17.

Danéïre releva la tête quand son mari revint dans le salon.

- Les enfants dorment bien ?

- Fais gaffe, ma tigresse : nos fils grandissent à vitesse éclair. Alden va fêter ses seize ans et devenir majeur. Je doute qu'il apprécie que tu le traite « d'enfant ».

- Il comprendra, un jour, sourit la jeune femme au teint de bistre, au regard bleu glace et aux boucles de jais.

- Toi, tu as pris des cours auprès de mon père, gloussa Alérian. Et effectivement, il m'a fallu avoir ma famille pour réaliser le devoir des parents ! Mais je n'allais pas m'assurer de leur sommeil…

- Je sais. Tu voulais être certain de leur présence. Car c'est ce qui importe le plus à ton cœur.

Le jeune homme prit le verre de vin que son épouse venait à nouveau de lui remplir.

- Ils vont bientôt prendre leur envol. Je ne suis pas sûr du tout qu'on y soit préparés ! Ma Dana ?

- Je sais que nos fils partiront pour leur vie, qu'ils seront avec nous qu'ils soient proches ou non. Mais ça me fera bizarre à moi aussi. Et toi, le programme des semaines à venir ?

Alérian coupa le son de la télévision, passa le bras autour des épaules de sa femme.

- Bien que notre Mission dans la Zone des Abysses ait été courte, je bénéficie de mes trois mois de congé, ne serait-ce que pour me préparer à mes nouvelles responsabilités ! Ensuite je repartirai dans la mer d'étoiles.

- Les Juges ?

- Je ne veux pas y penser !

Danéïre se serra plus encore contre son mari.

« Mais je crains qu'eux ne pensent à toi, mon bel amour ! J'ai tellement peur pour plus tard, plus que jamais depuis toutes ces années ! ».


En rêve, Alérian s'était retrouvé dans un environnement vert et frais, bucolique, où tout n'était que sérénité.

- Rien à voir avec mes transferts habituels… D'ordinaire je me fais enlever pour déguster. Car ce n'est pas moi qui ai voulu cette évasion dans mon sommeil.

Se retourna, Alérian sursauta à la vue de la Gardienne du Sanctuaire qui se tenait juste derrière lui, survenue sans bruit.

- Mais tu es…


Un quatorzième trône s'était matérialisé au Sanctuaire des Juges.

- Bande d'incapables, vous vous êtes laissé avoir par un gamin Humain qui n'a pas le millième d'espérance de vie de nous tous ! Je voulais l'éviter, mais il va falloir que je m'en mêle !

- Grand Juge Lovis ! Nous sommes paralysés par ces plantes…

- Je constate. Et il est hors de question de se laisser battre par deux Mortels aux pouvoirs balbutiants. Je vais vous libérer, mes Juges, mais ce sera ma dernière intervention à jamais !

- On va se venger de l'Humain ?

- Ca a déjà commencé ! ricana le Grand Juge Lovis.


Alden et son cadet étaient partis pour leurs propres projets de sortie, oubliant complètement leurs parents.

- Heureusement qu'il reste les jumelles, gloussa Danéïre. Sinon nous serions deux jeunes parents déjà abandonnés par leur ingrate progéniture !

- Je peux leur faire un procès ?

- J'en doute. Mais je peux me renseigner !

Alérian pouffa de rire.

- Je crains qu'on ne gagne pas face à ces deux gosses !

- Alie !

- Allons manger des gaufres. Ensuite nous renterons tous à la maison.


Les jumelles à un dîner d'anniversaire, Alérian s'était préparé à une soirée calme et presque solitaire avec son épouse.

Sortant de la douche, il soupira, se grattant machinalement l'avant-bras gauche.

- Ah non, je me suis colleté à bien des entités surnaturelles, je ne vais pas me payer un eczéma ! ?

Se séchant et enfilant une tenue légère pour la soirée, Alérian considéra à nouveau son avant-bras où une infime tache verdâtre était apparue.

- C'est quoi, ça ? On dirait que je me transforme…

Alérian gratta encore, mais ne put entamer une petite portion de son épiderme devenu dur, insensible, de pierre !

FIN