Bonjour à tous !
Et oui, un nouveau chapitre : j'ai tenu mon délai de 2 semaines, ça risque d'être 3 semaines pour la suite, et je ne sais pas quand après !
J'espère que cela vous plaira, en tout cas : comme vous l'avez deviné, nous entrons un peu plus complètement dans le vif du sujet. Je ne vais pas trop vous raconter ma vie, si ce n'est pour confirmer que je suis assez contente avec mes études (enfin, à peu près hein) mais que ça va vraiment me prendre MUCH time maintenant ! Et euh... voilà !
Merci à vous tous, chers lecteurs ! De me lire, de me dire ce que vous en pensez : n'hésitez jamais à reviewer ! Et, de plus, merci tout particulier à LyssHeap, Sorcière d'Emeraude et Mailoan pour le chapitre précédent !
Bien à vous !
Disclaimer : Je ne possède rien... Enfin, pas le monde, pas le nom des personnages, et les 2/3 d'entres eux existent déjà dans la saga. Donc, oui, je ne suis pas richissime, et je n'ai pas une inspiration si sublime ! Dommage !
Résumé : Victoire Lupin, la quarantaine, voit sa fille partir vivre sa vie. Et ce jour là, elle met la main sur un petit carnet qui, visiblement, n'a rien à faire là. Un petit carnet qu'elle va chercher à déchiffrer, et à comprendre, et qui va lui permettre de prendre un nouveau départ dans sa vie alors qu'elle découvre laborieusement la vie et la personne de Minerva McGonagall. Retrouver un rôle de femme en découvrant la vie d'une autre femme. Quête et découverte de soi, ce récit est le parcours de deux histoires qui s'entremêlent à plus de 40 ans d'intervalle.
Je vous souhaite une excellente lecture !
Bergère.
Chapitre 3 : Progresser.
Minerva McGonagall.
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Nom : McGonagall.
Nom de jeune fille (si différent du précédent) : néant.
Prénom(s) : Minerva Moira.
Date de naissance : 4 octobre 1924.
Lieu de Naissance : Auchmore, Ecosse, Royaume-Uni.
Père : Bruce McGonagall.
Profession du Père : Auror.
Mère : Moira McGonagall – née O'Bryan.
Profession de la mère : non-renseigné.
Taille : 5,7 pieds.
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Prenant une grande inspiration, Victoire se prépara à tourner la page. Ce qu'elle venait de lire ne s'était absolument pas imprimé dans son esprit, elle avait la sensation que les informations étaient passées au-dessus d'elle, frappant sur ses prunelles et retombant intouchées sur le papier. Non, elle ne s'y prenait pas bien. Il fallait qu'elle se calme, se morigéna-t-elle en constatant qu'elle était fébrile, ça ne lui servirait à rien d'être dans cet état. A son âge, on était bien capable de dominer ce genre d'émotions.
Alors, se relevant, elle alla poser son sac à main dans sa chambre et alla jusqu'à en sortir la boite de la robe et la mettre dans un placard, puis se débarrassa de son manteau, se déchaussa, enfila une paire de pantoufles, et poussa un long soupir de contentement : tout allait mieux, maintenant, elle redescendait sur terre et se trouvait plus à même de lire cela à tête reposée, de manière constructive, aussi. Alors, pour parfaire cette prise de contrôle d'elle-même, elle se dirigea d'un pas léger vers la cuisine et de quelques coups de baguette mit de l'eau à bouillir, et se prépara rapidement une tasse d'infusion à la verveine.
Et, forte du calme – non-feint, vraiment – auquel elle était parvenu, elle revint s'assoir, arrangea à nouveau le dossier, bien droit, et balaya rapidement du regard la page qu'elle avait lu. Elle n'y avait pas appris grand-chose, seulement la personne prenait de la profondeur. Et puis, sur le coin gauche, était épinglée une photographie.
Elle datait, prise pour les 17 ans de la jeune femme visiblement, à une époque où il fallait vraisemblablement en passer par là pour être inscrit comme adulte au registre. Elle observa l'image qui bougeait à peine, bien sûr, parce que bien que magique ça restait une photo d'identité : le temps lui avait donné une coloration sépia, on distinguait à peine les couleurs qui devaient n'avoir été que faiblement marquées de toute manière. Elle avait les cheveux presque noirs, visiblement, longs, serrés dans un chignon qui se défaisait un peu. Son sourire était figé, mal-à-l'aise face à l'appareil. Ses yeux n'étaient pas noirs ou marrons, elle en était sûre, probablement verts… mais c'était dur à définir, avec la patine du temps. Par contre, ils avaient une puissance de regard qui, même à travers la photo, vous donnait la sensation de quelqu'un d'engagé, de combattif, de puissant.
Son visage était fin, ses traits marqués, son nez saillant et élégant. C'était une femme sans doute belle, oui, même si ce n'était pas le premier mot qui vous venait à l'idée en voyant cette petite image vieillie. Le mot qui venait à Victoire, du moins, c'était puissance. Elle imposait le respect, à cet âge déjà. Que cela avait-il dû être des années plus tard, du temps où son beau-père, et puis plus tard son père, et encore après Harry, Hermione, Ronald, avaient été en classe face à elle ? D'autant que la fiche indiquait qu'elle était grande. Sans doute fine.
En lisant, elle se rendait compte qu'elle n'avait jamais eu de véritable représentation de Minerva McGonagall. Et elle se rendait compte aussi, soulagée finalement, que cette image, bien réelle et palpable, lui convenait ; qu'elle n'était pas gênée face à ce visage sérieux et ces yeux inquisiteurs. Alors, enfin, elle tourna la page : venait une page glissée, d'un papier plus clair, et qui n'était pas reliée au reste.
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Fiche Animagus.
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Enregistrement comme animagus à la date du 15 février 1947.
Apprentissage effectué auprès du professeur Albus Dumbledore.
Forme : Chat.
Caractéristique(s) : Tigré. Traces noires autour des yeux, correspondant à des lunettes.
Informations complémentaires : néant.
Approuvé par Monsieur le Ministre,
Et Monsieur de Sous-secrétaire aux Affaires magiques.
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Un animagus ? Vraiment ? Elle n'en avait jamais entendu parler… ils étaient pourtant si peu à l'être ! Enfin, officiellement ; car elle avait appris très jeune qu'être animagus non déclaré avait été, pendant un temps, tout à fait courant.
Mais que Minerva McGonagall ait été un animagus, elle ne l'avait jamais su. Pourquoi l'aurait-elle su, cela dit ? D'ailleurs, en y repensant, elle se souvenait d'Hermione Granger – celle-là même qu'elle n'osait pas aller voir – racontant son premier cours de métamorphose, dans lequel le professeur les attendait sous la forme d'un chat… Si elle avait cherché dans sa mémoire, relié les éléments et les souvenirs, elle s'en serait probablement rendue compte plus tôt. Mais elle n'avait eu aucune raison de le faire. Etonnement, d'ailleurs, elle ne se sentait pas véritablement surprise d'apprendre cela : l'information s'agrégeait aux autres sans faire de façons, sans résister ou faire d'éclat. Elle retourna la page et la reposa de l'autre côté. La suite était son cursus.
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Cursus scolaire.
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1936-1943 : Etudiante à l'école de sorcellerie Poudlard.
Information renseignée : Excellente élève, assidue.
Obtient 10 BUSE, dont Métamorphoses, Histoire de la Magie, Défense contre les Forces du Mal et Arithmancie avec mention Optimal.
Obtient 5 ASPIC, sus nommés Métamorphoses, Histoire de la Magie, Défense contre les Forces du Mal, Arithmancie et Potions ; dont Métamorphoses et Défense contre les Forces de la Magie avec mention Optimal.
Préfète puis Préfète-en-Chef.
Appartenant à la maison Gryffondor.
1942-1947 : Formation d'animagus auprès du Professeur Albus Dumbledore.
1942-1945 : Etudes à l'Université Supérieure des Magies Académiques. Section Métamorphoses, option seconde de Défense contre les Forces du Mal. Diplôme de Licence magique, mention Effort Exceptionnel.
1945-1948 : Poursuites d'études à l'Université Supérieure des Magies Académiques. Obtention d'un diplôme de Maîtresse en Métamorphoses, mention Félicitations du Jury.
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Cursus Professionnel.
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1948 : 6 mois de stages à l'hôpital Sainte-Mangouste, en qualité d'assistance au service des transformations involontaires.
1949-1951 : Employée 2 ans au Ministère de la Magie, Département des Sports magiques. Chargée d'organisation des coupes de Quidditch.
1952-1955 : Employée 4 ans au Département des Mystères. Information complémentaire non-autorisée.
1956-1998 : Professeure à l'école de Sorcellerie Poudlard, chargée de la Métamorphose.
Dates suivantes non informées.
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Prenant une longue gorgée de l'infusion qui commençait à se faire tiède, elle fronça les sourcils, et regarda autour d'elle, comme si elle était susceptible d'y trouver une explication. Le parcours était pour le moins éclectique : scolairement, la cohérence se faisait, bien sûr. Et on décelait une excellence, ce qu'elle avait toujours intuitivement su. Mais la suite se perdait, comme un tricot qui se défait, dont les fils s'éparpillent, s'emmêlent, tant et si bien qu'on ne parvient plus à savoir s'il s'agissait d'un cardigan ou de moufles. C'était insensé, du Quidditch à l'enseignement ! Ce qui l'intriguait, pourtant, c'était ce passage au Département des Mystères. Elle savait, par Teddy notamment, que les affaires y étaient restés aussi secrètes qu'avant-guerre, et elle pouvait en déduire qu'elle ne saurait jamais ce que celle qui allait devenir l'enseignante la plus connue de plusieurs générations y avait fait.
Cette absence de savoir, ce voile de silence déjà posé avant même qu'elle ne commence à chercher, l'agaçait. Le vide lui était déjà présent, cette bulle inatteignable. Jamais, bien sûr, elle ne pourrait tout reconstituer. Et elle le savait, depuis le début. Mais chaque parcelle d'ombre définitive était déplaisante. Elle reprit sa lecture, mais les papiers suivants avaient beaucoup moins d'importance : double de ses diplômes d'Aspic, de Buse, d'université. Double de l'enregistrement d'animagus qui était déjà dans le dossier. Et puis, un exemplaire pour chacun de ses emplois, le permis officiel de transplanage, tous ces papiers officiels que l'on perd chez soi, et qui sont conservés par les autorités. Enfin, elle parvint à quelque chose de plus intéressant : un Ordre du Mérite décerné pour Grands Services à la Communauté.
Regardant la date, elle constata que cela correspondait à la Première Guerre. Ainsi donc, elle avait été… oui, elle aurait dû s'en douter, cela dit. Cela faisait sens. Mais de là à recevoir un prix. Cette femme avait du cran, oui, et des capacités, son cursus le prouvait. Et puis, si proche d'Albus Dumbledore, comment aurait-elle pu ne pas être engagée dans un combat contre Lord Voldemort ? Pourtant, ce papier officiel, avec sa bordure dorée, avait quelque chose d'impressionnant : elle se sentait petite. Elle qui, pourtant, avait été bercée par des héros de guerre, et avait écouté des comptines racontées par quelqu'un qui avait l'Ordre de Merlin Première Classe.
Une preuve de plus, pensa-t-elle pour elle-même, que les choses en elles-mêmes n'ont aucune valeur. Qu'elles ne deviennent superbes, impressionnantes, ridicules, que si on leur en laisse l'occasion. Il fallait se laisser atteindre : tout était impressionnant, émouvant, grandiose. Tout pouvait l'être. Tenant du bout des doigts la récompense officielle, elle prit conscience que cet intérêt pour Minerva McGonagall, ce rapport distant à un carnet qu'elle n'avait pas encore lu, c'était un choix. Inconscient, qui la dépassait, oui. Mais un choix ! la décision de se laisser emporter, intéresser, parce que le papier, parce que le nom, avaient forcé son attention. Comme une personne pouvait le faire. Comme Teddy l'avait fait, des années plus tôt. Comme Mircea Vane l'avait fait aussi, à sa manière, ces jours derniers. Mais le charme, la magie, tout cela n'opérait que parce qu'elle laissait faire. Parce qu'elle avait accepté le sourire, parce qu'elle avait continué la conversation. Parce qu'elle avait décidé que ce carnet était intéressant.
Etrange découverte, vraiment. Elle n'avait pas l'habitude de telles réflexions : c'était pourtant si naturel. Si vrai… Comment cela ne lui avait-il pas sauté aux yeux plus tôt ? Que l'on choisit de se passionner, parfois sans s'en rendre compte. Surtout sans s'en rendre compte ! C'était limpide. Elle se sentit sourire alors qu'elle reposait le papier, fière de cette constatation sans conséquence, mais qui la rassérénait.
Après cela, un rapport de service mentionnant une attitude exemplaire. Puis, changeant d'époque, un dossier estampillé dans le coin gauche d'un sigle rose : une grande photographie de Minerva McGonagall, au moins 50 ans après la première. Son nom, et visiblement un court dossier. Et, dessus, l'inscription tamponnée 'A éliminer'. Fronçant vivement les sourcils, elle balaya vivement des yeux les quelques pages – qui reproduisaient un certain nombre des informations qu'elle avait, ainsi que la mention de son allégeance à Dumbledore, et quelques accusations sans queue ni tête – jusqu'à tomber sur D.O. et comprendre qu'il s'agissait d'un dossier ayant appartenu à Dolores Ombrage. Tout s'expliquait.
Elle souffla bruyamment, découvrant qu'un peu de la tension lui était revenu, comme si elle avait eu peur en découvrant ces papiers. Comme si elle avait craint qu'on ne lui détruise son image. Mais l'angoisse larvée s'en allait, se dénouait en elle, et elle referma le sous-dossier pour observer l'image qui était plus claire et colorée, plus facile à observer malgré les larges traces du tampon. Le visage était vieilli, ridé. Si reconnaissable pourtant. Elle ne semblait pas affaiblie, presque plus forte. On lui voyait le buste, la tenue noire, sobre. Mais surtout, ce même chignon, à peine plus serré. Et ce regard, qu'amplifiaient les lèvres plissées et le nez noble. Un regard si puissant, plus encore que dans sa jeunesse. Elle comprenait, soudain, de manière plus virulente encore, le respect qu'avait pu inspirer cette femme fine et sévère, dont le chignon et les lunettes semblaient n'être qu'un prolongement naturel.
La tasse était vide, il ne restait que quelques pages. Elle hésita pourtant à faire chauffer de l'eau à nouveau, presque comme si elle avait voulu échapper à ce qu'elle apprenait. Pourtant elle y revint. Les deux feuilles suivantes étaient des documents au sujet de programmes et de salaires. Puis, la confirmation de sa nomination à la tête de Poudlard. Et enfin, dernier papier, qui lui non plus n'était pas relié à l'ensemble du dossier : le certificat de décès. Un papier qui avait visiblement été ajouté à la vas-vite. Elle le contempla, comme surprise, choquée. C'était un document juridique, froid, factuel. Date, heure, cause du décès. Signature d'un médecin. Et voilà… le dossier se finissait.
Lentement, elle referma le carton qui formait la couverture extérieure, puis laissa courir ses doigts sur la matière rigide. Voilà, elle avait le cursus. Et la photographie. Pourtant, elle se rendait compte que l'image qui restait dans le creux de son imagination, alors qu'elle réfléchissait, ça n'était pas exactement celle qu'elle avait observé sur les photographies : elle continuait à inventer, et dans le port de la tête, dans la noirceur des cheveux et la noblesse du front que lui présentaient ses pensées, il y avait quelque chose que les photos ne montraient pas. Ne montreraient jamais, parce que c'était son dessin d'un modèle, pas de la réalité. Attrapant les autres documents, elle les posa sur celui qu'elle venait de finir et amena l'ensemble jusqu'au bahut. Puis, jetant un œil à l'heure, elle se dirigea vers le plan de travail pour préparer son plat : elle jetterait un œil à la nouvelle histoire de Poudlard lorsque le poulet pour ce soir serait au four, tout en grignotant un petit quelque chose.
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« - Alors mon cœur, bonne journée ?
- Ah ça, oui ! s'était exclamé Teddy en entrant d'un pas qu'elle entendit comme était conquérant.
- Quoi, les Dawson ne se séparent finalement pas, et du coup il vous a amené des chocolats ? rit-elle en s'essuyant les mains sur le tablier avant de se retourner.
- A vrai dire, non ! Mieux…
- Mieux ? Des camélias, tu ne… ? s'exclama-t-elle en le voyant, arborant un sourire enchanteur, avec un grand bouquet à la main…
- J'ai été augmenté. Mais, surtout, j'ai envie de t'inviter au restaurant ce soir !
- Mais le repas…
- Vic', s'il-te-plait, tu peux bien le mettre de côté. S'il-te-plait ! Il y a tellement longtemps qu'on n'est pas allés au restaurant tous les deux…
- D'accord, concéda-t-elle, abandonnant au lendemain la volaille qui avait mijoté des heures.
- Va te faire belle…
- Je suis toujours belle, Ted, se moqua-t-elle.
- Arrêtes, tu sais bien que ça n'est pas ce que je voulais dire… Mais tu es encore plus belle autrement… »
Elle avait enfilé une robe noire, raisonnablement longue et raisonnablement décolletée, et une paire d'escarpins. Elle s'était drapée d'une large cape, avait pris son sac, et s'était contentée d'un léger maquillage. Teddy était resté dans la salle à manger, et en revenant elle l'avait trouvé faisant léviter les fleurs dans un large vase qui n'avait pas été utilisé depuis des mois. Que lui prenait-il ? elle n'en savait rien… Mais elle comptait bien profiter de ce moment, ne plus le laisser s'échapper. Parce que, et l'idée lui venant elle la trouva étrangement naturelle, la quête qu'elle entreprenait avec l'histoire, c'était aussi celle de son mariage. Parce qu'elle l'aimait, l'homme qui lui faisait face avec des cheveux soudains plus bleus que d'ordinaire ; et parce que le sommeil qui avait commencé à tomber sur leur couple, elle s'en rendait compte, aurait pu être dangereux. Mais, aujourd'hui, elle en avait l'intime conviction, ils étaient sur la bonne voie.
Il avait fini de faire voler le bouquet à travers la pièce, et c'était maintenant le vase accompagné des fleurs qui revenaient vers la table de la salle à manger et qu'il déposa en son centre, sur un napperon qu'elle ne se souvenait pas avoir déjà vu. C'était de très belles fleurs, d'un rose un peu crémeux, comme chaleureux, dont les pétales à peine entrouverts encore laissaient entendre qu'elle pourrait les conserver plusieurs jours et les observer fleurir, s'ouvrir. Telle une femme qui bourgeonne et devient mûre, véritablement belle.
« - Elles te plaisent ?
- Beaucoup, sourit-elle, sa pensée encore sur cette idée de floraison.
- Alors viens. »
Elle l'avait suivi, jusqu'à la porte, qui s'était refermée d'elle-même avec un lent craquement de serrure, suivi d'un tremblement flouté – les charmes de protection – et lui saisissant la main, Teddy avait transplané. L'atterrissage était un peu lourd, mais avec l'habitude qu'elle avait, elle parvint à rester sur ses deux pieds, talons intacts et sans trembler. A côté d'elle, son époux secoua la tête comme pour reprendre ses esprits. Ils étaient sur le Chemin de Traverse, très près de Gringotts.
Il faisait très gris : de lourds nuages menaçaient de pluie, avec leur pesant roulement, leurs volutes. L'automne était bien là. Mais cette grisaille était pourtant peu perceptible à qui n'avait pas l'habitude de jeter un œil craintif à la couleur du ciel dès qu'il mettait un pied dehors : il faisait nuit, déjà. Une nuit encore claire, entre les nuages, teintée de bleue et d'étoiles. L'atmosphère avait quelque chose d'exhilarant, et en inspirant puissamment l'air froid, humide, elle se sentit frissonner d'une forme de plaisir. Comme une poussée d'adrénaline qui lui aurait parcouru les veines, bouleversé les sens.
« - Ca va ?
- Ca va très bien, ne t'en fais pas ! On va où ?
- Aucune idée, rit-il à son côté, lui lâchant la main, mais elle lui saisit le bras presque instantanément. Envie de quoi ?
- De faire les 400 coups, répondit-elle en le suivant dans ce rire joyeux. Mais avant ça, je propose de manger quand même…
- Je demandais où manger, à vrai dire, Vic, répliqua-t-il en haussant un sourcil faussement moqueur.
- Là ! s'exclama-t-elle en désignant un petit bar-café sans prétention, juste à côté d'elle.
- Chez Florian Fortarôme ? demanda-t-il en fronçant les sourcils. Depuis que son fils a repris l'affaire, il paraît que c'est moins bien…
- On s'en fiche, viens !
- Je viens…, avait-il soufflé en souriant. »
Et il l'avait suivie jusqu'à la petite terrasse vide. Elle sentait, derrière elle, le regard amusé de son époux. Amusé, mais content, elle le sentait aussi. Elle n'avait rien à dire, d'ailleurs, elle-même avait la sensation d'avoir perdu au moins 10 ans depuis qu'ils avaient atterris sur le Chemin de Traverse. Et elle comptait bien en profiter. Traversant l'allée entre les tables blanches, elle atteint la porte qu'elle poussa d'un mouvement résolu, pénétrant dans un petit café presque vide, à l'ambiance proche de la cantine. Sans attendre que quelqu'un vienne l'accueillir, elle balaya la salle du regard et se choisit une petite table pour deux, près de la fenêtre. Alors, dégrafant sa cape, elle s'assit, posa sac et lourd tissu d'hiver sur le rebord de la fenêtre, et attendit que Teddy s'asseye à son tour.
« - Qu'est-ce qui t'arrive aujourd'hui ? Tu es…
- Je suis quoi ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils, une partie de son enthousiasme retombant brutalement.
- Je ne sais pas. Différente. Comme plus alerte, plus jeune… Non, pas tout à fait. Tu rayonnes, tout simplement. Et ça fait plaisir à voir.
- Oh, je ne…, balbutia-t-elle en souriant malgré elle. J'avance dans mes recherches, et je réfléchis beaucoup en ce moment. Je trouve ça… épanouissant.
- Tant mieux, alors, avait-il répondu, gentiment, en lui prenant la main comme s'il avait voulu la consoler.
- Mais passons ! raconte-moi donc cette histoire d'augmentation, et choisis-toi quelque chose à manger ! »
En face d'elle, le sourire de Teddy Lupin s'était allongé, élargi, et ses yeux pétillants avaient oscillé vers un bleu presque turquoise, brillant, joyeux. Il semblait fier de lui, et heureux. Et il avait bien raison de l'être, elle en était certaine. Lui aussi semblait plus jeune, plus éveillé… mais c'était peut être parce qu'elle le regardait différemment aujourd'hui. Ou qu'elle le regardait vraiment, elle n'en était plus sûre.
Il lui raconta : la conversation avec Dawson, qui avait besoin de quelqu'un de confiance pour traiter un dossier spécifique. Comment il avait fait ça, et comment, alors qu'il ne changeait pas de travail, il avait changé de titre, donc de statut, et avec de salaire. Il lui raconta la conversation, elle le sentait content, avec un peu de cet orgueil mâle de pourvoir très confortablement au bien de sa famille ; et il y avait aussi la satisfaction professionnel. Elle sentait presque, en le regardant, l'expression satisfaite et approbatrice de son patron sur lui, comme si elle avait laissé une trace.
Pendant ce récit, ils avaient mangé des sandwichs un peu caoutchouteux mais somme tout acceptables, arrosés de jus de citrouille et d'un verre de vin. Pour rien au monde elle n'aurait échangé ce morceau de jambon entre deux tranches de pain contre son poulet cuit à point, si c'avait été pour retrouver l'air morose qu'il y avait souvent, dans leurs repas silencieux en tête-à-tête. Ici soufflait comme un soupçon de bonheur.
« - Et toi, alors, tes recherches ?
- Je croyais que tu ne voulais pas que je t'en parle…, avait-elle murmuré, les yeux plissés d'étonnement.
- Le contenu, je ne suis pas encore capable, mais l'avancement général, ça m'intéresse…
- Sûr ?
- Certain, allez, avant que je ne change d'avis ! avait-il ri en la regardant.
- Sur la Guerre, j'ai fait un balayage rapide. Mais je cherche surtout sur Minerva McGonagall, et Severus Rogue, à vrai dire. Et là, ça coince, il n'y a rien ou presque !
- Comment ça ? demanda Teddy en fronçant les sourcils.
- J'ai fait la connaissance d'un bibliothécaire, et nous en avons un peu discuté : il n'y a pas d'ouvrage véritable sur l'un ou l'autre. Va savoir pourquoi… Mais il m'a dégoté des articles, un dossier qui je ne sors de je ne sais trop où, et puis la toute nouvelle édition de l'Histoire de Poudlard.
- L'Histoire de Poudlard ? ça vient faire quoi ici ?
- Je me suis aussi posé la question. J'y ai jeté un œil tout à l'heure, je n'ai pas trouvé grand-chose qui m'intéresse, mais il y a toute une partie sur Rogue directeur, etc. Donc… A vrai dire, j'envisage d'acheter ce bouquin, il est vraiment passionnant et puis… Quoi ? s'interrompit-elle devant le rire de son mari.
- Je ne sais pas si tu t'en souviendras, mais une des grandes blagues au sujet d'Hermione, c'est sa connaissance de ce bouquin ! C'est une idée pour Noël, ça, d'ailleurs…
- La connaissant, elle l'aura déjà acheté, Ted, avait-elle déclaré d'un ton factuel mais souriant.
- Vrai… Mais, tu sais, tu devrais essayer d'aller jeter un œil à la bibliothèque de Poudlard, il doit bien y avoir des choses, non… ?
- A Poudlard-même ?
- Bien sûr à Poudlard-même, pourquoi cet air éberlué !
- Parce que je ne vois pas pourquoi ils me laisseraient y aller… »
Il la fixant, plissant le front, visiblement perdu dans ses réflexions. Son âge semblait lui être revenu tout à coup, alors qu'il réfléchissait avec application, ses lunettes devenant celles d'un homme qui perd la vue avec le temps, et non plus celle d'un jeune homme qui lit trop. Après tout, le temps passait, il allait vers ses cinquante ans. Mais déjà, il relevait les yeux, posait sa tempe sur son poing fermé, et lui proposait quelque chose :
« - Je pense qu'en écrivant un courrier au Directeur, tu as tes chances, après tout il ne nous ait pas totalement inconnu non plus. Sinon, je peux déposer une demande au Ministère…
- Mais pourquoi le Ministère accéderait à une demande personnelle de cet ordre ? je ne vois pas on plus pourquoi Neville accepterait comme ça, pour mes beaux yeux.
- On peut dire que tu prépares… un article ?
- C'est rusé ça, Teddy, sourit-elle. Mais je n'en prépare pas !
- Et pourquoi n'en préparerais-tu pas un, d'ailleurs ? demanda-t-il en la fixant, relevant la tête avec vivacité.
- Rho, arrêtes ça, tu sais bien que j'en serais incapable ! Mais bon, comme ruse de bas-étage, s'il le faut, je ne dis pas non… »
S'il ne lui répondit pas, se contentant de hocher la tête, elle sentit dans son regard une once de désapprobation : quelque chose qui voulait dire Victoire, tu te sous-estimes, et je t'en veux. Un regard qu'elle n'avait pas envie de soutenir, qui la mettait mal-à-l'aise. Peut être parce qu'il avait raison. Peut être, tout simplement, parce qu'il la surestimait et que c'était gênant, de savoir qu'il croyait, et que c'était faux. Alors, pour dissiper le malaise elle secoua la tête, se leva en attrapant son sac, et se dirigea vers le comptoir :
« - Je paye, et on y va, d'accord ? »
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Sur son canapé, enfoncé dans le moelleux velours vert, Severus Rogue respirait bruyamment, tentant visiblement de ne pas laisser voir qu'il souffrait. Lèvres serrées fortement l'une contre l'autre, yeux fixant un point dans le vide, face à lui.
Et, sortant de la pièce adjacente avec plusieurs flacons et potions à la main, Minerva McGonagall le rejoignit. Elle avait le regard vif, et un air en colère. Lui tendant une première potion d'un geste rêche, elle posa l'autre à côté de lui, et commença à dévisser un pot rempli d'une lotion.
« - Où ?
- Sur le bras droit, près de l'épaule, marmonna-t-il. »
D'un coup de baguette rapide et précis, elle déchira le tissu de sa manche, et il tomba sur le canapé, emportant avec lui un peu de poussière. Son bras était en effet dans une position invraisemblable, et une légère trainée de sang sec y était agglutinée. En soufflant exagérément, elle prit une noix de la substance, la roula entre ses doigts puis, doucement, posa le plat de son index un peu en dessous de la zone blessée, puis les autres, et entreprit de remonter en étalant le produit. Sous ses doigts, le muscle endolori tressauta, et elle pouvait presque sentir battre son cœur affolé jusque là où elle était.
« - Vous ne voulez vraiment pas aller à l'infirmerie.
- Non, Minerva. Vous et moi suffisons largement à gérer ce genre de faiblesse.
- Faiblesse ? »
Brusquement, elle s'était reculée, brisant le contact physique, mais plongeant son regard dans celui de l'homme à côté d'elle, elle se redressa légèrement avant de retomber sur le canapé, dans un mouvement d'impuissance.
« - Que s'est-il passé ?
- Il s'est passé, Minerva, qu'il n'a plus aucune confiance en moi. Et qu'il passe ses nerfs sur moi. Il gagne en puissance…
- Comme si Dolores ne suffisait pas…
- Ca n'a rien à voir.
- Et en quoi…? »
Sachant qu'il ne répondrait pas, ou pas tout de suite, elle ne finit pas sa question. Ou, plus vraisemblablement encore, n'importe quoi, une de ces réponses fières et qui remontaient en flèche sa carapace. Et, prenant une autre noix de la crème, elle revint à son bras. Plusieurs minutes, ils restèrent ainsi : lentement, sa respiration reprenait une vitesse normale, son pouls se calmait. La douleur était toujours là, elle la sentait toujours au bout de sa main, mais moins : restait la blessure, mais les effets du sortilège de Doloris s'apaisaient.
Puis, lentement, elle se frotta les mains l'une contre l'autre, referma le pot, et le posa à côté d'elle, sur une table basse. Alors, elle poussa un long soupir, se laissa retomber elle aussi dans le canapé, s'enfonçant dans les coussins. Comme au ralenti, elle sentait que Severus soulevait son bras, comme pour en tester la solidité, et pour finir il le ramena vers lui, le posa contre son torse comme s'il s'était agi d'un bras cassé, enfoncé dans le plâtre.
« - Parce que je n'y arriverai pas jusqu'au bout, Minerva. Je n'en ai pas la force. Je fais très bien semblant, c'est tout. Très bien, pas encore assez, il me tuera dès que… »
Violemment, lui arrachant involontairement un léger gémissement de souffrance, elle bondit hors du canapé, et le fixa avec rage. La colère était de retour, mais pour une raison différence. Une meilleure raison, peut être.
« - Je ne vous permets pas de dire ça, Severus. Je ne vous le permets tout simplement pas ! Vous êtes extraordinairement bon à ce que vous faites ! Si vous ne l'étiez pas, il vous aurait déjà tué. La force vous l'avez ! Et j'en suis certaine !
- Ah oui, et comment…, avait-il commencé, sarcastique.
- Parce que je ne serais pas ici si ça n'était pas le cas, Severus. »
Il ouvrit la bouche, comme pour répondre, puis la referma et se contenta de lever un peu son bras gauche, le tendant vers elle en signe de paix, acceptant de l'aide. Alors elle lui avait saisi la main et, fermement, dans cette poigne trop forte parce qu'il pesait plus qu'elle, qu'il était plus fort, et qu'il ne pouvait s'appuyer sur son autre main, elle l'avait attiré jusqu'à elle, sur ses deux pieds.
Sa démarche était chancelante, les jambes tremblant trop fort, les mouvements trop saccadés. A pas très lents, ils évoluèrent à travers ses appartements, mains serrées l'une dans l'autre : d'un coup d'épaule, elle poussa la porte de sa chambre, qui claqua contre le mur, et ils continuèrent à avancer. Enfin, arrivés au bord du lit, elle l'aida à s'assoir sans tomber violemment sur le matelas : elle dégagea sa main de l'emprise dans laquelle elle se trouvait encore et, saisissant sa baguette, souleva les draps, et le débarrassa de chaussures, cape, veste, pantalon. Sans gêne. Et, d'un geste du visage, lui indiqua d'aller se mettre sous les couvertures. Il ne le fit pas tout de suite, pourtant, et, élevant la main jusqu'à atteindre son visage penché vers lui, il posa la main sur sa joue.
« - Merci, Minerva.
- Dormez… »
Se penchant encore davantage, elle posa ses lèvres sur sa joue, presque au coin de sa lèvre, puis s'éloigna alors qu'il laissait retomber sa main, le laissant avant qu'il ne craigne de s'exposer comme être faible. Elle le connaissait trop bien.
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A peine dehors, elle lui avait saisi la main, et les avait transplané à la maison et, surpris, Teddy avait failli perdre l'équilibre mais c'était heureusement laissé faire. A peine atterri, pourtant, alors qu'elle ouvrait la porte, il lui avait lancé un regard interrogateur : pourquoi tant d'empressement ?
« - J'ai envie de danser. »
Ils ne savaient danser que la valse. Correctement, s'entend. C'avait été la danse de leur vie : de leur jeunesse, de leur mariage, de leurs moments. A peine entrée, elle mit en marche leur radio, et fit avancer les fréquences jusqu'à trouver celle qu'elle voulait, celle de morceaux doux, souvent langoureux, de valses et de slow. Alors, enlevant sa cape, elle trouva Teddy, les yeux encore écarquillés, debout juste après la porte. Souriante, elle s'approcha, lui enleva son manteau, et l'amena derrière elle jusqu'au milieu de la pièce. Alors, il sembla se réveiller, oublieux sans doute de ce qui avait pu le préoccuper avant, déranger quelqu'un, avoir l'air de deux gamins…
Souriant, d'un air de gentleman, il l'avait saluée, lui prenant la main et inclinant du chef, puis avait porté à ses lèvres le dos de sa main, le frôlant à peine. Après quoi, lui saisissant la taille, il avait commencé à danser : très vite, les habitudes revenant, ils se mirent à tournoyer, sur eux-mêmes, dans la pièce. Souffle court, joues rougies, yeux brillants. Elle ne sentait plus ses jambes, plus ses membres : chaque mouvement se faisait comme de lui-même, un pied ici, l'autre là, et puis tourner, avancer, écouter le rythme en oubliant le reste. Danser.
Ils firent un faux pas, trébuchant l'un sur l'autre, se rattrapant : la table, à côté. Elle s'y appuya, riant, heureuse, tandis que Teddy respirait lourdement à côté d'elle.
« - Tu sais, cette histoire d'article. Je vais y penser. »
