17.

- J'ai créé des morts-vivants !

- J'ai enlevé des personnalités en vue de RadCity, je les retiens, je les marchande, je les relâche au compte-goutte ou non. Contrairement à vous, je dispose d'un conséquent « garde-manger » !

- Bien, nous avons donc tous un ennemi commun, cet arrogant et trop chanceux rouquin qui survit, encore et encore !

- Rien ne peut l'arrêter, nous avons essayé, plus d'une fois !

- Nous avons dès lors une chance, et nous allons le faire, car il y a une configuration d'action qui pourrait bien l'obliger à finir à terre !

- Il a l'air intéressant votre petit jeu, je peux participer ? Mais si vous commenciez par vous présenter. Quoi que toi et moi nous nous connaissions, sourit Myrhon à l'adresse de Lhouda, la serveuse avec laquelle il sortait depuis peu. Ainsi donc, c'est toi qui as lancé ce programme pour forger ces tueurs sanguinaires ? Tu n'es pas plus serveuse que je ne suis un ange !

- Je suis serveuse, il faut bien payer les factures. Et vu que je n'ai pas obtenu mon diplôme de généticienne, j'ai bien dû me reconvertir. J'avoue que monter cette équipe pour mener à bien cette étude fut une véritable jouissance.

- Voilà un objectif totalement gratuit, remarqua celui qui portait une veste de marin, la barbe blanche.

- Le vôtre n'est guère mieux, siffla la blonde Lhouda. Vous avez kidnappé à tour de bras et vos raisons demeurent un mystère ! En tout cas, rien ne filtre de vos transactions, officiellement. Où est donc la gloriole ? Au moins, les sévices de mes petits chéris remplissent les colonnes des journaux et ça file les jetons à tout être normalement constitué.

Elle se tourna vers Myrhon qui les avait surpris dans la cuisine de la brasserie, peu avant la fermeture.

- Je constate que rien ne t'a échappé, les fois où je t'ai ramené chez moi…

- C'était limpide, toutes ces revues scientifiques, cet article que tu rédiges sur ton ordinateur principal, ces comptes rendus d'interventions. Oui, je fouille toujours quand on a le dos tourné !

- Et que veux-tu ? jeta-t-elle.

- Je veux te servir de cobaye !

- Pourquoi ?

- Je pense que cet apport inhumain pourrait être très intéressant pour mes propres projets. Mais je ne peux pas m'attarder sinon les policiers qui me surveillent pourraient commencer à se demander où je suis passé.

- Les toilettes sont justes en face des cuisines, remarqua Lhouda.

- Ce qui est très hygiénique… Tu me rejoins chez moi ?

- Avec plaisir.


Kycham était venu au bureau de son Général.

- Je peux te parler ?

- J'ai peu de temps. Je dois aller à une réunion à l'Antenne du SIGiP. C'est important ?

- Mon oncle était juste derrière toi dimanche, quand tu as conduit Albior à son car.

- Quoi ? ! Comment le sais-tu ?

- Il me l'a dit. Mais comme il ne s'est pas approché outre mesure, les agents qui le filaient ne se sont pas manifestés.

- Et je peux savoir pourquoi personne ne m'a rien dit ? glapit le grand rouquin balafré.

- Nous avons estimé qu'il était inutile de te tracasser.

- « nous » ? Soreyn et toi, c'est ça ? Vous savez que cette manie de vouloir me protéger est singulièrement agaçante !

- Tu fais ton boulot, et nous nous faisons le nôtre, rétorqua paisiblement Kycham.

- Quant à toi, ne retourne plus voir ton oncle ! intima Aldéran. Il est dangereux, il prépare forcément ses plans et je ne veux pas que tu puisses soupçonner quoi que ce soit, ça signerait ton arrêt de mort !

- Il ne me ferait pas de mal… assura Kycham.

- Il va se gêner, tiens !

- Mais enfin, Aldie, c'est quand même un membre de ma famille ! Il doit bien y avoir encore du bon en lui ?

Aldéran ricana.

- Non, ne te raccroche pas à des espoirs illusoires, siffla-t-il. Myrhon Kendeler est tout sauf humain !

Et Aldéran ignorait à quel point il pouvait avoir raison !

- Je dois aller à ma réunion. Et dis à Soreyn d'arrêter de faire de la rétention d'informations, ça me gonfle !

Kycham se contenta de sourire alors que son ami quittait la pièce.


Aldéran s'était présenté à la Générale Shale Elumaire.

- Votre absence de résultats commence à singulièrement agacer la Hiérarchie, gronda-t-elle. Toutes les enquêtes importantes stagnent car ceux que vous avez réussi à arrêter refusent de parler ! Sans compter que vos propres ennemis se jettent d'eux-mêmes en prison !

- Là, vous parlez de Nasylle Darong qui ne reverra jamais l'air libre, pour le meurtre de sa mère. Quant à Brovell, il ne pourra que suivre la même voie pour l'agression commanditée. Pour les pseudos scientifiques, les pistes sont remontées. Ce n'est qu'une question de temps pour qu'ils soient tous mis hors d'état de nuire. J'estime pour ma part que le bilan est assez satisfaisant !

- Oui, mais vous n'en êtes nullement responsable, siffla-t-elle. Vous êtes particulièrement observateur dans toutes ces histoires, ce sont vos troupes dévouées qui font tout le travail. Quant à tous ces enlèvements, aucune de vos Divisions Sectorielles n'a été fichue de rassembler des indices probants. Ce n'est pas bon, pas bon du tout pour votre évaluation !

- Je me fous éperdument de ces évaluations trimestrielles. Et ce n'est pas parce que les indices ne sont pas collationnés dans des rapports qu'ils n'existent pas !

- Vous me dissimulez des informations. Vous défieriez-vous de moi, Aldéran ?

- Non, fit-il sincèrement. Mais il y a trop de voies hiérarchiques, trop de fuites possibles. Et vu qu'il y a quinze otages entre les mains des Kidnappeurs, je ne veux pas qu'ils se sentent menacés, ne s'en prennent à eux en dernier recours, avant que je ne leur tombe dessus et que je mette tout ce mauvais monde derrière des barreaux.

- Vous savez où ils sont ?

- Disons que l'idée se précise, difficile de garder quinze personnes enfermées, de les approvisionner, de leur permettre de satisfaire aux besoins essentiels, tout en faisant d'un autre côté un discret chantage pour leur libération. Je pense donner l'ordre de l'Intervention avant la fin de la semaine.

- En ce cas, tenez-moi alors au courant. A bientôt, Général Skendromme.

- Oui, à très bientôt, Générale Elumaire, dit-il en se retirant.