7.
- Qu'est-ce que tu fiches là ?
- Si vous ne vouliez pas me voir débouler, il ne fallait pas vous manifester en diffusant votre énergie dans la Zone des Abysses !
- Où cela ?
- Votre Sanctuaire. Nous, les Mortels le désignons sous l'appellation de Zone des Abysses.
Alérian plissa les yeux.
- Vous êtes des statues géantes assises, inutiles de vous camoufler, vous occupez pas mal d'espace au naturel, et je vous ai vus en rêve ! En plus j'ai horreur d'être dans le noir.
Mais l'espace autour de lui s'illuminant, Alérian, ses nouvelles ailes disparues, regretta de pouvoir à présent le distinguer parfaitement !
Le sol était une plaque circulaire, que parcouraient par ailleurs des cercles, et lui se trouvait juste sur le plus petit de tous. Et les treize statues des Juges assises sur leurs trônes tout aussi imposants, se tenaient en lévitation tout autour.
- En même temps, rien de surprenant, continua de presque soliloquer le jeune homme à la crinière d'acajou où tranchaient les mèches blanches.
- Tu nous as vus ? reprit un des Juges, de la manière habituelle télépathique ce qui en cas de multiples interlocuteurs ne permettait pas à Alérian d'identifier qui lui parlait. Tu es plus doué que nous ne le pensions.
- Je suis plein de talents cachés, tenta de persifler le jeune homme.
- Nous ne l'ignorons pas, gronda une autre Juge.
- Au fait, reprit un autre, qu'espérais-tu en suivant le fil d'énergie jusqu'à l'origine de notre signal ?
Il y eut un rire de la part d'un autre Juge.
- Car quoi que tu penses, je ne crois pas qu'on puisse dire que tu as pris l'avantage en venant à nous, alors que d'autre part nous t'appelions ! ?
- Je n'en serais pas aussi certain, grinça Alérian qui détestait que les entités surnaturelles le traitent systématiquement en élément négligeable !
- Et qu'aurais-tu à opposer à nos représentations de pierre ? jeta un Juge dont la voix, la plus caverneuse, semblait peut-être indiquer qu'il était d'une certaine façon le leader de la bande. Tes amis Dragons sont impuissants, ce qui explique qu'ils ne soient pas à tes côtés. Denver a juste le statut d'animal de compagnie dans cette histoire, il ne pourra pas davantage t'aider !
Une des treize voix s'éleva alors.
- Et ce ne sont pas tes ailes de flammes blanches de ton état d'Instance Surnaturelle, qui viennent d'apparaître, qui pourront mieux t'appuyer contre nous.
Un Juge ricana.
- Tu n'as aucune arme en ta possession à nous opposer. C'était une très mauvaise idée de vouloir prendre la main ! Comme si tu avais eu la moindre chance, à quelque moment que ce soit.
- Marrant, vous dites tous cela, crâna Alérian. Mais au jour d'aujourd'hui, je suis toujours là et vos prédécesseurs grandiloquents sont carbonisés pour la plupart, ou autres joyeusetés que je leur ai réservées au fil des affrontements !
Un long silence s'ensuivit, mais seul Alérian se sentit mal à l'aise, les Juges forcément tout-puissants et ne doutant pas un instant de leur suprématie !
Mal dans ses bottes, Alérian céda à reprendre le dialogue interrompu.
- Mes ailes de phœnix ne me quitteront plus, elles aussi. Je ne sais pas encore quel apport de puissance elles me donnent, mais je ne vais pas me retenir !
Et mobilisant sa concentration, Alérian fit apparaître ses ailes de flammes blanches.
La colonel de La Lunaire fulminait.
- J'exige de parler à l'Amiral Rheindenbach. Je vous interdis de faire barrage !
- Il n'est pas joignable, grogna Oshryn, trouvant qu'il était bien trop habitué à son rôle de faire barrage à tous ceux voulant entrer en contact avec son supérieur quand ce dernier était surnaturellement indisponible !
- Lieutenant Ludjinchraft, vous n'êtes pas habilité à me tenir la dragée haute, vitupéra Itha Krovik. J'exige de commandant de bord à commandant de bord, à parler à mon interlocuteur. Et ne me servez pas cette sempiternelle excuse, qui gave vos rapports de Mission, d'une raison surnaturelle, je n'y ai jamais cru, et je n'y croirai jamais ! Lieutenant, mettez-moi en contact avec l'Amiral du Firestarter, sinon je ferai rapport et vous serez exclu de la Flotte !
- Je protège mon Amiral, et cela ne changera jamais, aboya Oshryn. Fin de communication !
Oshryn soupira.
« Reviens vite, Alie, je ne vais pas pouvoir tenir en laisse bien longtemps cette semi-plante de Krovik ! Par les dieux, que t'est-il arrivé que tu ne communiques plus… ».
