5.
En compagnie de La Lunaire, le Firestarter avait repris son vol à travers la Zone des Abysses.
Les portes de la passerelle s'ouvrant, Oshryn découvrit que son Amiral n'était pas seul.
- Denver !
Le Dragon de Poche sautilla jusqu'au jeune homme blond pour venir chercher des câlins.
- Tu te joins à nous, Denver ?
- Mes flammes ne peuvent rien contre la pierre des Juges, mais je suis avec mes amis, c'est le plus important.
- J'apprécie, glissa Alérian en prenant place dans son grand fauteuil noir.
Et tandis que Denver allait saluer Skemdel, ce fut le second blond du Destroyer de faire à son Amiral le rapport des faits matinaux à bord.
- Pour faire simple, Alie : il n'y a rien à signaler !
Plusieurs fois par jour, Alérian observait sur l'un des écrans transparents entourant son espace sur la plateforme La Lunaire qui se tenait à son tribord et volait en parfaite synchronisation, ce qui prouvait la parfaite maîtrise de son cuirassé de la part d'Itha Krovik.
« Franchement Warius, je donnerais cher pour savoir pour quelles véritables raisons tu m'as mis en duo avec Krovik ? Tu avais forcément une idée derrière la tête ! Et tu sais tout aussi bien, comme chacun de nous au demeurant, que nous pouvons parfaitement voler seuls, même entre deux trous noirs ! Tu redoutes quelque chose qui submergerait un vaisseau seul, ou est-ce autre chose ? Ou encore essayerais-tu de nous mettre en compétition au vu de nos états de service respectifs ? Bien que je vois mal en quoi nous pourrions être rivaux ? Nos passés, nos familles, notre vision du futur, tout nous oppose ! Mais nous sommes aussi Militaires et nous savons exactement comment gérer ce qui nous tombera dessus ! ».
Au soir, après s'être entretenu avec son épouse, Alérian avait pris son repas dans son appartement, les mâchoires de Denver broyant les carcasses de sa ration rythmant ses propres bouchées.
Depuis son lit, il avait encore regardé La Lunaire, puis n'y avait plus songé, s'endormant d'un sommeil paisible, Denver roulé en boule sur l'épaisse carpette.
Cependant, bien avant l'heure du réveil habituel, c'était une alarme qui avait fait sursauter l'Amiral du Firestarter, ranimant par réflexe toutes ses aptitudes professionnelles et clarté d'esprit – ce qui était loin d'être le cas lors de lever sans soucis.
Et bien que Demrod l'Ordinateur Central le renseigne dans son oreillette, Alérian piaffait d'impatience de se retrouver face à son blond second.
- Alors, Oshryn ? jeta-t-il.
- Il y a un cuirassé en perdition, attiré par un trou noir, qui a lancé, à son corps défendant, un appel à l'aide !
- « à son corps défendant » ? tiqua Alérian en finissant de boucler les pressions du plastron de sa veste d'uniforme. Demrod ne m'a rien dit de…
- Je lui ai ordonné de ne pas te filer toutes les infos.
- Oshryn ! Lieutenant Ludjinchraft !
- C'est à cause de l'identité de ce cuirassé. Tu agiras mieux dans l'urgence de la connaissance, et du côté privé de la situation.
- Je ne comprends pas… Et en Alerte 7, je devais avoir tous les renseignements ! Pourquoi ce cuirassé en perdition poserait-il un problème pour qu'on me fasse de la rétention de précisions ? ! Ce genre d'attitude est intolérable et inadmissible ! Tu as beau être mon ami, Oshryn, je ferai rapport, et..
- C'est l'Arcadia ! lâcha le second blond du Destroyer.
A pleine puissance, le Firestarter et La Lunaire s'étaient précipités au plus près du trou noir, projetant leurs harpons pour agripper l'Arcadia et le tirer, de leurs réacteurs réunis, hors du champ d'attraction.
L'Arcadia sauf, Alérian s'était précipité à son bord.
- Papa ! ?
- Oui, Alie ?
- Tu ne te serais jamais fait prendre au piège d'un trou noir, surtout dans une zone pleine de trous noirs ! Alors, pourquoi ? Et cet appel de détresse ?
- Warius m'a envoyé, avoua alors le grand Pirate brun, borgne et balafré. Tu vas avoir besoin de moi, et il me fallait une raison d'être là et de t'accompagner un peu dans ton vol.
- Mais, pourquoi ? !
- Je ne peux pas encore te le révéler !
- Vieil hibou plein de secrets !
Et sans plus demander son reste, Alérian regagna son bord, bougonnant plus que jamais, avec deux anges gardiens sur le dos, et c'était tout ce qu'il détestait !
