19.
- Je vous connais…
- Non, c'est impossible. Nous ne nous sommes jamais vus et je sais que jamais ton père avec ce cœur si sensible et stupide ne t'aurait seulement permis de te laisser voir une photo de moi.
- Vous êtes Myrhon Kendeler !
- Oui…
- Mon papa n'a rien dit. Mais j'ai vu votre image, dans sa tête, quand je pouvais encore lire en lui. Vous lui avez fait tant de mal… Vous êtes un monstre !
- Et à un point que ni lui ni toi ne puissiez imaginer ! Je t'ai, Albior, et ton papa va être comme un pantin dont je vais tirer les fils, et crois-moi, il va danser !
- Mon père ne vous laissera jamais faire, il va vous remettre la main dessus et vous ne menacerez plus personne !
L'ancien Colonel du GD-12 ne put s'empêcher d'avoir un sourire.
- Tu es un petit gars courageux, idiot mais avec cette foi insensée en ton père ! Crois-moi, à ton tour, je vais m'arranger pour qu'il ne soit plus jamais un obstacle sur ma route, une menace que je vais faire éradiquer, et si je n'y arrive pas je m'en chargerai moi-même !
- Vous allez vous servir de moi ? chuinta Albior avec un regard inquiet pour celui qui s'était introduit sans bruit dans sa chambre du Pensionnat, l'avait arraché à son lit et fait valdinguer dans toute la pièce d'un seul mouvement du bras.
- Et comment ! Je vais encore un peu observer, ensuite je passerai à l'action !
- Non, je ne vous le permettrai pas ! C'est mon papa et j'ai à le protéger !
- Je dirais plutôt que tu as à dormir, gronda Myrhon en obligeant le jeune adolescent à vider un demi verre de lait.
Myrhon tressaillit légèrement quand il trouva son neveu devant la porte de son appartement.
- Kycham…
- Où étais-tu, oncle Myrhon ? Les agents de la Patrouille t'ont perdu…
- J'étais à la brasserie.
- Lhouda n'y était pas de service, ils l'ont rapporté. Que se passe-t-il, mon oncle ?
- Lhouda semble avoir disparu… Mais, pour ma présence, je dois bien me nourrir, et je ne sais absolument pas cuisiner, quoi d'étrange ?
- Le fils cadet de mon Général a disparu… Je t'en prie, ne me dis pas que tu y es pour quelque chose ?
- Je me fiche de ce gosse, comme de ton rouquin de dirigeant, et de toi aussi d'ailleurs. Tu es tellement intègre, loyal, chevalier, bref un imbécile de première ! Tu es venu, si souvent ces dernières semaines, mais tu peux encore venir des mois durant tu ne capteras rien, ton intellect est encore trop limité !
- Je ne veux pas en entendre plus, se révolta Kycham. J'ai voulu espérer, parce que tu étais de ma famille, le seul membre… Mais tu es encore pire que ce qu'Aldéran me donnait à penser. Tu es une bête, et ça c'est injurieux pour le règne animal ! Adieu !
- Tu ne penses pas si bien dire, rugit l'ancien Colonel du GD-12. Car toi, tu n'es…
La main sur la porte de l'appartement, Kycham se retourna.
- Oui ?
- Mais toi, tu es un boulet ! Tu es un parasite dont j'ai honte de songer qu'il est de mon sang, un faible et une merde ambulante !
Rejoignant son neveu, Myrhon le matraqua de la crosse de son revolver, encore et encore.
20.
- Un bateau ? s'étonna Soreyn.
- Logique, au contraire ! gronda Aldéran. Que de mieux qu'un porte-containeur pour cacher et prendre soin d'otages sans attirer l'attention ? Un lieu presque hors de toute juridiction, vaste, et avec assez de membres d'équipages que pour justifier l'approvisionnement. Les Indics sont formels. Les Kidnappeurs et les prisonniers sont sur le Natura Demonia.
- Un nom bizarre…
- Nous nous passerons de vos avis, M. Pryom Hyrgue ! Fermez-la, intima le grand rouquin balafré. Le Natura Demonia est notre site d'action, nous en avons tous les plans, Jelka nous guidera, et donc nous y allons !
- Général ? s'étonna encore Pyrom, le dernier à avoir intégré l'Unité Anaconda.
- Quoi, tu n'as pas encore l'habitude ? gronda Soreyn au nez de son agent. Nous y allons, un point c'est tout.
Bien qu'en nombre restreint, pour leur discrétion et avancer au plus près sans risques pour les personnes, enlevées, Aldéran et ceux de l'Unité Anaconda avaient progressé dans les coursives du colossal porte-containeurs.
- Je capte des échos de chaleur, juste devant vous, renseigna Jelka dans les oreillettes de ses collègues. Intégrez la salle, il n'y a qu'eux !
Bien, on y va. Pryom ?
Le jeune homme posa la charge explosive sur la porte et tous investirent la pièce.
- Jelka, il n'y a rien !
- Mais je capte toujours les échos de chaleur !
- Des balises thermiques, renseigna Talvérya en désignant de petits appareils disposés de ci de là. Elles ont trompé les capteurs de Jelka. Général, c'est un piège !
Un objet rond glissant sur le sol, stoppant entre les pieds d'Aldéran, il explosa, irradiant la salle de lumière et mettant à terre tous ceux de l'AL-99.
- Où est Aldéran ? s'affola la Sylvidre de l'Unité Anaconda, alors qu'ils reprenaient conscience, les uns après les autres, foudroyés qu'ils avaient été par la grenade.
- Nous devons sortir d'ici, le trouver, le récupérer, et accomplir notre Intervention, gronda Soreyn. Pryom, court-circuite cette porte, nous devons sortir, on ne nous a pas tués, on peut donc sortir ! Et on file au plus vite, et nous devons récupérer notre Général, un point c'est tout !
Jelka enfonça un des boutons de sa console.
- Vos ennemis sont tous dans la cabine de pilotage du porte-containeurs. Le navire est sur le départ… Et Aldéran est là. Ils l'ont déposé dans un coin, comme un sac de patates, sans connaissance.
- Ca va nous compliquer l'action, mais nous avons à le faire, et en extrayant Aldie de là, siffla Soreyn. Nous sommes en position, on va investir les lieux !
- Mais pourquoi est-il toujours inconscient ? s'étonna Pryom. Il a été touché en même temps que nous !
- La grenade a fini entre ses pieds. Il n'a pu que subir l'onde de plein fouet et donc être bien plus sonné que nous tous. Mais la question n'est pas là, on doit le sortir de là ! aboya Soreyn. On y va. Pyrom, Talvérya, vous le soutenez et vous le sortez de là jusqu'à un lieu sûr.
Leurs partenaires poursuivant l'Intervention, et la neutralisation, Talvérya et Pryom avaient traîné Aldéran dans les coursives du porte-containeur.
Mais un groupe de marins apparaissant, ils s'étaient retranchés dans ce qui semblait être un stock de la cambuse.
- Je peux les avoir, murmura Talvérya. J'ai juste besoin qu'ils s'approchent, que je les aie dans ma visée ! Il me faut un peu de temps !
- Quoi… ?
A la réaction de son Général, Pryom réagit vivement, inquiet, ne comprenant pas son agitation. Il posa vivement sa main sur la bouche d'Aldéran pour l'empêcher de trahir leur présence.
- C'est moi, souffla-t-il alors qu'Aldéran tentait de se dégager, le fixant, hagard, comme s'il ne le reconnaissait pas.
- Les marins approchent Pryom, il me faut le silence sinon Aldéran dévoilera notre présence et je ne les aurai pas !
- Je vais t'aider, Talvérya.
Aldéran continuant de se débattre, Pryom serra le poing et le frappa en pleine mâchoire, le renvoyant au pays des songes.
Arrivée à la Clinique Sperdon, Ayvanère s'était précipitée sur Soreyn.
- Ne me dis pas que ce que j'ai entendu est vrai ? ! Aldie n'a pas, encore, paniqué sur le terrain.
- Si, je suis désolé, le rapport de l'Intervention a bien dû le mentionner. Il a failli sauter à la gorge de Pryom… Aucun de nous n'a compris… Il semblait plutôt aller mieux ces derniers temps.
- Moi, j'aurais peut-être une explication. Elle ne va pas vous plaire. Madame Skendromme Thyvask ?
- Oui. Comment va mon mari ?
Le médecin se tourna néanmoins d'abord vers Soreyn.
- Vous avez dit que la grenade paralysante avait éclaté à ses pieds ?
- Oui. C'est pour cela qu'il a été le plus touché de nous tous. Pourquoi ?
- L'explosion d'intense luminosité lui a aussi brûlé les yeux. Il est aveugle.
FIN
