grillés devraient vous plaire, et nous avons aussi une sauce crémée au red bourbon, si ça vous tente ! ?
- Amenez ! rit Aldéran, retrouvant tout son appétit !
- Du red bourbon ? s'étonna néanmoins Ayvanère. Bob a mis son alcool fétiche en distribution libre ?
- Non. Kaïra, l'associée de Doc Ban liquide les stocks, en revanche… D'où le fait que Sansdor ou cet établissement en dispose dans ses celliers… Mais, ne me parle pas de mes obsessions noires, je te prie, pas ce soir, je veux juste un repas agréable avec ma femme… Il y a tellement longtemps que j'ignore de quoi sera fait… Je décide plus que jamais de vivre l'instant présent. Ma seule inquiétude…
- Oui, Aldie ?
- Je te sors de chez nous, je t'expose… J'en suis désolé… Hors du duplex, je te mets en danger !
- Comme si nous étions sans sécurité ? gloussa Ayvanère, en se penchant à nouveau vers son mari, ses yeux lui désignant une table sur la plateforme à mi-hauteur.
Aldéran suivit se regard, et sans surprise, aperçut son père qui se goinfrait d'un très conséquent plateau de fruits de mer !
- J'ai créé des morts-vivants !
- J'ai enlevé des personnalités en vue de RadCity, je les retiens, je les marchande, je les relâche au compte-goutte ou non. Contrairement à vous, je dispose d'un conséquent « garde-manger » !
- Bien, nous avons donc tous un ennemi commun, cet arrogant et trop chanceux rouquin qui survit, encore et encore !
- Rien ne peut l'arrêter, nous avons essayé, plus d'une fois !
- Nous avons dès lors une chance, et nous allons le faire, car il y a une configuration d'action qui pourrait bien l'obliger à finir à terre !
Le dernier représentant des Tarés, et un des Kidnappeurs se retirèrent sans plus échanger, s'étant parfaitement compris !
- Je pars dans une heure, pour le Pensionnat… J'ai très envie de crêpes !
- Ne me refais pas le coup des « saucisses » de ton aîné… Albior, tu n'aurais pas plutôt les pains perdus de ton grand-père en goûter ?
- Albator m'est obscur, la Jurassienne l'aide à dissimuler ses pensées. Et toi, tu le fais, simplement. Vous m'empêchez tous de savoir, j'ai tellement peur… Des désastres sont à venir, tu veux m'en préserver, mais j'en souffrirai, quel est le bon calcul… ?
- Je ne sais pas… J'essaye juste que tu n'aies pas de douleurs…
- Mon papa !
Albior dansa d'un pied sur l'autre.
- Papa, je suis ton petit cœur, mais je suis un grand garçon. C'est compatible ? Je t'aime toujours autant, mais différemment, je pense… Ca peut le faire ?
Aldéran eut un grand sourire, serra le cadet de ses fils longuement contre lui.
- C'est tout simplement la vie, mon grand cœur.
Arrêtant son tout-terrain noir à infime distance du car du Pensionnat, Aldéran ne sortit que pour retirer les bagages de son fils cadet hors du coffre, pour la semaine.
- Je serai ici, vendredi, mon grand, je t'attendrai.
- Je sais, merci, mon papa ! Je suis tellement content que tu me laisses aller au bus, seul, comme un grand !
- Tu es un grand ! A vendredi, mon cœur.
Et même si son fils ne s'était pas étendu en câlins, Aldéran avait apprécié de le voir faire charger ses valises puis prendre place dans le bus.
Ce ne fut que lorsque le car soit parti qu'il ait lui-même enfoncé l'accélérateur.
Revenu de son magasin biologique, Myrhon Kendeler démarra lui aussi, suivant un instant sa cible, avant de rentrer chez lui.
« Le moment est proche, abominable rouquin. J'ai tout préparé, j'ai eu des années, et je vais t'avoir ! ».
