Bon, je crois qu'à chaque fournée de dix drabbles, je vais sortir un one-shot, plus ou moins long.

Personnages : Gilbert/Prusse, Ludwig/Allemagne, Feliciano/Italie. Mention de deux mystérieux personnages dont je tairais le nom, même si ça sert à rien parce que je suis sûre que tout le monde saura de qui il s'agit.

Bonne lecture ! (ou pas :p )


Celui qui sait

_ Il me revient des choses, parfois…C'est étrange.

Prusse, pour une fois silencieux, écoute son cadet lui parler. Que Ludwig, le roc supposé inébranlable, vienne ainsi se confier, prouve à quel point il devait être désorienté. Gilbert est le seul à connaître cette facette de son frère.

_ Je ne comprends pas, poursuit le colosse blond. J'entends une petite voix, qui chante. Je suis bouleversé quand elle me revient, je ne sais pas pourquoi.

_ Une voix…? S'enquit Gilbert.

_ Oui, qui chante. C'est une petite voix d'enfant, très aigue, je ne parviens pas déterminer s'il s'agit d'une fille ou d'un garçon…

Ludwig s'assoit sur la chaise la plus proche et enfouit son visage dans ses larges mains.

_ C'est un trou béant que j'ai à la place de la mémoire. Je ne me souviens pas de mon enfance, que s'est-il passé ?

_ Tu sais, enfant, on a pas forcément des souvenirs très clairs, répond son frère en haussant les épaules.

L'albinos s'assoit lui aussi. A cheval sur sa chaise, il se met à se balancer nonchalamment.

_ Les autres se souviennent ! Objecte Ludwig.

_ Pfeuh ! Me fais pas rire. France est incapable de dire pourquoi il n'est pas capable de voir les fées d'Angleterre alors qu'il a lui aussi des origines celtiques. Italie n'a jamais compris pourquoi son grand-père l'a élevé tout seul sans son frère. Hongrie est persuadée qu'elle était un garçon et qu'elle a changé de sexe…J'oublie des exemples, mais tu n'es pas le seul à ne pas tout savoir sur toi-même.

Noyer le poisson, le rassurer. C'est la seule chose qu'il puisse faire pour lui. Il n'a pas le droit d'intervenir.

_ C'est pas pareil, insiste Ludwig. Quelque chose cloche chez moi, je le sais.

Cette fois, Prusse éclate de rire.

_ Il était temps que tu t'en rendes compte !

_ Je te remercie de ta sollicitude ! ! Rugit Allemagne, vexé.

_ Allez, va, t'inquiète pas ! S'exclame son frère. Je me demande pourquoi tu t'abîmes le cerveau à aller chercher dans le passé. Ton présent ne te suffit pas ? T'es pas malheureux pourtant, t'as un beau pays, aussi en paix qu'on puisse le rêver, une bonne place à l'Europe, des alliés, des amis…Et tu m'as, moi, rien que ça devrait suffire à ton bonheur.

_ Je sais, je n'ai pas à me plaindre…

La suspension de la phrase n'échappe pas à Prusse. De plus, que son cher cadet ne le réprimande pas sur son égo soi-disant « démesuré » est un fait assez exceptionnel pour être souligné. Il est vraiment soucieux. Il ne peut s'empêcher de soupirer. Que faire pour l'apaiser sans lui révéler ? C'est un dilemme auquel il est confronté depuis longtemps. S'il n'avait pas promis…

_ Mais…? Lâche t-il.

Juste « mais ». Un seul petit mot, pour encourager Ludwig à lui confier ses peurs, ses doutes, alors qu'il veut lui dire, lui avouer, lui révéler. Mais il n'a pas le droit. Ce n'est pas à lui de le dire, mais à eux de comprendre.

_ Mais j'aimerais au moins savoir à qui appartient cette voix. Pourquoi elle me…bouleverse autant. Elle me rappelle quelque chose en plus, mais je suis incapable de…

_ Je peux pas te dire.

_ Mais si ! S'exclame Ludwig, tout à coup. C'est pour ça que je t'en parle. Tu es mon frère, toi !

_ Euh, oui, je crois bien…

Gilbert détourne le regard, gêné. Le cœur de la conversation, le pourquoi son cadet est venu lui parler, arrive dangereusement. Noyer le poisson, faire semblant de rien.

_ Tu pourrais me le dire, toi, ajoute le jeune allemand. Si moi je me souviens pas, toi peut-être ? Est-ce que je connaissais un petit enfant à cette époque ?

Prusse hausse les épaules. Regarder son frère dans les yeux est dur, mais il s'y oblige. Si Ludwig sent le moindre doute dans sa voix, ses paroles, sa gestuelle, il ne le lâchera pas. Il se sait capable de tout lui avouer, pour lui échapper de continuer à souffrir, pour lui faire réaliser.

_ Ecoute, dit-il gravement. Moi, à l'époque, j'étais en guerre contre à peu près la moitié du monde. J'étais souvent sur les mers aussi. J'ai pas été un bon grand frère, je n'étais pas présent.

_ Mais tu ne te souviens vraiment de rien ? Insiste Ludwig, désespéré. Même pas un tout petit détail ?

_ Absolument pas. Je suis désolé, frangin…

_ C'est pas grave…soupire Allemagne en haussant les épaules. Je te suis déjà reconnaissant d'essayer de m'aider.

Noyé dans sa culpabilité, Gilbert se contente d'hausser les épaules. Un éclat de voix sort les deux frères de leur déprime.

_ Allemagne, Allemagne ! Oh, Prusse, bonjour !

Un sourire rayonnant vient illuminer le visage du Prussien.

_ Si c'est pas mon petit italien préféré ! Roucoule t-il.

Il ne manque pas de noter le sourire tendre de Ludwig à la vue de Feliciano et le sien se fait plus large encore. L'italien saute au cou du grand blond en pleurnichant.

_ Allemagne, tu es en retard ! Je t'ai attendu, encore et longtemps, et tu ne venais pas ! Je croyais que tu m'avais abandonné !

_ C'est toi qui parle de retard ? Lâche Ludwig, moitié amusé, moitié exaspéré.

_ Mais moi, je croyais que tu m'avais abandonnéééééé…

L'allemand se lève, fait un signe à son frère.

_ Merci de m'avoir écouté, frangin.

_ Bah, c'est rien, tu le sais ! Ton génialissime grand frère sera toujours là pour toi, mon petit Lulu !

Rougissant fortement face au surnom ridicule, Allemagne part en entraînant un Italie babillant. Prusse le regarde partir, attendri. Si le jour qu'il attend depuis tant de siècles pouvait arriver. Vite…

_ Mon petit Italie…murmure-t-il. J'espère vraiment qu'un jour, tu réaliseras…Que tu le reconnaîtras.

Il est celui qui sait. Mais lié par cette promesse, il n'a rien le droit de dire. Ces vieux hiboux de fondateurs, alors…Ils avaient tout prévu, tout planifié. Tout se passe exactement comme ils l'avaient prévu, dans ce vieux temps oublié. Vieilles canailles, comme dirait une chanson qu'écoute souvent ce bon vieux Francis.

C'est bien pour ça qu'il leur fait confiance, même après tout ce temps.


Réponse à Sovay à propos de l'os "La manie italienne".

Je te remercie pour ton commentaire plein d'enthousiasme. Je ne peux pas dire que ce soit un chef-d'oeuvre, mais je suis contente qu'il te plaise. Je n'ai pas l'intention de faire de suite, par contre, excuse-moi.

Et merci aussi à Isagawa.