11.

Escorté de Kropion, le colosse Caméléon tatoué, Alérian s'était rendu sur La Lunaire, à la section des cellules.

- Est-ce que vous savez que vous avez complètement perdu les pédales, colonel Krovik ?

- Oui, avoua Itha, le regard toujours vif. Mais je devais défendre mon rang et l'histoire de la Flotte de la République.

- Je ne comprends pas… Nous sommes officiers, nous travaillons pour la Flotte de l'Amiral Zéro ! Comment pourrions-nous être ennemis ?

- Vous n'avez même pas une double nationalité… Vous ne pouvez hériter de la Flotte de ma Patrie ! rugit Itha Krovik qui bien que non enchaînée demeurait agitée et virulente. Mes ascendants ont tous finis aux plus hautes fonctions ! J'ai à leur faire honneur en accédant à la Baguette tant convoitée ! Et cette Baguette ne peut vous revenir, vous n'étiez qu'un simple commandant de bord !

- Tout comme vous, colonel Krovik, fit doucement Alérian. J'ai fait mes preuves, sur la toile de la mer d'étoiles ! Vous m'empoisonniez !

- Vous me faisiez bien trop peur ! Et vous n'aviez pas les titres requis pour obtenir ces étoiles… Je devais écarter un être de votre espèce du poste suprême, pour protéger les miens, car vos alliances diverses sont tout à fait sujettes à cautions ! Rien ne vous relie à ma Flotte. Nous trahir serait si simple ! Je ne pouvais le supporter !

- J'ai constaté, grinça Alérian en glissant la casquette sous son bras et s'asseyant sur le siège visiteur de la cellule. Me tuer ne vous apportera pas ma Baguette !

- Je sais. Mais j'aurai évité au QG de la Flotte une hérésie d'hérédité…

La jeune femme se troubla soudain, se tordant les mains.

- Mais je suis une Hybride ! Comment ai-je pu l'oublier ! ? Je suis un non-sens à la Nature, selon les Généticiens, soupira-t-elle.

- Comment est-ce arrivé ?

- L'amour n'a aucune limite, même génétiques ! souffla Itha, en se ranimant un instant, avant de s'assombrir, de se faner presque. Je ne sais pas comment mes parents, on leur avait pourtant dit que leur union ne pouvait produire de fleur… Mais je suis là, la dernière de la lignée, tout comme votre Kropion sait son peuple condamné !

- Je ne l'ignore pas. Et je n'en fais aucun reproche à mon ami, intervint Kropion. Il a anéanti mes espoirs de futur, mais je suis son ami justement, et je ne lui en voudrai jamais !

- Vous êtes fou, siffla Itha.

Alérian tourna la tête vers Kropion.

- Les siens ont tenté de me tuer, mais moi aussi je ne lui en veux pas !

- Que voulez-vous me faire comprendre, Amiral… ? souffla Itha.

- Que je peux pardonner beaucoup de choses. Mais que je veux comprendre ! Au fait, Kropion, j'ai établi un lien mental avec les rescapés des tiens sur ton Sanctuaire, et Zunia et Wakrist ont promis de le soutenir.

- Tu sauves les miens qui survivent, mon avenir ? Merci, Alérian !

- J'espère pouvoir faire mieux, à l'avenir, mais je me sens très sans pouvoirs contre les Juges. A moins que…

Alérian se retourna vers Itha Krovik.

- Donnez-moi vos graines ! intima le jeune homme.

- De quoi ?

- Fermez-la et donne-moi vos graines !

- Je ne comprends pas…

- Je vais vous expliquer le dernier rêve que j'ai fait !

- Arrêtez de me baratiner avec vos débilités surnaturelles, ça me gonfle !

Mais Itha ne put rien à répondre aux ailes de Phoenix du jeune homme.

- Les juges me rappellent, et je ne peux leur résister.

Et Alérian se volatilisa… mais pas seul.


Affolée, ne comprenant rien, Itha se tint un instant derrière Alérian.

- Ces choses… Je ne sais…

- Ce sont les Juges ! Des statues de pierre, qui mettent la Zone des Abysses à feu et à sang avec les trous noirs imprévisibles.

- Mais, moi ? Ils me veulent quoi ?

Alérian éclata de rire.

- A vous, rien, vous étiez juste trop proche de moi, vous avez fait partie de la téléportation à leur insu. Là, ce serait au contraire plutôt moi qui ai besoin de vous !

- De quoi ?

Alérian ravala sa salive, la gorge et la bouche complètement sèches.

- Vous êtes une plante. Vous m'avez entendu dans vos pensées alors que je vous parlais dans votre cellule !

- J'ai entendu, mais c'était impossible, j'étais sûre que je délirais, je n'ai pas écouté ces autres paroles.

- Je vous ai expliqué mes intentions. Laissez-moi juste votre sarbacane et vos graines !

- Vous ne plaisantiez donc pas… Et que… ?

- Dans l'Antiquité, sur la Terre du trentième siècle encore, des statues ont pu être stoppées, et ce fut ainsi que des Temples ont disparu !

- Je ne comprends pas…

Alérian ricana à fond !