10.

En rêve, Alérian avait retrouvé Zunia la Grande Dragonne Noire et Wakrist son non moins massif compagnon.

- Vous me manquez dans le combat qui se refuse à moi !

- Nous ne pouvons en rien t'aider. Inutile de te compliquer la vie. Notre Roi est auprès de toi, c'est suffisant. Tu as le meilleur de nous.

- Vous êtes tous uniques dans mes cœurs. Vous êtes mes amis ! Et je ne sais pas si je m'en sortirai sans vous…

- Il le faudra bien, cette fois-ci.

Alérian baissa légèrement la tête.

- Je sais, j'en ai fait mon deuil, après des espoirs insensés ! Je pars toujours en vrille, n'en voulez pas à mes délires, les amis !

- Nous sommes dans tes cœurs, nous connaissons ton âme. Nous ne te ferons jamais aucun reproche.

- Et moi je n'arrête pas d'en faire à ceux que j'aime le plus… A commencer par mon père ! Je lui ai fait tant de mal alors qu'il venait, une fois de plus, me protéger !

- Tu es un adulte, un Amiral à cinq étoiles, tu as le droit de refuser l'appui d'un père, glissa doucement Zunia en soufflant doucement de la vapeur à hauteur des épaules de son ami Humain.

- Non, pas mon père… J'ai été en-dessous de tout… Rien d'étonnant à ce que j'aie tout le temps envie de vomir depuis que je me suis frité avec lui !

- Comme si tu pouvais douter des sentiments de ton père, et des tiens, intervint Wakrist en agitant sa longue, souple et terrible queue en pointe. Ton malaise grandissant n'a rien à voir avec ces reproches que tu te fais, alors que ton père t'adore !

- J'ai mal, soupira le jeune homme en portant la main à son ventre. Zunia, Wakrist, ne me dites pas que ma prescience ne m'a pas trompé sur un autre point ?

- Tu as raison, et tu dois faire le ménage au plus vite !

- Je ne veux pas…

- Si ! intimèrent les deux Grands Dragons en rugissant.

- Je ne crois pas qu'elle veuille vraiment me…

- Non, mais il faut la ramener à la raison, avant qu'elle ne parvienne à ses fins inconscientes !

- Bien. Merci pour votre appui, mes amis !

- Si nous t'avons rassuré, nous avons rempli notre devoir, firent doucement les deux lézards géants en grognant d'affection.


Alérian rouvrit les yeux.

- J'ai à le faire, mais je ne veux pas… Je ne sais pas comment… Il me faut encore un autre avis ! Demrod, tu peux m'ouvrir un canal de communication ?

- Bien sûr, avec qui ?

- L'Amiral Zéro !

- Amiral Rheindenbach, il est trois heures du matin sur Déa la planète capitale de la République Indépendante !

- M'en fiche ! Et ça ne surprendra pas Warius ! C'est urgent ! Il s'agit d'Itha Krovik !

Albator franchit les portes de la chambre de son fils à la crinière d'acajou.

- Tu as compris, Alie ?

- Oui, malheureusement. Je ne peux pas le concevoir : nous sommes du même côté !

- Mais quand on pousse les gens à bout… Et Krovik est aussi talentueuse que fragile. Sa lignée n'est que galons et faits d'armes. Elle a mal !

- Je sais, papa. A présent, retire-toi, j'ai Warius en contact !

- Tu as réveillé ce vieux babouin ?

- J'ai entendu, vieil hibou !

- Bon, après cet échange de joyeuseté, je peux m'entretenir avec toi, Amiral Zéro ? Bien que je pense que tu en saches plus que moi sur Itha Krovik ?

- Tu sais donc, Alie ?

- Doc Machinar a fait les analyses sanguines que je lui ai demandées suite à mes malaises : on m'empoisonne ! Et je ne comprends pas ! Je ne suis pas un rival pour la Colonel de La Lunaire ! Depuis près de vingt-cinq ans elle et moi traçons notre destin, sans interférer. Pourquoi voudrait-elle m'éliminer ?

- Parce que je t'ai offert ma place. Et qu'elle estime que ce siège lui revient !

- Mais elle n'a jamais postulé…

- Sans nul doute parce que je n'ai pas rendu l'annonce officielle…

- Tu m'as…

- Oui, je t'ai désigné d'autorité, Alérian ! reconnut Warius Zéro. Parce que je ne peux confier ma Flotte et ma République qu'à un être en qui j'ai la plus entière confiance ! Krovik n'a pas compris mes intentions, elle a peur. Et sa lignée va s'éteindre avec elle. Elle joue son va-t-ou !

- Elle m'empoisonne à petit feu.

- Et elle ne pourra pas plus ! Je l'ai faite arrêter ce matin pendant que tu dormais.