Hey ! Comment ça va ?

Ce chapitre a été super long à écrire et en plus il sera assez long à lire j'imagine.

Je ne fais pas souvent de dédicaces pour les chapitres mais je fais une exception : celui-ci est dédié aux deux Guest Kitkat et Mylene qui sont là depuis le chapitre 9 et qui m'apportent leur soutien à chaque chapitre. Alors merci :) aussi d'avoir été les seules à reviewer chapitres 13&14.

Voilà !

Maintenant réponse aux reviews :

Kitkat : Hey ! Merci pour ta review :) Je suis contente si ça te plaît, j'espère que tu aimeras ce chapitre tout autant ^^

Mylene : ce que j'adore c'est que tes reviews sont toujours assez longues et drôles ^^ J'aime bien connaître les passages que les lecteurs préfèrent et c'est exactement ce que tu as fait :) En tout cas je suis super contente que ça te plaise encore et enjoy this chapter !


Lys Ecarlate


15/Mensonges et Libérations

Mes yeux s'ouvrirent violemment et furent aveuglés par l'obscurité. Je grognai et tendis ma main vers la table de chevet. En y allant à tâtons, je réussis à attraper ma baguette et l'allumer.

Je sortis du lit, retenant un tremblement de froid, et balayai rapidement la pièce du regard. Dylan Lloyd était encore endormi et ronflait même légèrement. Et sinon, c'était le silence.

Quelle heure était-il ?

La réponse m'arriva immédiatement. Il n'était même pas cinq heures du matin.

Je soupirai. C'était bien le mauvais jour pour se réveiller aussi tôt... Je n'avais pas intérêt à m'endormir sur le terrain pendant la finale.

La finale...

Je déglutis. Une boule de tension obstrua ma gorge et mon ventre se serra. Pourquoi je devais être appréhensif ? Pourquoi je devais être humain ?

Je chassai ces pensées stupides de ma tête et me dirigeai vers la porte. L'envie d'aller voir Hannah me traversa l'esprit. Puis je me rappelai de la panique que j'avais provoqué chez mes coéquipiers la dernière fois et soupirai.

Je pris une plume et un parchemin sur la table de la salle commune et écrivis rapidement que j'étais sorti.

La seconde d'après, j'avais transplané.

.


.

Je ne trouvais que les ténèbres pour m'accueillir, signe que personne n'était debout, visiblement. J'allumai ma baguette et tout à coup la tête de quelqu'un émergea du canapé.

Le temps se figea subitement et je restai immobile pour ce qui me sembla une éternité. Mes yeux étaient plantés dans ceux d'Hannah et je n'arrivai pas à bouger.

Un sourire radieux fendit ses lèvres et brisa cette soudaine paralysie.

Elle se leva du canapé et courut me sauter dans les bras :

- Tu ne dormais pas non plus ? rit-elle contre mon oreille

Son souffle frôla mon cou et envoya des frissons de froid dans mon échine.

- Non... murmurai-je

Elle rit doucement encore une fois et se redressa. Son regard croisa le mien puis se baissa rapidement et elle sourit faiblement :

- Tu vas être fatigué pour ce soir...

- Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive un jour de match.

- Fais attention quand même, hein ?

- Ne t'inquiète pas pour ça.

Je lui souris et ses épaules se détendirent. Elle soutint mon regard avant de murmurer :

- Tu vas aller voir ta mère ce matin ?

- J'espère. Tu connais les horaires de visite, j'imagine.

- Généralement c'est entre dix et onze heures pour des cas comme ça, qui demandent un travail constant et une surveillance sans failles.

- Je ferai en sorte d'être libre. Je dois la voir, c'est absolument vital.

Je baissai la tête et me mordis la lèvre. Hannah sourit tristement et approcha sa main de mon visage. Je sentis ses doigts caresser mes cheveux puis descendre jusqu'à se poser sur mon épaule.

- Tout se passera bien, Marcus... Ne perds pas espoir. Tu me fais confiance, pas vrai ?

Je levai la tête et plantai mon regard dans le sien. Une fois de plus, le temps se figea. J'avais la réponse sur le bout des lèvres et elle me terrorisait. Comment en étais-je arrivé là ? Qu'est-ce qui m'avait changé ?

- Oui... finis-je par répondre

Elle sourit légèrement :

- Alors je t'assure que je ferai tout pour que ta mère revienne chez toi saine et sauve, d'accord ?

J'opinai brièvement et me sentis triste. Je n'avais rien pour la remercier. Elle faisait quelque chose d'énorme pour moi depuis plusieurs jours et je n'avais pas de remerciement à la hauteur de son service.

- Marcus ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Rien, mentis-je. Je pensais à ma mère... Elle me manque.

- Je sais.

Je soupirai tristement. Je lus la compassion dans les yeux d'Hannah puis un encouragement à continuer à me battre. Et enfin, elle passa ses deux bras autour de mon cou et colla nos deux corps l'un contre l'autre. Je me raidis instantanément et me détendis deux secondes après. J'enroulai mes propres bras autour de sa taille et laissai ma tête s'enfouir dans ses cheveux.

Je la sentis se rétracter légèrement et instinctivement je la collai plus fort contre moi. Je n'eus pas besoin de la regarder pour savoir qu'elle souriait.

C'était un moment seulement à nous, non ? Pas d'Ellen, pas de Stir, pas de Spark, pas de McLaggen, pas de Père... Juste elle et moi, comme le soir de son arrivée, où nous étions allés nous promener dans la nuit.

J'étais sous l'emprise de quelque chose de plus fort que moi. C'était comme être dépendant à la présence d'Hannah. Pourquoi personne d'autre n'avait ce pouvoir rassurant sur moi ? Pourquoi fallait-il que je m'attache autant à quelqu'un ?

Je sentis la chaleur du corps d'Hannah quitter mon torse et je fus ramené à la réalité. Elle souriait timidement alors que mon visage ne montrait aucune émotion. J'étais profondément triste pour ma mère et à cause de mon incapacité à remercier correctement Hannah.

Elle sembla le comprendre parce qu'elle m'adressa un nouveau sourire, beaucoup plus confiant et rassurant.

Je laissai les coins de mes lèvres s'étirer à leur tour et attirai à nouveau Hannah contre moi. Puis, sans prévenir, je me mis à la chatouiller. Elle éclata de rire et sans trop comprendre comment, nous nous retrouvâmes sur le canapé, elle allongée en dessous de moi.

- T'es un vrai gamin, rit-elle encore une fois

- Mais tu n'as pas dis que tu m'aimais comme ça hier ? la taquinai-je

- Je sais, j'ai dit ça.

- Toujours valable ?

- Oui mais j'attends la réciproque.

Elle sourit, satisfaite, quand elle me vit me raidir complètement en une fraction de seconde.

Je pliai légèrement mes coudes pour m'approcher d'elle et laissai ma joue frôler la sienne jusqu'à ce que mes lèvres soient à son oreille. Elle était assez près pour entendre le dérèglement de mon rythme cardiaque et la lenteur forcée de mon souffle.

Je déglutis -priant au passage pour qu'elle ne le remarque pas- et murmurai :

- Moi aussi je t'aime très fort.

Je sentis, sans pourtant le voir, qu'elle souriait. Elle enroula ses bras autour de mon cou et m'obligea à me rapprocher d'elle.

Puis nous n'ajoutâmes plus rien et restèrent ainsi pendant une éternité.

.


.

- Hé ! s'exclama Martinson en me voyant m'assoir à notre table. Tu fais encore tes promenades nocturnes ?

- Je n'arrivai pas à dormir, prétextai-je. Alors je suis allé voir mon frère.

Dylan me lança un regard à la fois amusé et exaspéré. Il savait que j'avais menti. Il savait qui d'autre se trouvait dans cet appartement. Il étouffa un rire :

- Vous n'avez pas fait de bêtises, j'espère ?

Sachant de qui il parlait, je levai les yeux au ciel :

- Je ne suis pas comme ça.

- Je demande à voir.

- Je ne vois pas comment, Lloyd.

Les autres échangèrent des regards un peu confus.

- Bon... soupirai-je. Tout le monde est prêt pour ce soir ?

Ils firent pour répondre mais une voix nous interrompis :

- Il vaudrait mieux !

Je me retournai et vis que Spark était derrière moi.

- Vous avez le match le plus important. Même si vous n'allez pas gagner, il faut le jouer.

- Et pourquoi on ne devrait pas le gagner ? sifflai-je entre mes dents

- Parce que vous n'avez aucune chance, mais ce n'est pas une raison pour ne pas jouer.

- Tu crois que c'est ce que doivent dire les entraîneurs ? Oh vous allez en finale ? C'est super mais vous allez vous faire laminer comme des vulgaires chaussettes ! Bonne journée ! Non mais vraiment, Spark... Tu veux perdre ton travail ?

Tout le monde se raidit en entendant ma dernière phrase.

- C'est une menace, Flint ?

- Non c'est un avertissement. Et c'est déjà au moins mon deuxième. Tu as déjà perdu l'autorité alors si tu ne veux pas perdre aussi l'équipe, je te conseille de retrouver ton comportement normal.

Puis je m'adressai à mes camarades :

- Si on est ici, c'est qu'on a bien des chances de gagner, alors ne l'écoutez pas.

Ils hochèrent la tête et trouvèrent un intérêt particulier dans leur repas.

- Bon, soupira Spark en contenant son irritation. Ce matin ne prévoyez rien : on sera de dix heures à midi à Cardiff, au ministère.

Je me raidis.

- Un problème avec ça, Marcus ?

Je serrai les poings mais ça ne m'empêcha pas de m'énerver :

- Dix heures midi ? Tu ne pouvais pas nous avertir avant ? Je ne peux pas y aller !

- Bien sûr que tu vas y aller ! Tu n'as pas le choix de toute façon.

- Je dois aller voir ma mère à l'hôpital ! sifflai-je en me levant

Mes camarades devinrent raides comme des manches à balai et je vis une ombre de compassion passer dans le regard de Spark.

- Tu n'as pas le choix, Flint. Tu viendras avec nous, un point c'est tout. La question est close.

Sur ce, il s'en alla, me laissant fulminant.

- Tu ne peux pas aller la voir l'après-midi ? suggéra Stir. On pourrait raccourcir l'entraînement ?

- Non ! grognai-je. Il n'y a qu'un créneau de liberté pour elle. Les gens sont déjà prévenus que j'y serai. Elle aussi. Elle va croire que je l'ai encore abandonnée ! Et elle va arrêter de se battre pour sa survie !

Je plaquai mes mains sur mon visage. Je devais avertir Vasco. Lui au moins devait y aller et lui dire la vérité. Je ne pouvais pas laisser ma mère croire que je l'avais oubliée.

- On peut peut être arranger quelque chose, réfléchit Stanley. Tu crois que le ministre délégué serait clément si on lui expliquait la situation ? La famille devrait toujours passer avant le travail, non ?

Je grognai, pas convaincu.

- Mmm... fit une voix mielleuse dans mon dos. Cette petite dispute publique était bien intéressante. Tu crois que ça ferait un bon article ? Qu'est-ce qui ne doit pas exister dans une équipe de Quidditch pour qu'elle marche. Qu'est-ce que t'en dis ?

Je me retournai pour lancer un regard noir à Ellen :

- Qu'est-ce que tu veux ?

- C'est comme ça que tu salues tes amies, Marcus ?

- Tu n'es pas mon amie, Ellen.

- Non c'est vrai, je suis ta copine.

Je me raidis et elle se délecta de ma réaction.

- Ou pas encore, rit-elle

- Ou jamais.

- Ah non, ça j'en doute. Tu veux la même chose que moi.

- Ellen, va-t-en maintenant.

- Pas quand c'est demandé si gentiment.

Elle m'ébouriffa les cheveux et je me levai brusquement.

- Ne me dis pas que ce sont tes groupies qui te retiennent de revenir vers moi.

- Ce ne sont pas mes groupies ! m'emportai-je. Et lâche-moi une bonne fois pour toutes !

Une main se posa sur l'épaule d'Ellen et l'écarta de moi. Plus haute que mon ex d'une bonne vingtaine de centimètre, Kat s'interposa entre elle et moi et siffla :

- Dégage, Richards. Tu ne comprends pas l'anglais peut être ?

- Ne me parle pas, toi ! Tu n'es qu'une...

- Ellen, dégage ! m'emportai-je en retenant mes mains. Je ne veux plus te voir ! Tu avais ta chance, tu l'as perdue ! Maintenant il n'y a plus rien ici pour toi ! Va-t-en !

Elle me dévisagea, menaçante :

- Il y a encore quelque chose pour moi ici.

- Non ! Je ne t'aime plus ! Tu m'entends ? Je. Ne. T'aime. Plus. C'est clair comme ça ?

Elle grinça des dents et s'en alla en courant.

Je me détendis immédiatement et m'effondrai sur le banc. J'avais laissé les mots sortir de ma bouche sans les retenir. Kat s'assit à côté de moi, vite rejointe par Highsigh, Finnigan, Lowley et Wintren.

- Tu pensais ce que tu as dit ? voulut savoir Kat

Je plantai mon regard dans le sien. J'avais dit à Ellen que je ne l'aimais plus. Alors que jusqu'à peu je savais que mon coeur était déchiré entre l'amour et la haine, aussi forts l'un que l'autre.

- Je ne sais pas, répondis-je

Est-ce que je le pensais ? Est-ce que je l'aimais encore ou pas ? Je repensai à Hannah, souriante allongée sur le canapé, riant de la moindre bêtise que je disais ou grimace que je faisais. Hannah qui avait prenait soin de ma mère, qui tenait compagnie à mon frère, qui gardait Logan, qui m'avait serré la main quand j'avais dû affronter mon père, qui faisait tout pour me faire remonter à la surface. Elle, était là pour moi. Pas ma propre ex.

Est-ce que j'aimais Ellen ?

Je n'avais plus de réponse.

- Kat ? lâchai-je. Est-ce que je peux te parler en privé ?

Elle opina et nous quittâmes le réfectoire ensemble. Nous sortîmes du bâtiment et elle me fit face :

- Dis-moi.

- Qu'est-ce que je peux faire ? Je suis complètement perdu ?

- Perdu où ?

- Dans ce qui m'arrive. Je dois aller au ministère de Cardiff alors que ma mère m'attend à l'hôpital, je ne sais même plus ce que je fais...

- Pas ce que tu fais, ce que tu ressens. Tu t'es laissé aller tout à l'heure, tu as lâché ce qui te pesait sur le coeur et tu ne devrais pas en avoir peur ni t'en blâmer. Tu devrais même le faire plus souvent.

- On me détesterait encore plus.

- Oui mais ta vie serait plus simple sans mensonges. Regarde-moi. Je suis le stéréotype de la fille qui passe d'homme en homme, qui joue avec ses conquêtes et qui se fait détester par toutes les autres femmes. Et alors ? C'est ce que je veux être, c'est ce que je suis. Je ne me cache pas derrière mes excuses. On peut m'insulter autant de fois que possible, rien ne m'atteindra. J'accepte ma réputation. Je ne vis pas dans les mensonges. Et je vis bien, même avec la haine des autres. Pourquoi est-ce que tu pourrais pas ?

Je souris faiblement :

- Je sais... Merci pour ça mais... Je... Je ne sais pas.

- Tu commences par je sais et termine par je ne sais pas. Intéressant. Non je plaisante. Réfléchis, c'est tout. Et ne te torture pas, suis ton instinct.

- Merci... J'imagine que je dois dire merci.

- Pas de quoi. Mais dis-moi... C'était qui la jolie fille de l'autre jour ? La blondinette qui t'accompagnait quand tu es rentré du bureau délégué des aurors.

- C'est... C'est Hannah Abbott, ma meilleure amie. Et la copine de Stir.

- C'est pour ça que vous vous disputiez... sourit-elle avec délectation. Comme c'est mignon, se battre pour une fille...

- Ne dis pas n'importe quoi, ris-je. Je n'aime pas Hannah comme ça.

- Ne me casse pas mon délire.

- Désolé !

- Je te taquine, c'est tout. J'imagine que je dois lâcher l'affaire, non ?

- De quoi tu parles ?

- Tu as un peu trop de femmes dans ta tête, non ? Il faut que j'arrête d'essayer de t'avoir pour moi.

Je souris :

- Je ne t'y oblige pas.

- Je pense que je t'apprécie trop pour te briser le coeur par la suite. Ce sera plus sain pour nous deux si on ne va pas plus loin de ce qu'on est maintenant.

J'opinai :

- C'est ton choix, Kat.

- Je n'arrêterai pas de flirter pour autant, mais ça ne voudra pas dire que je te veux pour moi.

- J'ai compris.

- Et puis...

Un sourire content étira ses lèvres :

- Je crois que je ne tarderai pas à vouloir quelqu'un d'autre.

- Justement. Ne brise pas, Vasco, s'il te plaît.

- De quoi tu parles ?

- Je sais que c'est lui qui t'intéresse. Ne me mens pas.

Elle sourit :

- Sauf que je ne tenterai rien. Comme pour toi, je l'apprécie trop pour le blesser.

- Si tu tentes quelque chose, je t'en prie sois sérieuse et ne joue pas avec lui.

- Compris, chef.

Je grognai et elle éclata de rire.

- En tout cas, soupira-t-elle. C'était bien d'avoir pu vous connaître.

- Merci, Kat.

- De rien...

.


.

Je grognai.

Il était dix heures moins dix et nous étions réunis dans la salle commune de notre appartement, prêts à prendre le Portoloin.

Lloyd me lança un regard désolé. Il savait que j'avais envie d'être à l'hôpital.

Le décor disparut sous mes yeux et je me retrouvai écrasé sur un sol beaucoup plus dur.

- Ouch... se plaignit Stir qui était tombé sur moi

- Lève-toi Stir... sifflai-je

Il s'exécuta et en profita pour me chuchoter :

- Tu as parlé à Hannah de notre petite discussion d'hier ?

- Non, grognai-je

C'était vrai.

Mais j'allais faire en sorte que mon amie ne s'approche pas de son copain de toute la journée.

Il y avait un monde assez incroyable et j'avais l'impression d'avoir débarqué en plein milieu d'une réception privée, avec tous ces gens vêtus correctement -contrastant avec nos tenues de Quidditch. En même temps, quelle idée de mettre nos maillots ! On voyait à nos têtes qu'on n'était pas de ces gens qui arpentent les couloirs du ministère au quotidien. Mais le vote avait eu des résultats pas forcément heureux pour tous. Je me sentais comme une tâche noire sur un immense mur blanc.

Murs blancs... Comme dans un hôpital... Ma mère était entourée de murs blancs...

Mes camarades remarquèrent que mon visage s'assombrissait progressivement et me lancèrent tous des regards soit compatissants soit avertissants, un peu comme "ne gâche pas tout avec tes sautes d'humeur". Et ça ne me donnait que plus envie de faire ce qu'ils craignaient.

Lloyd -à peu près le seul qui m'apportait son soutien- me flanqua et mit sa main sur mon épaule :

- Détends-toi et tout ira bien.

- J'ai envie de tout faire sauter en l'air... maugréai-je entre mes dents

Stir et Stanley me dévisagèrent, un peu choqués. Dylan se contenta de rire :

- Je ne te retiendrai pas.

Surpris, je me tournai pour voir son visage. Il me souriait :

- Si jamais l'envie te prend de courir à l'hôpital, je couvrirai tes arrières.

Je souris :

- Merci, Dylan.

- Moi je te le déconseille, grogna Alan

Je haussai les épaules :

- Tu choisirais quoi à ma place ? Ta mère ou l'attention du pays ?

Il se racla la gorge et je compris que tous les regards étaient rivés sur nous. Je croisai mes bras sur ma poitrine et attendis que le silence soit brisé par un des types du ministère.

Le ministre délégué se leva et commença à faire un discours. Et devinez quoi ? Je n'ai rien entendu. Parce que je n'ai pas fait l'effort d'écouter. Pas surprenant, pas vrai ?

J'avais envie d'être ailleurs et ça, tous mes camarades le savaient.

Le discours du ministre délégué dura quasiment trois quarts d'heure, durant lesquels je m'endormis littéralement. Enfin non, je me laissai emporter par mes pensées et perdis le fil de la réalité. J'avais été absorbé dans mes souvenirs et surtout un, particulièrement vif, de ma mère.

- Maman ! Maman ! appelai-je

Je déboulai en courant dans la salle à manger de la maison de mon oncle. Ma mère et son frère étaient assis sur le canapé et tournèrent la tête vers moi alors que je précipitais sur eux.

Je sautai dans les bras de ma mère et elle étouffa un gémissement de surprise :

- Humpf... Marcus ! Ne cours pas dans la maison comme ça, tu pourrais te faire mal...

- Maman, Maman ! Vasco a trouvé un oiseau mort !

- Dans le jardin ?

- Oui et il est dans sa chambre. Il pleure.

Ma mère sourit, attendrie :

- Où est l'oiseau ?

- Sur la terrasse.

Elle se leva et me souleva au passage. Elle adressa un sourire à son frère et sortit de la pièce, se dirigeant vers la terrasse. Quand nous fûmes dehors, elle me posa et s'agenouilla près de l'oiseau mort. Elle soupira tristement et le prit délicatement dans ses mains :

- Va chercher Vasco.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Quand nous fûmes tous les deux de retour, ma mère n'avait plus qu'une boîte dans ses mains. Elle nous la tendit et dit :

- Vous pouvez l'enterrer.

Vasco secoua la tête et se remit à pleurer. Je m'emparai de la boîte et m'assis dans la terre. Ma mère m'aida à creuser un trou et à y enterrer l'oiseau. Une fois la "tombe" refermée Maman nous sourit :

- Vous ne devez pas avoir peur de la mort. Rien n'est éternel et je suis certaine que même la mort a une fin. Maintenant ce petit oiseau est au chaud, et n'a plus qu'à attendre de revenir. En attendant, il se souviendra de vous qui lui donnez un peu de paix plutôt que de laisser les insectes le dévorer.

Vasco sourit et se serra dans mes bras. Alors Maman se leva, toujours aussi souriante et regarda vers l'horizon.

- Moi aussi un jour je vous laisserai. Et j'espère que vous vous souviendrez de ce qui s'est passé aujourd'hui.

La dernière chose que je perçus de mon souvenir avant d'être ramené à la réalité fut la silhouette de ma mère, à contre jour, si belle et si forte, comme elle avait été.

- Je vois que vous êtes ému par mon discours, Flint ! sourit le ministre délégué

J'eus deux secondes pour feindre une réponse affirmative avant de me tourner vers Lloyd et de lui demander l'heure à voix basse. Ce fut le moment où je réalisai que j'avais perdu presque toute l'heure que j'avais à disposition pour voir ma mère.

Mon coeur s'accéléra et mon regard devint fuyant. Il fallait vite que je fasse mon choix. Tous les regards étaient pointés sur nous alors que nous devions nous avancer pour parler à notre tour. Martinson me poussa vers l'avant et je me retrouvai rapidement devant toute la foule, une baguette sous Sonorus devant le nez.

Le silence cala. Les gens attendaient que je parle.

- Euh... lâchai-je gêné

Ma voix amplifiée se répercuta sur les murs et j'entendis Alan grogner quelque chose à mon oreille :

- Fais un effort.

Dylan m'adressa un hochement de tête. Je me tournai à nouveau vers la foule et ouvris enfin la bouche, tentant vainement de maîtriser les tremblements dans ma voix :

- Je... Je vous remercie tous pour tout... Que ce soit vous ou mon équipe... Ce qui nous arrive est... Est un peu incroyable mais...

Ma voix se cassa. Martinson et Lloyd mirent chacun leur main sur une de mes épaules. Je continuai, la voix tout aussi tremblante :

- Je... Je crois que... J'ai...

J'inspirai à fond et miraculeusement, je pus sortir tout d'une traite sans hésitations :

- Merci pour tout, je promets que ce soir nous ne vous décevrons pas même si nous perdons mais je dois aussi m'excuser pour ce que je vais faire, je suis désolé.

Sur ce je me dégageai de la prise de Martinson et me mis à courir en direction de la porte. J'entendais les gens hurler mon nom et la voix de Lloyd qui braillait "Laissez-le partir ! Laissez-le, il va craquer !"

Je souris et le remerciai intérieurement alors que je sortais, comme un ouragan, du ministère. Je me retrouvai en plein Cardiff sorcier et regardai plusieurs fois de chaque côté. Où était l'hôpital, par Merlin ?!

Je vis ce qui ressemblait étrangement à un Bus Magique et ne réfléchis pas une seconde de plus. Heureusement, il s'arrêta devant moi et ouvrit ses portes. Je ne laissai pas le contrôleur dire quoi que ce soit et soufflai :

- À l'hôpital magique de Cardiff !

Le bus n'était pas vide. Les gens déjà à bord ressemblaient plus à des cadavres qu'à autre chose mais je ne m'en préoccupai pas. Le contrôleur me dévisagea :

- Vous n'êtes pas le type qui joue au Quidditch ?

- Si... grognai-je en me retenant à une barre alors que le bus accélérait

- Je ne savais pas que vous étiez au Pays de Galles...

Je ne répondis pas et me mordis la lèvre avec appréhension. Je n'avais pas à être en retard. J'avais très peu de temps pour voir ma mère. J'avais craqué en face du ministère entier et Spark allait sûrement s'énerver très fort mais ça n'avait plus d'importance. Je devais aller voir ma mère, sans quoi je mourrais de culpabilité.

Elle ne devait pas se sentir abandonnée par le fils qui lui avait promis de revenir vers elle. Je me frappai mentalement : pourquoi est-ce que je l'avais laissée ? C'était de ma faute depuis le début : je n'aurais pas dû fuir devant ses crises mais chercher de l'aide tout de suite ! Oui mais ça n'aurait eu qu'un résultat : l'enfermement de ma mère dans une sorte d'asile pour fous ou quoi que ce soit. Il avait fallu qu'Hannah croise à nouveau ma route pour que l'espoir revienne.

Tout à coup, je n'eus aucun regret. Mes erreurs avaient amené la solution droit dans mes mains -mes bras plutôt- en la personne d'Hannah. Et je n'avais plus à me blâmer.

Ma mère mourrait certes un jour, elle l'avait dit elle même. Mais ça n'était pas ni aujourd'hui, non.

Le bus fit une drôle d'embardée et je dus m'accrocher un peu plus fort pour ne pas tomber. J'avais subi un peu la même chose à l'Académie pour les examens d'entrée, mais c'était sur un système de simulation d'accident.

Je n'avais que moins d'un quart d'heure pour revoir enfin ma mère en face, ce qui n'était pas arrivé depuis mon départ pour Manchester. Je lui avais parlé par la cheminée une fois, et c'était tout.

Le bus freina violemment et je me retrouvai contre la barre de métal, retenant un juron de surprise.

Le contrôleur se planta devant moi et lâcha d'une voix blanche :

- Hôpital de Cardiff sorcier.

Le bus s'arrêta sèchement et le contrôleur m'indiqua que je pouvais sortir.

Une fois sur le trottoir, je levai la tête et constatai que l'hôpital de Cardiff était plus immense encore que je ne pensais.

Je repris ma course et déboulai en trombe à l'accueil. J'ignorai les regards choqués et réprobateurs des gens qui attendaient et me précipitai au guichet d'accueil.

- Elvira Jones, lâchai-je entre deux halètements

La secrétaire me toisa et se dirigea lentement vers ses dossiers. On allait y passer la nuit !

- Marcus ? s'exclama une voix féminine que je ne connaissais que trop bien

Je me retournai et vis qu'Hannah se tenait devant les escaliers. Ses yeux étaient agrandis de surprise et ses lèvres s'étiraient en un immense sourire. Je voulus faire un pas vers elle mais la seconde d'avant, elle m'avait déjà attrapé la main et m'entraînai en courant dans les escaliers :

- Dépêche-toi !

Nous montâmes toutes les marches en courant, en sautant la moitié au passage. L'ascension dura jusqu'au septième étage puis nous nous précipitâmes dans un couloir arpenté par de nombreux médicomages. Je n'entendais que le claquements de nos pieds sur le sol, mon souffle que je forçais à ralentir et mon coeur qui s'affolait un peu plus au fur et à mesure que nous avancions. Hannah se jeta sur une porte et l'ouvrit violemment :

- Vasco ! Il est venu !

Elle ouvrit un peu plus grand la porte pour me laisser entrer.

Et j'eus l'impression d'entrer dans un autre monde.

Tout était blanc et lumineux, presque comme dans un rêve. Je sentis deux bras se refermer sur moi et une chaleur m'envahir et je sus que c'était mon frère. Quand il se retira, il avait les larmes aux yeux :

- Tu es venu ! C'est génial mais... Comment est-ce que tu as fait pour échapper à la réception au ministère ?

- Je n'y ai pas échappé mais je m'en suis échappé.

Il sourit et la pression de la main d'Hannah sur la mienne me fit comprendre qu'elle ne me reprochait pas du tout de l'avoir fait.

Tous les deux s'écartèrent et me laissèrent avancer vers le lit.

Elle était allongée sur le dos, les yeux clos et une expression parfaitement paisible sur le visage. Elle était enveloppée de draps blancs et ses cheveux sombres s'étalaient en éventail autour de sa tête. Il n'y avait plus un seul tourment qui transparaissait dans son sourire calme et j'eus enfin une violente bouffée d'espoir. Mais elle était si pâle et si fragile...

- Elle a commencé à faire une crise devant Vasco, m'expliqua Hannah. Les médecins l'ont "calmée" mais elle peut quand même t'entendre, normalement.

Je m'approchai lentement. J'avais encore du mal à y croire. Elle était, juste devant moi... Je tendis ma main pour attraper la sienne avant de me pencher sur son visage :

- Maman... C'est Marcus... Serre ma main si tu m'entends.

Une légère pression sur mes doigts me fit sursauter et mon coeur s'affola. Les mots moururent dans ma gorge et je dus déglutir pour les obliger à sortir :

- Maman... Tout... Tout ira bien tu verras...

Elle serra à nouveau très légèrement ma main. Elle me faisait confiance.

Je souris et tentai de contenir le picotement que je sentais à mes yeux :

- Tu me manques, Maman...

Je vis les coins de ses lèvres s'étirer imperceptiblement. Je serrai sa main plus fort encore et déposai une bise sur son front :

- Je t'aime, Maman... murmurai-je contre son visage. Ne me laisse pas... Promets-moi que tu ne me laisseras pas...

Ses doigts appuyèrent un peu sur le dos de ma main, m'arrachant un sourire au passage.

- Ce soir c'est la finale... dis-je encore à voix basse. Je jouerai en pensant à toi. Je jouerai pour toi. Tu m'as dit que ce n'était pas important de perdre ou de gagner. Je te crois tu sais...

Je déglutis et continuai :

- Quand tu seras complètement reprise, je te promets qu'on reviendra tous à la maison : Vasco, toi et moi. Il n'y aura plus Père pour nous pourrir la vie, il y aura Hannah et je te jure sur ma propre vie que tout s'arrangera. S'il te plaît, ne baisse pas les bras...

Ma voix mourut encore une fois dans ma gorge. Ma mère exerça encore l'infime pression sur ma peau puis relâcha et c'était comme si elle était endormie.

Je souris. Hannah s'approcha de moi et posa sa main sur mon épaule :

- Tu as bien fait de venir, m'assura-t-elle. Vous en aviez besoin, elle comme toi.

Vasco sourit et enfouit sa tête dans mon cou comme quand il avait quatre ans.

- J'ai presque envie de perdre ce soir, lâchai-je

Ils me lancèrent des regards surpris.

- Pour rentrer plus vite à la maison. Mais bon... On verra bien. Tu as des nouvelles de Potter ? demandai-je à Vasco

- Le cas de Père est encore en débat.

- J'espère qu'on verra enfin la fin de cette histoire.

Il hocha la tête. Je remarquai qu'il portait un maillot manches courtes. Les derniers souvenirs de Père étaient exposés à la lumière, aux yeux de tous. Il vit ce que je regardais et sourit :

- Je n'ai plus aucune raison de me cacher, non ?

Je lui rendis son sourire et mis une main sur l'épaule de mon frère, l'autre sur celle d'Hannah avant de les attirer tous les trois contre moi. J'avais dans la même pièce les trois personnes qui comptaient le plus, je n'avais plus besoin de rien pour le moment.

Hannah intercepta mon regard et se pencha à mon oreille :

- Tu seras encore plus fort maintenant...

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- On peut savoir ce qui t'a traversé l'esprit ? Tu as réfléchi une seconde au moins ? On était dans un lieu important avec des personnes importantes, Flint !

Je grognai et tournai le dos à Spark. Est-ce que j'avais à m'expliquer ? J'avais mes raisons, il les connaissait, elles étaient valables. Fin de l'histoire.

- Tu vas arrêter de n'en faire qu'à ta tête, Marcus Flint ? brailla-t-il

- Tu n'as aucun de droit de me faire la morale alors que tu ne t'es même pas regardé ! Tu as abandonné cette équipe, tu ne t'en rends même pas compte ! Alors laisse-moi tranquille et va voir ton ami l'Anglais !

Il leva sa main pour me frapper mais Martinson l'arrêta la seconde avant qu'il ait pu commencer son geste. Mon Poursuiveur lui lança un regard assassin :

- Ne lève pas la main sur lui. On va arranger cette situation entre nous, on a pas besoin de toi, tu ne fais qu'empirer les choses.

Spark émit un sifflement désapprobateur et sortit de la pièce en claquant la porte.

Nous étions dans la salle commune de l'appartement que nous partagions au bâtiment des sportifs. Sur le canapé, Alan, Stir et Thomas se compressaient et nous regardaient d'un air neutre. Stanley, Dylan et Martinson étaient autour de moi.

- Comment va ta mère ? demanda Dylan qui n'en avait rien à faire de la confusion que j'avais créé

Je retins mon sourire :

- Elle... Elle va beaucoup mieux...

J'étais assez secoué de l'avoir enfin revue. Sans cette pression sur mes mains et le soulèvement de sa cage thoracique, elle m'aurait paru morte. Merlin merci, elle ne l'était pas et m'avait promis de continuer à se battre.

- Les médicomages t'ont donné... combien de temps ?

- Ils ne savent pas combien ça prendra pour éradiquer tous les problèmes mais de toute façon, vu que je suis venu -j'insistai à l'adresse de mes coéquipiers- elle ne devrait pas faire de rechute.

Les trois qui se serraient dans le canapé se trémoussèrent, un peu mal à l'aise.

Stanley soupira :

- La prochaine fois, rebelle-toi avant de te retrouver devant le ministère entier.

Je vis qu'il se retenait de sourire aussi. Mes coéquipiers savaient qu'ils ne pouvaient rien me dire.

- Bon, dis-je pour changer le sujet, prenez tous vos affaires. On va au pré s'entraîner.

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La sensation de mes muscles qui s'étiraient provoqua une vague de frissons incontrôlés dans mon corps. C'était une douleur agréable malgré tout et une des raisons qui me poussaient à être aussi maniaque des étirements.

- Tu m'apprendras à jouer comme toi ? supplia la voix de Logan derrière moi

- Si tu veux, fis-je en haussant les épaules

Le blondinet tapa dans ses mains, content puis ouvrit ses immenses yeux purs et me regarda fixement :

- Pourquoi tu es plus gentil que mon Papa ? Tu veux pas être mon Papa ?

J'étranglai ma gêne derrière un rire nerveux :

- J'ai eu un mauvais Père, Logan... Je crois que je ne serais pas capable d'en être un...

- Tati Han dit qu'on ne répète pas forcément les erreurs de ses parents.

- Logan, je n'ai vraiment jamais connu de vrai père. Comment est-ce que je peux savoir comment je dois me comporter ?

Il haussa les épaules :

- Bah sans se poser de questions...

Il y avait une chose que j'aimais avec ce gamin : il disait les choses tout simplement, alors qu'il n'en mesurait pas l'ampleur.

Je souris et ébouriffai ses cheveux :

- De toute façon, je ne peux pas être ton papa.

- Pourquoi ? gémit-il

- Parce que tu en as déjà un, hé !

- Et tu seras le papa de qui alors ?

- Comment tu veux que je le sache ? Je n'ai que vingt-deux ans !

J'avais une discussion stupide avec un gamin entre deux matchs d'entraînements avec les écossais. Que demander de mieux ?

Vasco étouffa un rire :

- Vous devriez vous entendre.

- Hé ! Qui a amené ce sujet sur le tapis ? Pas moi.

- T'as l'air d'un gamin, frangin.

Je secouai la tête et m'allongeai sur l'herbe, fixant le ciel juste au-dessus de nous. J'avais l'impression d'avoir presque trop changé en si peu de temps. Dix jours environ depuis notre arrivée à Manchester, quasiment deux semaines depuis le retour d'Hannah. Tout était passé très vite et j'avais l'impression d'avoir changé de monde. Et de corps. Non de tête. Ou les deux.

Toujours était-il que j'avais du mal à me reconnaître.

- Marcus ? On reprend ? m'interpella Highsigh

- J'arrive !

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Une heure... Encore une heure seulement et après, le stade. La finale. La dernière étape. Et là encore se profilaient deux alternatives. Une victoire, la Coupe du Monde. Une défaite, retour à la maison.

Stanley et Martinson finissaient encore d'enfiler leurs maillots. Ils mélangeaient toujours leurs affaires et perdaient un temps fou à chaque fois. À croire qu'ils ne savaient pas lire leurs noms... Stir était assis sur le banc, à côté de moi et fixait le sol. Je savais à quoi il pensait. Hannah. Ce n'était pas difficile à voir... Quant à eux, Thomas et Alan ne faisaient rien de particulier, discutant dans un coin du vestiaire, -trop- près de la porte.

Dylan Lloyd était avec moi et me parlait occasionnellement.

- Arrête de stresser, soupira-t-il

- Je ne stresse pas.

- Si. Tu es tendu comme ton balai, tu ne peux pas poser ton regard une demie seconde et tu bouges d'un pied sur l'autre tout le temps. Calme-toi.

Je soupirai. À cet instant, Haley et Stefen ouvrirent la porte, déséquilibrant Thomas qui tomba sur Alan. La responsable de notre appartement se racla la gorge :

- Je voulais Messieurs vous dire que ça a été un grand plaisir de vous rencontrer et de travailler avec vous. Nous vous souhaitons bonne chance.

Spark entra à son tour et annonça :

- Visite spéciale !

Une quatrième personne ouvrit la porte, assis dans une sorte de fauteuil roulant un peu étrange. Il avait une tignasse noire complètement désordonnée, un sourire amusé collé sur les lèvres et des yeux verts brillants de joie. Il nous fit un signe de la main alors que nous nous raidîmes tous sous la surprise.

- D-Derek ? s'exclama Alan

Une sourire illumina le visage de mon Batteur alors qu'il se précipitait sur son ancien coéquipier. Je laissai tous les autres le saluer et restait un instant avec Stir, qui se sentait particulièrement à part.

- Hé capitaine ! m'interpela Derek McEwan

Je m'avançai vers lui, esquissant un sourire un coin :

- Alors ? Tu ne nous a pas oubliés, donc.

Il secoua la tête :

- Je crois que je ne pourrais pas.

- Tu pourras rejouer ?

- Les médicomages et ma famille s'y sont opposés. Alors non... Je vais trouver du travail quelque part.

Je lui tapai amicalement l'épaule :

- Tu resteras des nôtres.

- Il est bon mon remplaçant ?

Stir me fixa alors que je me mordais la lèvre. Il attendait aussi ma réponse.

- C'est un super Batteur, finis-je par dire

Mais un boulet social...

- Garde-le alors ! rit Derek. Parce que je ne serais plus là pour rattraper tes Cognards, Gueule de Bois !

- Euh... J'ai arrêté de boire depuis presque deux semaines.

- Ah, je ne savais pas. Il était temps.

Je haussai les épaules et le silente tomba. Derek se mordit la lèvre :

- Au fait... Merci.

Je secouai la tête :

- Je n'avais pas le choix.

- Oui mais merci quand même. Je n'ai pas eu l'occasion de te le dire depuis l'accident.

Quelqu'un frappa à la porte. Spark soupira :

- Visites multiples maintenant.

Je me raidis : Hannah et Stir ne devaient pas se croiser. Une fois que nous fûmes hors de la pièce, je cherchai immédiatement la blondinette du regard. Je trouvai trois têtes blondes au fond de la foule et me précipitai vers elles. J'attirai Hannah de sorte à ce qu'elle soir cachée par l'angle du mur et fis face à mes trois visiteurs. Ils me lancèrent des regards interrogateurs.

- Euh... lâcha Hannah. C'était pour quoi ce changement de place ?

- Tu ne vas pas voir Stir, sifflai-je

Elle haussa les sourcils :

- Tu sais quelque chose que moi je ne sais pas.

- Oui...

- Marcus.

- Oui ?

- Il veut rompre avec moi c'est ça ?

Je ne répondis pas. Mais ça valut la pire des réponses pour elle. Elle hocha la tête alors que ses yeux se remplissaient de larmes brillantes. Elle se mordit la lèvre pour les empêcher de couler le long de ses joues mais ça ne servit à rien.

Je pris sa joue dans une de mes mains et essuyai la traînée salée avec mon pouce :

- Ne pleure pas pour lui...

Elle baissa la tête et fixa le sol. Vasco soupira à côté de moi :

- Il est trop occupé avec d'autres gens pour remarquer qu'on est là.

Je tournai la tête, suivant son regard et compris. Stir était un peu à l'écart de la foule, riant avec une fille de l'âge d'Hannah adossée contre un mur.

Je reportai mon attention sur mon amie qui lançait un regard désespéré vers mon coéquipier :

- Qu'est-ce que je lui ai fait ?

- Rien, chuchotai-je en essuyant d'autres larmes. Il est juste incapable de voir qu'il a tout ce dont il peut rêver sous son nez et va voir ailleurs.

Elle secoua la tête :

- Il faut que croire que je ne suis pas aussi parfaite que tu veux me faire croire.

- Je t'avais dit que Stir n'en valait pas la peine... Tu n'as pas besoin d'un type comme lui. Va chercher mieux.

Elle releva la tête vers moi et m'adressa un regard triste :

- Pourquoi est-ce que tu essayes de me faire sentir parfaite ? Si Pete est allé chercher mieux c'est bien que je ne le suis pas.

- C'est un boulet, il ne compte pas.

Un demi-sourire apparut sur ses lèvres :

- Tu ne l'aimes vraiment...

- Toi non plus maintenant.

- Il ne m'a encore rien dit.

- Quand il le fera, tu lui donneras aussi une claque de ma part.

Elle sourit et regarda derrière mon épaule.

- Il t'a vue ? demanda Vasco

- Oui, maugréa-t-elle. Et il nous regarde.

Elle enroula ses bras autour de mon cou et se leva sur la pointe des pieds pour que nos joues soient l'une contre l'autre. Je pris sa taille entre mes mains et la collai contre moi. Je savais ce qu'elle faisait. Et j'étais certain qu'au fond de lui, Stir fulminait.

- Tu n'es pas aussi immaculée que je croyais... murmurai-je à l'oreille en faisant semblant de parler comme un charmeur

- Parce que je le taquine un peu ? rit-elle contre mon cou

- Mmm... Parce que tu essayes de le rendre jaloux, oui.

- Il aurait de quoi.

J'ouvris de grands yeux, surpris.

Quoi ?

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Les portes allaient s'ouvrir d'une seconde à l'autre. Nous étions tous les sept alignés devant, balais entre les jambes, pas que peu tendus.

Je savais qu'Hannah serait dans les gradins et vérifierait ce que je lui avais dit.

J'étais tranquille pour ça et je devais me concentrer sur le match. Seulement sur le match.

Une main se posa sur mon épaule. Je levai la tête vers Martinson :

- Tu te souviens comment on a commencé ça ?

Je tendis ma main devant moi. Les autres sourirent et mirent les leurs dessus. Je les regardai un par un avant de souffler :

- C'est peut être ici que l'aventure se termine. Oubliez ce qu'a dit Spark, ou ce que racontent les journalistes. Restez concentrés sur les balles et sur votre jeu. On va leur montrer qu'on ne baisse pas les bras.

- On on va mettre le feu au stade ! rit Stanley en reprenant mon expression du début de la compétition

À cet instant précis, les portes s'ouvrirent et nous mîmes deux secondes avant de décoller.

Nous filions droit vers le stade qui était encore plus animé que d'habitude. Dans les gradins, les gens hurlaient et les couleurs rouge et vert explosaient le regard. Il y avait beaucoup plus de rouge par contre.

La voix du commentateur s'éleva de la tribune d'honneur :

- Et voilà les Gallois ! Mesdames et messieurs, ces jeunes gens nous ont bien étonnés dès leur premier match ! Ce soir ce sont deux équipes novices de la compétition à grande échelle qui s'affrontent : l'une d'elle ira nous représenter à la Coupe du Monde de Quidditch ! Mais laquelle ? Les Anglais de McLaggen sont largement favoris et...

Je fis signe à mes camarades de ne pas écouter. Ils hochèrent la tête et entamèrent un tour du terrain.

Le commentateur bavassa encore une bonne minute avant de brailler :

- En position !

Nous obéîmes, faisant face aux Anglais. Heureusement, McLaggen était dans ses buts. Je n'avais pas envie que sa tête soit la première dans mon champ de vision. À la place, j'avais la rouquine Teigneuse. Pas franchement mieux...

- Prêts ?

Weasley m'adressa un regard méprisant que je lui rendis à l'identique. Martinson et Lloyd me consultèrent du regard. Je hochai la tête et ils se détendirent.

- C'est parti !

Hach Mosley, un Poursuiveur adverse, tendit la main et s'empara du Souaffle une demie seconde avant Martinson. Il nous bouscula violemment et fila vers nos buts. Nous accélérâmes pour le rattraper. Il était parti seul, cruciale erreur.

Nous réussîmes à nous remettre à sa hauteur à cinq mètres des buts. Il nous vit et tenta la manoeuvre désespérée : il tira. Thomas tendit la main et l'attrapa sans difficulté.

- Premier but pour les Anglais !

Le stade explosa en hurlements de joie.

- Il n'a pas marqué ! s'emporta Lloyd alors qu'il savait qu'on ne pouvait pas l'entendre.

- Laisse, dis-je avec un sourire perfide. Faites comme si de rien était, j'avais déjà prévu que ça arriverait. Faites-moi confiance.

Ils opinèrent et le jeu repartit.

Ce ne fut pas le seul but que les Anglais marquèrent. Après une heure de jeu, ils menaient cent-trente à quatre-vingt-dix. Des treize buts qu'ils avaient, cinq étaient faux. Et on en avait un en plus, mais que le commentateur n'avait pas comptabilisé.

- À gauche ! hurlai-je à Martinson

Il tourna la tête, vit qu'un Cognard se dirigeait vers sa tête, me fit la passe rapidement et dans un seul mouvement, nous nous nous baissâmes tous les trois. La balle me frôla à peine, assez pour déchirer mon maillot dans le dos, avant d'être interceptée par Stir qui la renvoya sur Mosley.

J'armai mon tir, lançai. McLaggen renvoya la balle vers nous avec un coup de poing et Lloyd l'intercepta pour la tirer dans son but de droite.

- Nouveau but pour les Gallois !

- Celui-là il nous l'a compté au moins... maugréa Martinson

Une autre heure passa et le score était de deux-cent-dix à cent-dix avec -encore une fois- plusieurs erreurs. Le vrai score était de cent-cinquante à cent-trente.

Après encore une heure, le stade explosa en encouragements et je levai la tête. Le Vif d'Or était apparu -c'était la troisième fois. Je priai pour que Stanley ne subisse pas le sort de Wintren ou Derek.

Notre Attrapeur était en tête, par rapport à l'éternellement stupide Williams. Je savais que l'Anglais réfléchissait à une stratégie pour éradiquer Stanley.

Les Cognards bataillaient autour des deux Attrapeurs. On ne comptait plus que sur trois joueurs par équipe pour gagner.

Une balle assassine se dirigeait droit sur la tête de Stanley. Ce dernier la vit, fronça les sourcils et fit une manoeuvre des plus risquées. Il remonta en chandelle de quelques mètres et replongea sur la balle qu'il poursuivait. Le Cognard barra la route à Williams et cassa le bout de son balai. Le choc propulsa légèrement l'Anglais vers l'arrière et le temps qu'il soit revenu à son équilibre normal, la Vif d'Or était déjà dans les mains de Lucky Stanley.

- Les Gallois attrapent le Cognard ! Fin du match mesdames et messieurs ! Et le score est de... quatre-cent-cinquante à trois-cent pour les Anglais ! Les Anglais gagnent et partent en Coupe du Monde !

Nous nous réunîmes tous les sept en cercle alors que les spectateurs acclamaient nos adversaires gagnants.

- Tu comptes faire quelque chose à propos de ça ? me demanda Stir

J'esquissai un sourire sournois :

- Ne t'en fais pas pour ça... Mais pour l'instant, jouez le jeu et agissez comme si tout était normal. On finit tous par payer le prix de nos erreurs...

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- Où est Hannah ? demandai-je à Vasco une fois sorti des vestiaires quand nous pûmes enfin aller dans les gradins pour la célébration de fin de la compétition

- Elle est partie au tout début du match, elle m'a dit qu'elle devait changer de... lieu d'observation ?

Il fronça les sourcils, dubitatif puis reporta son attention sur moi :

- Pourquoi ?

- Je dois lui parler.

Ce fut à ce moment-là que la blondinette débarqua en courant et s'assit brusquement à côté de moi, essoufflée :

- Tu avais raison ! Tu avais raison... Qu'est-ce qu'on va faire ?

Elle planta son regard dans le mien et je me raidis. Oulà Marcus, qu'est-ce qui te prend ?

- Hannah... lâchai-je

- Quoi ?

- Je vais avoir besoin de toi pour faire ça. Et de quelques autres personnes... Ce ne sera pas évident.

Elle sourit :

- C'est quoi ton plan ?

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Et voilà ! C'était plutôt long, personne ne s'est endormi ? Bon... Petite question : est-ce que l'histoire est cohérente dans son ensemble (donc depuis le chapitre 1) ? J'ai un doute et il n'y a pas mieux que vous pour me dire.

Vous avez aimé ce chapitre ? Laissez-moi un petit mot ça me fera vraiment plaisir :)

Chapitre suivant ce week-end normalement.

D'ici là, bonne semaine !

ACSD