Hey ! Oui, oui, je suis en retard de plus d'une semaine, mais je vous avais avertis. Il y a trois raisons à ce retard :

- Semaine chargée

- C'est dur à écrire les scènes de match

- Une seule review au chapitre 5

Voilà : vous savez. Maintenant, passons au chapitre (et j'espère plus de review cette fois).

Bonne lecture !


Lys écarlate.


6/Feu au stade

-Lloyd ! Debout !

Mon compagnon de chambre et coéquipier ouvrit paresseusement ses yeux bruns :

- C'est quelle heure ?

- Huit heures.

Il bâilla :

- Marcus... Le match est à neuf heures ce soir.

- Oui mais on ne s'est pas assez entraînés.

- On ne tiendra plus debout ce soir pour le match, Flint. Est-ce que tu veux te porter à bout ?

Je ne répondis pas.

- C'est ça... comprit-il. J'ai deviné ? Qu'est-ce qui te tourmente autant au point de vouloir te noyer dans l'entraînement ?

- Rien, Lloyd, mentis-je. Je suis juste un peu tendu.

- Sacrément tendu, oui ! Bon, à quelle heure est l'entretien avec le ministre délégué ?

- Dix heures.

- Réveille-moi à neuf heures et demie alors.

Il enfouit sa tête sous la couverture verte et se rendormit très rapidement.

Je soupirai : j'étais donc seul.

Avant d'aller me coucher la veille, j'avais aussi contacté ma mère et elle m'avait assuré qu'elle allait bien. Pourtant un doute me taraudait depuis mon réveil. Mes sens de Serpentard étaient en alerte : et si elle avait menti ?

Je me levai et quittai la chambre.

Il n'y avait quasiment personne dans le couloir. Seulement quelques Irlandais étaient déjà levés et occupaient le réfectoire. Finnigan me vit et m'invita à se joindre à eux mais je déclinai pour continuer ma promenade.

Je finis par arriver sur le terrain d'entraînement. Mais je n'étais plus seul.

Le type patibulaire, entraîneur des Anglais discutait avec... Spark ?

Ils me virent et se dépêchèrent de changer de lieu.

C'était ce qu'on appelait un comportement suspect.

Sacrément suspect, dirait Lloyd.

Je m'assis sur un banc et fixai les buts pendant un long moment.

Ma mère... J'avais eu si peur la première fois qu'elle avait fait une crise. Elle était... une autre...

- Maman ! Je suis rentré !

Personne ne répondit. J'ouvris la porte de la maison avec une pointe d'appréhension. Ma mère s'était fâchée à cause de l'équipe. Un match amical m'avait obligé à m'absenter pendant quelques jours et elle n'était pas d'accord.

- Maman ? Tu es là ?

J'avais ouvert la porte mais la maison était plongée dans une obscurité inquiétante. Qu'elle n'ait pas quitté son lit ?

- Lumos, murmurai-je

Je sursautai. Le canapé était renversé, le lampadaire s'était effondré, les meubles gisaient sur le sol au milieu d'une myriade de débris de verre et de tapisserie. Et tranquillement, sur une chaise, ma mère vaquait à ses occupations.

- Maman... fis-je. Qu'est-ce que... Que s'est-il passé ici ?

Ma mère leva la tête et d'une voix étrange, elle ne me répondit pas :

- Marcus ? Tu étais sorti ?

Je me raidis :

- Mais... Mais... J'étais en compétition... J'étais...

- Parti ? Tu étais parti ?

- Maman, qu'est-ce qui t'arrive ?

- Pendant combien de temps étais-tu parti ?

- Trois jours mais...

- Trois jours ? siffla-t-elle. Tu m'as laissée seule à croupir ici pendant trois jours ?

Je me mis à respirer plus vite. Elle se leva de sa chaise et attrapa une lampe sur le sol :

- Trois jours... Trois-jours...

Sa voix était devenue rauque comme celle d'un monstre mourant :

- Tu as idée de ce qui m'est arrivé pendant trois jours ?

Elle me lança la lampe au visage. Mes réflexes de Quidditch me permirent de l'éviter :

- Maman ! Qu'est-ce qui te prend ?

- Trois jours... Trois jours...

Je relevai la tête pour trouver son visage à quelques centimètres du mien. Je retins un hurlement de surprise et... d'horreur. Le visage de ma mère était émacié, deux cicatrices rouges barraient son visage et lui donnaient un air dangereux. Mais le pire, oui le pire...

C'était ses yeux.

Complètement vides, brillants seulement d'une lueur de folie, étaient braqués sur moi et me figeaient de terreur.

Ma mère brandit un balai au-dessus de sa tête et hurla :

- Trois jours !

- Maman !

Le premier coup partit et me frappa sur l'épaule. Puis elle redoubla de vitesse et de violence. J'essayai tant bien que mal de m'échapper mais à chaque fois, ses yeux se plantaient dans les miens et me pétrifiaient.

Je réussis à attraper ma baguette et la pointai sur elle, tremblant comme jamais :

- Stupéfix.

Je frissonnai. Sa première crise avait été la moins terrifiante. Et la deuxième était advenue seulement la semaine suivante. Progressivement, elles s'étaient intensifiées et régularisées. Tous les jours.

Ses yeux vides, ses yeux fous... Non... Ce n'est pas ma mère, ça ne peut pas être ma mère...

- Hey Flint !

Je levai la tête vers le nouvel arrivant :

- Finnigan, le reconnus-je

- Dis donc, t'es lève-tôt ou tes coéquipiers font la grasse matinée ?

- À ton avis ? maugréai-je

- Les deux. Mais bon, en forme pour ce soir ?

Je grimaçai :

- On verra bien. Les Ecossais sont des adversaires de taille.

- Nous aussi, tu verras. Mais notre premier match va nous opposer... aux Anglais.

- Ah oui... MacLaggen.

- Il est... particulier. Il est vraiment très sûr de lui.

- Trop.

- C'est cas de le dire. Je n'ai jamais vu un de leurs matchs, je me demande comment il joue.

- À Poudlard, il n'a pas réussi à intégrer l'équipe permanente de Gryffondor. Il n'a fait que remplacer. J'espère pour lui qu'il a progressé, parce que sinon il va se faire écraser.

- Vieille rivalité ?

- Eternelle.

Finnigan sourit et s'assit sur le banc à côté de moi :

- Ton équipe est assez récente, pas vrai ?

- Pas tant que ça.

- Je n'en avais jamais entendu parler.

- Ce n'est pas une équipe très connue.

- Je vois ça... Rassure-toi, c'est mieux comme ça. Être la dernière équipe restante de la Ligue de Quidditch avant le retour de Voldemort, ce n'est pas évident. Le gouvernement délégué a des attentes exorbitantes envers nous. Le public, c'est pire. On nous demande d'être des champions, de vrais champions. De gagner tout le temps.

Il soupira :

- Mais nous on ne peut pas. C'est impossible de satisfaire ces attentes : dans le sport, soit on gagne soit on perd. On ne peut pas toujours gagner et on ne peut pas toujours perdre.

Il soupira une deuxième fois :

- Mais bon... On s'y fait.

Il me fixa, suspicieux :

- Pas bavard, toi, hein ?

- Non, concédai-je

- Dans ma famille, on l'est presque trop.

Il rit et changea de sujet :

- Flint ?

- Quoi ?

- Tu es quoi dans ton équipe ?

- Poursuiveur.

- Il me semblait bien. Je suis Batteur.

Je pensai immédiatement aux miens et remarquai une certaine différence de corpulences entre les trois. Gil Alan était une sacrée armoire alors que Stir était plutôt fin. Finnigan avait des bras et des épaules impressionnants mais n'atteignait pas Alan.

- Je t'aurai bien présenté mon équipe, continua Finnigan. Mais j'ai peur que mon entraîneur ne se fâche. Il n'était déjà pas d'accord pour que je te parle hier, alors imagine...

J'esquissai un rictus narquois en pensant à Spark : il me sous-estimait et il allait comprendre cette erreur.

- Tu sais Flint... Je t'admire pour une chose. La façon dont tu t'es comporté hier...

- Pas de commentaires.

- Si au contraire. J'aimerais pouvoir faire pareil. Dissocier vie privée et vie publique, s'opposer aux médias, à ceux qui veulent régir notre chemin... Ce n'est pas si facile, en vérité.

- Sauf si on n'accorde aucune importance au fait que les gens peuvent nous juger négativement.

- Sans doute, soupira-t-il. Le ministre délégué d'Irlande du Nord veut s'entretenir avec nous ce soir, individuellement. Il va passer quasiment un quart d'heure avec chaque joueur et nous mettre une pression impossible.

- Vous allez rater le match.

- Pas question ! C'est le match d'ouverture de la compétition. On va pouvoir observer vos techniques et repérer vos points faibles.

- Si tu en trouves.

- Tu verras, j'en trouverai un. Je parie que les Ecossais le connaissent déjà.

- On connaît le leur alors ça ne serait que normal.

- Tu ne me vendras pas la mèche ?

- Non.

- Alors si je découvre celui des Anglais, je la garderai pour nous.

- S'ils en ont.

- C'est vrai...

Finnigan sourit, amusé et me lança un regard entendu :

- Tu vois les deux hommes, là-bas ?

Je remarquai Spark et un autre entraîneur discuter au fond du terrain. Je sursautai :

- Spark ? Il était avec l'entraîneur anglais il n'y a pas...

- Et maintenant il est avec le nôtre. Tout à l'heure, je les ai entendus parler de toi.

- Quoi ?

- Ton entraîneur a dit que tu étais de plus en plus étrange. Que tu semblais avoir des choses à cacher à tout le monde.

- Ecoutez qui parle... sifflai-je

- Ynnick est un peu trop agité pour mes goûts depuis quelques jours. Il a toujours l'air d'avoir quelque chose à nous dire mais se retient. Dès qu'il croise un autre joueur ou entraîneur, il sursaute et se met à paniquer. Il fait des bruits bizarres, comme des couinements.

Je me raidis : des entraîneurs peu clairs ? Alors Spark n'était pas un cas isolé.

Alors j'avais bien raison de me mettre en alerte.

.


.

Dix heures. Nous attendions, l'équipe au complet, devant la salle de briefing depuis un moment.

Quand enfin Spark ouvrit la porte, il nous trouva tous soit avachis sur les murs soit assis par terre.

- C'est bon, les garçons.

Je lui lançai un regard noir et il soupira :

- Quoi encore, Marcus Flint ?

Je me levai et entrai dans la salle, suivi par mes coéquipiers, sans répondre à Spark.

Le ministre délégué du Pays de Galles était un sorcier vieux et maigre mais extraordinairement dynamique. Nous l'avions déjà rencontré à la fin des sélections pour représenter notre pays.

Il nous attendait, les mains croisées dans son dos, une expression sérieuse qui trahissait tout de même son excitation.

- Alors voilà nos champions ! s'exclama-t-il en guise de salut

Nous prîmes place devant lui sans un mot.

- Messieurs, ce soir vous représenterez notre pays, le Pays de Galles, sur le terrain. Je tiens à vous rappeler que vous ne jouez pas que pour vous, mais pour tous le pays. Vous allez affronter l'équipe écossaise. Ils ont des années et des années de qualification sur les stades internationaux, vous n'en avez pas.

Merci de le rappeler...

- Donc personne ne vous connait.

Le ministre délégué esquissa un sourire presque perfide et je compris :

- C'est ce qui peut nous donner un léger avantage.

- Oui, Flint. Mettez-en plein la vue à tout le Royaume-Uni qui vous -nous- sous-estime. C'est ça que j'attends de vous. Que vous perdiez ou gagniez m'importe moins que vous prouviez devant tous ce que vous valez vraiment.

C'était une responsabilité pas des plus légères.

- Maintenant, Spark, je vais vous redonner la parole. Je suis tenu d'assister à votre briefing et à votre entraînement.

Spark ne me consulta pas du regard et commença à parler :

- Les Ecossais, comme vous devez maintenant le savoir, misent la majorité de leur jeu sur les Cognards. C'est pour ça que Gil et...

- J'ai déjà dit ça hier, l'avertis-je

- Ah... Alors, la stratégie c'est de se concentrer sur nos Batteurs et que les autres jouent sans faire atten...

- Ce n'est pas une stratégie, c'est le meilleur moyen pour perdre ! m'emportai-je

- Alors le fin stratège, trouves-en une autre !

- Si tu étais resté à ta place, je l'aurais déjà exposée.

Je le remplaçai aux côtés du ministre et Spark s'assit sur une table, ruminant des injures contre moi.

- Bon, repris-je. Il faut qu'on soit capable de contrer leurs points forts et de les déstabiliser sur leurs points faibles. Nos Batteurs doivent, certes, égaliser les leurs en concentration, rapidité et tout ce qui va avec. Mais Stanley, tu ne dois jamais chômer non plus, parce que je t'ai déjà dit qu'ils avaient un Attrapeur très habile avec les feintes.

Il hocha la tête.

- Bien. Voilà pour leurs points forts. Qui d'ailleurs engendrent leurs points faibles. Leurs Poursuiveurs sont, certes, forts à ce stade de compétition, mais leur stratégie étant essentiellement basée sur les Batteurs et les feintes de l'Attrapeur, ils négligent un peu les autres. Tout simplement pour ça : ils cherchent à éliminer progressivement tous les obstacles, à les déconcentrer et leur passer sous le nez. Eux ne connaissent pas nos vraies capacités, ils ne savent que ce qu'inventent les journaux. Personne hors du Pays de Galles ne connaît notre jeu. Contre les Ecossais et contre les autres, il faudra au maximum de la concentration et de nos capacités. Il faut les prendre par surprise.

- Tu n'expliques pas ta stratégie, la vraie ! protesta Spark

- Tu verras bien... Ils ont compris, eux.

Plusieurs sourires perfides apparurent sur les lèvres de certains des présents.

- Tu vois, Spark ? Une bonne équipe se voit aussi par son esprit.
.


.

Le reste de la matinée fut calme. À part en ce qui me concernait, puisque dès qu'Ellen passait, j'accélérai le pas et partait le plus loin possible. Et idem pour les cheminées : j'avais une envie inexplicable de les utiliser mais malheureusement je n'étais jamais seul et jamais sûr de trouver quelqu'un de disponible. Hannah travaillait.

Quant à l'après-midi... Ce fut une session d'entraînement de trois heures. Au cours de celle-ci, je fis très attention à ne pas dévoiler trop de choses à Spark sur notre jeu. Je ne lui faisais pas confiance.

Le ministre délégué sautillait sur sa chaise, tout excité, chaque fois que Thomas arrêtait un Souaffle.

J'observais chaque mouvement de mes coéquipiers et me confortait toujours plus dans la perspective du match.

- Stop ! hurlai-je vers quatre heures de l'après-midi

Tout le monde se figea et me regarda.

J'adressai un pouce levé au ministre et mes camarades comprirent que j'étais satisfait de leur performance.

- Etirez-vous, leur lançai-je

Lloyd sourit, secoua la tête et amorça la descente.

Entraînement terminé.

.


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Une sorte de trac montait progressivement alors que nous attendions l'heure de départ, assis sur les tables de la salle de briefing.

Il était quasiment huit heures et demie.

Haley, la responsable de nos appartements, entra tout à coup, sur le coup de huit trente-deux.

- Visites, annonça-t-elle de son ton sévère. Dix minutes autorisées.

- On est réglementés aussi sur le temps de réconfort... soupira Martinson en descendant de la table

Dehors, nous attendait généralement parents et petites copines. Sauf dans mon cas ou celui de Stir. Je repérai Vasco en retrait derrière les parents de Thomas. Il était accompagné par un homme grand et élancé. Ses cheveux étaient gris mais il en avait encore beaucoup. Ses rides n'étaient pas très creusées et il avait une certaine prestance. Lui-même avait une femme d'une quarantaine d'années au bras. Une rousse au physique quasiment impossible.

Mon père et sa dernière pêche.

- Marcus ! s'exclama mon frère quand il me vit

- Hey Tête Blonde, le saluai-je en souriant

Il frappa dans ma main :

- Tu ne m'as pas appelé comme ça depuis au moins dix ans.

Mon père sourit et s'approcha de moi pour me donner une tape dans le dos. Je me raidis juste avant qu'il n'atteigne mon bras et il comprit qu'il valait mieux me tendre sa main.

- Comment vas-tu, Fils ? me demanda-t-il

- Bien, répondis-je sans savoir si je mentais ou pas

- Je suis ravi de l'entendre. Et bien... ça faisait longtemps. Laisse-moi te présenter Veyra, ma nouvelle... compagne.

Elle m'adressa un sourire digne de celui du nouveau copain d'Ellen : on voyait deux rangée de grandes dents si blanches que ça ne pouvait pas être naturel :

- Tu es Marcus, ravie de te connaî...

- Pas besoin de commencer les présentations, affirmai-je. Dans deux mois mon père ne saura plus qui tu es et toi tu nous maudiras de toutes tes forces.

- Marcus ! s'indigna mon père

- Quoi ?

- Je suis venu ici pour te la présenter et toi tu...

- Oui mais Père, moi -si vous vous rappelez- j'ai un match à jouer. Vous ne pensez pas que j'ai autre chose à faire que de connaître votre quinzième compagne de l'année ?

- Marcus ! Comment est-ce que tu peux dire une chose pareille ?

- Je dis ce que je veux.

- Ecoute-toi ! On dirait un enfant de trois ans !

- Et vous alors ? Vous avez quasiment cinquante ans, il serait temps d'arrêter de partir à la pêche !

Vasco m'attrapa par le bras et m'obligea à reculer d'un pas.

- Marcus, je comprends que tu sois un peu... commença mon père. Agacé par certains de mon comportements et que ton agacement augmente avec le stress mais je t'en prie, un peu de respect pour Veyra.

- Tu parles de respect, toi. Mais pourquoi alors traites-tu les femmes comme des outils jetables et changes-tu de compagne deux fois par an ? C'est par respect, ça ?

J'avais gardé mon calme et ça avait le mérite de le frapper plus fort. Il soupira.

- Père ? Vous ne trouvez plus vos mots ? Je vais vous aider alors. Vous connaissez une Elvira Jones ?

Il sursauta :

- Qu'est-ce que ta mère vient faire là-dedans ?

- Beaucoup, beaucoup.

Je pris mon frère par le bras et l'attirait assez à l'écart pour que personne ne nous entende :

- Je peux te confier une mission, Vasco ?

- Oui mais... Pourquoi ?

- S'il te plaît, surveille Spark, mon entraîneur. Si il fait quoi que ce soit de suspect, note-le et avertis-moi à la fin du match. Compris ?

- Oui.

Il me sourit et me frappa gentiment dans le dos :

- Bonne chance, frangin !

.


.

Nous attendions désormais seuls dans les vestiaires et la tension montait. À quelques minutes du coup d'envoi, personne n'ouvrait la bouche, nous étions tous trop occupés à contenir l'angoisse croissante qui nous tiraillait.

Stir et Alan jonglaient nerveusement avec leurs battes. Thomas faisait craquer ses doigts et comptait à voix basse. Stanley avait les yeux fermés et tapotait sur sa cuisse avec sa main. Martinson et Lloyd regardaient à droite et à gauche en se mordant la lèvre, parfaitement synchronisés. Quant à Spark, il nous regardait avec un air mélancolique : à la fois fier et triste.

Haley ouvrit la porte et nous nous levâmes tous précipitamment.

- On y va, annonça-t-elle

Je partis devant, suivi par mes camarades en file indienne. Spark et Haley nous accompagnèrent jusqu'à la porte d'entrée joueurs du stade officiel, puis ils durent partir.

- Bonne chance, Cardiff Falcons ! nous salua notre entraîneur

À leur départ, ce fut le silence. Nous nous regardâmes tous en grimaçant d'angoisse.

- On va mettre le feu au stade, leur rappelai-je

Ils sourirent.

Lloyd mit sa main à plat devant lui. Je compris et posai la mienne dessus. Les uns après les autres, mes coéquipiers m'imitèrent.

- Pour le Pays de Galles ! s'exclama Lloyd avec détermination

Un hey! plus tard, notre esprit d'équipe était ressoudé. Ce fut là que j'eus une illumination.

Mais je n'eus pas le temps d'en faire part aux autres, car les portes s'ouvrirent.

Nous montâmes sur nos balais et entendîmes enfin la voix rugissante du commentateur :

-...cielle du Royaume-Uni ! Et voilà les Gallois ! Les Poursuiveurs : Marcus Flint, Bledri Martinson et Dylan Lloyd ! Batteurs : Gil Alan et Peter Stir ! Suivent le Gardien, Eliott Thomas et l'Attrapeur Lucky Stanley !

Nous survolions un stade immense illuminé de partout. La loge d'honneur était occupée par le commentateur, les membres de la Ligue, les représentants ministériels et quelques autres privilégiés. L'arbitre était déjà en-dessous de nous. Mais dans les tribunes, il y avait bien plus de spectateurs que jamais nous n'avions vu lors de petits matchs auparavant.

C'était un autre monde.

Je ne pouvais repérer personne tant il y avait de lumière et de couleurs. Je vis juste un petit groupe de supporters qui brandissaient les drapeaux du Pays de Galles et de notre équipe.

Parmi eux, il y avait Vasco.

Je me rappelai soudain d'une promesse faite et arrêtai mon vol au-dessus du stade. Un journaliste sur un balai s'arrêta devant moi. Je fermai les yeux et murmurai :

- Merlin, préservez ma mère de ses démons et faites en sorte qu'elle sache que j'ai tenu ma promesse.

Je rouvris les paupières et adressai un pouce levé au journaliste qui m'aveugla avec son flash.

- Et voilà les Ecossais !

Je me retournai et vis nos adversaires, en bleu foncé et blanc, qui fonçaient vers le stade.

- Poursuiveurs : Nicholas Illian, Ryan Lough et Katharina Pick ! Batteurs : Jesse Lowley et Garet Stacy ! Et voilà le Gardien, Olivier Dubois et l'Attrapeur Ewan Highsigh !

Je scrutai les membres de l'équipe adverse.

Highsigh était le plus en retrait. Il fixait les tribunes avec l'air de celui qui cherchait quelqu'un qu'il savait être absent.

Un des deux Batteurs avait des bras gros comme des Cognards, c'était Stacy. L'autre était moins massif mais avait l'air d'être vif et implacable.

Gardien et Poursuiveurs avaient un physique assez commun pour leur statut et se retinrent pas plus que ça mon attention. Je me méfiais plutôt de Highsigh, l'Attrapeur, qui sous ses airs de taciturne semblait bien cacher l'ampleur de ses capacités.

L'arbitre nous fit signe de prendre position.

- Mesdames et Messieurs, sorciers de l'île entière, que le premier match éliminatoire -opposant l'équipe écossaise aux Gallois-...

Maximum de la concentration. Tous tendus. Prêts à partir.

-... commence ! Et ils sont partis ! Les Gallois se sont emparé du Souaffle : Martinson est une vraie flèche ! Et il passe à Lloyd ! Lough ne l'a pas vu passer ! Virage de Lloyd et... Flint a le Souaffle !

Un Cognard me rata de peu. Alan s'était précipité vers lui alors que le Batteur adverse allait l'envoyer me décapiter.

- Sauvetage in extremis ! Flint a vraiment failli y laisser sa tête ! Mais il a perdu du temps et... Passe à Martinson qui tire et... Arrêt magistral de Dubois ! Quel dommage pour les Gallois qui ratent leur premier but !

Martinson jura violemment. Je lui tapai amicalement dans le dos :

- C'est pas fini. N'oublie pas ce qu'on a dit.

Il hocha la tête et repartir vitesse maximale.

- Pick a la balle ! Les Gallois la rattrapent, ils sont vraiment rapides ! Il n'y a pas assez de place pour Illian et Lough ! Pick est coincée entre les Poursuiveurs verts ! Et Lloyd s'empare du Souaffle ! On a pas eu le temps de le voir venir, c'est reparti dans l'autre sens ! Flint et Lloyd sont en tête, Martinson est en dessous : quelle étrange formation triangulaire ! Lowley arrête le Cognard dirigé sur Illian et... Ouh ! Magnifique renvoi de Stir ! Les Poursuiveurs écossais sont ralentis !

Bravo, le boulet...

- Lloyd ! Flint, Lloyd !

J'adressai deux doigts levés à mes coéquipiers. Au fur et à mesure que nous approchions des buts de Dubois, nous nous écartions vers l'extérieur.

- Mais que fabriquent-ils ? Lloyd passe à Flint ! Martinson ! Flint ! Re-Martinson ! Lloyd ! Flint ! Lloyd ! Flint !

Dubois peinait à rester concentré : plus nous approchions, plus nous étions éloignés et les passes rapides.

- Lloyd accélère vers le troisième but ! Il va tirer et...

Tout se passa en moins d'une seconde. Lloyd tira le Souaffle, oui, mais vers moi. Dubois eut juste le temps de pivoter que Martinson avait déjà intercepté la balle et tiré droit dans le but du milieu.

- Dix points pour le Pays de Galles ! C'était bien calculé !

Martinson cria de satisfaction. Dubois nous lança un regard amer auquel je répondis par un rictus méprisant.

- Et le jeu repart ! Illian a la balle ! Lloyd lui colle au balai ! Mais qu'est-ce qu'il se passe ? Le Vif d'Or est apparu ! Les Attrapeurs entament la course !

Filant à travers le stade, Highsigh était devant Stanley. Sa main n'était qu'à quelques centimètres du Vif d'Or. Je me retournai vers Stir et lui fis un signe de main. Il arma sa batte, se précipita vers le Cognard le plus près et frappa. La balle assassine barra la route à Highsigh qui, surpris, fut déséquilibré et s'arrêta. Le Vif d'Or s'échappa mais nous avions sauvé notre chance de gagner.

- Les Gallois ont décidé qu'ils ne laisseraient pas les écossais gagner, c'est clair ! Que s'est-il passé entre temps avec Illian et Lloyd ? Ouh ! Ils sont à la même hauteur ! Martinson et Flint vont les rattraper ! Le but Gallois est découvert ! Stacy lance le Cognard sur Thomas ! Sauvetage du Gardien par Alan ! Pick atteint Martinson ! Lough est bien derrière ! On dirait bien que les Gallois ont trouvé la bonne stratégie ! Illian va tirer ! Il est trop loin du but ! Thomas l'arrête ! C'est Flint qui récupère, on repart dans l'autre sens ! Les trois Poursuiveurs Gallois sont collés, qu'est-ce qu'ils ont en tête ? Pick les rattrape !

Je fis une passe discrète à Lloyd et jetai un rapide coup d'oeil à l'écossaise derrière nous. Elle était beaucoup trop près...

- On se sépare, murmurai-je

Mes deux coéquipiers accélérèrent et s'écartèrent sur les côtés. Je remontai à la verticale vers le ciel, suivi par Pick.

- Pourquoi Flint fait-il une chandelle ? Mais... Attendez... Il n'a pas la balle ! But de Lloyd ! Vingt à zéro pour les Gallois !

Je m'arrêtai dans ma ascension et adressai un regard de fausse excuse à l'écossaise que j'avais berné.

- Les Gallois ont décidé de jouer sur la surprise ! Ils ont tout compris du jeu de leurs adversaires et nous font comprendre qu'on a encore tout à apprendre du leur !

Dans les dents, Spark.

- Et c'est reparti !

Pendant une heure, le jeu continua ainsi, entre stratégies improvisées, courses poursuites, frayeurs à cause des Cognards, fausses alertes de Vif d'Or. Nous essuyâmes cinq buts adverses et en marquâmes de notre côté, six de plus.

- Quatre-vingt à cinquante pour les Gallois ! Lloyd a la balle !

- Si ils attrapent le Vif d'Or, on va se faire massacrer, me glissa Martinson pendant une poursuite

- On va s'arranger pour que ça n'arrive pas. Tourne à droite et fais demi-tour !

- Quoi ?

- Vas-y à mon signal. Lloyd ! Demi-tour vers nos buts à mon signal !

Je lui pris discrètement la balle des mains.

- Maintenant !

J'accélérai et ils firent demi-tour.

Pick me colla au balai. Elle n'était pas si bête, en fait. Les deux autres se bloquèrent sans comprendre. Ils décidèrent de suivre leur coéquipière.

Je me retournai pour vérifier la position de Lloyd et Martinson. Ils arrivaient en-dessous d'Illian et Lough.

Un rictus satisfait étira mes lèvres.

Je serrai sur la gauche, vers la tribune d'honneur. But : ralentir la progression pour que Dylan et Bledri arrivent à bonne hauteur.

- Hey ! lançai-je au commentateur en lui passant rapidement à côté

- Flint a l'intention de faire un tour d'honneur du stade ou quoi ? Il va n'importe où ! Ah ! Il retourne dans sa trajectoire !

Pick et ses camarades m'avaient suivi tout le long. Je me dirigeai droit vers Dubois qui m'attendait concentré. Je vérifiai rapidement au-dessus de ma tête et sourit.

À quelques mètres du but, Pick me flanquait et essayait de m'arracher la balle des mains. Je levai mon bras et la défiai :

- Tu la veux ? Viens la prendre !

Elle leva sa main pour s'en emparer mais une flèche l'avait déjà récupérée.

- But de Martinson ! On l'avait oublié celui-là ! Il a débarqué du ciel au bon moment !

J'entendis Lough siffler de rage.

- Joli but, commenta Alan qui passait par là, à la poursuite d'un Batteur adverse.

- Occupe-toi de tes Cognards, toi ! rit Lloyd

.


.

Au bout de deux heures de match, nous étions à cent-soixante contre cent-vingt pour nous.

Nous commencions à ressentir la fatigue et notre concentration était en train de baisser. Les adversaires étaient dans le même état. J'avais évité la décapitation encore trois fois en dix minutes.

Il fallait vite mettre un terme au match.

Heureusement, la chance était de notre côté...

- Le Vif d'Or est apparu ! Et cette fois, pour de bon ! Nouvelle course poursuite entre Highsigh et Stanley !

Je fronçai les sourcils. C'était là le moment décisif du match.

Highsigh était en très légère avance. Stanley était quasiment à sa hauteur.

- Marcus ! Baisse-toi ! hurla Stir

J'eus juste le réflexe d'obéir. Un Cognard manqua de me décapiter une énième fois. Décidément !

Je me relevai. Garet Stacy frappa le Cognard pour l'envoyer sur Stanley.

- Attention ! criai-je à mon Attrapeur

Il remarqua la balle qui se dirigeai vers lui et accéléra. Le Cognard frappa le balai de Highsigh, le tranchant en deux.

Ma cerveau vit la scène au ralenti. Highsigh tombait, Lucky tendit une main de chaque côté.

Un silence effrayant s'écrasa sur le stade.

Stanley avait refermé ses deux mains et pas sur du vide.

Il avait attrapé le poignet de Highsigh avec la gauche et peinait pour le faire remonter sur son balai.

- Où est le Vif d'or ? demanda le commentateur

Stanley brandit son poing droit d'où on voyait deux petites ailes.

Je hurlai.

- Victoire des Gallois ! me fit écho le commentateur

Le stade explosa en une ovation. Nous volâmes vers notre Attrapeur en hurlant de joie.

Highsigh était remonté sur le balai de l'arbitre qui était venu aider Stanley.

- Bravo, se contenta-t-il de nous dire avec un sourire de perdant qui acceptait. Et merci.

Je lui adressai un pouce levé et il hocha la tête avant de repartir vers son équipe.

- Tu es génial ! félicitai-je Stanley

- Tu ne fais pas souvent de compliments, toi, rit-il

- Alors c'est doublement plus important quand j'en fais.

Il rit encore une fois et nous amorçâmes la descente.

Nous avions gagné.

Gagné le premier match.

Nous avions littéralement remplit notre défi.

Nous avions mis le feu au stade.

.


. petite anecdote inutile : deux de mes chats s'appellent respectivement Lucky et Stanley.


Et voilà, le premier match. Pfou ! C'était long à écrire. J'espère que ça allait quand même.

J'attends vos commentaires (les négatifs sont les bienvenus aussi : ce chapitre a sans doute d'énormes points faibles).

ACSD