Salut !

J'aurais dû attendre davantage, c'était ce que j'avais prévu, mais je ne résiste pas franchement. Parce que les reviews m'encouragent, bien sûr, et parce qu'au vu de ma vie actuelle (O.o) j'ai besoin de faire un truc presque normal, typiquement... publier un chapitre !

Donc, comme ma vie ne vous intéresse pas : merci d'abord à ceux qui m'ont lu, et merci tout particulier à LyssHeap et Poussifoutre ! J'espère que vous apprécierez toujours voire davantage !

Donc, voici le prochain chapitre, je vous laisse le découvrir... une fois encore, je vous en supplie, reviewez ! C'est l'unique vrai moyen de progresser pour moi, et pour vous d'avoir une fiction meilleure ! Merci par avance ! :D

Disclaimer : Je ne possède rien... Enfin, pas le monde, pas le nom des personnages, et les 2/3 d'entres eux existent déjà dans la saga. Donc, oui, je ne suis pas richissime, et je n'ai pas une inspiration si sublime ! Dommage !

Résumé : Victoire Lupin, la quarantaine, voit sa fille partir vivre sa vie. Et ce jour là, elle met la main sur un petit carnet qui, visiblement, n'a rien à faire là. Un petit carnet qu'elle va chercher à déchiffrer, et à comprendre, et qui va lui permettre de prendre un nouveau départ dans sa vie alors qu'elle découvre laborieusement la vie et la personne de Minerva McGonagall. Retrouver un rôle de femme en découvrant la vie d'une autre femme. Quête et découverte de soi, ce récit est le parcours de deux histoires qui s'entremêlent à plus de 40 ans d'intervalle.

Je vous souhaite une excellente lecture !

Bergère.

Chapitre 1 : La bibliothèque et Mircea Vane.

Tout était prêt. Autrement dit, pas grand-chose… de toute manière, elle ne partait pas non plus en expédition : elle allait à la bibliothèque, endroit banal s'il en est. Mais ça n'était pas son lieu, à elle, pas du tout. Elle n'avait jamais été particulièrement studieuse, avait eu tous ses diplômes sur la corde raide et n'ayant jamais travaillé n'avait jamais été forcée de faire des recherches, de lire des pavés techniques par exemple. Alors, la bibliothèque, sans doute n'y était-elle pas entrée depuis Poudlard… ou peut être quand Michelle était toute petite, et encore, très rarement.

Et puis, elle n'y allait pas pour n'importe quoi. Même si personne n'avait besoin de savoir – ni ne saurait – ce qu'elle venait chercher dans les vieux grimoires et les revues d'Histoire, elle se sentait troublée avant même d'avoir mis un pied dans ce lieu de savoir. Alors elle s'était préparée, comme une petite fille qui va emprunter son premier livre avec sa classe et ressent le besoin de se faire une jolie tresse et de replisser sa jupe à tout instant : une robe, type tailleur, des talons, une cape noire, sobre. A peine maquillée, avec une petite mallette. Comme une femme d'affaire, pensa-t-elle en se moquant d'elle-même. Elle poussa un long soupir, rassembla ses forces tout en se grondant intérieurement d'être aussi stupide, pour une quarantenaire, puis entra dans la Cheminée, pris une poignée de poudre en lança 'Bibliothèque Albus Dumbledore' avant de disparaître dans les flemmes vertes.

Elle sortit de la cheminée, cligna des yeux, et fixa avec étonnement le lieu… qui n'avait rien d'impressionnant. Une seule pièce, aux murs peints à la chaux, remplie d'étagères somme toutes assez basses : était-ce vraiment ça, la plus grand bibliothèque publique du monde sorcier ? Soudain, elle se sentit bien moins intimidée et finit de s'épousseter en se dirigeant d'un pas conquérant vers l'homme qui faisait l'accueil.

« - Madame ?

- Le rayon sur la Guerre ? demanda-t-elle, un peu trop sèchement, et l'employé perdit son sourire. Excusez-moi, je suis un peu à cran, se rattrapa-t-elle précipitamment.

- Sans problème, répondit-il avec un clin d'œil, comme soudain changé. Tout au fond, la rangée de droite, expliqua-t-il en pointant l'extrémité de la bibliothèque. Si vous avez un problème, venez me chercher. »

Elle acquiesça, et partit. Il y avait une pauvre et seule étagère sur le sujet de la dernière guerre en date, et elle commença par regarder après le signet biographie. Il y avait Albus Dumbledore par Rita Skeeter, dont elle avait entendu des milliers de fois, dans sa jeunesse, le plus grand mal. Deux ouvrages sur Harry Potter, un autre livre qui avait pour nom Les adolescents au combat ; et, enfin, Mangemorts et aurors, portraits des grands du combat. Il restait un espace vide, sans doute sur Lord Voldemort… enfin, elle faisait choux blanc. Elle revint en arrière, sur l'étagère, et revint aux ouvrages généraux. Les premiers dressaient visiblement un panel général des événements sur toute la durée de la vie du mage noir ; puis il y avait deux ou trois chronologies. Enfin, un ouvrage pour les dates, faits, et personnes essentiels, sans doute à l'usage des étudiants. Elle attrapa le livre, revint en arrière, prit aussi un des ouvrages généraux, et finalement un autre, puis continua à parcourir les titres. Quelqu'un avait écrit Analyse physiologique de la marque des ténèbres, un livre d'au moins 200 pages… Elle finit, ne trouva rien de plus. Alors, elle repartit avec les 3 livres sous le bras, et s'assit à l'une des tables. Un jour de semaine, à 10 heures, il n'y avait pas grand-monde, et personne ne vint s'assoir à côté d'elle.

L'ouvrage universitaire était petit, apparemment bien fait, elle commença par là. Elle alla tout de suite à la lettre M, et trouve en effet l'article sur Minerva McGonagall. Quatre lignes, sur une colonne. « Minerva McGonagall. Femme. 1924-2012. Professeur à Poudlard, puis Directrice-adjointe. Membre actif de l'Ordre du Phoenix, a épaulé Albus Dumbledore dans son combat. Grand rôle dans la reconstruction et dans la réhabilitation de Severus Rogue. Enterrée à quelques miles de Glasgow. » Bon, rien de nouveau ici. A part l'Ordre du Phoenix… il faudrait aller voir là. Elle prit le petit manuel, revint vers l'étagère, reposa l'ouvrage et amena à la place celui sur l'Ordre qu'elle avait vu sans s'y arrêter, puis revint s'assoir. Les trois livres qui étaient sur la table étaient linéaires, en chapitres certes, mais pas fais de la même manière que le manuel qu'elle avait feuilleté. Alors, elle attrapa le premier, La Guerre pour la paix, l'histoire d'un combat titanesque, l'ouvrit précautionneusement à la Préface, puis commença à lire, concentrée, passionnée par ce sujet qui, jusqu'ici, ne l'avait pas intéressée au-delà des anecdotes familiales – et, fille d'un Weasley, mariée au fils de Remus et Nymphadora Lupin, elle en avait bavé de ces histoires, tant qu'à l'adolescence elle n'avait plus voulu en entendre parler. Tout comme Teddy d'ailleurs, qui n'aimait pas remuer trop souvent l'histoire de son statut d'orphelin.

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« - Madame ?

- Ah ! Quoi ? »

Elle sursauta, lâcha le livre dont les pages commencèrent à retomber, et elle les coinça dans un geste fébrile en mettant son doigt entre les pages. Elle se frotta les yeux, oubliant son maquillage, puis s'arrêta brutalement, et se tourna vers le jeune employé de bibliothèque.

« - Oui, excusez-moi vous m'avez surprise.

- Je comprends, vous étiez absorbée ! C'est qu'il est midi, et la bibliothèque ferme jusqu'à 14h alors…

- Oh ! je…, elle s'arrêta au milieu de sa phrase, ne parvenant pas à masquer sa déception. Harry Potter, à un an, venait de réduire à néant le Sorcier, et…

- Vous voulez les emprunter, peut être, proposa-t-il diligemment. Vous avez une carte de bibliothèque ?

- A vrai dire, non, je ne…

- Je ne suis plus en service, mais je vais vous en faire une si vous voulez, vous venez ? »

Devant la gentillesse du jeune homme, elle arbora un très grand sourire, se leva, attrapa les 3 livres qui étaient sur la table en prenant soin de conserver la page de celui qu'elle était en train de lire, et le suivit jusqu'à l'accueil. Il s'assit, prit un parchemin, une plume, lui tendit l'ensemble, et la laissa remplir. Elle rendit le papier, il donna un coup de baguette magique, puis lui prit les livres des mains, tapota sur chacun d'entre eux et les lui rendit avec un clin d'œil. Le remerciant, elle repartit vers la cheminée, et ce n'est qu'en atterrissant chez elle qu'elle se rendit compte que la mallette était encore à côté de sa table à la bibliothèque, qu'elle avait perdu sa page, et que ce brin de jeune homme avait tenté de flirter – le charme de la Vélane, éluda-t-elle, mais tout de même.

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L'année de la mort de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, beaucoup de choses avaient changé. Et, le premier jour de la rentrée, Severus Rogue avait intégré l'école, sauvé, ou peut être enfermé, par son Directeur. Et, si le regard qu'Albus Dumbledore sur cet homme était confiant, quoiqu'encore peu amène, il était souvent seul dans cette disposition d'esprit. Il avait juré à ses collègues qu'on pouvait avoir confiance en cet homme. Ils avaient fait semblant d'y croire.

Elle-même avait confiance en Albus, mais elle éprouvé des difficultés à comprendre pourquoi il recueillait ici Severus Rogue. Elle se souvenait de l'adolescent malingre et malheureux, très doué, mais très renfermé. Et puis, elle savait ce qu'il avait fait, ensuite, du moins, un peu… Faiblesse, poids du groupe, conviction. Elle ne savait rien. Alors, quand elle l'avait vu remonter lentement l'allée du château, vers la grande entrée, ne portant qu'une légère valise noire, elle était restée sur l'immense porche, droite, à regarder approcher cette silhouette dont le visage froid semblait avoir pris plus de vingt ans. Il s'était arrêté brusquement, face à elle, avait oscillé du chef dans un salut qui semblait indiquer d'abord le respect puis avait relevé les yeux, et avait planté son regard dans le sien.

« - Professeur McGonagall.

- Entre collègues, nous nous appelons par notre prénom.

- Bien.

- Bienvenue, entrez, Severus. »

Et, incertaine encore de ce qui l'avait décidée à l'accueillir, elle le mena aux bureaux du professeur Dumbledore, auquel il savait bien aller de lui-même.

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Elle avait fini le livre, dans sa totalité. Pas une mention de Minerva McGonagall, pas une seule. Elle en était déçue, mais, finalement, simplement plus avide de lire les autres. Les deux autres livres qu'elle avait empruntés, eux, attendaient sur la table, en une courte pile, mais parfaitement droite. Ils ne faisaient pas la même taille, mais elle avait aligné la tranche de l'un et l'autre, et le coin inférieur droit. Elle jeta un œil à l'heure : 18h. Déjà ? elle avait passé tout ce temps à lire, vraiment ? était-ce possible…

Précipitamment, elle se leva, abandonnant tout dans un oubli presque total. Le reste de sa vie reprenait le pouvoir sur elle, de manière aussi inattendue que frappante ; et, comme un poids dans son cœur, un relent de souvenir, lui rappelait que quelque chose s'était ouvert à elle, depuis qu'elle avait trouvé ce petit carnet. Elle n'y avait pas retouché, et il lui avait fallu un peu de temps pour se décider à elle chercher des informations sur les gens qui étaient concernés. Mais il était 18h, elle était en retard, le repas ne serait jamais près. Jamais à temps. Elle se saisit de sa baguette, pointa sur les casseroles, alluma le feu tandis qu'elles se remplissaient d'eau, puis les posa sur le feu. De la main gauche, elle se saisit d'un tablier, tandis qu'avec sa baguette elle faisait sortir des placards ce dont elle avait besoin. Ce soir, rien de grandiose, elle aurait à peine le temps de faire bonne figure pour le retour de son époux.

« - Mon cœur, ça va, tu m'a l'air paniquée ? »

Elle sursauta brutalement, reconnaissant sa voix. Il était rentré en avance… elle s'immobilisa, les pâtes se déversant dans la casserole tombèrent brutalement, et elle eut à peine le temps de donner un mouvement de baguette pour sauver ce qui restait du paquet.

« - Tu m'as surprise ! répondit-elle en portant une main à son cœur. Mais non, ça va, je suis juste en retard, je n'ai pas vu le temps passer...

- Ce n'est pas grave, ne t'en fais pas, lui sourit-elle. »

Il s'approcha d'elle, elle sourit en retour ; mais il s'éloigna à nouveau. A peine avait-il effleuré son épaule du bout du doigt, qu'il était reparti. Poser ses affaires, se débarrasser de son manteau, peut être feuilleter le journal. Rien d'inhabituel, bien sûr : il y avait longtemps qu'il ne lui faisait pas de grandes démonstrations d'affection. D'ailleurs, c'était normal… un couple marié depuis longtemps perd un peu de ces habitudes d'amoureux transis. Mais un pic de regret s'empara d'elle, malgré tout. Elle revit le sourire du bibliothécaire, et sa manière de flirter sans y toucher. Oh, bien sûr, elle ne voulait rien à voir avec lui, seulement, voilà… un homme qui laissait entendre, même implicitement, qu'elle plaisait, il y avait longtemps qu'elle n'avait pas vécu ça. Etrange, n'est-ce pas ? avoir en soi encore un peu de sang de Vélane, mais ne pas savoir attirer un regard d'homme. Ne plus savoir, du moins. Elle n'était plus certaine de ce qui avait fait qu'elle avait cessé de voir les gens se retourner sur elle. Elle vieillissait, oui, vraiment.

« - Victoire, ça va, tu es certaine ? tu as l'air vraiment pensive. »

Il était revenu. Au froissement du papier, elle reconnut qu'il avait pris le journal. Depuis quand se sentait-elle si peu à l'aise autour de son mari ? depuis quand questionnait-elle tout ? Une envie de tout lancer, tout envoyer valdinguer, et faire quelque chose de stupide, lui traversa l'esprit. Elle se vit s'en aller, partir se promener. Ou peut être dire à son mari qu'elle en avait marre. Ou peut être se planter devant lui et ne pas le lâcher jusqu'à ce qu'il lui fasse l'amour comme au début, aux premiers temps. Elle secoua la tête, se retourna vers lui, sourit.

« - Je te jure que ça va. Assieds-toi au lieu de rester planté comme ça, se moqua-t-elle gentiment en le voyant au milieu de la pièce, comme mal-à-l'aise avec la Gazette du Sorcier à la main. »

Il le fit, mais elle le vit froncer des sourcils. Elle retourna pourtant à sa cuisine, hors de question de rater le repas en plus de tout ça, sa journée était assez bizarre comme cela. Le journal se froissa, mais vite elle n'entendit plus rien, ce qui, vraiment, n'était pas normal. Elle porta son regard sur lui : il était penché sur la table, comme cherchant à voir quelque chose.

« - Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- Tu empruntes des livres sur la Guerre ? demanda-t-il en fronçant les sourcils. Enfin, c'est bien une étiquette d'une bibliothèque, ça, non ? ajouta-t-il en se saisissant de l'ouvrage qu'elle venait de finir et était resté ouvert sur la table.

- Ah, euh… oui, avoua-t-elle, comme une enfant prise en faute. J'avais envie de m'informer…

- Mais enfin, tu sais déjà tout là-dessus non ! Je crois que ta famille, ma famille, c'est-à-dire la nôtre, a bien assez souffert de tout ça sans que…

- Ted ! baisse d'un ton, s'il-te-plait, ordonna-t-elle. »

Il la regarda, comme choqué. Pas qu'elle lui demande d'arrêter, non : il était très sensible sur la guerre. Sans doute n'avait-il jamais vraiment accepté le fait qu'il était orphelin, accepté ce que ses parents avaient faits, avaient été. Il y avait, au fond de lui, un peu de jalousie : envers tous ceux qui avaient connu ses parents, oui. Mais, surtout, il était jaloux d'eux. De leur talent, de leur force, de leur courage, de ce qu'ils avaient accompli. Qu'était-il, lui, avec son petit emploi de bureau et sa fille unique, son épouse bien rangée et… ? Ils étaient, l'un et l'autre, les premiers de leur famille, depuis quelques générations, à être banals au possible. A ne garder pour stigmates d'une grandeur passée que des noms, et des pouvoirs.

Sensible, oui, il y avait de quoi l'arrêter avant qu'il ne se mette en colère pour rien. Mais c'était autre chose ; c'était ce regard qu'elle avait eu, qu'elle avait encore. La puissance d'une volonté, d'un ordre qui venait du plus profond. Il avait réveillé quelque chose, ou peut être venait-il simplement de le remarquer. Comme un éveil, nouveau. Comme un éclair, brusque, qui, déjà s'évanouissait. Elle souriait, honnêtement, et dans ses yeux il n'y avait plus ce besoin de revanche, ou peut être simplement cette force, cette puissance harassante. Il ne dit rien, elle continuerait, d'elle-même.

« - Merci. Je comprends que tu aies du mal avec ça, je respecte. Mais j'aimerais que tu respectes que j'ai besoin d'en savoir plus, et différemment. Toutes les histoires, je les ai entendues, mais elles sont lointaines pour moi, et ce sont des histoires, pas l'Histoire. Tu comprends ? donc, voilà, si tu ne veux pas que je te parle de mes lectures, je comprendrais. Mais, s'il-te-plait, j'ai besoin de faire ça. »

Il acquiesça. D'ailleurs, ce qu'elle disait était partiellement vrai. Ca n'était pas pour cette raison là qu'elle avait commencé à lire tout cela, mais maintenant qu'elle y pensait, il y avait de cela aussi. Le besoin de se dégager de ce passé pesant, presque gluant, sur ses épaules. Ses parents, à elle, n'étaient pas les plus impliqués, mais avec Teddy, avec la famille Weasley, avec Harry Potter… comment y échapper ? elle avait fait une partie de ses études en France, elle en était soulagée. A l'époque, à Poudlard, s'appeler Weasley, Potter, ou même Lupin d'ailleurs, ça n'était pas facile. Pas parce qu'on vous brimait, bien sûr : seulement parce que, quoiqu'il arrive, quoique vous fassiez, quelqu'un vous suivait, s'en souvenait. C'était un peu, avait dit Hermione Weasley en se plaignant, comme une Rita Skeeter toujours à vos trousses. De ce qu'elle en savait, elle avait eu de la chance de ne pas trop le subir.

Il se leva, replia le journal, puis se tourna vers elle :

« - Je les pose où, pour qu'on puisse manger ? sourit-il.

- Euh, sur le bahut, s'il-te-plait ? »

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Teddy dormait. Il souriait, dans son sommeil, gentiment, calme, le visage tourné vers elle. Il avait une respiration si calme, si reposée, elle savait que dans ces moments-là, rien ne pourrait le réveiller : pas la pleine lune qui éclairait de son halo translucide le mur de la chambre, bien sûr, mais une lumière plus forte, du bruit… il continuerait à dormir. Elle l'avait toujours envié pour cette capacité à tomber dans le sommeil sans retenue. Cela devait faire une demi-heure qu'il dormait, elle non. Elle s'était un peu redressée, l'avait regardé dormir. Puis l'idée était venue, la faisant d'abord sourire, simplement. Et puis elle s'était dit que oui, voyons, après tout…

Lentement, elle repoussa la couverture, et passa ses pieds par-dessus le lit, les posa au sol. Elle frissonna : sa chemise de nuit n'était pas bien épaisse, et puis le sol était frais. Cela se sentait, le mois de septembre était définitivement là. Elle se leva pourtant, précautionneusement, avec une attention presque méticuleuse à chacun de ses gestes, au plissement de couvertures et aux remous du matelas. Finalement, elle partit à toute allure, sur la pointe des pieds, jusqu'à la grande salle à manger-salon. Arrivée au bahut, elle se saisit du premier livre de la pile, sans même vérifier duquel il s'agissait, et revint jusqu'au lit, étouffant un éternuement qui menaçait de la prendre de court : décidément, il serait temps de s'habiller plus chaudement, nota-t-elle en se glissant rapidement dans les couvertures, savourant silencieusement la chaleur humaine qui y était conservée.

Le livre était toujours dans sa main, elle le posa sur ses genoux, au-dessus des draps bien sûr, qu'elle remonta un peu pour qu'ils atteignent ses épaules sans avoir à s'allonger d'avantage. Teddy dormait toujours. C'était l'ouvrage sur l'Ordre. Elle l'ouvrit, feuilleta les pages du début et de la fin, avant de trouver la table des matières, puis passa sur les chapitres. Ils étaient au nombre de quatre, agrémentés de sous-parties : Genèse et fondation ; Première Guerre : pertes et fracas ; Deuxième Guerre : renaissance difficile ; Acteurs, moteurs, chronique d'une résistance. Après un moment d'hésitation, elle décida de commencer au début : tant qu'elle y était, autant en apprendre davantage. D'autant que, fort probablement, Minerva McGonagall aurait à voir avec la première Guerre comme la seconde. Et, à la fin de la première partie, elle ferma le livre à regret et, étouffant un bâillement pesant, éteint la lumière de sa baguette et s'allongea complètement. Près de 2h du matin… elle ne s'était pas couchée à cette heure-là depuis longtemps !

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« - Déjà ? c'est un plaisir de vous revoir, mais si tôt… ? »

Le jeune homme semblait vraiment étonné, elle se contenta de lui sourire, presque fautive. Ca faisait pourtant bien une semaine, elle n'avait emprunté que trois livres, il n'y avait rien de choquant à venir en chercher de nouveaux et rendre ceux-ci, non ? Apparemment, si…

Face à elle, le même bibliothécaire que lors de sa première visite, un jeune homme d'une petite trentaine d'années, avec un sourire insouciant mais un peu moqueur, pas très grand, plus petit qu'elle d'ailleurs… elle en talons du moins. Elle se sentait plus sûre d'elle-même, dans cet endroit, comme si avoir lu trois ouvrages en une semaine, et en avoir empruntés quelques uns, lui donnait une forme de noblesse. Ou, tout simplement, de légitimité dans ce lieu : comme si elle était entrée dans la secte de ces gens qui passent des heures penchés sur des grimoires, qui griffonnent des citations dans un carnet, à qui l'on peut parler culture sans les ennuyer. Quelque part, même si elle n'avait vraiment rien lu de savant, que ça n'était jamais que de l'initiation pour néophyte et que, à son âge, c'était finalement assez ridicule, elle avait la sensation d'avoir franchi une étape, d'avoir monté en grade. A vrai dire, elle avait raison… mais le choc n'avait pas eu lieu avec la lecture des livres, il avait eu lieu avec la décision de les lire.

« - J'ai fini de les lire, pourquoi attendre ? répondit-elle avec un sourire.

- Bien sûr ! vous êtes une lectrice alerte, complimenta-t-il…

- Oh, pas vraiment…, rougit-elle légèrement. »

Des compliments sur sa beauté, elle en avait eu, cela oui. Et, plus tard, sur sa cuisine. Mais, vraiment, des compliments sur sa lecture… jamais. Avec un mouvement d'humeur, elle réprima le rougissement et se força à ne pas baisser les yeux. Elle n'avait plus 15 ans pour l'amour de Merlin ! Elle qui venait de faire un pas en avant, elle avait l'impression d'enchainer sur trois pas en arrière… ridicule.

« - Pourquoi cela ? demanda-t-il avec un sourire. Il semblait avoir envie de faire la conversation…

- A vrai dire, je n'ai sans doute pas autant lu que depuis mes années d'école. Je ne suis pas une vraie lectrice, moi.

- Poudlard, ça n'est pas si loin, non ? badina-t-il. Excusez-moi, c'est indiscret, se reprit-il… Vous empruntez quelque chose d'autre, ou non ?

- Oui, je pense… je vais faire un tour dans les rayons, déclara-t-elle avant de s'en aller presque précipitamment. »

Tout cela la mettait mal-à-l'aise. Bien sûr, ça n'avait rien de coupable, vraiment, ça n'était pas comme s'il lui faisait vraiment la cour, ça n'était pas comme si elle envisageait vraiment… Mais voilà, ce genre de conversation, en demi-ton, un peu badin, c'était inhabituel. Nouveau. C'était les conversations d'une femme libre, cultivée, drôle, intelligente, séduisante : ça n'était pas elle, plus elle en tous cas. En allongeant le pas, elle alla immédiatement au rayon sur la guerre et le scanna : le livre qui était effectivement sur Lord Voldemort était revenu, mais elle n'en voulait pas. Celui des mangemorts et aurors, en revanche, fut rapidement récupéré, et avec lui l'ouvrage sur les adolescents dans la guerre, qu'elle avait aussi laissé de côté à sa première visite. Maintenant qu'elle avait rapidement balayé les faits, elle était avide d'autres informations.

Là-dedans, elle était certaine de ne rien trouver sur Minerva McGonagall. Peut être sur Severus Rogue, cela dit… mais, elle avait été très étonné de combien sporadiques étaient les informations sur ce dernier, dans tout ce qu'elle avait lu jusqu'ici. Concernant l'ancienne directrice adjointe, bien sûr, cela prenait sens ; mais lui, elle savait qu'il avait été un pilier, le point marquant, de toute la réussite de ce combat. Alors, pourquoi ? Elle verrait bien, après tout… Balayant à nouveau l'étagère du regard, elle se trouva déçue de ne rien voir qui parlerait de l'un ou l'autre de ces personnages : si elle s'intéressait à Minerva McGonagall, elle avait bien compris que la clé du mystère pourrait, peut être, s'ouvrir par l'autre côté. Mais ce côté-là, malheureusement, restait lui aussi hermétique… apparemment.

Revenant vers le petit accueil, elle dût attendre que, devant elle, un Monsieur très sérieux portant une étrange cape de couleur grenat, et très maniéré dans ses façons, s'en aille avec une dizaine d'ouvrages qui semblaient tous partir en morceaux. Elle ne put s'empêcher de sourire à cet étrange énergumène, qui pourtant lui semblait presque familier, et tendit ses livres au jeune homme sans cesser de le suivre des yeux jusqu'à la cheminée.

« - Il me faudrait votre carte, lui dit-il, la faisant sursauter.

- Ah, oui, tenez, répondit-elle brusquement sortie de sa contemplation et se mettant à fouiller dans ses poches. D'ailleurs, j'avais oublié ma mallette la dernière fois, l'auriez-vous récupérée ? finit-elle en tendant le papier en question.

- Donnez-moi un instant, je vais vous la chercher. C'est que, éternua-t-il, je l'avais sortie pour vous la rendre, mais M. Scamander et ses vieux registres m'ont mis de la poussière partout.

- Scamander ? demanda-t-elle, en fronçant les sourcils.

- Oui, oui, le naturaliste… lui et son épouse ont commencé une étude sur les Ronflaks je crois… incroyable qu'ils aient réussi à prouver que ces bestioles existent ! rit-il.

- Luna ! s'exclama Victoire s'en même se rendre compte qu'elle avait cessé d'écouter à partir du mot Ronflaks. Il y a longtemps que je ne l'ai pas vue…

- Vous connaissez Mme Scamander personnellement ? interrogea-t-il, avec un air gêné devant tant de curiosité.

- Pas très bien, je l'ai vue quelques fois. Des amis de ma famille… j'ai une famille plutôt étendue, sourit-elle en pensant à part à l'euphémisme qu'elle était en train de faire. »

Il y eut un étrange silence. Elle réalisait soudain à nouveau à quel point elle connaissait de gens qui étaient, ou qui avait été, célèbres. Bien sûr, ces choses-là s'oubliaient, avec le temps, et un nom redevenait un simple nom. Il ne lui était jamais venu à l'idée, du moins pas depuis au moins vingt ans, que Luna Scamander, c'est-à-dire Luna Lovegood – enfant, elle l'avait un peu connue sous ce nom – était quelqu'un dont il était rare d'avoir une connaissance d'ordre personnel. Quant au jeune homme, il semblait très concentré sur ce qu'il faisait, qui, d'ailleurs, prenait bien plus de temps que d'ordinaire.

« - Tenez, finit-il par dire en lui tendant d'abord sa mallette, puis les deux livres et la carte.

- Merci, répondit-elle, prête à partir.

- Excusez-moi… la retint-il. Je suis désolé d'être aussi curieux, mais j'aimerais vous demander…

- Oui ?

- Je n'avais pas remarqué votre nom, la dernière fois. Lupin ? c'est de la famille de Remus et Nymphadora Lupin ?

- Oh, pas moi, mon mari, répondit-il gentiment. Elle avait perdu l'habitude de ce genre de questions et de ce ton un peu atterré. Les gens qu'elle connaissait savaient, maintenant, ou bien s'en fichaient.

- C'est un honneur, répondit-il, un sourire béat soudain plaqué sur le visage. Je… ma mère adorait Remus Lupin. Enfin, moins qu'Harry Potter, là c'était vraiment un béguin prononcé, mais, voyez, c'est le meilleur professeur de sa vie m'a-t-elle toujours dit. Et puis, je… je me suis beaucoup intéressée à l'histoire de la guerre à une époque. Enfin… excusez-moi, je me rends ridicule.

- Il n'y a pas de raison, vous savez, ça s'est un peu arrêté avec le temps, mais s'appeler Weasley et épouser un Lupin, ça vous apprend à susciter ce genre de réaction, répondit-elle avec un ton rassurant. Mais, vous avez dit avoir fait des recherches… précises ? Parce qu'ici, il n'y a pas grand-chose…

- Il y a les archives ici et…, il venait de voir la pendule, derrière elle, et s'interrompit brutalement. Merlin ! je suis en retard j'ai rendez-vous avec le patron. Excusez-moi, je dois… Si vous voulez, je vous expliquerai quand vous rendrez ceux-ci, d'accord ?

- D'accord, sourit-il devant ses mouvements agités et nerveux. C'était un plaisir en tout cas, se risqua-t-elle.

- Moi de même. Mircea Vane, d'ailleurs, salua-t-il avec un mouvement de main, comme militaire, avant de détaler à toute allure vers ce qui devait être une pièce menant aux réserves et où se trouvait le directeur. »

Elle resta là, un instant, avec sa mallette vide et ses deux livres à la main, en souriant devant l'enfantillage de ce geste. Elle se sentait jeune, éveillée, avec une sorte d'envie de vivre, de découvrir, de savoir. Elle se sentait vraiment moins stupide ; et puis peut-être lui apporterait-il un moyen de mettre la main sur de véritables informations. C'était un bon début, vraiment.